‹ Encyclopédie d'histoire naturelle; ou, Traité complet de cette science d'après les travaux des naturalistes les plus éminents de tous les pays et de toutes les époques: Buffon, Daubenton, Lacépède, G. Cuvier, F. Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire, Latreille, De Jussieu, Brongniart, etc. etc (volume 4)Chapitre 56 sur 129 · Panthère noire · texte numérisé non relu

Panthère noire

Fig. 69, — Couguar. Fig.

On a décrit des Chats vivants et des Chats fossiles. Les premiers sont au nombre d'une cinquantaine, et se rencontrent dans toutes les parties du globe; l'Europe même en possède, mais en petitnombre. Ily a près de deux cents ans que l’on a recueilli, en Europe, des ossements fossiles appartenant à une grande espèce de Felis, sans cependant qu’on les ait reconnus comme tels. C'était d'abord dans les cavernes d'Allemagne, et jusqu'en 1825, époque de la publication de la seconde édition des

Ossements fossiles de G. Cuvier, on n'était guère allé au delà de la confirmation de ce fait; mais, depuis lors, on en a trouvé, et de toute taille, dans un grand nombre d’endroits d'Europe, dans des terrains très-différents, en sorte que, aujourd'hui, si l’on acceptait comme démontrées les espèces de Felis fossiles proposées par les paléontologistes, il en aurait existé plus de vingt dans l'Europe ancienne, et, en outre, on devrait en admettre comme propres à l'Amérique, principalement dans les cavernes du Brésil.

La position des Féliens, dans la série zoologique, a dù varier suivant les diverses classifications des auteurs. Lesson les place entre les Caniens et les Viverriens; De Blainville les range, au contraire, après ses Viverras et avant ses Canis; enfin, M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, dont nous suivons la méthode mammalogique, les met à la fin de sa section des Carnivores, de son ordre des Carnassiers, c’est-à-dire après les Hyéniens et immédiatement avant les Amphibies.

Cette tribu étant l'une des plus naturelles de la classe des Mammifères, l'on comprend que l'on a pu difficilement trouver des caractères, au moins plausibles, pour y former des subdivisions génériques, et que dès lors le nombre des genres qu’on y a admis à été très-peu considérable. À bien dire mème, l’on ne devrait y comprendre, comme Linné, qu'un seul genre, celui des Chats ou Felis, et ne regarder ceux qu'on y a créés que comme des subdivisions secondaires. M. Isidore Geoffroy Saint- Hilaire indique les genres des Guérarn (Guepardus), Cuar (Felis), Ticre (Tigris) et Lynx (Lynx) : nous les étudierons successivement et séparément, à l'exception de l'avant-dernier, qui ne nous paraît pas différer des vrais Chats, et que nous réunirons à ce groupe. Quant aux espèces fossiles, elles rentrent dans la coupe générique des Felis, quoique cependant un fossile, indiqué par M. Lund, le Felis Smilodon, puisse peut-être, par plusieurs particularités différentielles, être considéré comme devant former un genre nécessaire.

D'après cela, la tribu des Féliens renferme pour nous les genres Guépard, Chat et Lynx.

4e GENRE. — GUÉPARD. GUEPARDUS. Duvernoy.

Mémoires de la Société du Muséum d'histoire naturelle de Strasbourg.

Du nom de l'espèce typique

CARACTÈRES GENÉRIQUES.

Système dentaire : incisives, $; canines, 4; molaires, #4; c'est-à-dire trente dents en totalité, conune dans les Chats. Les sillons des canines presque effacés; les molaires tranchantes, à lobule plus prononcé que dans les Felis : les deux premières d'en bas à quatre lobes au lieu de trois; la dernière molaire, où carnassière d'en bas, présentant, au lieu d'un talon effacé à peine sensible, un petit lobule pointu et très-distinct, ce qui rapproche les Guépards des Hyènes ; la seconde molaire d'en haut ayant également son quatrième lobe plus marqué que dans les Chats, mais, en revanche, son tubercule interne est entièrement effacé.

Tête plus courte, plus petite, plus ronde que celle des Felis.

Jambes plus hautes.

Doigts plus allongés que dans les vrais Felis.

Ongles faibles, usés à la pointe, non rétractiles, comme ceux des Felis, et n'étant propres ni à retenir, ni à déchirer une proie.

Queue plus longue que dans les Chats.

Le genre Guepardus de M. Duvernoy a reçu de M. Wagler (Syse. der Amphib., 1850) le nom de Cynailurus (ævwv, Chien; aevocs, Chat), et Lesson (Nouv. Tabl. du Règne animal, 1842) lui applique la dénomination de Cynofelis, qui a la même signification que la précédente (zvov, Chien; Felis, Chat), et indique les rapports que ce groupe présente avec les Chiens et les Chats. Nous avons dit que l'on ne devrait probablement les considérer que comme une subdivision de ces derniers, quoiqu'ils aient néanmoins, outre les caractères que nous avons déjà indiqués, une taille plus élancée, et que leur colonne vertébrale soit plus droite, et, toutefois, nous ferons observer que leurs formes générales, la facilité qu'ils ont de courir, leur extrême douceur, leur attachement et leur obéissance à leur maitre, leur courage, les rapprochent plus des Chiens que de Chats.

L'espèce unique de ce genre, le Guépard, offre aussi, dans son squelette, plusieurs caractères importants qui indiquent évidemment un passage vers les Canis. La tête est arquée et raccourcie, l’espace fronto-orbitaire est très-soulevé; le chanfrein est incliné en arrière, sans crêtes sagittale et occipitale bien prononcées; le nez est large, peu pincé, assez canaliculé au dos; le bord palatin est large et échancré au milieu; les apophyses ptérygoides petites, en crochet; les caisses très-petites. Les corps des vertèbres sont plus longs que dans les Chats : les apophyses transverses des vertèbres cervicales courtes, ramassées; lapophyse épineuse de la dixième vertèbre dorsale très-inclinée, bifurquée à la pointe; enfin, les vertèbres lombaires remarquables par la longueur et la forme étroite de leurs apophyses transverses. Les côtes sont assez élargies. L'hyoide est composé de neuf pièces assez robustes. Aux membres antérieurs, l’omoplate a une forme particulière, ovalaire; l'humérus est très-comprimé, arqué supérieurement, le radius est également arqué, et presque de même largeur en haut qu'en bas; le cubitus est très-grêle; la main est comme dans le Lynx, avec les secondes phalanges plus courtes, et les troisièmes moins hautes dans leur pointe. Les membres postérieurs ont peut-être plus d’élévation que les antérieurs : l'os innominé est assez court, mais le fémur et le tibia sont surtout notablement plus longs que lui; le péroné est remarquable en ce qu'il est très-grêle, presque filiforme; les os du pied sont allongés, serrés, et les phalanges bien comme à la main.

Nous ne reviendrons pas sur le système dentaire de cet animal, qui présente des différences nombreuses avec celui des Chats; nous en avons suffisamment parlé dans notre caractéristique générique.

L'espèce unique de ce genre est le :

GUÉPARD. GUEPARDUS JUBATUS. Duvernoy.

Canacrènes sréciriques. — Pelage d'un beau fauve clair en dessus, et d'un blane pur en dessous; de petites taches noires, rondes et pleines, également semées, garnissent toute la partie fauve; celles de la partie blanche sont plus larges et plus lavées; sur la dernière moitié de la queue se trouvent douze anneaux alternativement blancs et noirs; enfin, les poils des joues, du derrière de la tête et du cou, sont plus longs, plus laineux que les autres, ce qui lui forme comme une espèce de petite crinière : une ligne noire part de l'angle antérieur de l'œil, et descend en traversant la joue et en s'élargissant jusqu'à la lèvre supérieure, vers la commissure, et une autre plus courte part de l'an gle postérieur, et se rend vers la tempe. De la taille d'un Mätin, longueur, 1°,43, non compris la queue, longue elle-même de 0",45; hauteur, 0",65.

Le Guépard a une physionomie particulière qui pourrait servir seule à le faire distinguer des Chats, et il y joint une grande légèreté, ainsi que des mouvements faciles. Comme il a les doigts longs, les ongles libres et posant sur le sol par leur extrémité très-peu pointue, il court avec beaucoup plus d’agilité que les Chats, et peut aisément atteindre le gibier qu'il poursuit; mais, au contraire, il ne peut que difficilement déchirer sa proie avec ses ongles, et ne peut pas monter sur les arbres comme le font la plupart des Felis. D'après ces habitudes, qui, sous quelques rapports, rapprochent le Guépard des Chiens, on a cherché depuis longtemps à le dresser pour la chasse; et, selon des historiens persans, c’est un de leurs premiers rois qui sut employer cet animal à cet usage; quoique toutefois les Arabes semblent en avoir parlé les premiers. Eldemiri dit que Chaleb, fils de Wolid, eut l'idée de le substituer, pour la chasse au Lion et au Tigre, au Chien qu'on y employait dans les Indes depuis la plus haute antiquité, si l'on s'en rapporte à Elien. M. Boitard (Mammifères du Jardin des Plantes et Dictionnaire universel) a donné des détails à ce sujet, et nous les trauscrivons ici. « À Surate, au Malabar, dans la Perse et dans quelques autres parties de l'Asie, on élève ces animaux pour s’en servir à cet exercice. Les chasseurs sont ordinairement à cheval, et portent le Guépard en croupe derrière eux; quelquefois ils en ont plusieurs, et alors ils les placent sur une petite charrette fort légère et faite exprès. Dans les deux cas, l’animal est enchaîné, et a sur les yeux un bandeau qui l'empêche de voir. Ils partent aussi pour parcourir la campagne, et tâcher de découvrir des Gazelles dans les vallées sauvages où elles aiment à venir paître. Aussitôt qu'ils en aperçoivent une, ils s'arrêtent, déchainent le Guépard, et, lui tournant la tête du côté du timide Ruminant, après lui avoir Ôôté son bandeau, ils le lui montrent du doigt. Le Guépard descend, se glisse doucement derrière les buissons, rampe dans les hautes herbes, s'approche en louvoyant et sans bruit, toujours se masquant derrière les inégalités du terrain, les rochers et autres objets, s’arrêtant subitement, et se couchant à plat ventre quand il craint d’être aperçu, puis reprenant sa marche lente et insidieuse. Enfin, lorsqu'il se croit assez près de sa victime, il calcule sa distance, s'élance tout à coup, et, en cinq ou six bonds prodigieux et d'une vitesse incroyable, il l'atteint, la saisit, l’étrangle, et se met aussitôt à lui sucer le sang. Le chasseur arrive alors, lui parle avec amitié, lui jette un morceau de viande, le flatte, le caresse, lui remet le bandeau et le replace en croupe ou sur la charrette, tandis que les domestiques enlèvent la Gazelle. Neanmoins, il arrive quelquefois que le Guépard manque son coup, malgré ses ruses et son adresse. Alors il reste tout saisi et comme honteux de sa mésaventure, et ne cherche plus à poursuivre le gibier. Son maître le console, l'encourage par ses caresses, et les chasseurs se remettent en quête avec l'espoir qu'il sera plus heureux une autre fois. Dans le Mogol, cette chasse est, pour les riches, un plaisir si vif, qu'un Guépard bien dressé, et qui a la réputation de manquer rarement sa proie, se vend des sommes exorbitantes. En Perse, cette chasse se fait à peu près de la même façon, à cette différence près que le chasseur, qui porte le Guépard en croupe, se place au passage du gibier, que des hommes et des Chiens vont relancer dans les bois. L'empereur Léopord [avait deux Guépards aussi privés que des Chiens. Quand il allait à la chasse, un de ces animaux montait sur la croupe de son cheval, et l'autre derrière un de ses courtisans. Aussitôt qu'une pièce de gibier paraissait, les deux Guépards s’élançaient, la surprenaient, l'étranglaient, et revenaient tranquillement, sans être rappelés, reprendre leur place sur le cheval de l'empereur et sur celui de son courtisan. »

D'après ce que nous venons de dire, on voit que le Guépard est beaucoup moins féroce que les Chats, et qu'il peut aisément s’apprivoiser, quoiqu'à l’état sauvage il habite les forêts et vive de proie. On a eu, assez récemment, un Guépard à la ménagerie du Muséum : il était si familier, qu'on l'avait placé dans un pare, où il vivait librement, et dont jamais il n’a cherché à sortir. 11 obéissait au commandement de son gardien; il aimait surtout les Chiens, avec lesquels il jouait sans jamais chercher à leur faire aucun mal. Un jour, rapporte M. Boitard, il reconnut, parmi les curieux qui visitaient la Ménagerie, un petit nègre qui avait fait la traversée du Sénégal sur le même vaisseau que lui, et il lui fit autant de caresses qu’un Chien en ferait à son maître qu'il retrouverait après une longue absence.

Fig. 72. — Guépard.

Le Guépard, aussi nommé le Fadh, habite les Indes orientales, Sumatra, la Perse, le Bengale et Guzarate, et en même temps on le trouve aussi en Afrique, au Sénégal, dans le Kordofan et au cap de Bonne-Espérance; car il semble démontré que l'on ne doit pas faire deux espèces de Guépard des individus de ces divers pays, et que le Felis jubata de Schreber et de Linné est le même animal que le Felis quitata d'Hermann, le Felis venatica d'Hamilton Smith, que le Pardalis d'Appien, et le Gucpard de Buffon et de Fr. Cuvier.

MM. Croizet et Jobert rapprochaient de cet animal leur Felis megantereon, trouvé en Auvergne dans les galets et lignites d'Issoire; mais c’est plutôt une espèce de Lynx, à moins même qu'il ne doive constituer un genre nouveau.

M. Lund à signalé une molaire de la mâchoire supérieure, trouvée dans les cavernes du Brésil, comme se rapportant également au Guépard où Cynailurus minutus; mais, d'après De Blainville, les dimensions de cette dent montrent qu’elle appartient plutôt à un Felis proprement dit, et probablement même à l’une des nombreuses espèces de ce genre encore existant en Amérique.

De Blainville à fait connaitre, sous la dénomination de Felis quadritlentata, deux crânes fossiles, dont l’un assez complet, découvert par M. Lartet dans le célèbre dépôt de Sausans, et qui offre quelque rapport avec les Guépards, tout en constituant un genre particulier de Félien présentant quatre molaires : c’est-à-dire une avant-molaire en bas comme en haut. La tête indique un animal dont le crâne est en général court, assez petit, resserré dans la partie vertébrale, et très-large, mais encore plus court dans la partie faciale ou maxillaire. Le système dentaire est surtout remarquable. À la mâchoire supérieure, il y a quatre molaires, mais la première était extrèmement petite, sa racine ronde et immédiatement collée contre la canine; la barre était cependant très-courte; la seconde molaire avait une couronne très-comprimée, très-tranchante, et comme quadrilobée, un peu comme dans le Guépard; la troisième était proportionnellement très-grande, et la quatrième était encore assez développée, et, ce qui la rapproche encore de ce que son analogue est dans le Guépard, c’est qu'elle était parfaitement visible en dehors de la ligne dentaire. Une mâchoire inférieure, qu’on rapporte à la même espèce, était principalement remarquable, dans son système dentaire, en ce que, à peu près au milieu de la barre assez étendue qui sépare la canine de la première molaire, on trouve une alvéole petite, ronde, qui indique une première avant-molaire que l’on n’a jusqu'ici observée dans aucun Félien; après un intervalle encore assez marqué, viennent les trois molaires caractéristiques des Féliens, et qui ont surtout du rapport avec celles du Felis jubatus et du Lynæ. De Blainville dit que, dans ce Félien fossile, la forme générale du crâne, dans sa partie vertébrale, semble avoir plus de ressemblance avec une petite Panthère, la partie faciale avec le Lynx, et le système dentaire avec le Guépard: et il en conclut que ce Félien était une grande espèce de Guépard ayant quatre molaires en haut comme en bas, en passant ainsi encore davantage que celui-ci vers les Chiens : c’est pour cela que nous avons cru devoir en parler maintenant.

Pa 2

j VE LP

Fig. 75. — Chat du Nepaul.

9me GENRE. — CHAT. FÆLIS. Linné, 4735.

Systema naturæ, t. L.

Felis, nom anciennement appliqué par les Latins à ce groupe générique.

CARACTÈRES GÉNÉRIQUES

ne 42h; en totalité trente dents. Les incisives

sur une même ligne à l'une et à l'autre mâchoire; les canines très-fortes; les nrolaires supérieures à tranchant lobé : les deux premières coniques, assez épaisses; lu troisième très-qrande, à trois lobes; la dernière tuberculeuse, et plus large que longue : les deux premières inférieures de chaque côté des deux mâächoires comprimées, simples, et la dernière à deux pointes.

L'éte et museau arrondis; chanfrein court, légèrement arqué; arcades zygomatiques très-voùtées; machoires courtes.

Langue couverte de papilles cornées, dont la pointe est dirigée en arrière, et étant très-rudes.

Nez terminé par un mufle assez petit, avec les narines percées de côté et en dessous

Oreilles assez courtes, droites, triangulaires.

Papilles se contractant tantôt en ligne verticale, tantôt en cercle

Jambes assez courtes relativement à la longueur du corps.

Pieds de devant à cinq doigts : ceux de derrière à quatre seulement.

Ongles des pieds antérieurs complétement rétractles, relevés dans le repos et couchés obliquement dans les intervalles des doigts.

Queue plus ou moins longue; mais, en général, assez notablement développée.

Gland des males couvert de petites papilles cornées.

Pas de poches on de follicules aux environs des organes de la génération et de l'anus, ce qui peut les distinguer des Hyènes.

Patesüns très-courts.

Système dentaire : incisives, À; canines, {Z\; molaires, =\;:

Les Chats, dont le nom dérive de la dénomination de Catus, qui leur était jadis appliquée par les Romains, ainsi que celle de Felis, sont des animaux très-carnassiers, dont les mœurs et les habitudes sont très-intéressantes à étudier avec soin. C’est ce que nous ferons avec détail; mais, afin que l'on comprenne mieux ce que nous aurons à dire de leur conformation extérieure et de leur manière d’être qui doit en résulter, nous croyons devoir commencer leur histoire en indiquant les principaux traits de leur organisation intérieure, c’est-à-dire plus principalement de leur charpente osseuse et de leur système odontologique, d'où l’on pourra plus facilement déduire leurs mœurs remarquables.

Un assez grand nombre d’auteurs ont donné une description plus on moins détaillée du squelette du Lion, qui depuis longtemps a été pris pour type du groupe naturel des Chats; mais le plus sonvent cette description a été faite d’une manière plus comparative qu'absolue. Dès 1559, R. Colombo, et plus tard Scaliger, en 1599, A. Severino, en 1645, et Th. Bartholin, en 1656, relevèrent, comme erronée, l’assertion d’Aristote, que les os du Lion, pleins ou sans une cavité médullaire, étaient assez durs pour faire feu avec le briquet, et que son cou n’était formé que d’un seul os. Les anatomistes de l’ancienne Académie des Sciences, en 1667, réfutèrent la même opinion du célèbre naturaliste grec, et démontrérent, dans la structure des deux dernières phalanges, la disposition propre à loger celle qui porte l'ongle en dehors de celle avec laquelle elle s'articule. Peu d’années après, Laurent Volfstinegel, en 1670, reprit le sujet d’une manière plus complète; aussi fit-1l connaître la clavicule, le trou dont ie condyle interne de l'humérus est percé, et même les os sésamoïdes qui existent dans les tendons d’origine des gastrocnémiens. Depuis lors, l'occasion de disséquer le Lion s'étant présentée, on eut la possibilité de faire connaître un grand nombre de particularités du squelette de cet animal; nous citerons seulement les importants travaux de Daubenton, insérés dans l'Histoire naturelle de Buffon, l' Anatomie comparée et les Ossements fossiles de G. Cuvier, les travaux généraux de Meckel et ceux de MM. Pander et D'Alton; enfin, l'Ostéographie, fascicule des Felis, de De Blainville, dans

LT

*2sset2 2p sua")

laquelle nous trouvons de nombreux détails que nous indiquerons en grande partie dans cet ouvrage.

Fig. 74 — Lion de Tunis.

La nature du tissu osseux du Lion est assez dense, assez serrée, pour que la graisse n'y pénètre et ne s'y dépose qu'avec difficulté; en sorte que ces os, aussitôt qu’ils sont dépouillés de leurs chairs, et presque sans macération, par la seule dessiccation à l'air, deviennent remarquablement blanes. Les extrémités articulaires des os du squelette des Lions, et des os du genre Chat en général, offrent, plus que dans d’autres Carnassiers, les saillies en enfoncements par lesquels elles se correspondent, plus dégagées, plus étroites et peut-être même plus profondes; en sorte que, le système ligamentaire aidant, le jeu des pièces doit être plus limité dans les directions déterminées de flexion et d'extension. Les apophyses, les tubérosités, les crêtes, les lignes d'insertion, sont aussi plus saillantes, plus prononcées, et les fibro-cartilages sont d'un tissu plus dense, plus serré, plus élastique peut-être que dans les autres Carnassiers. Le nombre des os du squelette ne diffère guère de celui des Viverras, en général, et est assez considérable.

Le nombre total des vertèbres est de cinquante-trois, dont quatre céphaliques, sept cervicales, treize dorsales, sept lombaires, trois sacrées, et dix-neuf coccygiennes. La tête du Lion est tout à fait caractéristique, et ne peut être que très-difficilement assimilée à celle d'un autre Carnassier, surtout à cause de la brièveté et de la largeur de la face, et aussi par suite de celle de la boîte crànienne et de l'élargissement de l’arcade qui joint ces deux parties en dehors. Les vertèbres céphaliques suivent nécessairement cette forme générale; ainsi, Poccipital se fait remarquer par la largeur de son apophyse basilaire, la saillie et l’évasement en dehors de ses condyles, la petitesse de son apophyse mastoïde, moindre que celle du temporal, et surtout par l'élévation et la forme triquètre de l’occipital supérieur, se projetant obliquement en arrière et constituant presque entièrement l'apophyse occipitale, avec un interpariétal plus ou moins prononcé dans le jeune âge, mais toujours en avant du tubercule de jonction des deux erêtes. La vertèbre pariétale, plus courte dans son corps que la basilaire, et même que la frontale, s’élargit à droite et à gauche en des apophyses ptérygoïdes largement canaliculées, et remonte, en formant des ailes larges et assez élevées, jusqu’à l'angle tronqué d'un pariétal presque quadrilatère, et se portent en arrière pour joindre l’interpariétal et l'occiput. La vertèbre sphéno-frontale étroite, mais assez longue dans son corps basilaire, caché qu'il est par les ptéroïdiens, se dilate au delà en ailes assez considérables qui, vers le milieu de la fosse, et en s’avançant fort peu dans l'orbite, se joignent assez largement au frontal. Celui-ci, séparé dans sa longueur, en deux parties presque égales, par une apophyse frontale assez saillante, n’est guère plus rétréci en arrière de celle-ci qu'échancré en avant par le rebord de l'orbite assez avancé. Enfin, la vertè-

bre voméro-nasale, courte, mais large dans son corps vomérien, est close en dessus par deux os du nez, triangulaires, assez courts, fortement courbés dans leur largeur et se terminant largement en avant par un rebord légèrement ettrès-inégalement échancré. La mâchoire supérieure se joint d’une manière aussi large que solide à la tête; le palatin postérieur est en lame triangulaire; le palatin antérieur est trèsgrand, comme ployé, à angle droit et arrondi pour former deux parties presque égales; le lacrymal est presque quadrangulaire, irrégulier; le zygomatique est de forme losangique; le maxillaire est très-court; los incisif est, au contraire, proportionnellement grand. L'appendice de la mâchoire inférieure commence aussi à la tête par une masse temporale très-solidement intercalée aux vertèbres occipitale et pariétale. Le rocher est très-petit, triquètre, etle mastoïdien épais, également triquètre, terminé inférieurement par une partie arrondie assez petite. Les osselets de l’ouïe sont grands : l'étrier pyramidal à platine allongée; le lenticulaire assez long; l'enclume très-épaisse, avec deux bras égaux, divergents; le marteau est très-étendu par la longueur de son col large, et il offre des apophyses bien prononcées, et un manche spatulé à l'extrémité; la caisse qui les contient est très-considérable, bulleuse, ovale, arrondie, et occupe la longueur du rocher. Le squammeux, assez étendu, donne naissance, à son extrémité antérieure et externe, à une énorme apophyse zygomatique. La mâchoire inférieure est forte, épaisse, peu courbée, presque droite; son condyle est sessile, transverse, plus épais en dedans qu'en dehors, s'élevant à peine au-dessus du niveau de la série alvéolaire, et avec une apophyse coronoïde assez large et assez recourbée sur ses deux bords, et surtout fortement excavée à sa face externe. Si l’on considère la tête entière du Lion, on peut voir que l'angle facial, par suite de la brièveté des mâchoires, est assez considérable, puisqu'il s'élève au moins à quarante-cinq degrés, que la série vertébrale céphalique est à peine arquée inférieurement, tandis que le chanfrein, produit par la succession de leurs arcs, est, au contraire, assez fortement et régulièrement convexe, malgré l'espèce d'interruption que forme en arrière la grande saillie de la crête occipitale, le plus haut point étant à peu près au bord postérieur des orbites, avec un aplatissement presque concave du front. La cavité cérébrale est assez médiocre, à peu près arrondie : il en est de même des loges sensoriales. Les crêtes, les apophyses, d’où résultent les loges superficielles de la tête, sont plus marquées que dans aucun autre genre de Carnassiers, FHyène exceptée. Les trous nerveux et vasculaires sont nettement formules. Les condyles sont presque pédiculés, divergeant en V, et interceptant un orifice ovale, transverse où déprimé, dont le diamètre intérieur est à celui de la cavité cérébrale dans sa partie la plus large, comme 0",095 est à 0,08, tandis que, dans une tête d’Ours de même taille, il est de 0,025 à 0,076.

Les vertèbres cervicales sont proportionnellement plus courtes que dans la Civette, mais aussi plus larges et plus imbriquées; elles le sont même plus que dans l'Gurs, dont le cou est évidemment plus long. L'atlas, très-large, mais moins toutefois dans son corps que dans son are, est pourvu d'apophyses transverses, dilatées en ailes largement arrondies, mais peu recourbées en arrière. L’axis estencore plus considérable que dans les Viverras; son apophyse épineuse est cependant un peu moins voû

tée à son bord superieur, et elle est, au contraire, bien plus épaisse et plus triquètre à son extrémité postérieure pour l'attache du ligament jaune, en s’avançant beaucoup vlus sur la troisième vertèbre cervicale des trois intermédiaires; l'apophyse épineuse est presque nulle, et les apophyses transverses sont à peu près comme dans la Civette. La sixième est remarquable par son apophyse transverse, large, linguiforme, et la septième par cette même apophyse en tête de clou. Le corps des vertèbres dorsales est arrondi, d’abord d’égale longueur, puis croissant jusqu’à la dernière, avec l'apophyse épineuse large et haute. Les sept vertèbres lombaires sont presque carrées, assez longues, à corps croissant jusqu'à la septième : toutes sont pourvues d’une apophyse épineuse large, distante, assez élevée, et d’apophyses transverses augmentant en grandeur de la première à la dernière. Les trois vertèbres sacrées sont petites, un peu en coin. Des vertèbres coccygiennes, les six premières sont complètes, c'est-à-dire avec un arc articulé, des apophyses transverses médiocres, et un os en V prononcé : au delà, elles s’allongent graduellement jusqu'à ce qu’elles décroissent peu à peu et finissent par ne plus offrir que cinq tubereules à la base antérieure.

Fig. 76. — Jaguar d'Amérique.

Les côtes, au nombre de treize paires, sont larges à leur articulation supérieure, d'autant plus qu’elles sont plus antérieures, puis fortement comprimées d'arrière en avant, et, enfin, élargies de nouveau, mais en sens inverse, et en même temps épineuses à leur extrémité sternale : elles diminuent assez régulièrement de force de la première à la dernière, les neuf postérieures étant presque égales et arquées presque dans un sens.

L'hyoide, au lieu d'être formé de neuf pièces comme à l'ordinaire, n’en a seulement que sept par suite de absence de deux aux grandes cornes : le corps est transverse, étroit: la paire de cornes antérieures est composée de deux articles terminaux, et les cornes postérieures n’ont qu'un seul article.

Les pièces du sternum, au nombre de huit, sont assez courtes, épaisses, presque tétragonales, plus arrondies en dessous qu'en dessus, et assez élargies à leurs extrémités. Le manubrium est très-

court; le xiphoïde assez long dans sa partie osseuse, et se dilatant vers sa terminaison pour se joindre à la partie cartilagineuse en forme de spatule. Les cartilages sternaux, au nombre de neuf, sont médioerement longs, assez forts, dilatés en sens opposé à leurs extrémités. Le thorax, qui résulte de la réunion des treize vertèbres dorsales, des huit vertèbres et des treize côtes sternales et asternales, a une forme assez conique, pyramidale, un peu plus comprimée en avant que dans les Viverras, et ouverte assez largement vers les hypocondres.

Aux membres antérieurs, lomoplate est grande, comme rectangulaire, très-arrondie et étendue dans tout son bord antérieur, de manière à former une fosse supérieure plus grande que l'inférieure; la crête est complète, très-élevée; la cavité glénoïde un peu arquée. ovalaire, assez large, peu profonde. La clavicule est manifeste, quoique assez loin d’être complète et articulée : elle est fortement comprimée, couchée sur son plat, et dilatée à son extrémité seapulaire. L'humérus, fort et robuste, égale en longueur celle du corps des huit ou neuf vertèbres dorsales; il est assez droit, à tête presque sessile. Le radius, un peu arqué dans son corps, est surtout remarquable par sa forme large et aplatie dans toute son étendue. Le cubitus est légèrement courbé, aplati en haut, presque triquêtre. La main est notablement plus courte que l’avant-bras, quoiqu'elle soit encore assez large et assez puissante. Le carpe, formé de sept os, offre comme particularité remarquable que le scaphoïde, trèslarge, est pourvu, à sa partie inférieure, d’une apophyse fort saillante, et comme tronquée à son extrémité par une surface articulaire arrondie pour le sésamoïde du long abducteur : le trapézoïde est assez fort, même plus que le grand os, le plus petit de tous en dessus; le pysiforme est triangulaire. Le métacarpien du pouce est de forme un peu irrégulière, légèrement arqué, et coupé obliquement, les quatre autres métacarpiens sont assez arqués. Les phalanges de la main sont en général courtes et épaisses, et celles des trois sortes sont très-dissemblables : les premières un peu arquées, con: vexes en dessus, plates en dessous, renflées et excavées obliquement, un peu en sabot bilobé à l'extrémité métacarpienne, et en poulie assez profonde, se prolongeant beaucoup en dessous à l'autre; les deuxièmes grèles, à corps triquètre ; les troisièmes, ou onguéales, croissant graduellement de la première à la cinquième, sont fortes, beaucoup plus hautes qu'épaisses et que longues, pourvues, inférieurement, d’une sorte de talon qui s'abaisse en s’élargissant pour soutenir la pelote de chaque doigt, tandis que supérieurement elles sont arrondies à leur angle; elles sont très-minces, arquées, coupantes, et presque entièrement cachées en forme de languette dans une large excavation formée par une sorte de capuchon basilaire, prenant naissance de chaque côté de la partie inférieure : c’est cette espèce de capuchon qui sert de gaine à la base de l'angle recouvrant la languette, et qui donne à celui-ci la possibilité d’être renversé en dehors de la seconde phalange, la pointe en l'air, dans l'état de repos.

Les membres postérieurs sont plus longs que les antérieurs. L’os innominé égale en longueur le corps des neuf premières vertèbres dorsales, à iléon assez large, à ischion très-large également dans sa tubérosité : la symphyse pubienne est remarquablement longue, et la cavité cotyloïde circulaire, médiocre. Le fémur est court, légèrement courbé, aplati obliquement; la tête est assez petite, et l'extrémité iuférieure assez large. Le tibia est triquètre, et paraît court, à cause de son épaisseur. Le péroné est tout à fait droit, mince, tranchant, presque lamelleux dans la plus grande partie de son bord interne, et dilaté également à ses deux extrémités. Le pied est en totalité au moins aussi long que la jambe, et ce grand allongement est dû surtout à celui des métatarsiens. L'astragale est assez étroit, à tête scaphoidienne portée sur un cou allongé. Le calcanéum est allongé, comprimé, à tubérosité très-oblique. Le seaphoïde est assez épais, en rapport avec les trois cunéiformes. Les métatarsiens, au nombre de quatre seulement complets, croissent de l'indicateur au médius, et décroissent de celui-ci à l'auriculaire, ils tendent à s'imbriquer de l'extrémité métatarsienne de dedans en dehors; ils sont longs, assez arqués, arrondis dans leur corps, et à tête antérieure un peu étranglée : le métatarsien du pouce n’est représenté que par un petit os ovale, comprimé, un peu onguiforme, tranchant au dos, et canaliculé en dessous, articulé à sa base avee le premier cunéiforme. Les phalanges sont analogues à celles de la main.

Les os sésamoïdes sont plus solides et plus nettement circonscrits que dans les autres Carnassiers, mais ils ne sont pas plus nombreux. Ainsi, aux membres antérieurs, on ne trouve toujours que celui du long abducteur du pouce, qui est semi-globuleux, et les deux sousposés à l'articulation de chaque os du métacarpe avec la première phalange. et ces os ont la forme d’une sorte de grosse graine.

Aux membres postérieurs, la rotule est ovale, aplatie, plus large, et arrondie supérieurement, atténuée, et même assez pointue inférieurement. Il y a des sésamoïdes dans les tendons d'attache des museles gastroenémiens et du muscle poplité; enfin, il y en a dans les gaînes des tendons des fléchisseurs des orteils. Ces os varient peu dans les differentes espèces du même genre; aussi n'y reviendrons-nous pas plus tard.

L'os du pénis, qui n'existe pas chez tous les Chats, se trouve dans le Lion; il n’a que sept millimètres de longueur sur deux tout au plus d'épaissenr dans son milieu : 1l est assez grêle, allongé, renflé en massue aplatie à son extrémité postérieure.

Les différences individuelles du squelette du Lion produites par leur patrie différente sont trop peu marquées pour que nous nous en occupions; il n’en est pas tout à fait de même relativement aux particularités sexuelles, et il semble que les femelles ont la tête en totalité plus courte que les mâles, et cela dans ses deux parties, d’où il résulte que la courbure du chanfrein, et même de la ligne palato-basilaire, est plus marquée, surtout parce que l’apophyse occipitale, moins forte, s'élève moins et se prolonge moins en arrière; l'arcade zygomatique est aussi plus courte et plus arquée, etc.

Passant aux différences que les espèces de Felis peuvent présenter dans leur squelette, De Blainville fait observer que le nombre des os étant toujours rigoureusement le même, la dissemblance ne pourra porter que sur les proportions des parties et un peu sur la forme. Sans nous occuper de toutes les espèces indiquées, sous ce rapport, dans l'Ostéographie, nous allons signaler seulement les principales, et encore nous ne parlerons que des différences que l'on peut remarquer dans l'ostéologie de la tête.

Dans la tête du Tigre (Felis tigris), il y a plus d'étroitesse dans toute la partie vertébrale, et par suite dans la crête occipitale se prolongeant davantage en arrière, ainsi que plus de détachement des condyles; puis une sorte de soulèvement du chanfrein entre les orbites, et par suite la convexité du front dans les deux sens et la déclivité des os du nez, qui sont aussi plus étroits, plus allongés, plus parallélogrammiques, le lobe inférieur de leur bord libre étant plus prolongé et plus détaché, d’où il résulte une ouverture nasale plus petite et plus étroite, en rapport avec une sorte de pincement de la branche montante du maxillaire. La forme du bord palatin est en pointe médiane, sans échancrure; l'arcade zygomatique a plus de tendance à s’écarter, à angle droit, et l’apophyse coronoïde de la mandibule s'abaisse plus en arrière.

Le Jaguar (Felis onca) présente encore une sorte d’arqüre plus prononcée dans son chanfrein, et le point le plus saillant de la courbe est plus reculé que dans le Tigre, en sorte que la déclivité du front et du nez est encore plus prononcée, plus rapide, plus étendue, et que le crâne est plus court : les autres différences sont intermédiaires à ce qu'elles sont dans le Tigre et dans la Panthère.

Dans celle-ci, la taille est un peu moindre; la forme du chanfrein est assez doucement arquée, avec l’espace fronto-orbitaire aplati transversalement ou fort peu convexe: les apophyses postorbitaires sont médiocres et assez arquées; les os du nez sont étroits, peu profondément échancrés à leur terminaisou; le bord palatin est relevé en pointe dans son milieu, et d’autres fois échancré, et les apophyses ptérygoïdes sont longues et gréles.

Dans les espèces de taille moyenne ou petite, on trouve plus de différence avec l'espèce type. C’est ainsi que dans le Felis planiceps, outre l'allongement de la tête dans ses deux parties, qui rappelle assez celle d’une Genette, on doit remarquer l’aplatissement du front, de forme losangique régulière, le nez assez pincé, etc.

La tête du Felis Javanensis est sensiblement moins allongée : il en est à peu près de même de celles des Felis Sumatrana et rubiginosa.

Chez l'Ocelot (Felis pardalis), le front est plus bombé, non canaliculé à l'origine du nez, qui est assez pincé : mais, du reste, cette tête ressemble à celle du Serval, quoiqu'elle soit plus grande.

La tête osseuse du Gougouar (Felis concolor) peut être assez bien comparée à celle de la Panthère; elle montre, pour différences principales, un front moins large, mais plus soulevé, plus convexe, un museau plus court et plus rapidement déclive, et par conséquent des os du nez moins allongés, et la branche montante du maxillaire plus large et plus courte.

Dans notre Chat d'Europe (Felis catus), tant à l'état sauvage qu’à l'état domestique, la tête est bombée dans les deux sens, et arquée surtout dans sa partie frontale; les os du nez sont assez arrondis en spatule à leur origine, et forment cependant un nez assez pincé; les orbites sont presque or-

biculaires, avec les apophyses de leur cadre assez rapprochées; le bord palatin est large, et l'apophyse médiane peu prononcée. Les Felis Bengalensis, caligata, torquata et Cafra se rapprochent beaucoup du Felis catus par la conformation de la tête osseuse, et il en est à peu près de même du Felis chaus.

Le Chat domestique, dont nous venons de dire quelques mots sous le rapport de l'ostéologie, à été étudié par M. Straus-Durekein sous tous les points de vue de son organisme ; nous renvoyons nos lecteurs au consciencieux ouvrage de cet auteur.

Fig. 77. — Chat ganté.

Chez les Chats de la division des Lynx, dout on a proposé de former un genre particulier, il y à aussi quelques différences ostéologiques appréciables que nous indiquerons dans un article spécial: il en est de même du Guépard, dont nous nous sommes déjà occupé en particulier.

Les muscles sont très-développés, et disposés dans le but de permettre aux Chats d'exécuter des sauts brusques et considérables comme pourrait le faire une sorte de ressort. Toutes les puissances musculaires qui doivent exécuter les mouvements pour lesquels le tronc est entièrement disposé sont proportionnellement développées; aussi les muscles qui déterminent la flexion du tronc, comme le long cou, le petit psoas, le carré des lombes, ete., sont-ils assez forts, quoique beaucoup moins que les extenseurs de la colonne vertébrale. En effet, Le long dorsal, le multifidus, les muscles postérieurs du cou qui suppléent à la petitesse du ligament cervical, et spécialement les complexus, sont extrèmement épais; l’oblique inférieur de la tête est réellement énorme, et, en général, tous les muscles qui s’attachent à la crête occipitale et qui soutiennent la tête de l'animal, quand il emporte sa proie, sont très-forts. C’est ce qui rend le cou de ces animaux si gros et si rond.

Tous les muscles des membres antérieurs sont en rapport avec la disposition du squelette. Ainsi les muscles de l'épaule, les abducteurs surtout, sont très-peu développés. Dans les muscles du bros,

UT

Chiens de chasse

les extenseurs sont très-puissants; dans ceux de l’avant-bras, les fléchisseurs du carpe sont très-forts, surtout le cubitus antérieur, parce que ce sont eux qui appliquent la griffe. Les fléchisseurs des doigts sont dans le même cas, mais ils sont peu séparés et distincts entre eux, devant agir dans le même but, et tous à la fois; les interosseux sont remarquables par leur grande épaisseur; et, en effet, ce sont eux qui, écartant les doigts, dont les ligaments transversaux sont peu serrés, élargissent la surface de la griffe. La proportion des muscles des membres postérieurs dénote leur principal usage, celui de permettre à ces organes de se déployer subitement; les muscles fléchisseurs, et surtout les muscles extenseurs, sont très-prononcés, ce qui rend la cuisse plate, large, collée contre le tronc; les gastrocnémiens sont très-forts, remontent très-haut à la cuisse, et se terminent à un calcanéum très-saillant,

Fig. 78. — Chat à longue queue.

C'est dans la disposition à la flexion des membres, et surtout des postérieurs, ainsi que dans l'existence de pelotes très-prononcées qui sont sous les pattes, que se trouve l'explication du fait observé que les Chats peuvent tomber de très-haut sans se blesser. C’est, au contraire, la disposition de leurs ongles qui leur permet de grimper aisément, mais non de descendre ou au moins de les forcer à descendre en arrière, c’est-à-dire en s’accrochant.

Nous devons revenir maintenant sur une particularité dont nous avons déjà dit quelques mots, principalement à l'occasion de l’ostéologie, et qui est des plus remarquables. Nous voulons parler de l'habitude qu'ont les Chats de se jeter brusquement sur leur proie, et de la retenir au moyen d'ongles fort aigus, faisant l'office de crochets. Il était essentiel que ces ongles ne pussent user la pointe acérée qui les termine, et qu’en même temps ils fussent solidement et profondément implantés, afin que les efforts de la proie qui se débat ne pussent les arracher. Il fallait, en même temps, que la griffe pûts’étendre le plus possible, afin de mieux saisir et de retenir sa proie. Pour obtenir le premier point,

ce 48

c'est-à-dire afin d'empêcher qu'ils ne s’usassent par la pointe, et qu'ils fissent l'office de grappin, il fallait qu'ils ne servissent que dans le moment où l'animal se jette sur sa proie, et que, dans la marche, ils pussent être relevés et conservés dans une sorte de gaîne ou d’étui. Pour cela, ils ont été disposés de manière que, dans l’état de repos, ils ne sont pas à l'extrémité des dernières phalanges, comme dans les autres animaux, mais presque à côté, ce qui rend la patte de ces animaux très-courte. Aussi les dernières phalanges sont-elles comme tordues, ou mieux fortement excavées à leur côté interne; et la troisième phalange, dans l'état de repos, se renverse-t-elle de manière à ce que son dos se loge dans cette excavation, et qu'alors la pointe soit en l'air. Par cette disposition, l’ongle ne peut toucher la terre, et, en outre, l'animal appuie l'extrémité de ses membres sur une grosse pelote qui occupe le milieu de la patte, et sur d’autres plus petites qui correspondent à l'articulation des dernières phalanges. Dans l'état d'activité, il n’en est pas ainsi; la phalange onguéale, et par conséquent l'ongle qu'elle porte, et quine la dépasse guère, est fortement abaissée par les muscles fléchisseurs des doigts, et pénètre plus ou moins profondément dans la proie; mais, pour revenir à son état de repos, il n'est pas besoin d’eiforts musculaires, et ils sont suppléés par l'emploi d'un ligament jaune ou élastique. En effet, outre les ligaments ordinaires des deux dernières phalanges, qui existent à peu près comme dans les autres Mammifères, on trouve plusieurs ligaments élastiques, l'un en dehors, l’autre en dedans, et un troisième au-dessus, qui se portent de la tête antérieure de la première phalange à la racine de la troisième, et qui deviennent trop courts quand les fléchisseurs l'abaissent, et sont, par conséquent, tiraillés; aussi, à peine l’action de ceux-ci est-elle finie, que, par leur élasticité, tendant à revenir à leur premier état, ils entrainent avec eux la phalange onguéale, et par conséquent l'ongle qu’elle porte, dans sa première situation. Cet ongle est encore enveloppé dans une sorte de gaine, formée par la peau, de manière à être à l'abri du contact de tout corps extérieur. C'est de tout cet appareil, que nous avons cru devoir expliquer, que l'on entend parler quand, en zoologie, on dit des ongles rétractiles.

Les organes de la digestion offrent toutes les conditions les plus favorables pour une nourriture animale et vivante. L'organisation de la tête dénote le régime diététique de ces animaux : nous ne reviendrons pas sur ce que nous en avons déjà dit, et nous nous bornerons à ajouter que l'ensemble de l’appareil masticateur est excessivement fort.

Par la disposition des dents, on voit que les Chats ne sont pas faits, comme les Chiens, pour ronger de la chair, ni même pour la mâcher, et à plus forte raison pour ronger des os, et qu'ils sont disposés pour la déchirer et l'avaler sans presque la mâcher. Les incisives sont très-petites, presque entièrement cachées par le grand développement des canines, qui sont de véritables crochets dans leur forme et dans leur usage; enfin, les molaires ne justifient pas ce nom; elles sont comprimées, tranchantes et dentelées comme une scie; au lieu de se toucher par leur couronne, elles se correspondent par leur face à la manière des lames de ciseaux, ce qui provient de ce que la mâchoire inférieure, beaucoup plus étroite que la mâchoire supérieure, place les dents dont elle est armée en dedans de celles de la supérieure; aussi, les mouvements d’abaissement et d’élévation sont presque les seuls permis, ce qui dépend aussi de la disposition du condyle de la mâchoire inférieure, qui est entièremeut transversal, et joue dans une racine horizontale du temporal; les molaires elles-mêmes dénotent donc la carnivorité de ces Mammifères.

Mais l'appareil dentaire est trop important chez ces animaux pour que nous nous bornions au peu de mots que nous venons d'en dire. Beaucoup d’anatomistes et de zoologistes s’en sont occupés : nous citerons principalement, en France, Daubenton, G. et Fr. Cuvier et De Blainville, et c’est d’après ce dernier que nous allons en donner une description détaillée.

Dans le Lion, pris pour type de ce genre naturel, les incisives sont en même nombre que dans les autres espèces de Chats, et même que dans tous les Carnassiers, c’est-à-dire qu’il y en à trois paires parfaitement rangées en haut comme en bas. L'externe est toujours un peu plus forte que les deux autres, dont interne est la plus petite, avec le bord tranchant de la couronne indivis, et pourvu, en arrière, d’un talon d'arrêt supérieurement, et inégalement bilobé inférieurement. Ces dents sont disposées de la manière la plus serrée et la plus rectiligne possible; et elles sont très-petites.

Les canines, comme chez les Carnassiers en général, sont au nombre de deux à chaque mâchoire. Elles sont remarquables par leur force et par leur forme; celles d'en bas croisant d'une manière très-serrée celles d'en haut, et leur racine étant au moins aussi longue que leur couronne, qui est

toujours un peu plus plate dans leur iers interne qu'aux deux tiers externes, avec une carène plus ou moins marquée, principalement en arrière, séparant ces deux parties. La supérieure diffère de l’inférieure en ce qu'elle est un peu plus comprimée, plus longue, plus arquée, et que la dernière est plus en crochet et quelquefois avec un seul crochet au côté externe.

Les molaires, qui ne sont qu'au nombre de quatre de chaque côté à la mâchoire supérieure, et de trois seulement à l'inférieure, croisent les carnassières de dehors en dedans, l’inférieure se plaçant en dedans de la supérieure; la dernière supérieure ne correspondant à rien, parce que la dernière molaire inférieure n’a pas de talon. Les molaires supérieures se subdivisent en une avant-molaire, une principale et deux arrière-molaires. L'avant-molaire est proportionnellement très-petite, à une seule racine à couronne simple, presque mousse. La principale est plus grande, triangulaire à la couronne, à sommet presque médian et peu pointu, pourvue en avant d’un tubercule basilaire peu marqué, et de deux en arrière. La première arrière molaire ou carnassière supérieure est la plus grosse de toutes et tout à fait caractéristique : elle est formée d’une pointe presque médiane, tranchante, avec un lobe conique à la base antérieure, et, en arrière, un lobe beaucoup plus étendu, tranchant, bilobé, s’écartant en une sorte d’aile postérieure. La seconde arrière-molaire ou transverse, la plus petite des quatre, est entièrement tuberculeuse, disposée transversalement et à couronne bilobée, à lobe externe un peu plus large que l’interne. Les molaires de la mâchoire inférieure comprennent une principale et deux arrière-molaires. La principale, qui vient après une bosse assez marquée, est un peu, comme en baut, triangulaire, comprimée, avec un talon basilaire en avant, et un talon grand, presque bilobé, en arrière. La première arrière-molaire a la même forme, et est seulement plus grande. La seconde arrière-molaire ou carnassière inférieure est caractéristique : elle est très-mince, assez élevée, et formée presque exclusivement de deux lobes tranchants, nettement séparés par une échancrure plus ou moins profonde : et cette dent est toujours très-serrée contre la précédente, au point quelquefois de la dépasser en dedans d’une manière assez marquée.

Les différences odontologiques individuelles étudiées dans le Lion sont assez marquées.

L'âge apporte, au contraire, des changements considérables dans le système dentaire; à trois mois toutes les dents de lait sont sorties. Supérieurement, les incisives sont disposées en cercles, assez semblables à celles de l'adulte. Les canines sont peu comprimées, plus courtes, plus en crochet, sans trace de cannelures. Il n’y a que trois molaires : une avant-molaire très-petite, à couronne épaisse et mousse; une principale, soutenue par deux racines divergentes, grosse, très-large, tranchante, pourvue à son bord d’une pointe médiane entre deux lobes presque égaux; et, enfin, une arrière-molaire grosse, transverse, arrondie, aplatie à la couronne, avec deux racines obliques. Inférieurement, les incisives sont disposées presque transversalement, et elles ne sont pas plus lobées que les supérieures. Les canines sont larges, plates, lisses à la couronne, avec un petit crochet d'arrêt au côte interne du collet. Il n’y a que deux molaires : une principale à deux racines inégales, à couronne presque de même forme que dans l'adulte, et une arrière-molaire ou carnassière à deux lobes tranchants, avec le talon postérieur très-prononcé. Dans un autre degré de développement de ce système dentaire, les incisives d’adulte ont remplacé cellés de lait, les canines d'adulte ont poussé de manière que pendantun certain laps de temps ces animaux les ont doubles, et danslequel les molaires offrent des particularités assez curieuses.

Relativement à la considération des racines qui soutiennent les dents, les incisives et les canines ne présentent rien de particulier : il n’en est pas tout à fait de même des molaires. À la mâchoire supérieure, l’avant-molaire n’a qu’une seule racine; dans quelques espèces de Chats, elle en présente tantôt deux, tantôt trois; la principale en a deux; la première arrière-molaire est la seule qui en offre trois, et la seconde arrière-molaire n’en a qu'une seule. À la mâchoire inférieure, les trois molaires ont, comme chez tous les Carnassiers, deux seules racines.

Les alvéoles sont nécessairement en rapport de nombre. de grandeur et de proportion avec les racines qui portent la couronne; et, d’après la disposition des racines, on comprendra pourquoi il n'yen a qu'un petit nombre sur le bord des mâchoires. Ainsi, supérieurement, après les trois trous ovales, serrés en ligne droite, et celui beaucoup plus grand, orbiculaire, de la canine, on voit une série externe de cinq trous qui vont en croissant d'avant en arrière, très-éloignés; et inférieurement les alvéoles sont, comme à l'ordinaire, beaucoup plus simples, puisque après les trois premières, petites, étroites, serrées sur le même rang, qui suit immédiatement celle de la canine, puis une barre

assez considérable, viennent six trous groupés deux à deux, le dernier bien plus petit que lavantdernier.

La forme de chacune des dents des espèces du genre Chat varie peut-être encore moins que leur nombre; toutefois c'est d'après des considérations d'assez peu d'importance, tirées de ces deux particularités, que sont fondés les deux genres Guépard et Lynx, dont nous parlerons séparément. Dans les espèces de véritables Felis, on a aussi quelques différences à signaler. D'une manière très-générale, on peut encore apercevoir quelques nuances différentielles dans le nombre et la profondeur des cannelures dont les canines sont sillonnées, ainsi que dans la proportion de Favant-molaire supérieure, et surtout dans le nombre de ses racines, qui est de deux dans le Felis planiceps ; dans la forme et la proportion de la dent tuberculeuse d'en haut; et, enfin, dans la proportion du rudiment de talon qui existe quelquefois au bord postérieur de la carnassière d'en bas. En effet, dans le Tigre, par exemple, on peut remarquer au-dessus du rudiment presque effacé du talon une petite échancrure au-dessous de laquelle le bord de la dent se dilate en un petit lobe très-mince. Enfin, une particularité à noter, c'est que les canines, déjà très-grandes dans les Chats vivants, sont parfois énormes dans certaines espèces fossiles, telles que les Felis smilodon et megantereon dont on devrait peut-être faire un groupe distinct.

Le reste de l'appareil digestif est parfaitement en rapport avec la disposition des organes de la mastication; aussi la brièveté proportionnelle, l'étroitesse du canal intestinal, sont-ils remarquables; ce qui donne au ventre de ces animaux une maigreur presque constante, et une arqüre en sens inverse de ce qui a lieu chez les herbivores, par exemple.

L’estomac, en général peu développé, assez court, n'offre qu'un très-petit cul-de-sac splénique; il n'a presque aucun repli à l’intérieur : le pylore est peu épais ; l'insertion des canaux hépatiques se fait très-près de l’orifice gauche de l'estomac : l'intestin est surtout extrêmement grêle et court, au point qu'il serait quelquefois assez difficile de distinguer l'intestin grêle du gros intestin, s'il n°y avait un rudiment de cœcum très-petit qui les sépare. De chaque côté de l'anus est une glande ou un amas de cryptes muqueux qui sécrètent une sorte de matière sébacée très-odorante, ce qui donne aux excréments de ces animaux une odeur si pénétrante, qu'ils sont obligés de les enfouir, trèsprobablement pour qu'ils ne viennent pas indiquer leur présence aux animaux qui doivent leur servir de proie.

La langue est hérissée de papilles cornées tellement dures, qu'elles déchirent la peau, même quand ces animaux se bornent à lécher leur proie.

La petitesse des glandes salivaires explique la grande soif dont ces animaux sont presque toujours tourmentés.

Comme la vie est en général très-active dans ces animaux, la respiration est très-nécessaire, et ils s’asphyxient aisément : la circulation est très- rapide, aussi le cœur est-il proportionnellement trèsgros, et les artères ont-elles des parois très-épaisses.

L'appareil de la dépuration urinaire semble être d’une grande importance chez ces Carnassiers, probablement à cause de leur nourriture purement animale; mais, du reste, il n'offre rien de bien remarquable : les reins sont grands, la vessie médiocre; leur urine se putréfie aisément et répand une odeur infecte qui les porte à uriner en cachette et à la recouvrir.

Les organes de la génération ne présentent aucune particularité bien notable, que celle qui rend raison des cris que la femelle de plusieurs espèces jette pendant l'accouplement, et qui dénotent une grande douleur, il paraît que cela tient à des espèces d’épines ou de crochets dont l'organe pr incipal du mâle est armé. Les testicules sont assez petits, toujours extérieurs; il n'y a pas de vésicules séminales, ce qui explique la longueur de l’accouplement. Les mâles se distinguent des femelles par une tête plus forte, plus large, plus arrondie, et par une taille généralement plus grande. Le nombre des manielles est de huit, et toutes sont ventrales. Chaque portée est composée d’un nombre assez considérable de petits.

La voix, dans les grandes espèces, est un bruit rauque très-fort, qui se change, dans les petites, en ce que l’on appelle le miauiement. Mais, outre ce cri, dont le caractère principal se retrouve chez les unes comme chez les autres, chaque espèce a plus ou moins la propriété de rendre des sons particuliers, et qui n'appartiennent qu'à elle : c’est ainsi, pe exemple, que le Lion rugit d’une voix creuse et presque semblable à celle d'un Taureau; que le Jaguar aboie comme un C hien:; que le Chat

CARNASSTERS. 141

ordinaire miaule; que le cri de la Panthère ressemble au bruit d’une scie, ete. Tous font aussi entendre, pour exprimer leur satisfaction, un bruit particulier qu'on nomme ronron.

Outre l'odeur désagréable de leurs excréments, ces animaux, lorsqu'ils sont en colère, répandent une odeur très-fétide.

Le système nerveux est développé dans ses différentes parties proportionnellement à l'organe que chacune d'elles doit animer. Leur intelligence est habituellement moins grande que celle des Mammifères qui les précèdent dans la classification que nous suivons, ce qui vient probablement du peu de place que l'énorme développement de leurs mâchoires et des muscles de leur tête a laissé à la boîte cérébrale; quoique le cerveau, en lui-même, soit encore assez développé, surtout dans ses circonvolutions. Les nerfs de certaines parties du corps offrent assez de développement; c’est ainsi que ceux des membres sont très-gros dans les régions qui doivent imprimer un grand mouvement à l'animal.

Fig. 79. — Chat d'Ansora.

Leur vue paraît avoir une portée très-longue; mais ils voient également bien le jour et la nuit. Leur pupille se dilate et se resserre suivant la quantité de la lumière, et l'extrême sensibilité que montre cet organe tient probablement à la couleur généralement jaunätre de la choroïde. Chez quelques espèces, la pupille, en se resserrant, prend une forme allongée verticalement; chez d’autres, elle conserve constamment celle d’un disque.

Le peu d’étendue du nez ne permet pas à ces animaux d’avoir un odorat très-fin; cependant ils consultent ce sens avec soin avant de manger, toutes les fois que quelque odeur vient les frapper, et dans leur premier mouvement d'inquiétude, lorsqu'ils en ignorent la cause. L’organe glanduleux qui entoure les narines est bien moins développé que celui que l’on remarque chez les Chiens.

Relativement à l'organe du goût, nous avons déjà dit que la langue est revêtue de papilles cornées qui doivent en altérer les sensations. Aussi les Chats dévorent-ils plutôt qu'ils ne mangent; leur nouriture ne semble leur produire d’impressions que lorsqu'elle est descendue dans l'estomac, tant ils mettent d'empressement à l’avaler; ils ne mâchent pas leurs aliments, à proprement parler, ils ne

font que les découper en morceaux assez petits pour qu'ils puissent passer par l'æsophage, et ils mächent et avalent sans interrupüon, jusqu'à ce qu'ils soient repus. Ils tiennent leur proie entre leurs pattes de devant. [ls boivent en lapant, de même que les Chiens.

Le sens de l'ouie est chez ces Carnassiers le plus perfectionné. La conque externe de l'oreille n’est cependant pas très-développée dans quelques espèces, quoiqu'elle le soit assez notablement dans d’autres : elle est mobile, son ouverture est très-grande, et elle est remplie de nombreuses sinuosités. La membrane et la caisse du tympan sont aussi très-étendues. C’est surtout par leur ouïe que les Chats se dirigent; le son le plus imperceptible pour homme ne l’est pas pour eux; et c’est, assuret-on, au bruit des pas de leur proie qu'ils se dirigent à sa poursuite.

Le toucher de toute la superficie du corps est très-sensible; les poils soyeux en sont l'organe extérieur; mais c’est surtout aux moustaches que cet organe à atteint sa plus grande délicatesse. Il paraitrait, dit Fr.Cuvier, que les Chats sont habitués à recevoir par ces longues soies de nombreuses impressions; Car, lorsqu'ils en sont privés, leurs mouvements, leurs actions, éprouvent un embarras remarquable, qui ne se Ju que longtemps après. En outre, les pattes sont garnies en dessous de tubereules épais et élastiques qui contribuent à rendre si douce la marche de ces animaux : le plus grand, qui se trouve à la base des doigts, approche de la forme d’un trèfle; les autres sont elliptiques, et situés à l'extrémité de chaque doigt; près du poignet il y a un tubercule particulier, allongé, étroit, saillant, qui ressemble à un rudiment de doigt.

Le pelage des Chats est généralement doux, ce qui fait que leur fourrure, recherchée depuis la plus haute antiquité, fournit une branche importante de commerce. Le plus grand nombre des espèces ont les deux sortes de poils : les laineux habituellement gris, et les soyeux formant souvent à l'animal une robe très-riche. Il y a des Chats dont le pelage est jaunâtre, d’autres l'ont gris, noir, fauve. Le Tigre a des bandes transversales noires; le Jaguar est couvert de taches en forme d’yeux; d’autres espèces ont des taches pleines, des bandes longitudinales, comme le Chat domestique, ou sont tiquetées par un mélange uniforme de deux couleurs différentes. Mais le plus habituellement le pelage des Chats a de la tendance à être varié. Une particularité des plus remarquables que présentent certaines espèces doit être notée : à l'âge adulte leur pelage est d’une couleur uniforme, tandis que les mêmes individus, dans leur jeune àge, portent une livrée composée de plusieurs couleurs. Chez quelques espèces, par exemple chez le Lion, on voit de fortes crinières chez l'adulte mäle; dans d'autres, et nous pourrions encore citer l'animal que nous venons de nommer, la queue se garnit à son extrémité d'une touffe épaisse.

On n'ignore pas comment chez les Chats l'agitation de la queue indique souvent les passions qui animent l'animal. Lorsqu'ils sont contents, ils relèvent cet organe sur leur dos, tandis que, lorsque la colère les anime, ils le baissent et le font mouvoir latéralement de droite à gauche et avec force.

Les mœurs des Chats ont été étudiées par plusieurs naturalistes. Qu'il me soit permis de rapporter ici ce qu'en dit Fr. Cuvier, qui, outre ce que lui en ont appris les récits des voyageurs, à été à même d'en chserver si longtemps un grand nombre d'espèces à la Ménagerie du Muséum.

« Ces animaux sont Les plus carnassiers de tous les Mammifères: et, quoique répandus sur la surface presque entière du globe, leurs mœurs sont partout à peu près les mêmes. Doués d’une vigueur prodigieuse, et pourvus des armes les plus puissantes, ils attaquent rarement les autres animaux à force ouverte; la ruse et l'astuce dirigent tous leurs mouvements, sont l'âme de toutes leurs actions. Marchant sans bruit, ils arrivent au lieu où l'espoir de trouver une proie les dirige, s’approchent en rampant de leur victime, se tapissent dans le silence, sans qu'aucun mouvement les décèle, ils attendent l'instant propice avec une patience que rien n'altère; puis, s’élançant tout à coup, ils tombent sur elle, la déchirent de leurs ongles, et assouvissent pour quelques heures la soif de sang qui les dévorait. Passasiés, ils se retirent au centre du domaine qu'ils ont choisi pour leur empire. Là, dans un profond sommeil, ils attendent que quelque besoin nouveau les presse encore d'en sortir. Celui de l'amour, non moins puissant sur leurs sens que celui de a faim, vient à son tour les arracher au repos; mais la férocité de leur naturel n’est point adoucie par ce besoin, dont la conservation de la vie est cependant le but. Le mâle et la femelle s'appellent par des cris aigus, s’approchent avec défiance, assouvissent leur ardeur en se menaçant, et se séparent remplis d'effroi. L'amour des petits n'est connu que des mères. Les Chats mâles sont les plus cruels ennemis de leur progéniture. I semblerait que la nature n'a pu trouver qu'en eux-mêmes les moyens de proportionner leur nombre

à celui des autres êtres, comme elle n’a pu trouver qu'en nous ceux de mettre des bornes à l'empire de notre espèce. Telles sont en effet les mœurs du Tigre comme de la Panthère, du Lion comme du Chat domestique.

« Cependant ces animaux, qu'aucun amour ne peut apprivoiser, sont capables de s'attacher par le sentiment de la reconnaissance. Lorsque la contrainte les force à recevoir des soins et leur nourriture d'une main étrangère, l'habitude finit par les rendre confiants, et bientôt leur confiance se change en une affection véritable: elle va même jusqu'à en faire des animaux domestiques : car le naturel des Chats est tellement semblable dans toutes les espèces, que je n'élève aucun doute sur la possibilité de rendre domestique le Lion ou le Tigre comme notre Chat lui-même.

(Une grande force, une grande indépendance, nuisent, on le sait, au développement des facultés intellectuelles en les rendant inutiles. C’est toujours le moyen le plus simple d'arriver au but qu'on préfère. Gr, excepté l'homme, les Chats n'ont point d’ennemis qui en veulent à leur vie, et aucun des animaux dont ils font leur proie ne peut leur résister; la seule ressource de ceux-ci est dans une prompte fuite. Les Chats ne peuvent point courir avec rapidité : c'est le seul développement de force auquel leur organisation ne se prête pas; et, sous ce rapport, c’est leur seule imperfection, si l'on peut toutefois appeler ainsi la privation d’une faculté qui aurait entrainé la dévastation des continents, et y aurait éteint la vie animale: car, après avoir vu ce que peut ia force d'un Tigre poussé par la faim, et l’adresse ou la légèreté du Chat sauvage, il est impossible de concevoir comment les autres animaux auraient pu échapper à la mort si la fuite leur eût été inutile. Le Buffle et l'Éléphant luimême tombent sous la griffe du Lion, et les arbres les plus élevés ne garantissent pas les Oiseaux contre les surprises des petites espèces de Chats.

« Ces animaux ne montrent jamais, dans l’état sauvage, une très-grande étendue d'intelligence; aussi ne les chasse-t-on pas, à proprement parler; on les attaque à force ouverte ou par surprise. Leurs ruses ne consistent guère que dans le silence et le mystère. Les grandes espèces se retirent dans les forêts épaisses, et les petites s’établissent sur les arbres ou dans des terriers, lorsqu’elles en trouvent de tout faits; mais chaque individu, se reposant sur lui-même de la conservation de son existence, vivant dans un profond isolement, est privé des ressources qu'il trouverait dans son association avec d’autres individus, et des avantages que procurent les efforts de plusieurs dirigés vers un but commun : non pas cependant que la nature ait donné la force à ces animaux pour restreindre leur intelligence ; lorsqu'ils sont une fois soumis à l’homme, lorsqu'ils sont contraints par sa puissance à vivre dans des circonstances où ils ne se seraient jamais placés d'eux-mêmes, alors leur entendement se développe, s’accroit, et présente des résultats tout à fait inattendus. La défiance parait être le trait le plus marqué de leur caractère; aussi c’est celui que la domesticité n’efface jamais tout à fait, et qui présente le plus d'obstacles quand on veut les apprivoiser. La moindre circonstance nouvelle suffit pour les effrayer, pour leur faire craindre quelque danger, quelque surprise. Il semblerait qu'ils se jugent comme nous les jugeons nous-mêmes.

« Ce naturel calme, patient et rusé, est en parfaite harmonie avec les qualités physiques des Chats. I n’est point d'animaux dont les formes et les articulations soient plus arrondies, dont les mouvements soient plus souples et plus doux; et toutes les espèces se ressemblent encore à cet égard. Quiconque a vu un Chat domestique peut se faire une idée de la physionomie, de la force et des allures des autres Chats; tous ont, comme lui, une tête ronde, garnie de fortes moustaches, un cou épais, un corps allongé et presque aussi gros au ventre qu'à la poitrine, mais étroit, et qui peut se rétrécir encore au besoin: des doigts très-courts, des pattes fortes, peu élevées, celles de devant surtout; et la plupart ont une queue assez grande et fort mobile. [ls marchent avec lenteur et précaution, et en fléchissant les jambes de derrière; se reploient très-facilement sur eux-mêmes, font usage de leurs membres et surtout de leurs pattes de devant avec une adresse qu'on aime à voir. Ils n'ont pas un mouvement dur. Lorsqu'ils courent, ils semblent glisser; lorsqu'ils s’élancent, on dirait qu'ils volent. »

On a peut-être cherché à trop diminuer le courage que montrent ces animaux, et, pour expliquer la pusillanimité qu'on leur prête, on s’en est pris à leur peu d'intelligence. « Car, dit M. Boitard, le courage est un pur effet de l'intelligence, qui domine l'instinct inné de la conservation. L'homme, par cette raison, devait être le plus courageux des êtres, et il l'est en effet, comme il en est le plus intelligent; mais la stupidité peut quelquefois tenir lieu de courage, soit en empêchant de voir le

danger, comme dans l'Ours blanc et le Glouton; soit en l’exagérant, comme chez les animaux lâches qui, croyant leur vie menacée, combattent avec désespoir, avec fureur : c'est ce qu'on appelle le courage de la peur, et celui-ci est terrible. Ces animaux lâches n’attaqueront leur proie que lorsqu'ils y seront poussés par la plus cruelle des nécessités, la faim; ils ne l’attaqueront jamais de face, dans la crainte d'une résistance; mais ils se glisseront dans l'ombre de la nuit, se placeront en embuscade, l’attendront en silence et avec une patience que rien ne lassera, s’élanceront sur elle à Pimproviste, la surprendront et la tueront sans combat, sans la moindre lutte. Alors même que leur faible victime succombera sans essayer de se défendre, ils ne commettront pas le meurtre sans colère; et, s'ils rencontrent la moindre résistance, la crainte les poussera à une fuite honteuse ou à la fureur : dans ce dernier cas, le combat sera terrible et désespéré. Tels sont les Chats. Deux Hawers hollandais chassaient aux environs du Cap, et Fun d'eux s’approcha d’une mare. Un Lion était caché dans les hautes herbes et ne pouvait voir le chasseur; trompé sans doute par le bruit de ses pas, qu'il prenait pour ceux d'un animal ruminant, d’un bond prodigieux il s'élance sur lui, et par hasard le saisit au bras. Mais il avait reconnu son adversaire; et, surpris de la hardiesse de sa propre attaque, il resta immobile pendant plus de trois minutes, toujours tenant le chasseur, sans oser ni le lâcher pour fuir, ni l'attaquer pour le dévorer, et fermant les yeux, afin de ne pas rencontrer le regard effrayant de sa victime. Cette terrible situation ne cessa qu'au moment où le chasseur eut frappé le monstre d'un coup de couteau. Alors commença une lutte atroce qui ne finit que par la mort de l'un et de l’autre. Dans les rampoks de Java, on faisait combattre des Tigres et des Panthères contre des hommes. On amenait dans l'arène ces animaux renfermés dans des cages de bois, et ils étaient tellement effrayés à la vue des hommes qui les entouraient, qu'il fallait mettre le feu à leur cage pour les obliger d'en sortir, et les attaquer à coups de dards pour les déterminer à combattre. »

LR \ jy ip NN A\ il ÿ, à : ST ÉR à 2 / ZANUUX y \ PDC / = AN NT RER ee A7 Ty ESA VE SSERS te \\ W V ne VS

Fig. 80. — Chat de Sumatra.

Dans le passage que nous venons de citer, on n'a certainement pas rendu une entière justice au courage des Chats, et, d’un autre côté peut-être, le même M. Boitard, dans les lignes qui vont suivre, a-t-il

Attaque de Morses.

voulu trop les disculper de la réputation de cruauté qu'on leur attribue généralement. « Si le Lion et le Tigre ont été vantés par leur courage, écrit-il, ils ne l'ont pas moins été, ainsi que toutes les grandes espèces du genre, par leur cruauté et leur férocité prétendue indomptable, et l'un n'est pas plus vrai que l'autre. Les Chats sont beaucoup moins cruels que la plupart des petits Carnassiers auxquels nous ne faisons pas ces reproches. La Fouine, la Belette, Le Renard, par exemple, semblent donner la mort pour le plaisir de tuer, et, s'ils pénètrent dans un poulailler, une basse-cour, une bergerie, ils n’en sortent plus tant qu'il y reste un être vivant. Les Chats, au contraire, n’attaquent que quand ils ont faim, et se contentent, pour l'ordinaire, d’une seule victime. Au milieu d’un troupeau nombreux et sans défense, ils saisissent leur proie, la dévorent, et se retirent sans faire attention aux autres jusqu'à ce que la faim les ÿ ramène; ils ne tuent jamais sans nécessité. Quant à leur prétendue férocité, elle n'existe pas plus chez eux que chez les autres Carnassiers. Quoi qu'on en ait dit, toutes les espèces s’apprivoisent et sont susceptibles d’attachement pour leur maitre. »

Fig. 81. — Chat chaus.

La grande ressemblance que toutes les espèces nombreuses de Chats ont entre elles n’a pas permis de subdiviser ce groupe naturel en plusieurs genres; la disposition des yeux, surtout dans la pupille, pourrait toutefois fournir des caractères différentiels d’après Fr. Cuvier. Quelques particularités ont servi également pour la création des genres particuliers des Guépard, Chat et Lynx, que nous décrirons séparément, quoiqu'ils n’offrent réellement pas une caractéristique bien tranchée, tandis que les différences nous semblent trop peu considérables pour adopter ceux des Lion, Tigre, Puma, Parde, ete., proposés par quelques auteurs, et que nous indiquerons comme subdivisions secondaires.

Si nous comprenons le genre Chat à la manière de Linné, c'est-à-dire en y réunissant les Guépards et les Lynx aux Felis vrais, ou plutôt en y comprenant tous nos Féliens, on peut dire qu’on en trouve dans toutes les parties du globe, dans l'ancien comme dans le nouveau continent, à l'exception des

iles de la mer du Sud et de la Nouvelle-Hollande, dans les grandes îles comme dans les continents, dans les régions les plus chaudes comme dans les plus froides, dans les pays de plaines et même dans les vallées comme dans les régions les plus montueuses ; mais principalement dans ces dernières, à cause des bois qui les recouvrent. Un ou deux groupes, celui des Chats vrais et celui des Lynx surtout, semblent se trouver dans toutes les parties du monde, mais non pas la même espèce; et cela, sans doute, parce que ces derniers rencontrent une température froide aussi bien dans les montagnes des régions équatoriales que dans celles des régions polaires.

Les espèces qui paraissent être aujourd'hui les plus répandues sont la Panthère, en supposant qu'il n’y ait pas de distinction spécifique à faire dans le Felis pardus de Linné, le Lion, le Chat à oreilles rousses dans l’ancien monde, le Jaguar, le Couguar et l'Ocelot dans le nouveau. Le Caracal et le Guépard sont communs à l'Afrique et à l'Asie continentale. Il paraît en être de même des Chats-Lynx, des trois espèces, c’est-à-dire des Felis maniculata, bubastes et chaus. Le Tigre n'existe qu'en Asie, et même dans la Haute-Asie; le Jaguarondi dans l'Amérique méridionale. [a partie du monde qui renferme encore aujourd'hui le plus d'espèces de Felis est bien certainement l'Asie, puisqu'on y trouve le Tigre, le Lion, la Panthère, le Serval, le Caracal, le Guépard, le Chat d'Égypte, le Bubastes etle Ghaus, et, de plus, le Chat de Java, celui de l'Himalaya, de Sumatra, avecles Felis rubiginosa, moormensis, planiceps, longicaudata. L'Amérique, et surtout l'Amérique méridionale, en possèdent un peu moins, savoir : le Jaguar, le Couguar, le Jaguarondi, l'Ocelot, et trois ou quatre espèces voisines, le Margay, le Pajeros, le Cococulo, le Guigna, ete., tandis que l'Amérique septentrionale, au delà du golfe du Mexique, ne nourrit que le Couguar, l'Ocelot, et une ou deux espèces de Lynx. Vient ensuite l'Afrique, dans laquelle on trouve le Lion, la Panthère, le Serval, le Ghacal, le Guépard, le Chat d'Égypte, le Bubastes, le Chaus et le Cafre. Enfin, en Europe, aujourd'hui, on ne connait que le Chat ordinaire, et peut-être deux ou trois espèces de Lynx, encore peut-on douter de leur distinction, ce qui montre qu’en définitive les espèces du grand genre Chat sont plus méridionales que boréales, sauf pour les Lynx.

Avant de passer à la description des espèces, il nous reste encore deux sujets importants à traiter : 4° l'histoire des Ghats, et 2 leur paléontologie; nous allons le faire en prenant pour guide l'Ostéographie de De Blainville.

Les anciens connaissaient et avaient occasion de voir, soit dans l’état de nature, soit dans les jeux du cirque, un certain nombre d'espèces de ce genre; mais il est très-difficile de rattacher d’une manière un peu certaine les noms qu'ils ont employés pour les désigner à des espèces aujourd'hui définies d’une manière complète. Chez les Hébreux, le Lion était connu, et assez complétement, pour avoir des dénominations particulières désignant les variétés d'âge, de sexe et même de couleur : le Jeune Lion était leur Gur, l'adulte le Laïs et Az, et la femelle le Labi; il en est de même de la Panthère, ou de quelques espèces à taches foncées sur un fond plus clair, qui était nommée Nemr en hébreu. Les poëtes, les historiens et les mythographes grecs, et principalement Homère et Hésiode, avaient connaissance de plusieurs de ces animaux, puisqu'ils en tirent souvent des comparaisons, ou, ce qui est plus rare, en signalent quelques particularités, en les mettant en scène avec leurs héros.

Dans des temps moins reculés, Hérodote, Pausanias, et surtout Aristote, parlèrent de plusieurs des animaux de ce genre; du Lion, qu'ils indiquent comme se trouvant sur plusieurs points de l'Europe, du Panther, du Lynx, de leur Anevpes, qui est probablement notre Chat domestique, et du Tigre.

Xénophon cite les Lions, les Pardalus, les Onces, les Lynx, les Panthères; mais il ne parle pas des Tigres, quoiqu'il se soit avancé dans le pays qu'habitent ces animaux.

Mais c’est surtout chez les Romains et dans le siècle qui précéda l'ère chrétienne que le nombre des bêtes féroces connues augmenta considérablement, qu'elles furent plus connues par leur exhibition dans les jeux du cirque, et que, dès lors, leurs dénominations devinrent plus arrêtées pour chaque espèce. Ainsi Varron, dans son Traité de la langue latine, montre qu’elle avait déjà accepté les noms de Leo, de T'igris, et peut-être même celui de Panthera, de la langue grecque. Cependant les grands poëtes qui illustrèrent le siècle d’Auguste, décrivant constamment des Panthères ou des Lynx attelés au char de Bacchus, auquel on attribuait la conquête de l'Inde longtemps avant Alexandre, ont dù être portés à croire que ces animaux habitaient cette partie du monde, et l’histoire plus Ou moins apocryphe du Lynx s’ajouta à celle des autres Felis : Tigres, Lions, Panthères, que l'on voyait, surtout les deux derniers, dans les amphithéâtres.

Élien et Pline ne firent guère qu'augmenter le nombre de faits que l’on connaissait sur les quatre espèces que nous avons plusieurs fois nommées; en outre, il parle pour la première fois du Chaus. Oppien indique déjà deux espèces particulières de Panthères.

D'après les anciens auteurs indiens et chinois, on voit cités seulement le Lion et le Chat domestique.

Dans le long intervalle de temps qui sépare les historiens naturalistes grecs et latins de ceux du moyen âge, on ne trouve rien de bien remarquable relativement au sujet qui nous occupe, si ce n’est l'introduction du nom de Leopardus, faite par T. Capitolin et E. Spartin, appliqué à la Panthère de Pline, et la caractéristique du Tigre varié de barres ou de bandes, au lieu de taches, comme däns les Léopards. On trouve aussi que la dénomination de Cattus ou Catus est introduite pour la première fois par Palladius dans son ouvrage sur l'Agriculture, écrit, il est vrai, dans la décadence de l'Empire, pour désigner un animal utile dans les greniers pour la destruction des Souris, et probablement celui auquel nous donnons le nom de Chat, et qui représente le Felis des Latins et l'Ausvsc, des Grecs : il semblerait done que c’est vers cette époque que le Chat est devenu domestique, puisqu'il paraît certain qu'il ne l'était pas si anciennement chez les Grecs, ni même chez les Romains, quoiqu'il le fût depuis longtemps chez les Égyptiens. £

Nous ne chercherons pas à faire maintenant l’histoire zooclassique des Ghats dans les temps plus modernes, car ce serait répéter ce que nous dirons en exposant les particularités propres à chacune des espèces. Disons cependant que pendant fort longtemps on n’a connu qu'un nombre assez restreint d'espèces de ce genre, et qu'il y avait même une grande incertitude pour la détermination de plusieurs d’entre elles. Buffon ne connaissait que peu d'espèces, et dans son ouvrage il y a de la confusion parmi les espèces à taches, voisines de la Panthère. G. Guvier vint plus tard éclaireir ce point difficile de la zoologie. Enfin, ce n’est qu'assez récemment que l’on a pu avoir une idée assez nette de ce genre; M. Temminck en a donné une bonne monographie, dans laquelle on peut lui reprocher cependant d'avoir trop cherché à diminuer le nombre des espèces. Enfin les naturalistes voyageurs découvrirent un assez grand nombre d'espèces nouvelles, et, en France, les travaux de Fréd. Cuvier, A.-G. Desmarest, Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, etc., nous les firent connaître. Nous devons en indiquer les principaux caractères, mais, auparavant, nous voulons dire encore quelques mots des traces que ces animaux ont laissées, soit dans les monuments des hommes, soit dans le sein de la terre; et nous croyons aussi utile de nous occuper de ces exhibitions véritablement fabuleuses des grandes espèces de Chats que les Romains faisaient dans leurs cirques, et cela d'autant plus que le nombre immense qu'ils en sacrifiaient quelquefois dans une seule fête est véritablement fabuleux.

On trouve des espèces de Felis figurées dans tous les genres de l’art iconographique. Le Lion est certainement celui qui a été le plus souvent représenté dans les monuments d'art, aussi bien chez les Juifs que chez les Égyptiens, les Persans, les Indiens, les Grecs et les Romains, depuis les temps de la plus haute antiquité, dans le moyen âge, et jusqu'à nous; ce qui tient sans doute à ce que cet animal, habitant la plus grande partie du monde connu des anciens, a été considéré non-seulement en lui-même comme sujet de chasse des héros et des rois, mais encore comme emblème astrologique et ensuite astronomique, ce qui l’a fait entrer d’abord dans les thèmes astrologiques, puis dans les constellations du zodiaque, et, dans nos temps modernes, dans nos allégories, comme indice de certaines qualités morales. Chez les Égyptiens, le Lion était considéré comme le symbole de l’eau, et par suite comme celui du Nil : on le voit représenté en entier dans les hiéroglyphes. En sculpture, les archéologues citent, outre les peaux de Lion jetées sur les épaules des statues d'Hercule, et même quelquefois de celles de Thésée et de Jason, les Lions de Venise venant du Pyrée à Athènes; ceux taillés dans le rocher à Céas, et un Lion colossal à Chéronée. Dans les bas-reliefs, les Lions sont souvent représentés : le plus célèbre de tous est celui qui montre le Lion de Némée, et plus communément cet animal est figuré sur les tombeaux des héros.

Les Panthères ont été représentées plusieurs fois; dans une sculpture, on voit Bacchus donnant un grappe de raisin à l'un de ces animaux; dans une médaille, an montre aussi Bacchus monté sur une Panthère. Mais le Lion est certainement celui de tous les Chats qui est le plus souvent représenté sur des médailles anciennes, soit de certaines villes, soit de certains rois. On voit, au Musée du Louvre, une statuette en bronze de Tigre, dont les barres des flancs sont indiquées avec de l'or : d’autres statuettes égyptiennes, de la même collection, représentent le Felis maniculatu.

Les peintres anciens ont dù figurer des Lions et des Panthères lorsqu'ils avaient à reproduire les travaux d'Iereule où ceux de Bacchus; aucune trace ne nous en est cependant parvenue, mais Pausanias dit, dans sa description de la statue de Jupiter Olympien, que, sur la seconde balustre qui en défendait l'entrée, on avait peint Hercule combattant le Lion de Némée. Dans les vases étrusques, on peut reconnaitre les figures du Lion, de la Panthère, et même du Guépard, suivant De Blainville. Enfin, on les voit aussi représentés dans des mosaïques anciennes, et surtout dans la célèbre mosaique de Palestrine.

Les diverses espèces de Felis ont aussi laissé des traces en nature : ces traces sont de deux sortes, à l’état de momie ou conservées dans des tumulus, et à l’état fossile.

Les Égyptiens comptaient au nombre des animaux sacrés les Chats, qu'ils nommaient Bubastes, peut-être à cause de la dénomination de la ville qui était consacrée à ce genre d'animaux. Depuis longtemps, on sait que des momies de Chats se trouvent assez communément dans les hypogées d'Égypte, mais c'est Et. Geoffroy Saint-Hilaire qui, Le premier, a figuré le squelette complet d’un Chat retiré d’une momie, squelette qui, d’après G. Cuvier, ne différait pas de notre espèce domestique. mais qui, suivant MM. Ebrenberg et De Blainville, se rapporterait plutôt au Felis maniculata, Cretzschmar, qui se trouve encore aujourd hui en Abyssinie à l’état sauvage et à l'état de domesticité. Deux autres espèces de ce même groupe naturel, le Felis bubastes et le Felis chaus, auraient aussi été trouvées dans les tombeaux égyptiens.

Quoiqu'il soit indubitable qu’il existe des ossements de plusieurs espèces de Felis à l’état fossile, il n’est peut-être pas inutile de montrer, ainsi que le fait remarquer De Blainville, en quel nombre immense le faste des Romains avait fait transporter à Rome, et peut-être dans d’autres lieux, siége de leurs principales colonies, les Lions, les Panthères et autres grandes espèces du genre Chat. M. Mougès a publié, dans le tome X (1853) des Mémoires de l’Académie des Inscriptions et Belles- Lettres, l’énumération du nombre de ces animaux : e’est d’après lui que nous entrerons dans quelques détails sur ce sujet. d

En ne portant pas en compte les individus nombreux qui ont été compris sous l'expression générale d'animaux féroces, dans un espace de cinq cents ans environ, depuis l'an 169 avant Jésus-Christ jusqu'au consulat de Justinien en 342, le nombre des Panthères qui ont été apportées à Rome monte à près de trois mille, toutes provenant presque indubitablement du périple de la Méditerranée. C’est ainsi, pour ne citer que les nombres les plus considérables, que Pompée, pour la célèbre consécration de son théâtre, exposa dans le cirque quatre cent dix Panthères; qu'Auguste, à la dédicace du temple qu'il érigea à Marcellus, en montra et fit tuer six cents; que Caligula, pour la dédicace d'un temple à Auguste, en fit périr quatre cents; que Claude, à l'occasion d’une nouvelle consécration du théâtre de Pompée, réédifié après avoir été détruit par nn incendie, en fit combattre trois cents, etc.

Dans un laps de temps de six cents années, le nombre des Lions et des Lionnes apportés à Rome se monte au moins à un total de deux mille deux cents; et il est probable, en outre, que les historiens des derniers temps n’ont plus indiqué exactement le nombre de ceux que l'on exposa dans le cirque. Sylla fit combattre cent Lions, tous mâles, qui lui avaient été envoyés par le roi de Mauritanie, Bocchus; Pompée, à l’occasion de la dédicace de son théâtre, exposa dans le cirque cinq ou six cents Lions, dont plus de la moitié appartenaient au sexe màle; dans une fête publique, donnée par Auguste, lors de ses trois triomphes, le nombre des Lions tués dans le cirque fut, suivant Dion, de deux cent soixante; depuis lors, le nombre de ces Chats exposés en public fut moins considérable, quoique se composant souvent de plus de cent individus.

Le véritable Tigre ne se trouvant pas dans le périple de la Méditerranée, et étant presque relégué dans des contrées avec lesquelles les Romains avaient peu ou point de communication, et surtout dans l'Hyrcanie, il n’est pas étonnant qu'il se soit trouvé bien plus rarement au nombre des animaux exposés dans le cirque, et même, il n’est pas certain que tous les animaux comptés comme des Tigres par les historiens en fussent réellement. Auguste montra un Tigre apprivoisé dans une cage, à l'époque de la dédicace du théâtre de Marcellus : depuis, Claude, Domitien, Antonin le Pieux, Aurélien et Gordien HE, en montrèrent également.

Cette exposition numérique ne serait pas encore suffisante pour faire apprécier l'effet produit par celte passion du peuple romain pour les spectacles en général, et surtout pour les spectacles san-

glants, sur lamoindrissement de certaines races, si nous n’indiquions les nombres en bloc, c'està-dire ceux dans lesquels les animaux féroces sont compris sans distinction particulière. Ainsi, aux Jeux donnés par Scaurus, cent cinquante bêtes féroces furent montrées; Auguste, pendant son règne, en fit tuer, dans le cirque, trois mille cinq cents; Titus, lors de la dédicace de ses thermes et de son amphithéâtre, en exposa cinq mille; Trajan, dans les cent vingt-trois jours que durèrent les jeux donnés à l’occasion de sa victoire sur le roi des Daces, alla jusqu'au nombre presque incroyable de onze cents animaux, mais en y comprenant à la fois les espèces sauvages et domestiques; Adrien, à l'époque d’un de ses anniversaires, à Rome, fit tuer mille bêtes féroces, et, dans une autre occasion, à Athènes, mille autres; Sévère, enfin, au mariage de son fils Caracalla, donna, pendant sept jours, des jeux où sept cents bêtes féroces, renfermées dans une cage en forme de navire, furent lâchées à la fois et ensuite massacrées.

Fig. 82. — Chat du Canada. ,

Ainsi que le fait remarquer De Blainville, «ce besoin d'animaux féroces eut nécessairement pour résultats de créer des industries, non-seulement de chasseurs de bêtes féroces, et en général de bétes sauvages, comme était ce Potiseus, dont il est question dans les lettres de Cicéron, auquel un de ses amis, Cœlius, demandait en grâce de lui procurer des Panthères, et auquel il répondait en riant que ces pauvres animaux, demandant pourquoi on s'adressait à eux seuls, avaient abandonné la Pamphylie, sa province, pour se retirer en Carie; mais encore d’éducateurs d'animaux dont l’état était de les élever et de les instruire. Un autre résultat qui intéresse davantage les naturalistes, C’est que le nombre des animaux féroces, Lions, Panthères et Ours, étant nécessairement diminué, surtout en Afrique, d’où on en tirait un si grand nombre, on fut obligé de faire entrer dans les jeux un plus grand nombre d'animaux sauvages, mais non carnassiers; et, en effet, dans l'énumération que donne

Vopiscus des animaux montrés par Probus, le nombre de ceux-ci l'emporte beaucoup sur celui de ceux-là. »

De tous ces faits, et de l'observation que de tout temps les potentats ont cherché à avoir en captivité, dans des Ménageries, plusieurs des grandes espèces de Chats, on peut conclure que la poursuite des animaux carnassiers du genre Felis, qui s’est continuée pendant très-longtemps, à contribué à diminuer considérablement le nombre des individus de chaque espèce dans les pays qu'elles habitent, et a fait transporter leurs ossements dans des lieux, siége de la civilisation, où ils n'auraient pas existé sans cela.

Il y a près de deux cents ans que l’on a recueilli, en Europe, des ossements appartenant à une grande espèce de Chat, sans cependant qu'on les ait reconnus comme tels. C'était d'abord dans les cavernes d'Allemagne, et, jusqu’à la publication du celèbre ouvrage de G. Cuvier sur les Ossements fossiles, en 18925, on n'était guère allé au delà de la confirmation de ce fait. Mais, depuis lors, on en a rencontré dans un grand nombre d’endroits d'Europe et d’autres parties du monde, dans des terrains très-différents, et de toute taille, en sorte qu'aujourd'hui, si l’on acceptait comme démontrées les espèces de Felis fossiles proposées par les paléontologistes, outre quelques-unes des espèces encore existantes, il en aurait existé plus de vingt rien que dans l'Europe ancienne, et sans comprendre celles des autres pays.

D'après De Blanville, les seules espèces fossiles dont l'existence serait réellement bien connue sont :

4° Felis speleæ, Goldfuss, à une grande taille joignant des caractères du Tigre, quelques particularités du Lion, et formant aussi sans doute une espèce propre à nos climats;

2° Felis leo, plus petit que le précédent, et auquel on peut rapporter les F. aphanistes et prisca, Kaup : tous trois propres à l'Europe;

9° Felis tigris cristata, Falconner et Gautley, qui ne semble différer du Tigre actuellement vivant que par une taille un peu moindre; particulier aux monts Sivalicks;

4° Felis antiqua, G. Cuvier, évidemment de taille moindre que les précédents, quoique supérieure à celle de la Panthère, auquel De Blainville rapporte les Felis lcopardus, Richard Owen, Marcel De Serres; Arvernensis, Croizet et Jobert; pardinensis, Croizet et Jobert, et ogygea, Kaup; et provenant des cavernes d'Europe;

d° Felis onca, Lund, créé d’après un fragment de métacarpe, et en y rapprochant le Guepardus . ns . . © .

minuta du même auteur; particulier aux cavernes du Brésil;

6° Felis cultridens, Bravard, établi sur la considération de la taille des canines; de l'Auvergne; ainsi que le suivant;

7° Felis megantereon, fondé sur une tête entière et des morceaux de mâchoire supérieure et inférieure, et ne laissant aucun doute sur sa distinction tranchée;

8° Felis smilodon, Lund, des plus remarquables par le grand développement de ses canines; des cavernes du Brésil;

9° Felis palmidens, De Blainville fondé sur un fragment de mâchoire inférieure qui à beaucoup d'analogie avec son analogue dans le F. megantereon; d'Auvergne;

10° Felis quadridentata, De Blainville, établi sur un fragment de mâchoire inférieure montrant quatre molaires seulement; de Sansans;

11° Felis macrura, Lund, espèce d'Oceloïde créé sur un fragment peu caractérisé; du Brésil;

12° Felis hynx, De Blainville, propre à diverses parties de l'Europe, et réunissant les F. antediluviana, Kaup; {ssiodorensis, Croizet et Jobert; brevirostris, Croizet et Jobert; Engiboliensis, Schmerling, et serval, Marcel De Serres, qui, d'après les débris de mâchoires sur lesquels elles sont formées, ne différent pas, sauf quelques légères variations dans les dimensions des dents, de ce qui a lieu dans le Lynx;

415 Felis subhimalayana, Falconner et Cautley, reposant sur une tête trouvée dans les monts Sivalicks, et qui semble avoir beaucoup de rapports avec le Felis viverrina actuellement vivant;

4% Felis catus, Schmerling, d'Europe, et auquel De Blainville réunit les F. ferus, Marcel De Serres; magnus, Schmerling, et minulus, Schmerling.

Les fragments sur lesquels reposent ces espèces, dont deux au moins peuvent former des subdivisions génériques particulières, ont été recueillis, en grand nombre, en Europe, surtout dans l'Europe centrale, sur les confins de l'Allemagne, en Belgique, en Angleterre, en France, principalement dans la France méridionale, et en Italie, dans sa partie septentrionale; en moins grand nombre dans l'Inde, et en très-petit nombre en Amérique. Les conditions géologiques dans lesquelles ils ont été trouvés sont très-différentes; depuis les terrains tertiaires jusque dans les diluvium; dans le gypse de Paris, le Felis pardoides; dans un terrain d’eau douce, à Sansans, les F. palmidens, quadridentata et pardus; dans un terrain analogue des sous-Himalayas, les F. tigris cristata et subhimalayana; dans un terrain de même époque, mais à l’état de sable ou de grès sableux, à Eppelsheim, les F. leo aphanistes et prisca; dans les calcaires tertiaires marins du Languedoc et dans le terrain de craie en Angleterre, le F°, pardus, ete. Une assez grande quantité de ces ossements ont été recueillis dans des diluvium plus ou moins anciens, tantôt libres à la surface de la terre, comme dans le val d’Arno, ou dans les terrains tertiaires d'Auvergne, les Felis spelæwa, pardus, cultridens, megantereon, lynx : en Allemagne et en Belgique, le F. spelæa, et en Amérique, dans un diluvium volcanique où se sont présentées à peu près les mêmes espèces que dans le val d’Arno; tantôt dans les cavernes : en Allemagne, surtout à Gaylenreuth, les F, spelæa et antiqua : en Angleterre, les F. spelæa, cultridens et catus : en Belgique, auprès de Liège, les F. spelæa, leo, pardus et catus : en France, principalement à Lunel-Viel, les F. spelæa, leo, leopardus, Lynx, catus : au Brésil, eu très-petit nombre, les F. onca et smilodon : enfin, dans l’alluvium, dans le bassin même de Paris, à sept mètres de profondeur, avec des dents de Cheval, le Felis spelæa, et, en Amérique, dans le Texas, le F. onc«.

Ces débris fossiles, partout en assez petit nombre, et jamais comparables, sous ce rapport, à ceux des Ours, sont rarement rapprochés comme provenant d’un même individu. Quoiqu'en général d'individus adultes et des deux sexes, on en a parfois rencontré qui provenaient de jeunes individus. Ils ne sont presque Jamais roulés; le plus souvent fracturés, et quelquefois écrasés. Leur association est extrêmement variée entre eux et sous le rapport des espèces animales avec les fragments desquels ils se trouvent; c’est ainsi que, dans la caverne de Lunel-Viel, on a rencontré avec eux des os de Cerfs, de Bœufs, de Lapins, de Rats, d’Ours, d'Hyènes, etc. : nous avons donné ailleurs une explication de ces associations d'animaux en quelque sorte antipathiques dans les mêmes cavernes en disant que leurs ossements avaient pu y être apportés, peut-être d’assez loin, par des cours d’eau. Dans le plus grand nombre des cas, ils sont dans des terrains d’eau douce assez peu étendus, et locaux; mais, toutefois, on a deux exemples de fossiles de Chats propres aux dépôts marins. On a observé que presque aucun de ces ossements n’est en place, et que les dépôts de nature très-différente dans lesquels ils ont été découverts sont toujours sous le versant de montagnes ou de pays élevés peu distants.

De l'ensemble de ces faits, en les étudiant sous les points de vue géologiques et zoologiques, nous pouvons conclure avec De Blainville que « depuisle temps, fort éloigné sans doute, où se produisaient, par la dégradation des formations précédentes, les terrains tertiaires moyens, jusqu'à celui où notre sol a été recouvert de l'énorme couche de diluvium qui s’observe sur une grande partie de l'Europe, ila constamment existé dans les vastes forêts qui la couvraient alors un assez bon nombre d'espèces de Felis de taille extrêmement différente, depuis celle d’un petit Cheval jusqu’à celle de notre Chat, espèces qui étaient pour les populations si abondantes alors de Ruminants et de Pachydermes ce que sont aujourd'hui les Felis d'Afrique, de l'Asie et de l'Amérique, pour les Herbivores de ces parties du monde. Avec la diminution et la disparition de ceux-ci, déterminées sans doute par celles des forêts et par les inondations partielles et générales, ont dù successivement diminuer et disparaître les espèces carnassières créées pour l'harmonie des êtres; mais il semble que leur disparition a précédé celle des autres espèces moins éminemment disposées pour ne manger que de la chair. La plupart de ces espèces étaient plus ou moins analogues à celles qui existent aujourd'hui dans les deux grandes

parties de l’ancien continent, mais il s’en trouvait aussi qui paraissent ne plus exister actuellement à la surface de la terre, et qui remplissent des lacunes de fa série zoologique. L'une, entre autres, de ces formes, pourvue de longues canines cultriformes exsertes à la mâchoire supérieure, ce qui a déterminé une disposition en rapport de la mâchoire inférieure et de ses dents de devant, parait avoir été propre à l'Europe tempérée. Du moins, jusqu'ici, nous ne connaissons à l'état vivant aucune espèce de f'elis, petite ou grande, qui offre quelque chose d’analogue au Felis cultridens. » Nous ajouterons à cela qu'une autre espèce fossile du même groupe, le Felis smilodon des cavernes du Brésil, a été découverte depuis que De Blainville écrivait les lignes qui précèdent.

Fig. 85. — Chat Colocolo.

Après ces généralités, que l'importance du sujet nous a engagé à donner avec autant de détails, nous allons passer à la description des nombreuses espèces de ce genre, et nous chercherons encore à dire quelque chose sur les mœurs si mtéressantes de la plupart d’entre elles. Les espèces vivantes nous occuperont principalement, mais nous ne nous en occuperons pas moins pour cela des espèces fossiles les plus remarquables.

L'ordre à suivre dans l'étude de ces espèces pouvait être de deux sortes : ou les placer d'après les pays qu'elles habitent, ou les disposer en petits groupes naturels; c’est ce dernier arrangement que nous préférerons comme étant plus naturel que le premier que nous venons d'indiquer.

Lévrier de France.

Chats domestiques

Pl

\ASSIERS 153

Page 1