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ALCALINITÉ APPARENTE ET ACIDITÉ RÉELLE DU SANC

l’influence considérable que la réaction du milieu peut exercer sur les cellules vivantes, et, d’autre part, quelques constatations d’un intérêt pratique immédiat — telles que la diminution de l’alcalinité et l’augmentation de l’acidité réelle du sang chez les diabétiques, surtout à la période du coma — avaient fait ressortir dès le début la portée considérable de cette étude.

On peut démontrer la réaction alcaline du sang par divers artifices, et notamment à l’aide de plaque de gypse bien neutres, imprégnées de teinture de tournesol, puis séchées. Si l’on dépose une goutte de sang sur la plaque-réactif, les a-lobules restent à la surface, tandis que la partie liquide est absorbée par la plaque. En chassant alors les globules à l’aide d’un vigoureux jet d’eau, on met 5en évidence une tache nettement délimitée, bleue sur le fondrouge(Liebreich) (1). On peut aussi se servir d’un papier de tournesol glacé sur lequel on dépose la goutte de sang et que l’on essuie ensuite au bout de quelques secondes avec un linge imbibé d’eau (E. A. Schâfer) (2).

Cette alcalinité du sang est due à des éléments cristallo'ides, puisque la dialyse lui fait perdre cette réaction (W. Narcet), et l’on sait aujourd’hui que ces éléments sont des sels à réaction alcaline, et principalement des phosphates et des carbonates alcalins. Mais le sang, liquide alcalin au papier de tournesol, constitue en réalité un milieu acide. 11 contient en effet un excès d’acide carbonique (3) et de là résulte d’abord, comme l’ont montré Setschenow et surtout R. Maly (4), qu’en dépit de sa réaction alcaline, le sang peut contenir des sels à réaction acide. On peut en effet démontrer qu’en présence de l’acide carbonique en excès, le phosphate disodique PO^Na^H se transforme en phosphate monosodique PO^NaH® et en bicarbonate sodique CO^Nall. Mais dans le sang la réaction acide du phosphate PO*NaH®est masquée par la réaction alcaline du bicarbonate et du phosphate bisodique.

Maly fait remarquer de plus que même ces sels à réaction alcaline PO*Na®fI et CO^NalI sont en réalité des sels acides, puisqu’ils contiennent encore des oxhydryles acides, par le moyen desquels ils peuvent jouer le rôle d’un acide Chacun de ces sels neutralise en effet un équivalent de soude, lorsqu’ils se trans forment respectivement en phosphate trisodique et en carbonate bisodique. Oi. peut d’ailleurs indirectement rendre cette fonction acide sensible au tournesol. 11 suffit de traiter du phosphate disodique par un chlorure neutre pouvant

qui s’occupaient alors d’hématologie. Dans son Essai d’hématologie pathologique, après avoir discuté l’ancienne doctrine de Sylvius sur les àeretés acides et les àcrelés alcalines, Andral ajoute : « Je ne sais si je m'abuse, mais il me semble qu’en méditant sur ces hypothèses des médecins chimistes du XVII' siècle, on a beau reconnaître le plus souvent leur futilité ; l’esprit cependant s'y arrête et y revient, comme s’il avait conscience qu’elles le placent h un point de vue d’où des vérités importantes vont lui apparaître (cité d’après R. Drouin, Thèse, Paris, 1892. — Voy. en outre Andral, Essai d’hématologie pathologique, Paris, 1843, et Comptes rendus, t. XXVI, p. 649).

(1) Liebrcich, Ber. d.deutsch. chem. Gesellsch., 1898.

(2) Schâfer, Journ. of Physiol., t. III. — Voy. en outre Kühne, Virchow’ s Arch., t. XXXlll, p. 95, 1863. — Mossler. Zeitsch. f. Biol., t. VIII, p. 147, 1872. — Lassar, Pflüger’s Arch.,i. IX, p. 44, 1874.

(3) Ce que démontre nettement l’étude gazométrique du sang.

S (4) R. Maly, Zeitschr.f. physiol. Chem.,i. I, p. 174; Maly's Jahresb., t. VII, p. 259,1877.

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donner par double décomposition un phosphate insoluble, par exemple par du chlorure de baryum. Si la liqueur primitive était colorée en bleu par le tournesol, on constate qu’après précipitation par le sel de baryum, le filtrat est devenu rouge. Si l’on considère maintenant que les oydations intra-organiques produisent constamment des acides libres, acides organiques intermédiaires (lactique, urique, glycuronique, etc.), acides phosphoriques et sulfurique, on arrive à cette conclusion que les combinaisons neutres et acides les plus variables peuvent se rencontrer dans le sang. Mais de la présence constante d’un excès d’acide carbonique, il résulte que le sang ne peut contenir de composés alcalins qu’au sens empiric/ue du mot; des substances alcalines au point de vue chimique, c’est-à-dire basique, font défaut dans ce liquide. Le sang constitue donc bien un milieu acide. Ce fait peut d’ailleurs être établi directement. 11 suffit de traiter du sang ou du sérum par un excès de soude titrée, d’ajouter ensuite du chlorure de baryum en excès de façon à précipiter les phosphates et carbonates neutres (au sens chimique du mot) qui se sont formés et à retitrer dans le filtrat la soude demeurée libre. On constate ainsi qu’une partie de l’alcali a été neutralisée par le sérum, bien que celui-ci eût au tournesol une réaction alcaline.

C’est sur ces principes que repose l’étude quantitative de la réaction du sang. Cette étude comprend la détermination de l'alcalinité apparente (hémo-alcalimétrie) et de l’acidité réelle (hémo-acidimétrie) du sang, deux grandeurs qui le plus souvent varient en sens inverse. L’hémo-alcalimétrie paraît avoir été pratiquée pour la première fois d’une manière méthodique parCahen (1), qui opérait sur le sérum sanguin (1850). Après lui Zuntz, Lépine et plus récemment Landois, von Jaksch, F. Krauss et R. Drouin (2) ont successivement perfectionné la technique de cette étude. Quant à l’hémo-acidimétrie, elle ne date guère que des recherches de Maly et a été pratiquée principalement par Fr. Krauss et par R. Drouin.

Les recherches hémo-alcalimétriques et hémo-acidimétriques ont porté sur le sang total ou, plus souvent, sur le sérum. L’élude du sang total présente des difficultés tenant à la diminution rapide de l’alcalinité du sang avant et pendant la coagulation. Ce fait, signalé d’abord par Zuntz a été vérifié par Winternitz,

(1) Cahen, Bull, de l’Acad. de Méd., 1830, t. XV, p. 933, et 1831, t. XVI, p! 906.

(2) Le lecteur trouvera un historique complet de cette question dans l’excellent travail de R. Drouin {Hémo-alcalimétrie et hémo-acidimétrie, thèse, Paris, 1892), auquel nous empruntons en grande partie cet exposé. Ce travail, dans lequel Drouin a réuni, h côté de ses résultats personnels, près de 1.500 observations sur l’alcalinité du sang à l’état normal ou pathologique, constitue un exposé complet et méthodique de l’état de la science sur cette intéressante question. Le lecteur trouvera également dans ce travail une bibliographie très complète. On ne citera donc ici que quelques travaux particulièrement intéressants (voy. Lépine, Soc. de Biol. (6), t. V, p. 81. — Canard, Thèse, Paris, 1878. — Gossel, Lyon médical, 1881.— H. Meyer, Arch. f. exp. Path., t. XIV, p. 313, 1881, et t. XVIII, p. 304, 1883. — De Renzi et Marotta, Rivista clinica, t. VII, p. 268, 1883.— Mya et Tassinari; Arch. p. le Se. med., t. IX, p. 379, 1886-87.— Von Jaksch., Klin. Diagnost., Vienne, 1887, et Zeilsch. f. klin. Med., 1888, p. 330. — Erich Peiper, Virchow’s Arch., t. CXVI, p. 337, 1889. — Fr. Krauss, Arch. exp. Path., t. XXVI, p. 186, 1889-90, et Zeitsch. f. Heilkunde, t. X, p. 106, 1890. — Klemperer et Krauss, Berl. klin. Wochenschr., 1890, p. .322, et Méd. mod., 1890, p. 333.— Jaquet, Arch. f. exp. Path., t. XXX, p. 311, 1892. — Cohnstein, Virchow’s Arch., t. CXXX, 332, 1892).

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