KAÏL'RE ET SIGNIFICATION THERMIQUE DES RÉACTIONS CHIMIQUES
On peut calculer que pour les nitriles des acides bibasiques, la quantité de chaleur produite par l’hydratation s’élève du quart au onzième de la chaleur qui serait dégagée par leur combustion totale. Si l’on adopte le nombre moyen d’un huitième et si on l’applique aux albuminoïdes, véritables nitriles d’acides bibasiques (1), on voit combien est considérable la quantité d’énergie libérée, endehors de toute intervention d’oxygène, par la simple hydratation des albumines.
§ IV. — Les phénomènes de déshydratation et de synthèse
Les phénomènes de synthèse dont l’organisme animal est le siège ont très vivement sollicité l’attention des physiologistes durant les quarante dernières années, tant au point de vue de la nature même de ces réactions qu'à celui de leur mécanisme (i). lin ce qui coueeiTie le preiHier point, que l'on ne l'ait que rappeler ici, on sait combien était nette et ansolue l'opposition que la théorie dualiste (3) établissait entre les deux règnes, le végétal étant caractérisé comme un appareil de réduction et de synthèse, et l’animal comme un appareil d'oxydation et de décomposition. La constatation de l'éaclious de synthèse chez l’animal était donc en contradiction directe avec une théorie universellement régname.
La première réaction synthétique bien dûment constatée chez l’animal est la formation de l’acide hippurique, aux dépens de l’acide benzoïque, et du glycocolle, constatée d’abord par Wôhler (4) en 1824;
G6H:bC02H + CIP. AzU'^ — CO^H = H20 + GlI^AzH (G»HS.GO) — GO^M
Acide benzoïque. Glycocollc. Acide hippurique.
Gette synthèse par déshydratation, très bien étudiée par Bunge et Schraiedeberg (5) au moyen de la méthode des circulations artificielles, a son siège, ou tout au moins son siège principal, dans le rein, et l’on sait par quelle série d’expériences ingénieuses ces deux savants ont montré que l’agent de cette réaction est la cellule rénale, excitée et entretenue dans son fonctionnement par du sang oxygéné. Depuis cette époque, la liste de ces réactions synthétiques s’est considérablement allongée. Nous savons que l’organisme opère la synthèse des dérivés sulfoconjugués de l’urine, acides phénylsulfurique, indoxyle et scatoxylsulfurique, etc., celle des dérivés conjugués de l’acide glycuronique, tels que l’acide camphoglycuronique, celle des graisses aux dépens de la glycérine et des acides gras (ou leurs savons) (6). La formation du glycogène dans le foie à
(1) A la vérité les albuminoïdes, en se transformant en amides et en urée dans l’organisme, n’absorbent qu’une molécule d’eau par atome d’azote, mais il faut remarquer que la première molécule d’eau absorbée par les nitriles dégage la presque totedité de la cheJeur produite par la transformation de ces corps en sels ammoniacaux.
(2) Pour cette question du mécanisme, voyez au chapitre suivant.
(3) Voyez au début de cet ouvrage. Notions préliminaires, p. 20.
(4) Berzelius, Lehrb. d. Chem., trad. ail. de Wohler, t. IV, p. 376 (note Dresde), 183.
(5) Bunge et Schmiedeberg, Arch. f. exp. Fath., t. YI, p. 233, 1876.
(6) Voyez dans l’Encyclopédie chimique, Garnier, Tissus et organes, p. 906, 863.
partir du glucose de l’alimentation est aussi un phénomène de synthèse par déshydratation (1).
Ce sont là des réactions relativement simples ; mais l’étude de la nutrition conduit à admettre la réalité de phénomènes de synthèse infiniment plus compliqués. On a vu que la production des graisses aux dépens des hydrates de car-; bone est aujourd’hui un des faits les mieux établis de la physiologie de la nutrition. Or, la formation d’une graisse dans laquelle fonctionnent des corps en C*** ou G*8 comme les acides palmitique et stéarique, aux dépens d’une molécule en C® comme le glucose, implique la nécessité évidente, phénomène de complication moléculaire. Notons encore qu’une telle transformation doit être accompagnée de puissants phénomènes de réduction, les corps gras étant beaucoup moins riches en oxygène que les hydrocarhonés.
Ces réactions de déshydratation sont accompagnées à' absorption de chaleur ; l’énergie nécessaire à ces réactions doit être empruntée, par conséquent, à des transformations concomitantes à signe thermique positif. Rappelons que de telles réactions jouent un rôle considérable dans les phénomènes d’assimilation chez la plante verte. Ici l’énergie nécessaire à ces réactions de synthèse est fournie par la radiation solaire (2).