‹ Encyclopédie d'histoire naturelle; ou, Traité complet de cette science d'après les travaux des naturalistes les plus éminents de tous les pays et de toutes les époques: Buffon, Daubenton, Lacépède, G. Cuvier, F. Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire, Latreille, De Jussieu, Brongniart, etc. etc (volume 4)Chapitre 10 sur 129 · UNE · texte numérisé non relu

UNE

Fig. 6. — Bouledogue.

Si l'on s’en rapporte à M. l'abbé Maupied pour les étymologies qu'il a données du nom de Chien, cette dénomination serait aussi admirable qu'elle est remarquable dans les langues anciennes. En hébreu, c'est Kaleb, nom composé de la particule ka, qui signifie comme, et qui est explétive en composition, ou bien de kal (tout), et de leb (cœur), le siége des affections : d’après cela lenom de Chien, en hébreu et en chaldéen, veut donc dire très-affectueuæ, très-caressant. En grec, le nom de Chien signifie la même chose; le mot xsov (Chien) n’est que le participe du verbe xs0 (caresser, embrasser); le nom de Chien, en grec, veut donc dire caressant. En latin, Ganis vient du verbe canco (vieillir, par extension être prudent); le nom latin du Chien signifie done fidèle, prudent. Le nom français, Chien, vient du srec x, we, € a par conséquent la même signification. Ces étymologies si remarquables ne prouveraient-elles pas, comme le fait observer De Blainville, que le Chien a été de tout temps un animal fidèle, caressant, prudent, attaché à l'homme, et créé avec lui et pour lui?

| Les Chiens, pris d'une manière générale, sont des animaux omnivores, très-intelligents, se nourrissant de chair fraiche ou de chair corrompue, et joignant quelquefois à ces aliments des substances végétales, telles que des fruits, des racines, ete., et, par là, on voit qu'ils sont loin d'avoir

Lion du Sénégal.

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l'appétit carnassier des Chats; les petites espèces, cependant, semblent plus carnassières que les grandes, et elles sont aussi plus rusées et plus courageuses; mais, du reste, il est rare qu'elles attaquent une proie vivante, et, lorsqu'elles le font, elles sont réunies en troupes nombreuses et suivent alors leur proie à la piste, par suite de leur odorat rendu très-délicat par le prodigieux développement de la membrane pituitaire sur les nombreux replis des cornets éthmoïdiens. Tous voient et entendent très-bien, et tous boivent en lapant.

Les femelles sauvages éprouvent le besoin du rut en hiver; elles portent trois mois, et quelquefois davantage : chaque portée produit de trois à cinq petits. Les espèces domestiques peuvent produire à toutes les époques, et surtout deux fois par an, en été et en hiver.

Quelques espèces se creusent des tanières, ou profitent des terriers formés par d’autres animaux; mais le plus grand nombre établissent leur domicile dans les taillis des forêts les plus fournis, etc. Un très-grand nombre de ces animaux étant devenus domestiques sont les commensaux de l’homme, qu'ils suivent partout, et dont, en quelque sorte, ils reproduisent les mœurs.

Les Chiens proprement dits, ou ceux à pupille en forme de disque, sont des animaux diurnes, et, par l'exercice, leur vue peut acquérir beaucoup de force; les Renards, ou Chiens à pupille allongée, voient mieux, au contraire, la nuit que le jour. Les Chiens, mais il faut en excepter les Renards, sont loin d’avoir la propreté des Chats. [ls hurlent ou aboïent, et font surtout entendre leur voix lorsqu'ils chassent : alors cette voix se modifie suivant les sentiments qu'ils éprouvent. La couleur de leur pelage est le brun, qui, d’une part, se fonce jusqu'au noir, et, de l’autre, se pâlit jusqu’au fauve; le blanc s'y joint souvent, et c'est du mélange de ces trois couleurs que résultent toutes les variétés qu'offrent, sous ce rapport, les différentes espèces ou races de ce genre.

En résumé, on peut dire avec Fr. Cuvier que « les Chiens proprement dits sont des animaux de taille moyenne, et que leurs proportions annoncent de la force et de l’agilité; la partie antérieure de leur corps est forte et ramassée, et la partie postérieure svelte et légère; leurs jambes sont élevées; leur cou est long et épais, leur tête effilée, leur poitrine large; leurs cuisses et leurs épaules sont charnues, et leurs jambes tendineuses; leurs muscles se dessinent fortement, mais leurs allures ne sont pas en parfaite harmonie avec leurs organes; ils ont la démarche un peu indécise, et ne portent pas la tête haute; leur regard manque de hardiesse, et ils sont généralement prudents : ils n’ont du courage que lorsqu'ils sont pressés par la faim. Les Renards diffèrent encore des Chiens à ces divers égards : ils sont généralement plus petits et plus bas sur jambes; leur corps paraît plus allongé, et ses proportions n'annoncent pas de vigueur; leur tête parait plus pointue, plus fine : ils la portent dans les épaules, et toutes leurs formes sont arrondies; aussi ont-ils un naturel plutôt timide que courageux; ils ne chassent que des animaux sans défense, les Lapins, les Oiseaux; ils ont toujours recours à la ruse, au silence; c'est la nuit ordinairement qu'ils se mettent à la recherche de leur proie, et la fuite est la seule ressource qu'ils opposent au danger; s'ils se défendent, ce n’est qu'à la dernière extrémité, et lorsqu'on les poursuit jusqu’au fond de leur retraite. »

Nous n'étendrons pas plus loin ces détails de mœurs, parce que nous ne voudrions pas nous répéter, et qu'ils seront complétés lorsque nous nous occuperons spécialement du Chien domestique, du Loup, du Renard, du Chacal, de l'Isatis et des autres espèces principales. Cependant, nous donnerons, avant de passer aux descriptions particulières, des détails sur l’ostéologie et le système dentaire, bases de la partie zoologique ; puis, après avoir dit quelques mots de la distribution géographique, nous indiquerons les points principaux de l’histoire zooclassique des Chiens, ainsi que des classifications qu'on a formées dans ce genre.

L'étude de l'ostéologie du Chien ordinaire, ainsi que celle du Loup, a été commencée à une époque déjà reculée, mais ne l’a pas été d’une manière complète; c’est ainsi que Vésale et G. Blasius s’en sont occupés. Daubenton ne fut pas plus heureux que ses devanciers, car il fit porter sa comparaison du squelette du Chien avec ceux du Cochon, du Cheval, et autres animaux domestiques par lesquels Buffon, à l'ouvrage duquel il joignit son travail, avait cru devoir commencer sa vaste Histoire naturelle générale et particulière : toutefois, il donna des détails sur trois espèces de ce grand genre : le Loup, le Chacal et le Renard. G. Cuvier, d'abord dans ses Leçons d' Anatomie comparée, mais surtout dans ses Fiecherches sur les ossements fossiles des Quadrupèdes, publié en 1895, décrivit l'ostéologie du Chien et du Loup, qu'il prit pour type du groupe des Carnassiers, et il donna de bonnes figures. MM. Meckel, Pander et D'Alton, n’ajoutèrent que peu de chose à ce qu'on savait avant eux;

il n’en fut pas tout à fait de même de Guldenstaedt (Nas. Comm. Acad. Pet., t. XX, 1776), qui donna la description du Chacal comparativement avec celles du Loup et du Renard, et de Spix, qui figura avec soin le crâne du Renard dans sa Céphalogénésie; mais c’est principalement De Blainville qui, dans son Ostéographie, fascicule des Canis, donna le travail le plus complet sur le squelette des animaux du genre Chien, où, après avoir étudié le Loup comme type, il décrivit un assez grand nombre d'espèces et de varictés : c'est d’après lui que nous entrerons dans quelque développement sur ce sujet important.

Fig. 7. — Chien de Dalmatie.

Les os du Loup sont en général d'un tissu légèrement moins serré, un peu moins éburné et même moins blanc que celui des Chats, peut-être parce que la cavité médullaire et le tissu diploïque sont un peu plus étendus, comparativement à la partie éburnée; et par cela ils sont un peu moins cassants et moins pesants. Le nombre des os en totalité est le même que celui des Chats. La série vertébrale se compose de quatre vertèbres céphaliques, sept cervicales, treize dorsales, sept lombaires, trois sacrées et dix-sept ou dix-huit coccygiennes. La tête en totalité est assez notablement allongée, et beaucoup plus que celle des Chats. La vertèbre occipitale est large et plate dans son corps. La sphéno-pariétale est assez allongée, même dans son corps. La sphéno-frontale est encore considérable, du moins dans son arc. Quant au vomer et aux os du nez, ils participent à la longueur de la face, déterminée par celle des mächoires; aussi sont-ils beaucoup plus étendus que chez les Chats. Les mächoires ont un caractère particulier dans leur allongement, et même dans la manière dont elles s'atténuent en forme d’avance pyramidale. Pour les osselets de l'ouie, l'étrier est en pyramide tronquée; le lenticulaire est très-mince et ovale; l'enclume en forme de dent molaire, avec ses deux bras ou racines presque égales et très-divergentes; le marteau est très-arqué, à tête petite, à cou dilaté, et à manche assez court. L'angle facial, sous lequel la mâchoire supérieure se joint au crâne, est nécessairement diminué de ce qu'il est chez les Chats, et, en effet, il ne dépasse guère une vingtaine de degrés, surtout en faisant abstraction des bosses frontales. Les cavités et fosses internes ou externes ont également éprouvé des modifications importantes : les deux cavités dont nous voulions seulement parler sont l'oculaire et l'olfactive. La première est notablement moins grande que dans les Chats, mais plus ovale, plus oblique en dehors, et surtout encore moins fermée dans son cadre que chez eux, par suite d'un moindre développement des apophyses orbitaires. La cavité olfactive est, par contre, bien

plus étendue, non-seulement en elle-même, à cause du prolongement des os du nez et des mächoires, mais aussi par suite du grand développement des cornets, surtout des inférieurs, et même des sinus maxillaires et frontaux, qui soulèvent quelquefois le front de manière à former une sorte de rigole dans la ligne médiane du chanfrein, et à augmenter notablement le degré de angle facial. Le palais est long, peu profondément voûté, si ce n’est dans l'angle formé par l’écartement des deux arrière-molaires, où se voit un enfoncement assez profond pour loger la carnassière inférieure. Les ouvertures de la tête sont grandes : le trou occipital, en particulier, est presque complétement terminal; son diamètre transverse est un peu plus grand que le vertical, et dans la proportion de un à trois avec eelui de la cavité cérébrale. Les condyles sont presque terminaux, assez saillants, ovalaires.

Fig. S. — Chien courant.

Les vertèbres cervicales sont assez différentes de celles des Chats et des Ours de la même taille par un peu plus de longueur en général, et par la forme des apophyses transverses, qui sont plus larges d'avant en arrière. L’atlas a son corps pourvu, inférieurement, d’une épine au milieu de son bord postérieur, et ses ailes, projetées en arrière, sont un peu plus étroites que dans les Chats. L'axis a son apophyse épineuse très-longue d'avant en arrière, mais très-peu élevée, et presque tout à fait rectiligne à son bord supérieur. Les trois cervicales intermédiaires ont toutes leur corps pourvu, en dessous, d’une sorte de carène apophysaire. La sixième se distingue par son apophyse épineuse presque aiguë et antéroverse, ainsi que par son apophyse transverse, dont le lobe inférieur est assez large et non sinueux à son bord.

Les vertèbres dorsales sont plus courtes et plus épaisses dans leur corps que les cervicales; les apophyses épineuses sont assez étroites, assez aiguës.

Les vertèbres lombaires forment une région plus courte que dans les Chats, mais cependant beaucoup moins que dans les Ours. Les apophyses épineuses croissent de hauteur en diminuant de largeur jusqu'à la quatrième, pour décroître ensuite assez rapidement jusqu’à la septième; les apophyses transverses sont en général plus grêles, et d'antant plus qu’elles sont plus postérieures.

Les trois vertèbres sacrées constituent un sacrum étroit, à bords presque parallèles, mais plus court et plus ramassé que dans les Chats.

Les vertèbres coccygiennes sont petites, grêles, et produisent une queue bien effilée, et moins forte que celle des Chats.

Le sternum est formé de huit pièces, sans compter le xiphoïde, assez longues, étroites, à coupe trapézoïdale, presque égales, sauf le manubrium, qui est double des autres, et la huitième, qui est cubique, et ne se distingue du xiphoïde qu'en dedans.

L'hyoïde, composé du même nombre de pièces que celui des Chats, présente un corps transverse peu étroit et moins épais, triquètre dans sa coupe, de grandes cornes, dont l'article basilaire est

le plus court et le plus large; les deux autres étant presque égaux; le dernier assez arqué; et, enfin, une corne thyroïdienne plus forte et plus longue que les articles de l'antérieur.

Les côtes sont aussi en même nombre et en même disposition que dans la Panthère; elles sont seulement un peu plus larges et plus plates, surtout en dessous, les antérieures plus que les autres : caractères qui se trouvent déjà assez manifestement dans le genre des Givettes. Le thorax, qui en résulte, est aussi un peu plus long, plus comprimé, et, par suite, plus haut dans le sens vertical que dans les Chats.

Les membres sont généralement un peu plus élevés, plus redressés, que dans ces derniers animaux, et peut-être même aussi un peu moins distants entre eux.

Aux membres antérieurs, l'omoplate est assez étroite; sa crête, qui est presque médiane, est haute et presque droite, et se termine par un acromion peu développé, arrondi, non bifurqué, et ressemblant à ce qui a lieu dans les Ours; l'apophyse coracoïde est réduite à un simple tubercule épais, à peine saillant au-dessus d’une cavité glénoïde ovale, appointie supérieurement. La clavicule, qui semble manquer, existe toutefois; mais elle est réduite à une petite pièce osseuse, plate, large, arrondie à son extrémité, et se terminant brusquement en pointe à l'autre extrémité. L'humérus est court, gros, avec sa double courbure assez marquée, assez large, et comprimé supérieurement, ce qui est produit par une empreinte deltoïdienne assez forte. Le radius, presque aussi large supérieurement qu'inférieurement, est fortement comprimé en dessous de la tête humérale, et arqué dans toute sa longueur. Le eubitus, qui suit la courbure du radius dans toute sa longueur, en se collant presque contre lui, est encore assez large, assez épais dans son apophyse olécrane; mais, dans le reste de son étendue, il s’amincit et s’atténue assez rapidement en se courbant, de manière, cependant, à conserver le même diamètre, en produisant une apophyse odontoïde assez large, comprimée et arrondie à son extrémité. Les os du carpe peuvent se subdiviser en deux rangées : dans la première, le scaphoïde est le plus grand et le plus large de tous, et pourvu en dedans d’une apophyse plus forte et plus grande que celle des Chats; le triquètre est assez gros, avec une apophyse carpienne forte; le pisiforme est très-court, épais, dirigé en arrière. Les os de la seconde rangée sont peu développés en général; le trapèze est très-petit, semblable à un cunéiforme; le trapézoïde et le grand os sont presque égaux, et le dernier est pourvu, en dedans , d’une apophyse plus épaisse que celle de l'unciforme. Les os du méfacarpe sont assez longs, assez étroits, plus serrés et plus droits sur les bords que ceux des Chats. Les phalanges sont proportionnellement plus courtes que celles des Chats; les onguéales en diffèrent assez notablement : elles sont étroites, triangulaires, peu comprimées, peu arquées, et assez pointues, pourvues, à la base seulement, d'une sertissure peu avancée. Il y à cinq doigts à la main.

Fig. 9. — Poodle,

Les membres postérieurs sont peut-être plus longs, plus élevés que les antérieurs, ct l'augmenta-

fon porte également sur les os de la jambe et du cou-de-pied. Los innominé n'offre pas de gran-

des différences, comparé avec celui de la Panthère; il est, toutefois, un peu plus déprimé, plus élargi, plus raccourci dans toute son étendue; le trou sous-pubien est assez petit; la cavité ischiatique est plus développée. Le fémur est court, sensiblement courbé, surtout en bas, peu épais dans sa partie supérieure, assez large en bas. Le tibia est assez épais, assez robuste, à double courbure plus marquée que dans les Chats, à articulation supérieure peu élargie, et à articulation inférieure assez prononcée, assez serrée, un peu plus obliquée que dans les Chats. Le péroné est très-grèle, très-mince, surtout dans son corps, qui, dans sa moitié inférieure, se courbe subitement pour s'appliquer contre le tibia; les deux têtes sont assez dilatées. Le pied, à quatre doigts, est généralement plus étroit et plus serré que celui des Chats, et les os du tarse forment un tout sensiblement plus long que dans ces derniers animaux. L'astragale est très-profondément excavé par une poulie à bords inégaux, et sa tête, très-étroite dans le sens vertical, est portée par un cou également très-étroit, et dans la même direction. Le calcanéum est aussi très-étroit, peu comprimé, fortement échancré en arrière. Le scaphoïde a le plus grand diamètre de sa cavité astragalienne vertical. Il y a trois cunéiformes, et un cuboïde qui est notablement allongé. Les métatarsiens sont assez étroits, assez serrés, allongés, divergents : quoiqu'il n'y ait que quatre doigts, le premier cunéiforme porte, articulé avec lui, un rudiment de premier métatarsien, de forme triangulaire, et collé fortement à la base du deuxième, pourvu d’une facette articulaire. Quant aux os des doigts proprement dits, on ne peut guère trouver, comme différence avec leurs analogues à la main, que dans un peu plus de gracilité.

Les os sésamoïdes offrent peu de différence de ce qu'ils sont dans les autres Carnassiers digitigrades. Au carpe il y en a deux : l'un, le pisiforme, dans l'abducteur du pouce, et qui s'articule avec la tubérosité seule du scaphoïde à sa partie inférieure, et un autre plus petit à l'extrémité du tendon du eubital antérieur, et articulé avec l'unciforme; en outre, les sésamoïdes articulaires de la base des doigts sont proportionnellement plus forts que dans les Carnassiers moins digitigrades. Aux membres postérieurs, la rotule est bien plus étroite et bien plus épaisse que dans les Chats de même taille; les deux sésamoïdes pisiformes des tendons des gastroenémiens existent toujours; mais il ne semble pas y en avoir dans les tendons des muscles poplité, et long péronier.

L'os pénien a acquis un très-grand développement; dans le Loup, cet os est long, doublement arquê, atténué, et coupé carrément en arrière, s’élargissant et s’excavant fortement en dessus et dans le reste de son étendue, tandis qu'en dessous il est presque caréné.

Si l’on étudie les sexes du Loup sous le point de vue ostéologique, on peut remarquer que la tête des mâles est plus courte et plus large, le front plus élevé, plus bilobé par la grande saillie des sinus frontaux, etc., tandis qu'au contraire la tête des femelles est toujours plus longue et plus étroite.

De Blainville, que nous avons presque textuellement suivi jusqu'ici, donne ensuite des détails comparatifs sur les particularités que lon peut remarquer dans les diverses espèces de Loups, telles que le Loup nain où Canis lycaon, le Loup du Canada, le Loup de l'inde, le Loup du Mexique et le Loup rouge où Canis campestris, qui diffère assez considérablement des autres espèces pour qu'on ait cherché à en faire le type d'un genre distinct; puis il s'occupe plus spécialement du Chacal, du Renard, et de quelques autres espèces dont nous croyons devoir dire quelques mots.

Fig. 11. — Cocker.

Le squelette du Chacal, en totalité, ne semble se distinguer de celui du Loup que par sa taille, qu est moindre; mais, cependant, on peut voir qu'il en diffère d’une manière assez particulière pour se rapprocher de celui du Renard, qui, lui, passe à la forme que nous étudierons chez les Chats. Dans la tête, le renflement cérébral est plus marqué que dans le Loup, et Les crêtes sont moins développées. La colonne vertébrale offre un peu plus de largeur dans les deux dernières vertèbres cervicales intermédiaires, un peu plus d’étroitesse dans les apophyses épineuses des vertèbres lombaires, et jusqu'à vingt vertèbres coccygiennes beaucoup plus grêles que celles qui forment la queue du Loup. Le manubrium est beaucoup plus long, et la huitième pièce du sternum est plus forte. Les côtes sont moins dilatées inférieurement, et, par là, se rapprochent de celles des Chats. Aux membres antérieurs, l’omoplate est plus élargie; la clavicule plate, lamelleuse, moins petite que celle du Loup, un peu courbe. Le pouce de la main semble un peu plus long. Aux membres postérieurs, le bassin parait raccourci, plus large dans toutes ses parties. Le pied, au contraire, est composé d'os en général plus grèles, ce qui le rend plus étroit. L'os du pénis a la même forme que celui du Loup, mais il est beaucoup plus droit.

Dans lsatis (Canis lagopus), les os du nez sont proportionnellement plus larges, et se terminent par une échancrure à cornes bien plus égales; les orbites sont plus grandes, la racine du nez plus bombée. L'os du péms est plus court que celui du Loup, plus évasé; sa gouttière commence à l’extrémité tronquée, pour finir presque à l’autre; enfin, il est caréné en dessous.

Le Renard (Canis vulpes) présente un squelette plus petit que celui du Loup, plus grêle, et composé d’os plus blancs et plus cassants. La tête est plus étroite, plus effilée; le front est moins bombé; la crête sagittale et les os du nez sont moins grêles que dans les Chacals. Aux vertèbres cervicales, l'apophyse épineuse est en général plus étroite et plus aiguë; Fapophyse épineuse des vertèbres dorsales est évidemment plus large, au contraire des dixième et onzième, qui sont très-fines et trèsaiguës; les apophyses transverses des vertèbres lombaires sont également plus longues, plus étroites et plus droites que dans le Chacal; enfin, les vertèbres coceygiennes, qui sont au nombre de vingt, sont notablement plus longues, et décroissent moins rapidement que dans le Loup et le Chacal, de manière à former une queue se rapprochant, pour la forme, de celle des Chats. I n°y à pas de différences à Signaler dans la série sternale. Aux membres antérieurs, l'omoplate, quoique semblable à

celle du Chacal, rappelle cependant légèrement celle du Chat dans la saillie coracoïdienne et dans la bifurcation de l'acromion. La elavicule est plus développée, et dans la forme normale de cette sorte d'os, e’est-à-dire étroite et allongée. L'humérus est proportionnellement un peu plus allongé, et à impression deltoïdienne plus large et plus remontée. Des deux os de l'avant-bras, le radius, un peu plus court proportionnellement, et surtout moins mince dans son corps, est plus arqué; le cubitus est également moins effilé. La main offre des phalanges onguéales plus arquées, plus comprimées et plus aiguës. Aux membres postérieurs, il y a moins de longueur dans le bassin, le fémur et les deux os de la jambe; mais ceux du pied sont plus longs, plus grèles, plus serrés, de manière à former un tarse et un métatarse plus étroits. L’os pénien d'un Renard d'Algérie, étudié par De Blainville, ressemblait beaucoup au même os d’un Chacal; il était seulement un peu plus court, et la carène inférieure était plus prononcée et plus pincée.

Dans le Renard de D’Azara et dans le Renard argenté (Canis cinereo-argenteus), les différences ne sont guère appréciables que par l’ostéographie : il n’en est pas de même dans d’autres animaux, tels que le Fennec, le Canis megalotis, VHyénoïde ou Cynohyœæna picta, et surtout le Protèle, que De Blainville en rapproche, mgis dont nous ferons connaître l'histoire isolément.

Enfin, dans un dernier groupe d'espèces qui appartiennent à la section des véritables Loups, mais que la forme de la tête tend à rapprocher des Hyènes, et dans lesquelles on peut compter les Canis cancrivorus, brachyteles, brachyotus, ete., le pouce des pieds de devant est court, remonté, ce qui indique une véritable dégradation, et, toutefois, toutes les espèces ont encore une certaine ressemblance avec les Chacals.

LESESTRE

Fig. 19. — Chien de Saint-Domingue.

Le Chien crabier (Canis cancrivorus) est dans ce cas plus qu'aucune autre espèce. Sa tête est assez courte, large, arquée, voûtée au chanfrein, et surtout entre les orbites; ia mâchoire inférieure est courte, presque droite, à apophyse angulaire large et courte. La colonne vertébrale ne

ce 4

présente pas de différence. Aux membres antérieurs, lomoplate rappelle un peu celle des Ours pour la forme parallélogrammique, ses deux bords étant devenus presque parallèles par l'avance de Pan térieur vers le rudiment de l'apophyse coracoïde; Pacromion est un peu plus bifurqué, comme dans les Chats; l'humérus est court, assez arqué; le radius et le cubitus sont courts, robustes; les os de la main sont plus petits que ceux du Chacal, avec les pouces un peu plus courts. Quant aux os des membres postérieurs, ils suivent assez bien le même degré de raccourcissement et l’état plus robuste des antérieurs, aussi bien le fémur que le tibia et le péroné; mais les os du tarse sont encore peut-être plus serrés et plus étroits que dans le Chacal, ce qui donne aux métatarsiens une disposition analogue, de manière à former une gouttière postérieure plus serrée, plus étroite et plus marquée.

ESS — MESNEL

Fis. 13: — Chien des Esquimaux.

Le système dentaire des Chiens a été étudié de très-bonne heure, et presque de tout temps, par la facilité de se procurer les matériaux d'observation dans notre Chien domestique, et aussi parce que cet animal était devenu le sujet principal de Part de la vénerie, et encore mieux parce qu'un certam nombre de naturalistes en ont fait pour ainsi dire le type de Pordre des Carnassiers, au moins sous le point de vne des dents. Seulement, e’est depuis que l'on s'est occupé avec grand soin de l'étude de la paléontologie que les dents des Chiens ont été minutieusement décrites et figurées; d'abord par G. et Fr. Cuvier; le premier, dans ses Recherches sur les ossements fossiles, et le second, dans ses Dents des Maumifères considérées comme caractères zoologiques, et ensuite par De Blainville, dans son article svr les dents, inséré dans le Nouveau Dictionnaire d'Histoire naturelle, ainsi que le fascicule des Canis de l'Ostéographie.

Le système dentaire des Chiens est arrivé au maximum du nombre des dents que l'on observe chez les Carnassiers, et montre encore un grand degré de carnivorité qui ne le cède, sous ce rap-

port, qu'à celui des Chats. Considéré dans son ensemble, ce système dentaire offre une étendue

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