IX
Ce sont ces considérations, que la date seule de 1832 suffit à justifier, qui nous ont fait rétablir, ainsi que l'a fait depuis peu M. Ch. Bonaparte. le nom de Upucerthia.
Ce genre, dit M. Geoffroy Saint-Hilaire, voisin des Fourniers, offre aussi des rapports assez intimes avec les Pomathorius et avec quelques autres des genres que Linné réunissait sous le nom de Certhia. D'un autre côté, son bec est peu différent de celui des Huppes, en sorte que l’Upucerthie unit entre eux par un lien de plus le groupe des Certhia, auquel il appartient essentiellement, avec celui des Upupa. Ce sont ces rapports que j'ai cherché à rappeler par le nom que je propose pour ce genre.
Ce genre, qui appartient comme les Fourniers et les Picerthies (Lochmias) à l'Amérique méridionale, et qui semble y représenter les Pomathorius, se distingue très-bien de ceux-ci, outre plusieurs autres caractères, par ses narines non recouvertes de grandes écailles, et par le peu de hauteur de leur bec. D'un autre côté, la grande longueur du bec, à laquelle ou peut ajouter la composition tout à fait spéciale de l'aile et plusieurs autres différences, ne permettent de le confondre ni avec les Fourniers, ni surtout avec nos Picerthies. Comme M. Ch. Bonaparte, nous réduirons pourtant ce genre à l'espèce typique, ses caractères étant beaucoup plus prononcés que chez les espèces que lui ont adjointes MM. D'Orbigny et De La Fresnaye. Nous en donnons la figure et la description.
.… D'après les notes de M. D'Orbigny, les individus de ce genre vivent constamment dans les lieux couverts de petits buissons, cherchent les Insectes dont ils font leur nourriture au milieu des herbes et des branches des petits arbustes, perchent peu, ne pénètrent jamais dans les bois, mais viennent fréquemment dans le voisinage des habitations, et pénètrent même quelquefois dans les maisons. (Nouvelles Annales du Muséim d'Histoire naturelle.
Fig 175. — Üpuczrthie des buissons
UPUCERTIHE DES BUISSONS. UPUCERTHIA DUMETORIA. (adore Geoffroy Sant-Hihire,
Plumage généralement brun; pennes de la queue noirâtres en dessous, les trois premières de chaque côté ayant leur extrémité d'un fauve clair en dehors; une tache allongée en forme de sourcil, et de couleur fauve au-dessus et en arrière de chacun des yeux; toutes les pennes de l'aile, excepté les trois premières, rousses à leur origine, d'où résulte une grande tache visible seulement quand l'aile est étendue; une tache étendue d’un blanc sale au milieu du ventre; gorge blanche écaillée de noir; poitrine couverte de plumes dont la base est fauve et tout le bord brun; bec et pieds bruns; yeux d'un brun fonce.
Habite la Patagonie, où elle a été découverte par M. D'Orbiguy. (fsinore Grorrroy Sair-Fibatne.)
5° GENRE. — CINCLODE. CINCLODES. (G. R. Gray.)
Keyxo:, Cincle.
CARACTÈRES GÉNÉRIQUES
Bec de la longueur de la tête, légèrement comprimé, convexe en dessus, à mandibule supérieure doucement recourbée, entière et dépassant l'inférieure. |
Narines basales, latérales, percées en fissure longitudinale recouverte par une membrane et cachées à leur base dans les plumes du front.
Fig. 174 — Cinclodes paragonicus
Fig. 175 — Cinclodes paragomcus.
Ailes longues et pointues, subaïguës, la première rémige la plus courte, les seconde, troisième et quatrième égales entre elles, les plus longues.
Queue presque rectiligne, longue et ample, formant un peu le toit.
T'arses de la longueur du doigt médian, grêles, à scutelles larges et peu apparentes; les doigts latéraux à peu près d'égale longueur; l'externe soudé à sa base; l'ongle du doigt postérieur du
double plus long que ceux des doigts de devant, qui sont très-comprimés sur les côtés, recourbés et aigus.
Sept espèces, toutes de l'Amérique méridionale. Nous figurons le Cinclode vulgaire (Cinclodes [Upucerthia] vulgaris) de D'Orbigny et De La Fresnaye.
Ces Oiseaux fréquentent principalement les côtes, surtout dans la partie australe de l'Amérique. Garnot et Lesson disent du Cinclodes antaretica, qu'ils ont trouvé aux îles Malouines, qu'il vit sur les rivages, où sa familiarité et son peu de crainte permettent de l'approcher souvent jusqu'à le toucher avec la main. Son plumage sombre l’a fait mentionner, ajoutent-ils, dans quelques narrations de voyages sous le nom de Merle. Pernetty. qui séjourna sur les îles Malouines, le peint ainsi dans la relation, t. 1, p. 20, qu'il en a donnée : « Get Uiseau est tellement familier, qu'il venait voler presque sur le doigt; en moins d’une demi-heure j'en tuai dix avec une petite baguette et sans presque changer de place. Il gratte dans les goémons (fucus) que la mer jette sur le rivage, et y mange les Vers et les petites Crevettes que l’on appelle Puces de mer. » Son vol est court; lorsqu'on linquiète, il se borne à voleter deux ou trois pas plus loin. Ses habitudes sont solitaires, et à peine le distingue-t-on sur les schistes des côtes sur lesquels il se tient presque constamment. (Zoologie du voyage de la Coquille.)
Meyen et M. Darwin, dans son voyage du Beagle, ont reconnu depuis l'applicabilité de ces détails de mœurs aux diverses espèces.
CINCLODE PATAGON. CINCLODES PATAGONICA. (Gmelin, Gray.)
Le plumage en entier est un mélange de brun-roux fuligineux. entremêlé de taches fauves assez vives et de brun
Fig. 1. — Oiseau-Mouche à queue fourchue
Bis. 2. — Bec-Fin de muraïles
La tête est revêtue d'une calotte brune; une teinte rousse uniforme est la couleur du manteau, du dos et du croupion. La gorge est grivelée de fauve et de blanc. Le ventre, les flancs et les couvertures inférieures de la queue sont d'un brun roussâtre fauve; un trait fauve clair surmonte chaque œil. Les ailes sont brunes, avec des espaces d'un jaune fauve assez vif. Une bande de la même couleur occupe le milieu des grandes pennes. Celles-ci sont, en dessous, brunes à leur extrémité, et d’un blanc rose à leur milieu. Les couvertures du coude sont d'un fauve ferrugineux. La queue est brune et les pennes les plus extérieures sont terminées par une tache fauve clair.
La couleur du bec et des pieds est d'un brun rougeâtre; les ongles sont jaunes. (Garnor et LEsson, Zoologie du voyage de {a Coquille.)
Longueur totale : 0m,93.
C’est cette espèce dont M. Gray a fait le type du genre.
Fig. 176. — Cinclode vulgaire,
6" GENRE. — CINCLOCERTHIE. CINCLOCERTHIA. (GR Gray.)
De Cinclus, Cincle, et Certhia, Grimpereau
Bec plus long que la tête, grêle, comprimé, légèrement arqué jusqu'à la pointe, qui est entière, à bords de la mandibule supérieure légèrement échancrés, arête déprimée à sa base et entamant les plumes du front.
Narines ovulaires, ouvertes
Fig. 177. — Cinclocerthia ruficauda
Ailes courtes, arrondies, obtuses, la première rémige très-courte, la quatrième la plus longue, les cinquième et sixième presque égales à celles ci Queue médiocre, arrondie
l'arses robustes, scutellés, le pouce avec son ongle de même longueur. mais plus court que le doigt médian: ongles comprimés et recourbés.
Fig. 178. — Cinclocerthia ruficaudu
Ce genre a été originairement créé par M. Gould sous le nom déjà employé de Stenorhynchus, sur une seule espèce des Antilles dont nous allons donner la description. On ignore le détail de ses mœurs.
CINCLOCERTHIE A QUEUE ROUSSE. CINCLOCERTHIA RUFICAUDA. (Gould, G. R: Gray.)
Eu dessus d'un brun enfumé, teinté de roux près de la queue; celle-ci, ainsi que les rémiges secondaires et les scapulaires, d'un roux lavé de brun: en dessous d’un cendré brunâtre, teinté de brun-roux sur les flanes; bee noir; pieds bruns.
Longueur totale : 0,27
De la Jamaique.
DEUXIÈME FAMILLE. — UPUPINÉS.
C’est M. De La Fresnaye qui le premier a émis l'idée de constituer cette famille telle qu'on la comprend aujourd’hui d'après ce savant ornithologiste, qui, dès 1833, la désignait sous le nom d'Upupés de Lesson, ce qui®'est autre chose après tout que la coupe faite par Le Vaillant, pour les mêmes Oiseaux, sous le nom de Promérops marcheurs, en considération du caractère des ongles et des habitudes
Ce n’est pas sans étonnement, en effet, qu'on peut voir le rapprochement que les anciens auteurs, et même les modernes, à leur exemple, ont fait jusqu'à ce jour du genre Huppe avec les genres Promérops et Épimaque, se basant uniquement sur la forme grêle et plus ou moins arquée de leur bec, et n'ayant aucun égard à la différence si remarquable que ces divers genres offrent dans la conformation de leurs pattes, de leurs ailes, et même de leur bec, et par suite dans leur mode de locomotion et d'alimentation.
Dès 1760, Brisson, dans son Ornithologie, vol. I, p. 45, formait son ordre septième du genre Iluppe et du genre Promérops, ne trouvant d'autre caractère distinctif entre ces deux genres que la
présence ou l'absence de la huppe sur la tête. En 1770, Buffon, réunissant la première aux Promérops et aux Guêpiers, en formait également un groupe particulier dans son Histoire des Oiseaux avec planches enluminées. Après lui, Vieillot, sous le nom d'Epopsides, forma une famille des genres Huppe, Fournier, Polochion ou Philédon, et Promérops. Cuvier, dans les deux éditions de son Zèègne animal, place parmi ses Huppes, considérées comme famille, les Craves, les Iluppes proprement dites, les Promérops et les Épimaques. Plus tard, Lesson, dans son Traité d'Ornithologie, compose sa famille des Upupés des genres Épimaque, Falcinelle, Promérops, Iluppe, Cravehuppe (type Upupa Capensis, qui est un Martin pour M. Temminck), Crave et Corbicrave, formé du Crave lémoptère. M. Temminck, dans son Manuel, place la Huppe dans son ordre des Anisodactyles, composé de genres grimpants ou se cramponnant, entre les Grimpercaux de muraille et les Promérops, donuant pour motif de ce rapprochement que « ce que le Grimpereau et le Tichodrome font sur les ar bres et le long des murailles, la Huppe le fait à terre, en courant à la surface du sol humide pour déterrer les larves et les Insectes qui s’y engendrent. » Swainson, dans sa Class. of Birds, forme sa famille Promeropidæ des genres Promerops, Upupa et Epimachus, tout en reconnaissant, comme l'avait fait Temminck, la brièveté des ongles de la Huppe et la forme presque droite de celui du pouce. Enfin, M. G. R. Gray, dans sa List of the Gencra, après avoir formé sa sous-famille des Upupinæ des genres
1° Huppe (Upupa); 2 Cravehuppe (Fregilupus), Lesson; 3° Falculia ; 4° Neomorpha ; ° Séleucides, Lesson, ou Falcinellus, Vieillot: ° Craspedophora, G. R. Gray, où Epimachus, Cuvier; 7° Püiloris, l’a encore composée, tout en la simplifiant et la corrigeant, dans son Genera of Birds, des genres SuiVan ls :
4° Upupa; 2° Jrrisor; 5° Falculix.
Fig. 179 — Huppe.
On voit clairement, d'après les citations ci-dessus, que tous les auteurs, depuis Brisson jusqu'à nos jours, ont suivi la même idée de réunion du genre Huppe avec les Promérops et les Épimaques et autres, malgré les caractères distincts et presque opposés que ces divers genres présentent, tant dans leur conformation antérieure que dans leurs mœurs et leur genre de Denon (De La FRes- NAxE, Revue zoologique, 1847.)
Parmi les Ténuirostres de Guvier, dit ailleurs le même ornithologiste, la Huppe nous présente un genre de pieds, et surtout d'ongles, tout à fait analogue à ceux des Alouettes, et c'est le seul fait
de ce genre dans toute cette division nombreuse des Passereaux. Chez cet Oiseau effectivement, et ses congénères étrangers, l'ongle du pouce est tout aussi droit que celui des Alouettes calandre et cochevis, avec lesquelles il a même la plus grande ressemblance. Les ongles antérieurs sont courts, assez courbés à leur arête supérieure; mais ils sont fortement creusés en gouttière en dessous, et leurs bords inférieurs s'élargissant vers la pointe en forme de cuiller, particulièrement à l'ongle du milieu, il eu résulte que ces ongles ont beaucoup moins de courbure en dessous qu’en dessus.
Cet Oiseau a, comme l’on sait, des habitudes tout à fait terrestres; il est presque toujours à terre dans les prairies et autres lieux humides; il s’y promène sans cesse pour y déterrer les Insectes, les Vers et les larves dont il se nourrit. Il ne se perche guère que momentanément pour faire entendre son chant monotone, et probablement la nuit pour dormir. C’est enfin un Passereau marcheur par les habitudes et par la forme des pieds.
Il est aisé de reconnaître que cette grande division des Ténuirostres de Cuvier ne se compose pour ainsi dire que de deux grandes familles, c’est-à-dire de Passereaux grimpeurs et de Passereaux Méliphages. Or, des Oiseaux qui, tels que nos Iluppes. réunissent des habitudes tout à fait terrestres à des pieds de Marcheurs. et entièrement différents de ceux des deux groupes précédents, méritent une attention toute particulière de la part des observateurs; malgré les rapports de leur bec grêle et courbé avec celui des Épimaques, des Soui Mangas, ils ne peuvent être groupés avec ces Méliphages; ils doivent constituer dans cette division des Ténuirostres une famille à part tout à fait distinete, par ses mœurs et la forme de ses pieds, de toutes les espèces de la division. Si l'on établit cette famille sous le nom d'Upupés, comme l'a fait Lesson, ou d'Épopsides, comme Vieillot, elle ne doit être composée que du seul genre Huppe. (Magasin de Zoologie, 1833.)
Se ralliant aux idées émises par M. De La Fresnaye sur ce sujet, M. Ch. Bonaparte, d'abord dans son Catalogo metodico degli Uccelli Europe, publié en 1849, et depuis dans son Conspectus Avi, a disjoint les Huppes des Promérops, en élevant les premières, sous le nom d'Upupidæ, au rang de famille, qu'il compose des genres :
1° Upupa;
2° Fregilupus.
Seulement, ce savant place cette famille, nous ignorons sur quel motif, entre les Touracos et les Calaos.
De ces deux genres, nous ne conservons que le genre Upupa, le genre Fregilupus appartenant à notre famille des Falculianæ par ses ongles recourbés et par sa langue filamenteuse.
La nourriture la plus ordinaire de la Huppe, dit Montbeillard, dans l'état de liberté, ce sont les Insectes en général, et surtout les Insectes terrestres, parce qu'elle se tient beaucoup plus à terre que perchée sur les arbres. J'appelle Insectes terrestres ceux qui passent leur vie, ou du moins quelques périodes de leur vie, soit dans la terre, soit à sa surface; tels sont les Scarabées, les Fourmis, les Vers, les Demoiselles, les Abeilles sauvages, plusieurs espèces de Chenilles, etc,, c’est là le véritable appât qui en tout pays attire la Huppe dans les terrains humides, où son bec long et menu peut facilement pénétrer, et celui qui, en Égypte, la détermine, ainsi que beaucoup d'autres Giseaux, à régler sa marche sur la retraite des eaux du Nil et à s'avancer constamment à la suite de ce fleuve; car, à mesure qu'il rentre dans ses bords, il laisse successivement à découvert des plaines engraissées d'un limon que le soleil échauffe, et qui fourmille bientôt d'une quantité innombrable d'Insectes de toute espèce : entre autres d’une espèce d'Insecte particulière à l'Égypte, et qui ressemble au Cloporte. Le Nil laisse aussi beaucoup de petites Grenouilles et même de frai de Grenouille dans les endroits qu'il a inondés; et tout cela peut, en cas de besoin, suppléer aux Insectes. On voit par cela seul pourquoi l'apparition de la Huppe en Égypte annonçait aux habitants de ce pays la retraite des eaux du Nil, et conséquemment la saison des semailles : aussi jouait-elle un grand rôle dans les hiéroglyphes égyptiens. On a remarqué que les Huppes de passage étaient alors lrès-grasses et très-bonnes à manger; je dis les Iuppes de passage, car il ÿ en a dans ce même pays de sédentaires que l'on voit souvent sur les -dattiers, aux environs de Rosette, et qu'on ne mange jamais. Il en est de même de celles qui se trouvent en très-graud nombre dans la ville du Caire, où elles nichent en pleine sécurité sur les terrasses des maisons, d'après deux lettres datées de ces deux villes des 4 septembre et 5 novembre 4777. On peut en effet concevoir que des Huppes vivant
loin de l'homme, et dans une campagne inhabitée, sont meilleures à manger que celles qui vivent à portée d'une ville considérable ou des grands chemins qui y conduisent : les premières cherchent leur vie, c'est-à-dire les Insectes, dans la vase, le limon, les terres humides, en un mot, dans le sein de la nature, au lieu que les antres les cherchent dans les immondices de tout genre qui abondent partout où il y a un grand nombre d'hommes réunis, ce qui ne peut manquer d'inspirer du dégoût pour les Huppes des cités, et même de donner un mauvais fumet à leur chair. On en mange à Bologne, à Gênes, et dans quelques autres contrées de l'Italie et de la France, tant méridionale que septentrionale : quelques-uns les préfèrent aux Cailles; il est vrai que toutes nos Huppes sont de passage. Il y en a une troisième classe qui tient le milieu entre les deux autres, et qui, se fixant dans nos jardins, trouve à s’y nourrir suffisamment de Chenilles et de Vers de terre. Au reste, tout le monde convient que la chair de cet Oiseau, qui passe pour être si sale de son vivant, n'a d'autre défaut que de sentir un peu trop le muse, et c'est apparemment la raison pourquoi les Chats. d'ailleurs si friands d'Üiseaux, ne touchent jamais à ceux-ci.
En Égypte, les Huppes se rassemblent, dit-on, par petites troupes, et, lorsqu'une d’entre elles est séparée des autres, elle rappelle ses compagnes par un cri fort aigu à deux temps : si-si. Dans la plupart des autres pays, elles vont seules ou tout au plus par paires. Quelquefois, au temps du passage, il s’en trouve un assez grand nombre dans le même canton; mais c’est une multitude d'individus isolés qui ne sont unis entre eux par aucun lien social, et par conséquent ne peuvent former une véritable troupe : aussi partent-elles les unes après les autres quand elles sont chassées. D'autre part, comme elles ont toutes la même organisation, toutes doivent être et sont mues de la même manière par les mêmes causes, et c’est la raison pourquoi toutes, en s’envolant, se portent vers les mêmes climats, et suivent à peu près la même route. Elles sont répandues dans presque tout l’ancien continent, depuis la Suède, où elles habitent les grandes forêts, et même depuis les Grcades et la Laponie, jusqu'aux Canaries et au cap de Bonne-Espérance d’une part, et, de l'autre, jusqu'aux iles de Ceylan et de Java. Dans toute l'Europe, elles sont Oiseaux de passage, et n'y restent point l'hiver, pas même dans les beaux pays de la Grèce et de l'Italie. On en trouve quelquefois en mer, et de bons observateurs les mettent au nombre des Oiseaux que l’on voit passer deux fois cha que année dans l'ile de Malte. Mais il faut avouer qu'elles ne suivent pas toujours la mêmie route; car souvent il arrive qu'en un même pays on en voit beaucoup une année et très-peu ou point du tout l'année suivante. De plus, il y a des contrées, comme l'Angleterre, où elles sont fort rares, et où elles ne nichent jamais; d'autres, comme le Bugey, qu'elles semblent éviter absolument; toutefois, le Bugey est un pays montagneux : il faut done qu’elles ne soient pas attachées aux montagnes, du moins autant que le pensait Aristote. Mais ce n’est pas le seul fait qui combatte l’assertion de ce philosophe, car les Huppes établissent tous les jours leur domicile au milieu de nos plaines, et l'on en voit fréquemment sur les arbres isolés qui croissent dans les iles sablonneuses, telles que celles de Camargue en Provence. Elles déposent le plus souvent leurs œufs dans des trous d'arbres, ainsi que dans des trous de murailles, sur le terreau ou la poussière qui se trouve d'ordinaire au fond de ces cavités, sans les garnir, dit Aristote, de paille ni d'aucune litière. Mais cela est encore sujet à quelques exceptions, du moins apparentes : de six couvées qu'on m'a apportées, quatre étaient en effet sans litière, et les deux autres avaient sous elles un matelas très-mollet composé de feuilles, de mousse, de laine, de plumes, ete. Or, tout cela peut se concilier, car il est très-possible que la Huppe ne garnisse jamais son nid de mousse ni d'autre chose, mais qu'elle fasse quelquefois sa ponte dans des trous qui auront été occupés l'année précédente par des Pics, des Torcols, des Mésanges et autres Oiseaux qui les auront matelassés, chacun suivant son instinct. Il y avait au fond de l'un de ces nids plus de deux litrons de mousse, des débris de Hannetons, quelques Vermisseaux échappés sans doute du bec de la mère ou de ses petits : les six arbres où se sont trouvés ces nids Sont trois grioltiers, deux chênes et un poirier; les plus bas de ces nids étaient à trois ou quatre pieds de terre, les plus hauts à dix.
On a dit, il y a longtemps, et l'on a beaucoup répété, que la Huppe enduisait son nid des matières les plus infectes, de la fiente de Loup, de Renard, de Cheval, de Vache, bref, de toutes sortes d’animaux, Sans excepter l'Homme: et cela, ajoute-t-on, dans l'intention de repousser, par la mauvaise odeur, les ennemis de sa couvée; mais le fait n’est pas plus vrai que l'intentoin, car la Huppe n'a point l'habitude d’enduire l’orifice de son nid comme fait la Sittelle. D'un autre côté, ii est très-
vrai qu'un nid de Huppe est très-sale et très-infect, inconvénient nécessaire, et qui résulte de la forme même du nid, lequel a souvent douze, quinze et jusqu’à dix-huit pieds de profondeur; lorsque les petits viennent d'éclore et sont encore faibles, ils ne peuvent jeter leur fiente en dehors; ils restent donc fort longtemps dans leur ordure, et on ne peut guère les manier sans s’infecter les doigts. C’est ce qu'éprouva Schwenckfeld étant encore enfant, en voulant tirer d’un chêne creux une couvée de Fuppe qui y était établie. De là sans doute est venu le proverbe : Sale comme une Huppe- Mais ce proverbe induirait en erreur si l'on voulait en conclure que la Huppe a le goût ou l'habitude de la malpropreté; elle ne s'aperçoit point de la mauvaise odeur tant qu'il s’agit de donner à ses petits les soins qui leur sont nécessaires; dans toute autre circonstance, elle dément bien le proverbe, car une Iuppe que j'ai observée, et dont je parlerai bientôt, non-seulement ne fit jamais d'ordure sur sa maitresse ni sur les fauteuils, ni même au milieu de la chambre, mais elle se retirait toujours pour cela sur un ciel de lit, où elle se réfugiait lorsqu'elle était effarée, et l'on ne peut nier que l'endroit ne fût bien choisi, puisqu'il était tout à la fois le plus éloigné, le plus caché et le moins accessible.
La femelle pond depuis deux jusqu’à sept œufs; mais le plus communément quatre ou cinq; ces œufs n’éclosent pas tous, à beaucoup près, au même terme, car on m'a apporté une couvée de trois jeunes Iluppes prises dans le même nid qui différaient beaucoup entre elles par la taille : dans la plus grande, les pennes de la queue sortaient de dix-huit lignes hors du tuyau, et, dans la plus petite, de sept lignes seulement. On a vu souvent la mère porter à manger à ses petits; mais je n'ai jamais entendu dire que le père en fit autant. Comme on ne voit guère ces Oiseaux en troupes, il est naturel de penser que la famille se disperse dès que les jeunes sont en état de voler : cela devient encore plus probable s'il est vrai, comme le disent les auteurs de l’ornithologie italienne, que chaque paire fasse deux ou trois pontes par an. Les petits de la première couvée sont en état de voler au mois de juin. C’est à ce peu de faits et de conjectures que se bornent les connaissances que j'ai pu me procurer sur la ponte de la Iuppe et sur l'éducation de ses petits.
Le cri du mâle est : bou-bou-bou; c'est surtout au printemps qu'il le fait entendre. et on l'entend de très-loin. Ceux qui ont écouté ces Oiseaux avec attention prétendent avoir remarqué dans leur cri différentes inflexions, différen!s accents, appropriés aux différentes circonstances : tantôt un gémissement sourd qui annonce la pluie prochaine, tantôt un eri plus aigu qui avertit de l'apparition d’un Renard, ete. Cela a quelque rapport avec les deux voix de la Huppe apprivoisée dont je vais parler plus bas. Celle-ci avait un goût marqué pour le son des instruments; toutes les fois que sa maîtresse jouait du clavecin ou de la mandoline, elle venait se poser sur ces instruments ou le plus près possible, et s'y tenait autant de temps que sa maîtresse continuait de jouer.
On prétend que cet Diseau ne va jamais aux fontaines pour y boire, et que par cette raison il se prend rarement dans les pièges, surtout à l’abreuvoir. A la vérité, la Huppe qui fut tuée en Angleterre, dans la forêt d'Epping, avait évité les piéges multipliés qu'on lui avait tendus avant de la tirer, dans l'intesiion de l'avoir vivante; mais il n'est pas moins vrai que la Iuppe apprivoisée que j'ai déjà citée plusieurs fois avait été prise au filet, et qu'elle buvait de temps en temps en plongeant son bec dans l'eau d’un mouvement brusque et sans le relever ensuite, comme font plusieurs Oiseaux; apparemment que celui-ci a la faculté de faire monter la boisson dans son gosier par une espèce de succion. Au reste, les Hnppes conservent ce mouvement brusque du bec lorsqu'il ne s'agit ni de boire ni de manger : cette habitude vient sans doute de celle qu’elles ont, dans l’état sauvage, de saisir les Insectes, de piquer les bourgeons, d'enfoncer leur bec dans la vase et dans les fourmilières pour y chercher les Vers, les œufs de Fourmis, et peut-être la seule humidité de la terre. Autant elles sont difficiles à prendre dans les pièges, autant elles sont faciles à tirer, car elles se laissent approcher de fort près, et leur vol, quoique sinueux et sautillant, est peu rapide, et ne présente aux chasseurs, ou si l’on veut aux tireurs, que très-peu de difficultés; elles battent des ailes en partant, comme le Vanneau, et, posées à terre, elles marchent d'un mouvement uniforme comme les Poules.
Elles quittent nos pays septentrionaux sur la fin de l'été ou au commencement de l'automne, et n'attendent jamais les grands froids; mais, quoiqu'en général elles soient des Oiseaux de passage dans notre Europe, il est possible qu'en certaines circonstances il en soit resté quelques-unes; par exemple, cellesqui se seront trouvées blessées au moment du départ, «u malades ou trop jeunes, en un mot,
trop faibles pour entreprendre un voyage de long cours, ou celles qui auront été retenues par quelque obstacle étranger : ces Huppes restées en arrière se seront arrangées dans les mêmes trous qui leur avaient servi de nid; elles y auront passé l'hiver à demi engourdies, vivant de peu et pouvant à peine refaire les plumes que la mue leur avait fait perdre; quelques chasseurs en auront trouvé dans cet état, et de là on aura pris occasion de dire que toutes les Huppes passaient l'hiver dans des arbres creux, engourdies et dépouillées de leurs plumes, comme on l’a dit des Coucous, et avec aussi peu de fondement.
Selon quelques-uns, la Huppe était, chez les Égyptiens, l'emblème de la piété filiale; les jeunes prenaient soin, dit-on, de leurs père et mère devenus cadues; ils les réchauffaient sous leurs ailes; ils les aidaient, dans le cas d'une mue laborieuse, à quitter leurs vieilles plumes; ils soufflaient sur leurs yeux malades et y appliquaient des herbes salutaires; en un mot ils rendaient tous les services qu'ils en avaient reçus dans leur bas âge. On a dit quelque chose de pareil de la Cigogne. Eh! que n’en peut-on dire sutant de toutes les espèces d'animaux? Autrefois elle passait en Angleterre pour un Oiseau de mauvais augure; encore aujourd'hui le peuple de Suède regarde son apparition comme un présage de guerre. Les anciens étaient mieux fondés, ce me semble, à croire que, lorsqu'on l'entendait chanter avant le temps où l’on avait coutume de commencer la culture de la vigne, elle annonçait de bonnes vendanges; en effet, ce chant prématuré supposait un printemps doux, et par conséquent une année hâtive, toujours favorable à la vigne et à la qualité de son fruit.
La Huppe ne vit que trois ans, selon Olina; mais cela doit s'entendre de la Huppe domestique, dont nous abrégeons la vie faute de pouvoir lui donner la nourriture la plus convenable, et dont il nous est facile de compter les jours; il ne serait pas aussi aisé de déterminer la vie moyenne de la Huppe sauvage et libre, et d'autant moins aisé qu'elle est Oiseau de passage.
J'ai eu occasion de voir un de ces Oiseaux qui avait été pris au filet, étant déjà vieux ou du moins adulte, et qui par conséquent avait les habitudes de la nature; son attachement pour la personne qui le soignait était devenu très-fort et même exclusif, il ne paraissait content que lorsqu'il était seul avec elle. S'il survenait des étrangers, c'est alors que sa huppe se relevait par un effet de surprise ou d'inquiétude, et il allait se réfugier sur le ciel d'un lit qui se trouvait dans la même chambre; quelquefois il s'enhardissait jusqu'à descendre de son asile, mais c'était pour voler droit à sa maitresse; il était occupé uniquement de cette maîtresse chérie et ne semblait voir qu'elle; il avait deux voix fort différentes : l'une plus douce, plus intérieure, qui semblait se former dans le siége même du sentiment, et qu'il adressait à la personne aimée; l’autre plus aigre et plus perçante, qui exprimait la colère ou l'effroi. Jamais on ne le tenait en cage ni le jour ni la nuit, et il avait toute licence de courir dans la maison; cependant, quoique les fenêtres fussent souvent ouvertes, il ne montra jamais, étant dans son assiette ordinaire, la moindre envie de s'échapper, et sa passion pour la liberté fut toujours moins forte que son attachement. À la fin toutefois il s'échappa, mais ce fut un effet de la crainte, passion d'autant plus impérieuse chez les animaux qu'elle tient de plus près au désir inné de leur propre conservation. Il s'envola done un jour qu'il avait été effarouché par l'apparition de quelque objet nouveau, encore s’éloigna-t-il fort peu, et, n'ayant pu regagner son gite, il se jeta dans la cellule d'une religieuse qui avait laissé sa fenêtre ouverte, tant la société de l'homme ou ce qui y ressemble lui était devenue nécessaire. Il y trouva la mort parce qu'on ne sut que lui donner à manger; il avait cependant vécu trois ou quatre mois dans sa première condition avec un peu de pain et du fromage pour toute nourriture. Une autre Huppe a été nourrie pendant dix-huit mois de viande crue; elle l'aimait passionnément et s'élançait pour l'aller prendre dans la main; elle refusait au contraire celle qui était cuite. Cet appétit de préférence pour la viande crue indique une conformité de nature entre les Giseaux de proie et les Insectivores, lesquels peuvent être regardés en effet comme des Oiseaux de petite proie. Gessner en a nourri une avec des œufs durs; Ülina avec des Vers et du cœur de Bœuf ou de Mouton, coupé en petites tranches languettes ayant à peu près la forme de Vers; mais il recommande surtout de ne la point renfermer dans une cage. (Histoire naturelle des
En liberté, dit Bechstein, on voit la Huppe continuellement occupée dans les pâturages à fouiller les bouses de Vaches et excréments d'animaux pour y chercher ses Insectes favoris. Quelques personnes l'ont mise dans leurs greniers afin qu'elle les purgeñt de Charançons, d'Araignées, ete., ce qui a réussi; mais dire qu'elle prend aussi les Souris, c'est une erreur.
… On élève aisément les jeunes avec de la chair de Pigeonneaux, mais ils ne prennent pas bien là becquée parce qu'ils ne peuvent la diriger dans l’æsophage avec leur langue trop courte, qui n'est pas plus grosse qu'une demi-lentille, et dout la forme est en cœur. Ils sont obligés de jeter leur manger en l'air, en tenant le bec ouvert pour le recevoir immédiatement dans le gosier.
Indépendamment de sa beauté, on peut s'amuser de ses manières comiques. Elle fait, par exemple, un mouvement presque continuel de la tête en touchant le plancher avec son bec, de sorte que, si elle marche, il semble qu'elle aille avec un bâton; en même temps elle secoue sa huppe en avant, agite ses ailes et la queue, ce qui n'empêche pas qu’elle ne marche aussi avec beaucoup de grâce. J'en ai eu plusieurs dans ma chambre, et me suis toujours diverti de leurs grimaces singulières. Dès qu’on les regarde fixement, elles recommencent aussitôt leurs pantomimes.
Voici l'endroit d'une lettre de M. De Schanroth, au sujet des Huppes, dont je crois devoir faire part à mes lecteurs : ;
Moyennant beaucoup de soins, je suis parvenu, l'été dernier, à élever deux jeunes Huppes, que j'avais tirées d’un nid placé av sommet d’un chêne. Ces petites bêtes me suivaient partout, et, dès qu'elles m'entendaient de loin, témoignaient leur joie par un gazouillement particulier, sautaient en l'air, ou, dès que je m'asseyais, grimpaient sur mes habits, surtout quand je me préparais à leur donner à manger en prenant le pot au lait, dont elles avalaient la pellicule avec beaucoup d'avidité; elles continuaient de monter jusqu’à ce qu'elles pussent se placer sur mes épaules on ma tête, et s'appuyaient affectueusement sur moi; au reste, je n'avais qu'un mot à dire pour me débarrasser de leurs importunités, elles se retiraient aussitôt sous le poële. En général, elles observaient toujours mes yeux pour y découvrir quelle était mon humeur, sur laquelle la leur se dirigeait. Je les nourrissais comme les Rossignols ou avec la pâtée universelle, à laquelle j'ajoutais de temps en temps quelques Insectes; jamais elles ne touchaient aux Vers de terre, mais elles étaient très-friandes de Scarabées et des Hannetons, qu'elles commençaient d'abord par tuer et froisser à coups de bec jusqu'à ce qu'elles en eussent formé une sorte de bol oblong: alors elles le jetaient en l'air de manière à pouvoir le saisir et l'avaler par la longueur; s il tombait par la largeur, il fallait recommencer. Leur bain était de se rouler dans le sable. Je les portai un Jour avec moi dans un pâturage voisin pour les mettre à portée de prendre elles-mêmes les Insectes, et j'eus par là occasion de connaître leur frayeur innée des Oiseaux de proie et leur instinct dans ces circonstances. Sitôt qu'un Corbeau ou même un Pigeon passait à leur vue, en un clin d'œil elles étaient sur le ventre avec leurs ailes allongées du côté de la tête, au point que les plus grandes pennes parvenaient à se toucher et qu'elles étaient ainsi entourées comme d’une couronne formée par les plumes de la queue et des ailes; la tête appuyée sur le dos présentait le bec en haut: dans ectte posture singulière on les aurait prises pour un vieux chiffon. L'Oiseau effrayant était-il disparu, elles sautaient aussitôt avec des cris de Joie. Un de leurs grands plaisirs était de se coucher et de s'étendre au soleil; elles exprimaient leur contentement en répétant d’une voix vacillante vec, vec. vec. Dans la colère, leurs tons étaient eriards, et le mâle, reconnaissable par sa couleur plus rougeûtre, faisait retentir houp, houp. La femelle avait coutume de trainer son manger par la chambre; par ce moyen elle le remplissait de petites plumes et d'autres brindilles, qui insensiblement formèrent dans son estomac une pelote indigeste de la grosseur d’une noisette, dont elle mourut. Le male passa l'hiver, mais ne quittant pas le fourneau échauffé; son bec se dessécha si fort, que les deux parties se contournèrent et restèrent éloignées de plus d’un pouce, ce qui le fit périr aussi misérablement. (Manuel de l'Amateur des Oiseaux de volière, ete.)
D'après Le Vaillant, l'espèce nommée par lui Promérops marcheur, Largup (Upupa monolophos, Wagler), habite les grandes forêts du pays des Cafres, où on l'aperçoit sur les sentiers que tracent le grand gibier, et notamment les Éléphants et les Buffles, dont elle éparpille les exeréments pour y chercher les Vers qu'ils contiennent ou les Insectes qui les recherchent eux-mêmes. Dans ma caravaue, dit l'illustre voyageur, mes chasseurs d'Oiseaux ne nommaient celui-ci que stront vrecler (maneur de merde), nom que je n'ai pas jugé à propos de lui conserver, parce qu'en effet il ne se nourrissait pas d’excrément, quoiqu'il les recherchàt parce qu'il était sûr d'y trouver des Vers et des Insectes. Aussi le vrai moyen de tirer facilement ces Oiseaux, et que nous employions toujours avec succès, était de se cacher à la portée des tas de fientes d'Éléphants et de les y attendre. (Histoire naturelle des Promérops.)
ti) La famille des Upupinés ne renferme pour nous, comme pour M. De La Fresnave,
qu'un seul genre :
Upupa, Linné.
GENRE UNIQUE. — HUPPE. UPUPA. (Linné.)
Bec plus long que la tête, entier, légèrement convexe en dessus où arqué, comprimé, Lrigone à sa base, grêle dans le reste de son étendue; la pointe de La mandibule supérieure dépassant un peu celle de la mandibule inférieure, l'une et l'autre assez mousses.
Narines basales, petites, ovalaires, recouvertes en partie par une pelite membrane.
Fig. 180. — Upupa epops. :
Ailes longues, arrondies, surobtuses, Les quatrième et cinquième rémiges égales entre elles, les plus longues, la penne bätarde assez allongée.
Queue assez longue, plus où moins carrée où arrondie.
Tarses courts, de la longueur du doigt médian, scutellés; Le doigt externe soudé au médian jusqu'à la première articulation; ongles peu courbés, le postérieur presque droit.
Fig. 181. — Upupa epops
Trois espèces dont une commune à l'Europe, à l'Asie et à l'Afrique orientale, et deux appartenant exelusivement à l'Afrique occidentale et méridionale. Nous figurons Fespèce européenne Upupa epops, dont nous allons donner la description.
Toutes sont remarquables par une huppe très-prononcée, variant de disposition selon les espèces. La situation naturelle de cette touffe de plumes, dit Montbeillard, est d’être couchée en arrière, soit lorsque la Huppe vole, soit lorsqu'elle prend sa nourriture, en un mot lorsqu'elle est exempte de toute agitation intérieure. Mais, ainsi que l’observe Le Vaillant, chez l'espèce européenne, la Huppe se partage longitudinalement en deux touffes très-distinctes lorsque l'Oiseau les relève, tandis que chez l'une des deux espèces africaines, Upupa nunolophos, la huppe ne forme qu'une seule touff, qui, lorsque l'Oiseau l’étale, semble un éventail ouvert en travers de la tête. Ce caractère différentiel, ajoute Le Vaillant, correspond réellement à une différence marquée dans les organes par lesquels ces deux Oiseaux ont la faculté de relever leur Hnppe, ou pour mieux dire leur aigrette, non composée, comme les huppes ordinaires, de plumes molles, seulement plus longues que chez les Oiseaux non huppés, et qui ne se redressent que par une sorte de contraction de la peau, comme les Quadrupèdes hérissent leurs poils; l'aigrette des Huppes est au contraire composée de plumes analogues aux pennes, et ce sont réellement des pennes surabondantes dont la nature a orné leur tête; ces pennes, dont tous les tuyaux percent la peau, sont implantées sur un muscle extenseur par le moyen duquel ces Oiseaux ont la faculté de les relever avec force. Telles sont les aigrettes des Kakatoës, les plumes subalaires de certains Oiseaux de Paradis, celles de la nuque du Magnifique, celles des épaules du Superbe, celles du croupion du Paon, celles enfin de tous les Oiseaux auxquels la nature a accordé de ces plumes de luxe, avec lesquelles ils se parent en les étalant chacun à leur manière par le moyen d'un muscle extenseur sur lequel elles sont toutes implantées. Or, chez la Huppe d'Europe, les plumes de chaque rang de son aigrette sont implantées sur un muscle séparé (Daubenton avait dit un seul musele situé entre le sommet de la tête et la base du bec), ce qui forme nécessairement deux aigrettes parallèles, tandis que chez l’autre espèce les plumes de son aigrette ue sont implantées que sur un seul muscle. (Histoire naturelle des Promérops.)
Langue très-courte, presque perdue dans le gosier et formant une espèce de triangle équilatéral dont les côtés n’ont pas trois lignes de longueur... Gésier musculeux, doublé d’une membrane sans adhérence, envoyant un prolongement en forme de douille dans le duodénum; ces parties ont plus de volume dans les jeunes que dans les vieux; tous ont une vésicule de fiel, eu seulement de très-légers vestiges du cœcum; à l'angle de la bifurcation de la trachée-artère, deux petits trous recouverts d'une membrane très-fine; les deux branches de cette même trachée-artère formées par derrière d'une membrane semblable, et par devant d'anneaux cartilagineux de forme semi-cireulaire.
Dans une femelle ouverte le 5 juin, il ÿ avait des œufs de différentes grosseurs; le plus gros avait une ligne de diamètre. (De MoxrseizLarn, Histoire naturelle des Oiseaux.)
Le docteur Lherminier, qui a adopté le système de Vieillot quant à la composition de ses Épopsides, fixait ainsi les caractères ostéologiques du sternum chez la Huppe commune :
Le sternum est allongé, plus étroit au milieu qu'à ses extrémités, plus large en avant qu'en arrière; crête très-développée, surmontée en avant d'une apophyse lamelleuse qui se confond avec la saillie triangulaire qui naît du bord antérieur du sternum; angle très arrondi comme dans les Perroquets; les lignes de séparation des pectoraux assez peu marquées; le grand pectoral semble cependant recouvrir une surface plus étendue que le moyen. Bords : antérieur, deux rainures courtes, fossette sternale finissant après la dernière côte; latéraux concaves, quatre côtes; postérieur convexe en arrière, deux échaucrures grandes, ovalaires, un grand trou au commencement de la ligne médiane; les apophyses latérales sont assez développées et aiguës; os coracoïdes moins longs que le sternum, arrondis en avant, très élargis en arrière avec une crête en dedans et une expansion lamelleuse et arrondie très-prononcées en dehors; canal complet pour le passage de l'abaisseur de l'aile; clavicule recourbée, bien ouverte, grêle, élargie et arrondie à l'extrémité de ses branches, sans tubercule postérieur, très-rapprochée de l'apophyse médiane et ne depassaut pas la moitié supérieure du bord antérieur de la crête; omoplates assez fortes, élargies à leur sommet et terminées angulairement. (Lugemnier, Mémoires de lu Société linnéenne de Paris, 1822 )
Le docteur Lherminier avait d'abord placé ces Oiseaux après les Perroquets, et avant les Colibris, d'après la hauteur de leur crête sternale et le peu de développement de la clavicule. Après un examen plus attentif, ils lui ont paru se lier davantage aux Passereaux, avec lesquels on les confond d'ordinaire.
C'est la dix-septième famille de son système.
Quant au nom de Huppe, assigné aux Oiscaux de ce genre, les auteurs ont varié sur son étymologie.
Un auteur de réputation en ornithologie (Belou), dit Montbeillard. a avancé que cet Oiseau avait pris son nom de la grande et belle huppe qu'il porte sur sa tête; il aurait dit tout le contraire s’il eût fait attention que le nom latin de ce même Oiseau, Upupa, d'où s'est évidemment formé son nom français, est non-seulement plus ancien de quelques siècles que le mot générique huppe, qui signifie dans notre langue une touffe de plumes dont certaines espèces d'Ois: aux ont la tête surmontée, mais encore plus ancien que notre langue elle-même, laquelle a adupté le nom propre de l'espèce dont il s'agit pour exprimer en général son attribut le plus remarquable.
Le Vaillant confirme, en la dévelop} ant, l'opinion de Montbeillard. Il est bien plus probable en effet, dit ce voyageur, que le mot huppe dérive du nom latin upupa, qui se prononçait houpoup, puisque Fu en latin se prononçait ou, comme tous les peuples, excepté les Français, le prononcent même encore aujourd'hui; ce qui prouve, ainsi que le pessait Varron, que ce nom à été formé du cri de l'Giseau, qui en effet crie con inuellement houpoup, houpoup. (Histoire naturelle des Pro-
mérops.)
HUPPE VULGAIRE. UPUPA EPOPS. (Linné)
Mäle en été. — Plumes de la huppe rousses, terminées par une tache noire, au-dessous de laquelle existe, dans la plupart d'entre elles, une tache blanche; joues, cou et poitrine, d'un roux vineux; haut du cou d'un cendré roussätre; milieu du dos blanc roussätre, avec quelques taches longitudinales brunes sur les flancs; ailes noires, avec les couvertures rayées, bordées et terminées de blanc jaunâtre; les rémiges primaires barrées obliquement de blanc dans leur quart inférieur, les autres portant cinq bandes transversales également blanches; queue noire, traversée au milieu par une bande blanche formant, quand elle est étalée, une sorte de croissant avec la concavité en bas; bec rougeñtre à sa base, bran dans le reste de son étendue, plus foncé en dessus qu'en dessous; pieds et iris bruns. (DEGLaND.)
Longueur totale, 0",30.
Habite différentes parties de l'Europe, en plus grand nombre dans le Midi que dans le Nord; est commun, durant l'été, dans les hautes et basses Pyrénées; de passage régulier dans les départements septentrionaux de la France, ({bid.)
Lis, 182. — Iluppe vulgaire PI 5
DIXIÈME TRIBU. — ALAUDIDÉS.
Les Alaudidés, en tant que tribu, ont été eréés par M. De La Fresnaye et maintenus par M. Charles Bonaparte. Seulement, le premier de ces naturalistes continue, de même que le faisait Cuvier, et que le font encore presque tous les auteurs, de considérer ce groupe de Passereaux comme une dépendance des Conirostres de l'illustre zoologiste. Il est cependant bien évident que si, persévérant dans cette manière de voir, M. De La Fresnaye n'en compose pas moins les Alaudidés des Sirlis, des Pipis, des Bergeronnettes, etc., qui, à tout prendre, seraient de vrais Becs-Fins, nous ne pouvons paraitre bien extraordinaire, ou innover beaucoup, en considérant le caractère de Conirostre des Alaudidés, tels que nous les comprenons, comme l'exception, et leur caractère de Ténuirostre, au contraire, comme la règle ou le principe. Nous croyons en effet être suffisamment autorisé à en agir de la sorte, et par les caractères physiologiques ou organiques, et par les caractères de mœurs et d'habitudes, qui semblent faire de cette tribu, ainsi considérée, un tout indissoluble aussi près, si ce n'est plus, des Ténuirostres que des Conirostres, au moyen des Certhilaudinés ou Alouettes à bec grêle et arqué, et, dans tous les cas, pouvant servir de transition entre les premiers d'une part, et, de l’autre, sinon les seconds, au moins les Dentirostres, qui y mènent. Lé
Fig. 183 — Alouette à hausse coi noir. (Otocoris.)
Les caractères de Li tribu sont : un bec variant singulièrement dans sa forme, ou conique et nou échancré, et alors, tantôt presque droit et un peu grêle, tantôt fort élevé et arqué en dessus, tantôt allongé, mince, et arqué dans toute sa longueur, ou mince, en alène et échancré; des pattes organisées pour la marche avec l’ongte postérieur toujours plus ou moins allongé, droit ou peu courbé, et les ongles antérieurs courts; ailes longues, moyennes où courtes, à rémiges secondaires et tertiaires arrondies et échanerées à leur extrémité, quelques-unes de ces dernières atteignant presque l'extrémité des primaires.
Cette tribu, qui n’est pour lui qu'une famille, est composée par M. De La Fresnaye des deux sousfamilles :
1° Alaudinés; 2° Anthusinés,
qui, pour M. G. R. Gray, comme pour la plupart des auteurs, appartiennent encore à deux tribus différentes : la première à sa tribu des Conirostres, et la seconde à celle de ses Dentirostres.
M. Ch. Bonaparte, se conformant en cela à l'opinion de M. De La Fresnaye, les réunit en une même famille, qu'il place entre ses Certhidæ et ses Pitié, qui conduisent aux Furdideæ
Fig. 1.— Rubis-Topaze
Dans l'ordre des idées que nous avons émises tout à l'heure, nous sommes amené à étendre et agrandir le cadre de notre tribu des Alaudidés, que nous composons de trois familles :
4° Certhilaudinés, 9° Alaudinés; 3° Anthinés.
PREMIÈRE FAMILLE. — CERTIHLAUDINÉS.
Les caractères principaux des Gerthilaudinés, qui, eux, sont de véritables Ténuirostres, consistent dans un bec allongé, grêle et arqué, la mandibule inférieure se recourbant comme la supérieure; des tarses allongés, robustes, quelquefois courts, et de grosseur médiocre; des doigts allongés ou courts; l'ongle du pouce ou long et rectiligne, ou court et légèrement arqué.
Ces caractères sont ceux posés par M. De La Fresnaye, en 1833, pour la division des Alouettes, qu'il désignait sous le nom d'Alaudee longirostres, et qui correspond à nos Gerthilaudinés. Il subdivisait ensuite ces Alouettes longirostres en deux sections :
A. À ongle du pouce allongé et rectiligne;
B. À ongle du pouce court et arqué,
Fig. 184. — Geositta marilima
sections qui correspondent également aux deux seuls genres que nous admettons dans cette famille :
1° Géositte (Geositta), Swainson;
2° Corthilaude (Certhilauda), Swainson.
4% GENRE. — GEOSITTE. GEOSITTA. (Swainson }
Cr, terre; ceztn, Siltelle
CARACTÈRES GÉNÉRIQUES
Bee long, nunce, très-comprimé sur les côtés, légèrement infléchi jusqu'à la pointe, qui est enlière
Narines basales, latérales, percées longitudinalement dans une membrane.
Ailes allongées, subobtuses; la première rémige presque égale à la secomde, les troisième et quatricme les plus ionques.
Queue courte, large el presque carrée.
T'arses plus longs que le doigt médian, et recouverts de squammelles en devant: doigts et ongles courts, les latéraux presque éqaux, et légèrement soudés & la base; le pouce égal au médian, avec son ongle, qui est long, très faiblement courbé et aigu.
Fig. 485 — Geositta maritima Fig. 486. — Geositta maritima.
Cinq espèces, toutes de l'Amérique méridionale. Nous figurons la Géositte mineuse, type du genre.
Ce genre, exclusivement américain, a pendant longtemps été rangé par la,plus grande partie des ornithologistes avec les Alaudinés, avec lesquels il a la plus grande analogie, et de conformation organique, et de mœurs, surtout avec le genre africain Sirli. Nous avons donc peine à comprendre quel motif a pu porter M. Gray d'abord, avec la plus grande exagération. M. Ch. Bonaparte ensuite, avec plus de mesure, à éloigner le genre Geositta du genre Certhilauda, au point de laisser l'un dans les Furnarinés, à la fin des Certhidés, et l'autre à la fin des Fringillidés, en un mot, le premier dans les Ténuirostres, le second dans les Conirostres, les deux points presque extrêmes de tout l'ordre des Passereaux : limite que n’a pas atteinte il est vrai M. Ch. Bonaparte, puisqu'il n’a séparé les deux genres dont nous parlons que par les Ménuridés, les Maluridés, les Certhidés, les Paridés et les Tanagridés, alors surtout que M. De La Fresnaye, dans un Mémoire spécial, a depuis longtemps (1853) établi une espèce de monographie de ces deux genres, qu'il réunit en un seul, comme deux sections des Alaudidés, système dans lequel cet habile ornithologiste à persévéré jusqu'à ce jour, et dont nous adoptons complétement les principes rationnels; car la division des Alouettes longirostres de M. De La Fresnaye en deux genres est bien plus encore géographique que zoologique, quoique l'on ne puisse méconnaitre certaines différences sous ce dernier rapport. Le genre Géositte est pour nous le genre le plus naturel et le plus propre à rattacher les Alaudidés aux Certhidés par le genre Certhilaude où Sirli.
Les Géosittes sont insectivores; elles paraissent faire leurs nids dans des trous en terre, si l'on en juge d’après l'espèce typique que D'Azara a découverte et observée sur les bords du Rio de la Plata.
J'appelle cette espèce mineuse. dit-il, parce qu'elle se creuse des trous dans quelque petit ravin, à la profondeur de deux pieds et demi, pour y déposer ses œufs sur une couche de pailles arrangées dans le fond, qu'elle façonne en rond... Elle se laisse facilement approcher de très-près; elle ne se perche point; elle prolonge beaucoup son vol, et, quoïqu'elle ait les formes des Alouettes, son corps est néanmoins plus court et plus épais à proportion Ces Oiseaux se tiennent par paires; et, au temps des amours, le mâle et la femelle se poursuivent en faisant entendre un petit son aigu semblable à un éclat de rire. (Voyage dans l'Amérique méridionale.)
GÉOSITTE DU PÉROU, GEOSITTA PERUVIANA. (De La Fresnaye.)
En dessus, d'un gris souris uniforme; couvertures des ailes, rémiges tertiaires et les deux rectrices médianes, bordées finement d'un gris plus pâle; les rémiges primaires. à l'exception des deux premières, rousses intérieurement presque jusqu'à leur pointe; les secondaires, dont la pointe est de la même couleur, sont un peu avant largement barrées de noir; les aïles sont, en dessous, zonées
de roux pâle; les rectrices sont noires; la plus externe, rousse à la base, a sa page externe et sa pointe blanches; celle qui vient ensuite a sa page externe rousse comme sa base; en dessous, d'un cendré pale; gorge d'un blanc soyeux, flancs légèrement lavés de roussâtre; bec couleur de plomb; tarses d'un bleu blanchâtre.
Longueur totale, 0,13.
Habite les environs de Lima.
Cette espèce, dit M. De La Fresnaye, offre avec la Géositte mineuse de D'Azara les plus grands rapports de forme et de coloration. Elle en diffère néanmoins par une taille beaucoup plus petite, par la teinte cendrée uniforme de sa poitrine, et non roussâtre, à flammèches brunes, par le blanc satiné de sa gorge et la couleur de son bec, qui n'est pas jaune à sa base inférieure. (Revue 30ologique, 1847.)
Fig. 487. — Géositte mineuse.
9% GENRE. — SIRLL CERTHILAUDA. (Swainson.)
Certhia, Grimpereau; Alauda, Alouette CARACTERES GENERIQUES.
Bee plus long ou aussi long que la tête, triangulaire à sa base, recourbé vers la pointe, plus où
moins grêle; la mandibule inférieure se courbant parallèlement à la supérieure. Narines basales, latérales, arrondies, et recouvertes par une membrane.
Fig. ASS. — Certhilauda Africana Fig. 1489. — Certhilauda Africana
Ailes allongées, subobtuses; la première rémige moitié de longueur de la seconde : celle-ci un peu plus courte que les troisième, quatrième et cinquième, égales eatre elles, et les plus longrtes. Queue médiocre et élargie.
Tarses robustes, scutellés, beaucoup plus longs que le doigt médian; doigts nunces, courts, ainsi que les ongles; celui du pouce le plus long et égal à ce doigt, aigu et légèrement relevé vers la pointe.
Sept espèces, de l'Europe méridionale, de l'Asie et de l'Afrique. Nous citerons le Sirli de Dupont.
Malgré la répugnance de M. De La Fresnaye à admettre ce genre, qu'il comprenait avec le genre Géositte pour former ses Alouettes longirostres, il est évident que c’est un genre dont la science ne pouvait se passer, et qu'elle a bien fait de maintenir comme coupe géographique assez bien caractérisée d’abord, et ensuite comme renfermant les éléments suffisants d’une bonne distinction générique.
Ce que nous connaissons des mœurs des Sirlis africains suffira pour donner une idée de ce que doivent être celles des autres espèces.
L'espèce type du genre, le Sirli d'Afrique (Alauda [Certhilauda] Africana), Gmelin, est fort commune aux environs de la ville du Cap : on en voit beaucoup dans toutes les dunes sablonneuses qui bordent les plages de la baie de la Table et de celle de Falso, ainsi que de Saldanha, où il ne faut pas chercher longtemps pour la découvrir, surtout le matin au point du jour, et le soir au coucher du soleil, temps où elle se plait le plus à se faire entendre. Perché sur le haut d'une dune, cet Oiseau erie d’ane voix qui retentit au loin : sivrrrr-li-sirrrrr-li, en traînant beaucoup sur la première syllabe sr, qu'il prolonge autant que le permet son haleine, et qu'il termine ensuite par la dernière, &, poussée avec force et du ton le plus aigu. Dans cette fonction du chant, l'Oiseau reste immobile, le cou tendu et le bec en l'air; on dirait qu'il cherche à faire pénétrer le son de sa vois au pJus loin possible : il est certain qu’on l'entend à une très-grande distance quand le temps est calme et serein. Pendant le chant, ou, pour mieux dire, les cris du mâle, car il n’y a que lui qui crie ainsi, il est facile de l'approcher et de le tuer; mais, dans tout autre moment, il est très-farouche, et conduit le chasseur de dune en dune jusqu’à ce ce que, lassé de le poursuivre, celui-ci abandonne pour courir après un autre, car tous les Sirlis mâles du canton se répondent entre eux sans chercher à se réunir. Cependant, dans le courant de la journée, les Sirlis se retirent dans la plaine, qu'ils parcourent comme les autres Alouettes, ramassant les Insectes et les menues graines dont ils se nourrissent : alors, en battant la plaine, on les fait partir d'assez près, et on peut les tirer au vol beaucoup plus facilement que lorsqu'ils sont en vedettes sur une dune.
La femelle dépose ses œufs à terre, au pied d’un buisson, dans un creux qu'elle pratique en la grattant seulement, et qu’elle couvre d'un peu d'herbe sèche et de quelques plumes qu'elle s'arrache au ventre. La ponte est de trois à cinq œufs, d'un gris sale pointillé de fauve. Le mâle couve tout aussi bien que la femelle, et les petits éclosent le vingtième jour d'incubation. (Le Varrranr, Oiseaux d'Afrique.)
Enfin, J. Verreaux, qui les a également observés en Afrique, nous apprend que les Sirlis se tiennent habituellement sur les terrains élevés et arides, courent rapidement, et grattent la terre de leurs pattes et de leur bec à la manière des Gallinacés.
SIRLI DE DUPONT. CERTHILAUDA DUPONTIL (Vieillot, Swainson
Tête, nuque et dos, variés de roux et de brun, gorge d’un blanc pur; devant du cou, poitrine, abdomen et flancs, d’un isabelle roussàtre, avec des mèches longitudinales noires; bas-ventre, jambes et sous-caudales, sans taches; joues roussätres; ailes variées de roux et de brun comme le dessus du corps; queue avec la penne externe blanche et bordée de noir en dedans; la suivante noire, bordée de blanc en dehors; les troisième et quatrième entièrement noires; les quatre médianes brunes; bec noir; pieds couleur de chair; iris brun.
Longueur totale, 0",21 environ. (DEcranp.)
En Europe, elle habite le midi de l'Espagne, se montre parfois en France, aux iles d'Hyères, et dans les environs de Marseille. Elle habite aussi la Syrie et quelques parties de la côte septentrionale d'Afrique.
DEUXIÈME FAMILLE. — ALAUDINÉS.
Les caractères de cette famille sont les suivants : tête assez grosse, arrondie et un peu déprimée; bec très-variable dans sa forme, parfois échancré, à pointe mousse ou conique, ou recourbée, presque droit et un peu grêle, ou gros, élevé, comprimé et arqué en dessus; narines en partie recouvertes par les petites plumes serrées et couchées de leur base; pattes d'Oiseaux essentiellement marcheurs, à tarses de longueur moyenne, mais assez gros; doigts peu allongés, à articulations prononcées, totalement séparés dès leur base, les latéraux courts et d'égale longueur; ongles presque droits, les antérieurs courts, les latéraux surtout, qui sont égaux entre eux, le médian plus long, le postérieur souvent très-allongé, droit ou presque droit; ailes aiguës ou subaiguës, ou subobtuses, à premières rémiges souvent allongées et presque égales, ayant ou non la première penne bâtarde, quelquefois de moyenne longueur, ou courtes, à rémiges tertiaires très-allongées, atteignant presque l'extrémité des primaires, parfois à peine du tiers de la longueur de celle ci; queue un peu fourchue ou terminée carrément; plumage généralement teint de roux ou de roussâtre, couvert de mèches plus foncées. avec les rectrices latérales bordées de blanc ou de roux pâle. (De La Fnesnayve, Dice. univ. d'Hist. nat.)
Les Alaudinés sont répandus sur tout le globe.
M. De La Fresnaye, qui ne reconnait qu'un seul genre dans cette famille, le divise en deux grandes sections sous les titres de :
1° Alouettes grandes voilières et non percheuses (Lype européen); 2° Alouettes petites voilières et percheuses (types indien, africain, européen et américain),
quoique ce dernier 1yÿpe, qui repose sur l'Alouette mineuse de Azara, fasse exception au titre de la section, car elle ne perche pas.
Swainson la composait des cinq genres :
1° Alauda:
2 Calendula, Linné:
3° Agrodromua, Swainson; 4° Macronya, Swainson; 5° Certhilauda, Swainson.
M. G R. Gray y fait entrer les genres suivants : 1° Alouette (Alauda), Linné; 2 Mélanocoryphe (Melanocorypha), Boié; 9° Pyrrhulaude (Pyrrhulaucda), Smith; 4° Otocoris (Otocoris), Ch Bonaparte; o° Mégalophon (Megalophonus), Gray; 6° Mirafra;
7° Certhilauda, Swainson:
M. Ch. Bonaparte en retire le genre Pyrrhulauda et y rajoute les genres :
1° Galéride (Galerida), Boié:
2° Macronyx (Macronyx), Swainson.
Nous adopious cette division, mais en retirant le genre Certhilauda, qui rentre dans notre nouvelle famille des Certhilaudinés, et en ajoutant le genre Ramphocoris, Ch. Bonaparte, ce qui nous donne neuf genres.
Les Alaudinés sont des Oiseaux qui se plaisent dans les lieux découverts; aussi, partout où l'homme a porté la culture, e’est dans les champs défrichés qu'ils se portent tous de préférence, du moins tel est l'instinct habituel des Alouettes proprement dites. On les reconnaît d’abord à leurs ongles postérieurs plus ou moins longs et droits ou presque droits.
Les diverses espèces marchent toutes et ne sautent point; elles courent même à de très-grandes distances et fort vite. Elles se nourrissent de Vers, de petites Chenilles lisses, d'œufs de Fourmis et d'Araignées, enfin de tous les Insectes mous qu’elles rencontrent dans les champs; elles mangent aussi des graines, mais seulement celles qui sont huileuses, et ne touchent point aux semences fariueuses, du moins dans l'état de liberté.
Elles ont toutes aussi en général une sorte de chant quelconque plus ou moins agréable; celles qui ne chantent pas bien ont au moins un eri accentué qui n’a rien de dur et de choquant pour les oreilles délicates. Enfin elles nichent à terre, se vautrent dans la poussière et sont toutes plus ou moins délicates à manger. Je dis plus ou moins délicates, car, même chez nous, celles qui habitent les lieux incultes ne valent pas celles qu'engraissent les plaines fertiles de la Beauce, de la Lorraine tt de toutes les contrées cultivées. Aux environs du cap de Bonne-Espérance, elles sont grasses et succulentes, pendant que dans les déserts les mêmes espèces sont un mets peu savoureux. (Le Vair- LANr, Oiseaux d'Afrique.)
Nous avons dit tout à l'heure que, sauf quelques modifications que nous avons indiquées, nous nous en tenions à la division générique faite des Alaudinés par M. Gray. Mais nous sommes loin d'adopter son système de classification de cette famille.
Nous croyons en effei que jusqu'à ce jour l'on a complétement erré sur la véritable place à assigner aux Alaudinés dans la série; trop préoccupé de certaines formes du bec qui se présentent chez un ou deux genres de cette famille, et surtout de la nourriture habituelle qu'on leur prête exclusivement, on n'y a voulu voir que des Conirostres, et parmi les Conirostres des Granivores. Sans doute quelques espèces d'Alaudinés, et peut-être la plupart, mangent parfois des graines; mais en général et le plus habituellement, même dans les contrées les plus arides de l'Afrique et de l'Asie, elles n'en restent pas moins Insectivores, et, si quelques unes sont pourvues d’un bec fort et robuste, c'est uniquement parce qu'elles ont affaire à de gros Insectes, et surtout que ces Insectes gros ou petits, pour être surpris et déterrés par elles, leur demandent les plus grands efforts et le travail Le plus opiniâtre, et par suite un instrument rostral en rapport avec ces difficultés. C'est effectivement un fait avéré et qui nous a toujours été confirmé par 1. Verreaux que les espèces d’Alaudinés confinées dans les déserts de l'Afrique n'en demeurent pas moins Insectivores malgre l'aridité du sol et l'absence de toute végétation apparente. La preuve en est qu'elles savent fort bien deviner les endroits du sol qui recèlent leur nourriture favorite, et principalement les Cureulionidés, qui se réfugient dans ces souches ou racines plus où moins végétales toujours enfouies sous les sables qui les recouvrent et que Finstinet seul des animaux propres à ces contrées leur fait découvrir. Ainsi, dit J. Verreaux, quant aux espèces propres à l'Afrique, les Sirlis se trouvent toujours dans les régions sablonneuses, les Mirafres dans celles dont le sol est ferrugineux ou métallifère, et les Macronyx seules dans les plaines herbeuses et où abonde la végétation.
On le voit done, ce n'est pas sans raison que nous nous sommes décidé à déplacer la famille des Alaudinés de la division des Conirostres, où elle a constamment été maintenue, pour la transporter avec les Ténuirostres et à leur suite. De cette manière, les Alaudidés nous conduisent sans transition trop brusque de la division des Ténuirostres à celle des Dentirostres, que nous pouvons ouvrir assez naturellement par d'autres familles également marcheuses, telles que les Pittinés, les Grallarinés, ete.
Fi, 1
— Hec-Fin certicole
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