‹ Encyclopédie chimique.Tome IX.- Applications de chimie organique. 2e sectionChapitre 59 sur 273 · FERMENT DE LA FIBRINE · texte numérisé non relu

FERMENT DE LA FIBRINE

au contact de l’alcool pendant 13 jours au moins, afin de coaguler autant que possible d'une manière définitive toutes les matières albuminoïdes. On recueille ensuite le précipité, on le dessèche au-dessus de l’acide sulfurique et on le pulvérise finement. L’extrait aqueux de cette poudre contient le ferment et possède un pouvoir coagulant considérable. Le ferment obtenu est d’autant plus pur que le contact avec l’alcool a duré plus longtemps.

Ce ferment est un facteur nécessaire de la coagulation. On trouve en effet dans l’organisme des liquides séreux qui ne sont pas spontanément coagulables, bien qu’ils contiennent les deux générateurs albuminoïdes de la fibrine. Or, l’addition d’un peu de la solution du ferment les coagule immédiatement. Mais le ferment n’a aucun effet sur la quantité de fibrine formée, celle-ci dépendant uniquement de la masse des générateurs albuminoïdes. Il n’influe que sur la rapidité du phénomène. Du plasma de sang de cheval, séparé des globules à l’aide du froid, se coagule spontanément au bout d’une heure ou même davantage. 11 se prend en masse au bout de 3 ou 4 minutes, si l’on ajoute une solution de ferment; mais dans les deux cas le poids de fibrine formée est le même. Le même phénomène s’observe avec des transsudais contenant les deux générateurs albuminoïdes, mais qui ne sont pas spontanément coagulables : la coagulation s’opère en quelques minutes ou en plusieurs heures, selon que l’on ajoute beaucoup ou peu de ferment. L’action de ce ferment est maxima à la température du corps humain ; au delà elle diminue, et à73-73° elle est définitivement supprimée. Une température de 0° laisse le ferment intact, mais suspend ses effets. Lorsque la coagulation est achevée, le ferment se retrouve dans le sérum, et l’on peut avec ce sérum provoquer une nouvelle coagulation, et ainsi de suite.

Cette substance, qui est ainsi l’excitateur de la coagulation, a donc bien les allures d’un ferment soluble, d’une enzyme. Sur ce point les recherches très soignées de Ilammarsten (1) et les observations d’un grand nombre d’autres expérimentateurs confirment entièrement celles de Schmidt, et jusqu’à ce qu’on sache au juste ce qu’est cette substance, il est logique, quoi qu’en dise Gorup- Besanez (2), de la ranger dans la catégorie des ferments solubles. Au surplus nos connaissances sur ce ferment sont tout à fait du même ordre que celles que nous possédons sur la pepsine ou le lab, par exemple, c’est-à-dire qu’elles se réduisent à la constatation de leur action. Au point de vue chimique, nous ne savons rien de précis sur ces corps en eux-mêmes. Tandis que Sheridan et J. R. Green (3) refusent au ferment de la fibrine les caractères d’une matière protéique, Gamgee et Halliburton (4) en font, au contraire, une globuline {cytoglobuline de Halliburton par opposition à la plasma-globuline). On verra plus loin que Pekelharing l'envisage comme la combinaison calcique d’une nucléoalbumine, et que Lilienfeld en fait également une substance du même groupe (leuconucléine) (5).

(1) Hammarsten, Pflüger's Arck., t. XIV, p. 211, 1875.

(2) Gorup-Besanez, Chimie physioL, trad. par Schlagdenhauffen, t. I, p. 177, Paris, 1880.

(3) Sheridan Lea et J. R. Green, Journ. of PhysioL, t. IV, p. 380; Maly's Jahresb., t, XIV, p. 130, 1884.

(4) Gamgee, Journ. of PhysioL, t. II, p. 143, 1879. — Halliburton, Proc. Roy. Soc., 1888, p. 233; Maly’s Jahresb., t. XVIII, p. SI, 1888.j

(5) Voy. p. 168.

KSCYCLOPÉDIE CHIMIQUE. — LAMBLING.

En ce qui concerne le mode d’action du ferment, Fick (1) a fait remarquer qu’étant donnée la rapidité avec laquelle se coagulent certains plasmas ou exsudais, quand on leur ajoute des liquides actifs, il est difficile d’admettre que chaque molécule de fibrinogène s’est trouvé en contact avec une molécule de ferment. Fick admet donc que dans la coagulation du sang, comme aussi dans celle de la caséine en présence du lab, le ferment ne fait qu’amorcer la coagulation, et que celle-ci, une fois l’équilibre chimique du liquide rompu, se propage de proche en proche sans l’intervention du ferment. Mais Latschenberger (2), en étudiant le phénomène dans un appareil spécial, a pu démontrer que l’hypothèse de Fick est inadmissible.

Recherche et dosage approximatif du ferment de la fibrine. — Dans toutes leurs recherches sur l’origine et le mode de production du ferment de la fibrine, Schmidt et ses élèves (3) se sont servis d’un procédé de dosage très ingénieux et dont il importe d’établir nettement la nature avant d’aborder l’exposé de ces recherches mêmes. Le réactif employé est le «plasma salé » de Schmidt, extrait du sang de cheval, et qu’il no faut pas confondre avec le plasma de sang de cheval filtré dont il sera question plus loin. Voici comment s’obtient ce plasma salé ; On fait couler 3'’“^ de sang de cheval, au sortir de la veine, dans d’une solution de sulfate de magnésium à 28 p. 100. On décante le plasma qui s’est séparé et on l’évapore à sec, dans le vide, au-dessus de l’acide sulfurique. En poids déterminé de ce résidu est dissous dans 7''“* d’eau et l’on filtre. Le liquide obtenu représente le « plasma salé » de Schmidt. 11 ne se coagule jamais, même très étendu. On mélange t’"* de plasma avec un ou plusieurs volumes du liquide dont on veut mesurer la teneur en ferment et on compte le nombre de minutes qui s’écoulent jusqu’au moment de l’apparition du caillot. Schmidt prend pour unité de mesure 100 minutes. Si t est la durée de la coagulation, représente la richesse en ferment. Les divers échantillons de plasmas salés ne donnent pas des résultats comparables entre eux. Il faut donc, pour une série d’expériences, avoir une grande provision de ce réactif. Desséché, il se conserve d’ailleurs pendant des années sans altération (4).

(1) A. Fick, Pflüger’s Arck., t. XLV, p. 293; Maly’s Jahresb., t. XIX, p. 499, 1889.

(2) Latschenberger, Centralbl. f. Physiol.,\. IV, p. 3; Maly’s Jahresb., t. XX, p. 106, 1890.

(3) Al. Schmidt, Arch. de Physiol. norm. et path., 2“ série, t. IX, p. 516, 1882. — Dans ce mémoire Al. Schmidt a résumé les expériences contenues dans les dissertations inaugurales d'un certain nombre do ses élèves, dissertations qui seront citées au cours de cette étude (Thèses de Jaeowicki, Kôhler, Edelberg, Birk, Sachsendahl, Bojanus et Hoffmann).

i4) Cette préparation n'est en somme que l’application de la classique expérience d’.Arm. Gautier {Comptes rendus, t. LXXX, p. 1362, 1875). On reçoit du sang de chien dans un égal volume d’une solution de sel marin à 8 p. 100, on filtre, on laisse reposer le filtrat, on décante le plasma sus-jacent aux globules et on évapore dans le vide au-dessus de l'acide sulfurique. Le résidü pulvérisé peut être desséché k 111“ sans altération; traité par l’eau, il donne une solution qui se coagule spontanément. Au contraire le plasma salé de Schmidt ne se coagule plus lorsqu’on l'ctend d'eau. Cette différence tient à la force de la solution saline dans laquelle le sang a été reçu et constitue un phénomène bien connu. Elle s’explique par l’action conservatrice que les sels exercent sur les globules blancs (voy. plus loin) qui, échappant ainsi à la destruction, se déposent avant d’avoir abandonné au plasma une proportion sensible de ferment. Ces deux préparations, celle de .A. Gautier et celle de Schmidt, correspondent k ce que les auteurs allemands appellent parfois plasma salé faible et fort.

ORIGINE Dü FERMENT DE LA FIBRINE.

La préparation de l’extrait du tissu ou de l’humeur dont en veut mesurer la teneirr en ferment, se fait de la manière suivante ; S’il s’agit par exemple du sang considéré au moment où il sort des vaisseaux, on le reçoit aussitôt dans de l’alcool fort et on attend 10-15 jours. Au bout de ce temps (toujours le même) on filtre, on lave le caillot à l’alcool absolu, puis à l’éther, on le sèche sur une assiette et on le réduit en poudre. Un poids connu de cette poudre est traité par un volume déterminé d’eau et on filtre au bout d'une demi-heure ou d’une heure.

Origine du ferment de la fibrine. ~ Rôle des globules blancs. — L’origine du ferment de la fibrine est rapportée par Al. Schmidt aux globules blancs. Déjà Mantegazza (1) avait essayé d’établir une relation entre l’altération des globules blancs et la coagulation. 11 fait observer notamment que dans la classique expérience de J. Müller (2) avec le sang de grenouille, le plasma filtré ne se coagule que lorsque le filtre employé permet le passage des globules blancs, et en outre que tous les liquides (sang, lymphe, chyle), qui sont aptes à se coaguler spontanément, contiennent des globules blancs, enfin que des transsudats pathologiques, tels que la sérosité du vésicatoire, perdent cette propriété quand on les débarrasse des leucocytes par une filtration soignée. Si l’on passe un fil de soie à travers la veine d’un animal vivant, on le trouve déjà au bout de deux minutes, couvert de leucocytes autour desquels on constate un dépôt défibriné. Si l’expérience dure plus longtemps, le fil se recouvre d’un fort caillot blanc gorgé de leucocytes. Des corps étrangers introduits dans la circulation se comportent de môme s’ils présentent des aspérités. Au contraire, le caillot ne se forme pas sur un fil de platine lisse et soigneusement poli. Ces résultats ont été confirmés par Zahn (3), qui a démontré en outre qu’une accumulation de leucocytes précède toujours la formation des thromboses.

Des preuves plus directes de l’influence des globules blancs sur la coagulation ont été fournies par Al. Schmidt (4) et ses élèves. Lorsqu’on reçoit du sang de cheval dans un vase refroidi à 0°, les globules rouges se déposent d’abord, puis les globules blancs, et l’on peut décanter la couche supérieure du plasma et filtrer les couches inférieures. Les leucocytes, rendus rigides par le froid, ne passent pas à travers le filtre, et le plasma que l’on obtient ainsi, ramené à la température ordinaire, ne se coagule que très lentement. Si on ajoute à ce plasma un peu de la purée des leucocytes, il fournit au contraire un caillot compacte. Cette action des globules blancs a été confirmée par Frédéricq (o) et par un grand nombre d’autres observateurs qui seront cités plus loin. Notons

(1) Mantegazza, Maly’s Jahresb., t. I, p. 110, 1871. — Buchanam avait aussi comparé l’action des globules blancs dans ta coagulation du sang à celle du lab dans la caséification du lait {London Med. Gaz., t. XVÜI, p. 50).

(2) J. Müller recevait dans de foau additionnée de quelques centièmes de sucre le sang de grenouilles décapitées, et filtrait ensuite rapidement. Il obtenait ainsi un plasma sucré, qui sa transforme bientôt en une gelée incolore, et il concluait de ce fait que la coagulation doit être rapportée aux éléments du plasma lui-même et non aux éléments liaures.

(3) Zahn, Virchow’s Arch., t. LXII, p. 81, 1875. (Voy. aussi plus haut, p. 142.)

(4) .Al. Schmidt, Pflüger's Arch., t. XI.

(5) Frédéricq, Recherches sur la constitution du plasma sanguin, Paris, 1878.

150 E^XYCL0PÉDtE CHIMIQUE. — LAMBLDÎG.

simplement ici quelques expériences qui se contrôlent mutuellement. C’est en retardant la destruction des globules blancs et par conséquent la production du ferment que les sels neutres et les basses températures entravent la coagulation. La filtration du plasma à 0”, c’est-à-dire l’élimination rapide des éléments figurés agit dans le même sens. Latschenberger (1) a même réussi à préparer un plasma naturel, incoagulable spontanément, en le privant de tous éléments figurés. Pour cela, le sang est débarrassé aussi rapidement que possible de tous ses globules à l’aide de la force centrifuge, puis maintenu au repos pendant plusieurs semaines à la température de 0°. Dans ces conditions, on constate que lorsque les éléments figurés ont été éloignés, la teneur du plasma en ferment (déterminée comme il a été dit plus haut) est très faible (ou même nulle, comme dans l’expérience de Latschenberger), çt de plus qu’elle ne s’augmente pas avec le temps. Au contact des globules la richesse d’un plasma en ferment va au contraire en croissant à mesure que l’on s’éloigne du moment de la saignée, c’est-à-dire à mesure que les éléments cellulaires se détruisent. Inversement tout ce qui accélère la destruction des globules, hâte la coagulation (2). L’apport de globules blancs empruntés à un sang étranger accélère de même la coagulation du plasma. Dans une expérience de Schmidt et Ranschenbach (3) un plasma filtré à 0°, qui se coagulait spontanément en 53 minutes, s’est pris en masse au bout de 16-17 minutes, par suite de l’addition de leucocytes de sang de cheval préparés d’après le procédé de J. "V. Samson-Himmelstjerna (voy. p. 103).

On peut démontrer enfin que le ferment ne résulte en aucune façon de la vie extrava scolaire des globules et qu’il en existe dans ces globules une quantité déterminée qui n’augmente pas après la sortie des vaisseaux. Les expériences d’Arthus (4) sont à cet égard tout à fait démonstratives.

Les plaquettes sanguines interviennent-elles dans la coagulation ? — D’après Bizzozero (5), les expériences de Schmidt ne démontrent que ce seul fait, à savoir que le ferment de la fibrine provient d’éléments figurés autres que les globules rouges; or, ces éléments ne sont pas, d’après lui, les globules blancs, mais bien les plaquettes sanguines. Par des expériences analogues à celles de Mantegazza (voy. p. 149), Bizzozero s’est efforcé de démontrer que la coagulation a toujours pour point de départ les plaquettes sanguines, autour desquelles vient se déposer la fibrine, mêlée à des leucocytes. Telle est également l’opinion de Hayem (6), qui dès 1878 avait rattaché la formation de la fibrine aux hématoblastes, et de Laker(7), qui est revenu à plusieurs reprises sur cette question, tandis que G. Fano (8), Jarosl. Hlava (9), Lôvvit (tO), Schimmelbusch (11) refusent

(1) Latschenberger, Centralbl. f. PhysioL, t. IV, p. 3, 1890.

(2) Voy. à ce sujet les expériences très probantes d’Arthus (Thèse de la Faculté des sciences de Paris, 1890, p. 61).

(3) Rauschenbach, Inaug. -Dissert., Dorpat, 1883.

(4) Arthus, toc. cit.

(5) Bizzozero, Virchow’ s Arch., t. XX, p. 261, 1882.

(6) Hayem, Comptes rendus, t. LXXXVI, p. 58, 1878.

(7) Laker, Wien. Âkad. Sitzungsb., t. LXXXVI, p. 173; Maly's Jahresb., t.Xlil, p. 124, 1883.

(8) G. Fano, Centralb. f. d. med. Wissensch., 1882, p. 210 ; Malÿs Jahresb., t. XII, p. 138.

(9) J. Hlava, Arch. f. exp. Path., t. XVII, p. 392; Maly’s Jahresb , t. XIII, p. 97, 1883.

(10) Lôwit, Wiener Akad. Sitzungsb., t. XCl, p. 270; Maly’s daAresè., t. XIV, p. 133, 1884.

(11) Schimmelbusch, Yirchow’s Arch., t. CI, p. 201; Maly's Jahresb., t. XV, p. 157, 1885.

Page 1