DE LÀ NATURE
ET DE LÀ SI&NIFICàTION THERMIQUE DES RÉACTIONS CHIMIQUES &ÉNÉRÀLES DE LÀ AIE
On sait que, 'sous l'influence des travaux de Lavoisier et de la doctrine de la combustion respiratoire, on a considéré pendant plus de soixante, ans l'organisme animal comme un appareil d'oxydation, et identifié les phénomènes chimiques de la vie à une combustion. Tous les déchets de la vie animale étaient donc envisagés comme des produits de combustion et, corrélativement, les phénomènes d'oxydation devenaient la source unique de la chaleur ■animale (1). Cette notion, fortifiée encore par les travaux bien connus de Duloug ■etDespretz, a dominé la physiologie pendant toute la première moitié de ce •siècle. Puis, ce qu’il y avait de trop étroit dans cette formule apparut peu à peu. Ce furent d’abord les difficultés que l'on éprouvait à faire de Turée un produit d’oxydation des matières albumino'ides, puis la découverte d’un nombre croissant d’autres réactions intra-organiques, hydratations, dédoublements, etc., enfin •et surtout une connaissance plus précise du côté thermique de ces réactions et du rôle considérable qu’elles peuvent jouer dans le phénomène de la thermogénèse animale.
Ce dernier point est capital. Dès 1864, dans nn mémoire trop peu remarqué •alors, Berthelot montrait à'ia Société de Biologie par quels effets thermiques puissants d’autres réactions, et notamment les réactions d'hydratation cl de dédoublement, peuvent concourir, à côté des jihénomènes d’oxydation, à la production
(1) Voyez, au début de cet ouvrage. Notions préliminaires, p. 14. — toyez aussi, p. 20, l’opposition que de ce chef on établissait entre la vie animale et la vie végétale.
de la chaleur animale, etconséquemmenlquelleestlapart imporlante qui revient à ces réactions dans le chimisme des phénomènes de la vie. Plus près de nous, Schützenberger, A. Gautier et Étard, par leurs travaux sur les dédoublements des matières albuminoïdes en présence de l’hydrate de baryte ou des ferments bactériens, montrèrent le rôle capital que jouent ces deux procès chimiques dans la désassimilation des matières protéiques (voy. plus loin, p. 532). Enfin, à côté des réactions d’oxydation, d'hydratation et de dédoublement, sont venues se placer les opérations de réduction, de déshydratation et de synthèse. On en citera plus loin de nombreux exemples.
Toutes ces réactions concourrent positivement ou négativement à la production de la chaleur animale, ou en termes plus généraux à la transformation de l’énergie potentielle des matériaux alimentaires en énergie actuelle. A la vérité, dans toutes les questions où l’on s’en tient à la considération du bilan total des recettes et dépenses d’énergie chez l’ôtre vivant, il importe peu de connaître la part qui revient à chacun de ces réactions. Lorsqu’un gramme de graisse est détruit dans l’organisme avec transformation totale en acide carbonique et en eau, il y a toujours mise en liberté de 9,3 calories, quelle que’ soit la nature et la suite des transformations intermédiaires, la quantité de chaleur dégagée ne dépendant qup de l’état initial et final du système (1).
Il en va tout autrement dans l'étude de la nutrition cellulaire. Ici c’est précisément la nature et la suite de cette série de transformations et leur valeur thermique qu’il importerait de bien connaître. 11 se peut que, dans tel groupe de cellules, un aliment donné subisse une série de dédoublements, que tel autre groupe, au contraire, ait pour fonction d’oxyder les fragments résultant de ces dédoublements. Chacune de ces réactions s’accompagne d’un phénomène thermique dont le signe et la grandeur sont un élément important de la physiologie du groupement cellulaire con.sidéré. La connaissance de la valeur thermique de ces diverses réactions, bien qu’encore dénuée d’intérêt pratique, est donc de la plus haute importance. On va voir que M. Berthelot et son école ont accumulé à cet égai’d des documents considérables, et dont il est difficile de mesurer encore toute la portée.
§ IL — Les phé.nomèxes d’oxyd.vtiox
Bien que les recherches modernes tendent à restreindre la part attribuée aux oxydations dans les phénomènes chimiques intra-organiques, l’importance de ces réactions demeure considérable. Après avoir essayé de tout expliquer par
(t) Ce principe de l'état initial et de l’état filial, appelé encore principe de l'équivalence calorifique des transformations chimiques s’énonce ainsi : Si un système de corps simples ou composés, pris dans des conditions déterminées, éprouve des changements physiques ou chimiques capables de l'amener à un nouvel état, sans donner lieu à aucun effet mécanique extérieur au système, la quantité de chaleur dégagée ou absorbée par l'effet de ces changements dépend uniquement de l'étal initial et de l’étal final du système. Ellé est la même, quelles que soient la nature et la suite des états intermédiaires (Berthelot, Mécanique chinüque, t. 1., p. 1).