Influence de l'alimentation
Effets de Vinanilion. — 11 est remarquable de voir que l’inanition totale, même prolongée pendant assez longtemps, n’exerce aucun effet d’appauvrissement sensible sur le liquide sanguin. Bidder et Schmidt (7), Voit (8), Otto (9) ont même constaté que le sang devient plus concentré. D’après Otto, cette concentration est surtout sensible pour le sang veineux qui, pendant l’inanition devient plus riche en globules et en hémoglobine. Cette augmentation des globules se manifesterait chez l’homme déjà au bout de 24 heures de jeûne et se traduirait, suivant Hayem(lO), par une différence de 4 à 500.000 globules. Chez un chien mort par inanition absolue (abstinence d’aliments et de boissons), en 25 jours le même auteur a trouvé : le premier jour 4.094.000 globules, le quinzième jour 5.555.000, et le vingt-troisième jour 4.815.700. Le poids de l’animal était tombé de 5.400 à 2.6008”. La puissance colorante du globule (en centièmes du pouvoir colorant du globule normal de l’homme) avait varié pendant ce temps entre des limites très restreintes, de 0,77 (1'” jour), à 0,80 (15' jour), et 0,62 (24' jour). Ces
(l) J. Regnauld, Des modifications de guetques fluides pendant la grossesse. Thèse, Pans, 1847.
• i2) Otto, toc. eit.
(S) Nasse, Arch. f. Gyn., t. X, 1876.
(4) Wiskemann, Zeitschr. f. Biol., t. Xll, p. 434, 1876.
i3) Voy. sur ce point : Spiegclberg cl Gscheidlen, Arch. f. Gyn., t. IV, 1872. — Kornilolî, Zeitschr., f. Biol., t.' XII, p. .513, 1876.
1,6) Cohnstein, Pflüger's Arch., t. XXXIV, p. 233, 1884.
i7) Bidder et Schmidt, Die Verdauungssafte u. der Stoffwechsel, Mitau et Leipzig, 1832.
(8) Voit, Zeitschr. f. Biol., t. II, p. 353, 1866.
(9) Otto, yialy's Jahresb., t. XVII, p. 136, 1887.
(10) Haycm, Le Sang, Paris, 1889, p. 189.
ENCYCLOPÉDIE CHIMIQUE. — LAMBUNO.
résultats sont en parfait accord avec ceux de Subbotin, qui a trouvé chez un chien 13,80 p. 100 d’hémoglobine contre 13,33 p. 100 au 38' jour de jeûne (1). On peut expliquer ce phénomène en admettant que le sang cède continuellement aux autres tissus ses parties liquides, tandis qu’il ne s’appauvrit que beaucoup plus lentement en globules. Lorsqu’on interrompt le jeûne, on constate que le sérum se régénère beaucoup plus rapidement que les globules (2), si bien que le sang paraît alors plus pauvre en globules. Les résultats lointains du jeûne prolongé sont en effet, d’après Worm-Müller, Buntzen, Otto, un état d'anémie marqué.
Influence des repas et des boissons. — L’influence immédiate des repas sur la concentration du sang est variable selon que les aliments sont plus ou moins aqueux, et l’absorption de liquides alimentaires l’a emporté ou non sur la sécrétion des sucs digestifs (Buntzen, Leichtenstern, loc. cit.) En général, on constaterait, d’après Buntzen, une heure et demie après le repas, une augmentation du nombre des globules allant de8k2op. 100, mais qui s’efface au bout de2à4heures. D’après Leichtenstern, qui a confirmé sur ce point d’anciennes observations de Denis, de Magendie et de Nasse (3), l’ingestion de grandes quantités d’eau n’augmenterait pas la teneur en eau du sang chez les personnes bien portantes. Au contraire, la suppression plus ou moins complète des boissons épaissit sensiblement le sang, dont la richesse relative en hémoglobine augmente nettement (4).
Un autre effet immédiat des repas est l’augmentation des globules blancs et de la graisse. D’après Hofmeister et Pohl (S), un repas riche en matières albuminoïdes est suivi d’une véritable leucocytose physiologique. Les graisses et les hydrates de carbone n’exercent pas le même effet, et l’on sait le rôle que Hofmeister et son école attribuent aux globules blancs dans l’absorption et le transport de la peptone, et, d’une manière générale, dans tout le phénomène de la résorption et de l’assimilation des aliments albuminoïdes.
Ces globules blancs proviennent, comme l’a démontré Pohl, de la paroi intestinale, car au moment de la digestion, on en trouve infiniment plus dans les veines de l’intestin que dans les artères. L’augmentation serait parfois, d’après Hayem, de 18 à 20 p. 100. C’est à ces globules blancs, porteurs de la peptone, que Hofmeister rattache la présence de la peptone dans le sang artériel, et comme ce composé ne se retrouve plus dans le sang veineux, il faut admettre qu’il a disparu dans les capillaires (6). En ce qui concerne les graisses, on sait depuis longtemps qu’après un repas riche en corps gras, le plasma (ou le sérum) du sang devient laiteux et constitue une véritable émulsion graisseuse.
Ce que l’on sait sur les effets plus lointains de l’alimentation sur les globules, a surtout trait à l’hémoglobine. Une alimentation riche en azote fait hausser la
(1) Cette expérience démontre clairement que la diminution d’hémoglobine constatée au cours d'un grand nombre de maladies aiguës ne tient pas à l'inanition, mais îi des causes plus profondes.
(2i Voy. Buntzen, Maly's Jahresb., t. IX, p. 119, 1879, et J. Otto, ibid., t. XVII, p. 136, 1887.
(3) Cités d’après Hoppo-Scyler, Pkysiol. Chem., p. 472.
(4i On a conclu de là que ce sang, devenu plus riche en oxygène, devait rendre plus facile la combustion des dépôts graisseux de l’organisme, et c’est cette observation qui est généralement invoquée en faveur des cures par régime sec.
(ôi Pohl, Arch. f. exp. Palh., t. XXV, p. 31, 1888.
(6j Hofmeister, ibid., t. XIX, p. 30, 188S.