‹ Encyclopédie d'histoire naturelle; ou, Traité complet de cette science d'après les travaux des naturalistes les plus éminents de tous les pays et de toutes les époques: Buffon, Daubenton, Lacépède, G. Cuvier, F. Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire, Latreille, De Jussieu, Brongniart, etc. etc (volume 4)Chapitre 9 sur 129 · TROISIÈME TRIBU · texte numérisé non relu

TROISIÈME TRIBU

CANIENS. CANII. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire. .

Molaires alternes à couronnes au moins en partie tranchantes. Tuberculeuses nulles ou rudimentaires.

Circonvolutions cérébrales assez notablement développées.

Le genre Chien (Canis) de Linné, créé en 1735 dans le Systema naturæ, est devenu pour les zoologistes modernes une division ou tribu particulière qui a reçu successivement les dénominations de Vulpiens ou Caniens, Isidore Geoffroy Saint-Hilaire ; Canina, Gray, et Canidæ, Waterhouse, et à laquelle De Blainville laisse sa dénomination Linnéenne de Canis.

Cette triba renferme des animaux connus depuis la plus haute antiquité, et dont l’un d’entre eux, le Chien ordinaire, est devenu en quelque sorte le compagnon de l'homme, et l’a suivi dans toutes les régions qu'il est venu habiter. Chez tous, le système dentaire est composé de quarante à quarante-deux dents; savoir : six incisives en haut et autant en bas; deux canines à chaque mâchoire; douze molaires supérieures et douze à quatorze inférieures. Les molaires se subdivisent en trois fausses en haut, quatre en bas, et deux tuberculeuses placées derrière l’une et l’autre carnassière : la première supérieure de ces tuberculeuses est très-grande; la carnassière supérieure n'a qu'un petit tubercule en dedans; mais l'inférieure a sa pointe postérieure tout à fait tuberculeuse.

A ces caractères principaux viennent s’en joindre d'autres également de première valeur : c’est amsi que les membres franchement digitigrades ont les antérieurs tous à cinq doigts, dont quatre seulement touchent la terre, le pouce se trouvant placé trop haut pour atteindre le sol, et n'étant pour ainsi dire qu’à l’état rudimentaire; toutefois, dans le genre Hyénoïde, groupe qui se rapproche assez de celui des Hyènes, il n'y a plus que quatre doigts en avant. Les extrémités postérieures n’ont que quatre doigts, et ce n’est qu'anormalement que l’on en compte parfois cinq, et, alors, ce doigt supplémentaire n'atteint jamais le sol. Les ongles nefsont ni rétractiles ni tranchants; aussi ne peuvent-ils servir d'armes à l'animar, et ne lui sont-ils utiles que pour la locomotion, pour fouir la terre. La tête est allongée; les yeux médiocres; les oreilles grandes, et toujours bifides vers la base de leur bord postérieur; les moustaches sont peu développées; le mufle nu; enfin, le pelage est assez rude, et ne présente qu'une coloration uniforme. La langue est douce, et non pas papilleuse comme celle des Féliens ou Chats. Il n'y a pas de poche anale, ce qui distingue les Caniens des Hyénines, que l’on a parfois réunis dans la même division.

L'anatomie interne de ces Carnassiers offre aussi plusieurs particularités différentielles qui ne sont

pas sans importance. Quoique la clavieule ne disparaisse pas d'une manière absolument complète, elle est du moins toujours beaucoup moins considérable que chez les Féliens. L'humérus, qui n’est Jamais percé au condyle interne, l'est, au contraire, dans la fosse moyenne de son extrémité inférieure. L'os du pénis est généralement très-développé, et surtout plus que dans les tribus voisines. Le canal intestinal n’est pas non plus sans caractères particuliers propres à distinguer ce groupe : d'abord dans la forme et la disposition de la langue, et ensuite dans la faiblesse musculaire de l'estomac, ainsi que dans la longueur et le diamètre proportionnel de l'intestin en général, et du cæcum en particulier, notablement plus grand que dans les Féliens.

Le régime diététique de ces animaux est la carnivorité; les espèces sauvages le montrent surtout d'une manière manifeste, mais l’état de captivité agit beaucoup sur elles, et les espèces que nous élevons dans nos maisons deviennent plus omnivores, tandis que cette influence de l'homme se remarque moins chez les Chats domestiques.

On connaît une centaine d'espèces de cette tribu, et, parmi elles, plusieurs n'ont été trouvées qu'à l’état fossile; elles sont répandues sur presque toutes les parties du globe; elles s'y rencontrent aussi bien à l’état sauvage qu'à l’état de domesticité : aussi n’en est-il pas qui aient subi, par l'influence des climats, de la nourriture et de la captivité, des altérations organiques plus profondes et plus variées. M. Boitard indique ainsi qu'il suit l'habitat des principales espèces de ce groupe, et particulièrement de celles de l’ancien genre Chien. « Autour du pôle boréal se groupent, parmi les Chiens domestiques, celui des Esquimaux et celui de Sibérie; puis, parmi les espèces sauvages, l'Isatis, qui occupe tout le littoral de la mer Glaciale et tout le nord de l'Europe et de l'Asie au-dessus du 60e degré; le Renard argenté et le Renard croisé du nord de l'Amérique et du Kamtchatka. Un peu plus loin du pôle, mais toujours au nord, on trouve, en Europe, le Chien d'Islande, le Loup, le Loup noir, le Renard, qui existe aussi en Amérique. Dans ce dernier pays, à peu près sous les mêmes latitudes, le Loup ordinaire d'Europe, le Loup odorant, celui des prairies et le Renard agile; tous trois des bords du Missouri. En Asie, le Wah des Himalayas. Dans une zone plus tempérée, et en se rapprochant du tropique, apparaissent, outre notre Loup et notre Renard, les nombreuses races du Chien domestique, que la douceur du climat et une antique servitude ont façonnées de mille manières, tant au moral qu'au physique, et dont le nombre est incalculable en Europe, en Asie et en Amérique. Puis, en Asie, dans l'Inde et la Tartarie, le Corsac et le Karagan; le Renard gris dans la Virginie, et le Renard tricolore, qui, des États-Unis, se répand dans l'Amérique méridionale jusqu'au Paraguay. Les Chackals occupent une zone oblique à l'équateur, depuis l'Inde et la Perse jusqu'au cap de Bonne-Espérance. Si nous portons nos investigations sur toute la zone équatoriale entre les deux tropiques, et même jusqu'à la latitude du cap de Bonne-Espérance, on verra que cette zone est riche en espèces. Dans l'Inde, nous trouverons le Quao, le Renard du Bengale, le Chien de Sumatra, le Loup de Java, ete. L'Amérique nous fournira l'Alco, le Loup du Mexique, le Calpen du Chili et des îles Malouines; le Koupara ordinaire et le petit Koupara, tous deux de la Guyane, et le Loup rouge. L'Afrique offrira le Renard d'Égypte, le Fennec d'Angola, le Renard de Delalande, le Kenlir et le Hyénoïde; tous trois du cap de Bonne-Espérance. Nous trouverons le Dingo dans la Nouvelle Hollande; et, enfin, nous verrons toutes les îles de l'Océanie peuplées de nombreuses variétés de Chiens domestiques.» Nous ajouterons à cette dernière observation qu'il en est de même de l'Europe, et que, là surtout, la domestication a produit sur le Chien ordinaire des croisements de races telles, que l’on ne peut plus que très-difficilement reconnaitre chez elles le type primitif.

La position des Caniens dans la série mammalogique varie selon les auteurs, et on les place tantôt avant les Féliens, tantôt, au contraire, après cette tribu. De Blainville les range immédiatement après les Chats, parce que les premières espèces qu'il y place, c’est-à-dire les Renards, ont la pupille verticale et une petite clavicule presque normale, tandis que les dernières, comme les Loups, ont la pupille ronde, et n’ont, par exemple le Hyénoïde, que quatre doigts en avant comme en arrière, ainsi que cela a lieu chez les Hyènes. Pour nous, à l'exemple de M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire et de la plupart des zoologistes, nous mettrons les Ganiens après les Viverriens, avec lesquels ils ont de l'analogie, et nous les séparerons des Féliens par les Hyènes, avec lesquelles ils ont, comme l'ont reconnu tous les auteurs, de nombreux rapports.

Quant aux genres créés dans cette tribu, ils sont peu nombreux, si l’on s'en rapporte à la plupart des naturalistes, mais si l’on veut suivre les elassificationsmodernes, et principalement celle de MH. Smith,

on pourra y former d’asseznombreuses subdivisions génériques où sous-génériques, que nous ne ferons qu'indiquer. Les genres admis par M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire sont ceux des Otocyon, Fennec, Renard, Chien, Hyénoïde et Cyon, que nous étudierons successivement, tout en ne les adoptant pas tous, puisque, par exemple, nous laisserons les Renards et les Cyons dans le grand genre naturel des Chiens. En outre, nous citerons quelques autres groupes composés, tant d'animaux vivants actuellement que d'espèces que l’on ne retrouve plus aujourd'hui qu'à l'état fossile.

1e7 GENRE. — CHIEN. CANIS. Linné, 1755.

Kvuc, Chien

Systema nature.

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES

Système dentaire : incisives, À; canines, ={; molaires, $; en totalité quarante deux dents; incisives à trois lobes lorsqu'elles ne sont pas encore usées, et toutes placées sur une même ligne; canines coniques, aiguës, lisses; molaires : les supérieures se subdivisant en trois petites dents aiguës ou fausses molaires tranchantes, à un seul lobe, une carnassière à deux pointes, et deux petites dents à couronnes plates : les inférieures comprenant quatre fausses molaires disposées comme celles d'en haut, une carnassière dont la pointe postérieure est mousse, et deux dents tuberculeuses.

Museau pointu, avec un mufle ou partie nue assez considérable, arrondie.

Tête allongée, surtout duns la partie maxillaire, et à arcade syygomatique médiocrement arquée en dehors.

Fig. 5, — Chien de chasse,

Veux à pupille en forme de disque dans les Chiens proprement dits et allongée dans les Renards. Langue lisse.

ce?

Oreilles médiocres ou grandes, droites, pointues, mais seulement dans l'état de nature, car la «omesticalion modifie considérablement ces organes. |

Mamelles pectorales et ventrales.

Pieds de devant à cinq doigts, les deux du milieu égaux et les plus longs : ceux de derrière à quatre doigts seulement, avec le rudiment d'un cinquième os du métatarse, qui ne se montre par aucune trace à l'extérieur : ces doigts étant entre eux dans les mimes rapports que les quatre plus longs des pieds de devant.

Ongles allongés, assez obtus, non rétractiles; les doigts posant seuls à terre dans la marche.

Queue de moyenne lonqueur. u

Pas de poches ou de follicules près de l'anus ou des parties de la génération.

Pelage généralement très-fourni, assez rude, composé de deux sortes de poils.

Moustaches assez petites.

Plante des pieds garnie de tubercules : celui qui se trouve à la base des doigts ayant trois lobes et avec la même forme à tous les pieds; celui qui garnit l'extrémité de chaque doigt elliptique; de plus, il y en a un autre sous l'articulation du poignet

Corps de taille généralement moyenne; mais pouvant assez notablement varier sous ce rapport.

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