‹ Encyclopédie d'histoire naturelle; ou, Traité complet de cette science d'après les travaux des naturalistes les plus éminents de tous les pays et de toutes les époques: Buffon, Daubenton, Lacépède, G. Cuvier, F. Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire, Latreille, De Jussieu, Brongniart, etc. etc (volume 4)Chapitre 11 sur 129 · A LE · texte numérisé non relu

A LE

plus considérable que dans aucun autre genre de la même famille; et, de plus, il présente un développement plus complet dans toutes ses parties, aussi bien qu'une combinaison presque à parties égales de dents carnassières et de dents omnivores; ce qui à lieu aussi dans quelques Petits-Ours, qui sont moins carnivores, et dans les Civettes, qui sont plus insectivores.

Le Loup, considéré comme type du genre Chien, peut être, ainsi que le fait remarquer De Blainville, regardé comme le mieux et le plus complétement denté de tous les Mammifères, puisqu'il possède, garnissant toute l'étendue de ses longues mâchoires, et pouvant agir à la fois, des incisives aptes à couper, à ronger, à pincer de la manière la plus commode, par suite de leur forme et de leur disposition avancée à l'extrémité arrondie des mächoires, et leur opposition marginale; des canines bien croisées et encore très-fortes, quoique beaucoup moins que chez les Chats; une série d'avant-molaires, une principale et même une première arrière-molaire propre à couper, à trancher la chair; et, enfin, des arrière-molaires tout à fait plates, tuberculeuses, s’apposant entièrement par la couronne, et par conséquent méritant bien le nom qu'elles portent.

La série des dents du Loup est composée de trois paires d’incisives et d’une canine de chaque côté en baut comme en bas, ce qui a lieu chez tous les Carnassiers; puis, des deux côtés, en haut comme en bas, de trois avant-molaires, d’une principale, de deux arrière-molaires à la mâchoire supérieure et de trois à l'inférieure : ce qui donne quarante-deux dents en totalité.

A la mâchoire supérieure, les incisives sont disposées en demi-cercle; elles sont plus fortes et plus saillantes que dans les autres Digitigrades. La première, la plus petite de toutes, est plus verticale que les autres, trilobée à la couronne, et présente une racine longue et très-comprimée. La deuxième, qui est moins faible, a sa couronne plus aiguë et plus recourbée, et sa racine comprimée en couteau. La troisième, la plus forte et la plus arquée, est terminée en crochet simple à la couronne, et sa racine est presque triquètre, fortement couchée. Les canines sont assez fortes, quoique moindres que chez les Chats; leur coupe est ovale, un peu carénée en arrière, à la limite des deux parties, l'une plane en dedans, l'autre convexe en dehors, mais constamment sans cannelures ni callures, et à racine allongée. Les six molaires sont disposées en série lâche; des trois avant-molaires, la première est la plus petite, simple, à une seule racine; la deuxième est biradiculée; la troisième est plus forte, plus oblique que la précédente, et a aussi deux racines presque égales. La principale, de beaucoup la plus grosse des trois dernières molaires, est la plus manifestement carnassière : sa couronne est formée d’une trèsforte pointe antérieure dirigée en arrière, portant un petit tubercule en avant, et un lobe postérieur presque tranchant, oblique; et elle présente trois racines. Des deux arrière-molaires, la première offre à son bord externe deux pointes coniques, et en dedans un large talon arrondi; la deuxième, la plus petite, ressemble à la première; elle est seulement plus ramassée.

À la mâchoire inférieure, les incisives sont plus transverses, plus serrées qu’en haut et à racine longue et très-comprimée. La première, la plus petite, est trilobée quand elle n’est pas usée; la deuxième, aussi trilobée sur son tranchant, a son lobe médian le plus grand; la troisième, la plus forte, n’est que bilobée. Les canines sont robustes, en crochet et à racines très-fortes, un peu courbées. Les trois avant-molaires sont assez bien dans les mêmes proportions entre elles que celles d'en haut : la première cependant est plus petite que sa correspondante, et les deux autres sont légèrement plus comprimées, plus franchement triangulaires avec les deux racines plus serrées et plus longues. La principale est tout à fait semblable à la dernière des précédentes, sauf la taille, qui est beaucoup plus grande; ses deux racines sont également plus écartées, plus longues. Des trois arrièremolaires, la première est la plus grande, la plus carnassière, large, assez épaisse, formée pour les deux tiers d'une partie antérieure divisée en deux lobes externes pointus, un peu tranchants, inégaux, et l’autre tiers d’un large talon à deux tubercules pointus, géminés; elle n'a que deux racines assez grosses. La deuxième est beaucoup plus petite, plus basse, à couronne de forme ovale, avec deux pointes rangées obliquement en avant d'un talon marqué par le creux d'une fossette, et ayant deux racines presque égales, légèrement couchées. La troisième, la plus petite de toutes, a sa couronne tout à fait ronde, rebordée, avec une saillie plus ou moins marquée dans son milieu, et une racine uniradiculée, conique : elle est tout à fait sans connexion avec tout ou partie d’une dent supérieure.

Les variations individuelles du système dentaire dans le Loup ne portent que sur la grosseur des tents et sur leur degré d'usure, et ne correspondent jamais à la proportion des dents entre elles, ou à celle de leurs parties.

Les différences spécifiques du système dentaire sont assez notables, ainsi que le démontre DeBlainville. Sans entrer dans beaucoup de détails à cet égard, nous en dirons seulement quelques mots, renvoyant à d’autres parties de notre livre relativement au système dentaire du Mégalotis, du Fennec, de l'Hyénoïde et surtout du Protèle, que l’auteur que nous suivons ici réunit dans le grand genre linnéen des Canis. La variation des dents portera exclusivement sur les molaires principales etsur lesarrière-molaires. Le Chacal présente à peu près la même disposition entre ces diverses dents, mais elles sont en général proportionnellement plus courtes, plus ramassées, plus serrées. Dans l'Isatis, il ya égalité d’étendue entre la carnassière et les deux tuberculeuses d'en haut, et, de plus, la dernière d'en bas est d'une petitesse extrême. Le Renard offre une prédominance bien marquée des deux tuberculeuses sur la carnassière.

MESNEL

Fig. 14. — Lévrier d'Afrique.

I nous reste, pour terminer cette esquisse du système dentaire des Chiens, à parler du jeune âge, mais seulement dans l'espèce typique. Le nombre et la disposition des dents de lait chez le Loup se formulent ainsi : incisives, 3; canines, {=}; molaires, 3-5. Supérieurement: les incisives croissent assez peu de la première à la troisième; les deux premières, presque égales, sont nettement trilobées; la troisième, la plus grande, n’a qu'une auricule externe. Les canines sont grêles, coniques, en crochet arqué, et sans traces de carène. Des trois molaires, l’antérieure est beaucoup plus petite que les autres et très-distante, triangulaire à une seule pointe médiane; la principale est la plus forte, et formée de deux lobes tranchants, inégaux; l’arrière-molaire est une dent tuberculeuse, avec deux denticules. Inférieurement : les incisives sont inégalement bilobées, et la première beaucoup plus petite que les deux externes. Les canines sont en crochet avec un arrêt à la base de la carène interne. Des trois molaires, l'antérieure est assez petite, triangulaire, à deux racines; la principale a la même forme: elle est seulement plus grande et avec un talon plus prononcé; la troisième, de même forme que la première arrière-molaire d'adulte, est composée d’une partie antérieure à trois pointes, avec un talon en arrière. L'ordre de la chute de ces dents est absolument comme dans tous les Carnassiers normaux. c’est-à-dire que, avant qu'aucune des trois molaires vienne à tomber, la première avant-mo-

laire de remplacement pousse dans l'intervalle de la canine et de l'avant-molaire, en même temps ou un peu avant que les deux premières incisives tombent et soient remplacées par la première d'adulte. Aun degré plus avancé, on peut trouver la première arrière-molaire supérieure poussée, les trois molaires de lait encore en place, tandis qu'en bas la carnassière et même la première tuberculeuse sont en voie de sortir. Enfin, plus tard, la principale ou carnassière d'en haut se montre, lorsque celle de lait est tombée, en même temps que sortent les incisives, puis les deuxièmes avant-molaires, les canines, ainsi que la dernière arrière-molaire.

Fig. 15. — Lévrier anglais.

Les alvéoles sont dans le Loup plus nombreux que dans aucun autre genre de Carnassiers. À la mâchoire supérieure, on peut en compter une série marginale externe de quinze et une série interne de trois seulement pour les trois dernières dents. À la mâchoire inférieure, les alvéoles ne forment toujours qu'une seule série de trous : trois antérieurs très-rapprochés, étroits, un beaucoup plus grand suivant immédiatement, et, après un court intervalle, une série de douze, le premier et le dernier simples, et les intermédiaires plus ou moins rapprochés, deux à deux, presque égaux pour le premier groupe; inégaux, le postérieur le plus grand, pour les deux suivants, un peu plus petit pour le quatrième et surtout pour le cinquième. Dans la série des espèces, les différences à signaler ne consistent que dans la grandeur, dans le degré de rapprochement des alvéoles et des groupes qu'ils forment.

Relativement à la distribution géographique des espèces, on peut dire que l’on trouve une espèce de Chien domestique dans toutes les parties du monde, partout où est l'homme, et qu'il s’en rencontre également de sauvages dans les diverses régions de l’ancien et du nouveau monde, à l'exception peut-être de Madagascar et des îles de la mer du Sud, aussi bien dans les climats froids que dans les climats chauds, dans les pays élevés que dans les plaines, dans les continents que dans les îles, mais en beaucoup plus grand nombre cependant dans les premiers que dans les seconds. C’est l'Afrique qui nourrit le plus grand nombre d'espèces. telles que le Renard, le Loup, le Chacal, etc. L’Amérique vient ensuite, et cela aussi bien dans les régions les plus boréales que dans les plus australes; là ce sont surtout les Loups et les Renards. formant plusieurs espèces distinctes, principalement au nord, mais il n’y a pas de véritables Chacals. L'Asie, d'une extrémité à l'autre dans les deux sens,

mais non dans son archipel, nourrit essentiellement le Chacal et une des deux espèces voisines, et de plus le Loup, le Renard et le Canis primævus. Enfin l'Europe ne renferme aujourd'hui que le Loup et le Renard commun, avec une autre espèce de petite taille du même groupe, lIsatis tout à fait au nord et le Chacal exclusivement à l'est.

D'après cela, on voit que les Chiens se rencontrent duns toutes les parties du monde habitées par l'homme, à l'exception de quelques groupes d'îles dans la mer Pacifique, et nous dirons bientôt qu'on en a trouvé un assez grand nombre à l’état fossile.

Pour compléter nos généralités sur le genre Chien, et avant de passer à la description des espèces et des races les plus importantes de ce genre, il nous reste à donner des notions générales sur l'histoire de ces animaux : c’est ce que nous allons faire en donnant quelques extraits du travail que De Blainville a inséré sur ce sujet dans son fascicule des Canis de l'Ostéographie.

De tous les animaux, les Chiens sont certainement ceux dont il est le plus anciennement et le plus fréquemment question dans les auteurs sacrés ou profanes. Pour le moment nous ne nous oceuperons que du Chien commun, devant plus tard dire quelques mots du Loup, du Chacal et du Renard.

D'après Eliézer, le Chien aurait déjà été connu des fils d'Adam, puisqu'il rapporte que le corps d'Abel, après que ce dernier eut été tué par Caïn, fut défendu par le Chien gardien de ses troupeaux. L'histoire de Tobie fournit un autre passage qui montre le Chien comme étant pour ainsi dire un animal de la famille; c’est lorsque Tobie partant avec l’Ange, le Chien est signalé comme l’accompagnant aussi bien en allant qu'en revenant. Le Deutéronome nous apprend aussi que le Chien était au nombre des animaux qui ne pouvaient être offerts à Dieu en sacrifice. Les Israélites semblent n'avoir jamais employé le Chien à la chasse.

MESNEL

ESESTMRE

Lis. 46. — Épagneul, variété. (Seller)

Chez les Égyptiens, d'après Moïse ct Hérodote, on voit que le Chien était très-anciennement connu ct qu'il était chez eux également domestique, servant aussi bien à la garde des maisons qu'à celle

des troupeaux. On voit en outre qu'ils les conservaient à l'état de momies, et qu'ils les adoraient en quelque sorte.

Chez les Grecs, les Chiens étaient employés pour la garde des maisons et des troupeaux, et en outre pour la chasse. C’est ce qui peut être constaté dans plusieurs passages de l'{liade et de l'Odyssée d'Homère, ainsi que dans les fables fameuses des mythographes, qui montrent le Chien comme étant tellement considéré comme instrument nécessaire de la société humaine, qu'il entrait dans la représentation symbolique des dieux lares, qui, sous la forme de deux jeunes gens, étaient accompagnés d'un Chien en repos, ou couverts de la peau d’un de ces animaux. À l’époque où écrivait Aristote, non-seulement on connaissait les rapports des Loups et des Renards avec les Chiens, puisqu'on avait vu par expérience que ces animaux peuvent produire ensemble; mais encore on avait déjà obtenu au moins trois races de Chiens domestiques désignées sous les noms de Chiens molosses, Chiens de Laconie et Chiens de Malte, races que l'on considère aujourd'hui comme le Chien mâtin, le Chien de chasse, suivant Gesner, le Chien de berger, suivant Buffon, et le Bichon ou Chien de dame. Xénophon indique quelques races particulières de Chiens de chasse, et montre le grand développement que l’art de la vénerie avait pris à l’époque où il écrivait.

Les Romains furent sans doute assez longtemps à ne connaître de ce genre que les deux espèces sauvages qui existaient en Italie, outre l'espèce domestique qu'ils employaient à la garde des troupeaux, ainsi qu'à celle de leurs maisons et même des forteresses, comme le prouve l'histoire célèbre de l'attaque du Capitole par les Gaulois, qui fut sauvé par la vigilance des Oies, les Chiens étant restés muets. Pline s’oceupa plus spécialement des mœurs de ces animaux, et mêla à ce qu'il en dit de vrai une foule de contes inexacts. Mais d’autres auteurs, tels que Columelle, Oppien, et surtout Gratius et Pollux, indiquèrent un grand nombre de races de Chiens de chasse.

Les nations barbares qui envahirent l'empire romain au cinquième siècle connaissaient beaucoup de races de Chiens de chasse, et cela devait être, puisque ces peuples habitaient primitivement des forêts où ils devaient se défendre contre l'attaque des bêtes féroces.

Beaucoup plus tard, Albert le Grand, dans l’article qu'il a consacré aux Chiens, parle du Chien de garde, qu'il dit être déjà nommé Mastin, du Chien de chasse courant ou du Lévrier, et enfin du Chien de chasse quêteur.

Depuis Albert le Grand jusqu'aux naturalistes de la Renaissance, c’est-à-dire jusqu'à Gesner, on ne peut guère trouver que les auteurs de vénerie qui aient porté leur attention sur la distinction des races de Chiens, tels sont Bélisaire Aragonais, Michel-Ange Blond, Guillaume Tardif, et principalement J. Cay, qui indiqua presque toutes les races principales de Chiens.

Les naturalistes qui suivirent, et même Linné, n’augmentèrent que peu les connaissances acquises sur les animaux de ce genre. Buffon devait envisager le Chien autrement qu'on ne l'avait fait avant lui, et c’est ce qu'il fit en 1755. En effet, non-seulement il dénomma, décrivit et figura toutes les races de Chiens que l’on connaissait alors en Europe, mais il chercha à les grouper d’après une idée de filiation et d’éloignement de la souche, qu'il regardait comme originelle, et d’après la considération de la forme des oreilles entièrement droites dans la famille du Chien de berger, qui comprend les Chiens-Loups et les Chiens de Sibérie, de Laponie, du Canada, des Hottentots; en partie droites seulement dans la famille des Mâtins, à laquelle il rattache le grand Danois, le Lévrier, et entièrement molles et tombantes dans les Chiens de chasse, courant, braque, basset, épagneul et barbet. Il va plus loin, en pensant que le climat a pu produire dix-sept des trente variétés qu'il a reconnues dans le Chien domestique, et les treize autres étant considérées par lui comme des métis des dix-sept premières. Enfin, traitant la question de savoir si le Chien domestique coustitue une espèce distincte ou s’il doit être considéré comme un Loup dégénéré, il conclut d'expériences tentées pour la première fois à ce sujet que c’est une espèce distincte. Zimmermann, beaucoup plus tard, en se fondant sur ce que le Loup s’accouple certainement avec la Chienne, et le Chien avec la Louve, et que les produits sont féconds, soutint l'opinion que le Chien domestique ne constitue pas une espèce distincte, et que son origine remonte au Loup de nos forêts, qui se trouve répandu partout. Guldenstædt donne, lui, le Chacal pour origine du Chien domestique. Quelques autres naturalistes, et Blumenbach à leur tête, eurent l'idée que notre Chien commun provenait de plusieurs espèces particulières.

En 1817, Fr. Cuvier reprit de nouveau ce sujet d’une manière différente, en faisant entrer dans la résolation de la question une considération nouvelle, celle de l'intelligence, traduite par la grandeur du crâne,

principalement dans la manière dont se disposent les pariétaux, et, selon lui, le Chien est une espèce animale dont la souche originelle n’existe plus à l'état sauvage, tous les Chiens que l’on connait aujourd'hui, soit en Afrique, soit dans l'Inde, soit en Amérique, n'étant, pour lui, que des Chiens marrons, parce que leur système de coloration n’est pas variable, et qu'ils rentrent aisément en domestieité. Il établit ensuite que toutes les races de Chiens, à l’état marron comme à l’état domestique, chez les peuples les plus civilisés comme chez les plus sauvages, ne constituent qu'une seule espèce, ce que prouve la facilité avec laquelle Les races les plus éloignées produisent entre elles, au contraire de ce qui a lieu chez les mulets. Prenant ensuite ses caractères dans la grandeur relative du crâne, il forme les trois races suivantes : 1° les Mätins, ayant les pariétaux tendant à se rapprocher, mais d'une manière presque insensible, en s’élevant au-dessus des temporaux, et les condyles placés sur la même ligne que les molaires; comprenant le Chien de la Nouvelle-Hollande, le Mâtin, le grand Danois, le Lévrier; 2 les Épagneuls, dont les pariétaux, à partir de la section temporale, s’écartent, se dilatent en dehors, ce qui donne plus de capacité à la boîte cérébrale, les condyles situés au-dessus du niveau de la ligne dentaire; tels sont l'Épagneul, le Barbet, le Chien courant, le Chien de berger, le Chien-Loup, les Bassets, les Braques, PAcco; et 3° les Dogues, ayant la capacité cérébrale très-petite par suite du rapprochement considérable de la courbe pariétale, les sinus frontaux trèsgrands, et le museau très-court, comprenant les Dogues de diverses races et le Doguin. Cette classification, adoptée encore presque généralement aujourd'hui, est celle que nous suivrons dans cet ouvrage; aussi ne croyons-nous pas devoir les développer davantage maintenant.

MESNEU

Fix, 47. — Masliff du Thibet.

Depuis, Tilesius revint sur l'opinion que le Chien domestique avait pour type le Chacal, ct M. Ehrenberg pensa que dans notre Chien il y avait un mélange de plusieurs espèces particulières.

De Blainville, dans son Ostéographie, après avoir étudié le Chien domestique sous tous les points de vue zoologiques et anatomiques, en se servant particulièrement de l’ostéologie, de l’odontologie, ct même de la paléontologie, conclut que cet animal provient d'une espèce particulière. Le savant naturaliste que nous venons de citer fait remarquer que « le Chien, redevenu sauvage depuis plus de deux cents ans en Amérique, reste Chien, et ne redevient pas Loup, comme cela a lieu pour le Cochon etle Chat, qui redeviennent Sanglier où Chat sauvage, » et croit devoir en conclure que le Chien

domestique est, partout où il se trouve, distinct des espèces sauvages, mais moins cependant du Loup que de toute autre pour l'organisation, moins encore peut-être du Chacal pour les mœurs et les habitudes, et par conséquent formant une espèce distincte, comme le génie de Linné l'avait pressenti en la désignant par une dénomination particulière, celle de Canis familiaris.

Enfin, M. Hamilton Smith, dans l'ouvrage intitulé The naturalist's Library, vol. IX et X, considère le Chien domestique comme constituant un sous-genre distinct de celui des Chiens, auquel il laisse le nom de Canis, et 1l le subdivise en six sections, auxquelles il applique les noms de Canes lachnei, laniarit, venatici, sagaces, domestici et urcami, et dans lesquelles il fait rentrer les diverses races généralement admises par les auteurs.

Fig. 18. — Métis de Loup et de Chienne.

Après nous être étendu aussi longuement sur le Chien domestique en raison de l'importance du sujet, nous croyons cependant devoir encore nous occuper de l’histoire de quelques-unes des espèces les plus importantes, telles que le Loup, le Chacal et le Renard.

Le Loup est indiqué, depuis la plus haute antiquité, comme le destructeur par excellence des troupeaux. En hébreu, cet animal est désigné sous les noms de Zecb où Zaab, qui, suivant M. l'abbé Maupied, pourrait venir de +abah (égorger). Dans les livres sacrés, le Loup est nommé Luchs ou Lokos, d’où doit être dérivé le nom grec de Lycaon, et il est indiqué uniquement comme un animal destructeur. Il n’en est pas de même chez les Égyptiens, et par suite chez les Grecs; en effet, chez les premiers, le Loup était considéré comme le symbole du soleil, produisant la lumière, et e’est même dans ce sens que les étymologistes dérivent le nom >v4;, et 2vxe, qui, chez les anciens Grecs, signifiait la lumière du point du jour, époque à laquelle le Loup se met en quête pour exercer ses déprédations. Chez les Latins, le Loup est leur Lupus, d'où nous avons tiré la dénomination actuelle de cet animal, de même qu’elle était tirée elle-même du mot grec de 244: pour ces peuples, le Loup est devenu le symbole du dieu Mars, à cause de sa férocité et de son ardeur pour le carnage et même le leur, à cause de l’histoire plus où moins apocryphe de l'allaitement de Romulus et de Rémus, fondateurs de Rome, par une Louve, et au principe plus réel que cette ville obtiendrait l'empire du monde par la force des armes; en outre, leurs enseignes conservées et leurs médailles dénotent que c'était bien le Loup de nos forêts qu'ils avaient choisi comme symbole.

Le Chacal semble être l'animal que les anciens Grecs, et même les auteurs plus récents, ainsi qu'on peut le voir dans les ouvrages d'Homère, d'Aristote, d'Hérodote, de Théocrite, d'Oppien, d'Élen, de Pollux, etc., désignaient sous le nom de Thos (tw:, ou 6::). Ce point a été cependant trèscontroversé, et voici à ce sujet les conclusions qu'en tire De Blainville. « Si l'on pouvait avoir une confiance absolue dans la description d'Aristote, en supposant même que le texte n’a pas été altéré par les copistes dans la succession des siècles, on ne pourrait que difficilement admettre l'identité absolue du Thos et du Chacal. Cependant, en considérant que la description peut être fautive en plusieurs points, de quelque part que vienne l'erreur, il est impossible de croire que le Chacal, si commun dans tout le Levant, ait pu échapper à la connaissance des anciens. Je regarde donc comme très-probable que le Thos est le Chacal des Orientaux et notre Canis aureus, ce que Guldenstædt avait également admis, comme presque tous les zoologistes le font aujourd'hui. » Ainsi désigné sous la dénomination de Thos, le Chacal aurait été indiqué dans l'Écriture sainte, et dans presque tous les ouvrages des naturalistes grecs, latins, ainsi que dans ceux du moyen âge, et à plus forte raison dans les livres de l’époque actuelle.

Le Renard, qui est le Carnassier le plus répandu dans tout l'Orient, était désigné, chez les Hébreux, sous les noms de Schoual, School, et, chez les Arabes, sous celui de Shaar. Les Grecs, depuis Homère jusqu’à Oppien, l'ont nommé Aozré, et les Latins, Vulpes, dénomination que cet animal a conservée spécifiquement.

En outre, les diverses espèces de Chiens dont nous venons de nous occuper ont été représentées sur divers monuments anciens, et ont été indiquées dans différents objets d’art, tels que des tableaux, des statues, et sur diverses médailles. Chez les Chinois, le Chien a servi de modèle à l’un des caractères figuratifs les plus anciens de leur écriture, caractère qui même est devenu la clef de tous ceux qui indiquent les animaux quadrupèdes; il en est de même chez les Égyptiens, où il se trouve également comme signe hiéroglyphique. Mais cela ne s'applique guère qu'au Chien domestique, ce qui a lieu également pour les momies des animaux de ce genre conservées par les Égyptiens. C’est ainsi que l'on peut probablement rapporter à diverses races du Canis familiaris le C. graius de De Blainville, et les C. sacer et anubis de M. Ehrenberg; toutefois, Savigny rapporte au Chacal (C. aureus) une momie qu'il avait trouvée dans les tumulus d'Egypte.

A l'état fossile, ce n’est qu'en 1774 qu'Esper, le premier, reconnut d'une manière certaine des traces de Loup et de Renard dans les cavernes de Gaylenreuth. Depuis cette époque, des os fossiles assez nombreux d'animaux du genre Chien ont été signalés en Italie, en France, en Allemagne et en Angleterre, et cela dans des terrains d'ancienneté très-différente, et ces débris ne se rapportent guère qu'au Loup et au Renard. Nous nous occuperons plus tard de ces fossiles, et nous nous bornerons actuellement à dire que les auteurs qui s’en sont surtout occupés sont : G. Cuvier, Goldfuss, Wagner, Schmerling, De Blainville, et MM. Buckland, Marcel de Serre, Dubreuil et Jean-Jean, Bravard, Croizet, et Jobert, Murchisson et Gédéon Mantell, et, enfin, nous citerons M. Lund, qui a signalé des traces fossiles de ces Carnassiers dans les cavernes du Brésil.

Nous avons indiqué la plupart des auteurs qui se sont occupés des espèces du genre Chien, et nous compléterons cette liste en donnant la description des espèces et des races; mais nous croyons, avant de passer à la partie descriptive, devoir dire quelques mots d’un travail de M. Hamilton Smith (The naturalists Library, t. IX et X, 1839), dans lequel le savant naturaliste anglais crée divers sous-genres et divisions dans le genre Chien, et cela en donnant à ces subdivisions des noms particuliers qui, dans les tendances des naturalistes modernes, feront de chacun d'eux des genres plus ou moins utiles, et qui viendront probablement encore surcharger la synonymie zoologique déjà si embrouillée. M. H. Smith subdivise la famille des Canidæ, ou le genre Chien, en cinq sous-genres.

1 sous-genre. — Chaon (nom propre), subdivisé en dix sections :

A. Lupus (quatre espèces; type : le Loup);

B. Lyciscus (uzs;, Loup) (trois espèces; type : Canis latrans);

C. Chryseus (ypvocc:, doré) (huit espèces; type : C. primævus);

D. Fhous (six espèces; type : G. anthus, Fr. Cuvier);

LE. Sacalius (cinq espèces; type : le Chacal);

L. Cynalopex (450%, Chien, &o7rz, Renard) (einq espèces, type : le Corsac);

anthère

noire

G. Megalotis, Uliger (uzyas, grand; os, oreille) (cinq espèces; type : le Fennec, que nous décrirons séparément); H. Chrysocyon (ysvoc<, d'or; xvwv, Chien) (une espèce : le Canis campestris, De Wied ); EL. Dusicyon (Jv::, du nord; xswv, Chien) (quatre espèces; type : Canis antarcticus); J. Cerdocyon, peu d'espèces; nouvelles et encore peu connues. 2° sous-genre. — Canis, comprenant ses Canes feri et Canes familiares : ces derniers subdivisés en Canes lachnei, laniarii, venatiei, sagaces, domestici et urcani, renfermant les diverses

races et variétés de Chiens ordinaires.

a" sous-genre.— Vulpes, dans lequel entre un assez grand nombre d'espèces subdivisées en trois sections, et dont le type est le Renard.

4 sous-genre. — Agriodus (yz:, féroce; ejcv:, dent); type : Canis Lalandi, ou notre Hyénoïde.

»®e sous-genre. — Lycaon (nom mythologique), ne renfermant que le Canis pictus.

Fig 49. — Chien sauvage du Cap

Passant maintenant à la description des espèces, des races et des nombreuses variétés du grand œenre Chien, nous v admettrons deux sous-genres, ceux des Chiens proprement dits et des Renards, et nous regarderons comme formant un groupe générique distinct les Hyénoules, ou Chiens à quatre doigts à tous les pieds, ainsi que les Fennecs.

17 SOUS-GENRE. — CHIENS PROPREMENT DITS. CANIS. Linné.

CARACTÈRES DISTINCTIFS

Papilles des yeux rondes, ce qui démontre des animaux diurnes. Queue non touffue.

On y admet un assez grand nombre d'espèces; mais les principales sont le Chien domestique et ses nombreuses races et variétés de races, et le Loup ordinaire.

AN

Fig 20. — Terrier.

Page 1