‹ Encyclopédie d'histoire naturelle; ou, traité complet de cette science d'après les travaux des naturalistes les plus éminents de tous les pays et de toutes les époques: Buffon, Daubenton, Lacépède, G. Cuvier, F. Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire, Latreille, De Jussieu, Brongniart, etcChapitre 15 sur 42 · VINGT-SEPTIEME FAMILLE · texte numérisé non relu

VINGT-SEPTIEME FAMILLE

LUCANIENS. LUCANII. Brullé, 1837.

Corps plus ou mowns déprimé; tête assez petite, menton grand, corné, habituellement entier; languette, souvent placée à la face interne du menton, sans paraglosses; mâchoires à deux lobes : l'interne assez-souvent, et l'externe au contraire très-rarement, en forme de crochet corné; mandibules souvent très-développées dans les males, et présentant toujours des différences suivant les sexes; labre soudé à l'épistome dans la plupart des-cas; antennes de dix articles, brisées ou génieulées, les trois à sept derniers, et constamment ceux qui forment la massue, fixes et disposés en lamelles semblables aux dents d'un peigne; élytres recouvrant en entier l'abdomen; hanches transversales, les antérieures parfois presque globuleuses; tarses tous de cinq articles : crochets simples, et entre ces derniers un appendice terminé par deux soies; paraplewr'es métathoraciques simples; abdomen composé de cinq segments presque égaux.

Les Insectes qui entrent dans cette division, principalement caractérisés par leur massue antennaire et correspondant aux Pectinicornes, de Latreille, sont réunis par la plupart des auteurs modernes, tels que Erichson, MM. Burmeister, Redtenbacher, Blanchard, Mulsant, ete., aux Scarabéiens avec lesquels ils ont les plus grands rapports, mais cependant ils nous semblent, comme à MM. Brullé, Th. Lacordaire, ainsi qu'à plusieurs autres entomologistes, devoir former une famille particulière que l’on désigne généralement sous le nom de Pectinicornes, mais qui doit plutôt porter celui de Lucaniens, qui offre l'avantage de rappeler la dénomination du genre typique : celui des Lucanus où Cerf-volant.

Au caractère de la massue pectinée des antennes chez les Lucaniens viennent se joindre quelques différences dans la structure du système nerveux, et des particularités spéciales dans les larves. Nous devons revenir sur quelques-uns de ces points, puisque c’est sur ces caractères que repose la

famille qui nous occupe, et qu'elle peut être différenciée de celle qui précède. Däns les Scarabéiens, les antennes sont toujours composées, à la partie terminale ou massue, d'articles mobiles à la facon de lamelles ou de feuillets de livre; dans les Lucaniens, cette mobilité disparaît complétement, et les articles antennaires deviennent assez semblables à des dents de peigne. Le système nerveux, d'après MM. Newport et Blanchard, dans les premiers, offre pour toute chaîne nerveuse ventrale une grosse masse ganglionnaire située dans le thorax, sans aucune trace de ganglions abdominaux, tandis que chez les seconds ces derniers ganglions existent en même temps que ceux du thorax et en sont distincts. Enfin, dans les larves des Lucaniens, les anneaux qui forment le corps ne présentent pas les plis transversaux, qui sont presque toujours très-apparents chez les Scarabéiens : enfin l'anus est transversal chez ceux-ci, et longitudinal chez ceux-là. On doit dire cependant qu'un groupe de transition entre les deux familles se trouve dans les Passalus, qui, par la conformation des antennes, sont bien des Lucaniens : mais chez ces Insectes, le système nerveux tient le milieu entre ce que l’on remarque dans les Searabéiens et dans les Lucaniens, et il en est de même dansles larves qui, à l'absence des plis des premiers, joignent l'anus transversal des seconds. De tout cela on doit conclure : 1° que les Scarabéiens sont distincts des Lucaniens; 2° que parmi ces derniers il y a deux tribus particulières : les Passales et genres voisins, tendant à établir le passage des uns aux autres; et 3° les Lucanes et genres qui s'y rattachent, et qui se distinguent plus notablement des anciens Lamellicornes typiques. ;

Nous ne donnerons actuellement que quelques généralités principales sur les Lucaniens; c’est en faisant l'histoire des deux tribus et des genres nombreux dont se compose cette famille que nous

-entrerons dans les particularités qui doivent être signalées. Ces Coléoptères sont ordinairement de taille moyenne et souvent assez grande. On en rencontre dans toutes les parties du monde : l'Europe en renferme dont la taille est même assez notable : l'Amérique et les Indes orientales en possèdent un nombre considérable de belles espèces. Dans nos pays, les espèces sont en général noirâtres, mais dans les contrées chaudes, on en connait qui sont parées de teintes assez brillantes. Leur régime paraît être presque exclusivement végétal; ils sucent la miellée qui suinte des arbres, dévorent les feuilles et les bourgeons, ete. : quelques-uns, peut-être exceptionnellement, prennent une nourriture animale, et l’on en a vu s’attaquant à des chenilles ou à certains Coléoptères. Ils vivent presque exclusivement dans l’intérieur des arbres vermoulus ou sous les écorces, et ce n’est qu'accidentellement qu'on les trouve à l'air libre. Cependant ils peuvent voler avec assez de rapidité, quoique leur vol soit lourd. Les différences sexuelles peuvent être à peu près nulles, comme chez les Passales, ou, au contraire, devenir très-grandes, ainsi que dans certains Lucanus, dans les Pholidotus, dans les Chiasognathus, ete. Dans les Scarabéiens, les différences sexuelles, comme nous l'avons dit, portent surtout sur les cornes, saillies, sillons, ete., dont sont pourvus la tête et le corselet chez les mâles, tandis qu'il n’y en a pas ou seulement de rudimentaire chez les femelles : lenombre des articles de la massue antennaire varie aussi suivant les sexes: dans les Lucaniens, la disposition des antennes est la même chez les mâles ainsi que chez les femelles, et les différences sexuelles, à l'exception des Sinodendrons, dont la tête des mâles porte une petite corne que l'on ne voit pas chez la femelle, se trouvent principalement dans les organes de la bouche, surtout dans les mandibules, qui peuvent devenir énormes chez les mâles, et secondairement dans la forme de la tête et du corselet, et dans la disposition des pattes. En raison même de cette grande réduction des organes buccaux chez les femelles, les genres sont particulièrement caractérisés d’après les’mâles, et les femelles en différent parfois assez notablement.

Les métamorphoses des Lucaniens ont été observées par un assez grand nombre d'auteurs, ainsi que nous aurons bientôt occasion de le dire. D’une manière générale, les larves, d'un blanc sale, vivent dans le tronc des arbres pourris, et ressemblent beaucoup à celles des Scarabéiens. Elles sont cylindriques, ne peuvent se dresser complétement et restent constamment recourbées en are par leur partie postérieure. La tête est cornée, convexe, toujours privée d’yeux. Les antennes ont cinq articles ou sèulement quatre, si, comme le font plusieurs auteurs, on ne considère pas comme un article le tubereule rétractile qui sert de support à ces organes. Pour les organes buccaux : le labre est distinet du chaperon; les mandibules sont robustes, dentées intérieurement; les mâchoires ont deux lobes armés de cils ou de légères épines; le menton supporte une languette petite, arrondie en avant, et des palpes labiaux courts, de deux articles; les palpes maxillaires comptent quatre articles en

indiquant pour un article le tubercule basal. Les anneaux du corps sont recouverts d'une peau mince et lisse, avec quelques spinules sur les premiers et sans les plaques cornées, ni, en dessus, les plis transversaux que l’on remarque constamment dans les larves des Scarabéiens. Tous les segments du thorax sont de la même grandeur que les suivants; dans les Lucanides, ils portent trois paires de pattes composées chacune de quatre pièces et d’un crochet terminal, et dans les Passalides, il n’y a plus que deux paires de pattes seulement. Les segments de l'abdomen sont au nombre de neuf, mais, comme le dernier est divisé par un sillon assez profond en deux portions, quelques auteurs en comptent parfois dix: la portion postérieure de ce dernier segment porte, de même que dans les larves de Scarabéiens, le nom de sac, mais ce sac est toujours moins développé que chez ceuxci. L'armature anale est transversale dans les Passalus, et longitudinale dans les Lucanus. Il y a neuf paires de stigmates : la première placée sur le corselet, et les autres sur les huit premiers segments abdominaux : ces stigmates ont une forme arquée et spéciale.

Fig. 106. — Odontolarius giganteus.

Linné rangeait tous les Insectes de cette famille dans son genre Lucanus; Fabricrus en a distingué depuis les Æsalus, qui en sont assez voisins, et les Passalus, qui en sont séparés par des caractères très-prononcés. Enfin les entomologistes modernes ont créé, principalement parmi les Lucanes proprement dits des groupes génériques très-nombreux

Dans l’état actuel de la science on doit admettre parmi les Lucaniens deux tribus spéciales : celles des Passalides et des Lucanides; la première plus rapprochée que la seconde des Scarabéiens.

4e tribu, Passauines : corps grand, plus ou moins déprimé; tête peu développée; languette cornée, glabre, à trois dents en avant, située dans une profonde échancrure du menton; palpes labiaux insérés dans deux dépressions basilaires de la face externe de la languette; mächoires à lobes cornés, en forme de griffes; mandibules armées d'une dent molaire à la base et d'une autre dent mobile en avant de celle-ci: semblable dans les deux sexes; labre libre, mobile; antennes brisées ou gémaculées, de dix articles, dont les deux derniers sont pectinés, fites; écusson situé sur le pédoncule du mésothorax; hanches intermédiaires presque globuleuses.

Les Passalides sont des Coléoptères assez grands, et les plus petites espèces ont une taille au moins moyenne. Presque tous sont plus ou moins déprimés, avec les épipleures des élytres perpendieuaires, légèrement élargis en arrière; et ce n'est qu’exceptionnellement que quelques espèces Indiennes ont une forme cylindrique et sont un peu arrondies. Les élytres présentent toujours chacune

dix sillons : leur disque est entièrement glabre, mais leur pourtour ou tout au moins les épaules offrent quelques poils roussätres. Les côtés du corselet, la poitrine, les jambes intermédiaires et postérieures en ont aussi souvent de semblables. Il n'y à pas de différences sexuelles apparentes dans la disposition des mandibules, qui sont toujours très-puissantes : seulement elles sont un peu moins développées en hauteur dans les femelles, qui, en outre, ont la tête et le corselet plus étroits que les mâles, et les petites cornes, éminences ou inégalités céphaliques un peu moins fortes. La livrée de toutes les espèces est entièrement d’un noir assez brillant : et ce système de coloration uniforme contribue beaucoup à augmenter la difficulté que l’on trouve à bien caractériser les espèces. Ces Insectes sont exclusivement xylophages, aussi bien à leur état de larve qu'à leur état parfait; ils vivent sous les écorces décomposées et humides, ainsi que dans les troncs d'arbres abattus et à moitié pourris qu'ils fouillent dans toutes les directions avec leurs fortes mandibules. D'après M. Zimmermann, la dent mobile dont ces organes sont pourvus leur sert à diviser le bois en petits fragments : sa forme varie assez, mais elle est toujours située très-près de la dent molaire de la base qui lui sert de point d'appui; les muscles qui la mettent en mouvement ont leurs points d'insertion dans l'intérieur du corps des mandibules. Quand on saisit les Passalides, ils répandent par la bouche et par le dessous des élytres un fluide abondant, presque incolore, et d'une odeur caustique assez faible. Les petites espèces volent fréquemment à l'entrée de la nuit; les grosses ne le font que très-rarement. D'après l'observation de M. Th. Lacordaire, les Passales, au moins les espèces américaines, sont remarquables par la promptitude avec laquelle ils meurent lorsqu'on les a percés d'une épingle; le plus vigoureux individu survit à peine trois ou quatre heures à cette opération, et il y a là bien loin de la ténacité vitale des Lucanes et de beaucoup de Scarabéiens.

Les premiers états des Passalides sont aujourd’hui assez bien connus. Pendant très-longtemps on n'a possédé sur ce sujet que la mauvaise figure d'une larve d’une espèce douteuse, peut-être celle du Passalus interruptus, Fab., faite par mademoiselle de Mérian. M. Percheron a donné ensuite la description incomplète de la larve du P. punctiger, Lepell. et Serv., d'après un exemplaire desséché. Les larves de deux autres espèces ont été décrites avec beaucoup de soin : la première, celle du P. cornutus, Fabr., par M. Burmeister (Handb. der entom., 1847), et la seconde, celle du P. distinctus, par MM, Chapuis et Candèze (Cat. des larves des Col., 1853), d’après un exemplaire bien conservé que lui avait communiqué M. Guérin-Méneville, et dont M. É. Blanchard avait dit quelques mots dans le tome V, troisième série des Annales des Sciences naturelles. Enfin Erichson rapporte à un Passalus la larve que M. Westwood attribue au Buprestis attenuata, du Brésil, mais M. Th. Lacordaire pense que c’est plutôt la larve d’un Longicorne.

Dans ces larves les segments sont lisses et ne sont pas partagés en bourrelets transversaux à la partie supérieure, comme dans les Scarabéiens; les antennes ne présentent que deux articles bien évidents; la dernière paire de pattes est atrophié, et l’anus offre encore une fente transversale. La larve du Passalus distinctus, la seule qui soit assez complétement connue, et dont la longueur totale est de 0,040, a la tête petite, un peu aplatie en dessus, lisse, à bord antérieur légèrement concave; les antennes sont courtes, de deux articles, insérées sur une petite éminence simulant un article basilaire, selon MM. Chapuis et Candèze, et constituant réellement une articulation particulière, d'après d'autres anatomistes : le premier article petit, arrondi, et le deuxième plus long, fusiforme; le chaperon est grand, transversal; le labre elliptique, un peu moins large que le chaperon; les mandibules sont médiocres, symétriques, à deux dents à leur extrémité, et offrant également une large dent sur le bord interne; les mâchoires sont composées d'une pièce basilaire plus ou moins transversale : d’une pièce cardinale assez forte, charnue : de deux lobes bien séparés, aigus, ciliés sur le bord interne, et de palpes de trois articles, dont le premier, court, large, tandis que le second, de la même longueur que le troisième, est plus large, et le dernier conique; la lèvre inférieure est formée d’un menton allongé, d'une pièce palpigère trapézoïdale, portant au milieu un appendice remplaçant la languette, et de chaque côté d’un palpe de deux articles à peu près d'égale longueur, les segments thoraciques sont semblables à ceux de l'abdomen, le corselet offre de chaque côté une plaque cornée, ovalaire, lisse, d'où partent en rayonnant des stries petites et nombreuses; les segments abdominaux sont au nombre de neuf, sans sillons transversaux : le sac est partagé vers son milieu par une ligne circulaire : l'anus est transversal; toutes les pattes, sauf les métathoraciques rudimentaires, sont grandes, formées d’une cuisse forte, d’un trochanter très-petit et d'une

jambe allongée, armée, terminée par un grand ongle aigu; il n'y aurait que neuf paires de stigmates; le corps de la larve, entièrement sans poils, est entièrement blanchâtre, excepté la languette et l'extrémité des mandibules, qui sont noirâtres : elle provient de la Nouvelle-Orléans, où elle se trouve dans les vieux arbres. Quelques différences se remarquent dans la larve du Passalus cornutus, comparée avec celle du P. distinctus : il y aurait dix segments à l'abdomen et dix paires de stigmates; les antennes auraient trois articles; les palpes maxillaires quatre articles; le menton et la languette seraient transversalement ovales, etc.

Fig. 107. — Passalus pentaphyllus. Fig. 4108. — Passalus distinctus. (Larve.)

Le genre principal de cette tribu, le seul qui soit généralement admis par la plupart des auteurs, est celui des PASSALES, Passalus, dont le nom provient du mot grec æxcsaos (cheville, pieu) : dénomination qui n’est ouère en rapport avec la figure de ces Insectes, mais qui, suivant Latreille, servait chez les anciens à désigner une espèce d'Oiseau. Linné n’avait pas séparé les espèces de ce genre de celles des Lucanus; Fabricius, le premier, en forma un genre auquel il assigna le nom qui lui a été conservé depuis. Eschscholtz, dans le tome VIT (4827) des Mémoires de la Société des naturalistes du Muséum, en donna une monographie, qui fut suivie depuis, en 1855, d’un travail semblable et plus complet de M. Percheron; enfin, plus récemment, des espèces nouvelles furent décrites par divers entomologistes, et surtout par MM. Guérin-Méneville, Burmeister, Smith, Klug, Spis et Martius, ete. Le genre Passalus, que Voet nommait Cupes, a été quelquefois subdivisé en trois groupes génériques particuliers tirés de considérations portant sur des caractères secondaires du nombre des articles de la massue antennaire assez variable : e’est ainsi que les Paæillus, Mac Leay, ont cinq articles à la massue, les Ocythoe, Castelnau, six, et les Passalus propres, trois seulement.

Les caractères et les habitudes des Passales étant les mêmes que ceux de la tribu tout entière, nous ne devons pas y revenir; nous ajouterons seulement que l’on décrit aujourd'hui plus de cent espèces de ce genre, et qu'elles sont propres en grande partie à l'Amérique, tandis que quelques-unes sont disséminées en Afrique, aux Indes orientales, en Australie et en Polynésie. Comme type nous citerons le Passace ivrerromeu, Passalus interruptus, Linné, long d'environ 0,06, entiérement noir, comme ses congénères, avec trois saillies principales sur la tête; le corselet à côtes et partie du bord antérieur bordés d’une gouttière très-ponctuée, à stries externes des élytres également très-ponctuées, et qui est très-répandu à Cayenne, au Brésil, ainsi que dans une grande partie de l'Amérique du Sud.

2% tribu, Lucanines : corps grand, assez allongé, plus ou moins ovalaire, rarement déprimé; téte assez forte; languette coriace où membraneuse, ciliée, ordinairement placée à la face interne du menton, qui est entier et non échancré; palpes labiaux à supports libres, attachés à la base et sur les côtés de la languette; mardibules en général très-développées dans les mâles, contrairement à ce qui a lieu dans les femelles, et n'ayant pas la dent molaire à la base que l'on remarque chez les Passalides; mâchoires à lobe externe inerme, pénicillé; labre presque toujours soudé au chaperon; corselet grand; écusson petit, placé entre les élytres, qui sont bien développées; pattes fortes : hanches intermédiaires transversales.

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Les Lucanides, trés-nombreux en espèces, ont des formes assez variables, mais pour la plupart se rapprochent de celle de notre espèce typique, le Lucanus cervus. La tête est grande en raison surtout du développement que prennent les mandibules. Le menton esttransversal, cylindrique en avant, recouvrant à peu près complétement la cavité buccale, et par conséquent complétement ou partiellement les palpes, la languette, les mâchoires, etc. Les mandibules sont assez fortes, surtout dans les mâles, car elles sont habituellement à l’état normal dans les femelles. La tête suit le développement de celles-ci. Le chaperon est soudé au front. Les yeux sont latéraux, plus ou moins divisés, petits et parfois gros et globuleux. Les antennes sont ordinairement brisées depuis le second article, ou bien seulement arquées, à articles de grandeur variable: Le corselet, bien séparé dans beaucoup d’espèces, est parfois exactement appliqué contre la base des élytres. L'écusson est médiocre, triangulaire ou allongé. Les pattes diffèrent considérablement, sous le rapport de la grandeur, selon les sexes et les espèces : les antérieures s’allongent souvent chez les mâles, et les épines ou dents, dont elles sont armées, sont presque toujours plus nombreuses aux quatre postérieures qu'aux deux paires antérieures; les tarses sont très-développés, à quatre premiers articles égaux, et le dernier, le plus grand de tous, portant deux crochets robustes. Les différences entre les sexes sont constamment apparentes : faibles dans quelques cas, elles sont très-marquées dans beaucoup d'autres; ces différences portent principalement sur les mandibules, qui sont faibles dans les femelles et souvent très-développées dans les mâles : les organes buccaux suivent à peu près la même règle : il y a aussi des variations dans la forme du corselet, dans la structure des pattes, etc., et de celail résulte même parfois que les deux sexes d’une même espèce sont tellement dissemblables qu’on les a pris pour des espèces particulières.

Ces Insectes sont ordinairement de taille moyenne; quelques-uns sont même grands, et il en est un petit nombre, comme les Sinodendrons, par exemple, qui, au contraire, sont petits. Presqua toujours glabres, ce n’est que dans peu d'espèces que l’on signale des poils assez rares. Le système général de coloration est le noir pur ou le brun marron uniforme, mais parfois certaines espèces, surtout parmi les exotiques, ont des teintes ou des reflets métalliques, ou sont couvertes d’écailles plus ou moins serrées. À leur dernier état de développement les Lucanides se trouvent sur les troncs ou dans l'intérieur des arbres vermoulus. Un très-petit nombre d'espèces, comme notre Cerf-volant ou Lucanus cervus, et une espèce du genre exotique des Chiasognathes, volent avec une assez grande facilité, surtout pendant les chaudes soirées d'été : les autres semblent peu se servir de leurs ailes. On admet généralement que ces Coléoptères vivent de la miellée des feuilles et de la séve extravasée des arbres, dont peuvent s'emparer aisément les espèces nombreuses dont la languette et les mâchoires sont terminées par des pinceaux de poils; mais les espèces dans lesquelles ces poils ne sont pas très-développés, et dont la languette et les mächoires ne sont pas extensibles, ne peuvent point agir de la même manière. La présence assez fréquente d’un crochet corné aux màchoires indique en outre, comme le fait remarquer M. Th. Lacordaire, que les espèces qui en sont pourvues prennent une nourriture plus solide, et, lors même que ce crochet n'existe pas, si les mandibules sont courtes ainsi que la saillie intermandibulaire, rien ne s'oppose à ce que les premières remplissent leurs fonctions ordinaires. Quoi qu'il en soit, les Lucanides ont un régime essentiellement végétal, et quelques-uns d’entre eux, comme le Platycère caraboïde, rongent avec facilité les feuilles et les bourgeons : il en est même qui peuvent par exception vivre de substances animales : on en a vu attaquer des chenilles, et M. Chevrolat a signalé un individu du Dorcus parallelipipedus qu'il a observé dévorant un Helops.

Les œufs sont pondus par les femelles dans des trous creusés dans les trones et dans les racines des arbres plus ou moins pourris ou au moins déjà malades. C’est là que les jeunes larves éclosent et qu'elles se développent, ce qu’elles font très-lentement, si l'on en juge par celles du Lucanus cervus, qui mettent quatre années avant de parvenir à l’état de nymphe. D'une manière générale, ces larves sont d'un blanc jaunâtre, avec le sac d’un gris ardoisé, couleur produite par la transparence et due aux matières excrémentitielles; la tête est plus ou moins rougeàtre; leur grandeur varie suivant les espèces; le corps est gros, et la tête de même largeur que les premiers segments du tronc; le troisième article des antennes est au moins aussi long que les deux suivants réunis: le dernier est trés-court; les segments antérieurs du corps offrent très-rarement des plis transversaux, toujours peu marqués; les mandibules sont obtusément dentées sur le bord interne, avec une surface molaire

a la base, et les mâchoires ont des lobes séparés, acuminés, ciliés sur le bord interne; les trois paires de pattes sont également développées, et l'anus est longitudinal, ee qui n’a pas lieu dans les Passalides. Lorsque leur développement complet est terminé, les larves se renferment dans une coque formée de terre ou des détritus des végétaux au milieu desquels elles ont vécu, et qui est quelquefois très-forte. L'Insecte parfait, dont les téguments sont d’abord mous et de couleur brunätre, attend dans l’intérieur du cocon que ses élytres et son corps aient atteint la consistance et la teinte qu’ils doivent avoir désormais avant d’en sortir. Les métamorphoses d’un assez grand nombre d'espèces ont été étudiées par plusieurs auteurs; Ræsel, Herbst, Erichson, MM. Blot, Albrecht, Posselt, Westwood, se sont occupés des larves du Lucanus cervus, et M. de Haan a parlé de celles de deux espêces douteuses du même genre, les L. saiga et alces. Les larves du Dorcus parallelipipedus ont été successivement décrites par MM. Bree, Ratzeburg, Mulsant, L. Dufour et Erichson; M. Mulsant a fait connaître celles des Platycerus scaraboides, Ceruchus tarandus, Æsalus scaraboides et Sinodendron cylindricum : ces dernières précédemment figurées par M. Westwood; enfin M. É. Blanchard a cité et représenté dans son Histoire des Insectes les larves du Figulus striatus.

Les Lucanides, les Priocères de M. C. Duméril, sont répandus sur toute la surface du globe, et certains groupes semblent spéciaux à des régions déterminées; ce sont pour le plus grand nombre des Insectes crépusculaires. Tous entraient dans le genre Lucanus de Linné, dont Fabricius sépara les Æsalus; Geoffroy, les Platycerus, et Helwig, les Sinodendrons, ete., et qui fut surtout démembré par MM. Mac Leay, Stéphens, Westwood, Hope, Lray, Latreille, Dejean, White, Mulsant, L. Buquet, ainsi que par un grand nombre d’autres entomologistes modernes. Parmi les auteurs classificateurs qui se sont occupés de ces Insectes, les uns, comme Latreille (Hist. nat. des Crustacés et des Insectes, et Règne animal); MM. Westwood (Ann. sc. nat., deuxième série, tome [*'); Aug. Brullé (Hist. nat. des Ins., tome IT), et Blanchard (Hist. des Ins.), n’y établirent aucune division; les autres, comme MM. Mac Leay (Horæ entomologicæ), Laporte de Castelnau (Hist. nat. des Coléoptères, tome Il); Hope (Catalog. of Leucanid. Coleoptera); Burmeiïster (Handbuch der entomology, tome V), et Th. Lacordaire (Genera des Coléoptères, tome HD), y admirent, au contraire, plusieurs groupes secondaires : les deux derniers savants entomologistes que nous venons de nommer adoptèrent sept divisions particulières que nous citerons d’après eux.

1° division, Lucanires. Ce groupe primaire comprend la plus grande quantité des espèces de la tribu, et offre pour caractères, d’après M. Th. Lacordaire : languette située à la face interne du menton et presque toujours bilobée; menton recouvrant la base des palpes; mächoires à lobe interne souvent corné, en forme de griffe dans les femelles; mandibules de longueur variable dans les males, ayant entre eux une saillie toujours visible; labre corné, soudé au chaperon; corselet non contiqu aux élytres; pattes dissemblables dans les deux sexes; prosternum assez large, formant habituellement une saillie en arrière des hanches de devant. Les espèces de cette division se trouvent dans toutes les parties du monde, mais il semble que l'Amérique méridionale ne renferme pas de Lucanes proprement dits. Les espèces sont très-difficiles à distinguer, car les femelles diffèrent considérablement des mâles, et ceux-ci même ne se ressemblent guère suivant qu'ils sont jeunes ou parvenus à l’âge adulte; de cela a dù résulter un grand nombre d'espèces purement nominales. Quelque chose d’à peu près analogue a lieu pour les genres : quelques auteurs en admettent un grand nombre et M. Th. Lacordaire croit, dans l'état actuel de la France, ne devoir partager toute la division qu’en quatre coupes génériques.

Le genre typique est celui des LUCANES ou CERFS-VOLANTS, Lucanus, Linné (Systema naturæ), Scopoli (Faun. entom. Carniol.). Le nom de Lucanus que porte ce genre d’Insectes est celui que leur ont donné les auteurs latins Nigidius Figulus d’abord et ensuite Pline, qui a cité son devancier; Geoffroy avait appliqué génériquement à ces mêmes Insectes la dénomination de Platycerus, donnée par les Grecs à quelques espèces du même groupe, mais le nom adopté par Linné et par Scopoli a prévalu, ainsi que beaucoup d’autres, sans doute à cause du respect pour les naturalistes ou fondateurs de la nomenclature, et contrairement cependant aux règles de la priorité scientifique. On a beaucoup disserté sur l'origine du nom de Lucane. Les uns le font venir de Lucana, mot qui a parfois servi à désigner l'Éléphant, que l’on appelait aussi Luca bos, et par lequel on désignait, en outre, le Bœuf, suivant Pline. La comparaison que l’on a établie entre les Lucanes et les

plus grands Mammifères n’a rien qui doive surprendre : on la retrouve dans le nom de Taurus vo- Lans, donné avant Linné à l’espèce typique du genre qui nous occupe, et c’est encore par suite de la même comparaison que le nom de Cerfs-volants a été donné chez nous aux mêmes Insectes, à cause du développement extraordinaire que présentent les mandibules dans le mâle, ce qui les a fait regarder comme des cornes. D'autres auteurs pensent que le nom de Lucane vient de ce que ces Insectes étaient très-répandus chez les Lucaniens, ancien peuple de l'Italie, qui lui-même ne devait son nom qu'à la grande quantité de Bœufs qu'il nourrissait.

Fig. 109. — Hexarthrius (Lucanus) Buqueti.

Les caractères distinctifs essentiels des Lucanus sont les suivants : corps plus ou moins oblong; sixième arceau ventral invisible; languette bilobée; lobe interne des müchoires inerme dans les deux sexes. Mais, ainsi compris avec M. Th. Lacordaire, ce groupe renferme une vingtaine de genres distinets pour presque tous les entomologistes modernes, comprend des espèces assez dissemblables par leurs formes ovalaires ou cylindriques, et surtout par la grandeur et la disposition des mandibules des mâles, et a des représentants partout. Les détails de mœurs que nous avons donnés en traitant de la tribu en général se rapportent particulièrement aux Lucanes; ceux que l’on observe dans les environs de Paris ne se rencontrent guère que vers le coucher du soleil; ils se tiennent accrochés aux arbres pendant le jour, et ne se livrent que le soir à la recherche de leurs aliments; on présume qu'ils se nourrissent des sucs qui découlent des plaies des arbres, de la séve des végétaux, et peut-être même des feuilles : on dit aussi qu’on peut leur faire manger du miel, et Swammerdam avait un de ces Insectes qui était très-avide de cette substance, et qui, quand il lui en présentait au bout d’un couteau, suivait, assure-t-il, comme un petit chien; les mandibules longues et dentées des mâles ont une grande force, pincent d'une manière vigoureuse, et peuvent soulever un assez grand poids : Latreille rapporte que le développement remarquable de ces organes à donné lieu à un préjugé populaire, et que, dans certaines parties de l'Allemagne, le nom de Cerf-volant signifie incendiaire, parce que, dit-on, cet Insecte va prendre dans les maisons, avec ses mandibules en forme de pinces, des charbons ardents qui peuvent ensuite donner lieu à des incendies. La plupart des Lucanes, tous d'assez grande taille, même dans nos climats, sont revêtus de couleurs obscures, presque constamment brunâtres ou noirâtres; dans quelques-uns, parmi les exotiques, on srouve des couleurs métalliques et brillantes. La forme des mandibules se modifie dans les mâles, suivant Jes espèces, et chez certains, elles imitent les cornes de divers Mammifères, ou elles sont en pinces dentées et peuvent ressembler à plusieurs de nos instruments. Nous avons dit que les

métamorphoses de plusieurs espèces étaient connues; quand les larves ont acquis tout leur développement et qu’elles vont se transformer en nymphes, elles ereusent dans le sol, souvent à une grande profondeur, une cavité dont elles rendent les parois plus solides que la terre elle-même : ce qui fait supposer qu'elles humectent cette terre d’une matière liquide à l’aide de laquelle elles peuvent la pétrir, et le résultat de leur travail est une espèce de coque analogue à celles des Coprides. M. Bellier de la Chavignerie a rapporté le fait curieux de plusieurs coques en terre, trouvées au cœur de l'hiver à un mêtre de profondeur parmi les racines d’un frêne : ces coques présentaient une ouverture à leur partie supérieure, et contenaient chacune un Lucanus capreolus à l'état parfait; l’auteur que nous avons cité se demande si cet Insecte n'hivernerait pas ainsi. Mais, comme le fait remarquer M. Th. Lacordaire, ces Lucanes étaient plutôt des individus transformés dans l’arrièresaison, et qui attendaient à l'abri le retour de la chaleur, car on ne comprendrait pas bien qu’un Lucanide à l’état parfait puisse fabriquer une coque en terre, surtout quand il est pourvu de longues mandibules comme l'espèce en question, et, en outre, on voit que l’Insecte parfait, après être sorti de son état de nymphe, attend assez longtemps que les téguments soient solidifiés avant de se montrer au dehors du sol.

Quelques particularités secondaires, tirées de la plupart des organes, et surtout de la disposiuon des pattes, ont donné lieu aux auteurs modernes à la création d'une quinzainè de genres dans ce groupe naturel, et divers auteurs ne regardent ces groupes que comme de simples divisions des Lucanes. Les principaux sont les suivants : 1° Lucanus, Scopoli, comprenant une trentaine d'espèces de taille grande ou moyenne, propres à l'hémisphère boréal dans les deux continents et aux régions qui avoisinent le Bengale : le type est notre beau Lucanus cervus, Linné, auquel on à réuni peutêtre à tort les L. capra, Oliv.; capreolus, Fabr., et hireus, Herbst, qui est assez commun, en été, dans toute l'Europe; beaucoup d'espèces n’ont que quatre feuillets à la massue antennaire, et constituent les Lucanus proprement dits de M. Mulsant; une espèce pyrénéenne (L. pentaphyllus, Reiche) aurait cinq feuillets à la massue, et enfin un assez grand nombre d'espèces, les Heraphyllus, Mulsant, n'auraient plus que quatre feuillets à la massue (type, L. tetraodon, Thunbero), dont l'H. Pontbrianii, Mulsant, ne diffère probablement pas, et qui se trouve dans le midi de l'Europe et dans le nord de l'Asie. 2° Mesotopus, Burm., une seule et grande espèce (L. tarandus, Sweder.) de la Nouvelle-Guinée. 3 Hexarthrius, Hope, quelques espèces (L. Rhinoceros, Oliv.) de taille grande et très-robuste : propres aux Indes orientales. 4° Odontolærius, Hope, Insectes des mêmes pays que les précédents et également très-grands. 5° Chalcodes, Westw., qui, comme les groupes suivants, ne sont plus que de taille moyenne, et dont la massue antennaire n'offre plus que quatre feuillets : on ne connaît qu'un Chalcodes, le C. ceratus, Hope, de la eût de Tenasserim. 6° Lepidotus, Westw., une espèce d'Australie, L. rotundicollis, remarquable en ce que son corps est couvert de légers enfoncements qu’oceupent de petites écailles. 7° Cladognathus, Burm.. groupe exotique dans lequel doivent rentrer, au moins en partie, les Metopodontus et Prosopocoilus, Hope. 8° Cyclophthalmus, une magnifique espèce d’Assam (L. platycephalus, Hope), à couleurs métalliques. — D'autres genres moins connus sont ceux des : Anoplocnemus et Cacostomus, Newm., etc.

Un genre, plus distinet que les groupes précédents, est celui des Colophon, Gray, Westw., dans lequel le corps est très-court, de telle sorte que sa longueur n’est que le double de sa largeur, et qui, par cette disposition, rappelle beaucoup la forme des Lethrus. L'espèce unique (C. Westwoodir, Gray) de ce groupe, est d’un noir mat, et habite le cap de Bonne-Espérance.

Le second genre typique de la division est le genre DORCUS, Mac Leay (Horæ entomologicæ, tome III), qui, avec la languette bilobée et le sixième arceau ventral invisible des Lucanes, se différencie principalement par ses mächoires à lobe interne corné et crochu dans les femelles et trèscourt, pénicillé dans les mäles, au lieu d’être inerme dans les deux sexes. Ce sont des Insectes qui ont tous le faciès des Lucanus, mais dont la taille, au moins pour nos espèces européennes, est moindre, et qui sont assez abondamment répandus dans toutes les contrées du globe. Leur dénomination vient du nom grec Aopzz:, de la Chèvre sauvage, et par allusion aux mandibules des mâles composées de petites cornes. Leurs habitudes sont les mêmes que celles des Lucanus. M. Mulsant à fait connaître la larve de l'espèce la plus commune dans toute l'Europe, le Dorcus parallelipipedus. Cette larve vit plusieurs années et se trouve dans les parties molles ou gätées des troncs et des racines des arbres; la tête en est convexe, jaunâtre, lisse, luisante; l’épistome est transversal, trapé-

zoïdal; le labre cilié, arrondi en avant, rétréci d’avant en arrière; les mandibules allongées, rouge fauve à la base, noires et cornées à l'extrémité, armées de cinq doigts; les mâchoires sont coriaces, divisées en deux branches terminées chacune par un crochet corné; les palpes maxillaires sont coniques, de quatre articles; le menton portant deux palpes labiaux peu allongés, coniques; les antennes ont quatre articles; le corps est à peine plus large que la tête, à peu près cylindrique, arqué en dedans, composé de treize segments, d’un blane sale livide sur les premiers anneaux, d’un cendré rougeâtre sur les derniers, et hérissé de quelques poils jaunâtres; les pieds sont jaunes, armés d'un ongle assez fort; les stigmates ont la forme d’un C renversé; l'anus est longitudinal, et le dernier segment du corps présente, de chaque côté du sillon anal, une espèce de tumeur ovale.

Ce groupe, aussi nombreux en espèces que celui des Lucanus, et qui n’en est pas bien distinet, a eté aussi partagé par plusieurs auteurs en un assez grand nombre de genres, dont les plus importants sont les suivants, que l’on peut diviser en deux sections. Dans les uns les quatre jambes de derrière n'ont jamais au plus qu'une seule épine dans les deux sexes, et presque tous ont les yeux imparfaitement divisés. Tels sont : 4° les Dorcus, qui présentent un corps étroit, presque parallèle, et les mandibules des mâles pas plus longues que la tête, en tenaille, et surmontées d’une seule dent inclinée en dedans; une dizaine d'espèces de taille moyenne et propres à l'Europe et à l’Amérique du Nord: nes espèces sont le L. parallelipipedus, Linné, qui comprend quelques variétés, dont on a voulu faire des espèces, et qui est commun dans toute l'Europe, ainsi que dans une partie de l'Asie, en Algérie, ete., et le Musimon, récemment déerit par M. Gené, et qui est propre à la Sardaigne et au nord de l'Afrique; 2 les Psalidostomus, Burm. (Leptinopterus, Hope; Psalicerus, Dej.), remarquables par leur corps svelte, et surtout les mandibules des mâles très-grandes, horixontales, peu arquées, et offrant plusieurs dents intérieurement : plusieurs espèces brésiliennes, dont la plus anciennement connue est le L. femoratus, Fabr.; 3° les Macrocrates, Burm., à téle beaucoup plus grande que dans les espèces du genre précédent : type, M. bucephalus, Burm. (L. longicornis, Hope), du Brésil; 4° les Macrognathus, Hope, à mandibules énormes dans les mâles, horizontales, flexueuses, en tenaille au bout, avec une forte dent interne à la base et plusieurs autres au delà : le type en est le Lucanus giraffa, Oliv., magnifique espèce indienne; 5° les Platypr'osopus, Hope, qui ont des caractères à peu près semblables à ceux du groupe qui précède, mais dont les mandibules sont moins longues, en forme de pinces, sans dent transversale à la base, ete. : un assez grand nombre d'espèces de taille plus ou moins grande, et toutes particulières au continent et aux archipels indiens; 6° Gnaphaloryx, Burm., à forme semblable à celle des Dorcus, mais à mandibules plus lonques et moins arquées : deux espèces assez rares et propres à l'ile de Java; T° les Æqus, Mac Leay, surtout caractérisés par la forme des jambes s'élargissant peu à peu, et avec les épines des antérieures très-fortes : espèces assez nombreuses et particulières au continent indien, à ses archipels, à l'Australie, à la Polynésie, ete.; 8° les Scortizus, Westw., à corps déprimé, plus où moins écailleux, à mandibules des mûles de la grandeur de la tête, en tenailles et dentées : ce sont les représentants des Dorcus au Brésil et au Ghili. Dans les autres les jambes intermédiaires et postérieures sont armées de deux à quatre dents dans les màles comme dans les femelles; et les yeux sont complétement ou partiellement divisés. Tels sont surtout les Sclerostomus, Burm. (Sclerognathus, Hope), voisins des Scortixus, et comme eux répandus dans l'Amérique du Sud, et peutêtre aussi, comme le pense M. Th. Lacordaire, les Alcimus, L. Fairmaire, qui ne renferment qu'une espèce à corps fortement élargi, VA. dilatatus, des îles Wallis.

Un dernier genre, se distinguant de tous ceux de la division par sa languette cordiforme, et par son abdomen à sixième arceau distinct, est celui des PLATYCÈRES, Platycerus (rharus, aplati; #pas, Corne), créé par Geoffroy dans son Histoire naturelle des Insectes des environs de Paris, mais appliqué par lui à tous les Lucanus, tandis qu'aujourd'hui, à l'exemple de Latreille, il ne comprend plus que des espèces de taille petite, de formes peu robustes, et à mandibules à peine aussi longues que la tête, épaisses, horizontales, à plusieurs dents à l’extrémité chez les mâles, tandis que dans les femelles ces mêmes organes ont à peine la moitié de la longueur de la tête. On en connait cinq ou six espèces particulières à l'hémisphère boréal dans les deux continents, mais surtout en Amérique. — Le type, répandu dans toute l’Europe, ainsi que dans le nord de l'Asie, et que l’on trouve plus ou moins communément partout, au printemps, sur les souches ou sur les trones des vieux arbres, est le Lucanus caraboides, Linné, auquel Geoffroy avait donné le nom vul-

Fo ct

gaire de Cuarnerre 8ceue. C’est un joli Insecte qui varie assez considérablement dans sa coloration, depuis le violet pur ou obseur jusqu’au bleu violacé et même au bleu verdàtre, et dont M. Mulsant a distingué trois variétés, dont la principale est le L. rufipes, Fabr., à pieds rouge ferrugineux.

2e division, Lampnmires : à corps cylindrique, taille moyenne; languette bilobée; menton recouvrant la base des palpes; mächoires à lobes souvent crochus et cornés dans les femelles; saillie intermaæillaire grande; labre grand ou médiocre, soudé au chaperon; antennes à massue composée de trois ou quatre articles; corselet non contiqu aux élytres; pattes antérieures légèrement plus longues que les autres; prosternum très-étroit, quelquefois n'étant pas distinct entre les hanches antérieures. — On n'en décrit qu'un petit nombre d'espèces, dans lesquelles les différences sexuelles sont peu ou pas apparentes, et qui sont propres à l'Australie, à la Nouvelle-Zélande et au Chili.

. Le genre typique est celui des LAMPRIMA, Latreille, renfermant de beaux Insectes ornés de couleurs éelatantes, métalliques, passant du vert doré au bleu plus ou moins pur, tous propres à l’Australie, et dont la plus anciennement connue est le L. æneus, Fabr. — Les autres groupes génériques qui n'offrent pas des teintes métalliques sont ceux des: Ryssonotus, Mac Leay, une espèce d’Australie (rebulosus, Kirby), dans laquelle le corps est revêtu d’une sorte d'enduit grisätre, très-fin, jaunâtre sur les élytres. — Dendroblax, White, une espèce unique (D. Earlei), de la Nouvelle Lélande. — Streptocerus, créé par Dejean : caractérisé par M. Fairmaire, et qui, suivant cet entomologiste, représente au Chili les Lamprima australasiens, dont ils ne diffèrent guère qu’en ce que leur massue antennaire est formée de quatre au lieu de trois articles; une seule espèce, le S. speciosus, Dej., Fairm. (Dejeanii, Solier).

3° division, CurasoëNaTHITES : à Corps grand et à élytres à peu près parallèles; languette bilobée, menton recouvrant peu la base des palpes; maächoires à lobe interne parfois crochu et corné dans les femelles; mandibules très-développées dans les mâles; saillie mandibulaire très-grande, verticale; labre crustacé, très-petit, soudé au menton; antennes à massue de trois à six articles; yeux tout à fait divisés; corselet non cortiqu aux élytres; pattes de devant plus grandes que les autres chez les méles; prosternum très-étroit entre les hanches antérieures. — Ce sont de magnifiques Coléoptères, remarquables par leur taille, par leur coloration en entier ou en partie métallique, par la grandeur des mandibules chez les mâles, et qui sont exclusivement propres à l'Amérique méridionale.

On en indique trois genres. Le principal est celui des CHIASOGNATHUS, Stéphens, auquel Lesson a donné depuis la dénomination de T'etraphthalmus, dans lequel, avec une massue antennaire de six articles, le bord antérieur de la tête est épineux; on y range trois espèces : C. Grantii, du Chili méridional, se trouvant assez abondamment sur les troncs des arbres des forêts, volant avec élégance et facilité, et, au moment de la reproduction, se livrant à de violents combats en se dressant sur les pattes de derrière et entrelaçant leurs longues mandibules qu'ils brisent parfois; Jousselinii, Reiche, des Andes chiliennes, et Latreillei, Gay, également propre au Chili.— Les deux autres groupes sont : 4° les Sphænognathus, Buquet (Orthognathus, Dej.), à bord antérieur de la tête inerme : un petit nombre d’espèces de la Colombie occidentale et du haut Pérou; et2°les Pholidotus, Mae Leay, dans lesquels la massue antennaire n'est que de trois articles : Insectes assez grands, particuliers au Brésil et à la Colombie, remarquables par les petites écailles dont ils sont recouverts, et dont on décrit trois espèces, dont la plus anciennement connue est le P. Humboldtii, Schænh.

4° division, Fiçurrres : à corps plus où moins étroit ou oblong, avec les élytres plis ou moins allongées, parallèles; languette bilobée; menton recouvrant la base des palpes; mâchoires à lobe corné et en forme de griffe dans les deux sexes; saillie intermaxillairé très-courte, horizontale; labre soudé au chaperon; mandibules courtes, à peu près d'égale grandeur dans les deux sexes; antennes à massue de trois articles; canthus oculaire formant des crêtes très-saillantes; corselet non contiqu aux élytres; pattes courtes, presque égales; prosternum assez large. — Ces Insectes, assez peu nombreux spécifiquement, et qui se rapprochent assez des Lucanites, surtout du groupe des Dorcus, sont de taille médiocre, de couleurs assez sombres, noirâtres, et habitent l'Afrique, les Indes orientales, l'Australie et la Polynésie,

Le groupe typique est celui des FIGULUS, Mac Leay, qui, avec des yeux complétement divisés, a les quatre jambes postérieures garnies de plusieurs épines; on en connaît un assez grand nombre d'espèces, toutes plus ou moins noires, à élytres peu ou passtriées, et propres aux régions australes de l’Afrique, au continent et aux iles indiennes, à l'Australie et à la Polynésie. M. Westwood en a séparé un genre Cardanus fondé sur une espèce de Java (sulcatus). On doit en rapprocher le genre Nigidius, Mac Leay, qui, avec les précédents, forme les Eudora de M. de Castelnau, qui provient des mêmes pays, mais qui, par leur coloration noire, leurs élytres parallèles, et surtout par les stries profondes qu'elles offrent, présentent une assez grande ressemblance avec les Passalus.

Les autres genres sont : 1° les Agnus, Burm , dans lesquels les quatre jambes postérieures n'ont qu'une seule épine, et qui ne renferme qu'une seule espèce (egenus), d'un noir brunâtre trèsponctué, ressemblant en petit à une femelle du Dorcus parallelipipedus, et originaire de l'ile de ourbon; et 2 les Xiphodontus, Westw. (Coryplius, Dej., Cephaæ, Cast.), qui ont les yeux incomplétement divisés, et dont l'espèce unique, provenant du cap de Bonne-Espérance, est le X. Antilope, Westw.

be division, Syxpésires : à corps cylindrique; lanquette entière; menton pelit, laissant à découvert la base des palpes; maächoires à lobe inerme dans les deux sexes; mandibules médiocres dans les mäles, et à peu près semblables à celles des femelles; saillie intermaxillaire grande, en triangle allongé; labre soudé au chaperon; antennes à massue de six à sept articles gréles, allongés; yeux entiers, gros, globuleux; pattes presque égales; prosternum lamelliforme entre les hanches antérieures. — Les Insectes de cette division sont de taille médiocre, rares dans les collections, et propres à l'Amérique et à l'Australie.

On n'y distingue que deux ou trois genres : — 1° Syndesus, Mac Leay, ayant sept articles à la massue, et ne comprenant que le S. cornutus, Fabr., de Tasmanie. — 2° Hexaphyllum, Gray, ayant six articles à la massue, renfermant quelques espèces brésiliennes. — 7° Psilodon, Perty, ayant pour espèce unique le P. Schuberti, du Brésil, qui ne diffère peut-être pas, selon M. Th. Lacordaire, de l'Hexaphyllum brasiliense, Gray.

Fig. 110, — Syndesus cornutus Fig. 1414. — Slitophyllus trroratus. Fig. 149. — Platycerus auriculalus

6° division, Æsarrres : à corps petit, peu allongé; languette petite, entière; mächoires à lobe interne inerme, très-petit et parfois nul; mandibules légèrement plus longues que la tête dans les mûles; labre mobile; pas de saillie intermandibulaire; antennes à massue de trois articles; yeux entiers; corselèt tout à fait appliqué contre la base des élytres; pattes à peu près égales dans les deux sexes; prosternum très-étroit entre les hanches antérieures. — Ges Insectes, dont on ne connaît qu’un nombre assez restreint d'espèces, toutes de petite taille, et propres à l'Europe, à la Tasmanie et à la Nouvelle-Zélande, sont partagés en trois ou quatre genres.

Le type est celui des ÆSALUS (Asa, Oiseau de proie), Fabr. (Systema Eleuter.), à saillie prosternale reçue dans une excavation du mésosternum, qui ne renferme qu'une seule espèce, l’Æ. scaraboides, la plus petite et la plus différente du type de toutes celles des Lucanides, et dont la forme générale rappelle un peu celle des Trox. Cette espèce est rougeàtre, ponctuée, et porte sur les élytres des rangées longitudinales de petites écailles noires et redressées; on l'a trouvée dans la

plupart des contrées de l'Europe, mais elle est très-rare partout, et vit dans les vieilles souches : en France, elle a été signalée comme ayant été prise aux environs de Strasbourg, dans le département de la Moselle et à Uriage, près de Grenoble. La larve, dont M. le docteur Hammerschmidt avait parlé au congrès de Breslau, a été décrite complétement par M. Mulsant : elle est semi-cylindrique, hexapode, courbée en dedans, à corps à peine plus large que la tête, d’un blanc sale, avec la partie postérieure ardoisée, et garnie de quelques poils allongés.

Un autre genre important est celui des CERUCHUS (z2900y0:, qui a des cornes), Mac Leay (Tarandus, Megerle), à saillie prosternale libre en arrière, et à antennes ayant une massue à articles courts, obtus, qui semble se lier aux Figulites, et qui renferme deux espèces : C. tenebrioides, Fabr. (Tarandus, Panz., Muls.), qui se trouve dans les parties montagneuses de presque toute l'Europe, mais qui est rare partout, et C. piceus, Weber (Tarandus americanus, Dej.), de l'Amérique du Nord. Notre espèce, qui a été quelquefois rangée dans le genre Platycerus, a été plusieurs fois prise au mois d'août dans les Alpes, principalement dans les environs de la Grande-Chartreuse. La larve, observée par M. Mulsant, vit dans le tronc des sapins à moitié pourris couchés sur le sol, et elle se cache souvent profondément dans leur intérieur.

On range encore dans cette division les deux genres : Ceratognathus, Westw., qui, avee le caractêre de la saillie prosternale des Ceruchus, a la massue antennaire à articles longs, filiformes : une espèce seulement propre à la Nouvelle-Zélande (C. niger, Westw., ou Platycerus furcatus, Cast.), et Mitophyllus, Parry (Ptilophyllum, Guérin), qui, avec la plupart des caractères des Cératognathes, offre quelques particularités des Æsales, et qui ne comprend qu’une seule espèce particulière à la Tasmanie.

7° division, Sionenorites : à corps cylindrique; languette, presque entière, située au sommet du menton; mâchoires à lobe interne nul; mandibules petites, semblables dans les deux sexes; labre libre, très-petit, caché dans une échancrure du chaperon; antennes à massue de trois articles; yeux entiers; corselet non contiqu aux élytres; prosternum très-étroit, enfoui dans les hanches antérieures.

On ne connaît que trois espèces de cette division, et on ne les range que dans le seul genre SINODENDRON (ouww, je détruis; d:v9p0v, arbre), Helwig in Schneider Magas. (Ligniperda, Fabr.). Dans ce genre le faciès des Lucaniens a disparu, et la forme générale rappelle celle des Scarabéiens (ce qui n'avait pas échappé à Linné, qui placait l’espèce typique dans le genre Scarabæus) : aussi les différences sexuelles ne portent-elles plus sur le développement des mandibules et des pattes dans les mäles, mais sur l’armature de la tête et du corselet. Dans les Sinodendrons, le corps est parfaitement cylindrique, rugueux, de couleur noire ou brune, et presque glabre; le type (Sinodendron cylindricus, Linné, Fabr.) est un Insecte de taille moyenne, répandu dans toute l'Europe; mais plus commun dans le Nord que dans le Midi, et qui se trouve dans les troncs vermoulus des arbres : il a été surtout signalé dans les pommiers à cidre, auxquels sa larve, qui est décrite avec soin par M. Mulsant, fait parfois beaucoup de mal. Deux autres espèces habitent l'Amérique du Nord : ce sont les Sinodendron americanum, Pal.-Beauv., des États-Unis, et rugosum, Mannerh., de la Californie.

Nous terminons ici l'histoire des divers groupes de Coléoptères de la section des PENTAMÈRES, de Latreille. Tout en adoptant les familles naturelles des entomologistes modernes, nous avons donné, dans les deux précédents volumes, la concordance nécessaire entre nos familles et les anciennes divisions du savant auteur de la partie entomologique du Règne animal. Pour compléter cette indication, il nous reste à parler de la famille des Lamecriconnes, Lamellicornes, de Latreille (sa sixième et-dernière subdivision des Pentamères), qui constitue nos Scarabéiens et Lucaniens.

D'après l’illustre auteur que nous venons de citer, et dont nous devons exposer la classification, parce qu’elle est encore suivie dans beaucoup de cas, les Lamellicornes ont des antennes insérées dans une fossette profonde, sous les rebords latéraux de la tête, toujours courtes, de neuf ou dix articles le plus souvent, et terminées dans tous en une massue ordinairement composée des trois

derniers, qui sont en forme de lames, tantôt disposées en éventail, ou à la manière des feuili d’un livre, s’ouvrant ou se fermant de même; quelquefois contournées et s'emboitant concentriquement, le premier où l’inférieur de cette massue ayant alors la forme d’un demi-entonnoir, et recevant les autres, tantôt disposées perpendiculairement à l'axe, et formant une sorte de peigne. Le corps est généralement ovoïde ou ovalaire et épais. Le côté extérieur des deux jambes antérieures est denté, et les articles des tarses, à l'exception de quelques mâles, sont entiers et sans bourses ni pelotes en dessous. L’extrémité supérieure de la tête s'avance ou se dilate le plus souvent en mauière de chaperon. Le menton est ordinairement grand, recouvre la languette ou est incorporé avec elle et porte les palpes. Les mandibules de plusieurs sont membraneuses; souvent les mâles diffèrent des femelles, soit par des élévations en forme de cornes ou de tubercules du corselet ou de la tête, soit par la grandeur des mandibules. Les larves ont le corps long, presque demi-cylindrique, mou, souvent ridé, blanchâtre, divisé en douze anneaux, avec la tête écailleuse, armée de fortes mandibules, et six pattes écailleuses. Le tube alimentaire est généralement très-long, contourné sur lui-même, et le ventricule chylifique est hérissé de papilles qui ont des bourses destinées au séjour du liquide alimentaire; les vaisseaux biliaires ressemblent, par leur nombre et leur mode d’implantation, à ceux des Coléoptères carnassiers, mais ils sont beaucoup plus longs et plus déliés. On y forme deux tribus.

4% tribu, SCARABÉIDES, Scarabæides : antennes terminées en massue feuilletée et plicatiledans la plupart, composée, dans les autres, d’articles emboiïtés, soit en forme de cône renversé, soit presque globuleux; mandibules identiques ou presque semblables dans les deux sexes; tête et corselet des mâles offrant souvent des saillies ou des formes particulières : mandibules souvent aussi plus développées. Cette tribu, qui répond au genre Scarabæus de Linné, et à notre famille des Sca- RABÉIENS, est partagée en six sections.

A. CopropuaGes, Coprophagi: antennes ordinairement de neuf articles dans les uns et de hu. dans les autres, et dont les trois derniers forment la massue; labre et mandibules membraneuy, cachés; lobe terminal des mächoires de la même consistance, large et arqué au bord supérieur st couché en dedans; dernier article des palpes maxillaires toujours le plus grand de tous, à peu près ovalaire ou presque cylindrique : mais le même des labiaux constamment plus grêle que les précédents; menton échanceré; sternum sans proéminence particulière; erochets tarsiens toujours simples; tarses antérieurs manquant souvent dans plusieurs, soit par naissance, soit parce qu'ils sont caduques. Ces Insectes, qui sont essentiellement fouisseurs, et vivent presque tous dans les excréments des animaux, comprennent les genres principaux des : Ateuchus, Gymnopleurus, Circellium, Coprobius, Eurysterrus, Oniticellus, Onthophagus, Phanœus, Copris (Bousier), Aphodius, Psammodius, ete. — Ge sont nos tribus des Copripes et APHODipes. -

B. Aréxicoces, Arenicoli : antennes habituellement composées de dix ou onze articles, mais parfois de plus ou moins; labre coriace, débordant le plus souvent le chaperon; mandibules cornées, ordinairement saillantes, arquées; mâchoires à lobe terminal droit, non couché en dedans; palpes labiaux à troisième et dernier article toujours très-distinet, et à peu près aussi long au moins que le précédent; élytres recouvrant entièrement l'extrémité postérieure de l'abdomen, de sorte que l'anus est caché de même que chez les Aphodius. Ces Coléoptères vivent de fiente, comme les Coprophages, creusent des trous profonds dans la terre, principalement dans le sable, volent après le coucher du soleil, et contrefont les morts lorsqu'on les prend à la main : ils forment les genres . des: Ægialia, Chiron, Lethrus, Geotrupes, Ochodæus, Athyreus, Elephastomus, Bolbocerus, Hybasorus, Acanthocerus, Trox. — Ce sont nos tribus des : Hy:osorines, Géornurines et Trocines.

. C. Xycoruices, Xylophili : antennes ayant toujours dix articles, dont les trois derniers forment une massue feuilletée, et dont le feuillet intermédiaire n’est jamais entièrement caché par les deux autres ou emboîté; labre non saillant, à extrémité antérieure au plus découverte; mandibules entièrement cornées, débordant latéralement la tête; mâchoires cornées ou de consistance solide, droites ou ordinairement dentées; languette recouverte par un menton de forme ovoïde ou triangulaire, tronqué à son extrémité, et dont les angles sont souvent dilatés; écusson toujours distinct; élytres

ne recouvrant pas l'extrémité postérieure de l’abdomen; pattes insérées à égale distance les unes des autres; crochets des tarses de plusieurs inégaux. Ces Insectes, nombreux en espèces, et dont les larves vivent en général dans les bois plus ou moins pourris, forment les genres : Oryctes, Aqacephala, Orphnus, Scarabæus, Phileurus, Hexodon, Cyclocephalus, Chrysophora, Rutela, Macraspis, Chasmodius et Ometis. — Ce sont nos tribus des : Orpunines, Ruréupes et Dynasripes.

D. Puyrcopuaces, Phyllophagi : antennes à articles variant dans les espèces et même dans ?°< sexes de huit à dix, et à massue à articles en nombre différent; mandibules, recouvertes en dessus par le chaperon, et cachées en dessous par les mächoires, et n'ayant de libre que leur côté extérieur, mais sans être trop prolongées; labre à tranche antérieure à découvert, tantôt sous la figure d’un triangle renversé et large, tantôt, le plus souvent, sous la forme d’une lame transverse échanerée dans son milieu; languette entièrement recouverte par le menton ou incorporée avec sa face antérieure; élytres se joignant tout à fait tout le long de la suture. Ces Insectes, qui renferment beaucoup d'espèces, sont essentiellement phyllophages, et leurs larves, qui dévorent les racines des plantes, font souvent de grands ravages à l’agriculture. Les genres principaux sont ceux des : Pachypus, Amblyteres, Anoplognathus, Leucothyreus, Apogonia, Geniates, Melolontha (Hanneton), Rhixotrogus, Ceraspis, Areoda, Dasyus, Sericus, Diphucephala, Macrodactylus, Plectris, Popilia, Euchlora, Anisoplia, Lepisia, Dicrania, Hoplia ex Monocheles. — C’est essentiellement notre tribu des M£- LOLONTHIDES.

E. Anruogtes, Anthobii : antennes de neuf à dix articles, dont les trois derniers forment seuls la massue dans les deux sexes; mâchoires à lobe terminal souvent presque membraneux, soyeux, en forme de pinceau dans les uns, coriace et dentelé au bord interne dans les autres; mandibules et labre assez saillants, plus où moins solides, selon que ces parties sont à nu ou cachées; paragloses ou les deux divisions de la languette faisant saillie au delà de l’extrémité supérieure du menton; élytres béantes ou un peu écartées du côté de la suture, à leur extrémité postérieure : ce bout étant en pointe ou arrondi. Ces Insectes ont les mêmes mœurs que les Phyllophages, et, comme eux, se trouvent souvent sur les feuilles, mais quelques-uns fréquentent de préférence les fleurs. Les genres principaux sont ceux des : Glaphyrus, Amphicoma, Anthipna, Chasmopterus, Chasma, Dichelus, Lepitriæ, Pachycnemus et Anisonyx. — Presque tous constituent notre tribu des GLAPHyYRIDES.

F. Méurormses, Melitophili : antennes de dix articles, dont les trois derniers forment toujours une massue feuilletée; labre et mandibules cachés, en forme de lames aplaties, entièrement ou presque entièrement membraneuses; mâchoires se terminant par un lobe soyeux, en forme de pinceau, sans dents cornées; menton ordinairement ovoide, tronqué supérieurement ou presque carré, avec le milieu du bord supérieur plus ou moins concave ou échancré; languette non saillante; corps déprimé, le plus souvent ovale, brillant, sans cornes, avec le corselet trapézoïdal ou presque orbiculaire; une pièce axillaire occupant, dans le plus grand nombre, l'espace compris entre les angles postérieurs et l'extérieur de la base des élytres; sternum souvent prolongé en manière de pointe ou de corne avancée; crochets égaux, simples; anus découvert. Ces Coléoptères, dont les larves vivent dans le vieux bois pourri, et qui, à l’état parfait, se rencontrent sur les fleurs ou sur les troncs des arbres d’où il suinte une liqueur miellée qu’ils sucent, comprennent surtout les genres : Trichius, Platygenius, Crematocheilus, Goliath, Inca, Cetonia, Gymmetis et Macronota, et constituent notre tribu des Céronies.

2 tribu, LUCANIDES, Lucanides : antennes toujours de dix articles, dont le premier ordinairement beaucoup plus long que les autres, à massue composée de feuillets ou de dents disposés perpendiculairement à l’axe, en manière de peigne; mandibules toujours cornées, le plus souvent saillantes, plus grandes et même très-différentes dans les mâles; mâchoires de la plupart se terminant par un lobe étroit, allongé, soyeux, celles des autres entièrement cornées et dentées; languette du plus grand nombre formée de deux petits pinceaux soyeux plus ou moins saillants, au delà d'un menton presque semi-cireulaire ou tarré; pattes antérieures le plus habituellement allongées, avec les jambes dentelées tout le long de leur côté extérieur; tarses se terminant par des erochets égaux, simples, avee un petit appendice terminé par deux soies dans l’entre-deux; élytres

recouvrant tout le dessus de l’abdomen. Cette tribu, qui correspond au genre linnéen des Lucanus et à notre famille des LucanteNs, comprend des espèces xylophiles, dont les larves se nourrissent de matières ligneuses en décomposition, et qui est partagée en deux sections.

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