PRODUCTION DU FERMENT DE LA FIRRINE
pléleront pleinement cette démonstration. Ce qui est plus discuté, c’est le côlé morphologique du problème, à savoir la question de la destruction des globules blancs. Bunge (1), qui a assisté plusieurs fois aux expériences d’Al. Schmidt sur le sang de cheval, dit qu’on est d’emblée frappé de l’énorme quantité de globules blancs. Leur nombre est sans aucun doute bien supérieur à celui du sang défibriné. Mais ce qui frappe plus encore, c’est la diversité des formes que l’on rencontre : on trouve toutes les formes intermédiaires entre les petits leucocytes dont le diamètre dépasse à peine celui d’un globule rouge, et qui sont tels qu’on les trouve dans le sang défibriné, et de grandes cellules jaunâtres, granuleuses, contenant un noyau et ayant un diamètre plus que double (globules granulé.s de Schmidt). Après la coagulation, ces derniers éléments ont disparu. Schmidt et ses élèves prétendent avoir observé leur destruction au microscope et leur transformation en amas granulés, qui passent peu à peu dans la fibrine (2).
Si l’on suit en effet au microscope le phénomène de la coagulation, on voit que la fibrine se sépare d’abord en filaments tout à fait transparents, qui deviennent ensuite granuleux en emprisonnant des globules blancs et des débris de globules blancs. Cette destruction des globules blancs est admise par tous les autenr.s qui considèrent les plaquettes sanguines comme ne préexistant pas dans le sang et qui pensent avec lllava, Lilienfeld et d’autres observateurs, que ces éléments ne sont que des débris de globules blancs. Mais cette fonte des leucocytes est formellement contestée par d’autres auteurs (notamment par Laker). Le sang de cheval, avec lequel Schmidt a fait presque toutes ses expériences, contient à la vérité des éléments morphologiques d’apparence variée, et que l’on peut considérer comme des débris de globules blancs, mais dans d’autres espèces sanguines les leucocytes apparaissent comme des éléments très résistants. Il est vrai que la production du ferment de la fibrine n’est pas nécessairement liée à une destruction totale des leucocytes : il est possible que les globules blancs subissent après la sortie du sang hors des vaisseaux des altérations ayant pour conséquence une exsudation de substances fermentatives. Lôwit (3) a montré que la coagulation spontanée de la lymphe du lapin est précédée de modifications de ce genre : les globules blancs laissent exsuder de leur protoplasma des gouttelettes homogènes, et cette séparation, que l’auteur a appelé plasmoschise et qu’il a observé également sur les globules blancs de l’écrevisse, est activée par la présence de sels (phosphate de sonde), entravée au contraire par le contact de l’huile ou de la vasiline. Il est intéressant de rapprocher cette dernière observation des expériences de Freund, qui ont été exposées plus haut (4).
Quoiqu’il en soit, on peut dire avec Hammarsten que si l’on ne veut pas attacher une importance capitale à cette question de la destruction des globules blancs, les travaux de ces dernières années touchant le rôle des leucocytes ont
(1) Bunge, Chim. physioL, traduite par Jaquet, p. 213, Paris, 1891.
(2) Les globules granulés et les formes intermédiaires qui les rattachent aux leucocytes paraissent être moins nombreux et disparaître plus i-apidement dans le sang d’autres mammifères, de sorte qu’il est difficile de les observer au microscope.
(3) Lôwit, Wien. nkad. Silzungsber., t. XCI, p. 270, 1884.
(4) Voy. aussi : Al. Schmidt, Physiol. Centralbl., t. IV, p. 527; Maly's Jahresb., t. XX, p.- 103, 1890.
158 ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE. — LAMBLING.
^utôt confirmé qa’infirmé sur ce point la théorie de Schmidt, car ces travaux paraissent avoir laissé intact ce fait capital, à savoir que c’est du globule blanc que partent les substances qui vont provoquer la coagulation du plasma.
11 n’en va pas de même pour ce qui regarde les générateurs de la fibrine et leur combinaison. La production de la substance fibrinoplastique par les globules blancs n’est pas clairement démontrée. Schmidt admet que cette substance se trouve en excès par rapport au fibrinogène; c’est pourquoi on la retrouve dans le sérum, tandis que le fibrinogène fait défaut dans cette humeur. Mais on s’explique mal comment la destruction des globules blancs puisse produire des quantités aussi considérables de sérum-globuline. De plus, Schmidt a toujours laissé dans le vague la nature de la réaction chimique qui se passerait, selon lui, entre les deux générateurs albuminoïdes de la fibrine. La fibrine ne résulterait pas, ainsi qu’on le lui a fait dire souvent, de la combinaison du fibrinogène et de la sérum-globuline. 11 proteste en effet contre cette interprétation de sa théorie (1), mais il ajoute immédiatement que les deux matières albuminoïdes contribuent l’une et l’autre à former la substance du caillot. Sur ce point, Schmidt n’est pas très clair. Visiblement il considère le fibrinogène comme la substance mère principale de la fibrine; mais la sérum-globuline joue aussi, d’après lui, un rôle formateur. Ainsi du plasma de sang de cheval recueilli et filtré à 0”, ne se coagule que très lentement. L’addition de ferment de la fibrine active la coagulation, mais n’augmente pas la proportion de fibrine. Au contraire, en ajoutant de la sérum-globuline, on produirait une augmentation de la proportion de fibrine (Cf. p. 162).
On touche ici au côté le plus vulnérable de la théorie de Schmidt. On a vu que c’est par ce côté qu’elle a été attaquée tout d’abord par Brücke, et c’est sur ce point aussi que les recherches des vingt dernières années ont nettement démontré son insuffisance. La fibrine ne résulte pas de la combinaison du fibrinogène et de la substance fibrinoplastique; c’est ce que nous montrerons dans un instant. En outre, la théorie de Schmidt était incomplète d’un autre côté, en ce sens qu’elle ne tenait pas compte de l’influence si remarquable des matières minérales. Ce sont principalement les travaux de Hammarsten, complétés de la manière la plus heureuse par les belles recherches d’Arthus, qui ont rectifié sur ces deux points la conception de Schmidt. Nous exposerons dans ce qui suit les théories auxquelles ces deux auteurs ont été respectivement conduits par leurs expériences; la critique de la théorie de Schmidt ressortira naturellement de cet exposé.