‹ Encyclopédie d'histoire naturelle; ou, Traité complet de cette science d'après les travaux des naturalistes les plus éminents de tous les pays et de toutes les époques: Buffon, Daubenton, Lacépède, G. Cuvier, F. Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire, Latreille, De Jussieu, Brongniart, etc. etc (volume 4)Chapitre 114 sur 129 · LE · texte numérisé non relu

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logale personata,

Fig.1 —M

mine. (Pelage d'hiver.)

Fig 2 —1

Pl.

sont très-fortes, roides comme celles du Tigre, longues de six à sept pouces, la plupart d’un beau blanc; quelques-unes aussi noirâtres: elles sont entièrement lisses, et non pas ondulées, comme on le dit dans d’autres espèces. L'ouverture de la gueule n’est pas très-grande, et la bouche ne se fend que jusqu'au-dessous de l’angle intérieur de l'œil. La gueule est toute lisse ou sans rides; la langue se rétrécit ou s'amincit tout à coup vers sa partie antérieure, et alors n'a pas plus d’un pouce de largeur; la pointe en est légèrement échancrée; elle est lisse et sans papilles aiguës : l'animal la tire quelquefois en convoitant un Poisson, et la pliant en gouttière.

« Le cou est épais, plus gros que la tête; en l’étendant même au plus fort, il ne devient jamais de beaucoup plus long, ce qui arrive, au contraire, dans le Phoque commun. Le dos forme une ligne droite et un peu bombée seulement dans les environs des épaules, d’où le corps diminue insensiblement de grosseur vers la queue; le corps est, comme dans le groupe entier des Phoques, entièrement uni, lisse, arrondi, et sans formes musculaires apparentes à l'extérieur; on n’y distingue ni vertèbres dorsales, ni côtes, ni omoplate; on n'y observe que quelques plis lorsque l'animal se courbe, mais cela même seulement lorsqu'il a maigri.

« Les poils sont très-courts, longs de quatre lignes et couchés en arrière, très-serres et collés sur le corps, tant que l'animal se trouve dans l’eau; on ne les sent pas alors en passant la main d'arrière en avant pour les saisir; il les faut gratter et soulever avec les ongles, sans quoi on ne les observerait point; mais, lorsque l'animal est hors de l’eau, et que sa peau est sèche, ces poils sont relevés et dressés tout droit en haut, de manière cependant qu'ils sont doux en passant la main dans le sens des poils, et qu'ils opposent une légère résistance en la passant à contre-poils; ils ressemblent alors à une peluche, et la peau à une étoffe moirée, lorsque l'animal n’est pas encore entièrement séché, de sorte que les poils secs sont dressés en haut dans quelques endroits, et que d’autres encore mouillés sont couchés et plus éclatants; les poils de la partie du dessous du cou sont un peu plus roides et plus rudes, ce qui paraît servir à l’animal lorsqu'il se traîne sur les rochers. 11 semble aussi que les poils bruns, un peu moins courts, de la longueur environ de huit lignes, qui garnissent les bords des pieds aplatis de devant, lui servent aux mêmes usages; les poils se présentent sous le miscrocope tout uniformes, sans ondulation ni autre structure particulière. La couleur principale de l'animal est la noire; il y a cependant différentes taches; c’est surtout au ventre, aux environs du nombril, qu'il se trouve une grande tache d’un blanc sale, ou qui a presque la couleur grise luisante du Phoque commun. Cette tache peut avoir deux pieds de long sur un demi-pied de large; elle est en général d'une forme carrée, de façon cependant que ses côtés sont différemment découpés et crénelés. Hermann crut d'abord cette forme régulière et constante dans l'animal: mais il a observé ensuite qu'elle se termine du côté droit en une ligne courbée en dedans, et du côté gauche en une ligne courbée en dehors; on voit à peine la pointe latérale de cette tache dans l'animal couché entièrement sur le ventre; elle est parsemée de quelques taches noirâtres; un grand nombre d’autres petites taches arrondies tirant sur le gris se trouvent sur le sommet de la tête; la gorge et la partie antérieure du cou sont encore plus marquetées et tachetées, et les taches y tirent sur le jaunâtre; beaucoup de raies blanchâtres se croisent sur le dos; ces raies sont semblables à celles formées sur les fourrures par les poils qu'on a dérangés par des coups de baguette; les pieds de derrière sont nus vers leur extrémité dans quelques endroits; dans d’autres il se trouve des poils courts, roides, ordinairement gris, toujours couchés en arrière; lorsque l'animal est tout see, les deux doigts extérieurs sont plus tachetés que les trois intérieurs.

« Quant aux formes des pieds, on n'observe jamais rien de l’omoplate à Pextérieur, le bras est court, caché sous la peau, et ne se fait remarquer que par une légère bouffissure dans quelques attitudes de l'animal: l'avant-bras avec le carpe et les doigts sont également très-courts, aplatis et couverts d'une peau commune; les articulations ne s’observent tant soit peu qu'en pliant exprès les pattes de devant, ou lorsque l'animal s'appuie dessus; les doigts ne se distinguent que par les ongles et par des enfoncements à peine sensibles dans la peau, qui cependant sont plus apparents sur la paume que sur le dos de la main; entre le quatrième et le cinquième doigt, il se trouve une canne lure plus distincte, longue d'un pouce et demi et large d’une ligne et demie. En se représentant chacun des doigts partagé dans sa largeur en trois parties, on trouve, environ au premier tiers, longle qui est d'une couleur noire, large seulement de deux lignes, long d’un pouce, peu courbé et ne dépassant pas de beaucoup lextrémité du pied. Ces ongles sont en sillon à leur surface intérieure,

non poiutus, et les deux derniers sont plus rapprochés que les autres. Le bord antérieur des pieds. qui porte les cinq ougles, est assez mince, comme tranchant, et s'étend sans division en ligne droite, L'animal, en se reposant, applique ses pieds fortement contre le corps, en arrière; mais, lorsqu'il se traine, l'avant-bras est en direction presque verticale, et la main en ligne tout à fait perpendiculaire avec le corps; Fangle de l'articulation devient alors sensible, comme dans une main sur la paume de laquelle on s'appuie; car c'est dans l'usage des pattes de devant que consiste le principal avantage de l'animal pour S'avancer sur la terre en s'appuyant dessus, et en trainant après lui le corps autant qu'il le peut. Hermann a vu aussi, à différentes reprises, que l'animal, par uve flexion tout à fait opposée, s'appuyait sur le dos de Ta main, tantôt d’un côté seulement, tantôt des deux côtés à la fois. Il peut aussi porter la patte antérieure en avant, et on a vu qu'il la passait sur le nez, qu'il s’en servait pour se frotter et se parer.

«Le corps, comme dans tous les Phoques, diminue de grosseur, et se termine en pieds de derrière, sans marquer une hanche ou des cuisses. Dans quelques attitudes et mouvements seulement de l'animal, on peut observer sous la peau quelque peu de l'articulation de la cuisse. Les pieds de derrière sont beaucoup plus grands et plus larges que ceux de devant, et d'une tout autre structure. Dans l’état de repos, ils sont comme une main placée sur la paume ou sur la surface inférieure, la pronation étant la position la plus naturelle aussi dans la main. C'est ainsi que les deux’ pieds se croisent, le droit se couchant à demi sur le gauche. Dans cette position, on ne peut pas les étendre aisément et leur donner la forme d'une large nageoïre caudale de Poisson; il faut replier en arrière ou en dehors un pied après l'autre, ou il faut les porter dans la supination; mais, comme cette attitude est forcée, les pieds se retournent pour ainsi dire d'eux-mêmes, et vers le dedans; le doigt, qui dans la pronation se trouve être l'intérieur, est un peu plus gros et plus large que l'extérieur, mais tous deux sont très-comprimés ou aplatis, et beaucoup plus larges que les trois autres, qui sont ronds, comme le sont ordinairement les doigts, et dont celui du milieu est le plus mince; ces doigts sont réunis par une peau très-souple, quoique épaisse, de sorte qu'ils se laissent beaucoup écarter entre eux et étendre; mais, en se repliant, ils présentent une particularité qui n'a été observée nulle part; c'est qu'on compte bien cinq doigts du côté extérieur, mais seulement quatre à l'intérieur; qu'il y a par conséquent au dehors quatre intervalles ou rainures, à l’intérieur, au contraire, seulement trois; ceci vient de ce que les doigts ne se trouvent pas tous dans le même plan, mais que le second et le quatrième se touchent presque, et sont séparés à Pintérieur par celle des trois rainures qui est au milieu; que du côté extérieur, au contraire, le doigt du milieu, qui est le plus mince, est placé sur l'intervalle entre le second et le quatrième doigts, par conséquent hors du plan dans lequel sont situés les autres doigts; les trois doigts intérienrs étant d’ailleurs plus courts que les autres. Cette organisation et cet arrangement donnent au bord postérieur du pied une forme semi lunaire; la peau est encore déchirée irréguliérement en quelques lobes sur ce même bord postérieur, ce qui peut bien être aceidentel et provenir de ce que, dans des mouvements violents, l'animal déchire cette peau sur des rochers tranchants. Dans ce Phoque, il n'y a pas d'ongles; il ne se trouve au milieu des doigts, à la face extérieure, qu'une rainure courte, à l'extrémité de laquelle, vers la partie antérieure, est placé un petit cartilage arrondi, comme le rudiment ou le commencement d'un ongle; ce cartilage est encore tellement confondu avec le reste, qu'on ne l’observe que difficilement, et qu'il n'existe pas sur tous les doigts. Les pieds de derrière, en les étendant, sont plus de la moitié plus larges au bord postérieur que lorsqu'ils sont plissés. Dans ce dernier état, les doigts ne sont séparés entre eux que par une cannelure où rainure étroite, large environ de deux lignes, et la peau qui les réunit est cachée du côté intérieur et roulée en plis: les deux rainures qui, du côté extérieur, séparent le doigt du milieu du second et du quatrième, montent d'un demi-pouce plus haut, vers la jambe, que les deux autres. A la face inférieure des pieds de derrière se trouvent encore deux plis ou bourrelets élevés, qui vont en direction oblique vers le milieu de cette surface, où ils aboutissent en un angle aigu et se termiuent insensiblement en pointe; Fun de ces bourrelets descend obliquement du bord des pieds, et s'étend un peu au delà de la base du pli le plus extrême; l'autre est convergent avec le premier, et s'étend jusque vers Pintervalle mitoyen des plis.

€ Entre les pieds se présente la queue, longue d'un demi-pied, mais assez large, immobile et obtuse, deux plis vont de chaque côté de la base obliquement en arrière et en dehors; elle n’est pas entérement séparée des pieds.

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Fig, 4. — Cynictis leplurus.

Fig. 2, — Vivera Abyssinica.

« Ce Phoque à été vu à Siyasbourg, en octobre et en novembre 1778, dans une caisse de bois qu'on remplissait d'eau trempée d’une bonne écuelle de sel, à la hauteur d’un pied à un pied et demi, vers les dix à onze heures du matin. On laissait écouler l'eau vers fa nuit, et on plaçait dans la caisse des nattes de jonc sur lesquelles l'animal dormait couché sur le côté. Son sommeil était très-léger, et le moindre sifflement du conducteur, où une mouche qui se plaçait sur lui, était capable de l'éveiller. I dormait environ cinq heures de suite, et ronflait fortement : il bäillait en se réveillant. On ne le nourrissait que de Poissons, dont on disait qu'il mangeait par jour jusqu'à quatorze livres. On voulait persuader aux spectateurs qu'il ne mangeait que des Anguilles, des Truites et d’autres bons Poissons, pour relever le prix et les grandes dépenses de l'animal. On lui donnait, en effet, pendant le jour, quelques Anguilles ou des Carpes vivantes, lorsque les spectateurs Les payaient à part: mais on lui faisait prendre, le matin, du Poisson blanc commun, et ordinairement des Poissons morts et d'autres très-petits, qu'il mangeait du meilleur appétit. I les prenait où des mains de son conducteur ou des spectateurs, ou hors d'un baquet d'eau, ou très-adroitement dans l'eau de sa caisse. Il les attrapait toujours par la tête, les écachait et les secouait à quelques reprises dans l’eau, en séparait les intestins, et les avalait ensuite en entier. Il ne peut pas manger hors de l’eau; e’est pourquoi il a jeûné, au commencemeut, pendant plusieurs jours, avant qu'on eût appris à lui présenter les Poissons dans une cuve remplie d'eau, parce qu'on le conduisait toujours à sec dans une voiture particulière. Si l’on en croit les personnes qui le montraient, il n’a, une fois, rien eu à manger pendant cinq jours, et une autre fois, pendant huit jours, il a manqué de Poisson; au commencement même, lorsqu'il a été pris, il n'a rien mangé, de chagrin, dit-on, pendant une quinzaine de jours. On ne lui donnait pas de chair de Mammifères, parce que, selon le conducteur, un pareil animal, dont le propriétaire avait voulu user d'économie, était mort à Montpellier pour avoir mangé de la viande. Buffon dit, d’après la plupart des historiens des Phoques, et encore, après lui, Pernetti, que les Phoques mangent aussi des herbes. Bellon raconte qu'ils font même du tort aux fruits des vergers et des vignes, ce qui est difficile à croire, puisque le nôtre, au moins, n'a pas pu manger hors de l'eau. Mais on ne sait où le conducteur a appris que celui-ci, dans l’état de liberté, se nourrit aussi d'une plante marine qui, selon lui, a des feuilles semblables aux œillets, et qu'il a appelée, en italien, garofalo (vraisemblablement une espèce de fucus). Hermann a vu seulement qu'il n'avait pas touché aux laitues et aux chicorées qu'on lui avait jetées, et qu'il les laissait flotter dans l’eau : peut-être, dit-il, en est-il autrement avec les fucus ou autres plantes marines. Cependant, les habitants des côtes de la Dalmatie assurent formellement que les Phoques viennent à terre pendant la nuit, pour sucer les raisins mürs de vignes.

« Le Phoque moine ne boit autrement, selon le rapport du conducteur, qu'en avalant avec les Poissons une petite quantité d'eau. Îl avait perdu, pendant le voyage, à ce qu'on disait, plus de cinquante livres de son poids, ayant pesé auparavant neuf quintaux d'Allemagne. Il avait grandi d’un pied depuis qu'on l'avait pris, c’est-à-dire dans l’espace d’un an. Toutes les fois que ce Phoque rendait ses excréments, étant hors de l’eau, ils étaient liquides, d'un brun jaunätre; il en rendait peu à la fois, et ils n'ont pas paru être très-puants. Au rapport du conducteur, ils sont quelquefois plus solides et semblables aux excréments humains. l'urine, qu'il lâchait fréquemment, paraissait répandre une odeur plus forte et désagréable. D'ailleurs, l'animal ne puait pas, car on le tenait très-proprement.

« Sa voix était courte et semblable à celle d’un Chien enroué, sonnant à peu près comme va, va; quelquefois elle était un peu hurlante et plaintive, mais peu forte. Personne ne pouvait l’engager à faire entendre sa voix, si ce n’était son conducteur, et, selon lui, l'animal savait parler, répétant ces mots : papa, maman, qu'il lui disait; ou il rapportait que sa voix prononçait le mot oui, lorsqu'il lui demandait s'il avait faim ou s’il avait trouvé bon le Poisson. Il était, d’ailleurs, très-attaché à son maitre; il le cherchait et le suivait partout où il l’apercevait. Peut-être l'habit rouge du maitre y at il contribué en quelque chose; mais il était aussi très-obéissant à un autre conducteur habillé en gris, qui le commandait quelquefois. Il était en général très-apprivoisé; il se laissait toucher et caresser, et Hermannn pouvait prendre sans peine la plupart de ses dimensions avec une ficelle ou une bande de parchemin, en se promenant tout autour de sa caisse étant alors à sec. Il n'était de mauvaise humeur que lorsqu'on prenait quelques dimensions de sa tête, en se soulevant alors avec quelque grognement. Mais d’autres fois il supportait facilement qu'avec une petite bande de papier roide on lui touchât par derrière entre les deux yeux; il les fermait à demi pendant cette opération, ou lorsqu'on tendait un fil d’une partie de la tête à une autre. Il a fallu sans doute que la voix et le secours du

conducteur y contribuassent pour quelque chose. Ce qu'il supporta le moins, ce fut de lui toucher le ventre ou les pieds de derrière, où il ne pouvait voir ce qui se passait; il prenait alors de suite une autre attitude, ou il faisait au moins un mouvement. Il se roulait ou se tournait sur le dos, aux paroles de son maître, tant à sec que dans l’eau, et cela à différentes reprises; il ni présentait l'une et l’autre de ses pattes de devant, étant alors couché sur le dos; il lui prenait de la bouche la baguette avec la gueule; il se laissait arracher des poils, ouvrir la bouche et y mettre le poing, avec cette précaution, cependant, de la part de Phomme, de ne mettre la main que sous la lèvre supérieure épaisse. Aussi le maître portait-il plusieurs cicatrices des plaies reçues au commencement. Il était très-sensible au froid, à ce que le conducteur disait : Buffon le nie, et il semble cependant, en effet, que la grande quantité de lard doit garantir assez ces Phoques du froid. I w’aimait pas les Chiens; si on lui en présentait, il eriait, et les happait avec ronflement; il tâcha une fois d'en chasser un par un claquement de dents.

« Sa manière ordinaire de se reposer était de se coucher avec la tète étendue toute droite, quand il n’y avait pas encore d'eau dans sa caisse, ou s’il n'y en avait pas assez pour lui passer par-dessus les narines. Dans cette position, où il fallait qu'il levat les yeux pour voir ce qui se passait autour de lui, il avait l'air d'être plus méchant qu'il ne l'était en effet, surtout lorsqu'il ouvrait les narines. En prenant ensemble ses traits et ses actions, on trouvait en lui un animal doux, d'un air peu farouche, mais néanmoins pas tout à fait amical; qui dans son attitude ordinaire observait ce qui se passait autour de lui, sans soupçon et avec un regard sans crainte, et dont l’état habituel de repos, auquel le contraignaient sa corpulence et sa graisse, contrastait fortement avec cette attitude, où il levait la partie antérieure du corps, et présentait une belle poitrine large, avee une tête assez bien faite, et des yeux assez vifs. Il prenait surtout cette dernière attitude quand on lui présentait un Poisson: il se dressait alors autant qu'il le pouvait, en s'appuyant sur ses pattes de devant, et ne détournant pas les yeux de sa future proie. Dans cette attitude on le pouvait certainement nommer un bel animal. La docilité et la curiosité des Phoques à déjà été remarquée par d’autres. On a cité plus haut des exemples de la première, qui prouvent que notre espèce n'en manque pas; mais elle ne manque pas non plus de la dernière. Plusieurs fois le jour, l'individu que nous décrivons, passant par-dessus le bord de sa caisse, en s'aidant avec le cou et les pattes de devant, se mettait en observation et regardait ainsi les spectateurs, se laissant regarder et toucher sans donner aucune marque de crainte. Dans cette attitude, il ne ressemblait pas mal, par derrière, à un moine vêtu en noir, en ce que sa tête, lisse et ronde, représentait une tête d'homme affublée d'un capuchon; et ses épaules, avec les pieds courts et tendus, imitaient deux coudes, s’avançant sous un scapulaire, d’où descendait un froc long, noir, non plissé.

« Ce Phoque avait été pris dans l'automne de 1777, dans la mer de la Dalmatie, sur l'ile d'Osero, avec un autre de la même espèce. Il appartenait à une société de Vénitiens, qui l'ont conduit et montré dans plusieurs pays, et qui l'ont fait voir à Strasbourg à la fin d'octobre et au commencement de novembre 1778. Sur leur route pour Paris, où ils pensaient l'offrir au roi, ils disaient avoir gagné, dans l’espace d'un an, plus de dix mille livres, déduction faite de frais considérables de transport. Une autre société, associée à celle-ci, conduisait l'autre individu par une autre route, dans une grande cuve garnie de cercles. Hermann ne l'a pas vu lors de son passage par Strasbourg pour la Suisse, le 2 novembre; mais un des propriétaires lui a assuré que c'était aussi un mâle, qu'il était d'un pied environ plus court et de moitié moins gros de corps que l'autre; qu'il n'avait pas de tache blanche au ventre. Il a raconté aussi qu'un vieux pêcheur avait observé au rivage le plus grand individu garni de la tache pendant plusieurs années, et qu'il l'avait reconnu par la même tache lorsqu'il avait été pris. Il en concluait qu'il était déjà vieux. Les dents noirâtres, qui paraissaient usées, le pourraient peut-être confirmer, Mais comment cela s'accorderait-il alors avec un accroissement si considérable, qu'on disait être d'un pied dans l’espace d’une année? L'un ou l’autre fait parait être faux.

« Selon l'un des propriétaires, on voit ces Phoques sur les rochers escarpés, inaccessibles, où ils dorment à l'air, en été; mais, en hiver, ils dorment dans des cavernes, dont l'entrée est sous l'eau. Mais c’est particulièrement Deben, cité par Pontoppidan, qui dit que les Phoques aiment à se tenir dans de telles cavernes inaccessibles, dont l'entrée se trouve sous l'eau, et qu'on appelle fauçe-later dans l'île de Feroë. Le hurlement des Phoques, qu'on entendait sortir la nuit de ces cavernes, a causé une grande frayeur à Tournefort. Les matelots ont assuré que les Phoques faisaient entendre ces hur-

lements pendant leurs amours et leur accouchement; et Tournefort observe, à cette occasion, que les commentateurs de Pline ne sont pas d'accord sur ce passage, s'ils le faisaient en dormant où en veillant. »

A ces détails sur le Phoque moine mäle, donnés par Hermann, nous ajouterons les différences principales observées par Fr. Guvier sur la femelle qui vivait à Paris il y a une vingtaine d'années, et dont les habitudes, dans son état d’esclavage, étaient absolument les mêmes que celle du Phoque mâle. La longueur de cette femelle était d'environ 3", depuis le bout du museau jusqu'à l'extrémité des pieas de derrière. Ses formes étaient absolument semblables à celles du Veau marin. Sa couleur, dans l’eau, était noire sur le dos, sur la tête, sur la queue et sur la partie supérieure des pattes; le ventre, la poitrine, le dessous du cou, de la queue et des pattes, le museau et les côtés de la tête, ainsi que le dessus des yeux présentaient une coloration d’un blanc gris jaunâtre. Lorsque l'animal était à see, Les parties noires étaient beaucoup moins foncées, et les parties blanches plus jaunâtres. Les pieds de derrière avaient cinq doigts armés d'ongles, ete. Les organes de la génération paraissaient très-peu développés; la vulve ne consistait que dans une ouverture longitudinale, et les mamelles, au nombre de quatre, étaient disposées autour du nombril, à peu près à égale distance l'une de l'autre, et elles étaient cachées dans de légers enfoncements dégarnis de poil. Sa voix était un eri aigu et fort, qui sortait du fond du gosier et qui ne variait que par le ton. Elle avait, au contraire du mâle, une grande propension au sommeil, et, durant son sommeil, on la voyait souvent rester dans l'eau au fond de sa caisse, et par conséquent sans respirer, pendant une heure entière. Elle avait beaucoup d'attachement pour son maître.

Enfin, nous rapporterons que M. Boitard dit qu'il en à vu un individu qui vivait depuis deux ans en servitude, et qui paraissait ne regretter nullement sa liberté. Il avait de 2",250 à 2,350 de longueur totale; on le nourrissait exclusivement de Poissons, qu'il mangeait toujours au fond de l’eau du euvier où on le tenait le jour. Plusieurs fois son maître l’a lâché dans des étangs, et même de grandes rivières, telles que la Saône, par exemple, et il revenait aussitôt qu'il l'appelait en sifflant.

De Blainville semble penser que c’est cette espèce que les anciens connaissaient et qu'ils ont indiquée sous la dénomination de Phoque, devenue plus générale depuis : à ce sujet, qu'il nous soit permis de rapporter le passage suivant de l'Ostéographie : « Les premières notions que la tradition nous à laissées des Phoques se trouvent dans les écrits des poëtes et des mythographes grecs, lorsqu'ils nous ont représenté, d'après Homère, le vieux Protée au service de Neptune et gardant des troupeaux de Phoques au milieu desquels il sortait sur le rivage pour se livrer au repos. Cette fable ou mythe, dont on voit l'origine dans les poésies orphiques, fut ensuite mélée à l'histoire de la guerre de Troie, par Hérodote, et même à celle d'Hercule, mais sans qu'on puisse y entrevoir rien autre chose que Protée était sans doute quelque chef de peuplade habitant des rivages de la mer assez tranquilles pour que les Phoques s’y retirassent en nombre considérable, comme c’est aujourd’hui dans les habitudes de ces animaux. En effet, Pharos, que l'on dit le siége du royaume de Protée. était une ile située vers l'embouchure du Nil, ou peut-être mieux encore dans la mer Adriatique, île nommée aujourd’hui Lyssa, l'une de celles où l’on trouve encore de nos jours la seule espèce de Phoque de la Méditerranée, le Pelagius monachus d'Hermann.

« Cette opinion ne pourrait-elle pas être, jusqu'à un certain point, corroborée par l'observation que la Phocide, d’où sortirent les deux colonies de Phocéens : l'une, qui fonda la ville de Phocée, en lonie, sur la côte de l'Asie Mineure; l’autre, la ville de Marseille, dans les Gaules, s’étendait jusque sur les côtes de la mer, vers l'entrée du golfe Adriatique, et que ce rivage était peut-être fréquente par les Phoques? Toutefois, il est juste d’avertir qu'aucune de ces villes, dont le nom tenait plus ou moins de celui de Phoca, n'a jamais représenté un de ces animaux sur ses médailles. »

pue GENRE. — STEMMATOPE. STEMMATOPUS. Fr. Cuvier, 1826. Dictionnaire des Sciences naturelles, t. XXXJX.

Exeuua, couronne; 70765, front.

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES

Système dentaire : incisives, 4; canines, =}; molaires, 55; en totalité trente dents; molaires striées à leur couronne, peu sorties de la qencive, et à racines composées, courtes, larges. Tête surmontée d'un organe particulier en forme de sac dilatable. Museau étroit, obtus.

Cräne développé.

Ces Phocidés semblent s'éloigner tout à fait des types dont nous venons d'exposer les caractères, et ont tous la tête ou les parties voisines surmontées d'un organe particulier dont la nature n’est pas connue, et c’est à ce caractère que Fr. Cuvier a fait allusion lorsqu'il a formé ce groupe générique aux dépens des Phoques, et qu'il l’a nommé Stemmatope. Les dents sont au nombre de trente : seize à la mâchoire supérieure et quatorze seulement à l'inférieure. Supérieurement, la première incisive est de plus de moitié plus petite que la seconde, et elles ont l’une et l’autre la forme de la canine. Celle-ci est forte et assez semblable à celle des autres Phoques. Des molaires qui viennent immédiatement après la canine, la première est la plus petite, mais elle à la même forme que les autres, lesquelles sont principalement remarquables par les stries qui partent du col de la racine et qui viennent se réunir à la pointe de la couronne; les plus profondes sont à la face interne, où l'on en voit surtout deux; ces sillons divisent légèrement les bords de la dent, particulièrement la postérieure, qui l’est d'ailleurs pius profondément encore que l'autre par une échancrure; la dernière molaire paraît avoir deux échancrures au lieu d’une sur son bord postérieur. Inférieurement, l’incisive est petite et rudimentaire. La canine ne présente aucun caractère particulier, et les molaires sont tout à fait semblables à celles de la mâchoire opposée, seulement un peu plus divisées sur leurs bords antérieurs; en général, elles ont toutes leur partie moyenne très-mousse. Dans leur action réciproque, les incisives moyennes paraissent être sans emploi; la seconde supérieure fait l'effet de canine sur la partie antérieure de la canine inférieure, et les molaires inférieures passent en dedans des supérieures, de manière qu’elles sont dans les mêmes relations que les molaires des Pélages. Le museau est étroit et obtus, et la capacité cérébrale assez étendue. On ne connaît rien, ou à peu près, sur les autres parties de l’organisation; seulement Fr. Cuvier a pu voir qu'il n°y avait aucune trace d'oreille externe, que la langue était douce et échancrée, et que les doigts étaient garnis d'ongles au delà desquels s'étendait la membrane natatoire.

La seule espèce qui entre dans ce genre est le :

STEMMATOPE À CAPUCHON. STEMMATOPUS CRISTATUS. G. Cuvier.

Caracrères spéciriques. — Pelage long, laineux près de la peau, entièrement blanc dans le jeune âge, d'un gris brun en dessus et d’un blane d'argent en dessous; à l'âge adulte, il est quelquefois parsemé de taches grises. Longueur totale des individus adultes variant entre 2°,35 et 27,60.

Cette espèce est le Pnoque À carucuox de G. Cuvier; vulgairement on l'indique sous le nom de Capucix; les Groënlandais le nomment Nesaursazik et Kakorrak, et il a successivement reçu des naturalistes les noms de Phoca cristata, Gmelin, Erxleben; Phoca leonina, Othon Fabricius; Phoca mitrata, Camper; Stemmatopus cristatus, Fr. Cuvier; Phoca cucullata, Boddaërt, et enfin M. Nilson (Shandia fauna, 1820) avait era devoir en distinguer une espèce particulière à la Scandinavie à

Fig. 1. — Herpestes Badius

y Le VE

Fig. 2. — Furet de Java.

CAPNASSIERS 275

laquelle il appliquait la dénomination générique de Cystophore (ox, vessie; geo, Je porte) et celle spécifique de Borealis.

Cette espèce est surtout remarquable par l'espèce de sac globuleux dont la tête est garnie à son sommet chez les mâles, et dont sont privées les femelles. Ce sac est susceptible de se gonfler par l'accumulation de l'air; il paraît même communiquer avec les narines et avoir une certaine mobilité au moyen de laquelle il se porte plus ou moins en avant sur le museau; il parait aussi être pourvu de muscles particuliers qui modifient sa forme. Quel est son objet? quel est l'usage que l'animal en fait? C’est à quoi il serait difficile de répondre; mais au moins €’est un organe fort singulier et qui mériterait qu'on en fit une étude toute spéciale. Les moustaches sont grèles, annelées, aplaties et obtuses au sommet; l'iris est fauve. Le corps est allongé, à peu près conique, revêtu de longs poils, droits, au milieu d'une bourre laineuse; la couleur du pelage varie suivant les âges; elle est communément d'un gris brun supérieurement, et d’un blanc argenté inférieurement; l'individu décrit par Dekai était parsemé de taches grises; les jeunes sont entièrement blanes, et les vieux ont la tête et les pieds noirs,

Fig. 124. — Stemmatope à capuchon.

Ce Phoque se présente sur les côtes du Groënland dans les mois d'avril, de mai et de juin, époque à laquelle, d'après Othon Fabricius, il se rend à terre. Selon Crautzius, il se trouve très-abondamment au détroit de Davis; il y fait régulièrement deux voyages par an, et y réside depuis le mais de septembre jusqu'au mois de mars; il en sort alors pour aller faire ses petits à terre, et revient avec eux au mois de juin, fort maigre et fort épuisé. Il en part une seconde fois en juillet, pour aller plus au nord, où il trouve probablement une nourriture plus abondante; car il revient fort gras en septembre. Sa maigreur, dans les mois de mai et juin, semble indiquer que c’est alors pour lui la saison des amours, et que dans ce temps il oublie de manger, comme les Ours et les Lions marins. Il vit aussi sur les côtes septentrionales de l'Amérique, si réellement, ainsi que cela est généralement admis, le Phoca mitrata, Camper, est le même que le Phoca cristata, Othon Fabricius.

Un brigadier des douanes en retraite a pris, auprès de l'ile d'Gléron, sur les côtes de France, un individu mâle du PHoque a carucnox (Phoca cristata), qui flottait sur Peau et qu'il avait pu barponner, et il est venu le vendre à la Ménagerie du Muséum de Paris, où il est mort presque immédiatement le 2 août 1843. Cette espèce est rare sur nos côtes et ne peut guère s'y trouver que lorsqu'elle est chassée par de grandes tempêtes des mers du Nord, qu'elle habite de préférence à toutes autres. Les caractères que cet individu, qui était jeune, présentait étaient les suivants : couleur du dos et de la face supérieure des pattes, ainsi que de la tête, bien tranchée, gris ou bleuâtre clair pendant la dessiccation, et brun d'ardoise pendant que l'animal est mouillé; poils lisses, très-couchés, et surface du corps comme cannelée tant que le Phoque est mouillé, se redressant peu à peu et prenant une teinte plus claire à mesure qu'ils se dessèchent. La tête est large; les yeux grands; les oreilles peu reculées, sans trou d'oreille externe apparent; le nez à narines fendues en croissant et busqué en dessus; les moustaches sont peu annelées, à grandes soies blanches, les plus petites noirâtres. Les ongles sont blanchâtres. Longueur du corps, du bout du nez à l'extrémité de la queue, 1,115; de l'extrémité de la queue à l'anus, 0,10; longueur de la patte antérieure, 0,20; de la patte postérieure, 0,25. La peau de ce Mammifére a été montée pour les galeries de Zoologie du Muséum, et le squelette à été préparé pour les galeries d'Anatomie comparée.

Le Phoque à capuchon vit de Poissons; il est polygame; la femelle ne produit qu'un seul petit, qu'elle dépose sur la glace dès le mois d'avril. Ses chairs, son lard et ses tendons sont utilises par les Groënlandais, qui se vêtissent aussi de sa peau; ses membranes et ses intestins servent à fabriquer des sortes de vitres et des cordages pour les pirogues; mais c’est surtout pour son lard qu'on le recherche.

Gme GEN

— MACRORHIN. MACRORHINUS. Fr. Cuvier, 1826.

Dictionnaire des Sciences naturelles, t XXXIX

Mazpc:, long: pt, nez.

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES

Système dentaire : incisives, +; canines, 1Y; molaires, 7}, en totalité trente dents; les incisives sont crochues comme les canines, mais plus petites qu'elles: les canines sont, au contraire, plus fortes, arquées, saillantes, hors des lèvres; molaires à couronnes imitant un numelon pédiculé, et à racines plus larges que les couronnes.

Male pouvant prolonger son museau par une sorte d'érection en ure espèce de trompe, à l'extré mité de laquelle se trouvent les narines.

Le type et espèce unique de ce genre, qui nous est donné par le Phoque à trompe, s'éloigne encore plus que celui des Stemmatopes des premiers groupes que nous avons fait connaître; les formes de la tête n’ont plus que des rapports si faibles avec les formes des têtes des autres Phocidés, qu'on peut à peine retrouver dans les unes quelques traces des autres, et des différences non moins grandes sont présentées par les dents, qui sont au nombre de trente : seize supérieurement et quatorze inférieurement. À la mâchoire supérieure, la première incisive est de moitié plus petite que la seconde, et toutes deux paraissent avoir les formes de la canine; celle-ci est d’une force extraordinaire, surtout par l'épaisseur de sa face; les molaires sont incontestablement à racines simples, les alvéoles en sont la preuve, et la couronne est à mamelon. A la mâchoire inférieure, Fincisive de chaque maxillaire ne laisse d’autres traces qu'un creux large et peu profond, qui contenait une racine simple, conique. La canine est plus longue et non moins forte que celle de la mâchoire supérieure, et, ce qui la rend très-remarquable, c’est qu'elle constitue une véritable défense, qu'elle est entièrement creuse et que la capsule dentaire reste tont à fait libre à sa base. Les cinq molaires qui suivent se ressemblent absolument, le collet de la racine est très-large, et la couronne qui naît de ce collet est semblable à un petit mamelon obtus, qui paraît être le diminutif de celui des molaires des Stemmatopes.

Ce genre correspond à celui des Minouca (tiré du nom vulgaire de l'espèce typique) de Gray, et probablement à celui des Rhinophoca (ow, nez; Phoca, Phoque) de Wagler (Syst. der Amphib., 1850), et il a pour type le Phoque à trompe, espèce aujourd'hui bien connue, et à laquelle on a joint trois ou quatre Phocidés que l’on regarde comme devant former des espèces particulières, mais qui ne sont pas suffisamment connus. Ces espèces sont:

Fig. 195, — Macrorhin à trompe.

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