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Plasma et globules

Lorsque par un artifice quelconque, on retarde ou l’on supprime la coagulation du sang, il se produit une séparation toute différente des matériaux de cette humeur. Les éléments figurés, par suite de leur poids spécifique plus considérable, tombent au fond du liquide qui se sépare en deux couches, une inférieure constituée par une purée de globules, plus ou moins épaisse, et une supérieure transparente, jaunâtre qui est le liquide interglobulaire, le, plasma.

La coagulation peut être retardée au moyen du froid. C’est le procédé dont s’est servi d'abord Brücke(2), avec le sang de cheval. Si l’on reçoit dans un grand vase cylindrique étroit, refroidi à 0», du sang de cheval tel qu’il sort de l’artère, et qu’on abandonne le tout au repos, on constate, au bout de une heure à deux heures, que la colonne sanguine s’est séparée en trois couches: une inférieure, rouge foncé, représentant un peu plus de la moitié de la hauteur et qui constitue le dépôt des globules rouges ; une moyenne, grisâtre, opaque, occupant à peu

(1) Socin, Zeilchr. f. physiol. Chem., t. XV, p. 119.

(2) Brücke, Yirchow's Areh., t. XII, p. 188.

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près 1/40 de la hauteur totale et renfermant surtout des globules blancs, et enfin une couche supérieure, formant à peu les 2 5 de la colonne liquide et qui est constituée par un plasma jaunâtre, transparent.

Ce plasma décanté à la pipette se comporte au point de vue de la coagulation à peu près comme le sang total.

Ramené à la température ordinaire, il se prend rapidement en gelée, et le caillot incolore et transparent qui s’est formé et qui occupe d’abord toute la masse du liquide, se contracte peu à peu, en devenant de plus en plus opaque et expulse comme le caillot du sang total, un sérum incolore. Quant au caillot, il représente sensiblement la fibrine lavée dont il a été question plus haut. Ainsi le plasma se comporte comme le sang total, avec cetle différence que, dans ce dernier, le caillot de fibrine emprisonne les éléments figures du sang. Ajoutons que la couche inférieure, qui renferme encore avec les globules une certaine proportion de plasma, se prend également en masse lorsqu’on la ramène à la température ordinaire.

Ni le plasma, ni la purée de globules ainsi obtenus ne peuvent être maniés commodément, puisque la moindre élévation de température provoque une coagulation rapide. D'autre part, la séparation des globules sanguins est loin de se produire avec le sang d’un grand nombre d’espèces animales aussi rapidement qu’avec le sang de cheval.

L’opération est à la vérité assez facile avec le sang des oiseaux, des amphibies et des poissons; mais celui de l’homme, du chien , du chat, du cochon d’Inde, du rat, se prête beaucoup moins bien à cette séparation. Enfin, avec le sang des animaux d’abattoir (bœuf, porc, mouton), la séparation est très lente et très incomplète.

L’emploi des dissolutions salines permet heureusement de retarder d’une manière plus commode la production de la coagulation. Ce phénomène avait déjà été observé par Hewson (t), qui dès 1771 avait employé pour la séparation des globules toute une série de sels et en particulier le sulfate de sodium, dont Denis (2) s’est servi plus tard dans ses belles recherches sur la coagulation du sang. Denis employait un volume d’une dissolution saturée de sulfate de sodium pour six volumes de sang. On obtient encore de meilleurs résultats avec une dissolution à 2o-28 p. 100 de sulfate de magnésium (un volume pour 3,5 à 4 volumes de sang), qui d’après Sommer (3) et Schmidt (4), supprime complètement la coagulation. A. Gautier (3) a obtenu le même résultat en ajoutant au sang un volume d'une dissolution concentrée de chlorure de sodium, telle que le mélange contienne environ 4 p. 100 de sel.

11 est clair que dans toutes ces opérations, on n’obtient que du plasma plus ou moins dilué, et renfermant des quantités considérables de sels, si bien que l’on n’a plus qu’une image très altérée du liquide inlcrglobulaire primitif. Toutes

(1) Hewson, The Works of Ilewson. Svdenham édition, p. 12. Londres, 1846.

(2) Denis, Mémoire sur le sang considéré quand il est fluide, etc. Paris, 1859, p. 51.

(3) Scminer, l'eber die Faserslo/jTbildutig ini Amphibien-und Yogelblut, etc. Dorpat, 1874, p. 56.

(4) A. Schmidt, Pflüger’s Arch., t. XI, p. 33, 1875.

(5) A. Gautier, Bull. Soc. chim., t, XXIII, p..330, 1875.

CARACTÈRES GÉNÉRAUX DU SANG

ces difficultés disparaissent dans le procédé récemment étudié par Arthus (1) et qui consiste à ajouter par 100 grammes de sang 0»%d d’oiwilate de potassium, au maximum. Cette dose suffit pour supprimer complètement le phénomène de la coagulation; le sang reste fluide pendant de longs jours et finalement la putréfaction s’installe sans qu’on ait observé aucune trace de coagulation. La dilution du sang peut être réduite à son minimum, car l’oxalate, qui n’agit que par sa quantité absolue, peut être dissous dans très peu d’eau. Il peut même être ajouté en nature. Les fluorures alcalins produisent le même effet (2).

Après addition de l’oxalate ou du fluorure, on active le dépôt des globules en soumettant le sang à l’action d’une machine à force centrifuge. Cette machine doit être disposée de telle façon que les vases cylindriques bouchés qui contiennent le sang prennent une position horizontale pendant le mouvement de la roue pour se redresser ensuite d’eux-mêmes quand la rotation cesse. La séparation du plasma et des globules s’obtient très facilement dans ces conditions.

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