Sérum et caillot
Le sang sorti des vaisseaux et recueilli dans un vase, prend rapidement une consistance de gelée. Au début, lè caillot est encore très mou; puis commencent à apparaître à sa surface quelques fibrilles que l’on peut enlever avec la pointe d’une aiguille, tandis que dans l’intérieur la masse est encore liquide. Peu à peu ces fibrilles gagnent toute lamasse du liquide, qu’elles transforment en une gelée assez consistante. Cette gelée a été appelée parfois cruor, mais ce mot a été pris dans des acceptions si différentes (1), qu’il vaudrait mieux l’abandonner complètement. Au bout d’un certain temps (t2-24 heures), le caillot formé se rétracte, en se séparant peu à peu des parois du vase dont il conserve sensiblement la forme, et en expulsant un liquide transparent, jaunâtre ou rougeâtre, riche en matières albuminoïdes et en sels, le sérum sanguin. Le caillot, examiné au microscope, se montre constitué par un réseau de fibrilles, formées par une matière albuminoïde, la fibrine, emprisonnant dans ses mailles les éléments figurés du sang.
Ce caillot n’est pas toujours homogène. Lorsque la coagulation a duré un certain temps, les globules rouges, plus denses que le liquide qui les entoure, tendent à gagner le fond du vase et sont par suite plus abondants vers la partie inférieure du caillot. Les globules blancs, au contraire, qui se précipitent les derniers, se trouvent en majeure partie emprisonnés dans la tranche supérieure du caillot, qui, au lieu d’être rouge, prend une couleur jaunâtre et un aspect lardacé.
Le sang de cheval, qui se coagule lentement, présente généralement ce phénomène. Il est également très net chez l’homme dans beaucoup de maladies inflammatoires. De là le nom de couenne inflammatoire {crusta phlogistica), que l’on a donnée à la couche supérieure, du caillot. Plus le vase qui contient le sang est haut et étroit, plus la couenne est épaisse.
L’expulsion du sérum par le caillot est parfois très lente. On peut la hâter à l’aide d’une machine à force centrifuge. Dans ces conditions, le sang des divers animaux d’abattoir donne ordinairement un sérum suffisamment pur, c’est-à-dire jaunâtre ou à peine coloré en rouge. Cependant, il est difficile d’éviter la dissolution de quelques globules et le passage d’un peu de leur matière colorante dans le sérum. La buée qui se dépose sur la partie supérieure des parois du vase au moment de l’introduction du sang chaud et qui, plus tard, se réunit en gouttelettes aqueuses, suffît pour provoquer la dissolution d’un certain nombre de globules. Le sérum est alor§ coloré en rouge ou en jaune rougeâtre, et ses cendres contiennent du fer, qui provient de la matière colorante rouge des globules, l’hémoglobine.
(1) On a désigné aussi par ce mot de cruor le caillot après expression du sérum, ou encore le dépôt do globules que l’on obtient en abandonnant au repos du sang défibriné (Voy. plus loin).
CARACTÈRES GÉNÉRAUX DU SANG
On peut obtenir un sérum tout à fait exempt de fer, et par conséquent d’hémoglobine, ce qui est une condition indispensable pour ckertaines recherches, en suivant le procédé de Socin (t). Sur un grand vase de cinq à six litres, ’on installe un grand entonnoir en fer-blanc dont la douille descend jusqu’au fond du vase. On fait couler le sang au sortir de la veine dans l’entonnoir jusqu’à ce que le vase soit complètement rempli. Puis, sans interrompre l’arrivée du sang, on retire doucement l’entonnoir, et on achève ainsi de remplir complètement le vase jusqu’à le faire déborder. On évite de cette manière l’introduction d’air ou de mousse et la condensation de la vapeur d’eau sur les parois du vase. On bouche le flacon avec un bouchon que l’on enfonce en faisant déborder le liquide, et on abandonne le sang pendant trois à quatre jours à 15°. Le flacon doit rester presque entièrement plein ; il ne se produit qu’un faible retrait dû au refroidissement du liquide. On décante le sérum et on l’introduit dans un appareil à force centrifuge, pour le débarrasser de quelques morceaux de caillots qui ont pu être entraînés. On décante ensuite à la pipette, et on obtient ainsi un sérum absolument limpide, ayant la couleur jaune clair de l’urine émise après ingestion de boissons (urina, polus). Ni le spectroscope, ni la réaction si sensible d’Almen, ne révèlent la présence de la moindre trace d’hémoglobine. Enfin, les cendres de la liqueur ne donnent aucune des réactions du fer. Ce résultat ne peut être obtenu, d’après Socin, qu’avec du sang de cheval; celui du porc ou du bœuf donnent toujours un sérum ferrugineux.
On verra plus loin, comment on peut préparer du sérum en partant du sang défibriné.
Enfin, si l’on lave le caillot en l’exprimant fréquemment dans un nouet de linge, sous un courant d’eau, on finit par dissoudre complètement les globules rouges qu’il tenait emprisonnés et par décolorer complètement la fibrine, qui se présente alors sous la forme de filaments élastiques blanchâtres ou grisâtres.