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COAGULATION DU SANG

commence pour le cheval 5 à 13" après la sortie du sang hors des vaisseaux ; pour le bœuf, au bout de 5-12"; pour le chien, au bout de 1-3"; le mouton, le porc et le lapin après 1/2-1 1/2" ; pour l’agneau, après 1/2 à 1" ; pour le canard, après 1 à 2" ; pour la poule, après 1/2 à 1 1/2", et pour le pigeon presque instantanément. Nasse, au contraire, ne put confirmer que les indications relatives au sang de cheval ; pour tous les autres animaux, il obtient une série de chiffres très différents. Pour le sang d’homme, il note que la coagulation commence après 1" 13‘-5" (ou tout au plus 6"). Elle commence plus tôt pour le sang de femme que pour le sang d’homme. L’expression du sérum par le caillot en voie de contraction s’observe au bout de 7 à 13" (1).

Le sang artériel se coagule plus rapidement que le sang veineux (2). Celui des veines hépatiques se coagule difficilement. On a remarqué aussi qu’une forte hémorragie rend toujours le sang plus rapidement coagulable. La rapidité de la coagulation est augmentée par l’inanition, et H. Vierordt estime qu’il faut rapporter à ce facteur l’aptitude plus grande à la coagulation que l’on signale dans beaucoup de maladies. L’âge ne paraît pas exercer d’influence sensible, d’après Nasse (3). Le sang de l’embryon des oiseaux n’est pas coagulable dans les premiers temps ; chez le poulet, Boll (4) a vu que la coagulation ne commence à se produire que le 13'-14' jour de l’incubation, et qu’un vrai caillot n’apparaît que le 16'-t7' jour. La coagulation du sang du fœtus, immédiatement après la naissance, est très rapide, mais ne s’achève complètement qu’avec une très grande lenteur. Le sang des menstrues se coagule difficilement, lorsqu’il est mélangé au mucus alcalin des voies génitales. — Aucune relation n’existerait, d’après Nasse, entre la durée de la coagulation et la quantité de fibrine produite.

On connaît en outre un grand nombre d’autres agents, chimiques ou physiques, qui accélèrent, arrêtent ou suppriment complètement le phénomène de la coagulation du sang ou du plasma. Mais tous ces faits et les explications que l’on ne peut donner sont si intimement liés à l’étude des théories de la coagulation du sang, qu’on ne saurait les exposer clairement qu’après avoir étudié le mécanisme même de la coagulation. D’ailleurs, ce qui a été dit à ce sujet au début de cet ouvrage, à propos des caractères généraux du sang, et plus loin à l’occasion de la préparation des diverses sortes de plasma, est suffisant pour nous permettre d’aborder, sans plus de détails, l’étude de la coagulation en ellemême. On n’ajoutera ici que l’indication de quelques phénomènes qui accompagnent la coagulation du sang. Valentin a constaté, dès 1844, qu’au moment de la prise en masse du sang il se produit une légère élévation de la température. En outre, l’alcalinité du sang diminue d’une manière constante depuis le

(1) Nasse, Wagner's Haudwôrterb. d. Physiol., t. I, p. 104, 1842.

(2) H. Vierordt a étudié l’influence exercée sur la vitesse de la coagulation par divers facteurs physiologiques à l’aide d’un petit appareil spécial qui se compose d’un tube capillaire dans lequel ■on peut faire jouer un crin de cheval blanc. On note le temps qui s’écoule jusqu’au moment où l’on voit une gaine de fibrine adhérer au crin. Bien que l’on observe ainsihne coagulation opérée, dans des conditions très spéciales, les résultats de Vierordt sont intéressants à consulter et présentent chez un même sujet et dans des conditions identiques une remarquable constance (C.-H. Vie- Jordt, Arch. f. Heilk., t. XIX, p. 193, 1878).

(3) Nasse, loc. cit. — A. Schmidt, Arch. f. Anat. u. Physiol., 1861, p. 543 et 673.

(4) Boll, Arch. f. Anal. u. Physiol., 1870, p. 718.

moment où le sang sort des vaisseaux jusqu’à celui où la coagulation est achevée (Pflüger et Zuntz). On constate en même temps que le sang perd au moment de la coagulation une trace d’ammoniaque, fait sur lequel on a fondé jadis une théorie de la coagulation, mais qui n’a aucun rapport avec ce phénomène (t).

THÉORIES DE LA COAGULATION DU SANG

Les causes de la coagulation du sang ont été recherchées tout d’abord dans les conditions physiques nouvelles dont le sang subit l’action à sa sortie des vaisseaux. En effet, le sang se refroidit, il est au repos, il est en contact avec l’air et avec le vase dans lequel on l’a recueilli.

Le refroidissement n’est pas, comme le pensaient Aristote, Hippocrate et Galien, la cause de la coagulation, puisque le froid est, comme on l’a vu, un excellent moyen pour retarder l’apparition de ce phénomène. La cause de la coagulation ne doit pas être cherchée davantage dans ce fait que le sang passe du mouvement au repos CVieussens, Bœrhave), puisque l'agitation et le battage ont, au contraire, pour effet de hâter la coagulation.

Le contact avec l’air, mis en cause par Hewson (2), est également sans effet, ainsi que Brücke (3) l’a démontré le premier, puisque du sang recueilli sur le mercure se coagule aussi vite qu’au contact de l’air. Reste le contact avec le vase dans lequel on a recueilli le sang, ou bien la cessation du contact du sang ■avec la paroi des vaisseaux qui le contenaient. L’influence de cette paroi, déjà indiquée par Bérard (4), a été mise en évidence par Brücke (3), dans une série d’expériences devenues classiques. Après avoir saigné un animal, Brücke reçoit le sang dans un vase refroidi à 0°, puis au bout d’un quart d’heure, il l’introduit dans le cœur de l’animal sacrifié pendant ce temps. L’organe, fermé à l’aide d’une ligature, est suspendu dans un espace clos à lo°, saturé de vapeur d’eau. Le sang se maintient fluide pendant 4 à 5 heures, c’est-à-dire aussi longtemps que le muscle conserve son excitabilité. Un corps étranger introduit dans le cœur provoque autour de lui une coagulation, et, pendant tout ce temps, chaque goutte de sang extraite du cœur se coagule aussitôt avec les phénomènes ordinaires. Avec les animaux à sang froid, l’expérience est encore plus frappante : Brücke a fait travailler à la température de O”, et pendant plusieurs jours, un cœur de tortue séparé de l’animal et dans lequel le sang conservait toute sa fluidité. Hewson avait déjà montré, du reste, qu’en isolant sur un chien une portion de carotide par deux ligatures, on voit le sang ainsi immo-

(1) Richardson, The cause of lhe coagulation of the hlood, Londres, 1858. Lister, Arch

f. physiol. Heilk., 1858, p. 259.

(2) Hewson, loc. cit.

{ (3) Brücke, Arch. f. path. Ânat., t. XII, p. 81, 1837.

(4) Bérard, Cours de Physiol., Paris, 1851.

(3) Brücke, loc. cit.

THÉORIES DE LA COAGULATION DU SANG. Ltl

bilisé dans cette portion de vaisseau conserver toute sa liquidité pendant plusieurs heures. Cette belle expérience a été refaite par Glénard (1) sur la jugulaire du cheval dans le but de réfuter une théorie de Mathieu et Urbain sur la coagulation du sang, et Frédéricq l’a utilisée pour la préparation du plasma de sang de cheval. Lorsque la paroi vasculaire est altérée par un travail pathologique elle agit, au contraire, comme un corps étranger. Dans le but de réfuter une théorie de la coagulation du sang édifiée par Richardson, Lister (2) sépare une portion de veine par deux ligatures et la badigeonne d’ammoniaque à l’extérieur, sur la moitié de sa longueur. La coagulation s’opère dans la moitié badigeonnée, parce que son épithélium avait été altéré, et ne se produit pas dans l’autre moitié dont l’épithélium avait conservé son intégrité.

Le rôle que joue la paroi vasculaire dans le maintien de la liquidité du sang est donc bien net. 11 est plus difficile de déterminer le mode d’action de cette paroi. Denis et les physiologistes de son époque attribuent simplement la noncoagulation du sang dans l’organisme à une action vitale. Plus près de nous, E. Freund(3) a soutenu que le sang ne se coagule pas dans les vaisseaux, parce qu’il ne peut y avoir contact et adhérence entre le sang et la paroi vasculaire, et que la première impulsion qui détermine le phénomène de la coagulation est le contact du sang avec un corps étranger. Freund a montré en effet que si on reçoit du sang au sortir de la veine dans un vase huilé ou vaseliné avec soin, la coagulation estsuspendue pendant plus de24 heures(4), môme si l’on batla masse avec une baguette de verre huilée. Le battage avec une baguette non graissée provoque au contraire une coagulation rapide. Une canule bien vaselinée peut être maintenue liée dans la carotide pendant plus de 2 heures, sans que le sang qui vient battre dans son intérieur présente la moindre trace de coagulation. Des traces de substances étrangères déterminent au contraire la coagulation. Lorsque le sang reçu dans un vase huilé se dessèche à la surface, ou bien reçoit des poussières de l’air, on voit la coagulation partir de ces points desséchés ou souillés. Enfin on peut communiquer, dans une certaine mesure, à des vessies natatoires de poisson ou à des tubes de papier parchemin, les propriétés de la paroi vasculaire vivante en les faisant macérer dans une solution de sel marin à 0,6 p. 100. Au bout de ce temps on les remplit de sang à l’aide d’une canule graissée et on les immerge complètement dans de l’eau salée. Le sang reste absolument liquide, et, même après plusieurs jours, les membranes ne sont ni imbibées de la moindre trace de matière colorante, ni enduite d’aucun dépôt de fibrine. Le gonflement préalable avait donc donné à ces membranes, vis-à-vis du sang, les propriétés de la paroi vasculaire. Freund conclut de ses expériences

(1) F. Glénard, Bull. Soc. chim., t. XXIV, p. 517, 1873.

(2) Lister, Arch. f. physiol. Heilkunde, 1858, p. 239.

(3) F. Freund, Wiener Med. Jahrb., 1886, p. 46; Maly's Jahresb., t. XVI, p. 121.

(4) Straucli a montré que le retard subi par le phénomène de la coagulation est en réalité moins long. Le sang parait encore liquide alors qu’en réalité la coagulation est déjà commencée. Il arrive en effet que les premiers filaments de fibrine qui s organisent, ne peuvent pas adhérer aux parois du vase et ni par conséquent tendre à travers la masse du liquide les premières mailles du réseau dans lequel toute la masse va se trouver emprisonnée (Strauch, Inaug. -Dissert., Dorpat, 1889; Maly’s Jahresb., t. XIX, p. 111).

ih ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE. — L.YMBLING.

que le sang ne se coagule pas dans les vaisseaux, parce qu’il n’adhère pas aux parois (1) et que c’est le contact avec un corps étranger qui fait que le travail de la coagulation peut commencer. Une fois ce travail commencé, il se propage très rapidement, car les parties coagulées jouent à leur tour, et de proche en proche, le rôle de corps étranger. Il semble pourtant que le corps étranger doit présenter des propriétés physiques particulières. Ainsi Zahn f2) a pu introduire de petites baguettes de verre à surface lisse dans le cœur d’animaux vivants, sans provoquer autour de celles-ci la formation d’un caillot. Mais il suffisait de les rayer légèrement d’un trait de lime, pour qu’à cet endroit il se produisît un dépôt de fibrine.

Cette action des parois vasculaires a été interprétée aussi dans un sens chimique. G. Bonne (3) admet que les mutations de matière qui se passent dans ces parois aboutissent à la' formation de composés à propriétés anti-coagulantes et notamment d’acide carbonique qui passe constamment de l’endothélium vers le sang. Mais llaycraft (4) a montré qu’on peut injecter dans l’artère pulmonaire (du mouton) un mélange semi-liquide de vaseline et de paraffine en quantité suffisante pour séparer complètement le sang de la paroi vasculaire, sans provoquer aucune coagulation. Cette expérience plaide donc dans le même sens que celle de Freund.

Quoi qu’il en soit, la conclusion de Freund, comme le fait remarquer Arthus, est moins une explication qu’une constatation, et sans examiner ici pourquoi le travail de la coagulation commence quand le sang est en contact avec des corps étrangers, essayons de montrer ce qu’est le phénomène en lui-même et en quoi il consiste.

Jusque vers la fin du siècle dernier on a considéré le caillot comme étant formé de globules agglutinés. Ce n’est qu’à partir de 1772, après les travaux de Hewson, que l’on arrive à la notion d’une substance coagulable, décrite plus tard sous le nom de fibrine. A partir de ce moment toutes les théories sur la coagulation du sang se ramènent à une explication de la formation de la fibrine dans le sang en voie de coagulation. Plusieurs hypothèses se présentaient ici : la fibrine peut préexister dans le sang sous la forme d’une matière albumino'ide dissoute dans le plasma et qui passe à l’état solide au moment de la coagulation. Elle peut provenir aussi des éléments figurés qui, à un moment donné, la laisseraient exsuder de leur intérieur, et dans cette hypothèse la fibrine préexisterait à l’état solide dans les globules. 11 se peut aussi qu’elle ne se forme qu’après la sortie du sang hors des vaisseaux, et aux dépens d’une ou plusieurs substances, par transformation, dédoublement ou combinaison, et dans ce cas il faut rechercher quels sont les générateurs de la fibrine.

(1) Freund soutient en effet que le sang ne mouille pas la paroi vasculaire. Un vaisseau sain, que l’on vide de son contenu, montre une paroi d’un blanc jaunâtre, humide, brillante, mais que le sang n’a pas colorée. Au contraire, l’endothélium des parois altérées par des phénomènes de calcification, est colorée par le sang. Lâ aussi on voit se produire des trhombus (Med. Jakrb., 1888, p. 259; Maly's Jahresb., t. XVIII, p. 68).

(2) Zahn, Virchow’s Arch., t. LXII, p. 104-112, 1875.

(3) G. Bonne, Maly’s Jahresb., t. XIX, p. 117, 1889.

(4) Haycraft, Journ. of Anal. a.PhysioL, t. XXll,p. 172; Maly's Jahresb., t. XX, p. 108,

THÉORIES DE LA COAGULATION DU SANG

La première théorie de la coagulation ayant un caractère véritablement scientifique date des belles recherches de Denis (de Commercy) sur les matières albuminoïdes et sur le sang (1836-1861) (1). Presque à la même époque Alexandre Schmidt (de Dorpat) commençait sur le même sujet une série de recherches qu’il devait poursuivre pendant plus de 30 ans, avec une accumulation extraordinaire d’expériences variées et dont quelques-unes demeureront classiques en matière de physiologie du sang. Ces recherches l’ont conduit à une théorie — on dirait mieux à une succession de théories — sur la coagulation du sang, dont l’exposé et la critique nous conduiront jusqu’aux travaux actuels sur cette question. Cette théorie d’Al. Schmidt a été accueillie en général avec beaucoup de faveur à l’étranger. Néanmoins, un certain nombre de physiologistes — et notamment Hammarsten, à qui l’on doit une critique expérimentale très abondante et très serrée des idées de Schmidt — ne l’ont acceptée qu’avec des modifications importantes. En France, où les travaux de Schmidt ont d’abord trouvé peu d’écho, on s’en est tenu en général à la théorie d’Arm. Gautier, et là où la théorie de Schmidt a été acceptée, elle ne l’a pas été en son entier. Arthus, qui a apporté récemment à nos connaissances sur la coagulation l’appoint d’une série d’expériences remarquables, a également modifié sur plusieurs points la théorie de Schmidt. Nous exposerons d’abord ces diverses théories — de Denis,'d’Al. Schmidt, de Hammarsten, d’ Arthus, d’Arm. Gautier — avec les faits qui ont été fournis à l’appui de chacune d’elles, et nous montrerons qu’en dépit de divergences nombreuses, elles se contrôlent et se complètent mutuellement, et qu’elles forment un tout cohérent.

Nous aurons ensuite à faire connaître un certain nombre d’autres recherches, qu’il était difficile de faire rentrer dans le cadre tracé par ces premiers travaux. Ce sont d’abord les récentes recherches d’Al. Schmidt, qui ont conduit ce savant à donner à sa théorie une forme nouvelle; mais, ainsi modifiée, sa doctrine prend une forme si particulière au milieu de l’ensemble des travaux sur la coagulation, elle présente si peu de liens avec les théories actuellement en cours, qu'il a paru préférable d’en rejeter l’exposé à la fin de cette étude. Nous en dirons autant, pour des raisons différentes, des travaux de Wooldridge, qu’il est difficile encore de lier en une théorie complète et qui, en contradiction sur beaucoup de points avec les explications généralement admises, tendent à remettre en question tout le problème de la coagulation (2).

(1) Les premiers travaux de Denis sur le sang et sur la coagulation remontent à 1828-1830, mais sa théorie de la coagulation n’a pris corps qu’en 1838.

(2) Outre les mémoires originaux qui seront cités plus loin, le lecteur pourra consulter pour l’exposé général des théories de la coagulation du sang : A. Gautier, Chimie appliquée à la Physiologie, etc,, t. I, p. 502, Paris, 1873, et Cours de Chimie, t. III, p. 400, Paris, 1892. — Hoppe-Seyler, Physiol. Chem., p. 411, Berlin, 1881. — Rollet, BhU. u. Blulbervegung, in Hermann’s Handln d. Physiol., t. IV, p. 103, Leipzig, 1880. — Hoffmannn, Zoochemie, p. 304, Vienne, 1883. — Beaunis, Physiol. humaine, 3« éd., Paris, 1888. — Hammarsten, Physiol. Chem., p. 72, tViesbaden, 1891. — Landois, Physiol. humaine, trad. par Moquin-Tandon, p. 30, 1892. — Un bon historique des principales théories de la coagulation se trouve dans le travail d’Arthus [Thèse de la Faculté des sciences, Paris, 1890).

ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE. — LAMBLING.

THÉORIE DE DESIS.

Les recherches qui ont conduit Denis à sa théorie sur la coagulation du sang s’étendent sur un laps de temps de plus de 30 années. Dès 1828 il admet que la fibrine est en solution dans le sang et dans la lymphe et qu’elle se condense dans ces humeurs sitôt que leur mouvement est arrêté (1). Il revient sur cette idée en 1838 et ramène tout le phénomène de la coagulation à une solidification de la fibrine (2). Ses recherches sur les matières albuminoïdes (1836) et sur le sang (1838), le conduisent finalement à une théorie complète de la coagulation (3). La matière albuminoïde qui est la substance mère de la fibrine, la plasmine existe en dissolution dans le sang. On peut l’extraire de la manière suivante : On reçoit le sang au sortir do la veine dans un bocal contenant 1/7' de son volume d’une solution saturée de sulfate de sodium. Lorsque les globules se sont déposés au bout de quelques heures, on décante le plasma susjacent et on le sature de sel marin en poudre. La plasmine se précipite en flocons. Onia recueille, on l’exprime entre des doubles de papier et on la dissout dans l’eau. La solution donne, au bout de 10 minutes, un caillot incolore qui expulse un sérum également incolore. Le caillot exprimé se réduit en filaments tout à fait semblables à la fibrine du sang : c’est la fibrine concrète de Denis; quant au sérum, il contient encore une matière albuminoïde dissoute : c’est la fibrine dissoute. La coagulation du sang est donc due à une matière albuminoïde dissoute dans le sang, la plasmine, qui, au moment de la coagulation, se dédouble en fibrine concrète formant le caillot, et en fibrine dissoute qui reste dans le sérum.

Cette théorie de Denis n’a pu se maintenir en face des progrès qu’ont fait nos connaissances sur les matières albuminoïdes du sang. Nous savons aujourd’hui que la plasmine de Denis n’est pas un individu chimique, mais un mélange. Le chlorure de sodium en poudre précipite, en effet, du plasma sanguin un mélange de fibrinogène et de sérum-globuline (voy.p. 136). Et de fait L. Frédéricq a montré que la plasmine de Denis contient une matière albuminoïde coagulable à 55" (fibrinogène), et une autre coagulable à 75" (sérum-globuline), et qui présente toutes les propriétés de la fibrine dissoute de Denis. On voit donc que la forme dissoute préexistait en réalité dans le sang et dans la plasmine. Le précipité produit par le sel marin entraîne également avec lui du ferment de la fibrine et de ses calcaires. Il contient donc, comme on le verra plus loin, tous les facteurs nécessaires à la coagulation. La théorie de la plasmine doit donc être abandonnée, mais les travaux de Denis n’en restent pas moins, comme le dit justement A. Gautier, le fondement de nos connaissances chimiques sur la coagulation du sang et l’origine de nos méthodes modernes de séparation des

(t) Denis, Recherches expérimentales sur le sang humain considéré à l'état sain, Commercy, 1830 (Mémoire présenté à l’Institut en 1828).

(2) Denis, Essai sur l'application de la chimie à l'étude physiologique du sang de l'homme, Paris, 1838.

(3) Denis, Mémoire sur le sang considéré quand il est fluide, pendant qu'il se coagule et lorsqu'il est coagulé in Comptes rendus, 1858.

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divers albuminoïdes. .4u surplus, on montrera plus loin qu’en ce qui concerne la formation de la fibrine par dédoublement d’une matière albuminoïde, nous voyons aujourd’hui la théorie de Denis revivre en partie dans celle que défendent Hammarslen, Arthus et la plupart des physiologistes.

THÉORIE d’AL. SCH.MIDT.

Les travaux d’Al. Schmidt sur la coagulation forment un ensemble considérable de recherches. Bien que par certains côtés quelques-unes d’entre elles s’éloignent un peu de la question de la coagulation, on en donnera ici la substance, car elles conservent, au point de vue de l’histoire chimique du sang, un intérêt considérable, indépendamment de la théorie à laquelle elles ont conduit leur auteur.

Le point de départ de la théorie de Schmidt se trouve dans une série d’expériences sur la coagulation du chyle et celle des Iranssudats non spontanément coagulables, mis en contact avec du sang de cheval défibriné (1). Du chyle de chien, qui se coagule spontanément en i heure et demie, se transforme, en 2 ou 3 minutes, en un caillot compacte, si on lui ajoute environ un tiers de son volume de sang défibriné. D’autre part, un liquide d’hydrocèle, non spontanément coagulable, entre en coagulation sitôt qu’on lui ajoute du sang de bœuf défibriné ou du sérum (2). Le caillot qui se forme se contracte comme celui du sang, et expulse un sérum qui agit encore comme agent coagulant sur- une nouvelle portion du transsudât. C’est surtout cette seconde expérience qui, répétée par Schmidt dès 1861 sur plus de 80 tran.ssudats divers, fut l’origine de recherches fécondes.

Schmidt s’efforça alors d’isoler du sérum sanguin ou du sang la substance qui est l’agent coagulant. Après avoir montré que cet agent n’est ni un gaz, ni, comme il l’avait cru d’abord, l’hémoglobine, il parvint à isoler du sérum sanguin dilué, à l’aide d’un courant d’acide carbonique, une matière albuminoïde qui emportait avec elle le pouvoir coagulant, tandis que le sérum dont elle provenait avait perdu ce pouvoir. Ce corps, qu’il appela substance fibrinoplastique, n’est autre chose que la sérum-globuline. D’autre part, il lit voir que l’aptitude à la coagulation que possèdent les transsudats employés tient à la présence d’une autre globuline qu’il appela substance fibrinogène ou fibrinogène, et que l’élimination de ce fibrinogène fait perdre au transsudai l’aptitude à la

(1) Al. Schmidt, Arch. f. Anat. u. PhysioL, 1861, p. 547 et 555, et 1862, p. 533.

(2) Au moment où AI. Schmidt a commencé ses travaux, il n’avait pas connaissance des résultats déjà obtenus dans cette direction par Andrew Buchanam (de Glasgow). Dès 1836, ce savant avait montré que des liquides non spontanément coagutables, tels que te liquide du péricarde ou de l'hydrocèle, fournissent un coagulum lorsqu’on leur ajoute quelques fragments de caillot sanguin lavés avec de l’eau. Il avait noté en outre ce fait important que la couenne du caillot (crustn phlogistica) possède à un plus haut degré encore cette propriété coagulante, et il avait conclu de là que cette coagulation est provoquée par les globules blancs, si nombreux dans la couenne; et que ce phénomène est comparable à la coagulation du lait, en présence du lab (cité d'après Halliburton, Lehrbuch der chemischen Physiologie u. Pathologie, traduction allemande de Kayser, Heidelberg, 1893, p. 253).

ENCTCLOP. CHIM. 10

ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE. — LAMBLING.

coagulation (1). Enfin le mélange des deux globulines dissoutes séparément dans des solutions salines ou légèrement alcalines produit un caillot de fibrine, à la condition que les solutions alcalines contiennent une certaine proportion de sels et que leur teneur en alcali ne soit pas trop forte. Le fibrinogène et la sérum-globuline (à laquelle Schmidt a toujours conservé le nom de substance fibrinoplastique) sont pour Alexandre Schmidt les deux générateurs de la fibrine.

11 convient d’ajouter que, dès cette époque, Schmidt admet que la substance fibrinoplastique est fournie par les globules rouges du sang, tandis que pour lui la substance fibrinogène préexiste dans le plasma. Plus tard il rattacha l’origine de la substance fibrinoplastique — et peut-être aussi celle de la substance fibrinogène — aux globules blancs. Nous allons voir que, d’après Schmidt, ces globules interviennent encore d’une autre manière dans le phénomène de la coagulation.

Le ferment de la fibrine. — Sous cette première forme la théoriede Schmidt se montra bientôt insuffisante à comprendre tous les faits. Dès 1867 Brücke (2) fit voir par l’examen d’un certain nombre d’observations dues à Schmidt lui-même, que la sérum-globuline ne paraît pas intervenir elle-même comme agent fibrinoplastique, et que son action doit être vraisemblablement attribuée à des impuretés de nature inconnue, précipitées avec elle par entraînement. Du reste, dans l’exposé de ses premières recherches, Schmidt (3) avoue qu’il n’a que rarement réussi à obtenir un caillot par le mélange des solutions artificielles des deux substances. La coagulation réussit, au contraire, toujours quand on ajoute à la solution artificielle de l’une la solution naturelle de l’autre. Plus tard Al. Schmidt(4) reconnut l’exactitude de l’hypothèse de Brücke en ce sens que, tout en maintenant l’intervention de la sérum-globuline (5) dans la production de la fibrine, il admit la nécessité d’un troisième facteur qu’il appela ferment de la fibrine.

On constate, en effet, que certains liquides séreux qui contiennent les deux générateurs albumino'ides de la fibrine ne manifestent aucune tendance à la coagulation. Ils fournissent, au contraire, nn caillot de fibrine, lorsqu’on leur ajoute un peu de sérum-globuline extraite du sérum sanguin. Visiblement la sérum-globuline n’agit pas ici par sa substance propre, mais par une impureté opérant en très petite quantité à la manière d’un ferment. Al. Schmidt (6) s’efforça alors d’isoler ce ferment qu’il put obtenir de la manière suivante :

Le sérum est précipité par IS à 20''»' d’alcool, et le précipité est abandonné

(1) Au début de ses reeherches. Al. Schmidt appelait simplement substance fibrinogène la substance qui va devenir la fibrine, et substance fibrinoplastique le corps qui provoque la séparation de la fibrine. Ainsi le liquide d’hydrocèle est un milieu à propriétés fibrinogènes; le sérum sanguin a au contraire des propriétés fibrinoplastiques {Arch. f. Anat. u. Physiol., 1861, p. 561).

(2) Brücke, Sitzungsb. d. Wiener Acad., t. LV, 2“ partie, p. 891, 1867.

(3) Al. Schmidt, Arch. f. Anat. u. Physiol., 1862, p. 542.

(4) Al. Schmidt, Pflüger’s Arch., t. VI, IX et XL

(6) Brücke avait soutenu aussi que la substance fibrinoplastique de Schmidt est en réalité do la sérum-albumine, assertion dont Al. Schmidt démontra 1 inexactitude.

(6) Al. Schmidt, Pflüger’s Arch., t. VI, p. 413; Maly’s Jahresb., t H, p. 65, 1872.

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