LAVANDIÈRE LUGUBRE. MOTACILLA LUGUBRIS {Vieillot
Mâle en été. — D'un noir profond en dessus, à la gorge, au devant du cou, à la poitrine et aux jambes, avec les couvertures des ailes bordées de cendré et de blanc terne: d'un blane pur au front, aux joues, sur les côtés du cou, à l'abdomen et aux sous-caudales; d'un noir ardoisé sur les flancs; le reste comme dans la Bergeronnette grise.
Longueur totale, 0",19. (Prccann.)
Habite diverses contrées de l'Europe, principalement l'Angleterre. Commune en France, dans l'Anjou; plus rare dans le Nord,
Sa ponte est de quatre ou cinq œufs, d'un gris pâle, un peu azuré, avec de très-petits points ceudrés et d’un brun foncé: les derniers plus nombreux au gros bout. Grand diamètre : 0,02 environ; petit diamètre, 0,015.
DEUXIÈME FAMILLE. — EUPÉTINÉS.
Nous adoptons entièrement cette petite famille créée par M. Ch. Bonaparte, et composée par lui de trois genres qui servent de transition entre notre coupe de convention des Ténuirostres et celle peut-être moins fictive des Dentirostres: car, amené que nous avons été à comprendre dans ces Ténuirostres, surtout dans les Ténuirostres marcheurs, des familles ayant le principal caractère que l'on est convenu jusqu'à ce jour d'assigner aux Dentirostres, il nous a bien fallu trouver une limite entre chacune de ces deux grandes divisions. Or, cette limite nous est donnée par les Eupétinés, famille composée de geures qui, aux mœurs des derniers de nos Ténuirostres marcheurs, nos Motacillinés, et à une partie de leurs caractères, joignent un des caractères assignés aux Dentirostres, l'échancrure apicale du bec.
Les genres que M. Ch. Bonaparte a fait entrer dans cette famille sont :
4° Énicure (Enicurus), Temminck; 20 Gralline (Grallina), Vieillot:
3° Eupète (Eupetes), Temmincek.
A GENRE. — ÉNICURE. ENICURUS. (Temminck )
Evtcs, singulier; cu24, queue
CARACTERES GENERIQUES.
Bec droit, long, fort et dur; mandibule supérieure triangulaire, élargie à la base, à arête vive, à pointe fortement inclinée et munie d'une petite échancrure; mandibule inférieure droite, renflée au milieu, el à pointe retroussée.
Fig. 250 — Enicurus Leschenaultii.
Fig 9290 — Enicurus Leschenaullu
Narines ovoides, latérales, éloignées de la base, ouvertes, qarmies à leur partie supérieure d'un bord proéminent; fosse nasale grande, couverte d'une peau à moitié garnie de plumes, mais nue vers les orifices.
Ailes courtes, très-élagées, surobtuses; les cinquième et sixième rémiges les plus longues.
Queue allongée, profondément fourchue. :
Tarses de la longueur du doigt médian où plus allongés, seutellés; doigts longs et minces : les
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latéraux presque égaux entre eux, l'externe légèrement soudé à sa base; pouce robuste, armé d'un ongle long, courbé et aigu.
La commissure garnie de poils courts et roides
Sept espèces appartenant exclusivement à l'Asie et à l'Océanie. Nous figurons l'Énieure tacheté (Enicurus maculatus), Vigors.
Fig. 251. — Énicure tacheté
Les espèces de ce genre vivent solitairement au bord des ruisseaux et des torrents qui descendent des montagnes, particulièrement dans les lits de ceux où le terrain est rocailleux et graveleux, ou au fond d'énormes précipices ombragés par une végétation abondante; ils poursuivent, en courant avec célérité, les Insectes et les Vers, qu'ils saisissent en remuant fréquemment la queue, comme le font nos Bergeronnettes; les larves de quelques Libellules leur fournissent également une nourriture abondante; ce sont des Oiseaux farouches et difficiles à approcher. (Tewmixer, pl. col., texte.)
Ces mœurs, peu différentes de celles des Bergeronnettes, ont engagé Horsfield à comprendre l'espèce la plus anciennement connue, l'Énicure couronné, dans le genre Motacilla de Linné. Remwardt a cru devoir les ranger dans les Pies Grièches, à cause de la forme apicale de leur bec. Embarrassé dans le choix entre ces deux systèmes, M. Temminck s'est cependant rapproché de celui de Horsfield, en faisant prendre rang aux Énicures entre les genres Accentor (Traquet) et Motacilla (Bergeronnette).
M. De La lresnaye, imité en cela par M. Ch. Bonaparte, n'a fait que développer, en l’appliquant, l'idée du rapprochement de ce genre des Bergeronnettes, et voici en quels termes il l'a exprimée.
Après avoir comparé aux pieds des Bergeronnettes ceux des Énicures de Temminck, ces Oiseaux noirs et blancs et à queue fourchue, de Java, j'ai trouvé, dit-il, une si grande conformité dans les tarses, les doigts et les ongles, qu'il m'a paru que, malgré la différence de leur bec plus renflé en dessus, on ne pouvait les grouper ailleurs que près d'elles, plutôt que dans la famille des Merles, où Vieillot et Cuvier les ont placés, ou que dans celle des Drongos, auxquels Lesson les réunit dans son Traité d'Ornithologie. À cette conformité entière dans la forme des pieds des Énicures et des Dergeronnettes, se joint encore celle des habitudes; il ne faut que comparer un instant ces Oiseaux pour reconnaitre entre eux les rapports les plus intimes. Les Enicures sont des Lavandières ou Bergeronnettes à bec plus gros et à queue fourchue. mais dont les pieds, le genre de vie et le mouvement particulier de la queue, sont entièrement semblables. (Magasin de Zoologie, 1833)
ÉNICURE COURONNÉ. ENICURUS CORONATUS. (Temminck
Les plumes du sommet de la tête sont allongées, et paraissent capables d’être relevées en huppe; la queue est très-large, fortement étagée vers le centre, où sont les plumes les plus courtes. Le sommet de la tête est couvert par les longues plumes du front, qui forment une espèce de diadème; elles sont d'un blanc pur, de même que le ventre, l'abdomen, le croupion, une partie des scapulaires, des couvertures des ailes et les deux pennes latérales de la queue; toutes les autres pennes de cette queue sont noires et terminées de blanc; on voit des croissants blancs à l'extrémité des dernières pennes secondaires; tout le reste du plumage est noir, et les rémiges sont noirâtres; les pieds ont une teinte jaunâtre.
Longueur totale, 0",30.
Cette espèce paraît n'habiter que les parties méridionales de l'ile de Java, où abondent les torrents, qui descendent du versant méridional des montagnes rocailleuses des districts de Pazittan, de Karanbollong, et surtout dans le voisinage d’un lac très-élevé dans les montagnes Prahu. M. Horsfield observe que l'espèce ne se trouve point dans les grandes forêts de Pugar et de Blanbangan.
Son nom javanais est Chinginging, où Kingking. On la trouve également à Sumatra. (Trmminck.
9m GENRE. — GRALLINE. GRALLINA. (Nieillot.)
CARACTÈRES GÉNÉRIQUES
Bec de la longueur de la tête, droit, légèrement convexe en dessus, à bords lisses; mandibule supérieure un peu courbée vers le bout et échancrée, à pointe peu sensible; la mandibule inférieure entière.
Narines latérales, arrondies, percées sur le devant d'une membrane.
Ailes longues. pointues, subaiguës; la penne bâtarde courte, les deuxième et troisième rémiges les plus longues.
Queue longue, ample, élargie.
T'arses plus longs que le doigt médian, robustes. scutellés; les trois doigts antérieurs petits et grêèles; l'ongle du doigt postérieur plus robuste; tous assez crechus.
Fig. 952 — Grallina cyanoleuca Fig 9235. — Grallina cyanoleuca.
Ce genre ne repose que sur une seule espèce de l'Australie, Grallina cyanoleuca de Latham, que nous figurons.
Les seuls renseignements que l’on possède sur ce genre d’Oiseau sont ceux qui suivent, et que nous extrayons des notes de J. Verreaux.
La Gralline existe en assez grand nombre à la Nouvelle-Angleterre. A l'époque des accouplements, on ne voit ces Oiseaux que par paire; ils se réunissent ensuite, ou on les rencontre toujours au nombre de quatre ou cinq. Cette espèce se tient le plus souvent sur le bord des eaux, et, sielle se
perche, elle semble choisir les arbres les plus élevés. Sa nourriture principale consiste en Insectes; son cri est : piwit-piwit; elle le fait entendre assez fréquemment lorsqu'elle est perchée, et le cri est souvent répété par une autre placée sur un arbre voisin.
Cette espèce établit souvent son nid sur des eucalyptus. Ce nid est composé de terre, avec quelques herbes très-fines dans l’intérieur; il est de forme ronde, et coupé très-nettement vers le haut; sa forme est aussi bien arrondie qu'une tasse; il est très-solidement fait. (Zocl. austr. et tasm., mss.)
Fig 254 — Gralline peinte
GRALLINE PEINTE. GRALLINA CYANOLEUCA. (Latham
Le mâle a les sourcils, les côtés du cou, la poitrine, les parties postérieures, le bas du dos, le croupion et la plus grande partie des pennes caudales, d'un beau blanc; une bande longitudinale de la même couleur sur chaque aile; cette bande part de la partie antérieure et s'étend presque jusqu'à l'extrémité de leurs pennes intermédiaires; le reste du plumage et les pieds sont noirs, ainsi que le bout du bec, qui, dans le reste, est blanchâtre. (Viesor, Nouveau Dictionnaire d'Histoire naturelle.)
Taille : 0",50 environ.
Habite la Nouvelle-Hollande
3"* GENRE. — EUPÊTE. EUPÉTES. (Temminck.)
Eu, bien; 7ercu2t, Je cours
Bec très-long, égal en longueur à la tête, droit, déprimé partout, à arête un peu vive à la base, portant sur le front, entre les plumes du capistrum; nundibules égales, la supérieure courbée et échancrée à la pointe
GISEAUX. 221
Narines latérales, grandes vers le nuülieu du bec, à moitié couvertes par une membrane garnie d'un duvet serré qui revêt toute ta base de Le mandibulte.
Fig. 235. — Eupetes macrocercus \
Ailes très-courtes, aboutissant vers l'origine de la queue, surobtuses; les quatre premaères rémiges fortement étagées, la cinquième plus courte que les sixième, septième et huitième, qui sont de longueur égale.
Queue très longue, large et étagée.
T'arses grèles, beaucoup plus longs que le doigt du malieu; trois doigts devant, l'extérne réuni au médian jusqu'à la seconde articulation, l'interne totalement libre, le doigt postémienr articulé au côlé interne du tarse: ongles courts, peu recourbés et peu aigus; celui du pouce le plus fort.
Fig. 236. — Æupetes macrocercus
Quatre espèces de l'Asie et de l'Océanie. Nous figurons l'Eupète à large queue.
L'espèce type, sur laquelle M. Temminck a établi cette coupe générique, parait douée, dit cet ornithologiste, à un plus haut degré des moyens de courir avec célérité que de la faculté de franchir de grandes distances; ses ailes très-courtes et sa longue queue semblent lui interdire un vol longtemps soutenu, tandis que ses longues jambes et les doigts courts dont est pourvu cet Oiseau le rendent très-propre à la course; il se rapprocherait par cette habitude des espèces du genre Brève (Pitta). C'est aussi, selon toute probabilité, aux Termites et aux Fourmis qu’il livre, comme ces dernières, une guerre assidue (pl. col., texte). En conséquence de ces inductions, M. Temminck a cru assigner à l'Eupète sa véritable place dans le système en le classant à la tête des Oiseaux destructeurs de Fourmis. Le nom générique proposé et adopté pour ce type fait allusion à la célérité présumée de la course dont sans doute est doué cet Oiseau. On est privé de renseignements positifs rela uvement à ses mœurs,
EUPETE A LARGE QUEUE. EUPETES MACROCERCUS. (Temminck.)
Un roux doré très-vif couvre le sommet de la tête, la base du bec, l'occiput et toute la nuque; le blanc pur couvert d’un lustre argentin forme au-dessous des yeux et sur les côtés du cou deux bandes
parallèles avec une large bande d'un noir velouté qui se dirige de chaque côté du cou, vient couvrir la région ophthalmique, et aboutit à la commissure des mandibules; une petite bandelette de peau nue suit la direction de cet espace noir; toute la gorge et le devant du cou sont d'un marron trèsvif, cette couleur prend sur la poitrine une teinte plus rousse et se nuance sur les flancs en roux cendré; le milieu du ventre et l'abdomen sont d'un gris foncé; le dos, les ailes et la queue portent différentes nuances d'un roux olivâtre, mais la queue est d’un roux plus pur; les pieds sont d’un gris bleuâtre, et le bec est noir. (Tewmincx, pl. col., texte.) Longueur totale : de 0,29 à 0,30 environ
De l'ile de Sumatra.
Fig 957, — Lupète à large queue.
TROISIÈME FAMILLE. — CINCLINÉS.
Cette famille, créée par M. Ch. Bonaparte, ne repose que sur un genre, Cinele (Cinclus), établi pour des Oiseaux qui, avec une conformation semblable à celle propre à tout l'ordre des Passereaux, ont la singulière faculté d'entrer dans l'eau en continuant à marcher sur le fond qui en forme le lit, comme sur le gravier qui en garnit les bords.
GENRE UNIQUE. — CINCLE. CINCLUS. (Bechstein, 1802.)
CARACTÈRES GÉNÉRIQUES
Bec petit, grêle, emplumé et arrondi à sa base, où il est un peu déprimé, droit, comprimé et légèrement fléchi et échancré à son extrémité.
Narines oblongues, ouvertes en forme de scissure au bas d'une membrane,
Ailes courtes, et cependant sur le type aigu; la penne bätarde très courte, la deuxième rémige la plus longue de toutes.
Queue très-courte, coupée carrément.
Tarses de même longueur que le doigt médian, nus à leur articulation avec la jambe; doigts grands et très robustes, l'intermédiaire réuni à la base avec l'externe, totalement séparé de l'interne; ongles de longueur médiocre, mais très-robustes, très arqués, comprimés el élargis à leur base dans le sens vertical. ; «
Fig. 238. — Cinclus aquaticus Fig. 259. — Cinclus aquaticus.
Ce genre, borné pendant longtemps à une seule espèce d'Europe, le Cinele plongeur, en renferme aujourd’hui sept, dont deux d'Europe, les autres appartenant à l'Asie et à l'Amérique.
Si le nom générique de Ciuele, ainsi que l’observe M. De La Fresnaye, n'était pas aussi généralement employé qu'il l'est aujourd'hui pour le genre dont il est ici question, peut-être serait-il plus rationnel de le remplacer par celui d'Agnassière {Hydrobata), que Vieillot lui donna en 1816, comme l'a fait M. Gray dans sa List Genera of Birds, les noms de Cinele et Cinclus ayant été donnés primitivement à d'autres genres d'Oiseaux d'un tout autre ordre. (Dictionnaire d'Histoire naturelle.)
Le Merle d'eau, dit Buffon, qui le premier a donné ce nom à l'espèce de Cincle la plus anciennement connue en Europe, n’est point un Merle; quoiqu'il en porte le nom, c'est un Oiseau aquatique qui fréquente les lacs et les ruisseaux des hautes montagnes, comme le Merle en fréquente les bois et les vallons; il lui ressemble aussi par la taille, qui est seulement un peu plus courte, et par la couleur presque noire de son plumage; enfin il porte un plastron blanc comme certaines espèces de Merles; mais il est aussi silencieux que le vrai Merle est jaseur; 1l n'en a pas les mouvements vifs et brusques; il ne prend aucune de ses attitudes et ne va ni par bonds n1 par sauts; il marche légèrement d’un pas compté, et court au bord des fontaines et des ruisseaux, qu'il ne quitte jamais, fréquentant de préférence les eaux vives et courantes dont la chute est rapide et le lit entrecoupé de pierres et de morceaux de roche. On le rencontre au voisinage des torrents et des cascades, et particulièrement sur les eaux limpides qui coulent sur le gravier.
Ses habitudes naturelles sont très-singulières : les Oiseaux d'eaux qui ont les pieds palmés nagent sur l’eau ou se plongent; ceux de rivage, montés sur de hautes jambes nues, ÿ entrent assez avant, sans que leur corps y trempe; le Merle d'eau y entre tout entier en marchant et en suivant la pente du terrain; on le voit se submerger peu à peu, d'abord jusqu'au cou et ensuite par-dessus la tête qu'il ne tient pas plus élevée que s’il était dans l'air; il continue de marcher sous l'eau, descend jusqu’au fond et s’y promène comme sur le rivage sec. C’est à M Hébert, continue l’éloquent naturaliste, que nous devons la première connaissance de cette habitude extraordinaire, et que je ne sache pas appartenir à aucun autre Oiseau. Voici les observations qu'il a eu la bonté de me communiquer :
« J'étais embusqué sur les bords du lac de Nantua, dans une cabane de neige et de branches de sapin, où j'attendais patiemment qu'un bateau qui ramait sur le lac fit approcher du bord quelques Canards sauvages; j’observais sans être aperçu. Il y avait devant ma cabane une petite anse dont le fond en pente douce pouvait avoir deux ou trois pieds de profondeur dans son milieu. Un Merle
d'eau s’y arrêta et y resta plus d’une heure que j'eus le temps de Pobserver tout à mon aise; je le voyais entrer dans l’eau, s’y enfoncer, reparaître à l’autre extrémité de l’anse, revenir sur ses pas: il en parcourait tout le fond et ne paraissait pas avoir changé d’élément; en entrant dans l'eau il n'hésitait ni ne se détournait; je remarquai seulement à plusieurs reprises que, toutes les fois qu'il v entrait plus haut que les genoux, il déployait ses ailes et les laissait pendre jusqu'à terre. Je remarquai encore que, tant que je pouvais l'apercevoir au fond de l'eau, il me paraissait comme revêtu d’une couche d'air qui le rendait brillant, semblable à certains Insectes du genre des Searabées. qui sont toujours dans l'eau au milieu d'une bulle d'air; peut-être n'abaissait-il ses ailes en entrant ‘dans l’eau que pour se ménager cet air; mais il est certain qu'il n'y manquait jamais, et il les agitait alors comme s’il eût tremblé. Ces habitudes singulières du Merle d'eau étaient inconnues à tous les chasseurs à qui j'en ai parlé, et, sans le hasard de la cabane de neige,je les aurais peut-être aussi toujours ignorées; mais je puis assurer que l'Üiseau venait presque à mes pieds, et, pour l'observer longtemps, je ne le tuai point. »
Il y a peu de faits plus curieux dans l'histoire des Oiseaux que celui que nous offre cette observation. Linné avait bien dit qu'on voit le Merle d'eau descendre et remonter les courants avec facilité; et Willughby que, quoique cet Oiseau ne soit pas palmipède, 1l ne laisse pas de se plonger; mais l'un et l'autre paraissent avoir ignoré la manière dont il se submerge pour marcher au fond de l'eau. On conçoit que pour cet exercice il faut au Merle d’eau des fonds de graviers et des eaux claires, et qu'il ne pourrait S'accommoder d'une eau trouble ni d'un fond de vase; aussi ne le trouve-t-on que dans les pays de montagnes, aux sources des rivières et des ruisseaux qui tombent des rochers, comme en Angleterre, dans le canton de Westmoreland et daus les autres terres élevées; en France, dans les montagnes du Bugey et des Vosges, et en Suisse. Il se pose volontiers sur les pierres entre lesquelles serpentent les ruisseaux; il vole fort vite en droite ligne, en rasant de près la surface de l'eau, comme le Martin-Pécheur. En volant il jette un petit eri, surtout dans la saison de l'amour, au priutemps; on le voit alors avec sa femelle; mais dans tout autre temps on le rencontre seul.
Fig. 240. — Cincle plongeur. (Mäle.)
La saison où M. Hébert a observé le Merle d’eau prouve qu'il w’est point Oiseau de passage, il reste tout l'hiver dans nos montagnes; il ne craint pas même la rigueur de l'hiver en Suède, où il cherche de même les chutes d’eau et les fontaines rapides qui ne sont point prises de glace.
Cet Oiseau a les ongles forts et courbés, avec lesquels il se prend au gravier en marchant au fond de l'eau; du reste, il a le pied conformé comme le Merle de terre et les autres Oiseaux de ce genre.
Avec le bec et les pieds courts, et un cou raccourci, on peut imaginer qu'il était nécessaire que le Merle d’eau apprit à marcher sous l'eau pour satisfaire son appétit naturel et prendre les petits Poissons et les Insectes aquatiques dont il se nourrit; son plumage épais et fourni de duvet parait impénétrable à l'eau, ce qui lui donne encore la facilité d'y séjourner; ses yeux sont grands, et il doit les tenir ouverts dans l'eau pour distinguer sa proie. (Burrox.)
Ces faits, ainsi rapportés par un témoin oculaire, observateur consciencieux, si extraordinaires
qu'ils fussent, semblaient revêtus d’an caractère de vérité qui ne laissait place à aucun doute, aussi tous les auteurs les ont-ils universellement admis.
Pourtant des observations faites dans ces derniers temps, en Écosse, par des ornithologistes distingués et digues de foi, dont l'opinion est partagée par M. De La Fresnaye, ont prétendu ôter aux explications de Buffon, de même qu'à une partie du récit de son correspondant M. Hébert, tout caractère de vraisemblance. Nous laisserons à cet égard parler M. De La Fresnaye comme nous avons laissé parler Buffon et son digne correspondant.
Il paraît positif, dit M. De La Fresnaye, d'après ces observations réitérées, que le Merle d’eau n’a point ‘a faculté de marcher au fond de l'eau, comme l'avaient annoncé Buffon et presque tous les auteurs d'après lui; mais qu'au contraire, lorsqu'il se submerge. soit qu'il le fasse en volant à la surface de l'eau, ou en y entrant à pied de dessus les bords, aussitôt qu'il commence à disparaitre, il déploie ses ailes de toute leur longueur et s’en sert alors comme de nageoires pour s’avancer entre deux eaux à la manière des Harles et des Cormorans, et presque toujours contre le courant, ayant alors le corps placé obliquement, et la tête inclinée en bas. Ce récit, ajoute notre ornithologiste, est sans nul doute beaucoup plus vraisemblable que l'autre, car cet Oiseau n’est point conformé en Oiseau marcheur. À terre, il ne marche jamais que quelques pas, et en sautant; ses tarses assez courts, ses ongles très-arqués, le postérieur et l'intermédiaire surtout seraient très-mal conformés, et presque un obstacle pour la marche, tandis qu'ils lui servent merveilleusement, non à se cramponner au fond de l'eau, mais à se maintenir sur la surface glissante des pierres et des roches à fleur d'eau, sur lesquelles il se tient habituellement. Il n’est pas du reste bien étonnant, dit en terminant M. De La Fresnaye, que M. Hébert, ayant vu cet Oiseau entrer dans l'eau en marchant de dessus une rive, et ressortir de la même manière sur la rive opposée, ait supposé qu'il employait dans le trajet le même genre de locomotion, (Dictionnaire universel d'Histoire naturelle.)
Au surplus, l'exactitude des observations que nous défendons est confirmée par celles faites à plusieurs reprises par M. Gerbes. Ce naturaliste nous a dit avoir étudié pendant longtemps les mœurs et les habitudes si curieuses et si exceptionnelles du Cinele; il en a conservé chez lui de jeunes individus qu'il avait élevés, et, soit en liberté, soit en domesticité, il les a toujours vus s’immerger le plus tranquillement du monde, et de la même manière que celle rapportée par M. Hébert, rester ainsi, el se promener plus d’une minute sous l'eau, rarement à une profondeur de plus de vingt à trente centimètres; se porter à chaque caillou qu'ils rencontraient, et en explorer du bec tout le contour pour prendre les Insectes réfugiés sous cet abri; mais que jamais il n’a vu de Cincle nager au fond de l'eau avee ses ailes.
Le Cincle, dit de son côté M. Degland, d'après M. Gerbes, descend dans l'eau pour y chercher sa nourriture; il se submerge entièrement et marche au fond, ses ailes un peu écartées du corps, non pas en tous sens, comme l’a avancé Buffon, mais dans une direction contraire à celle du cours de l'eau. Il reste quelquefois ainsi submergé pendant une minute.
Ces détails nous ont paru mériter d'être mis sous les yeux de nos lecteurs, comme pièces d'un procès intéressant l'histoire d'un Oiseau européen. Ce qui en ressort pour nous, c’est la véracité du récit de M. Hébert, confirmé par les observations de M. Gerbes, qui toutes sont concordantes quant au fait de la marche ou progression ambulatoire du Cinele sur le sol même formant le lit des ruisseaux ou nappes d’eau qu'il fréquente.
Qu'ensuite, à ce fait de progression et de marche au fond de l’eau, si bien observé en France, vienne se joindre celui nouvellement observé en Angleterre de la natation au moyen du déploicment des ailes, c'est une chose que nous n'osons nier d’une manière absolue, et qui n'infirme en rien le dire de Buffon. Si néanmoins nous avions à émettre un doute, il s'élèverait plutôt à l'égard du dernier fait, que nous comprenons moins, qu'à l'égard du premier, que nous comprenons au contraire beaucoup mieux.
C’est là en effet la singularité de cet Oiseau : non pas qu'il ait la faculté de plonger et de nager entre deux eaux à la manière des Harles et des Cormorans, ainsi qu'on le prétend : cette allégation nous paraît monstrueuse, en ce qu'elle excède la limite du vraisemblable, sinon du possible, en intervertissant les principes régulateurs posés par la nature pour chacune des œuvres de la création; mais qu'il ait la faculté de pénétrer graduellement sous l'eau par des plans inclinés, de s'y maintenir sans efforts, et d'y mouvoir ses pieds comme s’il était en dehors de cet élément. Car notre intel
ligence ne peut admettre qu'un Passereau puisse jouir ainsi, d'une manière illimitée, des prérogatives et des facultés exclusivement spéciales à des Oiseaux d’un autre ordre organisés pour toutes les nécessités et les difficultés d’un séjour forcé et prolongé sur l’eau, tandis que notre raisonnement admet parfaitement, si extraordinaire que cela paraisse, que ce Passereau soit organisé de façon à pouvoir entrer progressivement, surtout par des pentes douces, sous l'eau sans quitter le fond ou le lit sur lequel elle coule et repose, au moyen d'un mécanisme intérieur qui lui permette de se rendre spécifiquement plus lourd que l'élément dans lequel il plonge, et cela avec la même facilité que la plupart des Oiseaux savent se rendre spécifiquement aussi légers, sinon plus, que l'air, dont ils peuvent ainsi mesurer et parcourir à volonté toutes les hauteurs.
Si l'on ajoute à ce raisonnement que les Harles et autres Oiseaux semblables ne peuvent nager entre deux eaux avec leurs ailes qu’en s’aidant puissamment des nageoires adaptées à leurs pieds, sans lesquelles le mouvement seul des ailes serait impuissant à les diriger, moyens dont est privé le Cinele, réduit qu'il est à ses simples pieds de Passereau. on demeurera convaincu que cet Oiseau n'a rien, dans la conformation et le mode d'organisation de ses ailes, qui puisse autoriser ou légitimer une hypothèse semblable à celle que nous diseutons, et que l’on a prise si légèrement pour une réalité.
Nous terminerons par une considération : c'est que l'observation de M. Hébert (dont nous regrettons de ne pas voir le nom donné à une des sept espèces de Cincles aujourd'hui connues) a duré une heure et plus; c'est que l'étendue d’eau dans laquelle il a vu manœuvrer le Cincle était, non pas, comme on semble le croire, un cours d’eau encaissé dans un lit de trois pieds de profondeur, mais une anse, une espèce de dépôt ou relai du lac, une flaque d’eau, en un mot, dont le lit était en pente douce et sur un développement assez grand pour permettre au patient observateur de suivre des yeux tous les mouvements de l’Oiseau, non-seulement à son départ d'un bord et à son arrivée sur l'autre, c'est-à-dire au moment de son immersion et à celui de son émersion, mais encore dans tout l'intervalle qui séparait ces deux actes, intervalle durant lequel ille voyait parcourir tout le fond sans qu'il parüt avoir changé d'élément. C’est qu’enfin les observations de ce M. Hébert, que nous avons déjà eu occasion de citer d’après Buffon, ont pour nous, par elles-mêmes et par l'habitude et la sagacité de leur auteur, la même valeur scientifique et le même degré d'exactitude que toutes celles faites en ornithologie par MM. Paillon, Delamotte et Gerbes.
Ce qu'il faut, en dernière analyse, ajouter aux détails de M. Hébert, et la seule chose qui ressorte raisonnablement des observations faites en Angleterre et en Écosse, c'est que, comme le Martin- Pêcheur, et surtout pour les cours d’eau rapides ou profondément encaissés, le Cinele les traverse parfois plus ou moins entre deux eaux, mais avec la célérité de la flèche, et non avec cette lenteur et cette aisance uniquement propre aux Oiseaux palmipèdes; que, de plus, il peut, au cas où le cours d’eau est ou trop rapide ou trop encaissé, en étendant simplement ses ailes à la surface, se laisser aller à la dérive et en flottant au fil de l'eau, ainsi que le démontre une des citations que nous avons faites.
Le Cincle, ou Merle d’eau, a un chant très-doux, qu'il fait entendre quand il se pose sur une pierre au milieu d’un courant rapide, ou quand il flotte, les ailes ouvertes, sur une flaque tranquille, habitude particulière à cet intéressant petit Oiseau. Les pêcheurs de Saumons font au Cincle une guerre impitoyable, parce qu'il détruit beaucoup de frai, et pourtant on croit qu'il attaque plus souvent le frai de la Truite que celui du Saumon. S'il en est ainsi, cet Oiseau fait beaucoup plus de bien que de mal, car le Saumon n’a pas d'ennemi plus mortel que la grande Truite, très-friande de ses œufs. (Portefeuille d'un naturaliste, Rev. brit., 1849.)
Au reste, cet Uiseau ne se montre que très-accidentellement sur les bords des torrents; il fuit les endroits fangeux, et recherche les lits graveleux à pente douce; si, en le poursuivant, on le pousse au delà des limites qu'il paraît s'être imposées, aussitôt il abandonne la rivière, gagne les bois ou les grands arbres voisins, et ne reparait que longtemps après. Son chant, qui est excessivement doux, offre une grande analogie avee celui des Merles saxicoles : indépendamment de ce chant, il fait encore entendre deux cris différents : l'un aigu, fort semblable à celui que pousse le Martin- Pécheur; l'autre dur, crépitant et si peu sensible, qu'on le dirait intérieur; ce n’est que quand deux Cineles se poursuivent, par suite de l'empiétement de lun sur le canton de l'autre, qu'on entend ce dernier evi. (Genses, d'après Decranp.)
Corbeau non
1. CINCLE PLONGEUR ou MERLE D'EAU. CINCLUS AQUATICUS. (Bechstein.)
Brun foncé en dessus, tirant sur le roussâtre à la tête et au cou, avec une nuance cendré bleuâtre à l'extrémité des plumes du dos et des sus-caudales: paupières blanches; gorge, devant du cou et poitrine, d’un bleu pur; abdomen d'un brun roux ferrugineux, plus obscur sur les flancs; couvertures et pennes alaires brunes, bordées de cendré bleuâtre; queue noire, lavée de cendré; bec et pieds brun de corne; iris gris de perle.
Longueur totale, 0,195.
Répandu dans presque toute l'Europe. On le trouve en Écosse, en Allemagne, en Suisse, en Italie,
en Espagne et sur plusieurs points de la France. (DeGLan.) Se trouve aussi dans les régions occidentales et septentrionales du continent asiatique.