‹ Encyclopédie chimique.Tome VII.- Chimie organique. AldéhydesChapitre 100 sur 151 · Même recueil, LlX,p · texte numérisé non relu

Même recueil, LlX,p

ALDÉHYDES A FONCTION MIXTE. 767

parce qu’il ne passe pas à la distillation. Suivant Voelkel, le furfurol existe en petite quantité dans le liquide huileux qu’on obtient par la distillation du sucre.

Dans la préparation de la garancine par l’acide sulfurique, il se produit, suivant Stenhouse, du furfurol accompagné d’un isomère qu'on enlève par un traitement à l'acide sulfurique étendu et un peu de bichromate de potassium.

On a observé sa formation, en quantité notable, dans la distillation du bois, chauffé au-dessous de 200° (Heill) ; ou encore en vase clos, vers 170°, pendant quelques heures (G. Greville. II. Muller). Fôrster l’a trouvé parmi les produits qui résultent de la destruction du sucre sous l’influence des acides étendus ; aussi, a-t-on constaté sa présence dans la plupart des liquides fermentés, comme les vins, les bières, les alcools de mauvais goût. Suivant Fôrster, lorsqu’on fait fermenter une solution de sucre de canne, et qu’on distille ensuite les deux tiers du liquide après saturation exacte, on constate la présence du furfurol dans le produit distillé: une faible portion est déjà entraînée à la distillation par l’alcool éthylique, et la majeure partie passe avec l'alcool amylique, dont le point d’ébullition est très rapproché du sien.

V. Meyer a constaté la présence du furfurol dans un acide acétique concentré, qui donnait en présence de l'aniline une coloration rouge intense. D’ailleurs, le spectre d’absorption du liquide coloré a été trouvé le même que celui fourni par un mélange d'aniline et d'acide acétique pur, additionné d’une faible quantité de furfurol. La coloration rouge disparaît après une distillation préalable de l’acide acétique sur l’acide chromique.

Quant à la matière furfurogène, elle est mal connue. Suivant Cahours, l’amidon, le ligneux, le gluten, ne fournissent pas trace de furfurol à la distillation, en présence des acides étendus. Il en est de même du son distillé avec l’eau seulement ; même résultat négatif avec les gommes et les matières albuminoïdes. Le furfurol doit donc tirer son origine d’un principe particulier contenu dans le son et dans la matière incrustante des cellules du bois. En effet, lorsqu’on distille 4100 grammes de son avec autant d’acide sulfurique étendu de 2 p. d'eau, on obtient 114 grammes de furfurol, soit 2,5 pour 100 ; mais si la même quantité de matière première a été traitée à froid par une lessive alcaline, on n’obtient plus par l'acide sulfurique que 0,7 pour 100 de furfurol.

L’alcide sulfurique étendu paraît dissoudre aisément la matière furfurogène. Du son traité par de l'eau bouillante, ne contenant que 2,5 pour 100 d’acide sulfurique, laisse 25 à 55 pour 100 d’un résidu qui ne fournit plus de furfurol; par contre, la solution, soumise à la concentration, puis à la distillation, fournit du furfurol. Si l’on sature cette solution par la chaux pour enlever l’acide sulfurique, on obtient à l’évaporation un sirop noir, à saveur sucrée, donnant avec l’alcool un précipité gommeux qui engendre du furfurol. Comme le son renferme de l’amidon, celui-ci est partiellement transformé en dextrine et en glucose, qui accompagnent la substance furfurogène (Gudkow).

Pour avoir cette dernière exempte d’hydrate de carbone, Gudkow a essayé de l’extraire des excréments de porcs nourris avec du son. On épuise les matières avec de leau bouillante, on traite les résidus par de l’eau contenant 0,7 pour 100 d'acide sulfurique : la solution neutralisée par le carbonate de baryum, concentrée par évaporation, donne avec l'alcool un précipité gommeux, brun, amorphe, soluble

dans l’eau, dégageant du fulfurol lorsqu'on l'attaque par de l’acide sulfurique étendu de 3 p. d’eau.

On admet que le furfurol dérive normalement d'un alcool diatomique, le glycol pyromucique C 10 II 6 0‘ :

C w H*(H*0*) - ff = C“H»(ffO , )(0*-).

11 a été étudié dans ces dernières années par plusieurs chimistes, notamment par Baeycr, H. Schiff, Rob, Schilî et Tassinari, Radzizewski, E. Fischer, 0. Toennies, Schmidt, Glaisen, Limpricht, Atterberg, 0. Wallach, etc., etc.

Préparation.

On mélange intimement, dans un petit alambic, 1000 grammes de son, 1000 grammes d’eau et 500 grammes d’acide sulfurique concentré, puis on chauffe ce mélange jusqu’à ce qu’il devienne fluide ; on Iule l’appareil et on chauffe plus fort. Dès qu’il commence, à se dégager de l'acide sulluteux, on ajoute 500 grammes d’eau et on continue la distillation jusqu'à ce que l'acide sulfureux se dégage en plus grande quantité. On cohobe le produit distillé et on distille la moitié du liquide; on neutralise par l’hydrate de chaux et on distille encore une fois. 11 passe alors un liquide jaune, huileux, pesant, dont on obtient une nouvelle portion par la rectification du liquide aqueux qui a passé en même temps. On dessèche sur du chlorure de calcium et on rectifie une dernière fois (Fownes).

Cahours conseille d’introduire, dans un alambic de 72 à 75 litres, 1500 grammes de son, 1250 grammes d’acide sulfurique étendu au préalable de trois fois son poids d’eau, et d’arrêter la distillation dès qu’il commence à se manifester une forte odeur d’acide sulfureux. En répétant quatre fois la même opération, ou opère en tout sur 6 kilogrammes de son, 5 kilogrammes d’acide sulfurique et 12 litres d’eau, ce qui fournit 101 grammes de furfurol, ainsi qu’une eau mère saturée qui donne par l’ammoniaque 54 grammes de furfuramide, répondant à 57 grammes de furfurol. Le rendement est donc de 158 grammes, soit 2,65 °/ 0 . Eu tenant compte des pertes inévitables qui se produisent dans les opérations de ce genre, Cahours estime que le son fournit 2,8 °/ 0 de furfurol.

Babo trouve plus avantageux de distiller 15 p. de son avec 5 à 6 p. de chlorure de zinc et quantité suffisante d'eau pour former une pâte, qu’on distille dans un alambic jusqu’à ce que le résidu se charbonnc. 11 passe d’abord de l’eau, puis du furfurol, et, vers la fin de l’opération, on voit apparaître de l’acide chlorhydrique et une matière grasse solide qui surnage. On filtre pour séparer cette dernière, on neutralise par un alcali, et on soumet le liquide à une nouvelle rectification. L’eau mère est utilisée pour donner de la furfuramide.

Ni l’amidon, ni la pectine ne fournissent de furfurol par le chlorure de zinc. 11 ne s’en forme pas non plus lorsqu’on distille le son avec le chlorure de calcium.

ALDÉHYDES A FONCTION MIXTE.

Propriétés.

Le furfurol est un liquide incolore, qui s’altère lentement au contact de l’air et finit par noircir; i! se garde mieux sous une couche d’eau. Son odeur participe à la fois de celles des essences de cannelle et d'amandes amères. Sa densité est de 1,164, à la température de 16°; sa densité de vapeur a été trouvée égale à 5,540 (Théorie : 5,549). Il bout à 102° (Cahours), à 160° (Sthenhouse). 11 est très soluble dans l’alcool; à 15°, il exige H p. d'eau pour se dissoudre. L’acide sulfurique le dissout à froid sans coloration, mais à chaud, le mélange se charbonne ; l’acide chlorhydrique se comporte de la même manière.

Il est loin de donner des réactions nettes. Ainsi, le chlore et le brome l’attaquent avec énergie et on n’isole finalement que des produits noirs et résinoïdes. L’acide nitrique concentré, même étendu, donne [de l’acide oxalique, au lieu de fournir, soit un acide par simple fixation d’oxygène, soit un dérivé nitré. Un mélange d’acide sulfurique et de peroxyde de manganèse, ainsi que l’acide chrornique, n’engendrent qu'une matière brune, dont la nature n’est pas connue. Avec l’acide nitreux, on observe la formation de produits résineux; en solution éthérée, l’action ne se produit qu’après l'évaporation de l’éther, mais elle est alors d’une grande violence. En un mot, la plupart des réactifs ont une grande tendance à convertir le furfurol en produits humiques. Toutefois, quelques-uns fournissent des dérivés réguliers, comme l’oxyde d’argent et l’ammoniaque, celle-ci donnant de la furfuramide, celui-là de l’acide pyromucique.

Bouilli avec de l’oxyde d’argent, ou simplement de l’eau, le furfurol se change en acide pyromucique :

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