SARCORAMPHE CONDOR. SAtlCORAMPIlUS GRYPBUS. (Duméril
Le nom de Condor, dit M. de Humboldt, est tiré de la langue Qquichua, qui était celle des Incas: on devrait l'écrire Cuntur. Le jeune Condor n'a pas de plumes; son corps, pendant plusieurs mois, n'est couvert que d'un duvet très-fin. A l'âge de deux ans, le plumage des mâles et des femelles est d'un beau fauve, et, jusqu'à celte époque, ils n'ont pas le collier blanc qui caractérise les adultes;
la femelle est toujours privée de la crête nasale, qui distingue les mâles; cette crête charnue occupe la sommité de la tête et un quart de la longueur du bec ; elle repose sur le front et sur la partie postérieure du bec; niais, ù la base de celui-ci, elle est libre et échancrée, et c'est dans ce vide que sont placées les narines. La peau de la tête du mâle forme, derrière l'œil, des plis rugueux qui descendent vers le cou et se réunissent dans une membrane lâche que l'animal peut rendre plus ou moins visible en la gonflant à son gré; son oreille est grande, et cachée sous les plis de la membrane temporale.
Sarcoranjpbe condor.
Dans le Condor adulte, le dos el la queue sont d'un noir un peu grisâtre, et il en est de même des couvertures et des grandes pennes des ailes; mais les pennes intermédiaires ont beaucoup de blanc; la queue est assez courte; les pieds, très-robustes, sont d'un bleu cendré, elles ongles sont noirâtres, peu crochus, mais très-longs ; les quatre doigts sont réunis, à leur base, par une petite membrane très-lâche.
La longueur d'une femelle, du bout du bec au bout de la queue, était de trois pieds deux pouces, et son envergure de huit pieds un pouce. La longueur d'un mâle était de. trois pieds trois pouces, et son envergure de huit pieds neuf pouces; et il ajoute qu'on lui a assuré qu'on n'en avait jamais lue dont l'envergure dépassât onze pieds; ce qui se rapporte exactement à ce que nous apprend le père Feuillée.
Cet animal est particulier à la grande chaîne des Andes, dont il habite les hauteurs, à trois, quatre et cinq mille mètres au-dessus du niveau de la mer; on assure même qu'il peut s'élever plus haut encore dans son vol puissant et rapide.
Comme tous les Oiseaux qui ne connaissent point d'ennemis, les Condors, qui se tiennent presque constamment loin des régions habitables, ne fuient pas à la vue des hommes; et la faim en fait descendre quelquefois jusque sur les bords de la mer. Ils vivent en petites troupes, et, lorsqu'ils sont avertis d'une proie morte, ils arrivent en très-grand nombre. Debout alors sur le sol, ils ont peine à reprendre leur vol, comme tous les Oiseaux dont les jambes sont courtes et les ailes très-longues; dans cette situation, on les prend, dit-on, facilement. Quoique peu courageux, ils attaquent quelquefois, pressés par le besoin, des animaux vivants, comme vaches, cerfs, moutons, etc., auxquels ils commencent par crever les yeux, et dont ils arrachent ensuite les entrailles.
Le Condor, ajoute Frédéric Cuvier, est un Oiseau timide et inoffensif, qui n'a d'arme que son bec, et qui, privé des serres des Aigles, l'est en même temps des moyens d'attaque et de défense les plus puissants que la nature ait donnés aux Oiseaux de proie; il est même à remarquer qu'à cet égard la nature a semblé plus avare pour le Condor que pour tous les autres Vautours, car il n'en est aucun qui ait le doigt postérieur aussi petit, aussi rudimentaire ; les autres doigts et les tarses plus minces, et les ongles plus faibles. Cet Oiseau parait être sans voix. (Frédéric Cuvier.)
Cette espèce remarquable est connue encore sous le nom de grand Vautour des Andes (Saicomm-
plius qrnplius), c'est le géant de tous les Oiseaux de proie, mesurant communément de longueur prés (le quatre pieds, et plus de huit d'envergure. Le condor a le plumage d'un noir foncé à reflets violets ou bleuâtres, sur lequel ressort, le ton gris de perle des moyennes rémiges et des grandes couvertures alaires, ainsi qu'un demi-collier composé de duvet soyeux d'un blanc de neige, entourant la base postérieure du cou. Cette partie, de même que le jabot, qui se termine par deux espèces de pandeloques, et la tète, sont nus. d'une couleur plutôt lie de vin tournant au noirâtre que rougeâlre; la tète est ornée, de plus, d'une crcte aplatie, charnue, cartilagineuse et bilobéc de même couleur.
On a, depuis quelque temps et avec raison, réduit à leur juste proportion les fables traditionnelles que les anciens voyageurs et quelques naturalistes avaient débitées au sujet de cet Oiseau. Les détails les plus exacts après ceux donnés par M. de llumboldt se retrouvent dans la partie omithologique du Voyage dans l' Amérique du Sud, de. M. A. d'Orbigny, 1855, et dans celle de ['Histoire du Chili i Historia fisica y politica de Clnle), de M. Cl. Gay, 1847.
Ainsi, les Condors ne sont de force ni à enlever un mouton, ni à manger un veau, selon le P. d'Acosta, nia attaquer à deux une vache et un taureau et à les manger, pas plus qu'à tuer des jeunes gens de quinze à seize ans, selon Garcilaso de la Vega; ni à enlever un cerf, selon Desmarchais; ni même à enlever un agneau ou le moindre Mammifère, selon Stevenson et de la Condamine.
Ce qui est aujourd'hui avéré, c'est que le Condor, pas plus que les Vautours, ne peut se servir de ses serres pour enlever ou déchirer la moindre proie; c'est que très-rarement il attaque un animal vivant. Mais ce qui rend les Condors redoutables pour les nombreux propriétaires des immenses troupeaux qui séjournent et pâturent dans les vallées et sur les plateaux des Cordillères, c'est l'énorme destruction qu'ils font des jeunes animaux que leurs mères mettent bas dans ces pâturages, attirés qu'ils sont par l'odeur du sang, par leur goût pour le cordon ombilical et pour le placenta, et sans doute aussi par l'appât d'une proie facile à dépecer et sans défense. Aussi les habitants leur font-ils une chasse assidue. « La plupart du temps, dit M. d'Orbigny, ils les guettent, cachés près d'un lieu (( garni par eux d'un appât propre à les attirer, et les tuent à coups de fusil; ou bien, attendant « qu'ils soient repus, ils les poursuivent à cheval, les enveloppant le plus souvent de leur terrible « lazo; d'autres fois, enfin, ils les surprennent, gorgés de nourriture, dans un cercle de palissades « formé d'avance autour de la proie tentatrice, et les assomment à coups de bâton, sans qu'ils puis- « sent fuir, faute d'espace, ni s'envoler, par suite de la gloutonnerie qui vient appesantir leurs ailes « en surchargeant leur estomac. »
Le Condor ne fait point de nid; il se contente de choisir, dans les rochers, des concavités assez larges pour recevoir ses œufs, au nombre de deux, préférant toujours, pour faire sa ponte, les points inaccessibles, moins par leur élévation que par l'âpreté de leur pente.
Les naturels de la Patagonie, consultés par M. d'Orbigny sur la couleur de ces œufs, lui ont dit qu'ils étaient blancs; mais, d'après un fragment qu'il en aurait vu, ce voyageur penserait que le blanc est couvert de taches espacées d'un brun rougeâtre. Tout ce que nous pouvons dire, c'est que nous avons vu un œuf rapporté du Chili comme œuf authentique de Condor, par M. Claude Gay, qû l'a dépose au Muséum d'histoire naturelle de Paris: or. cet œuf est de forme ovale allongée à pointe assez prononcée, à coquille un peu rude au toucher, d'un blanc sale sans aucune tache, et mesure de grand diamètre 0m,lo, et de petit diamètre 0m,06 et demi.
21»' GENRE. - CATIIARTE. CATHARTES. (Uliger.)
KaÔaîTY;, ijui purge.
CARACTÈRES GÉNÉRIQUES
Bec long, mince, peu eievé, recouvert de cire dans les deux tiers de sa longueur, légèrement renflé au-dessus des narines, comprimé sur les côtés, renflé seulement à la base de sa portion cornée apiatle, qui se termine en pointe recourbée.
Narines percées dans le milieu de In cire parallèlement à la longueur du bec, et longitudinales.
Ailes allongées, obtuses, la troisième et la quatrième rémige égales et les plus longues.
Queue médiocre, égale ou arrondie.
Jambes cmplumées jusqu'au genou; le tarse de la même longueur que le doigt médian, et couvert d'écaillés irrégulières ou réticulé sur le devant; les doigts latéraux médiocres, égaux, unis au médian par une membrane; pouce très-court et faible; ongles peu forts, légèrement recourbés et à pointe mousse.
La tête, l'occiput et ta gorge dénués de plumes, sans caroncules et recouverts seulement d'une peau membraneuse à replis, clairsemée de poils rares.
Particulier aux deux Amériques
Fi". 58. — Cntharte urubu.
Fig. 39. — Catharte urubu
Jusqu'à ce jour on n'en a compté que trois espèces bien authentiques, parmi lesquelles nous citerons l'Urubu ou le Gallinazo des colonies espagnoles, et l'Aura ou le Jotc. Tout récemment seulement M. Ch. Bonaparte en a ajouté deux autres, qu'il croit avoir été constamment confondues avec elles.
Ce genre d'Oiseaux, quel que soit le nombre de ses espèces, peut être considéré comme le plus utile des Vulturidés, aux contrées habitées des deux Amériques, car on voit ces Oiseaux en nombre considérable s'abattre sur les voiries et assainir les villes qu'elles avoisinent. Or, si l'on considère qu'une des principales branches de commerce de ces pays, où l'on élève une si grande quantité de bétes à cornes, est le commerce des cuirs et des viandes boucanées, qui entraîne un abattage considérable de ces animaux, on comprendra de quelle inappréciable utilité, dans ces régions chaudes, doivent être de pareils auxiliaires. Aussi au Chili, au Pérou, par exemple, comme partout où les animaux rendent quelques services à l'humanité, y sont-ils en grande vénération et est-il défendu de les tuer sous peine de fortes amendes; à Cuba, d'après M. d'Orbigny, l'on va jusqu'à excommunier celui qui détruit ces agents de la police sanitaire, du pays ; par suite de ces lois protectrices, ils se multiplient prodigieusement, et encombrent les places publiques et les marchés des principales villes de ces républiques, dans lesquels ils circulent en pleine sécurité et plus librement en quelque sorte que les chiens dans nos pays. Leur familiarité, dit le même voyageur, est extrême. Nous en avons vu (des Urubus), dans la province de Mojos. lors des distributions de viande faites aux Indiens, leur en enlever des morceaux au moment même où ils venaient de les recevoir.
Azara cite plusieurs exemples d'Urubus qui avaient même pris de rattachement pour leurs maîtres, et qui répondaient à leur appel. •
Le nom de Gallinaze appliqué à ces Oiseaux, mais plus spécialement à l'un d'eux, aux colonies espagnoles, vient de la ressemblance que les premiers colons leur trouvèrent avec nos Oiseaux de basse -cour.
Catharte de Ij Californie. Cathartti Catifornumus.
r. iih.it te noir Cathartes atratu*
1. CATHARTE DE LA CALIFORNIE. CATDARTES CALIFORMANVS. (Latham.)
Ce Catharte aurait, dit-on à tort, la taille du Condor, et un plumage généralement noir. Les rémiges secondaires sont blanches à leur extrémité, et les couvertures sont brunes; la tète et le cou sont entièrement nus, lisses et de couleur rougeàtre ; une raie noire traverse le front, et deux autres l'occiput; le bas du cou est entouré par des plumes noires, étroites; les ailes sont aiguës, et plus longues que la queue; les tarses sont noirs, et en partie couverts par les plumes des jambes.
Il habite la Californie.