‹ Encyclopédie chimique.Tome IX.- Applications de chimie organique. 2e sectionChapitre 66 sur 273 · DERNIÈRE FORME DE LA THÉORIE D’AL. SCHMIDT · texte numérisé non relu

DERNIÈRE FORME DE LA THÉORIE D’AL. SCHMIDT

quantité considérable, et le plasma lui-mèine l’emprunte aux éléments cellulaires de l’organisme et aux globules blancs. Pendant la vie les substances zymoplastiques décomposent d’une manière continue un peu de prothrombine ; de là provient la présence du ferment libre, de la thrombine, dans le sang circulant. Mais l’action de cette thrombine est annulée dans l’organisme par des actions antagonistes dont l’origine est la suivante.

Lorsque les éléments cellulaires, dont il a été question plus haut, ont été épuisés par l’alcool, on constate que le résidu, insoluble dans l’alcool, n’a plus aucune action coagulante sur le plasma, mais qu’il cède à l’eau une substance, la cytoglobine, qui a, au contraire, des propriétés anticoagulantes énergiques. Déplus cette cjtoglobine fournit, ou contribue à fournir, les matériaux nécessaires à la formation de la fibrine. En effet, si à du plasma additionné de cytoglobine, on ajoute les matériaux de l’extrait alcoolique, c'est-à-dire les substances zynioplastiques, en quantité suffisante pour annihiler l’effet de la cytoglobine, on obtient un poids de fibrine qui est plus que le double de celui que fournit le plasma primitif.

Schmidt s’est attaché alors à déterminer l’origine et les produits de dédoublement de cette substance, et il a montré que le protoplasma cellulaire, après avoir été débarrassé des substances zymoplastiques par l’alcool, et de la cytoglobine par l’eau, fournit encore une substance azotée, très complexe, la cytine, dont le carbonate de sodium sépare de la cytoglobine. La cyline et la cytoglobine sont des substances que la complexité de leur molécule place bien au-dessus de toutes les matières albuminoïdes connues, et qui fournissent par des simplifications successives toute une série de produits, aboutissant finalement à la fibrine. De la cytoglobine on peut détacher, en effet, par l’action de l’acide acétique, delaprêglobuline, qui possède également des propriétés anticoagulantes, et qui dévie le plan de polarisation à gauche, tandis que la cytoglobine le dévie à droite. Cette préglobuline défait à son tour en une série de produits, parmi lesquels figure comme terme stable et plus facile à saisir, une paraglobuline. Cet te paraglobuline se produit notamment lorsqu’on ajoute à du sérum sanguin ou à des transsudais non spontanément coagulables (liquide du péricarde), de la cytoglobine ou de la préglobuline. Schmidt admet que le plasma du sang en circulation exerce sur la préglobuline la môme action de dédoublement. De cette paraglobuline «e détache ensuite, en présence de la thrombine, le fibrinogène qui, sous l’action de cette même thrombine, se transforme en fibrine dissoute. Enfin la ftbrin-e dissoute se précipite, en présence des sels du plasma, à l’état de fibrine solide.

Le maintien de la fluidité du sang dans l’organisme est dû à l’action de la cytoglobine et de ses produits do décomposition. Ces produits, parmi lesquels nous avons cité la préglobuline, ont tous, comme la cytoglobine, une action d’arrêt sur la coagulation. Schmidt admet que, dans le cours naturel des mutations de matière, le sang soutire constamment aux cellules de l’organisme des produits de régression appartenant au groupe de la cytoglobine, et dont l’afflux constant annihile les effets des substances zymoplastiques et de la thrombine. Ces produits ne s’accumulent pas dans le sang, car ils sont toxiques, comme le démontrent les injections de cytoglobine et préglobuline ; il faut donc admettre que, par voie de métamorphose régressive, ils sont rapidement rendus inoffen-

IG8 K.NCYCLOI'ÉDIE CHlMIQUti. — LAMBLLNG.

s'ils. Dans le sang en circulation, il s'établit donc un état d’équilibre dont la rupture, aussitôt après la saignée, se comprend aisément. A ce moment, l’afflux de la cytoglobine venant à cesser, les substances zymoplastiques prennent le dessus, décomposent toule la réserve de prothrombine que contient le sang, et la teneur en thrombine devient assez forte pour que la coagulation s’effectue.

Telle est la théorie de Schmidt dans sa dernière manifeslation. En l’étudiant, il est impossible de ne pas être frappé de la disproportion qui apparaît entre l’effort et le résultat, entre l’inlérêt considérable que présentent les expériences sans cesse accumulées de Schmidt, la riche diversité des problèmes qu’elles soulèvent, et le caractère artificiel et obscur de la théorie qu’il nous présente comme le résultat de ce labeur de trente années. La plupart de ces corps nouveaux que Schmidt fait participer au phénomène de la coagulation sont, en tant qu’individus chimiques, encore bien mal caractérisés, et comme le nombre des produits intermédiaires, qui s’interposent ainsi entre la fibrine et ses générateurs primitifs devient toujours plus grand, il en résulte que la théorie ne suit plus que de très loin le contour des faits. Ce qui paraît plus surprenant encore, c’est le soin avec lequel Schmidt re.ste cantonné dans le cercle des seules questions ouvertes par son école. Les recherches parallèles des autres observateurs et notamment les résultats si intéressants de Hammarsten et d’Arthus, qu’on eût été curieux de voir contrôlés par un expérimentateur comme Schmidt, sont à peu près complèlement passés sous silence, et finalement cette conclusion s’impose à l’esprit que si l’école de Dorpat a apporté, à la vérité, à l’étude de la coagulation un ensemble de recherches dont l’intérêt reste considérable, c’est néanmoins en dehors d’elle que le problème a reçu, dans ces dernières années, l’explication la plus satisfaisante.

Il convient de faire remarquer pourtant que les dernières observations de Schmidt ne sont pas restées absolument isolées dans la science. On signale plus haut les travaux de Lilienfeld (1) sur la composition des globules blancs, dont le noyau contiendrait, d’après cet auteur, une nucléo-albumine complexe, la îeucor nucléohistone, dédoublablc en une nucléine, la leuconucléine, et en historié, substance voisine des albumoses et des peptones. Injectée dans les veines, Thistone supprime l’aptitude à la coagulation, comme aussi du sang reçu dans une solution d’histone ne se coagule plus. On observe en môme temps que les leucocytes sont admirablement conservés par Thistone.

Au contraire, la leuconucléine, ajoutée à du plasma salé de Schmidt, provoque une coagulation complète au bout de deux heures. Enfin la leuconucléohistone ne peut coaguler une solution de fibrinogène qu’après addition d’un sel de calcium. Lilienfeld conclut de ces expériences que la leuconucléohistone est dédoublée en présence des sels de calcium en histone et en leuconucléine. Dans le sang vivant, Thistone et la nucléine sont combinées Tune à l’autre dans le noyau des leucocytes, et c’est le maintien de cette combinaison qui est la condition de la non-coagulation du sang. Le dédoublement de cette combinaison en présence des sels de chaux du plasma provoque au contraire la formation de la fibrine. Lilienfeld a complété ces recherches par des observations microsco-

■ (.1) Voy. p. 105.

Page 1