DERNIÈRE FORME DE LA THÉORIE D’AL. SCHMIDT
piques, qui montrent l’influence (Mrecte du noyau des globules blancs sur la coagulation. On voit, en effet, les filaments de fibrine partir de ces noyaux mêmes, qui, au moment de la coagulation, émigrent vers la périphérie de l’élément et même sortent de la masse protoplasmique par des sortes de prolongements amœboïdes. Lilienfeld appelle ce phénomène la carioschise qu’il substitue à la plasmoschise de Lovit (voy. p. 137) dans l’explication des phénomènes morphologiques de la coagulation (1).
Lilienfeld rapporte donc à la leuconucléine, c’est-à-dire à une nucléoalbumine le pouvoir coagulant des leucocytes. C’est aussi la conclusion à laquelle était arrivé Pekelbaring (2), qui a fait successivement du ferment de la fibrine une nucléoalbumine, puis une globuline calciques.
Enfin les recherches de Wright montrent que X'hislofihrinogène de Wooldridge (voy. plus loin) est aussi une nucléoalbumine.
Ajoutons qu’il est assez difficile d’établir une correspondance entre les résultats de ces diverses recherches. Lilienfeld pense que la leuconucléohistone se confond peut-être avec la cytoglobine de Schmidt; quant à la leuconucléine, elle est peut-être identique à la prothrombine.
Quoi qu’il en soit, la production simultanée, par les cellules de l’organisme, de substances à action respectivement coagulante et anticoagulante telle que Schmidt l’a le premier signalée, paraît aujourd’hui bien démontrée, et il est intéressant de rapprocher ce fait de quelques expériences très curieuses de Pawlow (3), de Bohr (4) et de Lukjanow (5). Ces expérimentateurs ont trouvé que le tissu pulmonaire exerce sur le sang qui le traverse une action anticoagulante des plus marquées. L’expérience la plus démonstrative consiste à supprimer complètement sur un chien vivant le cycle de la grande circulation pour ne laisser au sang d’autre trajet à parcourir que celui de la circulation pulmonaire et du cœur. En moins d’une heure le sang a perdu, par le fait de cette circulation restreinte, toute aptitude à la coagulation spontanée, mais il récupère la faculté de fournir de la fibrine quand on lui permet à nouveau de traverser les capillaires de la circulation générale; d’après Bohr, le parenchyme des organes abdominaux jouerait le. rôle principal dans le rétablissement de celte propriélé du sang (6).
Expériences de Wooldridge. — Les travaux de Wooldridge (7) constituent moins une théorie complète de la coagulation du sang, qu’une série d’expé-
(1) Il est intéressant de rappeler ici l’action coagulante énergique des spermatozoïdes (voy. p. 152) qui figurent parmi les éléments cellulaires les plus riches en nucléine.
(2) Pekelliaring, Deutsche med. Wochenschr., 1892, p. 1133 et Festschr. f. Virchow, t. I, p. 435. — ilaly’s Jahresb., t. XXll, p. 113 et 114, 1892.
(3) Pawlow. Arch. f. Physiol., 1887, p. 452.
(4) Bohr, Centralbl. f. Physiol., 1888, n° 11; Maly’s Jahresb., t. XVIII, p. 75, 1888.
(.5) Lukjanow, Centralbl. f. Physiol., 1890.
(6) Cette expérience a été répétée par L. Frédéricq (voy. Revtte générale des sciences pures et appliquées, n" du 30 octobre 1891).
{!) Les recherches très intéressantes de cet auteur ont été publiées après sa mort par Horsley et Starling (Wooldridge, On the Chemistry of the blood, Londres, 1893). Une analyse des travaux de Wooldridge se trouve dans un article étendu du Centralbl. f. Physiol., t. V, p. 335, 1891.
riences très inléressantes tendant à établir l’insuffisance des explications actuelles touchant la coagulation du sang. On ne citera ici que les plus importantes d’entre elles.
VVooldridge combat vivement la doctrine de l’école deDorpat, d’après laquelle la mise en train du phénomène de la coagulation est produite par les globules blancs. Les principales expériences de Wooldridge ont été faites avec du plasma peptoné. Si l’on injecte dans la veine jugulaire d’un chien une solution de peptone (1), le sang devient, comme on le sait, incoagulable. A l’aide de la force centrifuge, on peut éliminer complètement les éléments figurés, sans que le plasma cesse d’être coagulable par un courant d’acide carbonique, par la dilution avec l’eau, par la neutralisation avec un acide. Comme on ne peut pas arguer que ces agents sont des générateurs de la fibrine, il faut bien admettre que le plasma contient lui-même tous les éléments nécessaires à la coagulation. Fano a observé, à la vérité, que le plasma peptoné, longtemps soumis à l’action de la machine centrifuge, est moins facilement coagulé par les agents énumérés plus haut, et il en conclut que ce changement tient à une élimination plus complète des éléments figurés. Il n’en est rien, d’après ’Wooldridge, si l’on a soin d’opérer la décantation par la force centrifuge dans un espace chaud. Le froid, au contraire, sépare du plasma l’un des facteurs de la coagulation. Il suffit de refroidir à 0° du plasma peptoné limpide pour qu’il se trouble et laisse déposer un sédiment granuleux qui a quelque ressemblance avec les plaquettes sanguines. Si l’on éloigne ce sédiment, le liquide sus-jacent ne se coagule plus sous l’influence des agents énumérés plus haut; mais la coagulation redevient possible si l’on rajoute le précipité. Al. Schmidt, qui a constaté la présence de ces masses granuleuses dans le plasma refroidi à 0°, en a fait des déhris de globules blancs. Elles représentent, en réalité, une matière protéique inhérente au plasma même et que Wooldridge appelle fibrinogène A. Le plasma débarrassé du fibrinogène A est encore très riche en fibrinogène ; Wooldridge appelle ce reste de substance coagulable fibrinogène B. On peut l’extraire du plasma débarrassé du fibrinogène A, en ajoutant du sel marin jusqu’à demi-saturation. Le fibrinogène B seul ne se coagule pas; mais additionné de fibrinogène A, il fournit un caillot de fibrine et du ferment de la fibrine. On voit que pour Wooldridge le ferment est non la cause, mais l’un des effets de la coagulation. Le fibrinogène B est également coagulé par des leucocytes. Précipité à deux reprises par le sel marin, il s’altère et se transforme en fibrinogène ordinaire (fibrinogène de Ilammarsten), lequel n’existe pas primitivement dans le plasma.
Ces fibrinogènes sont, aux yeux de Wooldridge, des combinaisons de lécithine et d’albumine. La pepsine chlorhydrique le décompose avec formation d’un précipité riche en lécithine et en fer. Elles existent dans presque tous les tissus frais, et Wooldridge leur donne alors le nom d'histo fibrinogènes (2). On les extrait facilement du thymus du jeune veau, ou mieux encore des testicules (de taureau). I.’extrait aqueux traité par l’acide acétique donne un précipité que l’on
( 1 1 M ooldi-idgc s'est servi constamment de la peptoné de Grübler, de Leipzig, préparée d'après le procède Henninger.
(2) Tissue-Fibrinogene ou Gewebe-Fibrinogen des publications anglaise et allemande de Wooldridge.
EXPÉRIENCES DE WOOLDRIDGE.
lave à l’eau salée, puis à l’eau pure. Wright (1) considère ces substances comme des nucléoalbumines. Ajoutées à du plasma, elles provoquent une rapide coagulation. Elles coagulent aussi les solutions de fibrinogène, mais seulement, d’après Pekelharing (2), à la condition que l’on ajoute un peu d’un sej de calcium. Injectées dans les veines, elles amènent la mort par suite de coagulations étendues. Selon la dose injectée, il peut se produire aussi une suppression de la coagulabilité du sang, qui présente alors les propriétés du sang peploné, ce que Wright explique par un dédoublement du fibrinogène avec mise en liberté d’albumose (3). D’après Wooldridge, les effets obtenus par Schmidt à la suite d’injections de leucocytes sont dus à l’action del’histoflbrinogène Injecté avec ces éléments. Bien lavés, les leucocytes (des ganglions lymphatiques) ne provoquent pas trace de coagulation intravasculaire, bien que ces mômes éléments provoquent rapidement la prise en masse du plasma peptoné.
On voit qu’un certain nombre d’expériences de Wooldridge sont en contradiction avec celles de l’école de Dorpat. De nouvelles recherches permettront seules de lever cette opposition. Remarquons seulement que presque toutes les expériences de Wooldridge ont été faites avec le plasma peptoné, ce qui rend plus difficile l’interprétation des phénomènes (4), car on n’est pas encore d’accord au sujet de la nature des changements qu’a subis le sang dans ces conditions. D’ailleurs, les expériences des divers observateurs ne sont pas directement comparables depuis que l’on sait, par les recherches de Grosjean, que l’agent actif est ici la propeptone ou hémialbumose, que la peptone commerciale renferme toujours en assez grandes proportions. Lahousse (5) a démontré, à la vérité, que le sang peptoné est pauvre en acide carbonique, et Blachstein et Grandis (6)- ont donné l’explication de ce phénomène. Cette constatation, rapprochée de ce fait que le sang peptoné se coagule sous l’action d’un courant d’acide carbonique, a assurément son intérêt, mais elle n’explique en rien le mécanisme de l’action de la peptone, car on sait que dans le sang normal l’acide carbonique retarde au contraire la coagulation. Plus récemment, Pekelharing (7) a constaté ce fait capital que l’injection d’une solution de peptone saturée de chaux ne provoque aucun des symptômes de l’empoisonnement par les peptones et ne supprime pas l’aptitude à la coagulation. On peut même, par une injection de sels de chaux, faire disparaître les symptômes de l’empoisonnement produit par une injection de peptone. Pekelharing conclut de ces observations que la peptone
(1) Wright, Maly’s Jahresb., t. XXI, p. 490, 1891, et t. XXII, p. 117, 1892.
(2) Pekelharing, Feslschr. f. Virchow, t. I, p. 43.7; Maly's Jahresb., t. XXII, p. 113, 1892.
(3) D'après Wooldridge et Wright l’injection d’histofibrinogène confère au lapin l’immunité contre le charbon.
(4) Les expériences dé Wooldridge pourraient sans doute être reprises avec fruit à l’aide du plasma oxalalé.
(5) Lahousse, Du Bois Reymond' s Arch. f. Anal. u. Physiol., 1889, p. 77 ; Maly’s Jahresb., t. XIX, p. 110.
(6) Blachstein, Grandis, Du Bois Reymond’s Arch., 1891, pp. 394 et 499; Maly’s Jahresb., t. XXI, p. 82. (Voy. aussi Shore, Joum..of Physiol., t. XI, p. 561; Maly’s Jahresb., t. XX, p. 87, 1890, et Boiir, Maly's Jahresb., t. XVIII, p. 263, 1888.)
(7) Pekelharing, Feslschr. f. Virchow, t. I, p. 433, 1892; Maly’s Jahresb., t. XXII, p. 113.
ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE. — LAMBLING.
agit en fixant les sels de chaux du plasma (1). Quoi qu’il en soit, l’importance considérable des sels de chaux apparaît ici une fois de plus, et si l’on reprenait les expériences de Wooldridge, en tenant compte de ce facteur, il est probable que l’on- verrait se résoudre plus d’une contradiction (2).
Quelques remarques à propos de la coagulation du plasma comparée à celle du sang. — Les faits qui ont été exposés plus haut à propos des théories sur la coagulation du sang nous permettent d’expliquer maintenant un certain nombre de particularités relatives à la coagulation de ces deux humeurs dans diverses conditions. Pour bien comprendre ces faits il importe, comme le fait observer très judicieusement Ârthus (3), de ne pas confondre, ainsi qu’on le fait souvent (4), le plasma et le sang total. Le phénomène de la coagulation présente, en effet, deux phases, qui sont : 1» une mise en liberté ou une formation de ferment de la /îbj’ine provenant des globules blancs du sang, et 2° une action chimique produite par ce ferment, à savoir, la transformation chimique du fibrinogène en fibrine. Or, comme le plasma complètement débarrassé de globules blancs renferme du ferment tout formé, tout en étant incapable d’en produire luimême, on ne pourra agir, en plaçant le plasma dans des conditions diverses, que sur la deuxième phase, la transformation chimique, et non sur la première. De là des différences qu'il convenait de signaler en terminant.
L’action de la dilution fournit un exemple frappant. La dilution retarde la coagulation du plasma, comme celle de tout liquide albumineux, parce qu’elle rend plus difficile l’action chimique du ferment sur le fibrinogène. Elle active au contraire celle du sang, jusqu’à la proportion de 4 p. 100; au delà, elle retarde et peut même suspendre complètement le phénomène. C’est que dans le sang, l’addition de petites quantités d’eau active la destruction des globules blancs, c’est-à-dire la mise en liberté du ferment. Pour de grandes quantités d’eau, au contraire, l’accélération due à la production d’un surplus de ferment est compensée et au delà par le retard que subit la phase chimique du phénomène sous l’influence de la dilution.
Les sels alcalins neutres à doses faibles accélèrent la coagulation du plasma, c’est-à-dire hâtent le phénomène chimique, àindi qif’Arthus Pa démontré nettement à l’aide de son plasma oxalaté, additionné de quantités croissantes de sels (par exemple de 0,004 à 0,016 p. iOO de chlorure de sodium). L’action est la même sur le sang.
^I) C’est (Uns le même ordre d'idée que l'on pourrait interpréter sans doute les phénomènes observés par Gaglio à la suite de l'injection dans les veines de certains sels des métaux lourds (fer, cuivre, plomb, manganèse, nickel, cobalt). Le sang devient incoagulable. On obtient le même résultat en recevant le sang dans une solution de ces sels. Avec le fer, on constate que le fibrinogène et la sérum-globuline extraits du sang ainsi modifié, sont devenus très riches en fer. Il s'est formé des albuminates métalliques. U est possible que ce soit cette fixation de fer qui rende impossible la production du composé calcique que représente la fibrine (Gaglio, Ann. di chim e di farmacol., t. XI, p. 233, 189U; .Maly’s Jahresb., t. XX, p. 109.
(2) Voy. l’expérience de Pekelharing, rapportée à la p. 16i.
(3) Arthus, loc. cit., p. 48.
(4) Voy. notamment, Halliburton, Lchrbuch. der chemischen Physiologie, traduction allemande de Kaiser, Heidelberg, p. 240, 1893.
EXPÉRIENCES DE WOOLDRIDGE.
A plus fortes doses, au contraire, les sels retardent la coagulation du plasma, c’est-à-dire suspendent Faction chimique du ferment. Ils retardent également à ces doses la coagulation du sang, et ici leur action est double, car ils retardent à la fois la formation du ferment au dépens des globules blancs, dont la destruction est ralentie, et Faction de ce ferment sur le fibrinogène. Ce qui le prouve, c’est qu'il est possible de trouver des proportions des divers sels neutres capables d’accélérer la coagulation du plasma et de retarder, au contraire, la coagulation du sang en retardant la mise en liberté du ferment.
Les sels a.lcalino-terreux produisent des effets analogues. A doses moyennes, ils ont une action adjuvante énergique, mais seulement jusqu’à une certaine limite (1).
(1) Pour le détail de ces diverses expériences, voir Arthus, loc. cit., p. 48.
174 E:<CYCL0PÉDIE chimique. — L.\MBL1SG. — CARACTÈRES DU SANG TOTAL.