II. SUBST.VNEE FIBRIKOGÈNE
Le fibrinogène se rencontre non seulement dans le plasma sanguin, mais encore dans d’autres liquides spontanément ou non spontanément coagulables, tels que la lymphe, le chyle, les transsudats ou exsudais tels que le liquide du péricarde, de l’hydrocèle, la sérosité du vésicatoire; etc.
Préparation. — On parvient à séparer le fibrinogène de la sérum-globuline en mettant à profit l’inégale solubilité de ces deux globulines dans les solutions salines.
Hammarsten a montré, en effet, que des solutions de sérum-globuline à 0,6-0,8 p. 100 ne sont pas troublées par 16-20 p. 100 de sel marin, tandis qu’à égale concentration le fibrinogène est précipité par 12 à 16 p. 100 de chlorure de sodium. On sait d’ailleurs, par les recherches très précises de Lewith (1), que
(1) Lewith, Arch. f. exp. Palh., t. XXlV, p. 1, 1887; ilah/s Jahresh., t. XVII, p. 128.
SUBSTANCE FIBRINOGÈNE.
dans un sérum sanguin (à 1,66 p. 100 de matières albuminoïdes) la précipitation de la sérum-globuline ne commence qu’avec 21,8 p. 100 de chlorure de sodium. On conçoit donc qu’il soit possible de séparer, dans le plasma sanguin, le fibrinogène de la sérum-globuline. Voici comment opère Hammarsten (1) :
On reçoit directement 3 à 4 volumes de sang de cheval dans 1 volume d’une solution saturée de sulfate de magnésium. On mélange aussi rapidement que possible les deux liquides et on filtre pour séparer le plasma des globules. Le liquide qui passe est additionné d’un égal volume d’une solution saturée à froid de sel marin et le précipité de fibrinogène est recueilli aussi rapidement que possible sur un certain nombre de- filtres à plis. Ces filtres sont ensuite fortement exprimés entre des doubles de papier, coupés en petits morceaux, et introduits dans du sel marin à 8 p. 100 (environ un tiers du volume du plasma magnésien employé). On agite bien le mélange pour opérer la redissolution du fibrinogène, puis on filtre et on reprécipite la matière albuminoïde à l’aide de la solution saturée de sel marin. Cette opération est renouvelée trois ou quatre fois; finalement le dernier précipité est redissous dans de l’eau pure (dans laquelle il est soluble à cause de la petite quantité de sel marin retenu par la masse) et soumis à la dialyse; en plaçant à l’extérieur de l’eau renfermant une trace d’alcali, on finit par obtenir une solution de fibrinogène exempte de sel. Deux à trois litres de plasma magnésien donnent de ls',3 à 3*‘' de fibrinogène.
Si l’on part de transsudats, on obtient un fibrinogène qui est le plus souvent fortement souillé de lécithine, et il est difficile de purifier le produit sans s’exposer à des décompositions.
Propriétés. — Lorsqu’on précipite le fibrinogène à l’aide de sel marin, il tombe au fond du vase et forme un dépôt un peu emplastique et adhérent aux parois, tandis que la sérum-globuline est en flocons légers. Exprimé entre des doubles de papier, il forme une masse élastique ressemblant beaucoup à la fibrine, très différente au contraire de la sérum-globuline qui est en grumeaux. Le fibrinogène est insoluble dans l’eau, l’alcool, l’éther. Ses solutions (salines) dévient le plan de polarisation à gauche, mais moins fortement que ne le fait la ■sérum-globuline.
Le fibrinogène dissous dans l’eau salée est précipité complètement par le sel marin en poudre ou par le sulfate de magnésium. Les solutions de fibrinogène pur dans l’eau salée sont précipitées aussi par l’acide carbonique, mais non point celles que l’on a additionnées de sérum (exempt de ferment (2) de la fibrine). Elles sont coagulées, avec production d’un caillot élastique, à oo-Sfi” (dans Na Cl, à 5-10 p. 100), tandis que les solutions de sérum-globuline ne le sont qu’à 73“. On obtient un caillot analogue en portant à cette même température du plasma sanguin isolé dans le vaisseau même entre deux ligatures, et on peut, dans une certaine mesure, invoquer ce fait pour affirmer la préexistence du fibrinogène
(1) Hammarsten, Maly’s Jahi-esb., t. V.p. 22, 1875, et Physiol. Chem., p. 47, Wiesbaden,
(2) Pour éviter la coagulation du fibrinogène et sa transformation en fibrine.
138 ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE. — LAMBLING.
dans le sang en circulation. Dissous dans le minimum nécessaire d’alcali, le fibrinogène est coagulé à 56- 58°; le précipité qui s’est formé se redissout en totalité ou en partie à l’ébullition, mais parce qu’il est transformé en alcalialbumine. Le coagulum qui se sépare à 55-56° est tout à fait semblable à de la fibrine, mais il est moins élastique, et agit moins énergiquement sur l’eau oxygénée. Le liquide que l’on peut séparer de ce coagulum contient, d’une manière constante, une globuline distincte de la sérum-globuline puisqu’elle est coagulable à 64-66°. Une solution de fibrinogène maintenue pendant quelque temps à 37-40“ n’est plus coagulable à 55-56° (ni par le ferment de la fibrine). Enfin le fibrinogène est coagulé par addition à ses solutions du ferment de la fibrine ou simplement de sérum sanguin. Il y a production de fibrine typique, mais la quantité de fibrine est toujours moindre que celle du fibrinogène sur lequel on a agi, car ici aussi on retrouve dans le liquide qui entoure le caillot une globuline non coagulable par le ferment, si bien que le fibrinogène paraît avoir subi un dédoublement. Ajoutons que l’on peut constater, avant que la fibrine n’apparaisse dans le liquide, la formation d’un produit intermédiaire au fibrinogène et à la fibrine et précipitable par l’acide carbonique. — On reviendra plus loin, à propos de la coagulation du sang, sur les conditions de la formation de la fibrine.
Longtemps maintenu sous l'eau, le fibrinogène s’altère et devient insoluble dans l’eau salée. La dialyse des solutions, même très pauvres en alcali, ne s’opère pas sans altérations concomitantes. Enfin le fibrinogène est très sensible à l’action des acides et des alcalis même très étendus, qui le transforment, surtout à chaud, en acidalbumine et en alcali-albumine.
§ II. CoAGULATlO.X nu SANG.
Les phénomènes extérieurs de la coagulation du sang ont déjà été décrits au début de cette étude. Essayons maintenant de fixer d’une manière plus précise les conditions physico-chimiques qui déterminent ce phénomène.
Il faut remarquer d’abord que la coagulation, bien qu’elle gagne très rapidement la masse du liquide sanguin, aune durée appréciable, en ce sens qu’entre le moment où l’on saisit la première trace du caillot et celui où de nouvelles quantités de fibrine cessent de se produire, il se passe un certain temps. D’ailleurs cette prise en masse, qui s’opère visiblement en phases successives, paraît ellemême précédée d’un travail chimique préalable, puisque, avant la précipitation de la fibrine, il est possible de saisir la formation d’une substance intermédiaire (voy. p. 138). Le moment précis où débute la coagulation est donc très difficile à marquer, et c’est en tenant compte de ce fait et aussi de l’influence qu’exercent sur le phénomène une foule de circonstances, telles que la nature du vase, qu’on s’explique les divergences que l’on peut relever entre les divers observateurs en ce qui concerne la rapidité de la coagulation. Thackrah(l) indique qu’elle
(1) Thackrah, cité par Rollet in Ilermann's llandb. d. Physiol., t. IV, part., p( IC3, Leipzig, 1880.