‹ Encyclopédie d'histoire naturelle; ou, Traité complet de cette science d'après les travaux des naturalistes les plus éminents de tous les pays et de toutes les époques: Buffon, Daubenton, Lacépède, G. Cuvier, F. Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire, Latreille, De Jussieu, Brongniart, etc. etc (volume 2)Chapitre 5 sur 35 · SN · texte numérisé non relu

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Fig. 47 — Ncomorpha Gouldii.

Farses longs et robustes, beaucoup plus longs que le doigt médian; les deux latéraux égaux, l'externe soudé au médian jusqu'à sa première articulation; pouce le plus fort de tous, égal au médian et armé d'un ongle du double plus grand; tous les ongles recourbés, aigus et cannelés en dessous.

Langue allongée et soyeuse; des caroncules à la commissure.

Ne repose que sur une espèce de la Nouvelle-Zélande dont nous donnons la figure et la description.

Ce genre a été établi par M. Gould, en 1856, sur la dépouille incomplète de deux individus donnés à un capitaine de vaisseau anglais par un chef de la Nouvelle-Zélande; aussi, à cette époque, ce savant Anglais ne put-il donner que la diagnose caractéristique tirée du bec et de la queue, les ailes et les pattes manquant aux Oiscaux qu'il avait sous les yeux. Nous avons depuis complété nous-même cette diagnose dans la première livraison (1845) de notre Iconographie ornithologique, d'après de beaux individus que possède le Muséum de Paris. Jusqu'à présent le caractère qui différencie le mâle de la femelle n'a jamais reposé que dans la coloration du plumage, dans la forme ou la composition des plumes, dans l'absence ou la présence d'un ornement plumaire ou caronculaire, comme, entre autres espèces, chez l'Écheuilleur à barbillons (Ceblephyris lobatus), Temminek, pl. col. 279-280, dont les caroncules manquent presque entièrement chez la femelle. Ici, rien d'analogue : chez le mâle comme chez la femelle, le plumage est exactement le même; une plaque caronculaire, de forme ovale, existe également à la commissure du bec, qui l'entame en partie et retombe en barbillons à la naissance et au-dessous de sa mandibule inférieure.

Mais un organe des plus importants dans l’ostéologie, celui du bec, d’un prolongement excessif. puisqu'il atteint Om,080 de longueur en ligne droite et 0",093 en ligne courbe chez la femelle, est réduit à 0,050 chez le mâle.

Aussi cette anomalie de forme est-elle si frappante, que le fondateur du genre, M. Gould, ne put s'empêcher au premier abord de considérer chacun de ces becs. malgré l'identité parfaite du plumage, comme appartenant à une espèce distincte, et, partant de cette idée, du bee le plus long il fit son N. acutirostris, du plus court son N. crassrostris : double spécification qui, après un examen plus approfondi, a été réunie en une seule, d'accord entre M. Gould et M. G. R. Gray, sous le nom de N. Gouldii, que lui a donné ce dernier dans sa List of the gencra of Birds, 1841.

Est-ce avec raison que cette simplification a eu lieu? Nous ne saurions pertinemment le dire.

Toujours est-il que, si ces deux conformations mandibulaires si différentes appartiennent à la même espèce, au moins faut-il alors qu'il y ait, soit dans sa manière de vivre, soit dans celle d'élever ses couvées, une particularité des plus curieuses à connaitre, ct que la disette et l'insuffisance des documents obtenus par le docteur Dieffenbach, et adressés par lui à l'infatigable ornithologiste anglais, nous laissent malheureusement ignorer. Ainsi on en scrait forcément réduit à supposer, dans ce cas, que la forme du bec du mâle n'aurait pas été départie à la femelle, chargée presque exclusivement d'élever et nourrir leurs petits, parce que cette forme, soit à cause de la conformation buccale de ces derniers, soit à cause de la nature toute spéciale de leur nourriture, se serait trouvée impropre à cet office. Et cependant, comment admettre sans réserve une hypothèse aussi exclusive de ce qui se voit et a lieu d'habitude chez les Oiscaux? Cette courbure et ce prolongement du bec de la femelle du Neomorpha n'existent-ils pas au même degré dans les deux sexes chez les genres Promerops, Epimachus, Upucerthia, Upupa ? ete. Nous le répétons done, jusqu'à une plus parfaite connaissance des mœurs du Neomorpha, tout est et sera toujours pour nous un sujet de doute.

Du peu qui précède, on entrevoit déjà que le caractère vraiment gésérique du Neomorpha, et qui lui soit propre, réside moins dans la forme du bec que dans la différence de configuration de cet organe chez le mäle et chez la femelle, singularité unique dans toute la série ornithologique.

Le bec, chez la femelle, ou le N. acutirostris, est en elfet en forme de faux, comme chez la Falculia palliata. Xsidore Geoffroy Saint-Hilaire, mais sur un type moins arqué, plus développé et finissant en pointe, moins comprimé que dans ce dernier genre, puisqu'à sa base le bec à en épaisseur les deux tiers de sa hauteur; l'arète de la mandibule supérieure, qui offre dans le tiers de sa longueur une surface plane de près de 0",003 de large, entre profondément à la manière de celle des Caciques vers la base frontale; cette même mandibule recouvre et reçoit exactement par ses deux branches, et sur tout son prolongement, la mandibule inférieure. La substance de cet organe, de couleur cornée à sa base et blanchätre dans le reste de son étendue, est parfaitement lisse, unie et sans le moindre sillon.

Chez le mâle, au contraire, le bec se trouve de la proportion ordinaire qui se voit dans les autres Oiseaux, principalement les Corvidés, et mieux encore les Sturnidés: ainsi, au lieu d'être en forme de faux, il est seulement conique, d'une longueur égale à peu près à sa hauteur à la base, puisque celle-ci n'a guère que 0",002 de plus. On pourrait donc le considérer comme presque quadrangulaire, n'était une inclinaison assez marquée, continue, pour la mandibule supérieure, à partir de

son origine jusqu'à sa pointe mousse, obtuse et quelque peu déprimée, mais ne commençant, pour la mandibule inférieure, qu'à partir du tiers de sa longueur. On comprend très-bien, d'après cette description, que M. Gould ait cru d'abord devoir faire une espèce de cet Oiseau, sous le nom de N. crussirostris

En un mot, le bec en faucille de la femelle représente le type du bee du genre Upucerthia parmi les Upnpidés ou, pour mieux dire, les Furnarinés; le bec conique du mâle représente exactement, par son type, celui du genre Creadion, Vieillot, parmi les Sturnidés, Philesturne de M. [Isidore Geoffroy Saint-Hilaire.

Comme chez ce dernier, les deux sexes portent, à la commissure du bec, deux caroncules jaunàtres qui paraissent même destinées, en les observant bien, à faciliter l'ouverture de la bouche en y favorisant un développement extraordinaire; car ces caroncules ovalaires, de 0,020 en longueur sur 0,011 en hauteur, sont entamées par la commissure des deux mandibules, dont elles recouvrent l'articulation.

Fig. 48 — Néomorphe de Gould.

Nous attribuons à ce dernier caractère une valeur générique bien moindre qu'à celui tiré de la différence de configuration du bec chez les deux sexes, quoiqu'il ne soit pas sans importance, car 1l est bien remarquable que cet appendice caronculaire se trouve presque exactement le même et (à la différence des Oiseaux des autres continents) commun au mâle et à la femelle chez les trois principales espèces d'Giseaux counus de la Nouvelle-Zélande : le Glaucope cendré (Callæas cinerea), Forster, le Philesturne caronculé (Philesturnus carunculatus), Latham, et le Neoriorpha Gouldir.

Quant aux caractères génériques, ils sont tellement identiques avec ceux des Glaucopes, que l'on pourrait, à la rigueur, n'employer, pour leur description, d'autres termes que ceux qui ont servi à Quoy et à Gaimard pour décrire ce dernier genre dans la partie ornithologique de l'expédition de l'Astrolabe. (conogr. ornithol., première livraison.)

Nous avons parlé de la réunion en une seule espèce des deux espèces de Ncomorpha créées dès l’origine par M. Gould. Cette réunion a été adoptée, avons-nous dit, d’un commun accord entre lui et son collègue, M. Gray, sur des renseignements qui paraissent assez précis.

Voici, en effet, ce que, depuis la publication de la Lise of the gencra of Birds, a éerit, de Port- Jackson, le docteur Dieffenbach, d'après ce que nous apprend M. Gould, que nous citons :

« Ce docteur confirme l'opinion de M. Gray, que mes N, acutirostris et crassirostris sont la même espèce, et ajoute en outre que ces Oiseaux, que les naturels appellent Ellia, sont coufinés aux montagnes du voisinage du port Nicholson, d’où les plumes de la queue, qui sont très-recherchées parmi les naturels, sont envoyées comme présent dans toutes les parties de l'ile.

« Les naturels, ditle docteur, regardent l'Giseau qui a le bec droit et fort comme le mâle, et l’autre comme la femelle. Dans trois individus que j'ai tués, continue-t-il, c'était le cas, et les deux Oiseaux sont toujours ensemble. On ne les peut obtenir qu'avec l'aide d’un naturel, qui les appelle avec un cri aigu et prolongé, ressemblant assez au nom indigène de l'espèce. Après un long voyage à leur recherche dans les forêts montueuses, J'ai eu à la fin le plaisir d'en voir quatre descendre sur les branches basses des arbres près desquels se tenait le naturel qui m'accompagnait. Ils vinrent, rapides comme l'éclair, descendant de branche en branche, étendant leur queue et relevant leurs ailes. Dans mon désir de les avoir, je fis feu; mais ils viennent généralement si près, que les naturels les tuent avec des bâtons.

« Leur nourriture consiste en graines et Insectes; les naturels n'ont pu me donner aucune information sur leur manière de nicher. L'espèce parait devenir rare, et Sera probablement bientôt exterminée. »

NÉOMORPHE DE GOULD. NEOMORPHA GOULDIT. (Gray.)

Plumage entièrement noir foncé, uniforme, lustré de bleu verdâtre, à l'exception de l'extrémité des pennes de la queue, présentant une large bande d'un blanc pur; bee et ongles de couleur de corne à leur base, et blanchätre dans le reste; tarses et doigts d'un noir luisant; caroncules d'une riche couleur orange.

Longueur totale. DER le 0,415; — du bec du mäle en ligne droite. . . . 0,055: — du bec de la femelle en ligne droite. . . 0,080.

97 GENRE, — PHILESTURNE. PHILESTURNUS. (Isid. Geoffroy Saint-Hilaire.)

Par contraction de Philedon, Philédon, et Sturnus, Élourneau, pour indiquer les rapports que le Philesturne présente

tout à Ja fois avec les Pluilédons et avec les Élourneaux,

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES

Bec plus long que la tête, comprimé, surtout supéricurement, non échancré, presque droit; la mandibule supéricure étant si légèrement arquée, que la courbure est à peine sensible; pointe du bec obtuse el arrondie; mandibule supérieure entamant tes plumes du front par un prolongement ayant la forme d'une lame étroite, plane, et qui occupe aussi toute Lx longueur de la mandibule: plumes du front s'avançant assez loin sur les côtés de cette lame, et se portant jusqu'aux narines.

Narines percées en trous de forme allongée, irrégulière, dans un repli membraneux qui recouvre les fosses nasales. (Lessox.)

Ailes courtes, dépassant peu l'origine de la queue, surobtuses; leurs pennes croissant par une progression assez rapide depuis la première jusqu'à la quatrième, qui, elle-même, le cède un peu en longueur à l« cinquième,

OISEAUX. 59 Queue assez lonque, un peu arrondie; la tige de chacune de ses pennes se prolongeant, mais de très-peu, au delà des barbules, évidenunent usées à l'extrémité. T'arses allongés, nus, écussonnés.

Langue bifurquée et ciliée.

Fig. 49. — Philesturnus carunculatus. Fig, 50 — Philesturnus carunculatus

Ce genre est établi sur une espèce que la plupart des auteurs modernes rapportent aux Troupiales ou aux Carouges, mais qui me paraît plus voisine des Etourneaux, qu'elle lie véritablement avec les Philédons : c’est le Sturnus carunculatus de Latham, et l'une des espèces de ce genre Creadion où Vieillot avait réuni plusieurs Oiseaux n'ayant de commun entre eux que l'existence de caroncules de diverses formes.

Ce genre, très-bien caractérisé par ses ailes courtes et obtuses, par son bec, qui diffère à plusieurs égards de celui d'un Étourneau ou d’un Troupiale, par son faciès et par sa langue ciliée, l’est en outre quelquefois par la présence de deux caroncules submaxillaires qui, d’après les observations de Quoy et Gaimard, paraissent n’exister que temporairement. (sin. Grorrroy Saixr-Hiraire, Nouv. Ann. du Muséum, t. 1, 1832, p. 390.)

La commissure de la bouche est déjetée, bordée par une membrane jaune qui s’élargit chez les mâles ou dans le temps des amours, et retombe sous la forme de deux crêtes aplaties en pendeloques charnues sur les côtés du bec, mais qui n'existent pas chez tous les individus. (LEssox.)

Une seule espèce de la Nouvelle-Zélande, le Philesturne caronculé, dont nous donnons la figure et la description.

Ce nom de Philesturne, que nous exhumons, et qui peut paraître tout nouveau dans la science, y existe cependant depuis bientôt vingt ans, car il date de 1832. Il part d’une autorité assez haut placée pour qu'il ÿ ait lieu de s'étonner de ne le voir figurer dans aucune des synonymies employées pour le Shurnus carunculatus, qui en est le type unique, par les méthodistes modernes, tels que MM. Gray et Ch. Bonaparte. Peut-être est-ce à l'ignorance dans laquelle se sont trouvés ces auteurs au sujet de l'existence de cette dénomination générique si caractéristique qu'est dû le maintien du nom de Creadion, assuré par eux à ce genre, et de celui d’'Antochæra, qu'ils ont préféré à ce dernier pour un genre de Méliphagidés dont nous nous sommes déjà occupé. Nous ne faisons donc probablement qu'accomplir ce que, mieux éclairés, ils feraient eux-mêmes aujourd'hui.

Quoi qu'il en soit du nom de Creadion fondé par Vieillot, il est certain que ses considérations pour rapprocher des Méliphagidés le genre qui nous occupe, n'étaient pas à dédaigner, car la présence bien constatée chez cet Oiseau d'une langue ciliée est l'indice certain d'habitudes des Méliphages. Il est permis, à cet égard, de ne point partager la manière de voir de M. Gray, qui l'en isole complétement, et le place au milieu de ses Conirostres, qui sont en grande partie ceux de G. Cuvier (qui, lui du moins, y comprenait ses Philédons), dans les Sturnidés, sous-famille des Sturninés, en faisaut ainsi un véritable Martin. C'est au contraire en partant des indications de Vieillot, confirmées par celles de la science, que M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire en est arrivé à créer son genre Philesturne, et il faut reconnaître que M. Gh. Bonaparte s’en est on ne peut plus rapproché en plaçant ce genre à la fin de ses Corvidés, qui suivent immédiatement ses Méliphagidés, commençant chez lui

40 HISTOIME NATURELLE.

par le genre Antochæra. Sans trancher au vif la difficulté, ce savant a pris, malgré l'horreur qu'il en témoisne en politique, un véritable juste milieu qui n’est pas sans une certaine valeur.

Lesson, dans la zoologie du voyage de la Coquille, ne voyant pas dans cet Oiseau le Sturnus carunculatus de Latham, en avait fait un Carouge (/cterus). Jusqu'à ce jour, disait-il, les Oiseaux des genres Troupiale, Carouge, Cacique, ne s'étaient présentés qu'en Amérique. Cette espèce des îles australes de la Nouvelle-Zélande est done, sous le rapport de la distribution géographique des Oiseaux, une anomalie remarquable.

Les mœurs en sont encore peu connues.

Cet Oiseau, disent Quoy et Gaimard, habite les grands bois de la baie Tasman, où il paraît vivre solitaire. Les indigènes de l’anse de l'Astrolabe le nomment Tiéké, ou bien, d'après Lesson, Tiraoua-Ké.

3. Verreaux n’est pas beaucoup plus explicite, n'ayant pas observé l'Giseau par lui-même.

D'après ce que m'a dit le docteur Stephenson, cette espèce est assez abondante du côté de Nicholson; mais on ne la voit généralement que par paire dans les localités les plus touffues, y cherchant les Insectes dont elle fait sa nourriture. Aussi est-il difficile d'en voir des individus, et surtout de les faire envoler, tant ils sont tenaces au fourré. Cependant, ils sont faciles à découvrir par leur chant. Leur chair est estimée pour la table. (Loc. cit.)

Selon Forster, cet Oiseau n'a qu'un piaulement très-faible pour voix, et ne chante pas.

Fig. 51. — Phiesturne caronculé

PIIILESTURNE CARONCULÉ. PHILESTURNUS CARUNCULATUS. (Gmelin.)

Bec et tarses noirs: le plumage en entier sur la tête, le cou, la poitrine, le ventre, est d'un noir intense, bien que mélangé d’une teinte fuligineuse; le manteau et les couvertures des ailes sont d'un rouge cannelle vif, qui s'étend sur le croupion; les rémiges et les rectrices sont d'un brun uniforme. (Lessox, z0ol. de la Coquille.)

Longueur totale, 0",99.

—ù AN k

ie 4 = Alouette bifasciée

Fig. 2. — Sittelle torchepot

OISEAUX. Al

Le soin que nous avons toujours eu, disent Quoy et Gaimard, de caractériser les sexes par l'ex: men des parties génitales nous a fourni l'occasion de voir, chose assez singulière, que la femelle ne diffère presque pas du mâle; qu'elle est ornée comme lui des mêmes couleurs, et porte à la commissure du bec les deux caroncules caractéristiques. Il paraitrait que ces ornements sont temporaires el qu'ils croissent assez rapidement à une certaine époque, car l'individu bien adulte qu'ont figuré MM. Garnot et Lesson (voyage de {a Coquille) n'avait point de pendeloques. Nous possédons un jeune individu dans lequel nous n'avons pas pu découvrir la nature du sexe, ce qui arrive assez souvent à cet âge. Il fut tué à la même époque que le mâle et la femelle que nous avons déposés au Muséum. Il manquait de caroneules, et avait les commissures du bec un peu jaunes, comme on le remarque chez les jeunes Oiseaux. Ses couleurs n'étaient point aussi tranchees que celles des adultes. La tête, le dos, la gorge et le ventre, sont d’un roux foncé uniforme, avec des reflets un peu rougeñtres. Le croupion et les couvertures supérieures et inférieures de la queue sont d'un roux ferrugineux assez vif. Le bec est noir, et son arête supérieure est aplatie. L'œil est jaune. Cette couleur est aussi celle des caroncules quand elles existent. Les pattes sont assez grandes, fortes, noires, à doigts robustes, et l'ongle du pouce est très-fort et très-recourbé.

Des deux individus adultes que nous avons tués, le mâle a, sur le fond noir de son cou et de son ventre, des taches blanches irrégulières que ne présente pas la femelle. Le dos, le croupion, les couvertures supérieures des ailes et de la queue, et les couvertures inférieures de cette dernière, sont d'un rouge cannelle vif, comme l'ont figuré les naturalistes de /« Coquille.

L'individu que Latham indique comme la femelle nous semble plutôt devoir être le jeune âge. (Zool. du voyage de l'Astrolabe.)

4ve GENRE. — PHILÉPITTE. PHILEPITTA. (Isid. Geoffroy Saint-Hilaire, 1858.)

Par contraction de Philedon, Philédon, et Pitta, Brève.

CARACTÈRES GENÉRIQUES.

Bec presque aussi long que le reste de la tête, triangulaire, un peu plus large que haut, à arte supérieure mousse, légèrement convexe, sans véritable échancrure mandibulaire

Narines latérales, peu distantes de la base, linéaires, un peu obliques.

Ailes assez longues, subobtuses où obtuses.

Queue assez courte, & douxe pennes égales.

Tarses assez longs, couverts de très-grands écussons; quatre doigts, et spécialement le pouce, allongés, forts, et armés de grands ongles comprimés, aiqus, très recourbés.

Fig. 52. — Philepitta sericea.

Base du bec garnie d'un petit nombre de soies très-fines et flexibles; la base du bec et les yeux parfois Surmontés d'une caroncule charnue, et, dans ce cas, ceux-ci entourés d’une peau nue.

Ge nom de Philepitta indique un Oiseau participant à la fois des caractères des Philédons et de ceux des Pitt où Brèves. La description suivante va montrer que ce genre a en effet des rapports

Ci 6

plus ou moins intimes avec les uns et les autres. et aussi, à d'autres égards, avec diverses sections de Gobe-Mouches, sans toutefois qu'il soit possible de le confondre avec aucun autre groupe.

Le bee, qui forme presque la moitié de la longueur totale de la tête, est de forme triangulaire, un peu plus large que haut, à arête supérieure mousse, légèrement convexe sur toute sa longueur, mais plus sensiblement vers la pointe, qui, toutefois, ne forme pas de crochet. La commissure des deux mandibules est sensiblement courbe, aussi bien que l'arête supérieure. Il n'existe point de véritable échancrure mandibulaire. mais seulement, au lieu où la mandibule supérieure est échancrée chez la plupart des Passereaux, une sinuosité à peine sensible. À la base du bec, on voit un petit nombre de soies très-fines et flexibles.

Les narines sont des fentes presque linéaires, dirigées d'avant en arrière, et un peu de bas en haut; elles sont percées en bas et en avant d'un espace membraneux d'une étendue moyenne.

Les yeux, dans l'individu type, sont environnés d’une nudité, el surmontés d'une caroncule membraneuse.….

Les tarses sont assez allongés et écussonnés; les écussons sont tellement grands, ou même de forme tellement allongée, qu'il n'en existe. en avant, que six pour toute la longueur du tarse; en arrière, il existe d’autres écussons plus petits.

Les doigts sont remarquables par leur longueur et par le développement des ongles. Le doigt médian, qui, en y comprenant son ongle, égale en longueur le tarse, est réuni, à sa base, sur une petite étendue, avec le doigt externe. L'interne. qui est libre, est un peu plus court que celui-ci. Le pouce est très-long et très fort; la longueur de sa portion phalangienne est à peu près égale à celle de la portion phalangienne des doigts latéraux, et son ongle est beaucoup plus développé que les ongles de ceux-ci, et égal à celui du doigt médian. Quant à leur forme, tous les ongles sont comprimés, aigus et très-recourbés; la courbe que représente chacun d'eux est à peu près le tiers de la circonférence du cercle.

La queue se compose de douze pennes égales, irrégulièrement arrondies à leur extrémité, et assez courtes.

Les ailes, assez longues, atteignent presque en arrière l'extrémité de la queue. Les pennes vont en croissant de la première à la seconde, de celle-ci à la troisième et à la quatrième; si, entre ces deux dernières, il existe une diférence, elle est très-peu marquée.

Le plumage est généralement composé de plumes veloutées, et la taille est celle de la plupart des Gobe Mouches et Traquets.

En comparant cette description avec les caractères des genres déjà connus, on reconnaitra que les Philépittes se rapprochent, sous divers rapports, des Brèves, des Philédons, des Martins, et enfin de plusieurs Oiseaux compris dans le vaste groupe des Gobe-Mouches.

Ainsi, dès le premier aspect, les Philépittes rappellent les Brèves par leur port général, notamment par leurs jambes assez hautes, la brièveté de leur queue et les proportions de celle-ei et des ailes; mais l'analyse démontre que la plupart de ces analogies sont plutôt apparentes que réelles : ainsi, les doigts sont proportionnellement beaucoup plus développés que les tarses chez les Philépittes, et c'est le contraire qui a lieu chez les Brèves. En outre, dans celles-ci, la seconde, la troisième et la quatrième pennes, sont égales, ce qui constitue une différence très-importante, et qui suffirait seule pour indiquer des mœurs très-diverses aussi. Quant au bee et aux ongles des Philépictes, ils diffèrent considérablement de ceux des Brèves, et il en est de même des caractères moins importants, mais encore très-dignes d'attention, qui se rapportent à la forme des narines et à Ja disposition des téguments des tarses.

Pour la comparaison des Philépittes et des Philédons, il est très-regrettable de ne pouvoir faire entrer en ligne de compte la disposition de la langue chez les premières. En attendant que cette laeune soit remplie par les observations ultérieures, la comparaison extérieure suffit toutefois pour montrer, dans les Philépittes, un genre voisin des Philédons, mais suffisamment caractérisé par les modifications plus haut décrites de ses pattes et par la composition notablement différente de sa queue et de ses ailes. Les Philépittes Seraient exactement aux Philédons ce que les Brèves et Myothères sont aux Merles, saus la forme de leurs ongles, qui indiquent des Oiseaux bien plutôt percheurs que marcheurs.

C'est par les proportions et la disposition du tarse et des doigts que les Philépittes ressemblent

aux Martins, mais, outre plusieurs autres caractères, la forme et la situation des narines des premières, et la composition de leurs ailes, les distinguent très-nettement des Martins, et aussi bien des espèces pourvues, comme l’est le Philépitte, de caroncules cutanées, que des espèces ordinaires.

Parmi les Gobe-Mouches, où du moins parmi les Oiseaux qui ont été compris par les auteurs sous ce nom mal défini, il est deux espèces surtout qui peuvent être comparées aux Philépittes, le Muscicapa telescophtalna de la Nouvelle-Guinée, et le Muscicapa longipes de la Nouvelle-Zélande. Ces deux Üiseaux remarquables, d'abord décrits sous ce nom par MM. Garnot et Lesson, ont depuis été placés, par le dernier de ces auteurs, dans deux sous-genres proposés par lui sous les noms d'Ayse et de Miro. Les rapports entre le Philépitte et le Muscicapa, ou Arses telescophtalma, consistent surtout dans l'existence, chez l'un et l’autre, de caroncules membraneuses placées au-dessus de l'œil, et, d'ailleurs, assez diversement disposées; or, ces rapports sont bien plutôt de valeur spécifique que générique; d'autres espèces de Philépittes, et les jeunes sujets, peut-être même les femelles de l'espèce dès à présent connue, peuvent très-bien ne présenter aucune trace de caroncule. Quant au Muscicapa où Miro longipes, espèce beaucoup plus voisine des Myothera que des véritables Muscicapa, ses tarses. beaucoup plus élevés, et non écussonnés, sans parler de quelques autres caractères moins importants, ne sauraient permettre de le réunir génériquement aux Philépittes.

Beaucoup plus voisins, en somme, des Philédons que de tout autre groupe, les Philépittes doivent done former un genre distinct. (Isiore Grorrroy Sainr-Hirame, Magasin de Zoologte, 1839.)

Ce genre, auquel nous croyons restituer sa véritable place, conformément aux idées judicieuses de son savant fondateur, en le faisant entrer dans la tribu des Méliphagidés, renferme aujourd'hui deux espèces, toutes deux de Madagascar, par suite de l'existence, que nous avons fait connaitre en 1846, d'une seconde espèce dont nous allons donner la description et la figure.

Malgré la démonstration comparative si évidente faite par M. Geoffroy Saint-Hilaire, M. Gray à préféré ranger les Philépittes dans sa famille des Turdidés, sous-famille des Formicarinés, à la suite des Brèves, et M. Ch. Bonaparte dans sa famille des Sturnidés, sous-famille des Sturninés, avec les Martins, c'est-à-dire avec les deux seuls genres, sur les trois comparés par M. Isid. Geoffroy Saint. Hilaire, dont les Philépittes se rapprochent le moins.

PHILÉPITTE D'ISIDORE. PHILEPITTA ISIDORI. (0. Des Murs et Flor. Prévost )

Revue zoologique, 4846.

Cette seconde espèce. d'un genre si rare et si remarquable, plus forte que le Philépitte velouté, en diffère spécifiquement par les caractères de ptilose suivants :

Elle est, en dessus, d'un beau vert olivâtre, plus foncé sur les rectrices et les rémiges: ces dernières lisérées de vert jaunâtre; en dessous, elle est d'un vert olivätre écaillé de blanc jaunâtre, assez finement à la gorge, plus largement à l'estomac, et flammé de la même couleur à l'abdomen et aux flancs; les couvertures inférieures de la queue sont d’un jaune vif; le bec est noir; les pieds sont de couleur plombée.

Longueur totale, 0,15.

Il va sans dire, ainsi que le montre notre dessin, que les caractères génériques sont exactement semblables à ceux attribués au genre par M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, à l'exception toutefois de la nature veloutée des plumes, celles de notre Philépitte étant mates, sans reflets, en un mot, à l’état ordinaire.

Mais un caractère saillant chez le Philepitta sericea, celui de la présence d'une caroncule membraneuse au-dessus de l'œil, manque dans notre espèce.

Or, l'absence de ce caractère ne saurait en aucune manière infirmer, en quoi que ce soit, le classement que nous avons fait de cette espèce dans le genre Philepirta. Elle vient, au contraire, réaliser les savantes prévisions du célèbre zaologiste, qui s'exprimait ainsi: «D'autres espèces de Philépittes, les jeunes sujets, peut-être même les femelles de l'espèce dès à présent connue, peuvent trèsbien ne présenter aucune trace de caroncule »

En étudiant de nouveau les deux beaux exemplaires que nous avons eus sous les yeux, et en les examinant attentivement, nous avons remarqué entre la base du bec et l’angle interne de l'œil une callosité ou protubérance plus appréciable au toucher qu'à la vue, qui semble accuser la présence au moins du rudiment d'une caroncule. Cette circonstance, jointe à la coloration du plumage, qui à tous les caractères d’une livrée de jeune ou de femelle, pourrait peut-être faire élever quelque doute sur la spécification distincte à faire de notre individu d'avec le Philepitla sericea, dont il ne serait peut-être que la femelle.

Fig. 53. — Philépitte d'Isidore.

Nous nous empressons done de consigner ce doute; mais, en l'absence de tout élément de certitude plus positif, en considérant la différence de taille, qui est ici de 0,03 en plus, et surtout en réfléchissant que la saillie calleuse en question pourrait fort bien aussi n'être que le résultat d'un vice dans la préparation de la peau, nous croyons, en attendant de plus amples documents, devoir en faire une espèce.

C’est au savant fondateur du genre que nous l'avons dédiée.

Elle a été découverte à Madagascar par l'infortuné Goudot, qui en avait donné deux individus exactement semblables au Muséum d'Histoire naturelle de Paris, en 1841. ([conogr. ornith., texte de la pl. xxxur.)

Ajoutons que les deux exemplaires de cette espèce, de même que celui du Philépitte soyeux, sont uniques dans la science, et n'ont de représentants dans aucune autre collection publique ou particulière en Europe.

QUATRIÈME TRIBU. — PARADISÉIDÉS ou OISEAUX DE PARADIS.

La famille des Oiseaux dits de Paradis (les Puradisei de l'ornithologiste Vieillot) ne forme qu'un seul groupe dans les écrits de la plupart des auteurs systématiques. Cette famille répond à l'an cien genre Paradisea de Linné, de Gmelin, de Latham, de G. Cuvier, de Lacépède, de Duméril, de Daudin, d'Illiger, de Temminek, genre que Brisson nommait Manucodiata. Lacépède le premier proposa de changer le nom d'Oiseau de Paradis en celui plus simple de Paradis tout court, auquel plus tard on a dù substituer celui de Paradisiers. Cette famille était rangée par M. Duméril, dans sa zoologie analytique, avec les Passereaux plénirostres où Pléréoramphes, entre les Mainates et les

Rolliers, non loin des Corbeaux et des Pies. Illiger, dans son Prodromus, admet le genre Paradisea dans sa quatorzième famille, ou celle des Coracas, entre les Coracias et les Gracula. Cuvier éleva ce genre au rang de famille à la suite des Rolliers dans ses Passereaux conirostres, mais le divisa cependant en quatre groupes, savoir :

4° Les espèces qui ont les plumes des flancs effilées et singulièrement allongées en panaches plus longs que le corps, et de plus deux filets ébarbés adhérents au eroupion, qui se prolongent autant et plus que les plumes des flancs;

2° Les espèces dont les plumes des flancs ne dépassent pas la queue;

3° Les espèces qui, avec les plumes effilées, mais courtes des flancs, manquent de filets au croupion;

4° Les espèces qui n'ont ni filets ni prolongement aux plumes des flancs,

Quatre groupes qui, ainsi qu'on le verra, sont devenus la base de genres parfaitement caractérisés.

Fig. 54. — Paradisier rouge,

Vieillot, en 1816, proposa dans l'ordre des Sylvains de la tribu des Anvsodactyles une quatorzième famiile ou cel'e des Manucodiatas, entre les Caronculés ou Glaucopes et les Coracas ou Corbeaux. Temminek se borna à fixer la place de cette famille parmi les Omnivores, entre les Martins et les Stournes. Latreille, en 1825, modifia légèrement les idées de Cuvier, et se borna à ranger les Oiseaux qui nous occupent dans sa famille des Passereaux conirostres, après les Mainates et avant les Stournes.

Nous pourrions encore allonger le tableau que nous ne faisons qu'indiquer de toutes les fluctuations que le genre Paradisea a éprouvées dans les méthodes ou les systèmes des ornithologistes ou des polygraphes, mais sans aucun résultat pour la connaissance intime des Oiseaux de ce groupe. Depuis Linné, en effet, les espèces du genre Paradisea ont, quel que soit leur petit nombre, singalièrement varié dans les livres, suivant les idées dominantes des méthodistes. Linné lui-même avait entassé dans son genre Paradisea des Oiseaux qui appartiennent à d’autres tribus, et les auteurs modernes ont rejeté dans des familles très-diverses plusieurs Oiseaux qui sont de vrais Paradisiers. De ces ballottements sans sombre sont nés ces fluctuations et cet arbitraire dans leur classification qui rendent l'étude de cette riche et somptueuse famille aussi difficile qu'incertaine, aussi vague que remplie de détails contradictoires .

Le nom de Paradisier, proposé par M. Duméril dans sa zoologie analytique, étant la traduction litérale du mot Paradisea, adopté par Linné et ses continuateurs, a dû être préféré à celui de Paradis, que M. De Lacépède le premier chercha à faire prévaloir en place de celui d'Uiseau de Paradis, introduit dans le langage vulgaire. (Lessox, Histoire naturelle des Paradisiers.)

Vieillot, dans le Nouveau Dictionnaire d'Histoire naturelle, guidé par des analogies de formes extérieures, démembra l'ancien genre Paradisea, et proposa des coupes nouvelles sous le nom de Samalie (Paradisea), de Manucode (Cicinnurus). de Lophorine (Lophorina), et de Sifilet (Parotia), distinctions que Lesson, tout en ne les considérant ni suffisantes ni assez caractéristiques, avait déjà adoptées dans son Traité d'Ornithologie, 1831, et qu'il s'empressa de conserver dans son Histoire naturelle des Paradisiers (835).

Ce naturaliste est le premier qui ait constitué en famille les Paradisiers, devenus aujourd'hui pour tout le monde les Paradiséidés, famille qu'il plaçait dans ses Conirostres, comme Cuvier entre ses Corvidés et ses Glaucopés, sans se préoccuper des différences dans la forme du bec. Il est certain que tous les Oiseaux qu'il y comprend et que nous y comprendrons d'après lui ne sauraient convenablement être éloignés les uns des autres et faire partie de familles différentes en raison de ce seul caractère. Ce sont des Oiseaux des mêmes localités, chargés d’ornements tout particuliers, et dont les mœurs et les habitudes doivent être identiques. Is ne doivent donc former qu'un seul groupe, quelle que soit la place qu'on lui assigne dans la série.

Sous ce rapport, on ne saurait approuver le fractionnement opéré par M. Gray dans les Paradisiers, fractionnement dont le résultat est de classer les Séleucides dans la tribu des Ténuirostres, les Sericules dans celle des Dentirostres, et de maintenir ce qu'il considère comme les vrais Paradisiers, ainsi que les Astrapies, daus la tribu des Conirostres.

M. Ch Bonaparte, au contraire, a donné un excellent exemple en adoptant, à peu de chose près, les idées de Lesson, et en groupant tous ces Oiseaux les uns à côté des autres.

On ne saurait toutefois se dissimuler que, groupés et constitués ainsi en tribu, les Paradiséidés ne mettent de beaucoup en défaut les principes de classification tirés de la forme du bec, car cet organe, depuis la première famille de la tribu jusqu'à la dernière, subit des modifications telles, que ce caractère devient insuffisant en ce qui concerne ces Oiseaux. C’est un des exemples les plus frappants du peu d'infaillibilité de ce principe appliqué d'une manière générale, principe que des notions de mœurs font toujours fléchir.

Considérés d'une manière générale, les Oiseaux de Paradis on Paradisiers présentent les particularités suivantes : leur taille varie depuis celle d'un Geai jusqu'aux proportions de l'Alouette; leur plumage est remarquable, non-seulement par l’éelat des vives couleurs qui le teignent, mais encore par l'élégance sans pareille de sa tenture et de ses formes. En général, les plumes du front et de la gorge, de même que celles qui recouvrent les membranes des narines. sont plus ou moins courtes, serrées et &un2 nature tomenteuse, imitant, par sa souplesse et sa douceur, un tissu de velours. Les plumes des flancs s’allongent en panaches délicats et fragiles ou s'arrondissent en gemmes scin- Ullants à leur sommet; parfois le manteau est ample, parfois la gorge chatoie comme une émeraude ou se recouvre de lames d’or. Des brins diversiformes partent de la queue; quelquefois enfin ce plumage est uniformément et simplement velouté; mais toujours on le distingue par une certaine laxité des plumes, laxité que l'on retrouve chez tous les Oiseaux de cette famille.

La tête est médiocre, sans huppe, sans nudité autour des yeux; le bec, qui est solide, est ou plus court ou à peu près de la longueur de la tête. En général, cet organe est comprimé sur les côtés, à arête légèrement recourbée, et moins large que haut. Ses bords sont droits, entiers, excepté à la pointe, où les mandibules sont plus ou moins échancrées; l'inférieure est très-aiguë et notablement comprimée sur les côtés. Les narines sont basales, latérales et plus rapprochées du bord que de la voûte du demi-bec supérieur. Les fosses nasales sont amples, ovalaires ou elliptiques, et fermées par une membrane recouverte de plumes très-courtes et très-denses, qui se continuent avec les plumes du front. L'ouverture des narines, très-étroite, se trouve percée sur le rebord des plumes veloutées. La langue est aiguë, légèrement laciniée à ses bords et surtout à sa pointe. Les ailes sont allongées, amples, robustes, bien que leurs rémiges soient obtuses; elles dépassent tant soit peu le croupion. Leur queue est droite, médiocre et formée de douze rectrices toutes légèrement arrondies à leur sommet, excepté deux d'entre elles, qui, dans quelques cas, s’allongent considérablement eu

brins membranacés, tortillés et rigides. Leurs jambes sont emplumées jusqu'aux tarses, et ceux-ci sont forts et robustes. L'acrotarse est garni de longues scutelles assez larges qui se prolongent sur les doigts. Le pouce est puissant et un peu plus grand que le doigt du milieu, et ce dernier dépasse un peu les doigts interne et externe; tous sont armés d'ongles comprimés, très-robustes, crochus et creusés en dessous. En général, la longueur du tarse est un peu plus grande que celle du doigt du milieu, l’ongle compris, et toutes les plumes se composent de barbes garnies sur les bords de barbules extrêmement fines.

La livrée de tous les Oiseaux de cette famille varie suivant les sexes et les âges. Les mäles, dans leur parure de noces, possèdent seuls cette admirable vestiture qui depuis longtemps les a rendus célèbres; les femelles, au contraire, déshéritées de brillants atours, ont un plumage terne et sans éclat; de plus. elles ne présentent ni les brins de la queue, ni les faisceaux des flancs, ni l'ampleur du manteau. Il en est de même des jeunes mâles, qui, dans les trois premières années de leur existence, ressemblent aux femelles à s’y tromper, et ne commencent à prendre les brins de la queue qu'une année avant les parures dévolues à leur sexe par la période adulte.

Il serait fastidieux d'enregistrer toutes les opinions émises sur les Paradisiers. Nous ne devons pas taire cependant que le charlatanisme et le désir d'accroître la réputation d'Oiseaux déjà assez beaux par eux-mêmes ont longtemps maintenu l'idée erronée que les Oiseaux de Paradis vivaient privés de jambes, erreur populaire que Linné a sanctionnée en donnant à Emeraude le nom trivial d’Apoda (LEssox.)

Il n'est peut-être point, en effet, d'Oiseaux sur lesquels on ait fait autant de contes que sur les Paradisiers, comme il en est peu qui aient fait commettre autant d'erreurs. Longtemps leurs mœurs ont été fabuleuses. L'on trouve même encore des personnes dont l'esprit n’est point entièrement dégagé des traditions que nous ont léguées les premiers historiens des Oiseaux de Paradis. Ce qui avait puissamment contribué à faire adopter le merveilleux dont ces Oiseaux ont été l'objet, c'est que leurs dépouilles, introduites en Europe parles navigateurs, n'offraient à l'examen aucune trace de pieds; dès lors, de conjectures en conjectures, on arriva à affirmer que ces espèces en étaent privées, et, cette opinion admise, on crut à d'autres que nous allons faire connaitre. Malgré le prircipe admis par Aristote qu'il n'y avait point d'Oiseaux sans pieds, on persista à croire que les Paradis faisaient exception. La cause qui avait donné lieu à l'erreur fut aussi celle qui contribua à l'accréditer, et c'était naturel. Les marchands, pour leur donner plus de valeur, ajoutèrent aux fables qui avaient cours, et le merveilleux, pour lequel l'homme à une tendance si prononcée, tint lieu de la vérité. Mais c’est bien plus, des querelles s'élevèrent entre les écrivains d'alors, et Aldrovande, l'un de ceux qui soutenaient que les Oiseaux de Paradis n'avaient pas de pieds, maltraita. dit-on, ligafetta, compagnon de Magellan, parce qu'il osait avancer Îe contraire Pigafetta, pour tant, avait apporté en Europe, comme preuve de son opinion, un Mavucode sur lequel on constatait la présence de pieds (Genges, Dictionnaire pittoresque d'Histoire naturelle), et cet auteur lui même, dès 1591, en parlant d'Oiseaux de Paradis que le roi de Bachian leur donna pour le roi d'Espagne, mentionna les pieds; mais telle était la ténacité des préjugés d'alors, que des naturalistes ont contredit plus tard le dire de cet observateur véridique. Pigafetta s'exprime ainsi (Journal du premier voyage autour du monde, traduction française, page 197) : « On nous donna peur « le roi d'Espagne deux Oiseaux morts très-beaux, de la grosseur d'une Grive, à la tête petite et « à bec long; les jambes de la grosseur d'une plume à écrire. Cet Oiseau ne vole que lorsqu'il y a « du vent; on dit qu'il vient du paradis terrestre, et on l'appelle Bolondinata, c'est-à-dire Oiseau de « Dieu. »

Mais l'erreur était enracinée, et il fallut que Jean de Laët, Marcgrave, Clusius, Wormius, Bonlius, ete, vinssent confirmer par de nouvelles preuves ou par de nouvelles affirmations l'opinion de ligafetta, pour que l'on n'eùt plus de doute à ce sujet, du moins dans le monde savant; car, parmi le peuple, l'erreur persista.

Il est même curieux de voir comment on chercha à expliquer ce fait singulier de l'absence des pieds chez des Oiseaux qui n'en étaient point privés. Vigneul-Marville, dans ses Mélanges d'Histoire et de Littérature, en donna une raison fort singulière. « Comme ceux qu'on trouve morts au pied des arbres, dit-il en parlant du Manucode, n'ont point de pieds, quelques naturalistes ont pensé que cet Oiseau était privé de cette partie si nécessaire à tous les animaux; muis la vérité est que les

Fourmis ne manquent jamais, quand elles en rencontrent, de commencer par leur manger les jambes, et c'est ce qui fait que ceux que l'on envoie embaumés en Europe paraissent n'en avoir Jamais eu. » Barrère, au contraire, admit que les Paradisiers ont les pieds si courts et tellement garnis de plumes jusqu'aux doigts, qu'on pourrait croire qu'ils n’en ont point du tont. Plus tard on sut à quoi s’en tenir sur ce point.

En attendant, on n’a fait que broder sur ce canevas d’absurdités. Lorsque l'imagination s'empare d’un sujet, l'on ne sait jamais quelles seront ses bornes. C'est ce qui est arrivé pour les Paradisiers. « Des volatiles que l'on croyait sans pieds, dit Vieillot, si étonnants par la richesse, la forme, le luxe, la position, le jet de leurs plumes, ne devaient pas avoir la même manière de vivre que les autres. On leur chercha done des mœurs et des habitudes analogues à leur prétendu physique. Accosta assura que, privés de la faculté de se percher et de se reposer à terre, ils se suspendaient aux arbres avec leurs filets; qu'ils n'avaient d'autre élément que l'air; qu'ils dormaient, s’accouplaient, pondaient et couvaient en volant. D’autres, pour rendre la chose plus vraisemblable, dirent que le mâle avait une cavité sur le dos, dans laquelle la femelle déposait ses œufs, et les couvait au moyen d'une autre cavité correspondante qu’elle avait dans l'abdomen, et que, pour assurer la situation de la couveuse, ils s'entrelaçaient par leurs longs filets. D'autres publièrent qu'ils se retiraient dans le paradis terrestre pour nicher et élever leurs petits, d’où leur est venu le nom qu'on leur a généralement imposé. Enfin, quelques-uns ont cru que la femelle plaçait ses œufs sous ses ailes, ete. » (Dice. pie. d'Hist. nat.)

Ces contes puérils débités sur les Oiseaux de Paradis ont été basés sur l’état habituel de mutilation qu'éprouvent ces êtres de la part des peuplades sauvages, qui en font l'objet de leurs chasses actives, et qui les vendent aux corocores malais et aux jonques chinoises qui visitent les rivages de la Papuasie. C’est en effet en les écorchant grossièrement, en leur enlevant les jambes et les os du crâne, et en remplaçant les parties charnues du corps par un morceau de bois arrondi qu'ils font sortir par le bec, en les desséchant enfin au feu, qu'ils les préparent pour les conserver et les vendre. Nous n'avons jamais vu appliquer le procédé que décrit Othon Helbigius (Coll. acad., tom. HE, pag. 443, partie étrangère), qui consiste à enlever les entrailles, et traverser le corps par un fer rouge pour opérer une sorte de cuisson. C'est aussi complétement à tort que Le Vaillant attribue l'apparence de velours naturel ou le hérissemeut des plumes de la tête et du cou au racornissement de la peau produit par la dessiccation et les procédés barbares dont se servent les naturels pour leur préparation. Il est bien vrai que les Papous enlèvent les os du crâne, et font sécher les peaux écorchées sur des roseaux, bien que nous doutions que ce soit à l’aide du soufre, ainsi que le dit Le Vaillant, et qu'il ea résulte une diminution considérable de la tête et du cou; mais on ne peut plus aujourd'hui se tromper sur le volume réel de ces parties, puisque, dans nos voyages, nous avons tué un bon nombre de ces Oiseaux, et que leurs dépouilles, préparées d’après les procédés de la taxidermie européenne, se trouvent dans plusieurs musées de Paris. Nous reviendrons sur ce sujet en décrivant le Paradisier émeraude.

Des Oiseaux supposés venir du ciel, ou habiter le paradis terrestre, ne devaient vivre que de rosée, que d'essence; ils étaient censés puiser leur seule nourriture dans l’eau condensée sur les feuilles, dans les vapeurs légères que dissipent les rayons du soleil! Moins crédule, Bontius, d’un autre côté, exagère en les disant carnassiers au point de dévorer des petits Oiseaux, et Sonnerat représente le Paradisier, dit le Superbe, tenant sous ses ongles un faible Oiseau qu'il va déchirer. Mais Helbigius, voyageur de la Compagnie des Indes hollandaises, s'est le premier rapproché de la vérité en disant qu'ils se nourrissent de divers fruits, et notamment Ce baies de waringa ou ficus benjamina Rumph., pl. cv); et Linné ajoute qu'ils recherchent les Insectes, et surtout les grands ’apillons, bien que leur pâture favorite consiste en épices, au point qu'au temps de la maturation des muscades, on voit, dit-on, les Paradisiers émeraudes voler en troupes nombreuses, comme le font les Grives d'Europe à l'époque des vendanges

La patrie de tous ces Oiseaux est assez restreinte; ils ne fraschissent guère les limites des terres brûlantes, dont l'ensemble forme ce que nous appelons Papuusie, terres situées sous l'équateur, entre la Malaisie et l'Australie, et comprenant ce que l'on connaît sous le nom de Nouvelle-Guinée, d'îles de Waigiou, d’Arou, et ilots environnants. Toutefois, le Séricule Prince-Régent est de la Nouvelle-Galles du Sud. {Lessox, Hist. nat. des Para.) | É

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