NASIQUE KAHAU. NASALIS LARVATVS. (GeonVoy Saint-Hilaire
Car.\ctères spécifiques. — Pelage fauve passant au roux clair sur la poitrine, le cou et les bras; dos et dessus de la tête roux.
Habite Bornéo (environs de Pontiana) et la Cochinchine. Taille l'",10.
Le nom de kahau, avons-nous déjà dit, a été donné au nasique, parce qu'il représente à peu près son cri.
« Les formes du kahau sont lourdes et trapues, et les membres sont proportionnés au corps ; le ventre, au lieu d'être peu apparent et rentré comme chez les semnopithèques, est très-gros et renflé. Le pelage en entier est, soit sur le corps, soit en dessous, également épais et également serré, les poils qui le composent sont courts, rudes, et ne s'allongent que sur les joues, où ils forment de larges favoris qui se déjettent en arriére, cachent en partie les oreilles, et se terminent sous le menton en une barbe rebroussée en avant ; les oreilles sont nues ainsi que la face, qui est saillante et colorée en noir vif; les yeux sont médiocres et la bouche fendue.
La couleur générale du pelage du kahau est un roux ferrugineux à teintes beaucoup plus vives sur le dos, la tête, le ventre, les épaules et les bras. La paume des mains et la plante des pieds sont,
FllSTOIRE NATURELLE.
ainsi que la fare, d'un unir profond; les doiyls des mains et des pieds, longs et très-fendus, sont velus jusqu'à la racine des ongles; les poils de la queue sont courts, serrés, de couleur rousse, et ne forment point de touffe à son sommet. »
L'espèce établie par les Anglais sur un jeune individu, et dont nous avons déjà parlé, présente les caractères suivants, qui peuvent tous être rapportés à des différences d'âge : nez court et retroussé, tête, cou, épaules, cuisses de couleur rousse, milieu de la région dorsale d'un rouge grisâtre, parties internes des bras et des cuisses, croupion et dessus de la queue gris, dessous de la queue blanchâtre. Taille 0"',66.
Habite Bornéo.
On doit supposer avec d'autant plus de raison que cette description ne se rapporte qu'à un individu jeune de l'espèce, que cette différence de coloration du pelage se fait remarquer dans la plupart des singes, et que le caractère tiré de la disposition du nez est bien peu certain, si l'on admet que les cartilages du nez sont exposés à de nombreuses variations de forme, sans parler même des variations accidentelles très-possibles.
Fig. 58. — Nasique jeune.
î""- GENRE. - SEMNOPITIIÈQUE. SEMXOPITIIECI'S fFrcil. C.nvicr.)
S^av',;, vi'iiêralilt' ; ~iOr.;, singe (Singes vûnérés ilaiis l'Inde.)
caiiactéhes (jénérioues.
iMiiscnii Ircs-coiirt ; »(•;•(( j)ciiic .sdilliiiit.
Pohil d'itimjoucs, ou seulement des (dnijOUCK rudimcnla'ircs ou simulées par un ir/j/i de hi peau.
Membres longs; corps grêle et très-allongé.
Mains antérieures étroites et très-longues ; pouces antérieurs e.rircnirnieni courts et reculés.
Queue Irès-loniiue.
(linq tulicrcules h la dernière inoluire inférieure.
Estomac à parois bour.ioullées comme celles du gros intestin, et formant trois poches distinctes.
Ongles des pouces aplatis, les autres irè-t-conrcres.
Des callosités aii.v fesses.
Poils abondants et ordinairement longs.
Les seninopitlH'([ues vivent j;t'iiéi';iU'meiit en troupes plus ou iiKilns nombreuses dans les forêts d'une partie de l'aneieii continent, dans l'Inde et l'aieiiipel indien.
Fi^. ïiO. — Télé (lu femnopillièque doue.
Fi^'. 00. — Tèlc lie .«enino|iiUir'i|cip.
Frédéric Cuvier a séparé les seninopithèques des cercopithèques ou guenons, à cause de l'existence d'un talon tuberculeux à la dernière dent molaire de la mâchoire inférieure, caractère que ne présentent pas les guenons. Cette différence, qui pourrait paraître légère à ceux qui ne connaissent pas toute la valeur des modifications du système dentaire, est cependant importante, car elle fait supposer un régime et des mœurs différents. Ainsi, la présence de ce cinquième tubercule à une dent correspond, comme on a pu le vérifier depuis, à une disposition particulière de l'estomac. Cet organe, dans les guenons, ne présente rien de particulier, tandis que, dans les semnopilhè(|ues, il acquiert des dimensions considérables, et ses parois boursouflées forment trois poches assez bien .séparées, savoir : 1° une poche cardiaque ou supérieure, dont les parois sont unies et simples ; 2" une
7i IIISTOIHl-: iNATUUELLE.
poche moycniio Irès-large et boursoiil ce ; T." mie poclie pylorique ou inférieure, étroite, allonc^ée, tubifonne, boursouflée vers sou oi'iyine et lisse vers sa terminaison. D'après la grauile vascularilé de cette dernière partie et d'après le mode de distribution du nerf pueuniOi;astrique, M. Owen considère cette poche p\lori([ue comme la véritable cavité di,nestive, tandis que les poches précédentes ne seraient que des réceptacles analogues à la panse des ruminants, quoique les divisions soient loin d'être aussi tranchées.
Celte disposiliou anatomique permet d'accumuler dans l'estomac une grande quanlilé d'aliments peu nutritifs, sans qu'il y ait surcharge.
Aux caractères énoncés, ajoutons que la branche montante de la màclioiie a une hanleur, un élargissement, surtout dans la partie angulaire, qui rappellent sa proportion dans les hurleurs d'Amérique. Aussi, la plupart des semnopithèques ont-ils une poche gutturale communiquant avec le larynx à la manière de ces hurleurs.
Chez les senuiopilhèqnes, on remarque une forte courbure des phalanges des quatre mains; cette courbure est aussi grande que dans les orangs et les gibbons. En outre, toutes les phalanges, les os du métacarpe et du métatarse, ont le même excès de longueur que les membres qu'ils terminent. Enfin, le pouce de devant y est un quart plus court que dans les guenons, raccourcissement (pii contraste avec la disjiroportion des autres doigts, et qui complète ce rapport déjà indiqué pailes auteurs avec les atèles
Le doue est peut-être le seul semnopithèque qui ait six vertèbres lombaires ; les autres en ont cinq ou sept.
Tous les semnopithèques ont les incisives supérieures et inférieures de grandeur uniforme, et toutes à proportion beaucoup plus petites que les guenons.
Les semno|iithèques ont la face aplatie et nue, le nez très-peu saillant, des sourcils épais et dirigés en avant, ce qui est dû à un renflement assez remarquable des crêtes sourcilières; leur pelage est généralement teint de vives couleurs, et les distingue éminemment sous ce rapport.
Avec leurs membres allongés, souples et agiles, on peut dire que les semnopithèques vivent dans lesfoi'éts; qu'ils trouvent dans les arbres un refuge sûr et commode, et que de branche en branche ils s'élancent dans ce milieu, pour lequel leur organisation est appropriée. Leurs longs bras eu balancier atteignent aisément les rameaux, que leurs pieds saisissent aussi avec la plus grande facilité; ils s'y accrochent ou s'en servent comme d'échelons, tandis que sur le sol leurs mouvements deviennent gênés et gauches.
On dit ces singes déliants, soucieux, très-attachés à leur liberté et peu susceptibles de se familiariser avec l'état de captivité, à moins qu'ils ne soient très-jeunes. Leur humeur est irascible et leur caractère sauvage. Vieux, ils sont intraitables et très-méchants.
Les semnopithèques se trouvent exclusivement en Asie et principalement dans les grandes îles de 1,1 Malaisie ; ils se réunissent en troupes nombreuses que redonleut les hahilants par le maraudage dévastateur qui les suit, et eepndani ils sont vénérés sur le conlinent indieu par les sedateuis de Brama; le semnopithèque entelle surtout y jouit du privilège de ne jamais être trouble lorsqu'il cueille leurs fruits, pille leurs jardins : et mille fois heureux l'Indien auquel une telle visite annonce la protection des dieux! (Lessox.)
On connaît un assez grand nombre d'espèces dont nous allons donner la description.
1. StîMNOPlTHÈQUK DOUC. SEMNOPITIIECVS NEM^US. (Frù.l. Ctivicr.)
Caractères spécifiques. — Pelage gris, tiqueté de noir; face d'un jaune mal, avec le front noir; épaules, cuisses, doigts et partie des mains la plus voisine des doigts, noirs; jambes et tarses d'un roux vif; avant-bras, gorge, bas des lombes, fesses et queue d'un blanc pur; gorge blanche entourée d'un cercle plus ou moins complet de poils d'un noix vif. Taille, 0"'.70.
Habite la Ciichinchini' (et la jiresqu'ile de Malacca'?).
Le dtiue est le plus richement peint de tous les singes ; il est surtout remarquable par la diversité
de son pelaiçe. Bien proporlionné, ses meiiibros sont assez robustes. Sa tète est arrondie, ses oreilles nues et de moyenne dimension. Ses bras ne descendent que jusqu'à la partie supérieure des cuisses, malgré l'allongement des doigts des mains contrastant avec le peu de développement du pouce. La queue est arrondie, longue, grêle et blanche. Les joues sont couvertes de longs poils blancs dirigés en dehors et en arrière et d'un blanc rciussàtre. Les épaules sont noires, ainsi (jne les cuisses, tandis que les jambes sont d"un marron très-vif. Les poils de l'avant-bras sont diriges vers le poignet. Les paumes et les plantes, le tour des yeux et la muqueuse des lèvres, sont noirs. Le poil, serré sur le corps, est peu fourni sur le ventre, et il ne varie ni avec l'âge ni avec le sexe.
Ce semnopithèque habite la Cochinchine, et le nom de doue, qui lui a été conservé, est celui qu'on lui donne dans le pays.
Fig. 61. — Seinnopitliéque doue.
7{) IlISTOIRK NATLÎIŒLLE.
t>. SEMMJl'ITliÈOUl': ENTKLLE. SEM.WPITIIECUS liMELLCi: (Firil. Cuvicr.)
(FI. 1t>.)
Cvractèhes si'ÉciFiQoiîs. — Pelage d'un l)Ianc jaunâtre; le dos, les membres et presque toute la queue d'une nuance plus foncée que le reste du corps; les quatre mains noires. Taille 0'",28,
Habite le Bengale et la péninsule indienne en deçà du Gange.
L'entelle, nommé wanderoo et lioulnian dans l'Inde, a la face et les mains d'un noir violet contrastant avec le blancliâtre obscur et presque Isabelle du reste du corps. Les poils qui entourent la face forment un toupet plat au-dessus des sourcils, et sous le menton une barbe dirigée en avant. Sous le corps et sur les parties internes des mendjres, le poil est presque blanc; la couleur de la peau même est bleuâtre au dos, mais violàlre au visage, à la tète, à la gorge, aux callosités, aux membres et au-dessus des mains; elle est blanche aux membres.
Malgré sa lenteur, la longueur des bras donne à ce singe une étendue, une portée d'élan supérieure à celle des autres singes du Bengale. Aussi, dans les langues de l'Inde, son nom exprime-t-il celte facnllé particulière de mouvement. (Besîioui.ims.)
Celte belle espèce, dit Frédéric (Juvier, avait été vue souvent sans doute par les voyageurs, car c'est l'espèce de quadrumanes qui paraît être la p'us commune en Bengale; et c'est indubitablement à cette circonstance qu'il faut attribuer l'ignorance où nous étions restés à son égard. Ceux qui voyaient ces singes abondamment répandus dans celte partie des Indes, qui en trouvaient les forêts rem|ilics, les pagodes couvertes, pensant qu'ils avaient dû être transportés en Europe en plus grand nombre qu'aucune autre espèce, les repoussaient comme des animaux sans inlérél, et trop communs pour exciter aucune curiosité. C'est, au reste, et il est bon de le dire, ce qui arrive ordinairement. Ce ne sont pas les productions les plus communes des pays étrangers dont les cabinets sont le mieux fournis; et le voyageur qui s'attachera à les recueillir, surtout lors([ue les contiées où il se trouvera ne seront pas anciennement connues, sera sûr de rapporter prescpie autant tl'objets nouveaux que s'il ne réunissait que ceux qui sont plus difliciles à obtenir à cause de leur rareté, et surtout plus généralement recherchés à cause de leur éclat.
L'entelle méritait cependant une attention toute particulière ; ce n'était point seulement une espèce distincte des autres, comme plusieurs le sont, par les teintes de quel([ues-unes de ses parties ou par les dimensions de quelques-uns de ses organes; tout en lui sendde annoncer un type nouveau : sa physionomie générale, les proportions de ses membres, ses dispositions intellectuelles; car, avec tous les caractères génériques (Jes guenons, il n'a point l'extérieur de ces singes : au lieu de ces membres vigoureux dans leurs proportions, et qui annoncent autant d'agilité que de force ; au lieu de cette pétidance dans les mouvements, de cette vivacité dans le regard, de cette mobilité dans les traits du visage, l'entelle a des membres d'une longueur démesurée et en apparence trèsgréles, des mouvements lents, un œil et une physionomie dont rien ne semble pouvoir altérer lo calme. Sans sa longue queue, on aurait pu le prendre pour une espèce de gibbon; en effet, c'est sous ce nom qu'il nous avait été annoncé, ses rapports avec les autres quadrumanes ayant été établis d'ajirts son ('aractère moral plutôt que d'après ses caractères pliysi([ues. Il semblerait être pour les guenons ce que les atèles sont pour les sapajous.
Cet animal nous avait été donné par M. liressand, qui l'avait lui-même rapporté de Bengale; il était très-affaibli des fatigues du voyage, et, quoiqu'il se fût assez bien rétabli, nous n'avons pu le conserver que pendant six mois : il mourut, et la cause de sa mort fut la maladie qui, dans nos climats, enlève la plupart des animaux des zones torrides.
Cet entelle frappait au premier regard par le contraste de la couleur noire de son visage et de ses mains avec celle du reste de son corps, entièrement recouvert d'un pelage blanchàlre, et par la direction des poils qui entouraient sa face et qui lui formaient au-dessus des sourcils une sorte de toupet saillant, et, sous la mâchoire inférieure, une barbe qui, au lieu d'être pendante, se dirigeait en avant dans le sens de la mâcliùire. Ses membres, ses dents, ses sens et ses organes génitaux avaient
Semnopithèriue entelle.
(jLiADIUIMANES. 77
la plus grande ressemblance avec ceux des guenons ; et jusqu'à présent je n'ai pas lieu de penser cpie cet animal puisse présenter sous ce rapport d'autres ditïérences avec ces singes que celles qui se reneonirent même entre leurs diverses espèces : la conque externe de ses oreilles était assez grande, et circonscrite par des lignes di'oiles philùt qu'arrondies; ses narines étaient plus écartées l'une de l'aulrc inl'érieurcment, ses màciiuires étaient moins épaisses, et il est douteux qu'il eût des abajoues. Lu teinte du pelage variait du blanc grisâtre au blanc-roux. Le long du dos, et principalement sur les lombes, le poil est roussàlre; en descendant sur les côtes il pâlit, et devient presque entièrement blaiu: sous le ventre et à la lace interne des membres. Les poils qui couvrent les bras sont gris près des épaules, et ils deviennent de pins en plus foncés en avançant vers la main, où ils sont presque noirs; et il en est à peu près de même des membres postérieurs, seulement le derrière des cuisses est de la teinte du dos; la queue est aussi d'un gris roussàtrc. La peau du visage, de la tête, de la gorge, des membres et du dessus des mains est d'un noir violet; celle du dos est d'un bleuâtre beaucoup plus pâle ; celle du ventre est blanche; celle de la queue, de l'intérieur des mains, des oreilles et des callosités est tout à fait noire. Le cercle de l'iris est brun-roux, et la pupille noire. Tout le pelage ne se compose que de poils soyeux qui sont généralement rares, mais surtout aux ])arlies inférieures : ils ont assez de longueur, et, quoique doux au toucher, ils ne sont pas trèslisses.
Pendant la jeunesse, et surtout l'enfance, l'entelle a le museau très-peu saillant; son front est assez large et presque sur la même ligne que les autres parties de sa face ; le ciâne est élevé, arrondi, et renferme un cerveau qui a la même étendue que lui.
A ces traits organiques, se joignent des qualités intellectuelles très-étendues; une étonnante péné- Iralion pour concevoir ce qui peut leur être agréable ou nuisible, d'où naît une grande facilité à s'apprivoiser par les bons traitements, et un penchant invincible â employer la ruse pour se procurer ce qu'ils ne pourraient obtenir par la force, ou pour échapper à des dangers qu'ils ne parviendraient pas à surmonter autrement.
Au contraire, l'entelle très-adulte n'a plus de front; son museau a acquis une proéminence considérable; et la convexité de son crâne ne nous présente plus que l'arc d'un grand cercle, tant la capacité cérébrale a diminué. Aussi ne trouve-t-on plus en lui les qualités si remarquables qu'il nous offrait auparavant.
L'apathie a remplacé la vivacité et la pénétration ; le besoin de la solitude a succédé à la confiance, et la force supplée â l'agilité et â l'adresse. Ces différences sont si grandes, que, dans l'habitude vicieuse où nous sommes de juger des actions des animaux par les nôtres, nous pi'endrions le jeune entelle pour un nidividu de l'âge où les développements les plus tardifs sont atteints, où toutes les perfections morales de l'espèce sont acquises, et où les forces physiques commencent â s'affaiblir, et l'entelle adulte, pour un individu qui n'aurait encore que ses forces physiques, et qui n'obtiendrait que plus tard celles qui sont destinées â les diriger. Mais la nature n'agit point ainsi avec les animaux qui ne doivent point sortir tle la sphère étroite où ils sont destinés à exercer leur influence. Pour cela, il suffit, en quelque sorte, qu'ils puissent veiller à leur conservation. Or, dans ce but, l'intelligence était nécessaire quand la force n'existait point encore : dès que celle-ci est acquise, toute autre puissance perd de son utilité; et, en effet , c'est ce que nous montrent encore tous les singes : tant qu'ils sont jeunes, ils rivalisent presque avec l'honmie de pénétration et d'adresse, et, dès que leurs forces musculaires se développent, ils deviennent sauvages et féroces; en esclavage même, plutôt que de solliciter du geste et de la voix, ils exigent en menaçant, et, au lieu de la liberté turbulente, mais sans danger, dont on pouvait les laisser jouir, il faut les charger de chaînes pour éviter qu'ils ne se livrent â toutes sortes de méchanceiès. tt ces faits n'ont pour cause ni la gêne, ni lien de ce qui se trouve de violent dans la situation de ces animaux renfermés dans nos ménageries. Les mêmes observations ont eu lieu de la part de tous ceux qui ont pu étudier les singes dans les contrées où ils jouissent de plus de liberté. Les entellcs devraient, à cet égard, présenter des observations curieuses dans les contrées d'où ils sont originaires, c'est-à-dire parmi ces Indiens, qui, croyant à la métempsycose, les traitent avec tous les égards qu'ils auraient pour leurs amis, leurs jiarents ou leurs chefs.
« Les Indous bramas ont, comme on sait, un respect religieux pour la vie de tous les animaux ; il en est cependant quelques-uns pour lesquels ils ont plus de vénération que pour les autres, et les
semnopitlièques sont de ce nombre; ils se laissent dépouiller par eux, se glorifient même des ravages qu'ils causent dans leurs cultures ; et ces animaux sont tellement habitués à ne suivre que leurs penchants au milieu de cette population dégradée, qu'ils semblent y commander en maîtres : ils viennent jusque dans l'intérieur des habitations s'emparer des repas, et même arracher des mains les aliments qui leur conviennent. Après de tels exemples, on doit concevoir qu'on puisse ne jamais désespérer de faire prévaloir les préjugés sur la raison, et de rendre la soumission plus douce que l'indépendance. )l (FllÉDÉr.IC CuviER.)
Voici ce que M. Duvaucel écrivait sur ces animaux :
« Cette. espèce est très-respectée par les Indous, qui l'ont déifiée et qui lui donnent même une des premières places parmi leurs trente millions de divinités.... Son apparition dans le bas Bengale a lieu principalement vers la lin de l'hiver. Mais je n'ai pu d'abord m'en procurer; car, quelque zèle que j'aie mis dans mes recherches et mes poursuites, elles sont toujours restées infructueuses à cause (les soins empressés qu'ont mis les Bengalis à m'empécher de tuer une bête si respectable, qu'on doit nécessairement mouiir dans l'année qui suit son décès. Les Indous chassaient le singe aussitôt qu'ils voyaient mon fusil; et, pendant plus d'un mois qu'ont séjourné, à Chandernagor, sept ou huit individus qui venaient jusque dans les maisons saisir les offrandes des lils de Biama, mon jardin s'est trouvé entouré d'une garde de pieux brames qui jouaient du tam-tam pour écarter le dieu quand il venait manger mes fruits. Ce que je sais de mieux sur cette espèce, c'est son histoire mythologique; mais il serait trop long delà rapporter ici. Je dirai seulement que lehoulman, par sa force, son esprit et son agilité, est un héros célèbre dans le recueil volumineux des J/f/.v/cîr.s du peuple iiuloti. On lui doit ici l'un des fruits les plus estimés, la mangue, qu'il vola dans les jardins d'un fameux géant établi à Ceyian. C'est en punition de ce vol qu'il fut condamné au feu, et c'est en éteignant ce feu qu'il se brûla le visage et les mains, restés noirs depuis ce temps, etc.... Je suis entré à Gouptipara (lieux saints, sur l'Ilougly, et habités par des brames et couverts de pagodes, dans l'une des- ((uelles on conserve la chevelure de la déesse Dourga), à peu près comme Pythagore à Benarès , lui pour chercher des hommes, moi pour trouver des bêtes, ce qui est généralement plus facile. J'ai vu les arbres couverts de houlmans, qui se sont mis à fuir en poussant des cris affreux. Les Indous, en voyant mon fusil, ont deviné, aussi bien que les singes, le sujet de ma visite, et douze d'entre eux sont venus au-devant de moi pour ni'apprendre le danger que je courais en tirant sur des animaux qui n'étaient rien moins que des princes métamorphosés; j'avais bien envie de ne point écouter ces charitables avocats; cependant, à moitié convaincu, j'allais passer outre, lorsque je rencontrai, sur ma route, une princesse si séduisante, que je ne pus résister au désir de la considérer de plus près. Je lui lâchai un coup de fusil, et je fus alors témoin d'un trait vraiment touchant : la pauvre bêle, qui portait un jeune singe sur son dos, fut atteinte près du cœur; elle se sentit mortellement blessée, et, réunissant toutes ses forces, elle saisit son petit, l'accrocha à une branche, et tomba morte à mes pieds. Un trait si maternel m'a fait plus d'impression que tous les discours des brames, et le plaisir d'avoir un bel animal n'a pu l'emporter, cette fois, sur le regret d'avoir tué un être qui semblait tenii' à la vie par ce qu'il y a de plus respectable, etc. » (Février 1825.) ■
3. SEMNOPlTilÈQUE UE DUSSUMIER. SEMyoPITIIECUS DVSSUMIERI. (Isid. Geoffroy S^inl-llilaire.)
G.\R.\CTÈRES SPÉCIFIQUES. — l'clagc (l'un bruu grisâtre sur le corps et fauve sur la tête , le cou, les flancs et le dessous du corps ; queue et membres d'un brun qui passe au noir sur une grande partie de la queue, les avant-bras et les quatre mains; pdils divergents sur la tête.
Habile l'Inde continentale.
La tète est couverte de pdils fauves en dessus, en dessous et sur les côtés; celte même couleur s'étend sur la nuque et le cou, et forme à l'animal une sorte de capuchon (ilus clair que la couleur
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