THÉORIE DE HAM.MARSTEN
On a vu que, dès 1867, Brücke avait nié toute participation de la substance fibrinoplastique au phénomène de la coagulation, et de l’exposé des recherches de Schmidt que l’on vient de faire, il ressort tout au moins ce fait que le rôle de la sérum-globuline dans ce phénomène n’a jamais été clairement établi par
(I) Al. Schmidt, Pflüger’s Arch., t. XUI, p. 146; Maly's Jahresb., t. VI, p. 25, 1876.
THÉORIE DE HAMMARSTEN.
l’école de Dorpat. Nous possédons par contre une série d’expériences très soignées de Hammarsten (1) tendant à montrer que la substance fibrinoplastique n’est pas nécessaire à la coagulation. Cet auteur a montré d’abord que l’on peut hâter la coagulation du liquide d’hydrocèle (additionné de ferment de la fibrine) et augmenter la proportion de fibrine formée en ajoutant indifféremment de la sérum-globuline, de la caséine préparée, du chlorure ou du sulfate de calcium (Green) (2). D’autre part, en mélangeant des solutions de fibrinogène et de ferment de la fibrine, entièrement débarrassées de sérum-globuline, Hammarsten a pu obtenir un caillot de fibrine typique. Ces expériences ont été vérifiées de divers côtés, et notamment par Arthus, qui en a, comme on le verra plus loin, précisé les conditions et expliqué la véritable nature. En outre, en purifiant la sérum-globuline par des précipitations successives, ou peut la priver de tout pouvoir fibrinoplastique, ce qui prouve clairement que cette propriété tenait à des impuretés. Du reste, la sérum-globuline préparée en partant du liquide d’hydrocèle, tout en présentant les propriétés physiques et chimiques propres à cette substance, n’a aucun pouvoir fibrinoplastique. Enfin Schmidt lui-même a signalé un certain nombre de faits qui viennent à l’appui des conclusions de Hammarsten. Ainsi il a constaté que la quantité de fibrine n’augmente pas pi’Oportionnellement à la quantité de substance fibrinoplastique employée; si l’on prend une liqueur dans laquelle on a déjà provoqué un premier dépôt de fibrine, mais qui contient encore, à côté du fibrinogène, un notable excès de sérumglobuline, on peut y déterminer une nouvelle formation de fibrine en ajoutant de nouveau de la substance fibrinoplastique.
La sérum-globuline n’agit donc que par les impuretés qu’elle apporte, et dans ces impuretés Hammarsten ne voit que le ferment de la fibrine. On montrera dans un instant qu’il intervient ici un autre facteur, dont l’action a été mise en lumière par Arthus.
Hammarsten s’est occupé en outre des relations qui existent entre le fibrinogène et la fibrine. On avait déjà remarqué que le poids de fibrine reste inférieur au poids du fibrinogène et de la sérum-globuline réunis. Il reste même inférieur à celui du fibrinogène seul (Frédéricq, Hammarsten). Ainsi Frédéricq (3) a dosé dans un plasma de sang de cheval 0,4299 p. 100 de fibrinogène et 0,373 p. 100 de fibrine. Ce fait s’observe nettement lorsqu’on provoque la coagulation d’une solution de fibrinogène par une addition convenable de ferment de la fibrine et de matières minérales. D’ailleurs Hammarsten a montré que, dans ces conditions, il reste toujours en dissolution une globuline, qui paraît être différente de la sérum-globuline, puisqu’elle se coagule déjà à 64°, et qui se produit en quantité très variable par rapport au poids de fibrinogène mis en œuvre. Arthus (4) a également retrouvé ce composé, auquel Hammarsten a appliqué le nom de fibrine-globuline. H renferme (5) :
(1) Hammarsten, Maly's Jahresb., t. V, p. 19; t. VI, p. IS et 23; t. VII, p. 2; t. X, p. 11 et t. XII, p. 11.
(2) Green, Journ. of Physiol., t. VIII, p. 334, 1888; Maly's Jahresb., t. XVIII, p. 73.
(3) L. Frédéricq, Maly’s Jahresb., t. VII, p. 116, 1877.
(-4) Arthus, Thèse de la Faculté des sciences de Paris, 1890, p. 43.
(3) Hammarsten, Maly's Jahresb., t. XII, p. 11, 1882.
ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE - L.YMBLING.
Carbone . 52,70 p. 100
Hydrogène . 6,98 —
Azote . 16,06 —
Or la composition de la fibrine et celle du fibrinogène sont exprimées respectivement par les chiffres suivants, d’après Ilammarsten :
Fibrinogène. Fibrine.
Carbone . 52,93 p. 100 52,68 p. 100
Hydrogène . 6,90 — 6,83 —
.Yzotc . 16,66 — 16,91 —
D’autre part, la coagulation des solutions de fibrinogène à 34° fournit également un caillot à 16,93 d’azote et une globuline soluble, coagulable à 64° seulement et ne contenant que 16,23 p. 100 d’azote. Dans ces deux cas, le fibrinogène parait donc se dédoubler en deux matières albuminoïdes nouvelles, dont l’une est un peu moins riche et l’autre un peu plus riche en azote que le fibrinogène, et l’on voit finalement que ces recherches nous ramènent à l’ancienne conception de Denis, qui envisageait la production de la fibrine comme un phénomène de dédoublement. Ajoutons que Hammarsten a pu extraire cette globuline du sérum sanguin par précipitation fractionnée au moyen du chlorure de sodium.
En résumé, la théorie de Hammarsten ramène à la proposition suivante : Sous l'influence du ferment de la fibrine, le fibrinogène se dédouble en fibrine qui se concrète, et en une globuline qui resle en dissolution.
THÉORIE d’aRTHUS.
La théorie de Hammarsten a été complétée récemment par Arthus (1), à la suite d’une série de recherches des plus intéressantes sur le rôle des sels de calcium dans la coagulation. Le point de départ de ces recherches se trouve dans une élude très soignée du sang oxalalé ou ftuoré.
Lorsqu’on reçoit du sang dans une solution d’oxalate ou de fluorure alcalins, on obtient un mélange qui ne se coagule plus spontanément, quelle que soit la durée de l'observation. Il n’est pas indispensable que le sang soit reçu dans la solution anti-coagulante. Il suffit d’ajouter l’oxalate ou le fluorure à un moment quelconque, pourvu que l’on intervienne avant l’instant de la coagulation. Ces sels n’agissent pas à la manière des sels alcalins, qui ne sont efficaces qu’à fortes doses (6 p. 100 de sulfate de magnésium, par exemple). Il suffit, au contraire, de moins de 0,1 p. 100 d’oxalate de potassium et souvent même moins de 0,06 p. 100 pour supprimer toute aptitude à la coagulation spontanée. De plus, le sang oxalaté ou fluoré ne se coagule pas par addition d’eau, comme il arrive pour les sangs salés. Arthus a démontré que le sang est ainsi modifié parce qu’il y a eu précipitation d'un corps indispensable à la coagulation.
(1) Arthus, Thèse de la Faculté des sciences de Paris, 1890.