PREMIÈRE TRIBU. — PRIMATES
Nous donnons le nom de primates aux divers singes compris autrefois dans le seul genre orang, et formant aujourd'hui trois genres bien distincts : troglodyte, orang et gibbon. Ce sont des singes à formes presque humaines, et que quelques auteurs désignent sous le nom d'anthropomorphes.
A première vue, on remarque que les troglodytes, ou chimpanzés, se distinguent des orangs et des gibbons par des proportions plus convenables de leurs membies antérieurs et postérieurs Cette disposition leur permet quelque temps d'allure bipède; tandis que la longueur des bras condamne pour ainsi dire les orangs et les gibbons à marcher à quatre pattes, alors même qu'ils font tous leurs efforts pour essayer de marcher debout.
1" GENRE. —TROGLODYTE. TROGLODYTES. (Geoffroy-Saint-Ililaire.)
Tpm-yXoJuTïi;, nom d'une race d'hommes ou de singes habitant des cavernes.
CARACTÈRES GÉNÉRIQUES
Bras de longueur motienne et atteignant le bas des cuisses. Pelage peu fourni.
Corps gros et trapu.
Mains larges et doigts assez proportionnés; pouces très-reculés. Ongles des pieds et des mains tres-aplatïs , comme chez l'homme. Face nue; oreilles a.iscz grandes, de forme humaine, nues et rebordées.
Museau court; front fuijant en arrière et se prolongeant en avant au-dessus des yeux par des crêtes orbitaircs formant un bourrelet gros et saillant. Point de queue ni d'abajoues. Callosités évidentes, mais étroites, aux fesses.
Habite la côte occidentale d'Afrique, régions équatoriales.
On ne connaît bien qu'une seule espèce. Cette espèce varie beaucoup avec l'âge; aussi a-t-elle re(,:u plusieurs noms, ([ui, aujourd'hui qu'elle est mieux étudiée, se rapportent tous à titre de variété d'âge au troglodyte chimpanzé; les principaux de ces noms sont : jocko, pongo, enjocko, orang noir.
Buffon a d'abord confondu le chimpanzé et l'orang-outang, et tout ce qu'il dit du jocko s'appli- (lue au chimpanzé. Ce n'est que plus tard que ce célèbre écrivain reconnut les différences qui existent entre l'orang et le jocko ou troglodyte. « Nous présentons ces deux animaux ensemble, dit-il. le pongo et le jocko, parce qu'il se peut qu'ils ne fassent tous deux qu'une seule et même espèce. »
De tous les animaux de l'ordre des quadrumanes, le chimpanzé est celui qui se rapproche le plus de l'homme par l'ensemble de son organisation et par son intelligence.
Il a le crâne arrondi, mais déformé par la saillie des crêtes sourcilières; le nez est comme écrasé et très-distant de la bouche, dont les lèvres, extrêmement mobdes, et non bordées, sont trèspeu épaisses; la face est nue. La poitrine est large et le bassin assez développé, disposition qui, jointe à un commencement de développement des muscles jumeaux et soléaires, permet en partie la station verticale et la marche bipède sans nuire à la faculté de grimper qu'assure l'écartemenl des pouces aux quatre mains
I,p pelage, noir, assez fourni sur le dos et les é|iaules, est formé de poils assez rares aux parties antérieures du corps et internes des membres; on remarque autour de l'anus quel([ues poils blancs, formant une tache dans le jeune âge. Les poils de lavant-bras se recourbent vers le coude; les quatre mains ne sont velues qu'aux surfaces dorsales des régions métacarpienne et métatarsienne; ce- ])endant ces organes, comparés à ceux de l'homme, présentent des différences qu'on se plaît trop facilement à méconnaître; le merveilleux est si séduisant, qu'on a cru pouvoir établir des rapports étroits entre les traits de la face de ce singe et ceux de la ligure humaine: Il y a incontestablement des ligures humaines bien laides, mais cette laideur repoussante ou bizarre est exceptionnelle, et rarement elle fournit les caractères de l'animalité, qu'on ne trouve réunis que dans les brutes
Fi;*. 50. — Chimpanzé nuii', jeune. (Véline fin Muséum,^,
Le chimpanzé habite la Guinée et le Congo, la côte d'Angole et le Loango. On dit qu'il s'abrite sous des huttes qu'il façonne avec des branches et des feuilles; Jobson assure avoir vu, dans les endroits fréquentés par ces animaux, une sorte d'habitation composée de branches entrelacées et qui pouvait servir du moins à les garantir de l'ardeur du soleil (Cuffon). On ajoute que lorsqu'un de ces animaux meurt, les autres couvrent son corps d'un amas de branches et de feuillages (Buffon d'après Battel); que cet animal peut se servir d'un bâton comme arme offensive ou défensive, et qu'il est assez adroit pour lancer des pierres à f ennemi qu'il attaque ou qu'il redoute; qu'il se range autour des feux abandonnés par les nègres, mais qu'il ne sait pas les entretenir en y mettant du bois (Battel). On dit encore, mais avec moins de certitude, qu'il enlève les négresses, qui ne peuvent passer seules dans les bois qu'il habite (Dampier). De la Brosse assure avoii' connu une négresse qui a passé trois années avec ces animaux et a subi leurs caresses. An dire de Latreillc.
Balte! racunle qu'un pongo lui enleva un petit nègre et le conserva une année entière. Tout cela est écrit, mais n'est pas prouvé.
La force de ce singe est prodigieuse, sans que sa taille atteigne celle d'un honnne. On n'en prend jamais en vie, parce qu'ils sont si robustes, que dix hommes ne suffiraient pas pour en arrêter un; mais les nègres en prennent déjeunes, après avoir tué la mère, au corps de laquelle s'accrochent étroitement les petits (Battel).
Ce dernier dit qu'il y a deux espèces : le pongo, qui est aussi grand et plus gros qu'un homme, et l'enjocko, (|ui est beaucoup plus petit (Buffon). Enfin, Bosnian écrit que les singes de Guinée, que l'on appelle mtillm en flamand, sont de couleur fauve, et deviennent extrêmement grands. J'en ai vu, ajoute-t-il, un de mes propres yeux qui avait cinq pieds de haut, Ces singes ont une assez vilaine figure, aussi bien que ceux d'une seconde espèce qui leur ressemblent en tout, si ce n'est que quatre de ceux-ci seraient à peine aussi gros qu'un de la première espèce. On peut leur apprendre presque tout ce que l'on veut.
On le voit, l'histoire du chimpanzé serait merveilleuse s'il fallait ajouter foi à tous les rapports plus ou moins exagérés de quelques voyageurs; on a été jusqu'à avancer que ces singes parlaient, mais en sifflant, k .le puis assurer, dit Buffon, qui dément formellement cette assertion, qu'ils ne p.arlent pas, quoi qu'en dise Bontius, ni ne sifflent pour s'exprimer, mais même qu'ils ne font rien qu'un chien bien instruit ne puisse faire. On avait appris à un de ces singes à manger avec la cuiller et la fourchette. Quand on lui donnait des fraises sur une assiette, c'était un plaisir de voir comme il les piquait une par une et les portait à sa bouche avec la fourchette, tandis qu'avec l'autre patte il tenait l'assiette. On ma assuré qu'étant à bord du navire, il courait librement parmi l'équipage, jouait avec les matelots, et allait quérir, comme eux. sa portion à la cuisine. »
« Voici un trait singulier que Buffon a omis, dit Latreille. et que je tiens d'un témoin oculaire. Le jocko qui vivait chez Buffon avait conçu une affection particulière, dégénérée en une vive jalousie, pour une dame qui voyait quelquefois ce naturaliste. Il ne pouvait souffrir qu'on l'approchât; dès qu'il voyait quelqu'un près d'elle, il s'armait aussitôt d'un bâton ou d'une canne, et tombait sur l'imprudent qui avait alarmé ses sentiments. Buffon était le seul alors qui eût de l'ascendant sur lui, encore même en témoignait-il une sorte de dépit. Il ne fallait rien moins que la voix d'un tel maître pour contenir son humeur violente. «
Dans une note communi(piée à mon ami le docteur Lesson, au sujet du chimpanzé, M de Blainville s'exprime ainsi :
La physionomie de cet animal est mélancolique, sérieuse, mêlée de quelque chose de doux
Fig. 57. -- ïètes du cliimp.inzé jeune, niurt :ui Mu>t''uri
QIIADHUIIANES. 35
et même d'aimant. 11 moiitro, on oflVl, If iiumiic dei;i'é tranVrtioii pour snn mailre et ceux qui le soignent, que le faisait l'oranij-outan, qui a été aussi au Jardin. 11 est trés-tranquille et très-obéissant aux moindres volontés de son maître et même de tout le monde. L'élévation du ton de la voix suffit pour l'arrêter, le faire venir à soi ou se faire embrasser comme par un enfant.
Sa démarrbe à terre est encore assez bien celle de l'orang-outan , c'est-à-dire qu'il marche le plus souvent à quatre pattes , dans une position un peu oblique , appuyé en avant sur le moignon formé par les articulations des premières et secondes phalanges, et en arrière bien davantage sur la plante des pieds que l'orang-outan, qui s'appuyait sur le côté des mains, les doigts fléchis en dedans. Du reste, il aime à sauter, à se balancer comme ce dernier. De même qu'un enfant, il ne peut rester seul, et crie continuellement si l'on n'est pas auprès de lui.
Ainsi, en définitive, c'est un animal très-voisin de l'orang-outan, se rapprochant plus que lui de l'espèce humaine par les membres et surtout par les pieds; en un mot, plus bipède, mais plus semblable aux quadrupèdes par l'abaissement du front, la saillie des crêtes sourcilières et la grandeur des oreilles.
La démarche des chimpanzés sur le sol, ajoute Lesson, est oblique, embarrassée, quand elle s'exécute sur les pieds seuls, mais des plus ingambes, quand les mains viennent l'aider. Dans les arbres, la souplesse des membres et leur force musculaire servent à la rapidité de leurs évolutions, et ces demeures intermédiaires entre le ciel et la terre leur permettent de parcourir à l'aise de vastes étendues de terrain en passant de branches en branches.
Les chimpanzés, dans leur jeune âge, joignent aux formes arrondies des enfants la même pétulance, la même gaieté. Ils ont de la douceur, de la docilité et un rare esprit d'imitation. On les a vus, dans la domesticité, sérieux, graves, mais rendant caresses pour caresses, s'attachant à ceux qui leur accordaient de bons traitements , imiter nos actions , s'habituer à nos mets , même à ceux qui semblent le plus contraires à leurs goûts naturels; se transformer, par l'éducalion, en animaux raisonnables , et racheter la gaucherie de leurs gestes par la sagacité de leurs observations et la finesse intelligente qui les portait à les exécuter.
En vieillissant, au contraire, les chimpanzés deviennent tristes et moroses. Presque tous les individus conduits en Europe sont morts sans atteindre un âge avancé. Dans leur vie libre et indépendante, ce qu'on appelle férocité et sauvagerie est le sentiment de leur force qui les porte à repousser toute atteinte agressive menaçant la sécurité de la famille. Les anciens voyageurs ne tarissent pas sur la brutalité des mâles qui enlèvent des négresses, et qui, cependant, les nourrissent avec soin dans leurs retraites pour en obtenir les faveurs; vieilles histoires invraisemblables qu'on répète, contes que les nègres ont popularisé, mais que rien ne légitime. Les singes ne sont lascifs devant les femmes, quelle qu'en soit l'espèce, que dans la captivité; car la prison exalte leurs passions sous l'empire d'une vie monotone et échauffante, privée de son libre arbitre. La femelle ne donne le jour qu'à un seul petit, et semble manifester, dit-on, des sentiments de pudeur; mais il est permis de révoquer ce fait en doute, car la pudeur est même inconnue à plusieurs races humaines qui vont nues.
Les forêts équatoriales leur fournissent les fruits dont ils se nourrissent; ils mangent sans doute aussi des œufs et même des petits oiseaux qu'ils dévorent tout crus à la manière de quelques nègres de la Papouasie.
Nul doute que les gorilles ou femmes sauvages que les Carthaginois, sous les ordres d'Ilannon , tuèrent dans une île de la côte occidentale d'.Afrique, ne soient des chimpanzés. (Lesson, Mœurs et inst. des anitn.j
Le premier chimpanzé venu vivant en Europe était une jeune femelle de trois ans; elle avait été donnée, au commencement du dix-septième siècle, au stathouder Frédéric-Henri, prince d'Orange. Tulpius en donna la description, en 1(372, dans ses Observationesmcdicœ, et la classa sous le nom de Salijrus indictts, pensant qu'elle venait des îles de la Sonde, et ne se doutant pas que l'espèce ue se trouve que dans certaines parties de l'Afrique équatoriale. Buffon en a possédé un jeune individu en 1740, en même temps qu'un autre de même âge était à Londres l'objet des observations des naturalistes anglais. Depuis cette époque , plusieurs chimpanzés ont été amenés vivants en Europe ; l'un est mort dernièrement à la ménagerie du Jardin des Plantes, et un autre, le plus âgé de tous, dit-on, et le plus grand, a été perdu récemment par la ménagerie d'Amsterdam.
Le chimpanzé est, comme on le voit, un animal encore peu connu, puisqu'il n'a été étudié que sur (le jeunes sujets. D'un autre côté, les peaux de grands individus, apportées en Europe et. conservées dans les collections, présentent quelques différences de coloration ou de taille, et les squelettes, particulièrement le crâne, offrent aussi quelques caractères que l'on considère généralement comme des différences d'âge ou de sexe, quoique plusieurs naturalistes pensent qu'elles sont assez importantes pour permettre d'établir deux ou trois espèces. M. Lainier, conservateur du Musée du Havre, a bien voulu, dans le courant de cette année, m'envoyer, pour l'étudier, un troglodyte qui a une taille de plus de cinq pieds, et qui lui semble devoir constituer une espèce nouvelle; il a eu l'extrême obligeance de joindre à cette pièce remarquable un très-jeune individu parfaitement monté
Fis Î5S — Cliimpanzù, supiiosé nouvelle espèce. (Musée du Havre )
et son squelette; mais, après uu examen minutieux et une comparaison sérieuse , je n'ai trouvé aucun caractère suflisant pour admettre ce singe comme une espèce différente du troglodyte noir ou chimpanzé. Cependant, il convient d'ajouter que cet énorme singe est dans un état qui laisse beaucoup à désirer ; il lui manque les organes principaux qui ]iourraient servir à lever les doutes , je veux parler de la tête osseuse, des mains et des pieds. Le capitaine qui a donné ce singe à M. Lainier lui a assuré qu'il existait sur la côte d'.\frique, où il se l'était procuré, deux espèces bien distinctes et reconnues comme telles ])ar les nègres qui font la chasse à l'une, qui est plus petite, et qui serait celle que nous nommons chimpanzé ou troglodyte noir, tandis qu'ils refusent forineUement
d'aller dans les forêts où vit la grande espèce , qui est redoutable par sa force prodigieuse plus encore que par sa férocité; cette assertion confirmerait celle de Battel. Il convient cependant, pour le moment, de s'abstenir et d'attendre de nouvelles observations plus précises que nous fourniront sans doute bientôt nos relations plus fréquentes avec les côtes occidentales de l'Afrique.
2'"'' GENRE. — ORANG des auteurs. SATYRUS. (Lesson.)
Orang-outan. Homme ilcs bois, nom local. Satjie, nom m; llioloi;iquc.
CARACTÈRES GÉNÉRIQUES
Bras longs et descendant jusqu'aux malléoles.
Pclaçje assez fourni, excepté aux parties internes et antérieures du corpi.
Corps gros et trapu.
Doigts longs, grêles, un peu courbés et garnis d'ongles noirs à demi ciiUndriqucs , à l'exception de ceux des pouces, qui sont plus aplatis.
Museau proéminent : des protubérances adipeuses aux joues des vieux mâles. Oreilles moyennes et bien bordées.
Point de queue, pas d'abajoues.
Pas de callosités aux fesses.
Habite les forêts de Bornéo, de Sumatra, etc.
Les orangs et les chimpanzés sont les plus grands de tous les singes. On a décrit plusieurs espèces d'orangs, mais on n'est point encore délinitivement iixé sur la valeur spécifique ut la constance des caractères différentiels.
Le front des orangs est fuyant, la tète est grosse ; leur face nue, bleuâtre ou cyanosée, s'avance en museau disgracieux, et, chez quelques vieux mâles seulement, on a remarqué entre les yeux et les oreilles d'énormes pelotes de graisse qui forment un large bourrelet. Le nez est très-épatè et sans saillie; la lèvre supérieure, très-distante du nez, est lourdement arrondie.
Si l'on examine le squelette d'un orang, on trouve, indépendamment des déformations qui se prononcent avec l'âge, des clavicules fort longues, et les apophyses épineuses des vertèbres cervicales très-développées ; le thorax est large, et les côtes fortes et bien attachées. Les os du bassin sont longs et étroits, disposition qui rend la marche bipède difficile et oblique.
Dans le jeune âge , le crâne lisse et arrondi ne tarde pas à prendre les caractères de l'animalité , son diamètre antéro-postérieur s'allonge ; le bord orbitaire du frontal s'épaissit et produit une énorme saillie; les arcades zygomatiques s'écartent et élargissent la face ; plusieurs crêtes osseuses se développent sur la surface du crâne , se réunissent en prenant des proportions qui font oublier les rapports frappants que la tête des jeunes individus pouvait présenter avec celle de l'homme.
Les dents, d'abord moyennes, deviennent fortes, larges, puissantes; et les canines, qui ne présentaient qu'une saillie peu importante , dépassent les autres dents et suivent la dégradation du crâne.
D'après cette déformation que subit l'enveloppe osseuse du cerveau aux diverses époques de la vie de ces quadrumanes, il est facile de comprendre les résultats variés, suivant l'âge, que doit donner la mesure de l'angle facial. L'intelligence, dont ces animaux donnent tant de preuves lor.'^qu'ils sont jeunes, disparaît aussi à mesure que les forces physitiues se développent, et l'éducabililé et la docilité font place aux instincts sauvages de la biule.
Fig, 59. — Têlcs d'orangs à trois â<ref.
'i¥'/f^^;il,^{
Fi;;. 4U. — Tclc d'oraiig adulte.
Et si l'on peut citer les singes, et surtout les espèces des deux premiers genres, comme mesure du degré auquel peuvent atteindre les facultés intellectuelles départies aux aniinau.x, il faut bien se garder de croire aux exagérations dont on a rempli à plaisir les Traités d'histoire naturelle.
QL'ADRUMAiSES.
S'il était iiéressaiie d'accuimilei' les preuves pour ilémouli'cr que les quadrumanes qui , par leur ori^anisation, se rai)piO(iieiit le plus de rhuinnie, ne peuvent dans aucun cas être classés parmi les bimanes, nmis l'eiions nbservrr que ces animaux, en marci}ant . cherchent des points d'appui sur leurs quatre membres, et, comme ils sont plutôt grimpeurs que marcheurs, leurs mains supérieures et inférieures sont le plus souvent fléchies, même pendant les mouvements de progression qui s'exécutent en quel([uc sorte sur les faces dnrsalcs des doigts, presque toujours entraînés vers la paume, comme si cette llexion étail'Ieur état normal.
Fis 41 . — Orans mâle adulte.
Aussi peu connus que les chimpanzés, dont ils diffèrent non-seulement par les caractères que nous avons fait connaître, mais encore par les localités qu'ils habitent, puisque le chimpanzé est un sinnc africain, tandis que l'orang ne se trouve que sur les grandes îles des mers d'Asie, Boriito et Sumatra, les orangs ont reçu plusieurs noms : homme sauvage, homme des bois, satyre, barris, sphinx, pongo, etc. Mais, comme nous venons déjà de le dire, on ne sait pas bien s'il y a plusieurs espèces ou s'il n'y en a qu'une, et si les divers noms donnés ne s'appliquent pas à des individus d'une même espèce, mais à des âges différents.
.M. Mullcr, .savant naturaliste, qui a habité pendant douze années les possessions hollandaises intertropicales de l'Inde, et s'y est exclusivement livré à de nombreuses recherches d'histoire naturelle, pense qu'il y a au moins trois espèces d'orangs. Ce témoignage est sans doute trés-imporlani, mais ce n'est qu'une assertion sans preuves évidentes M. Owen, bien connu, lui aussi, par l'imporlance de ses travaux, dit ([u'il existe à Bornéo deux espèces d'orangs ; le morio et le satyrus; le premier se distinguerait du second par la petitesse des molaires, par des canines moins fortes et
des incisives plus grandes. Contrairement à ces deux opinions, et à celle qui établit une espèce à Bornéo et une autre à Sumatra, et peut-être une troisième sur le continent indien, M. Temminck n'admet, pour véritable patrie de ce grand singe, que Bornéo et Sumatra, se fondant sur les habitudes de l'orang, qui ne vit jamais dans les contrées montagneuses, mais seulement dans les immenses deltas formés de plaines basses, boisées, marécageuses, et exposées à l'influence du soleil tropical. Comme l'ile de Java ne possède nulle part de vastes plaines basses et boisées, on peut en déduire que l'orang ne saurait y vivre et n'y a jamais existé La presqu'île de Malacca, contrée longue, étroite, entrecoupée dans toute son étendue de chaînes monlueuses, manquant de grandes rivières et n'offrant de plaines basses que sur le point rétréci de l'isthme de Krah, est aussi peu propre que Java à servir de demeure à ces grands singes; s'ils existaient là, on en saurait quelque chose dans les établissements anglais, tels que Singapore et Poulou-Pinang. Les plaines qui s'étendent le long des chaînes de l'Irawaddi, du Salueii el du May-ke-Oung, conviendraient mieux peut-être aux mœurs de ces animaux, mais ces dernières contrées ont été récemment visitées par M. Crawfurd, qui ne fait nulle part mention de l'existence d'un singe orang. Il est difficile de supposer la présence de ces animaux plus vers le nord, car la constitution montagneuse du pays ne leur convient pas. A juger par les moyens que nous avons sous les yeux, ajoute M. Temminck, la différence entre l'orang de Sumatra et celui de Bornéo consisterait en ce que le premier n'a point d'excroissances adipeuses aux joues, ses crêtes temporales ne se réunissent pas pour former une crête coronale ou sagittale élevée, et ses os du nez sont plus étroits. Nous demandons maintenant si, par ces caractères, dont la constance sur tous les sujets n'est pas démontrée, et que nous retrouvons aussi isolément répartis sur des sujets de Bornéo, tandis qu'ils existent réunis sur un individu sans excroissances adipeuses, obtenu de cette dernière île, nous demandons, disons-nous, s'il conviendrait, de séparer, pour ce motif, l'orang de Sumatra de celui de Bornéo?
L'absence d'ongle aux pouces des extrémités inférieures, qui a été considérée par les uns comme une différence sexuelle, et par les autres comme un caractère spécifique, n'est qu'une anomalie accidentelle, car je lis qu'un bel individu, rapporté de Bornéo par M. Muller, a le pouce de l'un des pieds pourvu d'un ongle parfaitement développé, tandis qu'il n'en existe pas la plus légère apparence au même doigt de l'autre pied. Quant à la couleur du pelage, elle varie du brun-marron presque noir au roux terne en passant par des nuances intermédiaires; mais les femelles sont généralement d'une nuance plus foncée que les mâles à âge égal, et elles n'ont jamais de protubérances adipeuses.
Si maintenant nous consultons les naturalistes français, nous verrons le nombre des espèces augmenter encore; nous pouvons même ajouter qu'un genre a^été admis sous le nom de pongo par M. de Blainville pour l'orang du Wurmb. Geoffroy Saint Hilaire, qui n'en fait qu'une espèce, dit que « la tête de cet animal est arrivée, par le développement extraordinaire de la face, l'allongement et la grosseur du museau, les épaisses saillies de plusieurs lignes du crâne, à des formes tellement hideuses, qu'on serait tenté d'y méconnaître un fond de rapports avec les singes. » Toutes ces modifications pourraient très-bien n'être que l'effet de l'âge, et nous nous abstiendrons jusqu'à nouvel ordre. Pour terminer ce catalogue d'espèces douteuses, nous avons à citer encore une espèce admise par M. de Blainville, l'orang de Wallich, dont les caractères sont tirés uniquement d'un crâne non encore adulte.
M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, qui s'est beaucoup occupé de l'histoire des singes, admet deux espèces d'orangs, et nous croyons ces deux espèces assez distinctes pour les considérer comme définitivement reconnues. La première, décrite depuis longtemps, est l'orang-outan, Satijrus rufus, la seconde a reçu le nom d' orang bicolore, Salyrus bicolor.
Avant de donner la description de ces deux espèces, nous croyons devoir reproduire une partie des observations de Frédéric Cuvier au sujet de la jeune femelle dont il a si bien étudié le caractère et les mouvements modifiés sans doute par la captivité, et nous compléterons l'histoire de ces singes si remarquables en ajoutant sur leur vie, à l'état de liberté, les détails empruntés à MM. Schlegel, Muller et Temminck. Enfin nous donnerons le récit de la mort d'un orang tué par deux officiers anglais, MM. Graygimann, récit rapporté dans le tome xv des Asiatic Rescarchcs.
« Le jeune orang-outang lemclle qui a fait le sujet de mes observations, dit Frédéric Cuvier, appartenait à la même espèce que les orangs-outangs qui ont été décrits et figurés par Tulpius, Edwards,
Allamand etBuffon. Debout, dans sa position naturelle, sa taille n'excédait pas vingt-six à trente pouces; la longueur des bras, depuis l'aisselle jusqu'au bout des doigts, était de dix-huit pouces, et les extrémités inférieures, du haut de la cuisse jusqu'aux tarses, n'avaient que huit à neuf pouces. La mâchoire supérieure avait quatre incisives tranchantes , dont les deux mojennes étaient du double plus larges que les latérales , deux canines courtes et semblables à celles de l'homme, et, de chaque côté, trois molaires à tubercules mousses. La mâchoire inférieure avait aussi quatre incisives, deux canines et six molaires, mais les incisives étaient égales entre elles. Le nombre de molaires n'était pas complet. On voyait, dans ce jeune individu, paraître un germe de molaire au fond de chaque côté des deux mâchoires, et il est possible qu'avec l'âge il s'en fût développé d'autres encore.
La forme de ces dents était la même que celle des molaires de l'homme.
Les mains avaient cinq doigts conformés exactement comme ceux de l'homme : seulement le pouce n'atteint que jusqu'à la première phalange de l'index. Les pieds avaient également cinq doigts, mais le pouce était situé beaucoup plus bas que dans l'espèce humaine, et, dans sa position ordinaire, au lieu d'être parallèle aux autres doigts, il formait avec eux à peu près un angle droit. Ces doigts du pied avaient la même structure que ceux de la main, et étaient très-libres dans leurs mouvements, et tous, sans exception, avaient leurs ongles. Les fesses étaient presque nulles ainsi que les mollets.
Fi^'. 42. — Orang-oulnng jeiiiip. (Vélins du Muséum '
La tôte ressemblait beaucoup plus que celle d'aucun autre animal à la tète de l'homme ; le front était élevé et saillant, et la capacité du crâne fort étendue, mais elle était portée sur un cou très-court. La langue était douce et semblable à celle des auti'es singes ; el. quoique les lèvres fussent extrêmement minces et peu apparentes, elles avaient la faculté de s'étendre considérablement. Le nez, tout à fait écrasé à sa base, et, dans cette partie, au niveau du reste de la face, était légèrement saillant à son extrémité, et les narines avaient leurs ouvertures au-dessous.
Les yeux avaient la même conformation que ceux des singes, et les oreilles ressemblaient entièrement aux nôtres.
Deux mamelles se trouvaient placées sur la poitrine comme chez les femmes. Le ventre était naturellement fort gros. Cet animal n'avait ni queue, ni callosités, ni abajoues.
Il était presque entièrement couvert d'un poil roux plus ou moins foncé, et plus ou moins épais sur les différentes parties du corps.
La couleur de la peau était généralement ardoisée; mais les oreilles, le tour des yeux, le tour du museau, depuis le nez, l'intérieur des mains et des pieds, les mamelles et une bande longitudinale sur le côté droit du ventre, étaient couleur de chair cuivrée. Les poils de la tête, des avant-bras et des jambes, étaient d'un roux plus foncé que ceux des autres parties; et sur la tête, le dos et la partie supérieure des bras, ils étaient plus épais que partout ailleurs; le ventre en était peu fourni, et la face en avait moins encore; la lèvre supérieure, le nez, la paume des mains et la plante des pieds étaient seuls nus.
Les ongles étaient noirs et les yeux bruns. Tous les poils étaient laineux el de même nature; ceux de l'avant-bras se dirigeaient vers le coude en montant, ainsi que ceux du bras en descendant. Les poils de la tête, plus durs en général que ceux des autres parties, se portaient tous en avant. La peau, mais principalement celle de la face, était grossière et chagrinée, et celle du dessous du cou si flasque, q,ue l'animal semblait avoir un goitre lorsqu'il était couché sur le côté.
Cet orang-outang était entièrement conformé pour grimper et pour faire des arbres sa principale habitation. En effet, autant il grimpait avec facilité, autant il nuirchait péniblement; lorsqu'il voulait monter à un arbre, il en empoignait le tronc et les branches avec ses mains et avec ses pieds, et ne se servait ni de ses bras ni de ses cuisses, comme nous le faisons dans ce cas. Il passait facilement d'un arbre à un autre lorsque les branches se touchaient, de sorte que, dans une forêt un peu épaisse, il n'y aurait eu aucune raison pour qu'il descendit jamais à terre, où il marchait difticilement. i
En général, tous ses mouvements avaient de la lenteur; mais ils semblaient être pénibles lorsqu'il voulait se transporter sur terre d'un lieu dans un autre ; d'abord il appuyait ses deux mains fermées .sur le sol, se soulevait sur ses longs bras, et portait son train de derrière en avant, en faisant passer ses pieds entre ses bras, et en les portant au delà des mains; ensuite, appuyé sur son train de derrière, il avançait la partie su|iérieure de son corps, s'appuyait de nouveau sur ses poignets, se soulevait et recommençait à porter en avant son train de derrière comme nous l'avons dit d'abord. Ce n'était qu'en étant soutenu par la main qu'il marchait sur ses jiieds; encore, dans ce cas, s'aidait-il de son autre bras.
Je l'ai peu vu s'appuyer sur la plante entière; le plus souvent il n'en posait à terre que le côté externe, semblant par la vouloir garantir ses doigts de tout frottement sur le sol. Cependant, quelquefois il appuyait le pied sur toute sa base; mais alors il tenait les deux dernières phalanges des doigts recourbées, excepté le pouce, qui restait ouvert el écarté. Dans son état de l'epos, il s'appuyait sur ses fesses, ayant ses jambes reployées sous lui à la manière des Orientaux. H se couchait indistinctement sur le dos ou sur les côtés, en retirant ses jambes à lui et en croisant ses bras sur sa poitrine ; alors il aimait à être couvert, et, pour cet effet, il prenait toutes les étoffes, tous les linges qui se trouvaient près de lui.
Cet animal employait ses mains comme nous (Muployons généralement les nôtres; et l'on voyait qu'il ne lui manquait que de l'expérience pour en faire l'usage que nous en faisons dans un trèsgrand nombre de cas particuliers. Il portait le plus souvent ses aliments à sa bouche avec ses doigts; mais, quelquefois, il les saisissait avec ses longues lèvres; et c'était en humant qu'il buvait, comme le font tous les animaux dont les lèvres peuvent salloiigir. Il se servait de sini odoi'at pour juger la
nature dos aliiiuMils (in'oii lui piosculait et ((u'il no connaissait pas; et il jiaraissait oonsultor oe sens avec iioaueouj) de soin. Il niauyeail presque indistinctement des fruits, des léi^umes, des œufs, du lait, de la viande; il aimait beaucoup le pain, le café et les oranges; et une fois il vida, sans être plus tard inciinnnodé, un encrier qui tomiia sous sa main. Il ne mettait aucun ordre dans ses repas, et pouvait manger à toute licui'e comme les enfants. Sa vue était fort bonne, ainsi que son ouïe; mais ces sens ne nous ont d'ailleurs rien offert de remarquable. On a eu la curiosité de voir quelle impression notre musique ferait sur cet animal, et, comme on aurait dû s'y attendre, elle ne lui en a fait aucune ; elle n'est même pour nous qu'un besoin artificiel; jamais elle ne fait sur les sauvages d'autre effet que celui du bruit.
l'our se défendre, notre orany-ontang mordait, et frappait de la main; mais ce n'était qu'envers les enfants qu'il montrait quelque méchanceté, et c'était toujours par impatience plutôt que par colore. En général, il était doux et affectueux, et il éprouvait un besoin de vivre en société. Il aimait :i être caressé, donnait de véritables baisers, et paraissait trouver un plaisir fort grand à teter les doigts des personnes qui l'approchaient; mais il ne tétait point les siens. Son cri était guttural et aigu; il ne le faisait entendre que lorsqu'il désirait vivement quelque chose. Aloi's tous ses signes étaient très-expressifs : il secouait sa tête en avant pour montrer sa désapprobation, boudait lorsqu'on ne lui obéissait pas, et quand il était en colère, il criait très-fort en se roulant par terre ; alors son cou se gonflait singulièrement^
Cet orang-outang arriva à l'aiis dans le commencement du mois de mars 180S. M. Decaen, oflicier de marine, et frère de M. Hecaen, capitaine-général des iles de France et de Bourbon, l'avait ramené de l'Ile-de-France, et en avait fait hommage à madame Bonaparte, dont le goût éclairé pour l'histoire naturelle fut si favorable aux progrès de cette science.
Lorsqu'il arriva de Bornéo à rile-de-France, on assure qu'il n'avait que trois mois; son séjour dans cette ile fut de trois mois; le vaisseau (pii l'apporta en Europe mit trois mois à sa traversée; il fut débarqué en Espagne, et son voyage jusqu'à Paris dura deux mois : d'où il résulte qu'à la fin de l'hiver de 1808, il était âgé de dix à onze mois. Les fatigues d'un si long voyage de mer, mais sui'iont \i' froid que cet animal éprouva en traversant les Pyrénées dans la saison des neiges, mirent sa vie à toute extrémité, et, on arrivant à Paris, il avait plusieurs doigts gelés , et il était atteint d'une fièvre hectique très-prononcée. Malgré les soins les plus constants, on ne put le rétablir, et il mourut après avoir langui pondant cinq mois.
Cet animal, bien différent de ceux dont on a fait l'histoire, n'avait été soumis à aucune éducation particulière, et n'avait reçu d'autres influences que celles des circonstances au milieu desquelles il avait voeu ; il ne devait rien à l'habitude ; toutes ses actions étaient indépendantes et les simples effets de sa volonté, ou du moins de sa nature; et ce sont ces actions qui vont nous occuper.
La nature n'a donné aux orangs-outangs qu'assez peu de moyens de défense. Après l'homme, c'est peut-être l'animal qui trouve, dans son organisation, les plus faibles ressources contre les dangers : mais il a de plus que nous une extrême facilité à grimper aux arbres, et à fuir ainsi les ennemis qu'il ne peut combattre. Ces seules considérations suffiraient pour faire présumer que la nature a doué l'orang-outang de beaucoup de circonspection. En effet, la prudence de cet animal s'est montrée dans toutes ses actions, et principalement dans celles qui avaient pour but de le soustraire a quelques dangers. Cependant, sa vie paisible et douce tant qu'il a été sous mes yeux, et l'impossibilité de le soumettre ù des expériences rigoureuses dans l'état de faiblesse où il était, m'ont empêché de multiplier en ce genre mes observations; mais, aidé de celles qui ont été faites par M. Decaen, pendant la traversée de l'Ile-de-France en Europe, nous parviendrons à prendre une idée assez exacte de ses facultés intellectuelles.
Pendant les premiers jours de son embarquement , cet orang-outang montrait beaucoup de défiance en ses propres moyens, ou plutôt, ne pouvant apprécier la cause du roulis, il s'en exagérait les dangers. Il ne marchait jamais sans tenir fortement en ses mains plusieurs cordes, ou quelque autre chose attachée au vaisseau ; il refusa constamment de monter aux mâts, quelque encouragement qu'il reçût des personnes de l'équipage ; et il ne fut poussé à le faire que par la force d'un sentiment ou d'un besoin que la nature semble avoir porté dans celte espèce à un très-haut degré de développement : celui de l'affection. Notre animal en ressentait constamment les effets; et il doit sûrement conduire les orangs à vivre en société, et à se défendre mutuellement quand quelque dan-
gi'r les nienacr, comme le l'ont tous les autres animaux qui sont portés, par leur nature, à vivre réunis. Quoi qu'il en soit, notre orang-outang n'eut le courage de monter aux mâts que lorsqu'il eut vu M. Decaen, son maître, y monter lui-même : il le suivit, et, dès ce moment, il y monta seul chaque fois qu'il en éprouva le désir ; l'expérience heureuse qu'il avait faite lui donna assez de confiance en ses propres forces pour qu'il osât répéter.
Les moyens employés par les oraugs pour se défendre sont, en général, ceux qui sont communs à tous les animaux timides : la ruse et la prudence ; mais tout annonce que les premiers ont une force de jugement que n'ont point la plupart des autres, et qu'ils l'emploient dans l'occasion pour éloigner les ennemis plus forts qu'eux. Notre animal, vivant en liberté, avait coutume, dans les beaux jours, de se transporter dans un jardin, où il trouvait un air pur et les moyens de se donner quelques mouvements : alors il grimpait aux arbres et se plaisait à rester assis entre les branches. Un jour qu'il était ainsi perché, on parut vouloir monter après lui pour le prendre, mais aussitôt il saisit les branches auxquelles on s'accrochait et les secoua de toute sa force, comme si son idée eût été d'effrayer la personne qui faisait semblant de monter. Dés qu'on se retirait, il cessait de secouer les bran(-hes; mais il recommençait dès qu'on paraissait vouloir monter de nouveau, et il accompagnait ce geste de tant d'autres signes d'impatience ou de crainte, que son intention d'éloigner par le danger d'une chute ou par une chute même celui qui menaçait de le prendre fut évidente pour toutes les personnes qui se trouvaient en ce moment-là près de lui. Cette expérience, qui a été tentée plusieurs fois, a toujours eu les mêmes résultats.
Souvent il se trouvait fatigué des nond)reuses visites qu'il recevait; alors il se cachait entièrement dans sa couverture, et n'en sortait que lorsque les curieux s'étaient retirés : jamais il n'agissait ainsi quand il n'était entouré que des personnes qu'il connaissait.
C'est ù ces seuls faits que se bornent nos observations sur les moyens des orangs pour se défendre; mais ils suflisent, je pense, pour convaincre que ces animaux peuvent suppléer, par les ressources de leur intelligence, à celles qu'une faible organisation physique leur refuse.
Les besoins naturels de ces quadrumanes sont si faciles à satisfaire, qu'ils doivent trouver dans lei'.r organisation assez de moyens pour ne pas être obligés d'exercer fortement, sous ce rapport, leurs autres facultés. Les fruits sont les aliments principaux dont ils se nourrissent; et, comme nous l'avons vu, leurs membres sont essentiellement conformés pour grimper aux arbres. Il est donc vraisemblable que. dans leur état de nature, ces animaux emploient beaucoup plus leur intelligence à écarter les dangers qu'à chercher les objets de leurs besoins. Mais tous les rapports doivent nécessairement changer dès qu'ils se trouvent dans la société et sous la protection des hommes; leurs dangers diminuent et leurs besoins s'accroissent. C'est ce que nous montrent tous les animaux domestiques, et ce que devait, à plus forte raison, nous montrer notre orang-outang. En effet, son intelligence a eu beaucoup plus d'occasions de s'exercer pour satisfaire ses désirs que pour le soustraire aux dangers. Je dois placer dans cette première division un phénomène qui pourrait tenir à l'instinct, le seul à peu près de ce genre que cet animal m'ait offert. Tant que la saison ne permit pas de le laisser sortir, il avait une coutume singulière, et dont il aurait été difiîcile de deviner la causé : c'était de monter sur un vieux bureau pour y déposer ses excréments; mais, dès que le printemps eut ramené la chaleur, et qu'il fut libre de sortir de l'appartement, on trouva la raison de cette action bizarre : il ne manqua jamais de monter à un arbre pour satisfaire aux nécessités de cette nature : on a même souvent employé ce moyen avec succès contre sa constipation habituelle.
Nous avons déjà vu qu'un des principaux besoins de notre orang-outang était de vivre en société et de s'attacher aux personnes qui le traitaient avec bienveillance. Il avait pour M. Decaen une affection presque exclusive, et il lui en donna plusieurs fois des témoignages remarquables. Un jour il entra chez son maître pendant qu'il était encore au lit, et, dans sa joie, il se jeta sur lui, l'embrassa avec force, et, lui appliquant ses lèvres sur la poitrine, il se mit à lui telerla peau, comme il faisait souvent du doigt des personnes qui lui plaisaient. Dans une autre occasion , cet animal donna à M. Decaen une preuve plus forte de son attachement. Il avait l'habitude de venir à l'heure des repas, qu'il connaissait fort bien, demander à son maître quelques friandises. Pour cet effet, il grimpait, par derrière, à la chaise sur laquelle M. Decaen était assis, de sorte ([u'il ne pouvait le voir de manière à le reconnaître qu'après être arrivé à la partie la plus élevée du dossier de cette chaise; là perché, il recevait ce qu'on voulait bien lui donner. A son arrivée sur les eûtes d'Espagne, M. De-
caen fut oblii;^ (l'allrr à terre, et un autre ollicier du vaisseau le remplaça à table; l'orang-oulanj;. comme à son ordinaire, entra dans la chambre, et vint se placer sur le dos de la chaise sur laquelle il croyait (pie son maître était assis; mais, aussitôt qu'il s'aperçut de sa méprise et de l'absence de M. Decaen, il refusa toute nourriture, se jeta à terre, et poussa des cris de douleur en se frappant la tête. Je l'ai vu très-souvent témoigner ainsi sou impatience dès qu'on lui refusait quelque chose qu'il désirait vivement et qu'il avait sollicité. Cet orang-outang aurait-il été conduit à agir ainsi par une sorte de calcid? On serait tenté de le croire; car, dans sa colère, il relevait la tête de temps en temps et suspendait ses cris pour regarderies personnes qui étaient près de lui, et voir s'il avait produit quelque effet sur elles, et si elles se disposaient à lui céder; lorsqu'il croyait ne rien apercevoir de favorable dans les regards ou dans les gestes, il recommençait à crier.
Ce besoin d'affection portait ordinairement uotre orang-outang à rechercher les personnes qu'il connaissait, et à fuir la solitude, qui paraissait beaucoup lui déplaire; et il le poussa un jour à employer encore son intelligence d'une manière très-remarquable. On le tenait dans une pièce voisine du salon où l'on se rassemblait habituellement; plusieurs fois, il avait monté sur une chaise pour ouvrir la porte du salon; la place ordinaire de la chaise était près de cette porte, et la serrure se fermait avec un pêne. Une fois, pour l'empêcher d'entrer, on avait ôté la chaise du voisinage de la porte; mais, à peine celle-ci fût-elle fermée, qu'on la vit s'ouviir, et l'orang-outang descendre de cette même chaise qu'il avait apportée pour s'élever au niveau de la serrure. Il est certain que jamais on n'avait enseigné à cet animal à agir de la sorte, et il n'avait même jamais vu le faire à personne. Tout ce qu'il avait pu apprendre par sa propre expérience, c'est qu'en montant sur une chaise, il pouvait monter au niveau des choses qui étaient plus hautes que lui; et il avait pu voir, par les actions des autres, c(ue les chaises étaient transporlables d'un lieu dans une autre, et que la porte dont il est question s'ouvrait en en poussant le pêne; tout le reste de cette action venait de lui. Les hommes, au reste, ne sont pas les seuls êtres différents des orangs-outangs, auxquels ceux-ci peuvent s'attacher : notre animal avait pris pour deux petits chats une affection qui ne lui était pas toujours agréable; il tenait ordinairement l'un ou l'autre sous son bras, et, d'autres fois, il se plaisait a les placer sur sa tête; mais, comme dans ces divers mouvements les chats éprouvaient souvent la crainte de tomber, ils s'accrochaient avec leurs griffes à la peau de l'orang-outang, qui souffrait avec beaucoup de patience la douleur qu'il en ressentait. Deux ou trois fois, à [a vérité , il examina attentivement les pattes de ces petits animaux , et, après avoir découvert leurs ongles, il chercha à les arracher, mais avec ses doigts seulement; n'ayant pu le faire, il se résigna à souffrir plutôt qu'à sacrifier le plaisir qu'il trouvait à jouer avec eux. L'instinct semblait entrer pour quelque chose dans le mouvement par Uniuel il portail ces petits chats sur sa tête. Si (pichpies papiers légers lui tombaient sous la main , il les élevait sur sa tête ; s'il arrivait à une cheminée , il. en prenait les ( endres à poignée et s'en couvrait la tête; il faisait de même avec la terre , avec les os qu'il avait rongés, etc.
Nous avons dit que, pour manger, il prenait ses aliments avec ses mains ou avec ses lèvres; il n'était pas fort habile à manier nos instruments de table ; et , à cet égard , il était dans le cas des sauvages que l'on a voulu faire manger avec nos fourchettes et avec nos couteaux ; mais il suppléait par son intelligence à sa maladresse : lorsque les aliments qui étaient sur son assiette ne se plaçaient pas aisément sur sa cuiller, il la donnait à son voisin pour la faire remplir. 11 buvait très-bien dans un verre, en le tenant entre ses deux mains. Vn jour, qu'après avoir reposé son verre sur la table, il vit qu'il n'était pas d'aplomb cl qu'il allait tomber, il plaça sa main du côté où ce verre penchait, pour le soutenir. Le premier de ces faits, qui a souvent été répété ici, a été vu de plusieurs [lersonnes. et le second m'a été rapporté par M. Decaen.
Presque tous les animaux ont besoin de se garantir du froid, et il est bien vraisemblable que les orangs-outangs sont dans ce cas, surtout dans la saison des pluies, .l'ignore quels sont les moyens que ces animaux emploient dans leur état de nature pour se préserver de l'intempérie des saisons. Notre animal avait été habitué à s'envelopper dans des couvertures, et il en avait presque un besoin continuel. Dans le vaisseau il prenait, pour se coucher, tout ce qui lui paraissait convenable; aussi, lorsqu'un matelot avait perdu quelques bardes, il était presque toujours sûr de les retrouver dans le lit de l'orang-outang. Le soin que cet animal prenait à se couvrir le mit dans le cas de nous donner encore une très-belle preuve de son intelligence. On mettait, tous les jours, sa couver-
IIISTOIUE NATURELLE.
Inre sur un i^azon devant la salle à manger, et, après ses repas, f[u'il faisait orflinairenient à tahle, il allait droit ;'i sa couverture, qu'il plaçait sur ses épaules, et revenait dans les Itras d'un petit domestique pour qu'il le portât dans son lit. Un jour, qu'on avait retiré la couverture de dessus le gazon et qu'onl' avait suspendue au bord d'une croisée pour la faire seclier, notre orang-outang fut, comme à l'ordinaire , pour la prendre, mais , de la porte , ayant aperçu qu'elle n'était pas à sa place ordinaire, il la chercha des yeux et la découvrit sur la fenêtre; alors, il .s'achemina prés d'elle, la prit et revint comme à l'ordinaire pour se coucher.
Nous avons déjà fait remarquer que cet animal était beaucoup trop jeune pour avoir pu nous montrer quelques phénomènes de son intelligence relatifs à la génération et à ses besoins. C'est donc ici que je lei'niinerai tout ce que j'ai à dire sur les facidtès intellectuelles de l'orang-outang qui a fait le sujet de nos observations.
Je ne rapporte point ce que d'autres auteurs nous ont appris de ces animaux, dans la crainte de mêler des observations précises à des faits inexacts , quoiqu'une grande partie des choses extraordinaires qu'on a dites des orangs-outangs ne le soient guère plus que ce que nous avons rapporté. Mais, lorsqu'il est question de phénomènes qui doivent établir la dernière limite enire l'intelligence de la brute et l'intelligence de l'homme, on ne peut, on ne doit donner pour certain que ce qu'on a vu, que ce qu'on a observé soi-même. Les erreurs ne peuvent plu.s être indifférentes, lorsque leurs conséquences ne le sont pas. » (Fr.ÉDÉnic Cuvier, juin 1824.)
Fig. 45. — Oning jeiiin'
« Quoique les Malais des côtes désignent cet animal sous le nom d'ordiifi-oHianf] ou liouKin (homme des bois), les Daiaks-Béjadjou, de la rivière Pouloubetak, et de Soungej-Kahaian , dans la partie méridionale de l'île, le nomment kahïco, et les Daiaks de la rivière Douson, kcou. Indépen-
(lamniont de ces noms, ils dnniiont encore au vieux mâle celui de snlnmpimj, et à la femelle celui lie hiiiilion. Les Malais de la côte occidenlale de Sumatra donnent à l'orang le nom de mawé , tandis qu'à Iridrapoura et à Bencoulen. il est connu sous celui iYornnfi-jnniilii ou pmulclili (iiommc nain ).
L'orang-outang est le moins commun des quadrumanes dont Bornéo et Sumatra soni peuplés; on peut dire que l'espèce n'est pas nombreuse en individus, même dans les districts où cet animal est le plus répandu; dans ces deux îles, on le trouve seulement là où s'ttendent d'immenses terres basses, humides et couvertes de sombres et vastes forêts, souvent submergées par les rivières qui les parcourent et par là peu habitées par la race humaine; ils ne vivent jamais dans les bois montagneux où leur apparition n'est qu'accidentelle. A Sumatra, où ces vastes forêts marécageuses n'existent que sur la cote orientale et septentrionale, l'orang se trouve relégué dans les royaumes de Siak et d'Atjen ; des individus isolés semblent pénétrer, mais rarement, par les grandes vallées de l'intérieur, vers la côte occidentale;- mais ces cas sont extraordinairement rares. 11 est bien plus répandu dans la grande île de Bornéo, où on le trouve dans toute l'étendue basse et boisée, faiblement habitée par les races indigènes; mais on le chercherait vainement en des lieux montagneux ou dans le voisinage des factoreries et des rivières navigables, telles que le Douson; les lieux les plus sauvages, couverts de leurs immenses forêts touffues, oii les rayons du soleil pénétrent à peine. leur servent de retraite ; étant poursuivis, ils échappent le plus souvent à la vue en se réfugiant à la cime des arbres de la forêt dont ils parcourent le faîte ; il est rare qu'ils descendent des arbres pour attaquer ceux qui les poursuivent . quoiqu'on cite plusieurs exemples de naturels terrassés et tués par ces animaux d'une force prodigieuse.
Après l'époque de l'accouplement, les vieux mâles vivent complètement isolés; ceux qui ne sont pas adultes et les vieilles femelles se réunissent rarement en nombre au-dessus de trois ou quatre ; les femelles pleines et celles qui allaitent s'isolent également. Le jeune reste longtemps auprès de la mère, dont les soins lui sont nécessaires, vu la lenteur de son accroissement; il accompagne celle-ci dans tous ses mouvements, constamment soutenu contre la poitrine et se cramponnant au pelage. On ne sait pas encore à quel âge l'orang entre en puberté, combien de temps dure la gestation, ni quel peut être le ternie moyen de la vie. Prenant pour base la croissance très-lente des individus captifs, on est porté à croire que ce n'est guère avant dix ou quinze ans qu'ils ont leur développement complet, et le terme moyen de leur vie serait de quarante à cinquante ans.
Les organes des sens, dans l'orang, ne paraissent pas être très-subtils, si l'on en excepte l'ouïe, qui est extraordinairement fine. Quoique ses yeux, d'un brun clair, aient beaucoup de vivacité et montrent de l'expression, il semble, néanmoins, avoir la vue basse. Lorsque, en captivité, on lui montre des fruits cultivés, son avidité pour les posséder est extrême; aussitôt qu'il les tient, il les regarde de près, les tàte, les soumet à l'odorat et les rejette souvent ensuite avec indifférence. Tout ce qui lui tombe sous la main est aussitôt porté à peu de distance des yeux et bientôt après devant l'ouverture des narines , ce qui fait soupçonner que cet organe est aussi peu développé que celui de la vue. On croit pouvoir dire aussi qu'il a peu de finesse dans l'organe du toucher; et cette linesse parait moins développée dans ses doigts que dans ceux des quadrumanes des autres genres; les lèvres remplissent chez lui les principales fonctions de cet organe, surtout la lèvre inférieure, qu'il a la faculté d'allonger et d'étendre en forme de cuiller pour rectifier ou compléter son appréciation des objets qu'il saisit. Pour boire, il se sert de la main et laisse couler l'eau qu'elle peut contenir dans le prolongement de la lèvre inférieure. Morne et sédentaire, même à l'état de liberté, on n'observe pas chez l'orang la pétulance et la souplesse dans les mouvements que montrent, à un si haut degré, tous les hylobates. Le besoin de nourriture seul semble le porter à faire abnégation de sa paresse naturelle, à le faire changer de place ou à prendre du mouvement. Aussitôt repu, il reprend sa pose favorite : l'attitude accroupie, le dos courbé, la tête penchée sur la poitrine, regardant fixement en dessous, quelquefois l'un des bras étendus se tenant à une branche, le plus souvent les deux bras pendants nonchalamment le long du corps, il reste des heures entières dans la même position, faisant entendre par intervalle un son morne et bourdonnant. Pendant le jour, on le voit parcourant la cime des arbres, sans beaucoup s'éloigner de son canton ; vers le déclin du jour, il passe dans l'épaisseur du feuillage pour se mettre à l'abri du froid et du vent. Pour la nuit, il se choisit un gite au milieu d'un arbre touffu on à la cime d'un arbre peu élevé, tel que le palmier nibong ou pandani ; souvent aussi, il se
cache dans une grande touffe d'orchidées, qui croissent en parasites sur le tronc de ces arbres i;ip:antesques. En quelqiu^ lieu qu'il passe la nuit, il prépare son gîte en foi'me d'aire, le garnit de feuilles et le recouvre de brandies et de feuilles d'orchidées; il emploie aussi celles du pantUnuts faschnlaris, ou du nipa fntikans. C'est là qu'à environ vingt-cinq pieds de terre, il passe la nuit, couché sur le dos ou sur le côté ; les membres postérieurs repliés vers le corps, et l'un des bras étendu sous la tète, qu'il appuie dans la main; quelquefois il croise les bras sur la poitrine. Lorsque les nuits sont fraîches uu pluvieuses, il se couvre le corps de fouilles d'orchidées, de pandanus et d'autres plantes, et il en place aussi quelques-unes sur sa tèîe. Il ne sort de cette retraite que lorsque le soleil a dissipé les brouillards dont la forêt est couverte, ce qui a lieu vers neuf heures du matin; il monte alors au faîte des arbres et ne retourne à son gîte que vers la fin du jour. Ce soin de se choisir im abri contre le froid et l'humidité des lieux qui lui servent de deuicure, la pose qu'il adopte de préférence dans le repos, celle qui lui est propre pendant le sommeil, ont probablement fourni matière aux contes exagérés, répandus assez généralement sur l'habitude qu'aurait cet animal de se construire des cabanes sur les arbres, d'allumer du feu et de faire rolir le poisson et le riz. Toutefois, il est certain que sa manière de vivre est, en quelque sorte, semblable à celle de l'homme, mais elle diffère essentiellement de celle de tous les autres quadrumanes de l'Inde, comme il s'en éloigne luimême par des formes plus parfaites et une inlelligcnce plus développée. Le seul quadi'umaue qu'on puisse comparer à l'orangest le chimpanzé d'Afrique; nous nous interdisons toutefois d'établir une comparaison entre eux, attendu que les mœurs de cette dernière espèce ne sont pas connues, ou reposent sur des indications encore très-imparfaites.
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Fig. 44. — Oraiig jeune.
Quoique l'orang se plaise pendant toute la journée sur la cime des grands arbres, on le voit trèsrarement assis on accroupi sur les grosses branches, comme le font les hylobates; il donne la préférence aux branches les plus élevées et touffues, et il parcourt de cette manière le faite des im-
QUAimiJMANES. 47
menscs forOls du pays. La inanii'ii; doiU il grimpe aux arbres et se pronuMie sur leurs branches présente cette apparence de flegme et de circonspection réfléchie que l'on ;-,e trouve pas chez les autres quadrumanes; mais ils sont plus en rapport avec les mouvements de l'homme. A l'aide de ses bras très- allongés, on le voit saisir les branches, et il se cramponne par les pieds; et la force musculaire de ses membres lui donne le moyen de supporter le poids de son corps. C'est toujours en avançant avec prudence et circonspection qu'il passe d'un arbre à l'autre, ayant soin de choisir l'endroit où leurs rameaux s'entrecroisent; il les réunit, s'étend de toute sa longueur sur celle ispèce de pont improvisé, et en essaye la solidité par des secousses avant d'en risquer le passage ; sa prudence attentive ne l'abandonne pas, même dans l'ardeur de la fuite ; lorsqu'il est poursuivi, c'est plulùt par la ruse, en se cachant dans le feuillage ou glissant d'un arbre à l'autre, qu'il parvient à s'échapper; jamais par des sauts hasardés à des distances considérables, comme le font les hylobatcs; ces derniers ont dans leurs pieds de devant le principal moyen de locomotion et d'ascension, tandis que ce sont ceu\ de derrière qui fonctionnent principalement dans les mouvements de l'orang, à tel point, que la fracture ou la paralysie d'un des membres postérieurs peut lui di;venir fatale, en ralentissant beaucoup ou empêchant sa fuite. Ses mouvements à terre sont bien moins agiles que sur les arbres; alors, la position oblique plutôt que verticale de son corps rend sa marche quadrupède vacillante et gênée ; à terre, il ne saurait échapper à la poursuite de l'homme, qui l'atteint très-facilement à la course. Le corps se trouve alors penché en avant, reposant sur les bras faiblement fléchis au coude; et, dans celte position, il ressemble à un vieillard courbé sous le poids des ans, et s'aidant de béquilles. Il ne peut pas étendre la paume des mains ni les doigts à terre, mais les tient tournés en dedans et les doigts fléchis ; ce qui fait que la marche a lieu sur la partie externe des mains, l'exlrémilé du pouce appuyant à terre. Les mains inférieures ont les doigts courbés intérieurement, de manière à les poser à terre sur le côté externe, le talon seul louchant le sol , tandis que les doigts recourbés appuient par leurs premières phalanges. Toutes les ligures représentant l'orang debout sur les pieds de derrière ont une pose forcée, contraire à la nature, comme il est également faux que cet animal puisse se défendre contre l'homme avec aucune arme offensive : bâtons, branches ou pierres.
Comme la nourriture de l'orang est essentiellement frugivore, il s'ensuit que les lieux qu'il choisit pour demeure sont déterminés par l'abondance et la maturité des espèces de fruits auxquels il donne la préférence, et que ce genre de vie le rend plus ou moins nomade ; c'est ainsi que l'orang se montre dans les parties méridionales de l'intérieur de Bornéo, et qu'il fait son apparition sur la rive droite du Dousson, dans la mousson de l'est, ou les mois d'avril et de mai, et qu'on ne l'y voit point durant le reste de l'année; et c'est aussi à cette époque que mûrissent les fruits du faits iiifecioria, dont l'orang et quelques autres espèces de quadrumanes sont très-friands; indépendamment de ces fruits et de plusieurs autres espèces de figues, lu nourriture de l'orang consiste encore en bourgeons, fleurs et jeunes feuilles d'arbres et d'arbustes de ces contrées. Un vieux mâle, tué par nos voyageurs, près de l'embouchure du Sanipict, se trouvait avoir dans l'estomac des bandes d'écorces d'arbres d'un et de deux pieds de longueur, et des semences, restes non digérés du fruit que produit le sandorïcum indicitm.
Les Daiaks assurent qu'il ne fait aucun usage de nourriture animale ; c'est ce que nos naturalistes ont été à même de vérifier sur les individus tués, et ce qu'ils ont pu observer sur un orang mâle, haut de quatre pieds, qui a vécu environ un mois en captivité, malgré des blessures faites par des flèches empoisonnées. Cet orang n'a jamais voulu toucher à quelque nourriture que ce fût du règne animal, soit vivante, crue ou cuite. Lorsqu'un être vivant, un poulet, par exemple, l'approchait de irop près pour le déranger, il le saisissait, et le lançait loin de lui avec un air visible de mécontentement.
Cet orang était extrêmement sauvage, et, quoique souffrant de plusieurs blessures, il était inabordable ; son œil perçant, son regard farouche et son extrême force musculaire, le rendaient redoutable; il était faux et méchant, toujours accroupi, faisant entendre un fort grognement; il se levait lentement, et saisissait le moment opportun pour se lancer avec impétuosité sur l'objet qui lui portait ombrage, dirigeant, le plus souvent, une main vers la figure des personnes les plus rapprochées des barreaux de sa cage. Dans' toutes ses actions, on remarquait une certaine sagacité réfléchie.
Tant que cet animal a vécu, on n'a pu lui faire iMciulre pour nourriture que du riz cuit , préparé eu boulettes froides ; mais il buvait beaucoup d'eau; il refusait constamment toutes sortes de fruits, tels que bananes, ananas, mangas, concombres. Il ne tachait pas de mordre, mais paraissait user de ses bras vigoureux comme unique moyen de défense, et se fier particulièrement à l'extrême force de ses mains. Nous ne mettrons point en parallèle de ces observations tout ce qui a été avancé, dans les écrits, relativement aux habitudes des jeunes iudividus élevés en captivité, n'ayant d'autre but, dans ce mémoire, que de faire connaître l'orang-outang à l'état sauvage.
Lorsque les Daiaks découvrent dans les forets une femelle avec son nourrisson, ils tâchent de tuer la mère avec des flèches empoisonnées, afin de se rendre maîtres du jeune animal, qu'ils conservent assez facilement en vie au moyen de riz bouilli, de bananes, etc. A cet âge, ils sont très-lriands de la canne à sucre, boivent avec avidité de l'eau sucrée, et mangent le sucre de palmier et du tebou ; plus avancés en âge, on les accoutume â se nourrir de fruits, et, plus tard, de viande bouillie ou rôtie; mais ce régime leur est souvent fatal ; ils succombent trés-promptement sous l'influence d'une atmosphère différente de celle de leurs humides forêts équatoriales; tmit changement de climat et de température, même dans les régions tropicales, leur est fatal. Les Daiaks ne tâchent pas de s'emparer des vieux, apparemment parce qu'ils savent par expérience que leur naturel est indomptable autant que leur force est rcdoulable. Lorsque la retraite d'un orang-outang est découverte, ils tâchent de l'atteindre en lui lançant des flèches empoisonnées, jusqu'à ce que l'animal, saisi convulsivement par la force du poison, se laisse tomber à terre, où ils l'achèvent avec de longues piques.
Quelques races de Daiaks, particulièrement ceux de la partie occidentale et méridionale de Bornéo, sont très-friands de la chair de l'orang, et ils lui font une chasse assidue. Aussi, les poursuites dont cet animal est l'objet contribuent â l'éloigner de plus en plus des lieux populeux, des bords des fleuves, et à le reléguer dans l'intérieur des forêts, quoique par goût il aime â se fixer près des cours d'eau.
Lorsqu'un orang a été tué par des flèches empoisonnées, les indigènes enlèvent de suite une partie des chairs â l'entour des blessures, puis ils dépouillent l'animal , le coupent par morceaux, et mettent soigneusement de côté la graisse, qu'ils estiment beaucoup pour la cuisson de leurs aliments. Ils font rôtir la chair sur des brasiers, ou la coupent par tranches, qu'ils font sécher au soleil, et qu'ils désignent alors sous le nom de dïnçjdhuj. La peau leur sert à faire des jaquettes ou des bonnets de forme grotesque, dont ils s'affublent les jours de fête, ou pour se donner un air redoutable. Les mâles de forte taille sont ordinairement très-gras; leur poids est souvent de nature à faire la charge de trois ou quatre hommes. La chair est blanche et molle, mais elle a, comme celle des autres singes, un goût douceâtre qui répugne au palais d'un Européen.
Lorsque l'orang se sent blessé grièvement, il monte incontinent à la cime de l'arbre sur lequel il se trouve ; et, lorsque cet arbre n'est pas assez élevé, il passe sur un autre qui puisse mieux le mettre â l'abri des armes. Pendant l'ascension, il fait entendre sa voix mugissante, semblable à celle de la panthère. Pour produire ces sons, il avance les deux lèvres en forme d'entonnoir; mais, lorsque sa voix devient plus sourde et bourdonnante, il ouvre la bouche et fait entrer l'air dans la poche gutturale fortement tendue. Il ne montre pas les dents à son adversaire, comme le font quelques autres espèces de singes, et ne fait aucun usage de cette arme puissante pour mordre, sa véritable force résidant uniquement dans ses muscles ; car malheffi' â qui serait enlacé par ses bras vigoureux.
Ne pouvant assouvir sa rage contre son ennemi, il s'en prend aux branches de l'arbre sur lequel il se trouve, casse des bûches de la grosseur du bras et les lance â terre, de façon que toute la cime d'un arbre est souvent dévastée pendant cette ascension tumultueuse.
Il est probable que cette manière de fuir a pu fournir matière à tous ces contes exagérés, que l'orang lance des projectiles à son ennemi, ce qui est complètement faux; car les grosses branches qu'il casse dans sa furie échappent aussitôt de ses mains et tombent à terre. Cela est bien connu des Daiaks, et les chasseurs de M. MuUer, dont l'un avait tué sept de ces animaux et l'autre trois, assurent que l'honime ne court aucun danger dans cette attaque.
A liornéo, l'orang n'a pas d'autre ennemi que l'honnne, car le tigre longibande ([dis macrocelis), le plus grand des carnassiers de l'île, est moins grand que fa panthère, et ne pourrait l'attaquer avec succès; bien moins encore l'ours des cocotiers {iirsus malatjanits), qui attaque rarement l'homme et
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les grands mammifùres. Mais, à Sumatra, il est exposé à plus de dangers ; le tigre royal (fclis tiqris) le suiprcnil l'arilemeut à terre, mais ne peut le suivre sur les grands arbres dont le tronc est perpendiculaire.
Pour se soustraire à la poursuite de l'homme, la prudence el la ruse viennent à son secours; un sens auditif très-lin entretient continuellement son attention; il se délie du moindre bruit; la voix ou les pas d'un ennemi qui se dirige vers son gite, le frottement des feuille.s et des fougères, lui commandent la retraite; alors il se glisse furtivement dans les touffes les plus épaisses du feuillage et s'y lient immobile jusqu'à ce que le danger soit passé ; aussi les Daiaks, habitués à cette chasse, observent-ils le plus profond silence pour tâcher d'atteindre l'orang par ruse et par surprise. >' (TemsiiNCK, d'après Sciilegel et .Mui.i.eii.)
« Deux Anglais, MM. Craygimanu père et fils, à bord du brick la }f(irie-Annr-Sophic, en relâche à Banboom, sur la cote nord-est de Sumatra, furent avertis qu'un animal de la plus grande taille se trouvait sur un arbre du voisinage; ils résolurent aussitôt de s'en emparer, et plusieurs chasseurs du pays partirent avec eux. A leur approche, cet animal descendit de l'arbre sur lequel il était perché ; mais, quand il vit qu'on s'apprêtait à l'attaquer, il se réfugia sur un autre arbre, et rappela, dans sa fuite, l'aspect d'un homme de la plus grande taille et couvert de cheveux luisants qui paraissaient noirs, mais dont la démarche eût été chancelante, et qui, pour ne pas broncher, appuvait ses mains de temps à autre sur le sol, où, se servant d'un bâton, il cheminait alors assez doucement. Bientôt on jugea de son agilité et de sa force dès qu'il fut parvenu sur une cime, d'où, s" élançant à l'aide des grosses branches, il passait d'un arbre â l'autre aussi lestement que l'aurait fait le plus petit et le plus leste des singes.
Il eût été impossible de s'en rendre maître dans un bois touffu et serré, car alors la rapidité d'un cheval au galop n'eût pas été plus considérable que son allure. Ses mouvements étaient si prompts, qu'on avait à peine le temps de l'ajuster. Ce n'est qu'après avoir abattu plusieurs arbres, et en agissant de ruse, qu'on parvint à l'isoler, il fut alors frappé successivement de cinq balles, dont une parut avoir traversé le ventre. Ses forces s'épuisèrent avec rapidité, et semblèrent complètement éteintes à la suite d'un vomissement copieux de sang noir. Néanmoins il se tenait toujours dans le feuillage, (juelle fut la surprise des chasseurs, lorsque, après avoir forcé le dernier asile de cet orangoutan, on le vit se relever avec vigueur et s'élancer sur d'autres arbres! Mais bientôt sa faiblesse le fit retomber presque mourant, et tout en lui annonçait qu'il allait rendre le dernier soupir. Les marins se croyaient assurés de leur proie, lorsque ce malheureux animal recueillit ce qui lui restait de forces et se mit en posture de se défendre jusqu'à la dernière extrémité. Assailli à coups de piques, sa vigueur et l'énergie de ses membres robustes ne se démentirent point; il brisa comme un faible roseau la tige d'une pique qu'il avait saisie dans ses mains. Cet effort épuisa ce qui lui restait de vir gueur. et, renonçant à une défense devenue inutile, il prit alors l'expression de la douleur suppliante. La manière piteuse avec laquelle il regardait les larges blessures dont il était couvert toucha tellement les chasseurs, qu'ils commencèrent à se reprocher l'acte de barbarie qu'ils commettaient sur une créature qui leur semblait presque humaine, non moins par la manière dont elle exprimait ses douleurs que par ses formes corporelles. Lorsque cet orang fut mort, les naturels accourus autour des Européens contemplèrent sa figure avec un égal étonnement. Étendu sur le sol, il semblait avoir plus de six pieds de hauteur; mais quand il était debout, dépassant de toute la tétc l'homme le plus grand de l'équipage, on ne lui en avait pas supposé moins de sept. Le corps était fort bien proportionné, la poitrine large et carrée, le bas de la taille mince ; les yeux étaient assez grands, mais plus petits que ceux d'un homme: le nez paraissait plus saillant que chez aucune autre espèce de singe, et la bouche était notablement fendue. Une barbe frisée, couleur de noisette, longue de trois pouces, ornait les lèvres et les jdues plutôt qu'elle ne dctiguiait ces parties : les bras étaient bien plus longs que les membres postérieurs. Les dents, parfaitement complètes et d'une grande blancheur, annonçaient que cet individu n'était pas très-âgé. On comptait à cbaque mâchoire quatre incisives, de forme aplatie, taillées en biseau et longues de plus d'un ponce à la mâchoire inférieure. Les canines avaient plus de deux pouces. Les molaires présentaient, dans leur couronne, les mêmes particularités que celles de l'homme, mais leurs proportions étaient beaucoup plus considérables.
Le poil qui constituait le pelage était partout doux et luisant. Ce qui surprenait le plus les assistants, était In ténacité de la vie, qui avait longtemps résisté à tant de blessures. La force nuiscu-
50 IIISTOmE NATURELLE.
h'AvL' (levait avoir été bien considérable, car l'irritabilité île la libre se manifesta encore d'une manière Irès-frappante lorsque le cadavre, ayant été transporté à bord et hissé pour y être écorché, le scalpel produisit un mouvement effroyable de contraction dans les muscles, même longtemps après la mort. Celle irritabilité fut telle, lorsqu'on atteit>nit les ])lans musculaires des gouttières vertébrales, que le capitaine en eut horreur, et que, dans la persuasion où il fut que ces marques de sensibilité ne pouvaient avoir lieu sans de vives douleurs . il ordonna de ne pas continuer la dissection qu'on n'eût séparé la tête du tronc.
Cet orang-, dépaysé, devait avoir voyagé pendant un certain temps avant d'être parvenu au lien où il fut tue, ( ar il avait de la boue jusqu'aux genoux, et les habitants de celte partie de Sumatra n'avaient aucune idée d'avoir jamais vu un animal semblable. Les Malais, qui peuplent ces côtes, ne s'enfoncent jamais dans les vastes et impénétrables forêts qui commencent à deux lieues de Uamboom, et ils ignoraient complètement qu'un tel animal y existât. Ils lui attribuèrent les cris singuliers qu'on avait entendus depuis quelques jours, et qui n'avaient aucune analogie avec ceux des animaux carnassiers qui viennent de temps à antre rôdei' la nuit antoir de leurs demeures. La peau de cet orang, ridée et racornie, présente encore à présent cinq pieds dix pouces de l'épaule aux malléoles. Le cou a trois pouces de longueur seulement ; la face, du haut du front jusqu'au menton, en a neuf; le i)ied quatorze pouces, et, d'une main à l'aiilre, les bras étendus mesuraient huit pieds deux pouces.
L'examen de la dépouille de cet orang-outan a permis à M. Clarke-.\bel de résumer les <araetères suivants : le visage est ridé et complètement nu, si ce n'est au menton et au bas des joues, où se développe la barbe; quelques cheveux d'un noir plombé tombent sur les tempes et sur les cotés de la tête; des cils toufi'us garnissent les paupières. Les oreilles sont peti.tes, collées le long de la tète et hautes à peine de dix-huit lignes; elles ressembleraient parfaitement à celles de l'homme si elles avaient un lobule. La bouche, grande et projetée en avant, a des lèvres minces et étroites; la supérieure est recouverte par des espèces de moustaches. La paume des mains est très-longue et de la couleur de la face. Les ongles qui terminent les doigts sont robustes, convexes et très-noirs ; le pouce ne dépasse point la première articulation du doigt indicateur. Le pelage est généralement d'un brun-rouge, passant au brun foncé en quelques endroits, et au rouge vif en d'autres. Partout le ])oil est très-lo.ng en dessus, surtout sur le dos, où il forme inie ligne plus épaisse et plus fournie. » (Asini'ir rcucdrclics.)
1. 01!AKG-01.1TA1N des ailleurs SATVItVS lirhl'S. (Lesson.) (PI. 2. 5. 4. n. 6.1
Caractères spécifiques. — Pelage roux ou brun foncé; peau d'un bleu ardoisé; nez très-aplati et museau proéminent; barbe longue et épaisse; poils de la tête touffus. Taille : 1 met. CO cent, à i met. 90 cent.
Habite r.ornèo et Sumatra.
Tels sont les caractères extérieurs spécifiques de l'orang roux adulte, cl ils ne sont applicables qu'en partie au jeune de cette espèce, dont Frédéric Cuvier donne la description suivante : « Lorsque l'animal est debout, ses bras descendent jusqu'au milieu des jambes; tous les poils sont d'un roux plus ou moins foncé, longs, faibles et légèrement crépus. Ils revêtent, sans cependant être épais, toutes les parties postérieures et supérieures du corps et des membres, et ils sont beaucoup plus rares aux parties antérieures ou inférieures; ceux de la tête, depuis sa partie postérieure jusqu'au front, se dirigent d'arrière en avant, et ceux des avant-bras remontent du poignet vers le coude. I^a face, les oreilles, les mains et les organes reproducteurs sont nus. Toute la peau a une
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Oraii" Itifolûi-.
QliM)IU!M\NES. 51
ti'iiitt' uris (ranliiisc. cxi'cpli' le loiir des yeux, de lu biuiclii', où li' iji'is a l'ait plarc a la (■luiliiir ilc cliaii', et ,sa surface est couverte de jietites rides l't eniiiine chagrinée. l,a jieau de la i^oi'i;e est extrêmement llas((ue et pend comme un goitre , lors(|U(^ l'animal est coucliè sur le côté Les ongles sont noirs, et tous les doigts, sans exception, peuvent en être poui'vus. L'imlixiilu ipie j'ai décrit en a\ait à tous les pouces. Il paraît cependant (|u'on n'en a pas trouve à ces doigts des mains postérieures chez d'autres individus, ce qui avait t'ait présenter </c.s- pouces sidis onfilcs comme nu des caractères particuliers de cette espèce. La voix est assez, variée : dans la peur, elle ressemble à un grognement : dans les besoins, elle se rapproche des pleurs d'un chien; et, dans la colère, elle devient très-aiguë ; alors la gorge se gonfle considérablement. C'est cette espèce qui a été vue et examinée le plus souvent, et sur laquelle on a fait des récits plus ou moins étouiuiuts, qu'il ne faut pas admettre sans examen et sans crili(iue.
Ce n'est point une chose commune que de savoir observer et décrire les actions des animaux, de ne les montrer que dans ce qu'elles ont de matériel et d'en reconnaître les véritables causes. Ou est constamment porté, sans même qu'on s'en aperçoive, à ajouter à ces actions, parce qu'on ne peut se défendre de les conformer aux causes qu'on croit y découvrir, et qui, sans addition, paraîtraient insuflisaiiles; or, ces causes, nous les concluons de ces actions, considérées connue étant les nôtres, et par une sorte d'identitication des animaux avec nous-mêmes. C'est là l'origine de toutes les erreurs auxquelles l'intelligence des brutes a donné lieu, et l'on doit peu s'en étointer ; car les causes des actions ne sont jias sensibles : on ne peut que les déduire, et les mêmes actions peuvent naître de causes très-diverses Or, celles que nous connaissons, qui agissc::t en nous, sont aussi celles que nous sommes naturellement portés à supposer dans tout ce qui existe. Ces erreurs, ([ui peuvent être indifférentes par rapport aux animaux des ordres inférieurs, ne sont pas dans le même cas relativement au chimpanzé et à Toraug, qui n'ont aucun inicruiediaire entre eux et nous. »
-1. OR.\iNG BlCOLLIll, SAIYKIS niCOLUIt. (l>\d. GeonVoy Saiiil-ttilaiic.;
Cvr,ACTf;iiKS si'ecifioues. — Pelage roux supérieureiuent et au milieu du venti'c ; fauve blanchâtre sur le bas-ventre, les flancs, les aisselles, la porliim interne des cuisses et le tour de la honchc. Taille ; on ne coiuiaît que le jeune lige.
Habite Sumatra.
Cette espèce est établie par .M. Isidore Geoffroy Saint-llilaire sur un jeune individu mâle venu de Sumatra. Une partie de la face antérieure du corps, des membres et de la face, est d'un fauve blanchâtre, tandis que les parties postérieures sont couvertes de poils roux. Mais ce n'est pas seulement sur cette différence dans la coloration du pelage que le savant professeur du Muséum se fonde pour former une espèce confondue jusqu'ici avec l'orang-outang. Il trouve de bons caractères dans la forme des cavités orbitaires.
Le saUjius riifiis, à tous les âges, a les orbites très-rapprocbées l'une de l'autre; elles sont ovalaircs et ont le diamètre transversal plus petit. Les os du nez ne forment, après leur soudure pi'ècoce, qu'une languette fort étroite.
Le sutijrus bicolor, au contraire, a les orbites remarquablement quadrangulaires et à peine plus longm's que larges. Les os du nez. réunis, sont médiocrement larges.
M. de ISlainville a communiqué la note suivante à l'.Vcadémie, au sujet de l'arrivée de ce singe rare et intéressant sous tous les rapports : k M. le capitaine Vausghen, qui a lui-uu''inc amené son jeune orang au Muséum, a bien voulu nous dire son histoire ; elle intéressera certainement nos lecteurs. Il s'adressa, pour avoir un orang, à quelques chasseurs de l'île de Sumatra, où cet animal est
52 IllSTUIlŒ NATUKELLE.
ilu reste très-rare ; les chasseurs s'étanl mis aussitôt eu reeiierelii , reunuitrereut une temelle portant sou jietit encore fort jeune. Cette femelle, poursuivie avec ardeur, se réfugia sur un arbre dont toutes les brandies furent successivement abattues par les chasseurs. Une seule restait encore et supportait l'animal ; celui-ci, se voyant cerné de toutes parts, allait s'élancer sur un arbre voisin, lorsqu'un homme de la troupe lui coupa, d'un coup de hache, une main de devant. La mère saisit alors son petit avec la main qui lui restait; mais, comme il lui fut dès lors impossible de se soutenir, elle ne tarda pas à tomber an pouvoir de ses agresseurs.
Elle fut alors aiuenee ainsi que son petit; mais les fatigues du voyage et la chaleur extrême s' ajoutant à la gravité de sa blessure, une dégénérescence gangreneuse la fit bientôt périr. Le petit survécut : son âge fut approximativement évalué à six semaines ; cet animal était entièrement nu. et ce ne fut que plus tard que les poils, qui couvrent aujourd'hui son corps, commencèrent à se développer. Ceux du dos parurent d'abord, puis ceux du ventre et des parties inférieures. Néanmoins l'animal avait déjà fait ses dents incisives et les canines; ses molaires, aujourd'hui au nombre de trois de chaque côté et à chaque mâchoire, se montrèrent plus tard, mais sans occasionner aucun malaise appréciable.
Le jeune orang fut nourri, en partie, avec de la bouillie, qu'on était obligé de lui donner comme on la donne à un enfant ; il était alors très-faible et très-peu intelligent ; mainlenant, il est très-actif, doux de caractère, et sensible aux caresses. Il affectionne surtout M. Vansghen , mais il est familier avec tout le monde ; il prend la main, s'accroche aux jambes de ses visiteurs et monte jusque sur leurs épaules. C'est en lui donnant des soufflets, et même des coups de corde, que le ca]iitaine le corrige, quand il est trop turbulent : il s'assied alors dans un coin, se cache la ligure dans ses bras, et pleure parfois; dans ce dernier cas, il porte ses mains sur ses yeux comme pour les essuyer.
11 joue avec les enfants, et il prend avec eux beaucoup plus de ménagements qu'avec les grandes personnes. 11 est aussi quelques animaux avec lesquels il sympathise, mais il ne peut souffrir les chats ; il n'aime pas non plus les autres singes ; il affectionne les chiens d'une manière toute particu tière, et le capitaine recommande de mettre dans sa loge un jeune animal de cette espèce pour lui tenir compagnie. Il paraît, en effet, aimer beaucoup la société, et il entre en colère dès qu'il se trouve seul, brise alors et déchire tout ce ([ui est à sa portée. Un peut, ;iu contraire, faire de lui ce que l'on veut en le mettant au milieu de quelques personnes; il joue avec elles, et aime surtout qu'on le bouscule, qu'on le roule de toutes les i'ai,ons.
On n'avait jusqu'ici possédé, en France, qu'un seul orang vivant, encore ce singe était il très-malade et presque mourant lorsqu'il y est arrive; il n'a vécu que ([uelques semaines à la ménagerie de la Malmaison. Celui que l'on doit à M. Vansghen est en ]iarfaile santé ; on remai'que tout d'abord le volume de son ventre, sa manière lente de marcher connue un cul-de-jatte. et, au contraire, sa légèreté à grimper et son intelligence.
Nous l'avons vu, à la fenêtre de sa loge, tenant, avec une main de ilerrière. un verre d'eau sucrée ; et, avec l'une des mains de devant, iiu liiscuil. qu'il trempait dans la liqueur chaque fois qu'il voulait en prendre une bouchée. •
(JIVUUIMANES.
5"" GENRE. —GIBBON. HYLOBATES. (Illiyer.)
YAaw, j;iljoii.'. Uxi/w. je iii.iix'lie
CAHACTERES GENEllIQUES.
Avuiil brus cl ina'ms cxcessivciiiciit uUoiujcs: oncjlcs dis pouces aplalis. Pclufic Ircs-cpais, laïneux.
Corps moins lourd (pic dans tes deux cfcnrcs prccédciils. I)c fortes cuUosilrs uu.v fesses.
Pus ile(pieite, pas d'(dia}oues
Face obluse, encadrée de larges favoris; arcades snrciUcrcs protioiicces; oreilles nioiieuiics cl de forme prescpie liuiiiaiiie.
Les yibboiis vivent, soit en troupes, soit pai' paires, dans les forêts des régions méridionales de r.\sie et de l'arehipel indien.
( PI 8. 9. 9 bis. 10 et 10 bis ]
Les gibbons ont la tête déprimée au-dessus des yeux; la face obtuse, avec une saillie prononcée des arcades surcilières. Les mains sont étroites, à doigts longs, effdés et un peu courbés; le pouce est coui'l. et n'arrive qu'à la première articulation de l'indicateur. Aux membres inférieurs, le ponce est plus fort et très-reculé Les os du bassin sont fort allongés, étroits, et terminés inférieurement
Fis. i5. — Gibbon bnoli.
HISTOIRE NATUUELLE.
par des ischions dont le bord offre une large surfaee qui sert de base osseuse aux eallosités. Ces singes ont treize ou quatorze paires de côtes.
Fiii. 4G. — Main aiitcricuru de iribbon.
Fig. 47 — Main poslérieuie ilii mémo.
Quelques L;ibbons, mais deux espèces oertaiiienient, présentent un caractère exceptionnel; deux doii,^ts des niendM'cs posiérieurs, l'indicateur et le médian, sont réunis, dans une partie de leur étendue, par une mendirane, expansion des téguments. La plupart des auteurs, et le voyageur Duvauccl, pensent que cette disposition singulière se retrouve dans les autres gibbons, mais seulement dans un sexe, suivant l'espèce. M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire déclare n'avoir trouvé de membrane interdigitale que dans le siamang et l'entelloïde des deux sexes; tandis que l'examen d'un grand nombre d'individus mâles el feiiudles des autres. espèces lui a permis de s'assurer qu'ils avaient tous les doigts libres. Duvaucel dit avoir observé cette réunion des doigts sur une femelle du gibbon de liaffles, tandis que le mâle avait les doigts libres. Ce caractère, constant pour le siamang et l'entelloïde, se montrerait-il accidentellement dans d'autres espèces? C'est ce qui est encore à vérifier.
La longueur disproportionnée des nu'inbres des gibbons tient au développement excessif de I avanl-bras et de la main qui est très-étroite. Cette conformalion, en apparence vicieuse, leur perniel la station bipède et leur fournit le moyen de marcher à quatre pattes, dans une position presque verticale. En effet, ils assurent leur station bipède en louchant de temps en temps le sol du bout des doigis des membres su|iérieurs, et leur marche, en se servant de leurs bras comme de balanciers.
Les gibbons ont des callosités aux fesses ; mais ils n'ont ni queue, ni abajoues. Moins intelligents, ]>eut-étre, que les troglodytes et les orangs, ils sont criards, et font entendre continuellement leur voix, en sautant d'une branche à l'autre ou en marchant, ce ipii leur a valu le mim d'hylobales ; et
Inii.s cris redoublent au lever et iiu coiicber du soleil. La présence d'un sac laryngien est évidente sur quelques yiidions, et l'on doit supposer que le même organe existe dans toutes les espèces; car ils ont tous une voix forte et reproduisant lesmènies sons.
Us se suspendent par les bras, et ]>euveiit s'élaïu'er à de grandes distances après s'être balancés deux ou trois fois pour prendre l'élan convenable. La femelle porte son petit cramponné autour de son corps lorsqu'il est assez fort pour se soutenir seul dans cette position, et le soutient avec un de ses bras pendant son bas âge.
Pendant le jour, les gibbons se retirent dans les bois, à la recherche de l'ombre et de la fraîcheur.
Ils ne quittent guère les arbres, où leurs membres longs et grêles leur permettent de sauter de branche en branche et de s'accrocher sans effort. Leurs fesses non renflées, les muscles jumeaux et soléaires effacés, leurs longues extrémités antérieures, n'annoncent point qu'ils soient destinés à marcher sur le sol.
Les gibbons lient les orangs aux autres singes, car ils n'ont pas de queue ; mais on voit poindre les callosités, et leurs bras s'allongent démesurément. Cette conformation rend leur allure sur le sol peu assurée, mais, en revanche, en fait des animaux très-propres à grimper et à se tenir sur les branches des arbres des forêts où ils vivent confinés. Exclusivement asiatiques, ces grands singes se réunissent en troupes, ont des mœurs douces, inoffensives, et se nourrissent de fruits, de racines, de bourgeons, et même de lézards et autres animaux, tels que des insectes et des mollusques. Ils sont paresseux, déliants, dormeurs, et moins intelligents que les orangs. (Lessoin.)
La bouche des gibbons est proéminente; le visage est encadré de poils assez longs qui recouvrent même le front, s'avancent sur les joues et forment un collier sous le menton. Les poils de la tête sont dirigés d'avant en arriére; ceux du corps sont généralement foncés; quelques-uns, cependant, ont un pelage clair. Les poils de l'avant-bras sont dirigés plus ou moins obliquement de bas en haut.
Le crâne est assez large, mais peu élevé; les crêtes surcilières, si on les compare à celles des orangs et des chimpanzés, sont médiocrement prononcées. Le cerveau présente des lobes antérieurs étroits; les postérieurs sont courts, et recouvrent incomplètement le cervelet.
Les membres inférieurs, comparés aux supérieurs, sont» courts et généralement plus grêles. L'humérus et le fémur sont de même longueur, et la grande inégalité qu'on remarque entre les proportions relatives des membres tient à ce que l'avant-bras et la main sont d'un tiers ])lus longs que la jambe et le pied. (Lesson.)
« A la mftchoire supérieure, la première incisive est large, terminée par une ligne droite, usée obliquement en dedans, et coupée tran.sversalement par l'impression de l'incisive inférieure : la seconde est plus petite que la première, et usée obliquement du côté de la canine; celle-ci, plus large qu'épaisse, est tranchante à son bord postérieur, et elle présente deux sillons longitudinaux à sa face interne, séparés l'un de l'autre par une côte saillante : le sillon postérieur est plus large et plus profond que l'antérieur. Les deux mâchelières suivantes sont deux fausses molaires : la seconde est un peu plus grande que la première ; mais toutes deux se composent de deux tubercules mousses, l'un au bord externe et l'autre au bord interne plus petit que le [iremier. Les trois molaires qui viennent après, et qui vont en grandissant de la première à la dernière, ont la même forme; elles se composent de quatre tubercules, deux d'égale grandeur, au bord externe, et deux au bord interne, le jiostérieur beaucoup plus petit ipie celui qui le précède : ces tubercules sont formés par des sillons qui partagent inégalement la dent.
A la mâchoire inférieure, la première incisive est petite, et terminée par une ligne droite ; la seconde est arrondie à sa face externe, terminée en pointe, et renforcée à sa face interne par une côte longitudinale qui l'épaissit dans sa partie moyenne. La canine est plus égale dans ses dimensions que celle de l'autre mâchoire, et elle est terminée postérieu''ement par un talon; mais sa face interne présente aussi les deux sillons et la côte que nous avons vus à l'autre. La première fausse molaire, placée obliquement, n'a qu'une seule pointe; la seconde en a deux, l'une interne et l'autre externe, situées plus près de son bord antérieur que de son bord postérieur. Trois molaires suivent, qui vont en augmentant de grandeur, et qui se ressemblent : elles présentent cinq tubercules, deux â leur partie antérieure, et trois, disposés en triangle, à lenrparlie postérieure. » (F. Cuvikr.)
HISTOIRE NATIREI.LE.
La peau de la partie interne des quatre mains est nue, les pouces bien opposables aux aulres doigts. L'os métacarpien des pouces est libre, ce qui fait paraître ces doigts composés de trois plialancres.
Fig. 48. — Sternum du gibbon siamang.
Les doigts, surtout ceux des membres supérieurs, sont fort longs.
Le sternum est aplati, large et composé de trois pièces.
Les humérus sont grêles et de la longueur du tronc.
Entre la première et la seconde rangée des os du carpe, on remarque l'os intermédiaire des singes, que ne présentent ni le chimpanzé ni l'oràng.
Plus doux, même dans un âge avancé, que la plupart des autres singes, ils sont défianls, timides, surtout lorsqu'ils .sont à terre, k tort on les dit stupides. parce qu'ils paraissent indolents et gênés dans leurs mouvements sur le sol.
On a découvert, dans le département du Gers, des débris fossiles qui peuvent se rapprorter à ce genre.
1. C.IBBON PIAMANG a Y LOUATES SYXDACTYI.VS (Fréd. Cuvier ) (fl.O.)
Caractères srncirtQDES. — Pelage entièrement noir; un grand espace nu sous la gorge; doigts médian et indicateur des membres inférieurs réunis en partie par les téguments,
Habite Sumatra
Le siamang, ainsi nommé par les Malais, se distingue des autres e.spcces de gibbons par une membrane étroite qui réunit le deuxième et le troisième doigt des membres inférieurs (la dernière phalange est seule libre chez les mules, tandis que. dans les femelles, la membrane interdigitale est moins étendue, et laisse les deux dernières phalanges libres), et par une poche laryngienne membraneuse et dilatable, en forme de goitre, pendant sous la gorge, qui est nue. Il se dislingue encore par un pelage noir, brillant, doux et épais, à poils longs par places et laineux. Les sourcils et le dessous du menton sont roussàtres; la face est noire, nue et des plus laides. Le front est. en quelque
Gilibon siiimaiig.
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sorte, réduit aux arcades sui'ciliéros suinioiilaiit des yeux enfoncés et sans expression. Le nez est large, aplati, à narines latérales très-grandes. I;a liniiclie est largement ouverte, les joues creuses, el les pommettes saillantes. Les poils de l'avanl-hras se dirigent du poignet vei's le coude, où ils fiMMueul une sorte de nianclielte en se rencontrant avec ceux du bras.
Le mâle a deux pinceaux de poils roussâlres, souvent trè.s-longs, au scrotum, et la remelle a les parties correspondantes et les mamelles nues. On remarque aussi que les dents canines du siamang sont lrés-,saillantcs. Sa taille varie de 0'",!)0 à 1"',15.
Le gibbon siamang a été découvert à Sumatra par MM. Duvaucel et IJiard, naturalistes, .'iccompagnant sir Slanifort Raftles.
Il Cet animal est fort commun dans les forêts de Sumatra, dit M. Duvaucel, et j'ai pu souvent l'observer en liberté comme en esclavage. On trouve ordinairement les siamangs rassemblés en troupes nombreuses, conduites par un cbef que les Malais croient invulnérable, sans doute parce qu'il est plus fort, plus agile et plus diflicile à atteindre que les autres. Ainsi réunis, ils saluent le soleil, à son lever et à son couclier, par des cris épouvantables qu'on enlend de plusieurs milles, et qui, de près, étourdissent lorsqu'ils ne causent pas d'effroi. C'est le réveille-matin des Malais montagnards, et, pour les citadins qui vont à la campagne, c'est une des plus insupportables contrariétés.
Par compensation, ils gardent un profond silence pendant la journée, à moins qu'on n'interrompe leur repos ou leur sommeil. Ces animaux sont lents et pesants; ils man(|uent d'assurance ([uand ils grinqient. et d'adresse ([uand ils sautent; de sorte ([u'on les atteint toujours quand on peut les surprendre.
Mais la nature, en les privant des moyens de se soustraire promptement aux dangers, leur a donne une vigilance qu'on nicl rarement en défaut, et, s'ils entendent, à un mille de distance, un bruit qui leur soit inconnu, l'effroi les saisit, et ils fuient aussitôt. Lorsqu'on les surprend à terre, on s'en empare sans résistance, soit que la crainte les étourdisse, soit qu'ils sentent leur faiblesse et l'impossibilité de s'écliapper. Cependant ils cherchent d'abord à fuir, et c'est alors qu'on reconnaît toute leur imperfection pour cet exercice. Leur corps, trop haut et trop pesant pour leurs cuisses coui'tes et grêles, s'incline en avant, et, leurs deux bras faisant l'office d'échasses. ils avancent par saccades, et ressemblent ainsi à un vieillard boiteux à qui la peur ferait faire un grand effort.
Quelque nombreuse que soit la troupe, celui qu'on blesse est abandonné par les antres, à moins que ce ne soit un jeune individu. Sa niere alors, qui le porte ou le suit de prés, .s'arrête, tombe avec lui, pousse des cris affreux en se piécipitant sur l'ennemi la gueule ouverte et les bras étendus. Mais on voit bien que ces animaux n(^ sont pas faits pour condjattre, car alors même ils ne savent éviter aucun coup, et n'en peuvent porter un seul. An reste, cet amour maternel ne se montre pas seulement dans le danger, et les soins ([ue les femelles prennent de leurs petits sont si tendres, si recherchés, qu'on serait tente de les attribuer à un sentiment raisonné. C'est un spectacle curieux, dont, à force de précautions, j'ai pu jouir quelquefois, que de voir des femelles portei' leurs enfants à la rivière, les débarbouiller malgré leurs plaintes, les essuyer, les séchei', et donner à leur pr(qireté un tiunps et des soins que dans bien des cas nos propres enfants pourraient envier.
Les Malais m'onl aflirnié un fait dont je doutais alors, mais que je crois avoir constaté depuis : c'est que les petits siamangs. trop jeunes encore pour aller seuls, sont toujours portés par des individus du même sexe qu'eux : par leurs pères, s'ils sont mâles, et par leurs mères, s'ils sont femelles. Ils m'ont également assuré que cette espèce devenait souvent la proie des tigres par le fail de cette sorte de chaime qu'on a déjà dit que les serpents exercent sur les oiseaux, les écureuils, etc Je ne peux rien vous apprendre sur leur mode d'accouplement, sur la durée de la gestation, etc. Ces faits mystérieux sont ignorés des Malais eux-mêmes, les siamangs n'ayant point encore produit en esclavage. Au reste, la servitude, quelle que soit sa durée, ne paraît modifier en rien les défauts caractéristiques de ce singe : sa stupidité, sa lenteur, sa maladresse. A la vérité, il devient, en peu de jours, aussi doux qu'il était sauvage, aussi privé qu'il était farouche, mais, toujours timide, on ne lui voit jamais la familiarité qu'acquièrent bicnlôt les autres espèces du même genre, et sa soumission paraît tenir plutôt à son extrême apathie qu'à un degré quelconque de confiance ou d'affection. Il est à peu près insensible aux bons el aux mauvais traitements : la reconnaissance, la haine, paraissent être des sentiments inconnus à ces machines animées. Tous leurs sens sont grossiers : s'ils fi.\ent un (i
objet, on voit que c'est sans intention ; s'ils y touflicnt, c'est presque sans le vouloir. Le .siamang, en un mot, est l'absence de toute faculté; et, si l'on classe jamais les animaux d'après leur intelligence, celui-là occupera sûrement une des dernières places. Le plus souvent accroupi, enveloppé dans ses longs bras, et la tète cachée entre les jambes, position qu'il a aussi en dormant, le siamang- ne fait cesser son immobilité et ne rompt le silence qu'en poussant par intervalles un cri désagréable, assez approchant de celui du dindon, mais qui ne parait motivé par aucun sentiment, par aucun besoin, et qui, en effet, n'exprime rien ; la faim elle-même ne peut le tirer de sa léthargie naturelle. En esclavage, il prend ses aliments avec indifférence, les porte à sa bouche sans avidité, et se les voit enlever sans étonnement. Sa manière de boire est en harmonie avec ses autres habitudes : elle consiste à plonger ses doigts dans l'eau, et à les sucer ensuite. » Raftles dit qu'on a vu des individus entièrement blancs.