Sang de la veine splénique
Ce sang se coagule avec une extrême lenteur en donnant un caillot mou et diffluent. Ses globules rouges sont plus petits, moins applatis que les globules ordinaires et présentent une plus grande résistance vis-à-vis de l’eau. On sait que la rate a été tour à tour considérée comme un organe de destruction ou, au contraire, de formation des globules rouges. Ici encore l’analyse comparative du sang d’arrivée et de retour n’a pas fourni de résultats bien concluants. Suivant Malassez, le nombre des hématies serait plus grand dans le sang de la veine splénique que dans celui des autres vaisseaux, mais ce résultat est contredit par Hayem (2). Ces recherches ont été reprises récemment par Schwartz (3), Middendorf(4), Glass(5), Dayewitsch (6), Krüger(7), dans une série de travaux sortis de l’Institut physiologique de Dorpat. Après avoir établi que les cellules de la pulpe splénique, mises eu contact avec des dissolutions d’hémoglobine, ont la propriété de décomposer, puis de reproduire la molécule du pigment(voy.p. 96), ces auteurs se sont efforcés d’établir que dans la rate il y a à la fois décomposition et formation d’hémoglobine. En effet, on trouve très souvent le sang de la veine splénique plus riche en matériaux solides et en hémoglobine que le sang artériel ou que le sang de la grande veine mésentérique; néanmoins on peut aussi observer le contraire. En ce qui concerne la fibrine, on n’observe aucune différence entre le sang artériel et le sang veineux de la rate. Selon létaux des matériaux solides, le poids spécifique du sang défibriné est plus élevé, tantôt pour la veine et tantôt pour l’artère. Pour le sérum, au contraire, le poids spécifique, comme aussi la teneur en matériaux solides .sont toujours plus élevés pour l’artère que pour la veine.
Le sang veineux de la rate est très riche en globules blancs. On y trouve jusqu’à un globule blanc pour 70 globules rouges, contre un globule blanc pour i.OOO globules rouges dans l’artère splénique.
Signalons ici les modifications produites dans la composition du sang d’un chien auquel Winogradoff (8) avait pratiqué l’ablation de la rate, et qui ne mourut qu’au bout de six ans, après avoir présenté une diminution de poids
(1) Gréhant et Quinquaud, Journ. de l'Anat. et de la Physiol., t. XX, n. 317; Comptes rendus, t. XCII, p. 1312.
(2) Hayem, Le Sang, Paris, 1889, p. 199.
(3) Schwartz, Inaug. -Dissert., Dorpat, 1888; Maly’s Jahresb., t. XVIII, p. 78.
(4) Middendorf, Inaug. -Disserl., Dorpat, 1889.
(5) Glass, Inaug.-Dissert., Dorpat, 1889; Maly’s Jahresb., t. XIX, p. 126.
(6) Dayewitsch, Innaug.-Düsert., Dorpat, 1889; Maly's Jahresb., t. XIX, p. 129.
(7) Krüger, Zeitschr. f. Biol., t. XXVI, p. 4S2, 1890. - Ce travail contient un résume de toute la question.
^8) Winogradoff, S‘-Petersburger med. Wochenschr., 1886, p. S3 ; Maly’s Jahresb.,
SANG VEINEUX ET ARTÉRIEL DES MUSCLES, DES GLANDES. — SANG MENSTRUEL. 203 considérable, malgré une bonne alimentation. Le symptôme le plus saillant est, d’après Winogradofï', une diminution dans la production de l’hémoglobine qui, après s’être augmentée dans la première année, se trouva dans la dernière considérablement diminuée.
4. Sang veineux et artériel des muscles, des glandes. — Sang menstruel.
On a exposé dans une autre partie de cet ouvrage les variations de composition du sang qui traverse un muscle en repos ou en activité. Le sang qui pénètre dans le muscle en travail est rutilant; il en ressort noirâtre après avoir perdu la majeure partie de son oxygène et après s’être enrichi en acide carbonique. Oette consommation d’oxygène et la production concomitante d’acide carbonique sont beaucoup plus considérables pendant le travail. (Voyez dans l'Encyclopédie chimique ; Garnier, Chimie des liquides et tissus de l'organisme, p. 529 et 538.) — On a signalé aussi ce fait que, sous l’influence du travail musculaire, l’acide phosphorique combiné aux alcalis augmente dans le sang veineux.
Claude Bernard a le premier attiré l’attention sur les caractères particuliers que présente le sang veineux des glandes. Lorsque celles-ci sont en activité, soit d’une façon continue (reins), soit par intermittence (glandes salivaires), le sang qui sort de la glande est rutilant. Son cours est plus rapide, il contient plus d’oxygène, mais il est néanmoins différent du sang artériel, car abandonné à lui-même il prend beaucoup plus vite que ce dernier la coloration veineuse. Par suite de l’acte de la sécrétion, le sang veineux de retour est, en outre, plus riche en matériaux solide que le sang artériel. Parmi les glandes qui ont été plus particulièrement étudiées à ce point de vue, il convient de citer le rein, dont le sang d’arrivée et de retour a été étudié par Krüger et ses élèves (1), en même temps que celui du foie et de la rate (voy. p. 199 et 202). D’après ces observateurs, le rein serait le siège d’une destruction d’hémoglobine. En effet, le sang de la veine rénale serait d’une manière constante plus pauvre en hémoglobine et en matériaux solides que le sang de l’artère. Le poids spécifique, la teneur en fibrine sont aussi plus faibles pour le sang veineux. Enfin les matériaux solides et le poids spécifique du sérum sont, de même que pour la rate, plus élevés pour le sang artériel que pour le sang veineux.
Le sang des capillaires, dans divei’ses régions de la peau (doigt, orteil, mollet, cuisse, bras, etc.), a été étudié, au point de vue de sa teneur en hémoglobine, par Leichtenstern (2) qui a observé des oscillations assez sensibles ; mais lioppe- Seyler (3) estime que ces différences sont dues plutôt à la plus ou moins grande quantité de lymphe mélangée au sang qu’à des différences dans la composition du sang.
Le sang menstruel est réputé incoagulable. Cela tient sans doute à ce fait que ce sang a subi un commencement de coagulation dans le vagin ou dans l’utérus qui retiennent la majeure partie du caillot. Le liquide qui s’écoule ne fournit
(1) L. Lutz, Inaug. -Dissert., Dorpat, 1889. — Dayewitsch., toc. cit. — Krüger, toc. cit.
(2) Leichtenstern, Untersuch. über den Hàmoglobulingehalt des Blutes, Leipzig, 1871. t3) Hoppe-Seyler, Physiol. Chem., p. 466.
20i ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE. — LAMBLING.
plus alors qu'un caillot médiocre, peu consistant et d’autant plus lent à se produire que le sang est mêlé à une plus grande quantité de mucus alcalin.
§ 111. VAUIATIONS PHYSIOLOGIQLES de la COMPOSITION' DU S.ANG SOUS DIVEnSES INFLUENCES.