‹ Encyclopédie d'histoire naturelle; ou, Traité complet de cette science d'après les travaux des naturalistes les plus éminents de tous les pays et de toutes les époques: Buffon, Daubenton, Lacépède, G. Cuvier, F. Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire, Latreille, De Jussieu, Brongniart, etc. etc (volume 4)Chapitre 104 sur 129 · À NA · texte numérisé non relu

À NA

Fig. 107. — Phoque à deux couleurs,

Nous avons cru devoir donner une idée de ce que les anciens naturalistes, tels que Celsius, Aldrovande, Gesner, ete., ont écrit sur les Phoques; car, par le peu que nous en avons dit, on pourra comprendre comment il se fait que leur histoire a été pendant très-longtemps l’une des plus embrouillées de l'histoire naturelle. Cependant les voyageurs mentionnèrent un assez grand nombre d'espèces de ce groupe, mais l'amour du merveilleux lemporta chez eux: il en résulta que les

détails de mœurs furent empreints du merveilleux qu'ils se plurent à leur prêter, que leurs descriptions furent mal faites, le plus souvent même mensongères, et, dès lors, qu'elles ne purent venir en aide aux naturalistes. Égède, Crantz, Steller, Molina, Erxleben, donnèrent toutefois quelques descriptions bonnes ou passables; mais, comme les Phoques sont, pour ainsi dire, dispersés sur toute la surface de la terre, et qu'il y en a très-peu de conservés dans les Musées, et enfin qu'ils varient beaucoup dans leur pelage, en raison de l’âge et des sexes, il en résulte que les travaux des zoologistes restèrent imparfaits. Linné, le premier, commença à en donner une première classification, mais qui était loin d’être complète. Boddaert, et ensuite Peron, en divisant les Phoques en raison de ce que les uns, c’est-à-dire leurs Phoques proprement dits, n'ont pas une conque extérieure de l'oreille, tandis que leurs autres, c’est-à-dire les Otaries, en ont une, firent un peu avancer la science. Fr. Cuvier vint plus tard donner une classification particulière des Phoques, qu'il divisa en sept genres particuliers, fondés principalement sur des caractères tirés de l'ostéologie de leurs têtes : le travail de notre illustre compatriote fit certainement avancer la science ; mais réellement était-il indispensable de partager autant le genre Phoque, et ne pouvait-on pas y former simplement des subdivisions sans leur imposer des noms particuliers et sans en faire de nouvelles coupes génériques ? A peu près à la même époque, M. Nilson créa également deux genres, et, depuis, M. Gray en indiqua également d'autres. Plus récemment, les naturalistes voyageurs, comme MM. Lesson et Garnot, Quoy et Gaymard, Hombron et Jacquinot, ete, firent connaître de nouvelles espèces, et les naturalistes classificateurs tels que A.-G. Desmarest, Fr. Cuvier, Lesson, Boitard, ete., cherchèrent à résumer les observations de leurs devanciers; mais nous devons avouer que, malgré tout cela, l'histoire de ces animaux est encore loin d’être complétement terminée

Destinés à passer la plus grande partie de leur vie dans l’eau, les Phoques avaient plus besoin de nageoires que de pieds. Aussi leurs bras et leurs avant-bras sont-ils courts etengagés sous la peau de la poitrine; la main et les doigts, au nombre de cinq, sont, au contraire, très-longs et engagés dans une membrane, ce qui les fait ressembler tout à fait à une nageoire, dont ils remplissent les fonctions. Les pieds de derrière, également palmés, sont étendus le long du corps, sous la peau, jusqu'au talon, et ne laissent voir que les deux pieds, attachés à l'extrémité du corps, et leur formant comme une nageoire échancrée, au milieu de laquelle passe une queue courte, Le corps est allongé, cylindrique, fusiforme, à épine dorsale souple, soutenue par des muscles puissants qui lui permettent de grands mouvements. Les poils sont généralement secs, courts et cassants; mais, dans quelques espèces, sous ces poils il s’en trouve d’autres qui sont doux et soyeux, et parfois ces poils sont assez longs. Les lèvres sont garnies de moustaches rudes, à poils plats, noueux, paraissant souvent articulés, en quelque sorte comme les antennes des Insectes : quelques auteurs, et en particulier Rosenthal, regardent ces moustaches comme l'organe du tact chez ces animaux, parce qu’elles sont creuses et tapissées de nerfs à leur base, La tête est plus ou moins arrondie. Les narines peuvent se fermer en se contractant lorsque l'animal plonge. Les yeux sont très-grands, arrondis, doux, brillants, à paupières presque immobiles, ne consistant qu'en un simple bourrelet, dépourvues de cils. L'oreille externe consiste le plus habituellement en un simple trou, peu allongé, ayant aussi la faculté de se contracter et de se refermer hermétiquement lorsque l’animal plonge : dans certaines espèces, cependant, telles que les Otaries, la conque est visible et même plus on moins grande. La langue, échancrée à l'extrémité, est très-"troite, très-mince au sommet, large, épaisse, courte à la base, papilleuse.

L’anatomie des Phoques présente aussi des particularités remarquables. Le cerveau est très-développé et le cervelet très-grand. L’estomac a la forme d'un croissant, dont les deux extrémités sont tournées en avant; les intestins sont longs et contournés en de nombreuses circonvolutions; le cœcum est très-court. Le foie est grand, à quatre lobes pointus. Le système circulatoire est conduit dans des vaisseaux dont le calibre est gros et les parois épaisses; le sang est très-abondant et noiratre; le cœur est ovoide, placé au milieu de la poitrin*, mais cependant un peu plus à droite qu'à gauche. Le poumon n’a qu'un seal lobe, qui est très-volumineux. Les muscles sont épais, noirâtres, en raison de la couleur du sang qui y est répandu : ceux de la colonne vertébrale, ainsi que ceux qui doivent faire mouvoir les membres, sont très-puissants. Enfin, leur chair est très-huileuse, recouverte d’une épaisse couche de graisse presque liquide, dont on fait de l'huile.

Le système osseux et le système dentaire, qui nous restent à étudier, offrent des particularités curieuses, Nous allons les faire connaître en prenant pour guide l'Ostéographie de De Blainville, tout

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lie. 4, — Furet

Fi. 9. — Canis pictus.

bi.29

en faisant observer que nous appliquons à la tribu entière des Phocidés ce qu'il dit des Phoques, qu'il comprenait à la manière générique de Linné.

Le squelette du Phoque commun (Phoca vitulina), pris pour type de tous les animaux qui constituent la tribu des Phocidés, est assez remarquable par plusieurs particularités tenant à leur genre de vie tout anomal. La structure des os doit être notée; les os, longs eux-mêmes, ont un diploé trèsabondant, au point que la cavité médullaire est réellement nulle, quoique les mailles ou lacunes diploïques du milieu de l'os soent notablement plus larges que le reste : cependant la partie éburnée est encore assez épaisse, surtout aux apophyses. Le nombre des os du squelette est à peu près le même que dans la plupart des Carnassiers, seulement il ÿ a moins d'os sésamoides. La connexion entre les surfaces articulaires étant généralement large, arrondie, peu profondément sinueuse ou enchevêtrée, et les parties cartilagineuses intermédiaires aux articulations étant considérables, il en résulte que le squelette permet des mouvements aussi étendus que faciles, et presque onduleux, dans toute l'étendue de la colonne vertébrale, comme dans les parties qui terminent les membres : il en résulte aussi que les courbures générales sont bien plus marquées que dans les autres Carnassiers, et surtout que daus les Cétacés, principalement dans toute l'étendue du cou, en dessus, ce qui relève la tête à angle droit, et dans toute la longueur du reste du tronc, et même au sacrum, en dessous.

La série vertébrale, assez courte, n’est composée que de quarante-six vertèbres, dont quatre céphaliques, sept cervicales, quinze dorsales, cinq lombaires, quatre sacrées et on2e coccygiennes,

La tête osseuse se présente sous une forme générale qui la distingue de celle de tous les Carnas- Siers, et même aussi de celle de la Loutre, par la minceur de ses os, la largeur, la dépression du crâne, la brièveté du museau, et, en un mot, par une forme un peu arrondie. La vertèbre occipitale a un corps très-large, longtemps membraneux, et percé au milieu par l'écartement et la largeur des condyles, la grandeur du trou condyloïdien, et par la verticalité de la partie postérieure de l'arc occipital. La vertèbre pariétale offre encore un corps aussi large que celui de l'occipitale, mais plus court; ses apophyses ptérygoïdales et ses ailes sont petites; elle est large, assez bombée, quoique surbaissée, échancrée en arrière et en dedans, et présente la trace d'insertion des muscles élévateurs de la tête. La vertèbre frontale se rétrécit presque subitement dans son corps, mais à ailes arrondies et assez développées : une particularité de cette vertèbre consiste dans l'absence d’apophyse orbitaire. La vertèbre nasale est formée par un vomer assez court, peu surbaissé, et par des os du nez étroits, assez allongés, triangulaires, divisés à leur bord antérieur par une échancrure profonde en denx pointes inégales. Les appendices céphaliques sont courts dans la partie dentaire, et longs dans la partie radiculaire. La mâchoire supérieure présente un ptérygoïdien interne court; le palatin est à deux branches lamelleuses; il n'y a pas d'os lacrymal, et le zygomatique est petit; le maxillaire est assez grand, un peu plus haut que long : le prémaxillaire a la même forme que lui. Le rocher est large, ovale, épais, sans angle solide intérieur. Les osselets de l’ouie, renfermés dans une caisse trèslarge, renflée et séparée de la masse mastoïdienne en bourrelet allongé par un enfoncement transverse ridé, sont composés d'un étrier très-petit et à peine percé, d'un lenticulaire en tambour ovale assez élevé, d’une enclume renflée considérablement dans son corps, et d’un marteau assez mince dans son corps, mais à manche un peu allongé. La mâchoire inférieure est presque entièrement horizontale, à peine convexe ou concave sur ses deux bords; son condyle est transverse, et l'apophyse coronoïde assez pointue, De la réunion sous un angle de vingt degrés environ des appendices avec les vertèbres céphaliques, il résulte une tête en général assez petite, un peu triangulaire, très déprimée, antérieurement droite, inférieurement peu bombée, et déclive dans la ligne du chanfrein, avec ses cavités, fosses, ouvertures, trous, en général assez grands.

Les vertèbres cervicales sont assez longues, du moins dans leur corps, très-étroites dans leur are, de manière à laisser entre elles en dessus un espace vide considérable : elles sont, du reste, assez fortes. L’atlas est en soucoupe évasée, sans apophyse épineuse, en dessus comme en dessous, mais avec des ailes larges. L'axis a son corps long, un peu caréné en dessous, à apophyse en fer de hache. Les trois intermédiaires ont sensiblement la même forme, croissant de la première à la troisième, à corps caréné, sans apophyse épineuse, qui apparait dans la sixième. La septième a cette apophyse encore un peu plus forte, et, au contraire, l’apophyse transverse a ses deux lobes peu distinets, ou très-resserrés.

Les vertèbres dorsales ont le corps assez large, croissant vers les dernières, plus large et plus

caréné aux premières, à tubercules supérieurs des apophyses articulaires très-prononcés, et à apophyses épineuses presque égales en hauteur, un peu pointues aux premières, s'élargissant et s'arrondissant aux autres.

Les lombaires sont semblables aux dernières dorsales, mais conservent toujours le caractère d'avoir le canal médullaire très-grand, le pédicule de l'arc étroit, fortement échancré, d’où résultent de très-grands trous de conjugaison.

Fig. 108. — Phoque moine.

Parmi les vertèbres sacrées, la première, ressemblant à une lombaire par la forme de son are, a ses apophyses transverses assez élargies pour s’articuler à l'iléon; les autres ont leurs apophyses transverses élargies horizontalement et soudées.

Après les deux premières vertèbres coceygiennes, qui ont la forme des dernières sacrées rapetissées, les neuf autres ne présentent plus qu'un corps, d'abord déprimé, par l'élargissement des apophyses transverses, et devenant de plus en plus conique et cannelé jusqu'à la dernière,

L'hyoïde et le sternum rappellent tout à fait ceux des Carnassiers que nous pourrions appeler ordinaires. L'hyoide a son corps étroit en barre transverse, presque droit, un peu élargi à chaque extrémité pour l'articulation des cornes; parmi celles-ci, les antérieures, assez peu allongées. sont formées de trois articles, et les postérieures n’en présentent qu'un seul, qui est large et un peu arqué. Le sternum long et étroit est composé de neuf pièces, dont les intermédiaires croissent sensiblement de largeur et même d'épaisseur de la seconde à la huitième; le manubrium et le xiphoïde sont plus grands que les autres pièces; le premier est long, étroit, un peu plus large en avant qu'en arrière, et le dernier est très-long et terminé en une partie cartilagineuse fortement élargie en spatule bilobée. Les cornes sternales, au nombre de dix, sont remarquables par leur longueur, leur gracilité et le renflement qu'elles présentent à leur milieu.

Les côtes, au nombre de quinze, dont dix vraies ou sternales, et cinq fausses ou asternales, sont en général étroites, comprimées dans leur partie supérieure, et à peine élargies à leur terminaison; elles sont courtes, peu arquées et croissent régulièrement et insensiblement en longueur de la première à la neuvième sans décroître, ensuite à peine de celle-ci à la dernière. La cage de la poitrine qu’elles forment est grande, large, conique, à peine un peu comprimée, et surtout très mobile dans toutes ses parties.

Fig 109, — Phoque à crèle.

Les membres sont très-écartés les uns des autres : ceux de devant sont d'abord aplatis et raccoureis en totalité aussi bien que dans chacune des quatre parties qui les constituent et qui sont presque égales entre elles. L'épaule ne présente pas de trace de clavicule : Fomoplate est grande, convexe en avant-et en dessus; il n°y a pas d’apophyse coracoïle, et l'acromion est sous forme d'une pointe mousse; la crête est pen développée, et la cavité glénoide est médiocre, ovalaire. L'haumérus est très-court, très-robuste, à corps de forme triquètre, n'étant en quelque sorte que la jonction des deux extrémités élargies; supérieurement la tête est élargie, arrondie, le trochanter interne plus élevé qu’elle, et inférieurement la tête est moins large que la supérieure, plus comprimée. Le radius et le cubitus sont généralement aplatis, grèles. La main, en totalité, est à peine plus longue que chacune des trois autres parties du membre : le carpe est surtout très-court, quoique assez large, et composé d'os petits. La main est ostéologiquement composée de telle sorte qu’elle forme une nageoire coupée obliquement du premier doigt, le plus long, au cinquième, qui est le plus petit : c'est ce que l’on peut voir en examinant les os du métacarpe, qui décroissent rapidement du premier au dernier : celui-là est non-seulement le plus long, mais encore le plus épais et un peu arqué : le cinquième, ou le plus court, est un peu plus épais que les trois intermédiaires, et, comme eux, assez fortement étranglé dans son milicu. Pour les phalanges, les plus intéressantes sont les onguéales, qui

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sont assez fortes et toutes pourvues à leur base d'une sorte d’étui coupé obliquement par l'embasement de l’ongle; elles suivent l'ordre de décroissement de la première à la cinquième, et leur pointe est assez peu courbée.

Les membres postérieurs sont en totalité beaucoup plus longs que les antérieurs, et l'augmentation porte principalement sur la jambe et le pied : ils sont dirigés parallèlement au tronc. Le bassin est complet, presque parallèle à l'axe vertébral, très-allongé : cet allongement ne portant pas sur l'iléon, qui est très-court, tandis que le pubis est, au contraire, très-long, pour aller rejoindre obliquement l'ischion, qui est lui-même long, et il en résulte un trou sous-pubien énorme, ovalaire, trèsétendu. Le fémur est remarquablement court, et, en effet, sa longueur égale à peine les trois quarts de celle de l'humérus : il est comprimé d’arrière en avant, à corps n'étant guère qu'un cou destiné à unir les deux têtes, dont la supérieure est arrondie, petite, et l'inférieure avec deux tubérosités presque égales. La jambe, deux fois et demie plus longue que la cuisse, est formée de ses deux 0s très-complets, quoique soudés, au moins supérieurement, où ils constituent une large surface articulaire, presque convexe, surtout dans sa partie externe. Le tibia est large, aminei supérieurement, arqué en deux sens dans son corps, et fortement excavé inférieurement. Le péroné est robuste, trèsarqué en dehors. Le pied en totalité, et mesuré dans son plus long doigt, est encore plus long que la jambe. Le tarse est même assez développé pour contribuer à l'allongement total. L’astragale à une forme particulière; sa poulie, peu saillante, est en toit, le côté interne pour le tibia, et l'externe pour le péroné : mais surtout il devient plus long que large par l'addition en arrière d'une sorte d'apophyse, qui se colle en dedans de la tubérosité du calcanéum. Celui-ci est, au contraire, trèscourt. Les os du métatarse sont, en général, longs et robustes, et les terminaux plus que les intermédiaires. Les phalanges sont plus longues et plus grêles que celles des mains, et les onguéales, à l'exception de celle du pouce, sont plus faibles et moins arquées.

Les os sésamoïdes sont peu nombreux; la rotule, le seul os de cette catégorie que nous citerons, est petite, arrondie, assez peu épaisse. *

L'os du pénis, dans le Phoque commun, est assez petit, droit, rétréci au milieu et renflé à ses extrémités : l’antérieure aplatie, un peu excavée, en forme de spatule, étroite, obtuse, et la postérieure radiculaire, presque triquètre.

Les différences que le squelette des Phocidés présente, en l’examinant dans la série des espèces qui constituent cette tribu, ne sont véritablement que spécifiques, c’est-à-dire qu'elles ne s'élèvent jamais au-dessus de celles qu'indique la dégradation sériale, ce qui confirme que ce grand genre constitue un groupe distinct, modifié par un ensemble de particularités biologiques.

Dans les espèces les plus rapprochées du Phoque commun, on peut voir que les différences de l'ostéologie de la tête ne portent guère que sur la grandeur en général, peut-être sur le degré d'étranglement de ses deux parties, et surtout sur la forme des os du nez et de l'ouverture nasale, sur celle de los palatin et de l'ouverture de ce nom, ainsi que sur la forme du rocher, de la caisse, de l'apophyse mastoïde, de loccipital et des crêtes de la partie postérieure de la tête : et cela plus spécialement étudié dans les Phoca hispida, Groënlandica, barbata et gryphus.

Dans le Moine, où Phoca monachus, l'ensemble et le plus grand nombre des pièces du squelette sont presque tout à fait comme dans le Phoque commun : toutefois, les vertèbres cervicales ont leur corps sensiblement plus court et moins longuement caréné; le sternum est plus large et plus canaliculé; la proportion des membres indique évidemment encore plus de disposition à la natation; la tête est plus courte que dans le Phoca gryphus, plus ramassée et plus bombée an front.

Dans le Phoca leptonyæ, au contraire, la tête est plus allongée, les os du nez sont subdivisés en deux lobes presque égaux; l'arcade zygomatique est très-allongée, surbaissée.

Parmi les Phoques à trompes, c'est-à-dire les Phoca cristata et leonina, la tête offre beaucoup de ressemblance avec celle du Phoque commun.

Dans les Phoques à oreilles, ou Otaries, les différences sont encore assez peu manifestes, et elles ne portent guère que sur la forme et sur la proportion des différentes pièces qui constituent le squelette. La tête est en général plus allongée, moins rétrécie dans le milieu de l'os frontal, plus courte encore, et surtout moins large, moins aplatie dans sa partie vertébrale, et plus longue dans la portion radicale des appendices eéphaliques, quoique beaucoup plus courte dans la portion qui porte les dents; les os du nez sont plus courts et plus larges; le prémaxillaire est très-développé; le rocher

petit; il y a une grande intensité de puissance dans la préhension maxillaire. Les apophyses épineuses des vertèbres cervicales sont plus prononcées que dans le Phoca monachus, au contraire de ce qui a lieu pour les vertèbres dorsales et les lombaires : les vertèbres sacrées constituent un sacrum trèsétroit. I n'y a que huit pièces au sternum. Les membres présentent des différences plus importantes, étant moins éloignés entre eux, et leur disproportion étant moins prononcée. Les antérieurs, plus libres, ont une omoplate plus large, à crête plus prononcée, et à fosse sous-scapulaire beaucoup plus petite que la surscapulaire. L'humérus n’est pas percé à son condyle interne; le eubitus est à olécräne plus arrondi et plus dilaté, les os du carpe et de la main présentent quelques particularités Les membres postérieurs prennent une proportion plus normale. Le bassin a plus de longueur dans l'iléon et un peu plus de brièveté dans l'ischion; le fémur est plus long et moins large; le tibia et le péroné sont plus courts, plus droits; dans les os du tarse, l’astragale reprend assez bien sa forme normale : il y a quelques différences appréciables dans le métatarse et les phalanges. Quelques particularités ostéologiques ont pu même être observées dans les espèces d'Otaries, mais nous n’en parlerons pas maintenant, ces particularités trouvant plus naturellement leur place ailleurs.

Le système dentaire des Phocidés ne peut pas encore être considéré comme tout à fait normal, quoiqu'il soit composé d’incisives, de canines et de molaires bien distinctes, disposées comme dans les Carnassiers; mais, par le nombre et la forme, les différences deviennent sensibles et montrent qu'on peut former plusieurs groupes secondaires dans cette tribu. Le nombre total des dents n’est Jamais au-dessus de dix en haut et de huit en bas, ni au-dessous de huit en haut et de sept en bas, partagées en incisives, en canines, seules variables, et en molaires, toujours au nombre de cinq et très-rarement.de six. Ces dents, par leur disposition aux deux mâchoires, s'entre-croisent : celles d'en bas avant leurs correspondantes d’en haut, incisives, canines et molaires, mais en totalité, et jamais les pointes de la couronne, quand il y en a, entre elles, comme cela a lieu dans les autres Carnassiers.

Dans le Phoque commun qui doit encore nous servir de type, la formule dentaire est : incisives ©, canines —{, molaires £=}; en totalité trente-quatre dents. Les incisives supérieures sont coniques, assez pointues, arquées en crochet, toutes terminales, presque égales, croissant cependant légèrement de la première à la troisième, qui est notablement plus forte; les inférieures sont terminales, coniques, un peu aiguës, plus droites et plus petites. Les canines sont, comme dans les autres Carnassiers, coniques, robustes, pointues, assez cannelées à la partie postérieure, un peu arquées, surtout à la mâchoire inférieure, où elles sont en même temps légèrement plus courtes. Les molaires qui suivent immédiatement sans intervalle, surtout à la mâchoire supérieure, et.qui sont cependant. toujours en contact peu serré, prennent presque de suite le même caractère et la même forme générale, aussi bien supérieurement qu'inférieurement : elles augmentent seulement un peu de la première: à la troisième, pour décroître ensuite, du moins en haut, car, en bas, les quatre dernières sont: presque égales; la couronne est tranchante ou comprimée, avec un simple épaississement plutôt qu'un véritable talon à la base; en haut, si ce n’est à la première, qui est arrondie et beaucoup plus petite, son bord est peu profondément lobé par une pointe presque médiane; mais, en bas, la lobule est plus profonde, et ses denticules par conséquent plus distinctes et autrement disposées.

Les racines des dents ont cela de particulier que généralement elles ne sont pas en proportion avec la couronne, étant constamment plus fortes qu’elle : celles des incisives et des canines sont les plus simples; et, quant à celles des molaires, elles ne sont jamais au-dessus de deux dans le même plan, chacune d'elles correspondant à chaque côté de la couronne, et par conséquent jamais à la pointe la plus saillante.

Pour les alvéoles, elles suivent la disposition des racines et ne forment qu'une seule et unique série, depuis la première incisive jusqu'à la dernière molaire, et cela aux deux mächoires : il n’y a de différence que dans le nombre avant et après celle bien plus grande de la canine.

Le système dentaire des autres espèces de Phoques sans oreilles se simplifie d'une manière remarquable dans les espèces ascendantes, pour se compliquer ensuite dans les Phoques à oreilles. Dans les premières, telles que dans le Phoca lagurus, les denticules des molaires sont plus aiguës, plus profondes, plus nombreuses; dans le Phoca barbata, ces dents deviennent plus petites, et il en est de même dans le Phoca Groënlandica. Puis dans d'autres espèces, comme les Phoca leptonyx et monachus, il n’y a plus que quatre incisives en haut comme en bas, et de cette diminution d’une incisive supérieure il résulte que les canines deviennent plus robustes; les molaires, dans la première,

sont grandes, trilobées, comme palmées, et l'en est à peu près de même dans une espèce nouvelle rapportée par MM. Hombron et Jacquinot du voyage de l'amiral d'Urville au pôle sud, et figurée par eux sous la dénomination de Phoca carpophaga. Dans d'autres espèces, telles que les Phoca cristata et leonina, le nombre des incisives diminue encore et n’est plus que de quatre en haut, et seulement deux en bas. |

Dans les Otaries ou Phoques à oreilles le sstème dentaire est beaucoup plus fixe, plus normal quee dans les autres espèces de Phocidés, ne descend jamais au même degré de simplicité, et revient au même nombre que dans le Phoca vitulina. Les incisives sont moins terminales, disposées en arc de cercle, plus fortes; les canines sont très-robustes, très-longues; les molaires, plus où moins serrées et obliques, inclinées en sens inverse, ont une petite pointe en avant, et souvent une autre moins marquée en arrière, surtout aux trois postérieures, qui sont les plus fortes.

Suivant les sexes, on sait que les canines sont toujours beaucoup plus prononcées dans le mâle que dans la femelle. Les différences d'âge ne semblent pas apparentes dans les Phoques sans oreilles, tandis que dans les Phoques à oreilles elles sont appréciahles et consistent principalement dans une incisive supérieure de moins, dans une canine plus grèle et plus faible, et dans trois molaires seulement, en haut comme en bas, petites, coniques et distantes entre elles.

Comme on le voit, le système dentaire offre des différences remarquables dans les Phocidés, et il en résulte que l'on s’en est servi, ainsi que nous le dirons, pour la caractéristique des genres qu'on à créés dans cette tribu.

Fig. 110, — Phoque Lion.

Les Phocidés vivent en grandes troupes dans presque toutes les mers du globe; cependant, il parait que la plupart de leurs espèces varient, selon qu'elles appartiennent au voisinage de l'un ou de l'autre pôle; car il est à remarquer qu'ils préfèrent les pays froids on tempérés aux climats chauds de la zone torride, C’est en général à travers les écueils et les récifs qui bordent toutes les mers, et jusque sur les

glaces des pôles, qu'il faut aller chercher les grandes espèces. Là ces animaux se jouent, à travers les tempêtes, sur les vagues en fureur, passent presque tout leur temps dans l’eau, et s’y nourrissent de Poissons, de Crustacés, de Mollusques et, habituellement, de tous les petits animaux qu'ils rencontrent. Parfois même ils mangent des Oiseaux. « L'un de ces animaux, dit Lesson, qui nageait très-près de la corvette, se saisit, devant nous, d’une Sterne qui volait au-dessus de l’eau en compagnie d’un très-grand nombre de Mouettes. Ces Oiseaux maritimes raseaient la mer, et se précipitaient les uns sur les autres pour saisir les débris de Poissons qui étaient dévorés par le Phoque, lorsque celui-ci, sortant vivement la tête de l’eau, s’efforça à chaque fois de saisir un des Oiseaux, et y parvint en notre présence.»

Fig. 111 — Phoque berbu

Ils sont très-bons nageurs, quoique les Cétacés les surpassent encore sous ce rapport. Un fait des plus singuliers, mais qui semble établi d'une manière certaine, est que ces animaux ont l'habitude constante, quand ils vont à l’eau, de se lester, comme on fait d'un navire, en avalant une certaine quantité de cailloux, qu'ils rejettent lorsqu'ils retournent sur le rivage. Les uns recherchent les plages sablonneuses et abritées, d’autres les rochers exposés à l’action des eaux, et il en est qui se trouvent dans les touffes épaisses d'herbes qui croissent sur les rivages. À terre, les Phoques ne mangent pas; aussi, S'ils y restent quelque temps, maigrissent-ils beaucoup. En captivité, pour dévorer la nourriture qu’on leur doune, ils la plongent habituellement dans l'eau, et ils ne se déterminent à manger à sec que lorsqu'ils y ont été habitués dès leur première jeunesse, ou qu'ils y sont poussés par une faim extrême. Ces Carnassiers sont susceptibles d’une sorte d'éducation, et ils montrent une grande douceur. Lorsqu'un Phoque est pris jeune, il se prive parfaitement, s'attache à son maître, pour lequel il éprouve une affection aussi vive que le Chien. De même que ce dernier, on assure qu’il reconnait sa voix, lui obéit, le caresse, ete. On en à vu auxquels des matelots ou des bateleurs avaient appris à faire différents tours, et qui les exécutaient au commandement avec assez d'adresse et beaucoup de bonne volonté.

L'intelligence des Phocidés est assez grande; ils sont affectueux, bons, patients; mais, sion les tourmente trop, ils peuvent devenir dangereux. Pour les conserver longtemps en captivité et en bonne santé, il faut les tenir, pendant la plus grande partie du jour, et surtout lors de leurs repas, dans un cuvier à demi rempli d’eau; la nuit, on les fait coucher sur la paille. Ainsi traités et nourris avec du Poisson, ou peut les garder vivants pendant assez longtemps. Nos Ménageries en ont souvent possédé : et les montreurs d'animaux en font souvent voir dans nos grandes villes.

Lorsqu'un Phoque veut sortir de l'eau, il faut qu'il choisisse une place convenable; c’est sur une roche plate, s’avançant dans l’eau en pente douce, par laquelle ils grimpent, s’'accrochant avec les mains et les dents à toutes les aspérités qu'ils peuvent saisir, puis ils tirent avec difficulté leur corps sur le sol. Malgré cela, ils rampent assez vite, même en montant des pentes roides. Il est aussi étonnant de voir avec quelle adresse ils se cramponnent à un glaçou flottant et glissant, et parviennent à se hisser dessus pour se reposer et dormir, sans craindre d’être emportés en pleine mer.

« Le quartier de rocher mousseux sur lequel un Phoque à l'habitude de se reposer avec sa famille devient, rapporte un voyageur, sa propriété relativement aux autres individus de son espèce qui ln sont étrangers. Quoique ces animaux vivent en grands troupeaux dans la mer, qu'ils se protégent, se défendent vraiment les uns les autres, une fois sortis de leur élément favori, ils se regardent, sur leur rocher, comme dans un domicile sacré, où nul camarade n’a le droit de venir troubler leur tranquillité domestique. Si l'un d'eux se rapproche de ce sanctuaire de la famille, le chef, ou, si l'on veut, le père, se prépare à repousser par la force ce qu'il regarde comme une agression étrangère, et il s’ensuit toujours un combat terrible, qui ne finit que par la mort du propriétaire du rocher ou par la retraite forcée de l'indiscret étranger. Le plus ordinairement, c'est la jalousie qui occasionne ces combats; mais il est évident que l'instinct de la propriété y entre aussi pour quelque chose. Jamais une famille ne s'empare d'un espace plus grand qu'il ne lui est nécessaire, et elle vit en paix avec les familles voisines, pourvu qu'un intervalle de quarante à cinquante pas les sépare. Quand la nécessité les y oblige, ils habitent encore, sans querelle, à des distances beaucoup plus rapprochées; trois ou quatre familles se partagent une roche, une caverne, où même un glaçon; mais chacun vit à la place qui lui est échue en partage, s'y renferme, pour ainsi dire, sans jamais aller se mêler aux individus d'une autre famille. » L

Chaque mäle à ordinairement trois ou quatre femelles; le chef de la famille défend ses femelles avec un grand courage; et c'est surtout lorsqu'elles sont pleines, de novembre à janvier, qu'il redouble de soins et de tendresse pour elles; l'accouplement a lieu en avril, et la femelle ne fait qu'un seul où deux petits. C’est sur le sol, à quelque distance de la mer, et sur un lit d'algues ou d’autres plantes marines, que les femelles mettent bas. La mère ne va pas à l’eau tant que ses petits ne peuvent s'y trainer, ce qui a lieu une quivzaine de jours après leur naissance. Comment les femelles se nourrissentelles pendant ce temps? On ne le sait pas positivement, mais on suppose que le mâle porte alors de la nourriture à sa femelle. Quand le petit est arrivé à la mer, la femelle lui apprend à nager, et le surveille pendant qu'il se mêle aux troupeaux des autres Phoques; elle lallaite, toujours hors de l'eau, pendant cinq ou six mois; le soigne très-longtemps, mais, aussitôt qu'il peut pourvoir seul à ses besoins, le père le chasse et le force à chercher un autre lieu pour s'établir.

«C'est pendant la tempête, dit M. Boitard, lorsque les éclairs sillonnent un ciel ténébreux, que le tonnerre gronde et éclate avec fracas, et que la pluie tombe à flots, c'est alors que les Phoques aiment à sortir de la mer pour aller prendre leurs ébats sur les grèves sablonneuses. Au contraire, quand le ciel est beau et que les rayons du soleil échauffent la terre, ils semblent ne vivre que pour dormir, et d'un sommeil si profond, qu'il est fort aisé. quand on les surprend en cet état, de les approcher pour les assommer avec des perches ou les tuer à coups de lance. À chaque blessure qu'ils reçoivent, le sang jaillit avee une grande abondance, les mailles du tissu cellulaire graisseux étant trèsfournies de veines. Cependant, ces blessures, qui paraissent si dangereuses, compromettent rarement la vie de l'animal, à moins qu'elles ne soient très-profondes; pour le tuer, il faut atteindre un viscére principal ou le frapper sur la face avec un pesant bâton. Mais on ne l'approche pas toujours facilement, parce que, lorsque la famille dort, il ÿ en a toujours un qui veille et qui fait sentinelle pour réveiller les autres s'il voit où entend quelque chose d'inquiétant. On est obligé pour ainsi dire de lutter corps à corps avec eux, et de les assommer, car un coup de fusil, quelle que soit la partie où la balle fes aurait frappés, ne les empécherait pas de regagner la mer, tellement ils ont la vie dure.

Quand ils se voient assaillis, ils se défendent avee courage; mais, malgré leur queue terrible, cette lutte est sans dauger pour l'homme, parce qu'ils ne peuvent se mouvoir assez lestement pour ôter le temps au chasseur de se dérober à leur atteinte. Faute de pouvoir faire autrement, ils se jettent sur les armes dont on les frappe, et les brisent entre leurs dents redoutables. »

Les Phocidés donnent plusieurs produits utiles à l'homme. C’est ainsi qu'ils ont, entre les muscles et la peau, une épaisse couche de graisse, dont on tire une grande quantité d'huile employée aux mêmes usages que celle de Baleine, et qui a même l'avantage de n’exbaler aucune mauvaise odeur. Quelques espèces ont une grossière fourrure qui est recherchée pour les habits des peuples septentrionaux. Les Américains emploient, dit-on, les peaux les plus grossières à un usage singulier : ils en ferment, Le plus hermétiquement possible, toutes les ouvertures, et les gonflent d'air comme des vessies; ils en réunissent cinq ou six, les fixent solidement les unes aux autres, placent dessus des jones ou de la paille, et en forment ainsi de très-légères embarcations, sur lesquelles ils s’exposent sur leurs plus grands fleuves. Les habitants du Kamtchatka se servent de ces animaux pour divers usages; la peau est employée pour former de petites pirogues; la graisse les éclaire; la chair, quoique coriace, et d’odeur désagréable, est leur nourriture ordimaire.

Mais les Américains des États-Unis et les Anglais font surtout en grand la chasse aux Phoques pour en obtenir la graisse, et cette chasse constitue, pour eux, une branche importante de commerce, puisqu'ils y emploient plus de soixante navires de deux cent cinquante à trois cents tonneaux. Lesson a donné, d'après M. Dubaut, d'intéressants détails sur cette espèce de pêche, et nous croyons devoir en transcrire quelques-unes ici. « Les navires destinés pour cet armement sont solidement construits. Tout y est installé avec la plus grande économie; par cette raison, les fonds du navire sont doublés de bois. L'armement se compose, outre le gréement, très-simple et très-solide, de barriques pour mettre l'huile, de six yoles armées comme pour la pêche de la Baleine, et d'un petit bâtiment de quarante tonneaux mis en botte à bord, et monté aux iles destinées à servir de théâtre à la chasse lors de l'arrivée. Les marins qui font cette chasse ont ordinairement pour habitude d'explorer divers lieux successivement, ou de se fixer sur un point d'une terre, et de faire des battues nombreuses aux environs. Ainsi, il est ordinaire qu'un navire soit mouillé dans une anse sûre d’une ile, que ses agrès soient débarqués, et que les fourneaux destinés à la fonte de la graisse soient placés sur la grève. Pendant que le navire est ainsi dégréé, le petit bâtiment, très-fin et très-léger, est armé de la moitié environ de l'équipage, fait le tour des terres environnantes en expédiant ses embarcations lorsqu'il voit des Phoques sur les rivages, en laissant çà et là des hommes destinés à épier ceux qui sortent de la mer. La cargaison totale du petit navire se compose d'environ deux cents Phoques coupés par gros morceaux, et qui peuvent fournir quatre-vingts à cent barils d'huile, chaque baril contenant environ cent vingt litres, valant à peu près quatre-vingts francs. Arrivé au port où est mouillé le navire principal, les chairs des Phoques, coupées en morceaux, sont transportées sur la grève, où sont établies les chaudières, et sont fondues. Les fibres musculaires, qui servent de résidu, sont destinées à alimenter le feu. Les équipages des navires destinés à ces chasses sont à part; chacun se trouve ainsi intéressé au succès de l'entreprise. La campagne dure quelquefois trois ans, et au milieu des privations et des dangers les plus inouïs; il arrive souvent que des navires destinés à ce genre de commerce jettent des hommes sur une île pour y faire des chasses, et vont, deux mille lieues plus loin, en déposer quelques autres, et c'est ainsi que, bien souvent, des marins ont été laissés, pendant de longues années, sur des terres désertes, parce que leur navire avait fait naufrage, et, par conséquent, n'avait pu les reprendre aux époques fixées. L'huile est importée en Europe et aux États-Unis; les fourrures se vendent en Chine. »

Après ces généralités sur les Phocidés, nous voulons encore dire quelques mots sur les traces fossiles qu'ils ont laissées dans le sein de la terre, puis nous entrerons dans la description des genres et des espèces.

C'est encore Esper, et comme provenant des cavernes de Gaylenreuth, qui le premier a fait graver des os qui se rapportent aux Phoques, et il dit qu'il a trouvé des mächoires de ces animaux dans un amas d'os d'Éléphants, d'Hyènes, etc., à Kahlendorf, dans le pays d'Aischtedt, mais ces pièces se rapportent probablement à des Ours. En 1806, lors de la publication de la première édition des Recherches sur les ossements fossiles, G. Cuvier décrivit deux fragments d'humérns trouvés dans les environs d'Angers par M. Renau, et il les décrit comme de Phoque; mais il est aujourd'hui démon-

tré, d'après les travaux de De Blainville, qu'ils doivent plutôt appartenir à un Lamantin. Ce n’est donc qu'assez récemment qu'on a eu la preuve positive qu'il existe réellement des Phoques fossiles, et ces débris ont été recueillis dans un assez grand nombre d'endroits plus ou moins éloignés en Europe, et probablement toujours dans des terrains tertiaires et dans des versants en général assez peu éloignés des bords de la mer.

Ainsi, dans le versant de la mer du Nord, on peut indiquer : 1° des dents signalées par M. Boué, comme trouvées avec des débris de Squales; 2° des dents, une vertèbre et quelques autres os, trouvés en Westphalie, d’après M. Hermann de Meyer; 5° des dents décrites par le même auteur comme trouvées à Laxberg, près Aix-la-Chapelle; 4° des ossements signalés par M. Tuglar; et 5° un bassin tronvé par M. Eugène Robert, en Islande, dans un tuf coquiller, avec des Cyprina Islandica et autres coquilles récentes.

Fig 112. — Sténorhynque de Weddei

Dans le versant de la mer Noire, on peut parler d'un pied de derrière existant dans le musée de Pesth, en Hongrie, et qui a été trouvé à Holich, à dix lieues de Vienne, dans la vallée du Danube. Ce pied a été attribué à une espèce particulière qu'on a nommée Phoca Viennensis antiqua, et qui est voisine du Phoque commun et en diffère cependant par les proportions des diverses parties : ainsi la tubérosité du calcanéum est plus longue, les métacarpiens et surtout celui du doigt externe, les premières phalanges, les seules qui existent, sont plus longues et plus grèles.

Dans le versant de l'Océan, M. Desnoyers cite quelques localités, aux environs mêmes de Paris, où il aurait trouvé des ossements fossiles de Phoques.

Enfin, dans le versant de la Méditerranée, nous devons noter que M. Alexandre Lefebvre a rapporté au Muséum plusieurs fragments d'os de Mammifères, consistant en vertèbres et en côtes, et qui

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Fig. 2. — Chien Kurd.

CATINASSIERS. 241

sans doute ont appartenu à une espèce de Phoque, et qu'il avait trouvé ces débris en Égypte, dans un terrain qu'il rapporte à celui de la craie.

La classification des Phocidés est l’une des plus embrouillées de celles des Mammifères, et cela se conçoit, car les animaux assez nombreux qui entrent dans cette tribu ne se trouvent, à peu d'exceptions près, que dans des lieux très-éloignés de nous, et ne nous arrivent pas facilement. La difficulté qu'il y a pour les conserver et pour les envoyer dans nos musées fait que les naturalistes ne les connaissent pas complétement, et qu’ils doivent se fier souvent à des récits exagtrés de voyageurs. I en résulte que les espèces sont encore mal connues, et que les genres qu'on a voulu établir dans cette tribu ne sont pas encore fondés sur des caractères tout à fait hors de doute.

Quoi qu'it en soit, la meilleure classification que nous en ayons est celle que Fr. Cuvier, en 1826, nous en a donnée dans le Dictionnaire des sciences naturelles, et dans laquelle il partage les Phoques en sept genres, ceux des : Calocéphale, Sténorhynque, Pelage, Stemmatope, Macrochin, Aretocéphale et Platyrhynque. Mais à ces genres nous devons joindre celui des Otaries, fondé précédemment, en 1807, par Peron, dans le Voyage aux terres australes. M. Wilson a indiqué aussi les genres Cystophore et Halichère, en 4820, plus récemment que Fr. Cuvier; M. Gray enfin, en 1827, à fait connaître ceux des Leptonyx et Micronyx.

Nous indiquerons tous ces genres, mais nous conserverons la division devenue classique des Phoques et des Otaries, les uns caractérisés en ce qu'ils manquent d'oreilles externes, et les autres en ce que la conque externe de l'oreille est visible, enroulée et recouvre son orifice.

Ends Calocéphale du Groënland. (Variété. )

Dre dioision - PHOQUES PROPREMENT DITS. PHOCA. Linné.

Pas d'oreilles externes.

Picisives à tranchant simple.

Molaires tranchantes, à plusieurs, généralement trois, pointes.

Doigts des pieds de derrière terminés pur des ongles pointus, placés sur le bord de la membrane qui les unit.

Cette division comprend en grande partie le genre Paoque, Phoca, de Linné, Systema nature, 1755, et correspond presque complétement aux groupes des Phocidæ et Phocina, Gray, 1855; Phocine, Ch. Bonaparte, 1840; Phocadeæ, Agassiz, 184, et Otoes, G. Fischer (wzc::, sans oreille).

Ce nom de Phoque, appliqué par Linné, et qui provient du mot grec 6x1, dont les Latins firent Phoca, qui servait à désigner jadis l'espèce typique de ce groupe, n’est pas resté génériquement dans la science. En effet, lorsque F. Cuvier a subdivisé les Phoca en plusieurs genres, il ne s'en est malheureusement pas servi pour désigner l’un d'eux, et il en résulte qu'un nom connu depuis la plus haute antiquité a été remplacé par des dénominations nouvelles dont les racines sont tirées du grec. Cela nous semble fâcheux, mais nous avons dû suivre ce qu'ont fait les zoologistes modernes, et, dès lors, nous n'avons pas cru pouvoir rétablir comme dénomination de genre le nom de Phoque; seulement nous ferons observer qu'on pourrait peut-être, à l'exemple de Lesson, de M. Boitard, ete., ne considérer notre division des Phoques proprement dits que comme un grand genre, et ne regarder les genres qui vont suivre que comme des subdivisions secondaires.

On connait un très-grand nombre de Phoques, et ils sont répandus dans presque toutes les mers. Leur taille est quelquefois très-considérable, et d’autres fois, au contraire, elle l'est médiocrement : c'est ce qui à principalement lieu pour nos espèces européennes, qui ne dépassent guère 1,25 à 4,50 de longueur. Les côtes de France possèdent quelques espèces de Phoques, mais plus particulièrement le Phoca vitulina; c'est ainsi que l'un de nos collaborateurs, en rapportant quelques détails entomologiques sur une excursion qu'il fit en 1852 à la pointe Saint-Quentin, à quelque distance de Saint-Valery en Somme, dit que « l'on voit les Phoques se chauffer au soleil sur le banc qui assèche dès que la marée baisse; mais il faut se contenter de les regarder de loin, car les bestiaux de Protée sont très-méfiants, et, dès qu'ils aperçoivent une embarcation ou une figure humaine, ils se bâtent de plonger, et l’on ne voit apparaître sur l'eau que leur tête ronde. »

Buffon, dans son Histoire générale et particulière, tome XII, 1765, n'avait pu distinguer que quatre espèces de Phoques, et encore ne l’avait-il pas fait d’une manière complète; Fhistoire de ces animaux n'est pas bien divisée pour chaque espèce dans son immortel ouvrage, et c'est pour cela que nous pensons devoir en rapporter quelques passages dans nos généralités, conservant ce qui est plus distinct pour l’histoire particulière de chaque espèce.

« En général, écrit-il, les Phoques ont la tête ronde comme l'homme, le museau large comme la Loutre, les veux grands et haut placés, peu ou point d'oreilles externes, seulement deux trous auditifs aux côtés de la tête, des moustaches autour de la gueule, des dents assez semblables à celles du Loup, la langue fourchue ou plutôt échancrée à la pointe, le cou bien dessiné, le corps, les mains et les pieds couverts d'un poil court et assez rude, point de bras ni d'avant-bras apparents, mais deux mains où plutôt deux membranes, deux pennes renfermant cinq doigts et terminées par cinq ongles, deux pieds sans jambes, tout pareils aux mains, seulement plus larges et tournés en arrière comme pour se réunir à une queue très-courte qu'ils accompagnent des deux côtés, le corps allongé comme celui d'un Poisson, mais renflé vers la poitrine, étroit à la partie du ventre, sans hanches, sans crou-

pes et sans cuisses au dehors; animal d'autant plus étrange qu'il parait fictif, et qu'il est le modele sur lequel l'imagination des poëtes enfanta les tritons, les sirènes et ces dieux de toute sorte à tête humaine, à corps de quadrupède, à queue de Poisson; et le Phoque, en effet, règne dans cet empire muet par sa voix, par sa figure, par son intelligence, par les facultés, en un mot, qui lui sont communes avec les habitants de la terre, si supérieures à celles des Poissons, qu'ils semblent être, nonseulement d'un autre ordre, mais d'un monde différent; aussi cet amphibie, quoique d’une nature très-éloignée de celle de nos animaux domestiques, ne laisse pas d'être susceptible d'une sorte d'éducation. On le nourrit en le tenant souvent dans Peau, on lui apprend à saluer de la tête et de la voix, il s'accoutume à son maitre, il vient lorsqu'il s'entend appeler et donne plusieurs autres signes d'intelligence et de docilité.

Fig 114 — Squelette du Phoque commun.

« Il a le cerveau et le cervelet proportionnellement plus grands que l'homme, les sens aussi bons qu'aucun des quadrupèdes, par conséquent le sentiment aussi vif et l'intelligence aussi prompte; lun et l'autre se marquent par sa douceur, par ses habitudes communes, par ses qualités sociales, par son instinct très-vif pour sa femelle, et très-attentif pour ses petits, par sa voix plus expressive et plus modulée que celle des autres animaux; il a aussi de la force et des armes, son corps est ferme et grand, ses dents tranchantes, ses ongles aigus; d’ailleurs il a les avantages particuliers, uniques, sur tous ceux qu'on voudrait lui comparer; il ne craint ni le froid ni le chaud, il vit indifféremment d'herbe, de chair ou de Poisson; il habite également l’eau, la terre et la glace.

« Mais ces avantages, qui sont très-grands, sont balancés par des imperfections qui sont encore plus grandes. Le Veau marin est manchot ou plutôt estropié des quatre membres, ses bras, ses cuisses et ses jambes sont presque entièrement enfermés dans son corps; il ne sort au dehors que les mains et les pieds, lesquels sont à la vérité sous-divisés en cinq doigts, mais ces doigts ne sont pas mobiles séparément les uns des autres, étant réunis par une forte membrane, et ses extrémités sont plutôt des nageoires que des mains et des pieds, des espèces d'instruments faits pour nager et non pour marcher; d'ailleurs les pieds étant dirigés en arrière, comme la queue, ils ne peuvent soutenir le corps de l'animal, qui, quand il est sur terre, est obligé de se traîner comme un reptile et par un mouvement plus pénible, car son corps ne pouvant se plier en are, comme celui du Serpent, pour prendre successivement différents points d'appui, et avancer ainsi par la réaction du terrain, le Phoque demeurerait gisant au même lieu, sans sa gueule et ses mains, qu'il accroche à ce qu'il peut saisir, et il s’en sert avec tant de dextérité, qu'il monte assez promptement sur nn rivage élevé, sur un rocher

et même sur un glaçon, quoique rapide et glissant. FE marche aussi beaucoup plus vite qu'on ne pourrait l'imaginer, et souvent, quoique blessé, il échappe par la fuite au chasseur.

« Les Phoques vivent en société où du moins en grand nombre dans les mêmes lieux; leur climat naturel est le Nord, quoiqu'ils puissent vivre aussi dans les zones temperées et même dans Les climats chauds, car on en trouve quelques-uns sur les rivages de presque toutes les mers d'Europe, et jusque dans la Méditerranée: on en rencontre aussi dans les mers méridionales de l'Afrique et de l'Amérique; mais ils sont infiniment plus communs, plus nombreux, dans les mers septentrionales de l'Asie, de l'Europe et de l'Amérique, et on les retrouve en aussi grande quantité dans celles qui sont voisines de l'autre pôle au détroit de Magellan, à l'ile de Juan Fernandès, ete.

« Les femelles mettent bas en hiver: elles font leurs petits à terre. sur un banc de sable, sur un rocher où dans une petite ile et à quelque distance du continent, elles se tiennent assises pour les allaiter et les nourrissent ainsi pendant douze où quinze jours dans l'endroit où ils sont nés, après quoi la mère emmène ses petits avec elle à la mer, où elle leur apprend à nager et à chercher à vivre; elle les prend sur son dos lorsqu'ils sont fatigués. Comme chaque portée n’est que de deux ou trois petits, ses soins ne sont pas fort partagés, et leur éducation est bientôt achevée; d'ailleurs ces animaux ont naturellement assez d'intelligence et beaucoup de sentiment: ils s'entendent, ils S'entr'aident et se secourent mutuellement; les petits reconnaissent leur mère au milieu d'une troupe nombreuse; ils entendent sa voix, et, dès qu'elle les appelle, ils arrivent à elle sans se tromper. Nous ignorons combien de temps dure la gestation; mais, à en juger par celui de l'accroissement, par la durée de la vie eLaussi par la grandeur de l'animal, il parait que ce temps doit être de plusieurs mois, et l'accroissement étant de quelques années, la durée de la vie doit être assez longue; Je suis même porté à croire que ces animaux vivent beaucoup plus de temps qu'on n'a pu Pobserver, peut-être cent ans et davantage, car on sait que les Cétacés, en général, vivent bien plus longtemps que les animaux quadrupèdes, et, comme le Phoque fait une nuance entre les uns et les autres, il doit participer de la uature des premiers et par conséquent vivre plus que les derniers.

« La voix du Phoque peut se comparer à l'aboïement d’un chien enroué : dans le premier âge, il fait entendre un cri plus clair, à peu près comme le miaulement d'un Chat; les petits qu'on enlève à leur mère miaulent continuellement, et se laissent quelquefois mourir d’inanition plutôt que de prendre la nourriture qu'on leur offre. Les vieux Phoques aboïent contre ceux qui les frappent, et font tous leurs efforts pour mordre et se venger; en général, ces animaux sont peu craintifs, mais ils sont courageux. L'on à remarqué que le feu des éclairs et le bruit du tonnerre, loin de les épouvanter, semble les récréer: ils sortent de l'eau dans la tempête; ils quittent même alors leurs glaçons pour éviter le choc des vagues, et ils vont à terre s'amuser de l'orage et recevoir la pluie, qui les réjouit beaucoup. Ils ont naturellement une mauvaise odeur, et que l'on sent de fort loin lorsqu'ils sont en grand nombre: il arrive souvent que quand on les poursuit ils âchent leurs exeréments, qui sont jaunes et d'une odeur abominable; ils ont une quantité de sang prodigieuse, et, comme ils ont aussi une grande surcharge de graisse, ils sont par cette raison d’une nature lourde et pesante: ils dorment beaucoup et d'un sommeil profond; ils aiment à dormir au soleil sur les glaçons, sur des rochers, et on peut les approcher sans les éveiller, c’est la manière la plus ordinaire de les prendre. On les tire rarement avec des armies à feu, parce qu'ils ne meurent pas de suite, même d’une balle dans la tête; ils se jettent à la mer et sont perdus pour le chasseur; mais, comme l’on peut les approcher de près lorsqu'ils sont endormis, où même quand ils sont éloignés de l'eau, parce qu'ils ne peuvent fuir que très-lentement, on les assomme à coups de bâtons et de perche; ils sont très-durs et très-vivaces; ils ne meurent pas facilement, ditun témoin oculaire, car, quoiqu'ils soient mortellement blessés, qu'ils perdent tout leur sang et qu'ils soient même écorchés, ils ne laissent pas de vivre encore, et c’est quelque chose d'affreux de les voir se rouler dans leur sang. C’est ce que nous observimes à l'égard de çelui que nous tuàmes, et qui avait huit pieds de long, car, après l'avoir écorché et dépouillé même de la plus grande partie de sa graisse, cependant, et malgré tous les coups qu'on lui avait donnés sur la tête et sur le museau, il ne laissait pas de vouloir mordre encore: il saisit même une demi pique qu'on lui présenta avec presque autant de vigueur que s'il n'eût point été blessé; nous lui enfonçämes après cela une demi pique au travers du cœur et du foie, d’où il sortit encore autant de sang que d'un jeune Bœuf. Au reste, la chasse, ou si l'on veut la pêche de ces animaux m'est pas difficile et ne laisse pas d'être utile, ear la chair n'en est pas mauvaise à manger,

la peau fait une bonne fourrure; les Américains s'en servent pour faire des ballons qu’ils remplissent d'air et dont ils se servent comme de radeau; l'on tire de leur graisse une huile plus claire et d’un moins mauvais goût que celle du Marsouin et des Cétacés. »

Le meilleur des caractères, et en même temps le plus facile à saisir, qui distingue les Phocidés de cette division, consiste dans ce qu'ils n'ont pas d'oreille externe, tandis que, dans l'autre division, celle des Ütaries, fondée par Peron, l'oreille externe est distincte.

On à formé une dizaine de genres dans cette division; mais les principaux sont ceux créés par Fr. Cuvier, et auxquels il a appliqué les noms de Calocephalus, Sten rhynchus, Pelagus, Stemmatopus, Macrorhinus, Arctocephalus et Platyrhynehus.

Fig. 115. — Thoyque commun jeune.

1 GENRE. — CALOCÉPHALE. CALOCEPHALUS. Fr. Cuvier, 1826. Kaïss, belle: zeoxan, tête.

Dictionnaire des sciences naturelles, t. XXXIX.

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES

Système dentaire : incisives, À; canines, {=}; molaires, = : en totalité trente-quatre dents. Les molaires, toutes tranchantes, principalement formées d'une pointe moyenne greule, dure plus petite antérieurement, et de deux également plus petites postérieurement.

Cräne bombé sur les côtés, aplali au sonunet, el présentant une grande capacité c'rébrale : ce qui « valu à ces animaux le nom qu'ils portent.

Crète occipitale consistant en de légères rugosités.

Museau présentant beaucoup de brièveté.

Les caractères qui distinguent essentiellement les Calocephalus des autres genres de Phocidés sont particulièrement tirés de la disposition du système dentaire. Fr. Cuvier, le premier, la montré d'une manière complète dans son ouvrage intitulé des Dents des Mammifères considérées comme caractères zoologiques, 1825. « Nous avons vu, dit ce savant z0ologiste, en décrivant les différents systèmes de dentition des Insectivores et des Carnassiers, combien 1l existait de ressemblance entre les dents des premiers et les mâchelières tuberculeuses des seconds : les unes rappellent tout à fait les autres par leurs formes et leur destination ; elles se composent des mêmes tubercules, disposés suivant les mêmes rapports, mais seulement un peu plus obtus dans l'ordre des Carnassiers que dans celui des Insectivores; et chez tous elles sont appropriées pour broyer plutôt que pour couper.

€ Nous allons voir chez les Phoques de notre première division toutes les mächelières prendre la forme plus où moins amincie et tranchante des fausses molaires normales, avec des dentelures plus profondes et plus nombreuses sur leurs bords, et conserver des racines multiples; et, chez ceux de la Seconde division, nous les verrons prendre, en s’épaississant, une forme plus ou moins conique, qui semblerait d'autant plus faire le passage de ses dents à celles de quelques espèces de Cétacés, que chacune d'elles parait n'avoir qu'une seule racine.

« Ge sont là les deux uniques formes générales sous lesquelles se montrent les mâchelières des Phoques; mais les divisions qu'elles caractérisent comme des sous-ordres ou familles, se partagent l'une et l’autre en plusieurs groupes par d’autres considérations, et entre autres par celle des incisives, dont le nombre diffère suivant les espèces. Sous ce rapport, les Phoques à dents pourvues de plusieurs racines forment trois divisions : 1° ceux qui ont six incisives supérieures et quatre inférieures, parmi lesquels se trouve le Phoque commun; 2° ceux qui ont quatre incisives supérieures et quatre inférieures, où nous voyons le Phoque moine; 5° ceux qui ont quatre incisives supérieures et deux inférieures, et dont le seul exemple nous est offert par le Phoque à mitre.

« Les Phoques dont les dents n’ont qu'une seule racine paraissent avoir deux ou quatre incisives à la mâchoire inférieure, et six ou quatre à la supérieure, lorsque l'âge n'en a pas fait tomber quelques-unes; car, à en Juger par les exemples que J'ai sous les yeux, elles peuvent disparaitre, même en totalité; ainsi un Phoque à crinière, Phoca jubata, à perdu l'une de ses dents à l'os malaire inférieur gauche sans qu'il soit resté aucune trace de l’alvéole; et un Phoque à trompe, Phoca proboscilea, ne conserve plus d’autres marques de ses dents incisives inférieures que des dépressions fort insuffisantes pour que les dents aient pu y être enracinées.

« Les canines sont, pour le nombre et la forme extérieure, semblables à celles des Carnassiers des premiers genres, à une seule exception près. Les mâchelières à racines multiples sont au nombre de cinq ou de six de chaque côté de la mâchoire supérieure, et au nombre de cinq de chaque côté de la mâchoire inférieure; celles à racines simples sont, dans trois espèces, au nombre de six à chaque maxillaire supérieure, et au nombre de cinq à chaque maxillaire inférieure; et une quatrième, le Phoque à trompe, n'en a que cinq de chaque côté des deux mächoires; mais nous devons faire remarquer que cette tête parait avoir appartenu à un animal assez vieux, et c'est elle qui n’a conservé que de légères traces des alvéoles de ses incisives inférieures; d’un autre côté, une seconde tête de cette division n'avait conservé que les cinq premières machelières supérieures d’un côté, sans aucune trace de la sixième, tandis que les six étaient bien entières du côté parallèle. Ces animaux seraient-ils sujets à perdre leurs dents, et leurs alvéoles se rempliraient-elles rapidement ? »

Après quelques autres considérations générales, Fr. Cuvier entre dans les descriptions particulières des dents des diverses divisions qu'il forme parmi les Phoques, et c’est de la manière suivante qu'il fait connaître le système dentaire de ceux dont les dents ont des racines multiples, et dont plus tard il a fait son genre Calocéphale. « Ces animaux ont, dit-il, trente-quatre dents : dix-huit supérieures, subdivisées en six incisives, deux cänines et dix mächelières; seize inférieures, comprenant quatre incisives, deux canines et dix mächelières.

€ A la mächoire supérieure, la première incisive est un peu plus petite que la seconde, et celle-ci de moitié plus que la troisième; toutes sont crochues, terminées en pointe et de la forme des canines, surtout la dernière. La canine vient après un intervalle vide; elle est forte, arrondie uniformément, excepté à sa face interne, où l’on voit de légères côtes longitudinales séparées à la base de la dent et réunies à la pointe. La première mâchelière, située à la base de la canine, est de moitié plus petite que les autres, arrondie, terminée par une pointe autour de laquelle se remarquent quel-

ques autres pointes très-petites, disposées irrégulièrement. Les quatre qui suivent et qui se ressemblent, ont, comme je l’ai dit, la forme des fausses molaires; mais elles sont épaisses, et leur tranchant postérieur est divisé en deux dentelures par deux échancrures, la première très-profonde et la seconde moindre. Ces échancrures ne sont pas aussi nettement marquées sur la dernière de ces dents. Toutes se touchent et se recouvrent un peu par leur base.

(A la mâchoire inférieure, la première incisive est plus petite que la seconde, et elles participent aussi un peu l’une et l’autre de la forme des canines. Les canines sont semblables à celles de l'autre mâchoire, et il en est de même des mächelières, seulement on voit une ou deux échancrures, et par conséquent une ou deux dentelures sur le tranchant antérieur de celles-ci.

« Dans leur position réciproque, les incisives et les canines des deux mâchoires sont dans les mêmes rapports que celles des Carnassiers; et les mâchelières ressemblent encore à cet égard aux fausses molaires du dernier ordre; elles sont alternes et ne passent point l'une devant l'autre de manière à couper comme les deux lames d'un ciseau, mais les tranchants des unes sont opposés directement aux tranchants des autres, de sorte que, tout en divisant, elles compriment. C'est le Phoque commun (Phoca vitulina) qui nous fournit ce type de dentition. »

Sans répéter les caractères communs aux Phocidés, dont nous nous sommes précédemment occupés, nous ajouterons seulement que, dans les Calocéphales, la membrane interdigitale ne dépasse pas les doigts et n’enveloppe même pas entièrement ceux de devant, que les doigts vont en diminuant de longueur graduellement de linterne à l'externe, et qu'aux pieds de derrière les deux externes sont les plus longs; que leur pupille est à peu près semblable à celle du Chat domestique; que les narines ne se prolongent pas au delà du museau et formeñt entre elles un angle droit; que la langue est échancrée à son extrémité; que les organes de la génération chez la femelle sont trèssimples; que ceux du mâle sont tout à fait cachés à l'extérieur; que les mamelles sont abdominales et au nombre de quatre seulement; que le canal intestinal est très-simple et n'a qu'un très-petit cœcum; et enfin que le cerveau est très-développé, assez riche en circonvolutions.

Ces animaux, ainsi que tous les Phocidés, étant susceptibles de rester fort longtemps sous l'eau sans respirer l'air en nature, on avait d’abord cru qu'ainsi que les fœtus ils avaient une communication ouverte dans leur cœur entre l'oreillette droite et l'oreillette gauche par le trou de Botal, mais cela n'existe pas; leur circulation a lieu comme dans tous les autres Mammifères; seulement on remarque que leur sang est d'une couleur plus noire, qu'il est plus abondant et surtout plus chaud. Selon Fr. Cuvier, les mouvements de la respiration ont lieu à des intervalles très-réguliers, et il parait qu'à chaque inspiration il entre une grande quantité d’air dans les poumons. Les Calocéphales sont assez mal partagés sous le rapport des sens. Leurs veux sont ceux d'animaux nocturnes: une lumière vive les blesse; ils ne sont point construits pour servir dans l'air, mais dans l’eau, ainsi que le prouvent l’aplatissement de la cornée et la sphéricité du cristallin. Leurs oreilles sont dépourvues de conque externe propre à rassembler les sons, où en ont une si petite, qu'elle est inutile. Leur peau est très-forte et surtout accompagnée d'une couche très-épaisse de graisse ou de lard qui anéantit toute sensibilité; et les moustaches seules semblent être des organes un peu délicats propres au toucher. L'odorat parait être le sens le plus parfait, si l'on en juge toutefois par le grand développement des cornets du nez; car aucune observation directe ne prouve la délicatesse de ce sens chez les Phoques. Le goût semble assez fin; car ceux de ces animaux que l'on garde dans les Ménageries savent parfaitement distinguer les espèces de Poissons qu'on leur donne, et refusent constamment tous ceux dont ils ne font pas un usage ordinaire. Ils sont voraces, avalent les morceaux presque sans les mâcher, et après les avoir enduits d'une salive abondante et épaisse, sécrétée par des glandes fort développées. Quelques-uns d’entre eux vivent de Mollusques, tels que de Sèches, et il en est qui mangent des herbes. Presque tous lestent leur estomac de pierres assez grosses et assez nombreuses. Beaucoup ne mangent que dans l’eau, et ceux qui vivent de Poissons leur déchirent le ventre et en dispersent les entrailles avant de les avaler. Ces Mammifères vivent en grandes troupes dans presque toutes les mers du globe; cependant, il paraît que la plupart de leurs espèces varient, selon qu'elles appartiennent au voisinage de l'un ou de l’autre pôle; ear il est remarquable qu'ils préfèrent les pays froids ou tempérés, aux climats chauds de la zone torride.

Ce sont les espèces de ce genre qui se sont prêtées au plus grand nombre d'observations, parce que plusieurs d’entre elles se trouvent dans nos mers, qu'on a pu en faire vivre en captivité, et qu’elles

ont été l'objet d'un assez grand nombre de recherches anatomiques. Quoique leurs organes du mouvement et leurs sens aient une structure peu favorable à l'exercice et au développement de lintelligence, il est peu d'animaux plus heureusement doués, sous ce rapport, que les Calocéphales; aussi, ainsi que nous l'avons dit, leur cerveau a-t-il une étendue qui le rend presque comparable à celui des premiers Singes, et les observations auxquelles les actions de ces Phocidés ont donné lieu confirment entiérement ce qu'avait fait prévoir l'inspection de l'encéphale. «Il n'est pas, dit Fr. Cuvier, d'animaux sauvages plus faciles à apprivoiser, qui aient une conception plus vive et qui soient disposés à plus d'attachement pour ceux qui les soignent: ils les reconnaissent de loin, les appellent du geste et du regard, et se conforment, sans qu'il soit nécessaire d'employer la force, à tous les exercices qu'ils leur demandent, et que leur organisation leur permet. Dans l'eau, ils sont d'une agilité extrème, et ils peuvent y rester longtemps sans respirer, à terre, ils se meuvent en avançant alternativement leur train de devant et leur train de derrière. Mais, quoiqu'ils aient des muscles vigoureux, des ongles aigus, des dents tranchantes, les moyens de conservation qu'ils ont reçus résident plus encore dans leur intelligence que dans leur force physique. »

Fig. 116. — Arctocéphale lobé

i'anatomie du Phoque commun a été faite avec soin par Daubenton, et, comme le Phoca vitulina peut être pris pour type de tous les Calocéphales, nous rapporterons maintenant une partie de ce qui en est dit dans l'Histoire générale et particulière de Buffon; mais, comme ces détails ne sont relatifs qu'à certaines parties de l'organisme, nous n’en croyons pas moins devoir donner un extrait du travail de Rosenthal sur les organes des sens des Phoques.

ÇA Pouverture de l'abdomen, rapporte Daubenton, les viscères se sont trouvés situés comme dans les autres Quadrupèdes; F'épiploon est très-court, fort mince et placé derrière l'estomac; le foie s'étendait beaucoup plus à droite qu'à gauche, et l'artère hépatique était fort apparente le long

LA

Fig 1. — Ichneumie à queue blanche

Fig. 2 — Cynictis d'Ogilhy.

NCINA

du ligament suspensoir, du foie jusqu'au nombril; l'estomac se trouvait dans le milieu de la region épigastrique, il était courbé en arc de cercle, et la convexité se trouvait en arrière et les deux extrémités en avant: le pylore terminait celle du côté droit.

« Le canal intestinal s'étendait, en arrière, sous l’estomac, vers son extrémité postérieure; dans cet endroit, le canal intestinal se recourbait, et ensuite il se prolongeait en avant jusque contre le pylore; il faisait plusieurs petites circonvolutions sous l'estomac, dans la région ombilicale, dans le côté gauche, dans le côté droit, dans les régions iliaques et dans l'hypogastrique; enfin, il s'étendait en avant depuis la région hypogastrique jusqu'à l'endroit du pylore où se trouvait le cœeum; le côlon était fort court, il se formait sous l'estomac un petit are dont la convexité était tournée en avant.

Fig. 117. — Calocéphale du Groënland,

« L'estomac différait de celui des autres animaux par sa forme, il n'avait point de grand cul-desac; l’æsophage aboutissait à l'extrémité gauche de cet estomac, qui était fort long à proportion de sa grosseur; il n'avait point de courbure dans la partie qui s’étendait depuis l'œsophage jusqu'à l'angle que formait la partie droite, comme dans les estomacs de la plupart des Quadrupèdes; eet angle était bien marqué, et le reste de la partie droite, qui se trouvait entre l'angle et le pylore, était longue et avait peu de diamètre; la courbure, que l’on appelle la grande courbure dans l'estomac de l'homme, et qui y est en effet très-apparente, avait peu de convexité dans l'estomac du Phoque, depuis la courbure qui se trouvait derrière l’angle jusqu'à l'œsophage.

« Les intestins grèles avaient tous à peu près la même grosseur, cependant la portion la plus grosse se trouvait dans le duodénum et la plus petite dans l’iléum; le cœcum était fort court et arrondi par le bout; la première portion du côlon avait le plus de diamètre; la grosseur de cet intestin était moindre dans le reste de son étendue et égale à celle du rectum, excepté près de l'anus, où le rectum était plus gros que le côlon à son origine.

« Le foie était très-grand, mais il avait à proportion moins d'épaisseur que de longueur et de lar-

geur; les lobes étaient fort longs et pointus par l'extrémité; d y en avait quatre, deux à droite, un à gauche en entier, et le quatrième dans le milieu : celui-ci était divisé en trois parties par deux scissures; le ligament suspensoir se trouvait dans l’une des scissures, et le vésicule du fiel dans Pautre, qui était à droite de la première; le lobe gauche et le lobe inférieur et antérieur du côté droit avaient à peu près autant de grosseur lun que l'autre; le lobe supérieur et postérieur du côté droit était le plus petit de tous, et il avait à sa racine un appendice bien marqué.

« La rate se trouvait placée transversalement de droite à gauche sur l'estomac; elle avait à peu près la même largeur dans toute sa longueur; elle était d’une couleur rougeâtre et plus foncée que celle du foie; elle pesait sept gros et dixchuit grains.

« Le pancréas était fort grand, très-épais, très-compacte et de couleur de chair; il avait une figure singulière et oblongue; son extrémité droite était plus large que la gauche.

« Les reins étaient fort grands; ils avaient peu d” enfoncement et ils étaient tubereuleux en dehors; en les ouvrant, on voyait distinctement que tous ces tubercules étaient autant de petits reins qui formaient le grand; il y avait au milieu de chaque petit rein une pupille blanchâtre dont sortait l'urine; elle coulait dans des conduits qui se réunissaient pour former luretère.

« Le centre nerveux du diaphragme était tr étendu, et la partie charnue avait beaucoup d'épaisseur. Le cœur se trouvait dans le milieu de la poitrine, un peu plus à droite qu'à gauche; sa pointe était dirigée en arrière et peu RPpARÈRES parce qu'il avait une figure fort extraordinaire; il était aplati par- dessus et par-dessous; il formait presque un ovale dont le grand diamètre s’étendait de droite à gauche d’un côté à l’autre de ce viscère, et le petit diamètre depuis la base jusqu’? à la pointe; l'oreillette droite n'avait guère plus d° étendue que la gauche. Les principaux vaisseaux sanguins étaient très-gros, on voyait très-distinctement le canal artériel, qui communiquait de l'artère pulmonaire à l'aorte; son diamètre, pris de dedans en dehors, était de deux lignes et demie. Il sortait trois branches de la crosse de l'aorte.

« Les poumons étaient très-grands, il n’y avait qu'un lobe dans chacun; le poumon gauche était un peu plus grand que le droit.

« L’extrémité de la langue était échancrée, presque fourchue, fort étroite et fort mince en comparaison du reste, qui était large, épais et court; la partie antérieure était garnie de petites papilles, et parsemée de grains ronds et peu apparents; il y avait sur la partie postérieure quelques petites glandes et de papilles larges, mais peu élevées et molles.

« L'épiglotte était recourbée en dessous et en arrière, épaisse et de figure triangulaire un peu allongée. Les anneaux de la trachée-artère étaient cartilagineux dans toute leur étendue. Il n’y avait point de sillons marqués au palais: on apercevait seulement quelques rides irrégulières sur la partie postérieure, et un enfoncement assez large sur le milieu.

« Le cerveau était fort grand, et le cervelet encore plus grand à proportion: celui-ci se trouvait placé au-dessous de la partie postérieure du cerveau, et il y avait sur sa surface de larges circonvolutions à peu près comme sur le cerveau, et une bande convexe et cannelée transversalement qui s’étendait d’un bout à l’autre sur le milieu. Le cerveau pesait six onces deux gros et demi, et le cervelet une once deux gros.

« La vulve et l'anus étaient placés sous l’origine de la queue, entre les deux talons de l'animal; l'anus formait un bourrelet en dehors de la peau et débordait de la longueur de cinq lignes. La vulve touchait immédiatement à l'anus; les lèvres de la vulve étaient fort minces, et on ne reconnaissait l'endroit du clitoris que par une petite cavité; mais, en comprimant les parois du vagin, on sentait le clitoris bien distinctement, car il était très-2ros et fort long. Le vagin s'étendait entre les deux jambes de l’animal, et avait un étranglement dans le milieu de sa longueur, à l'endroit de l’orifice de l'urètre, et une sorte de bourrelet transversal dont l'extrémité de l’urètre faisait partie. La vessie avait une figure oblongue et presque conique; l’orifice de la matrice était large et se trouvait au milieu d’un bouirelet plat qui était formé par le col de la matrice, et qui s s’étendait de la longueur de deux lignes dans le vagin; le col n'était marqué que par ce bourrelet, et le corps n'avait que très-peu d’étendue; les cornes étaient eylindriques et dirigées en ligne droite. Les testicules avaient au dehors et au dedans une couleur blanchâtre. »

Rosenthal, de concert avec Hornschuch, a cherché, dans les différences de l'organisation intérieure à retrouver si ces différences coïncideraient avec les caractères différentiels extérieurs, et, à ce sujet,

il a publié un mémoire important, dans le tome XIT des Mémoires de lu Société des Curieux de la nature de Bonn, sur les organes des sens chez les Phoques. Un extrait de ce travail, traduit de l'allemand en français par M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, a été inséré dans l’article Phoque de Lesson du Dictionnaire classique d'Histoire naturelle, et nous croyons utile de reproduire en partie cet extrait.

Si le tact est dans toute sa perfection chez l'homme, s’il conserve ses plus précieux attributs chez plusieurs animaux, il perd la plupart de ses avantages chez les Phoques; leurs enveloppes extérieures, leurs membres, ne sont pas disposés favorablement pour en être le siége. Toutefois, on peut regarder comme organes essentiels du toucher chez ces animaux les longues soies d’une nature particulière qui revêtent les lèvres sous forme de moustaches roides : ces soies sont implantées au milieu des fibres d’un muscle épais qui sert à l’occlusion des cavités nasales; leur sensibilité exquise est mise en jeu au contact des corps, mais elle est plus avivée encore lorsqu'elle coïncide avec l’ouverture des narines, parce que le sens de l’odorat ajoute un moyen de plus à la perception de la sensation. Ces poils des moustaches sont roides, annelés le plus souvent, arrondis à leur extrémité inferieure, où ils sont traversés d’un canal central dans l'étendue d’une ligne et demie; ils sont, dans toute la portion enfoncée dans les interstices du muscle clausteur des narines, entourés d’une capsule cornée cylindrique ou bulbe producteur, ouvert à ses deux extrémités et nu en dehors, tandis que son intérieur est tapissé par une légère pellicule onu membrane vasculaire. Cette membrane forme une véritable gaine à la soie, et s’unit à la capsule cornée par son extrémité ouverte inférieure, va joindre le bout du canal du poil et s’y attache circulairement en y laissant pénétrer quelques légers petits vaisseaux. En entrant dans le bulbe pour en tapisser les parois internes, cette membrane laisse pénétrer des vaisseaux et des nerfs; ces derniers appartiennent à la deuxième branche principale de la cinquième paire, qui prend sur la surface un développement considérable : ils envoient de nombreux filets aux extrémités du bulbe, dont les poils ou soies des moustaches sont les prolongements, et qui ont sans doute pour but de transmettre au bulbe, véritable siége de la sensation du toucher, les impressions qu'ils reçoivent par le contact des corps extérieurs. On conçoit alors que les sensations de relation par le toucher doivent être très-obtuses chez les Phoques.

La langue est longue de 0",08, et large, à sa partie postérieure, de 0",05 pour le Veau marin du nord de l'Europe. Le muscle lingual reçoit, comme chez les autres animaux, les hyoglosse, génioglosse et les autres muscles de l'appareil hyoïdien; la membrane muqueuse qui la tapisse est dense, et se replie en plusieurs rides à la partie postérieure : elle recouvre une membrane fibreuse beaucoup plus épaisse, et qu'on ne peut comparer qu’au réseau de Malpighi de certains animaux herbivores; les papilles nerveuses, siéges du goût, sont de grandeur très-inégale: elles ne sont pas roides, et leurs pointes sont dirigées en arrière; de très-petits rameaux nerveux se rendent à chacune d'elles; l'os hyoïde, par la manière dont il est placé et aussi par sa forme, a beaucoup de rapport avec celui de l’homme: son corps est aplati, large d'à peu près 0",004, et disposé obliquement, de sorte que le bord tranchant est dirigé en haut et en devant, et que le bord épais est tourné en arrière et en bas; les cornes thyroïdiennes sont plus larges et plus robustes proportionnellement que celles de los hyoïde de l’homme, et elles s'unissent immédiatement avec le cartilage thyroïde; leurs extrémités sont terminées par une membrane qui affecte la forme d’une membrane capsulaire; les cornes antérieures se composent de trois portions osseuses, arrondies, réunies par les cartilages. Les muscles de la région hyoïdienne ne présentent rien de particulier.

Le sens de l’odorat est bien moins développé chez les Phoques que chez les autres Carnassiers : en effet, quelques-uns d’entre eux ne paraissent pas avoir la conscience des odeurs, même à une faible distance. On doit donc penser que, chez ces Amphibies, l'appareil olfactif est disposé, comme chez les Poissons, a recevoir les particules des aromes apportés par un fluide beaucoup plus dense que l'air, tel que l’eau, leur respiration a terre est toujours gênée, et ne s'exécute que par des inspirations fortes et aidées de tous les muscles, et notamment des divers plants de fibres intercostales, La cavité nasale est inégalement large et très-comprimée à sa partie supérieure par le développement des fosses orbitaires; le corps de l’ethmoïde est très-petit, et, dans le Phoca fœtida, à la partie externe des cornets supérieurs, il y a sept apophyses aplaties enroulées à leur bord; le cornet inférieur est, au contraire, très-grand, remplit en grande partie tout l'espace des fosses nasales antérieures et postérieures, et se trouve formé de feuillets enroulés très-minces: la position de la pituitaire qui la

tapisse est mince, et reçoit, comme à l'ordinaire, les nerfs des première et cinquième paires. Le rebord des narines est formé d’une membrane épaisse, remplie de graisse, et qui s'attache à la portion cartilagineuse du vomer; il en résulte que les ailes du nez jouissent d'une grande mobilité, et peuvent éprouver un degré de contraction assez puissant pour le fermer complétement. Ce mouvement est opéré par deux muscles, faisant l'office de constricteurs, et dont les fibres s'entre-croisent dans la lèvre supérieure et dans la membrane musculo-fibreuse du pourtour des narines; le plus large de ces muscles, l'élévateur des ailes du nez, prend naissance sur les côtés du maxillaire supérieur et des os nasaux, se dirige obliquement en bas et va s'épanouir dans le labial supérieur et an pourtour entier de la narine, qui est placée de son côté; ses fibres, en se contractant, tirent ainsi les ailes du nez en dehors, et par conséquent les ouvrent de toute la capacité de leur diamètre transversal; le deuxième muscle, plus épais, est le constricteur des ailes du nez, qui naît de la partie postérieure du maxillaire supérieur, et, sur les rebords des alvéoles, se rend dans les téguments de la lèvre supérieure, où il forme un faisceau musculaire où sont logés les bulbes producteurs des soies des moustaches, et se rend à la partie antérieure de la cloison nasale, après avoir contourné le bord des buccinateurs; ces fibres, en se contractant sur leur point fixe en dedans, serrent les ailes du nez contre la cloison, et opèrent en même temps un mouvement d'érection à chacun des poils ou soies des moustaches.

Les veux sont remarquablement grands, et plus rapprochés que dans beaucoup d'autres animaux; l'œil est presque sphérique, et a 0,04 de hauteur sur un diamètre transversal un peu moindre; la membrane selérotique se compose d’un tissu épais et presque fibro-cartilagineux, mou et mince dans son milieu, mais épais en avant aussi bien qu'à la partie postérieure : et ce fait se retrouve dans d’autres animaux marins. La cornée est aplatie, ayant environ 0,02 de diamètre; elle est épaisse à ses bords, mince dans son milieu, et peut s’isoler aisément en plusieurs feuillets. Une membrane brunâtre tapisse la surface interne de la selérotique; son tissu est cellulaire et lâche, et parait destiné à servir de moyen d'union entre les divers plans membraneux. Au-dessous existe une autre membrane aisément séparable en deux feuillets; la vasculaire ou tunique choroïdienne est entièrement formée - par un tissu cellulaire qui unit le réseau vasculaire qui la parcourt, et qui est généralement occupé par un pygmentum noir; les vaisseaux s'unissent irrégulièrement à sa partie postérieure, et ils sont régulièrement disposés à la partie antérieure. La membrane colorée ou choroïde consiste en un tissu homogène, mince, serré, ne recevant pas de vaisseaux, et teinte en dedans comme en dehors. Le corps ciliaire se compose de plis qui, d'abord petits, sont plus grands à mesure qu'ils se rapprochent du cristallin L'iris, par la nature de son tissu, a de grands rapports avec la choroïde, mais elle comprend, en outre, un grand nombre de vaisseaux. La membrane uvée est un simple prolongement de la choroïde; elle offre des plis qui se dirigent vers la pupille, qui partent de sa partie postérieure, et dont les deux faces sont enduites d’an pygmentum noir. La rétine prend naissance à une lamelle excavée de Ja terminaison du nerf optique, et est très-mince par comparaison avec les membranes précédentes; son tissu est formé par un réseau dont les mailles sont remplies d’une substance médullaire assez épaisse qui se détache aisément par la macération : le tissu réticulé reste alors à nu, et la surface interne de la rétine est parsemée de vaisseaux qu'on y découvre aisément, et qui laissent de profondes impressions sur l'humeur vitrée; quelques fibres un peu plus grosses paraissent avoir quelque analogie avec des vaisseaux; cette membrane concourt à contenir une masse visqueuse jaunätre qui est sans doute déposée par les petits vaisseaux, et semble analogue à ce que l'on observe chez beaucoup de Poissons. Le cristallin est grand, sphérique, et a environ 0,009 de diamètre; Fhumeur aqueuse est en quantité considérable. Six muscles servent à mouvoir, en divers sens, le globe de l'œil; un bourrelet, presque immobile et circulaire, privé de cils, forme les paupières. Le voile palpébral est grand, et consiste en un repli lâche et mobile de tégument, renforcé par un demi cartilage mince, convexe, suivant la forme de l'œil : quatre muscles, nés de la partie postérieure de l'orbite, et dirigés en avant, où ils s'unissent à la base des muscles droits, ont pour fonctions de mouvoir un peu les paupières : séparés des muscles propres de Pœil dans la partie antérieure de l'orbite, ils se perdent dans les fibres du palpébral où musele orbieulaire. La glande lacrymale est extrêmement petite. On ne trouve aucun organe destiné à absorber ou à servir d'émoucloir à la sécrétion des larmes. La glande d'Harderius est très-petite, et, toutefois, existe avec ses Canaux.

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Fig, À — Cas anthus.

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