‹ Encyclopédie chimique.Tome IX.- Applications de chimie organique. 2e sectionChapitre 60 sur 273 · ROLE DES GLOBULES BLANCS · texte numérisé non relu

ROLE DES GLOBULES BLANCS

aux plaquettes sanguines toute participation à la coagulation du sang in vitro. Les expériences les plus probantes à cet égard sont de Lôwit, qui s’est servi de la lymphe abdominale du lapin. Cette humeur, entièrement dépourvue de plaquettes sanguines, ne contient d’autres éléments figurés que des globules blancs. Elle se coagule au bout de 5-10 minutes, et d’autant plus rapidement qu’elle contient plus de globules. Filtrée à travers du coton de verre, elle reste souvent liquide pendant une demi-heure à deux heures ; au contact du ferment de la fibrine, elle est au contraire coagulée immédiatement. Ajoutée à du liquide d’hydrocèle ou d’ascite, la lymphe filtrée ne donne pas de caillot; la lymphe non filtrée provoque une coagulation rapide. En abandonnant à 0° du sang de chien recueilli dans du sulfate de sodium à 28 p. dOO, on peut, au bout de quelque temps, prélever avec une pipette capillaire un peu de plasma limpide dans lequel on ne trouve plus, au microscope, de globules blancs, mais seulement des plaquettes sanguines. Ce plasma n’est pas coagulé, même au bout de 24 heures ; en présence du ferment de la fibrine, il est au contraire coagulé immédiatement.

Ces expériences sont donc tout à fait contraires à la thèse de Ilayem et de Bizzozero. Au surplus, le débat qui se poursuit encore entre les histologistes au sujet de l’origine même des plaquettes sanguines montre que l’étude de ces éléments présente des difficultés considérables. Pour les uns (Eberth et Schimmelbusch (1), Laker (2), etc.), les plaquettes préexistent* dans le sang ; pour Al. Schmidt, J. Illava (3), Lôwit (4), Lilienfeld (3) et d’autres observateurs, elles représentent des restes de globules blancs fragmentes, en voie de destruction, c’est-à-dire j^arvenus à un état où leur action sur la coagulation est déjà un processus achevé. Quoi qu’il en soit on peut admettre, dans l’état actuel de nos connaissances, que les plaquettes sanguines ne contribuent pas à la coagulation du sang in vitro. 11 n’en va pas de même probablement pour ce qui regarde la formation des thrombus dans l’organisme. Eberth et Schimmelbusch ont montré que si en un point d’un vaisseau sanguin il y aà la fois altération de la parai et ralentissement de la circulation, les plaquettes sanguines s’arrêtent rapidement en ce point, s’y accumulent en s’agglutinant et forment un thrombus blanc. Mais il s’agit ici non d’une coagulation, mais d’une agglutination. Ultérieurement, des globules rouges peuvent s’agglomérer à cette masse et, la stase augmentant, le sang peut subir à cet endroit, tout comme dans un vase en verre, qne vraie coagulation avec formation de fibrine. Mais, primitivement, il ne s’agit point ici d’une véritable coagulation, dont les plaquettes sanguines seraient l’agent excitateur.

Tous les globules blancs n’ont pas, au point de vue du phénomène de la coagulation, la même signification. — On a montré plus haut que la participation des globules blancs à la coagulation ressort des nombreuses expériences de Schmidt et de ses élèves avec une très grande probabilité. Mais sur ce point encore la théorie de Schmidt a dù se modifier devant des faits nouveaux. On

(1) Eberth et Schimmelbusch, Virchow’s Arch., t. dit et CV, 1886, et t. CVIll, 1887.

(2) Laker, Virchow’s Arch., t. CXVI, p. 28.

(3) J. Hlava, toc. cil.

H) Lôwit, Wien. Acad. Silzungsb., t. XC, p. 80; Maly’s Jahresb.,i. XIV, p. 136, 1884.

(5) Lilienfeld, Du Bois Reymond’ s Arch., 1892, p. 168; ilaly's Jahresb., t. XXII, p. 116.

s’aperçut en effet très vite que, sous le rapport de leur action coagulante, tous les globules blancs n’ont pas la rnênoc valeur. Les recherches de Hoffmann (1), E. von Samson-Ilimmelstjerna (2), N. IIcyl(3), F. Rauschenbach (4), faites sous la direction d’.41. Schmidt, tout en confirmant les vues de ce dernier sur l’influence des globules blancs, ont établi que le sang contient au moins deux sortes de leucocytes ; les uns, très résistants, que l’ont retrouve inaltérés, après la coagulation, dans le sang défibriné; les autres, se détruisant très rapidement après la sortie du sang hors des vaisseaux. Par des expériences de numération, N. Heyl a montré qu’en dcfibrinant du plasma de sang de cheval, on provoque la disparition de 73 p. 100 des leucocytes; qu’on en fait disparaître dans le plasma salé (avec S0‘ Mg) par l’agitation 44,1 p. 100, et par un repos de 24 heures, 73 p. 100. Le battage ne fait disparaître, dans le chyle de cheval que 30 p. 100, dans le chyle salé que 16 p. 100 des leucocytes; enfin le repos pendant quatre jours en détruit 30,2 p. 100. Les globules blancs contenus dans ces humeurs présentent donc une ré.sTstance très variable. Ils ont également, d’après Rauschenbach, une affinité variable pour les matières colorantes. Enfin ils fournissent des extraits dont la richesse, eu ferment est très variable selon l’origine des globules (leucocytes des ganglions lymphatiques, des liquides du péricarde ou du péritoine chez le cheval, du pus, du plasma et du sérum de sang de cheval).

La production du ferment de la fibrine est une fonction du protoplasma cellulaire. — En étudiant, sous la direction d’Alexandre Schmidt, les différences que présentent les globules blancs de diverses origines au point de vue de leur teneur en ferment de la fibrine et de leur action sur le plasma salé, Rauschenbach a été conduit naturellement à essayer leur action sur le plasma de sang de cheval frais et filtré (plasma filtré de Schmidt). Ici tous les leucocytes ont le même sort, quelle que soit leur origine-: ils sont immédiatement détruits et provoquent une coagulation presque instantanée du plasma (3), qui spontanément ne se coagule qu’au bout d’un temps beaucoup plus long- (une ou deux heures par exemple). En outre, on constate que le plasma a été enrichi en ferment de la fibrine (6). Cette action réciproque du plasma et des éléments cellulaires est générale : Rauschenbach l’a observé avec des protozoaires parasites de l’intestin de la grenouille (Opalina ranarum, paramœcium ranæ), avec la levure de bière. Bien que l’extrait aqueux de ces protozoaires ou de Icuvure ne contiennent pas de ferment de la fibrine ou seulement des traces, on constate cependant après leur action sur le plasma filtré une augmentation considérable de la teneur en ferment. Les spermatozoïdes (de taureau) surtout ont sous ce

(1) Hoffmann, Inaug. -Dissert., Dorpat, 1881; Maly’s Jahresb., t. XI, p. 164.

(2) E. V. Samson-Hiinmelstjcrna, Inaug.-Disseri., Dorpat, 1882; Maly's Jahresb., t. XII,

(3) N. Heyl, Inaug. -Dissert., Dorpat, 1882.

(4) F. Rauschenbach, Inaug. -Dissert., Dorpat, 1883; Maly's Jahresb., t. XIII, p. 131.

(5) Même les leucocytes du sérum de sang de cheval, qui cependant ont été primitivement contenus dans le plasma et qui ont par conséquent été épargnés, ont subi dans l’intervalle comme une sorte de maturation qui les conduit k leur destruction finale.

(6) C'est-à-dire que le plasma, après cette coagulation provoquée, se trouve être plus riche en ferment qu'apres coagulation spontanée.

PRODüCriON DU FERMENT DE LA FIBRINE.

rapport une action énergique. Ils coagulent le plasma filtré en deux minutes et portent sa teneur en ferment de la fibrine à 467 et 323 p. 100 de sa valeur primitive (1). Ajoutons que le ferment de la fibrine a été extrait du parenchyme des reins, des capsules surrénales, du foie, du cerveau par Foa et Pellacani (2), du ti.ssu musculaire par E. Gruberl (3), résultats qui sont confirmés par ceux de F. Rrüger (4). Grubert a montré que si l’on vide par un courant d’eau salée le système vasculaire d’une grenouille pour y faire circuler ensuite du plasma filtré, celui-ci s’enrichit en ferment de la fibrine dans la proportion de 822 p. 100 de la teneur primitive. Enfin Groliam (3) a étendu ces recherches à des cellules végétales (Pénicillium glnucum, Aspergillus niger, Mucor mucedo, Bactorium terme, Sarcines, Bacillus anthracis, etc.). Celles-ci sont sans action sur le plasma salé; elles activent, an contraire, la coagulation du plasma filtré et l’enrichissent en ferment, en même temps qu’elles sont elles-mêmes détruites. Cette observation est intéressante au point de vue du rôle que peuvent jouer les colonies microbiennes dans la formation de thrombus (6).

On remarquera que le plasma filtré, dont Schmidt et ses élèves se sont servis dans ces expériences, constitue un réactif différent du plasma salé. Le plasma salé sert à la recherche du ferment de la fibrine tout formé; le plasma frais et filtré au contraire, tout en étant également coagulé par addition de ferment de la fibrine, possède en outre la propriété de décomposer les protoplasmes cellulaires et de faire apparaître le ferment de la fibrine que ces cidlules contenaient à l’état latent.

On voit donc que des protoplasmas cellulaires, qui sont dépourvus de ferment de la fibrine à l’état de liberté (comme le montre leur action nulle sur le plasma salé) contiennent ce ferment sous la forme d’une substance mère encore inconnue — un zymogène — qui est décomposée avec production de ferment libre, au moment où l’élément cellulaire est détruit par le plasma (7). Ni le sérum, ni le liquide de l’hydrocèle, ni aucune humeur de l’organisme ne possède cette action de destruction; elles agissent, au contraire, comme liquides conservateurs. — Ajoutons qu’au moins, en ce qui concerne les leucocytes (du sang de cheval), le ferment ou sa substance mère ne passe que difficilement dans les liquides de lavage aussi longtemps que l’élément cellulaire persiste en entier. Des leucocytes, même lavés par des volumes considérables d’eau glacée (30-60.Q00”'), amènent encore la mort lorsqu’on les injecte à des lapins ou à

(1) En raison de, la présence du ferment do la fibrine dans tous les protoplasmas, Rausclienbach propose de lui appliquer le nom de prolozyme.

(2) Foa et Pellacani, Maly's Jahresb., t. Xlll, p. 129, 1883.

(3) Grubert, Inaug.-Dissert., Dorpat, 18S3; Maly's Jahresb., t. XIII, p. 307, 1883.

(4) F. Krüger, Zeitschr. f. Biol., t. XXIV, p. 189; Maly’s Jahresb., t. XVII, p. 131, 1887.

(3) VV. Groham, Inaug.-Dissert., Dorpat, 1881; Maly’s Jahresb.,.!. XIV, p. 131, 1881.

(.6) G. llolzmann prétend même avoir réussi à coaguler du fibrinogène par addition d’albumine d'œuf pourrie, etc., mais G. Bonne a montré qu’il ne s’agit point là de véritables caillots de fibrine, mais simplement de précipités de globuline (G. Holzmann, Du Bois Reymond' s, Arch., f.Physiol., 1883, p.210; Maly’s Jahresb., t. XV,p. 158. — G. Bonne, .Ifafy’s Jahresb. , l. Wi, p. 117, 1889).

0) Yoy. à la page 16i une théorie de Pekelliaring sur le mode de décomposition de ce zymogène avec production de ferment libre.

lo4 ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE. — LAJIBLING.

des chats (I) et provoquent encore la coagulation du plasma filtré (voy. p. foO,

l’expérience de Schmidt et Rauschenbach).

Il est possible que la décomposition du protoplasma cellulaire donne naissance à tout un groupe de substances douées du pouvoir coagulant, k. Nauck (2) a montré qu’un grand nombre de produits de la métamorphose régressive (glycocolle, taurine, leucine, tyronne, créatine, quanine, hypoxanthine) possèdent la propriété d’accélérer la coagulation du plasma additionné de selsbiliaires. D’autre part, Al. Schmidt (3) a montré que l’extrait alcoolique d’un grand nombre de protoplasmas (globules blancs et rouges, leucocytes des ganglions lymphatiques, cellules de la rate, du foie, fibres musculaires de la grenouille) contient des substances à pouvoir coagulant. Les matériaux contenus dans cet extrait alcoolique sont en partie solubles et en partie insolubles dans l’eau, mais les deux fractions se comportent de la même manière vis-à-vis du plasma, dans lequel elles déterminent une forte production de ferment de la fibrine.

Le ferment de la fibrine dans l’organisme vivant. — Les expériences que l’on vient d’exposer, relativement à la production de ferment de la fibrine par les globules blancs, avaient comme complément nécessaire l’étude de ce ferment dans l’organisme même, dans le sang en circulation ; car pour tenter une explication de la rupture d’équilibre que représente la coagulation du sang, il n’est pas inutile de chercher les causes qui dans le sang vivant maintiennent cet équilibre.

On devait d’abord se demander si le sang vivant, comme dit Schmidt, par opposition au sang mort ou en voie de coagulation, contient le ferment de la fibrine. Alexandre Schmidt et A. Kôhler(4) avaient d’abord obtenu sur ce point des résultats négatifs, en contradiction avec ceux de Jakowicki (S). Mais, plus tard, Edelberg(6) et Birk (7), réprenant cette question avec une meilleure technique, ont définitivement établi que le sang reçu directement dans l’alcool au sortir de la veine fournit toujours des extraits actifs, encore que médiocrement forts. Voici quelques-uns de leurs résultats ; les richesses respectives en ferment du sang vivant et du sang mort sont désignées par F et F' (8). On a expliqué plus haut à l’aide de quelle unité Schmidt et son école expriment la teneur en. ferment.

(1) Krüger, Zeitschr. f. Biol., t. XXIV, p. 189, 1887; Maly's Jahresb., t. XVltl, p. 131.

(2) A. Nauck, Inaug. -Dissert., Dorpat, 1886; Maty's Jahresb., t. XVI, p. 122.

(3) Al. Schmidt, Physiol. Centrait., t. IV, p. 527 ; Maly's Jahresb , t. XX, p. 109, 1830.

(4) A. Kûhler, Inaug.-Dissert., Dorpat, 1877.

(5| Jakowicki, Inaug.-Dissert., Dorpat, 1873.

t6l Edelberg, Arch. f. exp. Path., t. XII, p. 283, 1880.

(7) lîirk, Inaug -Dissert., Dorpat, 1880; ilaly's Jahresb., t. XX, p. 137.

(8) Ce tableau est emprunte au travail français de Schmidt, cité à la page 148.

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