‹ Encyclopédie d'histoire naturelle; ou, Traité complet de cette science d'après les travaux des naturalistes les plus éminents de tous les pays et de toutes les époques: Buffon, Daubenton, Lacépède, G. Cuvier, F. Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire, Latreille, De Jussieu, Brongniart, etc. etc (volume 4)Chapitre 54 sur 129 · IINENE TACIETÉE AYÆNA CROCUTA. Linné. Zimmermann · texte numérisé non relu

IINENE TACIETÉE AYÆNA CROCUTA. Linné. Zimmermann

Caracrères sréciriques. — Pelage d'un jaune terne, parsemé de taches brunes, arrondies, en petit nombre. Taille et corpulence d'un grand Mâtin, avec la tête plus épaisse et moins allongée que celle de cet animal.

Cette espèce, vulgairement connue sous le nom d'Hvèxe pu Car, est l'IYÈNxE racuerée de Pennant, le Locr ricre de Kolbe, et l'HxÈèxe de Barrow. C'est le Canis crocuta de Linné, l'Hycena Capensis de A. G. Desmarest, striata de Pennant et Lichstenstein, et maculata de Thunberg; enfin, c'est probablement à une variété de cette espèce qu'on doit rapporter l'HxÈxE rousse, Hycæna rufa, de G. Cuvier.

Le pelage de cette Hyène est d’un fauve roux, marqué de nombreuses taches d'un brun foncé, qui sont disposées sur le corps en bandes longitudinales, et répandues plus ivrégulièrement sur les épaules et sur les cuisses; la queue longue, garnie de poils longs, peu touffus et noirs, est aussi tachetée à son origine. Le dessous du corps et la face interne des membres sont d’un fauve blanchâtre. Les oreilles sont larges et courtes, presque nues, et d’une forme à peu près carrée. Le poil de l'Hyène tachetée est plus court que celui de l'Hyène rayée; il devient relativement plus long sur le cou et sur le dos, où il forme une petite crinière peu fournie.

Cette espèce habite le midi de l'Afrique, principalement les environs du cap de Bonne-Espérance. Delalande en a rapporté le jeune, dont la tête est foncée et le corps noirâtre, marqué seulement de quelques taches sur le dos et à l'origine de la queue. Une race particulière, que G. Cuvier regarde comme espèce distincte sous la dénomination d'Hyèxe rousse, Hycena rufa, se trouve aussi au Cap, et se distingue par des taches en plus petit nombre; par un poil plus long, plus doux, d'une couleur rousse plus foncée; par les jambes noires et le ventre de la même couleur.

L'Hyène tachetée paraît pouvoir s’apprivoiser plus aisément que l'Hyène rayée : Barrow dit qu'on lemploie pour la chasse, et qu'elle égale le Chien en fidélité et en intelligence. On en a conservé, à la ménagerie du Muséum de Paris, un individu pendant seize ans; il s’est toujours montré très-doux, si ce n'est dans sa vicillesse, pendant laquelle les infirmités le rendirent plus farouche. Quand il arriva à Lorient, il s’échappa, courut quelque temps dans les champs sans causer aucun dommage, et se laissa reprendre sans résistance.

On a quelquefois regardé comme une quatrième espèce de ce genre, sous la dénomination d'Hsèxe TEINTE, Où CHIEN HYÉNOÏDE, Hyæna venatica, Burchell, un Carnassier assez voisin de ceux-ci par sa forme extérieure, et que nous avons placé dans la tribu des Chiens, sous le nom générique de CyxuYÈNE, qui rappelle les rapports de cet animal d'un côté avec ceux du genre Chien, et de l'autre avec ceux du genre Iyène.

De nombreux ossements fossiles d'Iyènes ont été principalement découverts dans les cavernes, mais ils se trouvent aussi parfois dans les terrains meubles et même dans certaines brèches osseuses; nous avons déjà dit qu'on les rencontrait principalement en Europe. D’après les paléontologistes, on en compterait un assez grand nombre d'espèces distinctes, outre l’une d’elles qui est analogue à l'Hyène rayée; mais ce nombre doit être considérablement restreint, et il est probable qu'on ne doit en signaler que trois espèces européennes, et peut-être deux autres, l’une des monts Himalayas, et l'autre de l'Amérique méridionale.

Les débris d’'Hyènes se rencontrent principalement en grande quantité dans les cavernes et réunis à un très-grand nombre d’autres os; ces faits singuliers ont donné lieu à diverses explications des naturalistes, et, pour faire connaître ce sujet important, nous ne croyons pouvoir mieux faire que de rapporter ce qu’en dit De Blainville dans son Ostéographie, quoique le passage que nous allons tanserire soit peut-être un peu long pour les limites que nous nous sommes tracées.

« Dans toutes les localités où l’on trouve des ossements d'Hyènes, ils y sont pêle-mêle, et souvent fragmentés, brisés, plutôt les os longs que les os courts, plutôt la mandibule qu'une autre partie, avec ceux de toutes sortes d'animaux terrestres, Mammifères, Oiseaux et Reptiles, et même, dans quelques localités, avec des ossements d'hommes, comme s'en est assuré bien positivement Schmerling, en Belgique, et M. Marcel de Serres, dans les cavernes du midi de la France. Les os que lon

rencontre le plus souvent accompagnant les ossements fossiles d'Hyènes paraissent être ceux d'Qurs, de grands Felis, de Loups, d'Éléphants, de Rhinocéros, de Gochons, et surtout de Ruminants à bois et à cornes, ainsi que d'individus du genre Cheval, et quelquefois ces os semblent avoir éprouvé l’action des dents d’animaux carnassiers. On ne peut guère citer comme ayant appartenu à des squelettes entiers que les os d'Hyène trouvés à Lawfort, en Angleterre, quelques-uns de ceux d'Auvergne, et peut-être de la caverne de Lunel-Viel. Partout ailleurs, ils sont épars et indistinctement mêlés avec les autres os du dépôt. Ils sont à différents degrés de détérioration, suivant quelques circonstances de localités et de leur propre nature; il paraît cependant qu'en général ils sont moins altérés, ils ont un aspect plus frais, plus récent, moins friable, que ceux des autres animaux avec lesquels ils se trouvent, comme le disent M. Goldfuss de ceux de Gaylenreuth, dans le limon et non dans la brèche; M. Noggerath, de ceux de Sundwig, dans une terre très-meuble, au-dessous d'une couche de stalagmite de vingt à quarante pouces d'épaisseur, et M. Buckland, de ceux de Kirkdale. Ces os sont toujours fragmentés, de l’aveu de tous les paléontologistes; mais, suivant les uns, ils sont anguleux et offrent même des traces d’érosion; et, suivant M. Schmerling, au contraire, la plupart sont évidemment roulés. Dans les excavations, ils sont dans des relations différentes par rapport au sol; quelquefois tout à fait libres et à la surface; d'autres fois à découvert, et même collés au plafond de la caverne; le plus souvent, ils sont enfouis ou dans la terre argileuse, ou dans une sorte de brèche formée par le stalagmite, celle-ci couvrant le sol argileux; particularités signalées surtout par M. Schmerling dans les cavernes des environs de Liége.

«Mais, de ces faits incontestables, peut-on en conclure d'une manière un peu plausible que l’espèce d'Hyène fossile la plus commune dans la partie tempérée de l'Europe a non-seulement vécu dans les pays où l’on rencontre des fragments de son squelette, mais qu’elle se retirait dans les cavernes où on les trouve, et que c’est elle qui y a apporté les ossements des autres animaux qu'on y rencontre avec les siens? C’est tout autre chose. On à pu en effet opposer à cette manière de voir, proposée surtout par M. Buckland, et adoptée par M. G. Cuvier, reposant sur le fait d'un assez petit nombre d'os de Rnminants qui paraissent avoir éprouvé l'effet de la dent d'animaux carnassiers, de la présence de fèces ou de coprolithes trouvés avec eux; ct enfin, sur un certain nombre d'os d'Hyènes usés, polis d'un côté seulement, ce qu'on attribue au passage des Hyènes rentrant et sortant de leurs retraites, que ces ossements d'Hyènes sont bien fragmentés, bien dispersés, bien peu nombreux même, pour provenir d'animaux qui auraient vécu dans les cavernes et seraient morts de leur mort naturelle, en admettant même que ces os ne soient pas roulés.

«Sans doute, les Hyènes se retirent, se réfugient dans les cavernes, probablement pour s'y cacher, et même y élever, y allaiter leurs petits; mais M. Kaon a fait la juste observation que ces animaux, qui se nourrissent de cadavres, les mangent sur place, au lieu de les emporter en totalité ou en partie dans leur retraite, comme il faudrait qu'ils eussent fait si les ossements des animaux que l’on trouve avec les leurs étaient réellement les restes de leurs repas. Ce sont ces difficultés qui ont porté M. Schmerling à dire que les ossements fossiles d'Hyènes ne proviennent pas d'animaux qui auraient vécu aux lieux où on les trouve, et qu'ils ont été entraînés par une grande inondation. Mais, pour admettre cette hypothèse, il faut passer sous silence les masses d'album græcum, que l'on trouve dans ces cavernes, et que M. Buckland regarde comme des excréments d'Hyènes, et, suivant lui, entièrement semblables à ceux d’une Hyène du Cap, vivante, qu'il a pu se procurer et examiner comparativement. [l reconnait cependant que les coprolithes de Kirkdale, de forme sphérique, irrégulièrement comprimés, variant d'un demi-pouce à un pouce de diamètre, de couleur d'un blanc jaunâtre, à cassure terreuse, contiennent des petits fragments non digérés d'émail de dents. Or, je ne connais encore aucun animal qui se nourrisse de dents et puisse même les digérer; en sorte que cette particularité pourrait être une objection de plus à opposer contre l'opinion de M. Buckland, que les os de Mammifères trouvés en grande quantité dans la caverne de Kirkdale avec ceux d'Hyènes y ont été apportés par elles, et nullement par des inondations. En effet, en faisant observer que les Hyènes, plus que les autres Carnassiers, vivent solitairement chacune dans leur tanière, qu'elles n'emportent pas nécessairement tous les cadavres d'animaux qu'elles rencontrent, mais qu’elles les dévorent souvent sur place; que, dans le cas contraire, c’est au plus à l'entrée de leur tanière qu'elles le font, et non dans cette tanière elle-même: qu'il n’est nullement démontré, ni même probable, que des Hyènes sauvages se mangent les unes les autres, au moins hors le cas d'absolue nécessité; et

que toutes les cavernes à ossements sont fort loin de contenir des [lyènes; que, dans aucune même, elles n'y sont en nombre proportionnel aux os d'animaux herbivores qui se trouvent avec elles; que, pour des animaux si avides d'os qu'on le dit, bien peu de ceux-ci offrent réellement les traces d’avoir été rongés, brisés, mangés par elles; qu'il est très-diflicile d'expliquer comment des animaux venant mourir de vieillesse ou de maladies dans ces cavernes, pendant une suite si longue de générations, n’ont laissé eux-mêmes que des os brisés, fracturés, mêlés avec ceux de leurs victimes; on est presque forcé de conclure, avec la plupart des géologues qui ont écrit sur les cavernes ossifères depuis M. Buckland, que les ossements d'Hyènes, et même leurs excréments, devenus coprolithes, qu'on trouve dans ces cavernes, y ont été apportés, ainsi que ceux qui sont dans le diluvium ordinaire, et comme l'ont été les parties dures de tant d'animaux mammifères ou d’autres classes de Vertébrés avec lesquels on les trouve pêle-mêle, brisés, fracturés, sans aucune espèce d'ordre, ce qui ne peut faire soupçonner une distinction de victimeurs et de victimes, qu'ils y ont été apportés, déjà en fragments, des pays environnants, où les animaux dont ils proviennent vivaient, sans doute, par une inondation générale ou par des inondations partielles et répétées à des intervalles plus ou moins éloignés, mais non pas assez étendues pour avoir ramassé, accumulé successivement des ossements d'animaux de pays éloignés avec ceux des lieux où elles se sont arrêtées, comme l'a surtout pensé M. Schmerling; qu'en supposant même que les ossements d'Hyènes ne se trouvent pas mêlés avec ceux de l'espèce humaine, ce qui ne peut cependant pas être mis en doute aujourd'hui, il ne faudrait pas regarder cette absence, avec G. Cuvier, comme une preuve que l'espèce humaine n'existait pas à l’époque du dépôt des ossements dans les cavernes, car, s'il est vrai qu'aujourd'hui les Hyènes, comme les Loups, comme les Chiens mêmes, s’attaquent quelquefois aux cadavres d'hommes dans certaines circonstances de nécessité absolue, ce n’est pas une raison pour qu'elles l’aient fait à des époques où nos pays, beaucoup moins peuplés d’abord, étaient de plus couverts de forêts, où les Ruminants, leur pâture harmonique, étaient si abondants en individus et même peut être en espèces. Les races nombreuses de Cerfs, de Bœufs et de Chevaux, ont disparu en très-grande partie, parce que les hommes ont abattu les forêts, anéanti, ou au moins grandement diminué les pâturages libres, et se sont prodigieusement multipliés, et dès lors l'une des deux espèces d'Hyènes qui habitaient notre Europe s’est retirée et s’est concentrée uniquement dans les deux autres parties du monde; l'autre (et peut-être ajouterons nous d’autres) a complétement disparu.

« Ainsi, nous retrouvons pour ce genre de Mammifères carnassiers ce que nous avions reconnu pour la plupart des autres (c’est De Blainville qui parle), et surtout pour les Felis et les Canis; e’est-à-dire qu'avec le grand nombre d'animaux herbivores qui peuplaient si abondamment nos antiques forêts, et qui ont disparu en grande partie, vivaient pour ainsi dire proportionnellement, nonseulement des espèces de Carnassiers sanguinaires, hardis, agissant courageusement corps à corps comme les premiers, ou plus habilement, et en s'associant dans leurs chasses, comme les seconds, pour les attaques de vive force, et qui les dévoraient vivants, mais encore des espèces moins courageuses ou moins féroces, moins franchement carnassières, et par conséquent plus hideuses, auxquelles étaient réservés leurs cadavres; les Hyènes étaient ici ce que, chez les oiseaux de proie, les Vautours sont à l'égard des Faucons. Ainsi, l'harmonie des principales espèces animales était alors, en Europe, an moins aussi parfaite qu’elle l'est aujourd’hui, si même elle ne l'était réellement davantage, comme plus voisine de l'époque où elle était sortie de la conception créatrice, et nécessairement alors moins dérangée par le développement fatal de l'espèce humaine. »

Nous n’indiquerons avec quelques détails que les trois espèces européennes qui semblent seulement avoir existé, et nous nous bornerons à donner la liste, encore incomplète, des espèces proposées par les paléontologistes, et qui, la plupart du temps, ne sont réellement que nominales. Ces espèces sont : l'Hyæna fossilis. G. Cuvier; l'A. spelæeu, Goldfuss, des cavernes de France et d'Allemagne; les JT. prisca et intermedia, Marcel de Serres, de la caverne de Lunel-Viel; les 1. etuariorium et Issiodorensis, Croïizet et Jobert, des terrains de la deuxième époque, d’Issoire, en Auvergne; les 1. dubia, Arvernensis et Perrieri, des mêmes auteurs, et particulières aux galets et lignites d'Issoire, etc.

Les seules espèces fossiles que nous voulions indiquer sont les :

A. HIYÈNE DES CAVERNES. HYÆNA SPELÆA. Goldfuss

Les meilleurs caractères de cette espèce sont tirés de ses dents carnassières : Le lobe postérieur de la carnassière supérieure est plus grand que dans l'Hyène tachetée, tandis qu'il est plus petit que dans l'Hyène rayée; la carnassière inférieure n’a en arrière de ses deux lobes tranchants qu'un léger bourrelet, et n'offre point de tubercule interne à son lobe postérieur; la dent tuberculeuse supérieure est petite et à une seule racine, comme dans l'Hyène tachetée.

Cette espèce, d'une taille plus élevée que nos Hyènes actuelles, et qui semble se rapprocher davantage de l'Hyène tachetée que de l'Hyène rayée, se trouve en France, en Allemagne et en Angleterre, dans plusieurs cavernes, et principalement dans celle de Kirkdale, illustrée par M. Buckland dans ses Reliquiæ diluvianæ.

LB. HYÈNE DE MONTPELLIER. HYÆNA MONSPESSULANA. De Christol

Cette espèce ressemble à l'Hyène rayée par la structure de sa dent carnassière inférieure, c'està-dire qu’elle offre en arrière de ses lobes un tube à deux pointes obtuses et un tubercule à la base du tubercule postérieur, la dent tuberculeuse supérieure, placée en travers de la mâchoire, est plus grande et à deux racines.

Cette Hyène, qui correspond à l'Hycæna prisca, Marcel de Serres, et probablement aussi à l'Hyène d'Auvergne, de MM. Croizet et Jobert, ainsi qu'à l'Hyène de l'ancien diluvium du Val d'Arno, se trouve dans le midi de la France.

C HYÈNE DE PERRIER. HYÆNA PERRIER Croizet et Jobert

Dans cette espèce, il y a un talon bilobé à la partie postérieure de la carnassière inférieure, et il n’y a pas de tubercule interne au lobe postérieur de cette même dent.

D'après cela, cette Hyène, propre aux cavernes d'Auvergne, tiendrait à la fois de l'Hyène tachetéc et de l'Hyène rayée, et semblerait devoir être adoptée: tandis que les autres prétendues espèces que nous avons nommées plus haut doivent au contraire être probablement rejetées.

Enfin, MM. Baker et Durand ont figuré, sous le nom d'Hyèxe pe L'Iimazaya, Hyæna Sivalensis, des débris fossiles d'une espèce de ce genre, qui serait d'une taille moindre que l'Hyène des cavernes, mais qui s’en rapproche cependant davantage que l'Hyène rayée, vivant actuellement dans les Indes; et M. Lund a aussi énuméré une Hyène fossile trouvée dans les cavernes du Brésil, qu'il appelle Hlycæna neogæa, mais il n'a fait connaître aucun de ses caractères.

C'est aussi auprès de ce genre que De Blainville range le groupe des Agnotherium, dont nous parlerons ailleurs,

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