IV. Alcools polyatomiques
Enfin, la théorie permet de prévoir avec les alcools tétratomiques, pentatomiques, hexatomiques, un nombre de séries de composés égal à leur atomicité : les règles qui les régissent sont les mêmes que celles que nous venons de voir à propos des alcools polyatomiques ; mais à mesure que l’atomicité augmente, les termes de chaque série se succèdent moins régulièrement, et l’on observe principalement la formation des dérivés inférieurs et supérieurs d’éthérification, les termes intermédiaires étant très difficiles à isoler.
V. La même théorie s’applique aux alcools à fonctions complexes, alcoolsacides, alcools-éthers, etc...
1. Soit un acide alcool diatomique, monoalcoolique et monobasique, l’acide lactique par exemple ; il formera avec un alcool monoatomique trois sortes d’éther :
1° Un éther formé aux dépens de la fonction alcoolique, qui sera en même temps acide monobasique :
C6fl4(H202)04 -+- C4H4(H202) = C6H4(C4H4[H202] ) O4 4- H2CP.
Acide lactique. Alcool Acide éthyllactique. éthylique.
Ce sera l’acide éthyllactique qui donnera des éthyllaclates ayant pour formule C6H3M(C4H602)04;
2° Un éther formé aux dépens dé la fonction acide, qui sera en même temps alcool monoatomique : ce sera l’éther éthyllactique :
CeII4(H202)04 + C4H‘(H2Os) = C4I14(G6H4| H202]04) 4 IPO2
Acide lactique. Alcool. Éther éthyllactique.
3“ Un éther neutre, saturé, formé aux dépens des deux fonctions de l’acide alcool; ce sera l’éther éthylique de l’acide éthylactique :
Acide lactique. Alcool Lactate diéthylique ou
éthylique. éther éthylique de
l’acide élhyllaetique.
Il existe des composés correspondants formés avec les acides :
1° L’eau alcoolique peut être remplacée par une quantité équivalente d’un acide monoatomique; on aura ainsi, par exemple, l’acide lacto-butyrique analogue à l’éther éthylique formé dans le premier cas :
Acide lactique. Acide Acide lacto-
butyrique. butyrique.
2° Cet acide ayant encore une atomicité à satisfaire, peut se combiner avec
une molécule d’un alcool monoatomique, tel que l’alcool éthylique, pour former un éther neutre, saturé, analogue à l’éther éthylique de l’acide éthyllactique ; tel sera l’éther éthylique de l’acide lacto-butyrique :
ffllfiWlO1 +C*H‘(H10s)=G4H‘[C8H»(C8H«0*)0*] +H*0*.
Acide lacto- Alcool Éther
butyrique. éthylique. éthyl-lactobutyrique.
La complication de pareils composés va en croissant à mesure que le nombre des fonctions superposées augmente.
25. Soit un acide triatomique, l’acide phosphoreux ou l’acide malique, qui soit monoalcoolique et bibasique :
Il pourra former cinq éthers, savoir : 1° un acide monoéthylique monobasique et monoalcoolique, formé aux dépens d’une des fonctions acides; 2° un acide monoéthylique bibasique formé aux dépens de la fonction alcoolique ; 3° un acide diéthylique monobasique formé aux dépens de la fonction alcoolique et d’une des fonctions acides ; 4° un éther diéthylique monoalcoolique formé aux dépens des deux fonctions acides; 5° un éther triéthylique dans lequel la fonction alcoolique et les deux fonctions acides sont satisfaites.
3. Un acide triatomique qui serait monobasique et dialcoolique comme l’acide glycérique, peut théoriquement former aussi cinq sortes d’éthers, dont on peut prévoir la formation par des considérations analogues.
VI. Les phénols, quant à la théorie de leurs combinaisons étliérées, sont assimilables aux alcools.
VII. Ce que nous venons de dire des alcools primaires s’applique également bien aux alcools secondaires et tertiaires; bien que les phénomènes qui accompagnent leur éthérification soient différents, la théorie de la constitution de leurs éthers est la môme.
On nomme les éthers neutres des alcools monoatomiques, en faisant suivre le mot éther du nom de l'acide dont le corps contient les éléments, précédé lui-même d’une racine indiquant l’alcool dont il dérive : soient par exemple les éthers élhyl chlorhydrique et éthylacétique, dérivés des acides chlorhydrique et acétique, et de l’alcool éthylique. Les éthers acides formés par les acides bibasiques se désignent en faisant suivre le mot acide d’un nom composé formé du nom de l’acide, précédé lui-même du nom du radical de l’alcool ; ainsi l’on dit acide éthylsulfurique, acide éthyloxalique. Quand l’acide est tri ou tétrabasique, on fait précéder le radical de l’alcool des particules mono, di, tri, etc. ; ainsi l’on dira : acide diéthylphospliorique, acide monoéthylphosphorique. Lorsque plusieurs radicaux différents entrent dans un éther, on les indique par leur racine; ainsi l’on dira : acide éthylamylphosphorique. Pour les éthers neutres, la nomenclature est la même que plus haut ; s’il y a plusieurs radicaux, on les énonce successivement; ex. : éther éthylphosphorique, éther éthyldiamylphosphorique.
Dans le cas des alcools polyatomiques, on fait suivre le nom de cet alcool de
celui de l’acide, en faisant précéder ce dernier des particules mono, di, tri, tétra, ete., pour indiquer le degré de substitution; ex. : glycol monoacétique, glycérine triacétique, érythrite tétracétique, etc.... Dans le cas particulier du glycol et de la glycérine, on adopte quelquefois une autre règle : on remplace dans le nom de l’acide la terminaison ique par la terminaison et ine, l’on fait suivre ce nom du nom de l’alcool; ex. : monoacétine du glycol; diacétine du glycol, de la glycérine ; triacétine, acéto-chlorhydro-bromhydrine de la glycérine.
Nous avons représenté les éthers par la substitution des éléments d’un acide à ceux de l’eau dans la formule d’un alcool. Cette représentation est l’expression des résultats expérimentaux de l’éthérification directe. Mais elle peut aussi être mise sous une autre forme en abordant la question à d'autres points de vue. Nous exposerons deux de ces systèmes : le premier parce qu'il a fait époque dans la science, et que, modifié et transformé conformément aux théories atomiques, il a donné naissance au second; le second parce qu'il est adopté actuellement par un très-grand nombre de chimistes. Nous voulons parler de la théorie des types et de la théorie unitaire ou atomique.