ALCALINITÉ APPARENTE ET ACIDITÉ RÉELLE DU SANG
von Jaksch, Drouin. Ainsi, dans une expérience de Zunlz, 100e>- de sang de porc présentaient une alcalinité équivalente, à l’état frais, à 330“s, et après un repos de 2 minutes, à 170"® de carbonate de sodium. Mais une fois la coagulation terminée, l’alcalinité du sang ne varie plus jusqu’au moment de la putréfaction. C’est pour cette raison que Drouin a fait porter la plupart de ses dosages sur le sérum sanguin plutôt que sur le sang total.
Chez l’homme l’alcalinité du sang total correspond, pour 100“ de sang, à 218"® de soude (NaOH) suivant Landois, à 228"® suivant Canard et Lépine, à 182-218”® suivant Peiper, à 206"® suivant Drouin. L’acidité du sang total serait, d’après Krauss, représentée par 199"® de soude pour 100" de sang. Le même auteur a trouvé pour l’alcalinité le chiffre de 226"®, d’où il conclut que chez l’homme sain le chiffre de l’acidité est inférieur, ou tout au plus égal à celui de l’alcalinité, et le renversement de ce rapport est à ses yeux un état anormal, auquel il convient d’accorder une importance beaucoup plus grande qu’aux variations mêmes de chacune de ces deux valeurs. Pour le sérum, Drouin a obtenu les résultats suivants chez l’homme :
Alcalinité de 1/2 centimètre cube de cérum . .. 0,330™!' de NaOH.
— pour 1'"' de résidu see . 7,696'"“
Acidité de 1/2 centimètre cube de sérum .... 0,306““
— pour 1”' de résidu sec . 7,060'"“
En poursuivant cette étude dans la série animale, Drouin est arrivé à des résultats intéressants, principalement en ce qui concerne l’alcalinité du sérum ;
„ ( Lézard ocellé . . .
. . ■ I Couleuvre à colliei
Batracien . Grenouille ....
Reptile cbélonien . . Tortue grecqii
On voit que les différents vertébrés, énumérés d’après l’ordre de l’alcalinité croissante de leur sérum sanguin, se trouvent groupés en classes suivant leurs affinités zoologiques, et que l’ordre dans lequel ces classes se succèdent est précisément celui dans lequel augmente chez ces animaux l'activité respiratoire, comme si l’alcalinité du milieu — ainsi que les réactions ordinaires de la chimie
ENCYCLOPEDIE CHI.MIQÜE.— LAMBLING.
nous en fournissent de nombreux exemples (Chevreul) — favorisait ici l’intensité des oxydations organiques (1).
Les variations physiologiques de l’alcalinité et de l'acidité du sang présentent des amplitudes assez considérables. Le sang veineux total possède une alcalinité moindre que celle du sang artériel (221“s contre 273 pour 100" de sang, dans un cas, chez le lapin). L’acidité réelle du sérum des veines est plus forte que l’acidité réelle du sérum des artères. L’alcalinité du sang est plus faible chez les enfants et chez les vieillards que chez les adultes, plus faible aussi, à l’âge adulte, chez la femme que chez l’homme.
Sous l’influence du jeûne prolongé, l'acidité réelle du sérum augmente notablement et son alcalinité peut diminuer de près de la moitié.
Les phénomènes de la digestion ont une action très marquée sur la réaction du sang, et ce qui a été dit dans une autre partie de cet ouvrage, à propos de la formation du suc gastrique, permet de prévoir le sens dans lequel s’exerce cette action. On sait qu’au montent où la production du suc gastrique atteint son maximum, le rein sécrète une urine faiblement acide, ou neutre, ou même alcaline, par la raison qu'à ce moment les glandes de l’estomac font subir au sang, en ce qui concerne les principes acides, une spoliation si considérable que ce liquide n’est plus en état de faire en même temps, du côté du rein, les frais d’une sécrétion acide. Plus tard l’acidité urinaire se relève nettement, par suite de la résorption des sucs acides de l’estomac et de la sécrétion du suc pancréatique alcalin. .Ajoutons que l’alcalinité de la bile augmente aussi à ce moment. Or, l’étude de l’alcalinité du sang confirme entièrement cette explication puisqu’elle montre qu’après le repas l’alcalinité du sang total augmente considérablement.
Lorsque le système musculaire devient le siège de contractions assez intenses, la quantité d’acide lactique qu’il déverse dans la circulation peut être suffisante pour diminuer considérablement la réaction alcaline du sang total et celle du sérum, tandis que l’acidité réelle du sérum est augmentée (2). Pendent la grossesse, la réaction alcaline du sang est normale, mais après l’accouchement on la trouve affaiblie.
Dans les états pathologiques le titre hémo-alcalimétrique et le titre hémoacidimétrique subissent de nombreuses variations. L’alcalinité du sang est diminuée et l’acidité réelle augmentée par les processus fébriles, quelle que soit
(1) La tortue fait exception à eette loi ; Drouin trouve l’explication de ce phénomène dans la présence de l'énorme carapace osseuse qui entoure l'animal, et dont l’entretien exige vraisemblablement la mise en circulalion de nombreux matériaux calcaires. iJne autre exception dont la raison est moins facile b saisir est présentée par le lapin (2,571 à 3,601»'' de NaOH pour de résidu sec). Au surplus Drouin dit avec raison que cette règle, si elle se confirme, ne pourra jamais être entendue que d'une manière assez générale, certaines particularités biologiques pouvant influer sur l’alcalinité du sérum d’un animal assez profondément pour l’éloigner beaucoup, à ce point de vue, des animaux de la même classe.
(2) D’après Cohnstein, eette diminution de l’alcalinité peut être portée beaucoup plus loin chez les herbivores que chez les carnivores. Chez ces derniers, lorsqu’un certain minimum d’alcalinité est atteint, il semble qu’il s’établit un mécanisme compensateur dû sans doute à la production d’un surcroît d’ammoniaque (voy. au liv. II, p. 137. — Cohnstein, Yirchow's Arch., t. eXXX, p. 332, 1892).