CONGOUAR ou PUMA. FELIS CONCOLOR Linné
CaracrÈREs sréciriQues. — Corps long et effilé; tête petite; jambes fortes, peu élevées; queue longue et traînante; côtés de la tête et occiput, dessus du cou, épaules, dos, lombes, croupe, queue, à l'exception de son extrémité, côtés du corps et face externe des quatre jambes, d’une couleur fauve plus ou moins foncée et mêlée de quelques teintes noirâtres sur les parties supérieures, parce que la pointe des poils y est noire; face postérieure des cuisses ou fesses d’un fauve foncé; chanfrein, tour des yeux, front et dessus de la tête d'un fauve terne et mêlé de gris et de noirâtre; du gris très-apparent au-dessus et au-dessous des yeux; poils de l'intérieur de l'oreille blancs, légèrement teints de fauve; ceux de la face externe noirâtres: partie de la lèvre supérieure qui porte les moustaches noire; reste
de la lèvre supérieure, lèvre inférieure et gorge d'un beau blanc; dessous du cou d'une couleur fauve pile, mêlée de blanchâtre; partie antérieure de la poitrine et face interne des bras d'un blanc mêlé de cendré et de fauve; partie postérieure de la poitrine et ventre d’un fauve clair et mêlé de blane; face interne des cuisses blanche, avec quelques légères teintes de cendré et de roussâtre; queue fauve, avec des poils noirs sur la face supérieure, et le bout noirâtre; soies des moustaches longues de 0,05 à 0°,06, en partie noirâtres et en partie blanches. Longueur du corps, depuis le bout du museau jusqu'à l'origine de la queue, 1",08; celle-ci ayant 0",75 : mais souvent de moindre dimension.
Les jeunes individus, d’après Fr. Guvier, ont tout le corps, mais surtout les cuisses, couvert de taches rondes d'une teinte un peu plus foncée que celle du pelage, et qu'on n’aperçoit que sous certains aspects; ces taches s’effacent avec l'âge, et c’est sur les pattes de derrière qu'elles se sont conservées le plus longtemps.
Cette espèce est lune de celles du genre Chat qui a reçu le plus grand nombre de noms; on l'a vulgairement indiquée sous les dénominations de Lion d'Amérique, de Lion des Péruviens, de Tigre rouge où Tigre poltron, et les voyageurs l'ont désignée sous celles de Cougouar, de Puma ou Pouma, d'Yagouati, de Pita, d'Yagoua, de Cuguacuarana, de Cuguacuara, de Gouaxoara, ete.; c’est le Felis concolor de Lioné, le Felis puma, Shaw; le Felis fulva et le Cougouar de Buffon. Cet animal est répandu dans presque toute l'Amérique méridionale, particulièrement dans la Guyane, dans le Brésil et dans le Paraguay. On regarde en général comme n’en étant que des variétés, soit de coloration, soit de pays, les Wacula, Schreber, du Démérary; Soasoaranna, Schreber, des savanes de l'Grénoque; Cougouar noir, Buffon, ou Jaguarété, Pison (Felis discolor, Schreber; niger, Lesson), qui ne diffère du type que par la teinte plus noirâtre de son pelage; Cougouar de Pennsylvanie du même auteur, et Felis unicolor, Traillard, qui habite Le Démérary, est plus petit que l'espèce typique, et en entier d'un fauve brun-rouge sans tache, avec la queue longue, la tête pointue, les oreilles ne présentant pas de noir. On assure que les petits du Felis unicolor ne porteraient pas, comme ceux du Couguar, une livrée : si cela était réellement exact, on devrait faire deux espèces particulières de ces deux animaux.
Buffon en a donné la description suivante : « Le Cougouar a la taille aussi longue, mais moins étoffée que le Jaguar, il est plus levreté, plus effilé et plus haut sur jambes; il a la tête petite, la queue longue, le poil court et de couleur presque uniforme, d'un roux vif, mêlé de quelques teintes uoirâtres, surtout au-dessus du dos; il n’est marqué ni de bandes longues comme le Tigre, ni de taches rondes et pleines, comme le Léopard, ni de taches en anneaux ou en roses, comme l'Once et la Panthère. Il a le menton blanchâtre, ainsi que la gorge et toutes les parties inférieures du corps. Quoique plus faible que le Jaguar, il paraît être encore plus acharné sur sa proie; il la dévore sans la dépecer. Dès qu'il Pa saisie, il l'entame, la suce, la mange de suite, et ne la quiite pas qu'il ne soit pleinement rassasié.
« Get animal est assez commun à la Guyane ; autrefois, on l’a vu arriver à la nage et en nombre dans l'ile de Cayenne, pour attaquer et dévaster les troupeaux : c'était dans les commencements un fléau pour la colonie, mais peu à peu on la chassé, détruit, et relégué loin des habitations. On le trouve au Brésil, au Paraguay, au pays des Amazones, etc.
« Le Congouar, par la légèreté de son corps et la plus grande longueur de ses jambes, doit mieux courir que le Jaguar, et grimper aussi plus aisément sur les arbres; ils sont tous deux également paresseux et poltrons dès qu'ils sont rassasiés; ils n'attaquent presque jamais les hommes, à moins qu'ils ne les trouvent endormis. Lorsqu'on veut passer la nuit ou s'arrêter dans les bois, il suffit d'allumer du feu pour les empêcher d'approcher. Is se plaisent à l'ombre dans les grandes forêts, ils se cachent dans un fort où même sur un arbre touffu, d'où ils s'élancent sur les animaux qui passent. Quoiqu'ils ne vivent que de proie, et qu'ils s’abreuvent plus souvent de sang que d’eau, on prétend que leur chair est aussi bonne que celle du Veau, d’autres la comparent à celle du Mouton: j'ai bien de la peine à croire que ce soit en effet une viande de bon goût; j'aime mieux m'en rapporter au témoignage de Pesmarchais, qui dit que ce qu il Ya de mieux dans ces animaux, c'est la peau, dont on fait des housses de cheval, et qu'on est peu friand de leur chair, qui d'ordinaire est maigre et d'un fumet peu agréable, »
D'après Fr. Cuvier, la femelle met bas deux ou trois petits, qui, à dix-huit mois, ont près Vun mètre de longueur : elle ne diffère pas du mâle, et quelquefois ils chassent ensemble. Ils aiment particulièrement le sang, ce qui fait qu'ils tuent beaucoup plus d'animaux qu'ils n’en mangent. C'est
une habitude qu'ils partagent avec la plupart des petits Carnassiers, et l'on a envisagé ces animaux sous un point de vue très-faux lorsqu'on a prétendu établir sur ce fait qu'ils étaient plus féroces et plus cruels que les espèces qui ne tuent chaque jour qu'un animal : les ‘uns et les autres ne cherchent également qu'à assouvir leur faim et à satisfaire leur appétit. Quand ils ne mangent pas toute la proie, ils en cachent les restes avec soin dans la taille ou sous quelque abri, et vont les retrouver lorsque la faim les presse de nouveau.
Un Cougouar qu'on avait châtré était devenu, au rapport de D’Azara, très-gras, et sa paresse était très-grande; mais il s'était très-apprivoisé : il n'était dangereux que pour la volaille, et il ne cherchait pas à s'échapper et à recouvrer la liberté; ses manières étaient entièrement celles du Chat domestique, soit qu'il guettât sa proie, soit qu'il mangeât, soit qu'il se mit en colère.
La Ménagerie du Muséum a possédé plusieurs Cougouars, et toujours ils ont été très-doux pour leurs gardiens, et ont montré des mœurs analogues à celles de nos Chats domestiques
Le major Smith raconte un fait singulier d'un de ces animaux. On l'avait renfermé dans une cage, et, comme on voulait s'en défaire, on lui tira un coup de fusil, dont la balle lui perça le cœur. L'animal était occupé à manger lorsqu'il reçut le coup, et le seul signe de douleur qu'il donna fut de redoubler subitement de voracité; il se jeta sur sa nourriture avec une nouvelle avidité, et la dévora en buvant son propre sang, jusqu'au moment où il tomba mort.
On rapporte à la même espèce les débris fossiles indiqués par M. Lund sous la dénomination de Felis affinis concolori, et qui proviennent du bassin du Rio das Velhas, au Brésil. Quant au Felis Pardinensis, découvert par MM. Croizet et Jobert dans les galets et lignites d'Issoire, en Auvergne, que Lesson en rapproche, on doit plutôt, avec De Blainville, le placer auprès de la Panthère.