TRENTE ET UNIÈME FAMILLE
CANTHARIDIENS. CANTHARIDII. Blanchard, 1845.
Tête cordiforme, portée sur une sorte de cou, et ne s’enfoncant pas dans le corselet; antennes filiformes ou légèrement renflées vers leur extrémité; mächoires sans onglet; élytres molles dans le plus grand nombre des cas; pattes plus ou moins gréles; tarses antérieurs el intermédiaires de cinq articles : postérieurs de quatre seulement.
Les caractères que nous venons de donner sont les seuls qui puissent être appliqués d’une manière générale à la nombreuse famille des Cantharidiens, telle que nous l’adopterons avec M. Emile Blanchard. Cette famille a une étendue beaucoup plus considérable que les deux précédentes, et
à peu près semblable à celle des Piméliens; elle présente également un grand nombre de types spéciaux, qui offrent entre eux des différences assez prononcées. De là il résulte qu’elle est peu-naturelle, et que c’est à bon droit que plusieurs entomologistes ont cherché à la subdiviser en plusieurs familles particulières. Mais où trouver réellement les limites de chacune d'elles? Faut-il, avec M. Th. Lacordaire, partager les Cantharidiens en neuf ou dix familles, celles des : Mélandryiides, Lagrides, Pédilides, Anthicides, Pyrochroïdes, Mordellides, Rhipiphorides, Méloides, OEdémérides, et même Stilopides où Rhipiptères, qu'il y réunit? Dans l’état actuel de la science, nous ne croyons pas la chose nécessaire; nous savons que de belles observations récentes, et principalement celles de M. Fabre, qui ont confirmé les travaux de plusieurs savants naturalistes, en faisant connaître des particularités inattendues de l’histoire des métamorphoses de plusieurs Cantharidiens, tendent à en faire former un groupe primaire spécial, auprès duquel viendraient se ranger des Insectes que la plupart des entomologistes regardent encore aujourd’hui comme constituant un ordre particulier; mais il est besoin que ces observations se généralisent avant de se prononcer d’une manière positive. En outre, la zoologie proprement dite, telle qu'on la comprenait autrefois, ou l'histoire naturelle des organes extérieurs des Insectes qui nous oceupent, n'a pas dit encore son dernier mot, et &’est peutêtre trop tôt généraliser que de former des familles basées sur les caractères que nous avons pu saisir, et qui doivent être confirmés par les particularités tirées de l’anatomie, c’est-à-dire de l'étude des organes intérieurs, et de la physiologie, ou, en d’autres termes, de l'histoire des mœurs et des métamorphoses. Tous ces motifs, et la crainte aussi de multiplier par trop le nombre des familles, nous ont engagés à ne pas adopter les familles que nous avons nommées et à les laisser toutes, provisoirement au moins, dans la seule grande division de M. É. Blanchard. Mais, comme nous subdiviserons les Cantharidiens en tribus et groupes assez nombreux, nous pourrons indiquer les subdivisions de M. Th. Lacordaire, et, dans tous les cas, nous en donnerons la concordance avec la classification que nous avons adoptée. &
Ces Coléoptères, comme nous l’avons dit, ont une tête qui ne s'enfonce pas dans le corselet, de même qu'on l’observe chez les Piméliens, Diapériens et Hélopiens : cette tête est constamment plus ou moins détachée, et produit habituellement, par son rétrécissement en arrière, une sorte de cou. Ils ont généralement une consistance molle, principalement leurs élytres, qui sont souvent très-flexibles. Leur genre de vie est assez varié : la plupart d’entre eux fréquentent les fleurs; quelques-uns'se tiennent presque constamment sur les arbres; il en est qui restent sur le sol; d’autres se trouvent sous les écorces, etc. On en rencontre dans toutes les régions du globe, et leur taille est extrêmement variable, quoiqu'ils soient le plus souvent de grandeur moyenne ou petite. [ls sont en général très-vifs et très-agiles; beaucoup d’entre eux volent avec une grande facilité, tandis que d’autres, comme certaines Méloës, sont, au contraire, privés d’ailes.
C'est parmi ces Insectes que l’on trouve les Coléoptères vésicants, ou qui, jouissant d’une propriété épispastique portée à un haut degré, ont été employés en médecine depuis un temps immémorial, etchez des peuples très-éloignés les uns des autres : nous reviendrons sur ce sujet, en faisant l'histoire de la Cantharide.
Les métamorphoses de plusieurs espèces ont été décrites, et l’on a pu voir, ainsi que nous l'avons énoncé, que certaines espèces, comme les Sitaris et les Meloes, ont offert des particularités extrêmement curieuses qui nous occuperont bientôt.
Latreille rangeait les Cantharidiens en partie dans la famille des Sténélytres et dans sa famille entière des Trachélides. Pour lui, les SrÉNÉLYrRES, à antennes non grenues ni perfoliées, et dont l'extrémité n'est pas en général épaissie; à corps le plus souvent oblong, arqué en dessus, avec les pieds allongés, ete., sont subdivisés en cinq tribus, deux appartenant aux familles précédentes : les Hélopiens (genres : Hélops, Épitrague, Cnodalon, Campsile, Sphénisque, Acanthope, Amarygme, Sphérote, Adélie, Lœne, Sténotrachile, Strongylie (Sténochie), Pytho, etc.), et les Cistélides (genres : Lystronyque, Cistèle, Mycétochare, Allécule), et trois autres qui se rapportent plus particulièérement à la famille que nous passons en revue; les Serropalpides (genres : Dircée, Orchésie, Eustrophe, Hallomène, Mélandryie, Hypule, Serropalpe, Conopalpe, etc.); OEdémérites (genres : Œdémère, Nothus, Calope, Spharèdre, Dytile, ete.), et Rhynchostomes (genres : Myctère, Sténostome, Rhinosime, etc.). Les TracnÉziDes, à tête triangulaire ou en cœur, portée sur une espèce de col ou de pédicule formé brusquement et en decà duquel elle ne peut, étant aussi large ou plus
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large en ce point que le corselet, rentrer dans la cavité intérieure; à corps mou, avec les élytres flexibles, sans stries et quelquefois très-courtes, un peu inclinées dans d'autres; à mächoires non onguiculées; à articles des tarses souvent entiers, et à crochets du dernier bifides, comprenant six tribus: 1° Lacniames (genre Lagrie); 2° Pyrocuroïpes (genre : Pyrochre, Dendroïde); 3° Mornet- LONEs (genres : Mordelle, Rhipiphore, Myodite, Pelecotome, Anaspe, etc.); 4° Anrricipes (genres : Scraptie, Stérope, Notoxe (Anthicus), ete.); 5° Honrazes (genre Horie), et 6° Vésicanrs ou Canrnarttes (genres : Méloé, Cérocome, Mylabre, Œnas, Tétraonyx, Cantharide, Zonite, Némognathe, Gnatrie, Sitaris, etc.). Nous ne nous étendrons pas davantage relativement à la méthode de Latreille, car l'étude que nous allons faire des divers groupes de Cantharidiens complétera ce que nous pourrions ajouter actuellement. ;
Nous partagerons spécialement la famille des Cantharidiens en sept tribus, elles-mêmes subdivisées en un assez grand nombre de groupes, de divisions et de genres. Ces tribus sont : 1° Lacrres : groupes des Lagriites, Statirites, Trachélostérites, Scraptites et Anthicites; 2 Pyrocunoïves, 3° Monnetunes : groupe des Mordellites et Rhipiphorites; 4° Méranorvwes; 5° Œnéménines : groupe des OEdémérites, Myctérites; 6° Hornpes, et T° Canmuarinines : groupe des Cantharidites, Sitarites; Mylabrites, Némognathides et Méloites. Enfin nous dirons quelques mots des Sricories, tout en renvoyant à l'histoire abrégée que nous en avons donnée sous les noms de Stresiptères et de Rhipiptères, dans le volume de cette Encyclopédie consacré aux Annelés.
Nous ne nous étendrons pas davantage sur les généralités des Cantharidiens, car nous ne pourrions que répéter ce que nous allons dire dans l’histoire des divisions primaires ou génériques qu'ils renferment.
A tribu, Lacnues : à corps droit; antennes moniliformes ou légèrement dentelées.
Les Insectes qui entrent dans cette tribu, qui répond en partie aux Lagriaires de Latreille, ne sont pas excessivement nombreux, quoique répandus presque partout. Ils se rapprochent assez n0tablement des Hélopiens, et, outre les caractères que nous avons indiqués, se reconnaissent assez facilement à leur tête et à leur corselet plus étroits que leurs élytres et plus ou moins cylindriques.
On peut y former quatre groupes particuliers, ceux des : Lagriites, Statirides, Trachélostomites, Scraptites et Anthicites, dont quelques-uns sont parfois considérés comme formant des familles distinctes.
1% groupe, Lacnures : à corps asses épais; tête saillante, munie d'un col distinct, épais; yeux plus où moins échancrés; antennes fortes, de onxe articles, insérées latéralement à découvert, im médiatement au-devant des yeux; corselet plus étroit que les élytres; celles-ci molles; hanches : antérieures saillantes, cylindriques ou coniques : postérieures transversales.
Les Lagriites sont des Insectes de taille moyenne, à téguments mous, et dont le système de coloration est assez sombre, brunätre ou noirâtre, et que l’on rencontre habituellement sur les feuilles, dans les haies et les bois, sur les plantes basses, et plus rarement et pour ainsi dire accidentellement sur les fleurs. On n’y range plus qu’un seul genre, qui a pour habitat l’ancien continent.
Les métamorphoses ou plutôt les larves de trois Lagria sont aujourd’hui bien connues; Lyonnet, MM. Westwood, Ed. Perris, Heeger, Sitznagsber, Chapuis et Candèze ont décrit ou figuré la larve de la Lagria hirta, espèce commune dans toute l’Europe; MM. Ed. Perris et Graëlls ont parlé de celle de la L. lata, espèce d'Espagne; et Erichson, de celle dela L. grandis, espèce d'Australie. Ces larves, d’une manière générale, s'éloignent beaucoup de celles des Hétéromères que nous avons étudiées jusqu'ici, etelles semblent se rapprocher, sous plusieurs rapports, de celles des Silphaet des Dermestes, dont on peut facilement les différencier par leurs pattes plus courtes et leurs antennes plus longues. Ces larves se trouvent pendant l'hiver sous les feuilles mortes et les débris végétaux, au pied des arbres ou des murs, et leur régime, qui n’est pas encore connu, est très-probablement de nature animale. Ces larves ont le corps allongé, à peu près parallèle, presque plan, et blanchâtre en dessous, convexes et d'un fauve livide en dessus, marquées partout de taches noiràtres, et hérissées de poils plus ou moins abondants. D’après Erichson les larves de Lagriites ont pour caractères : tête inclinée, cornée, arrondie, légèrement convexe en dessus, aplatie en dessous; ocelles au nombre de cinq de
chaque côté; antennes articulées sur les côtés de la tête, de trois articles; chaperon bien disunet, coriace; lèvre supérieure saillante, parcheminée; mandibules cornées, fortes, arquées, dentées de l'extrémité à la base; mâchoires formées d’une pièce cardinale triangulaire, d’une pièce basilaire portant un lobe assez grand, cilié sur son bord interne, et un palpe maxillaire de trois articles; lèvre inférieure parcheminée, formée d'un menton carré, de pièces palpigères courtes, de palpes labiaux petits, peu développés, et d'une languette semi-lunaire; corselet composé de segments semblables à ceux de l'abdomen; pattes courtes; segments abdominaux au nombre de neuf, sans prolongement anal au dernier; stigmates au nombre de neuf paires, ete. Ces larves se métamorphosent sans aucun préparatif, et les nymphes, au moins celles de la L. nigra, sont blanches, hérissées de longs poils fins, roussätres et munies sur les six premiers segments abdominaux de papilles latérales, charnues, tronquées et terminées par des poils.
Le genre unique de cette tribu est celui des LAGRIES, Lagria, Fabr., ayant surtout pour caractéristique : antennes un peu épaissies, à dernier article cylindrique, terminé en pointe, et plus ou moins épais; corselet cylindrique; élytres ovalaires, convexes. On décrit une quarantaine d'espèces de Lagria, ce sont des Insectes à faciès assez lourd, tous propres à l’ancien continent : ceux d'Europe (types, L. hirta et pubescens, Linné), de taille moyenne et tous noirs, avec les élytres d’un fauve testacé; ceux d'Afrique, des Indes orientales et d'Australie, ordinairement beaucoup plus grands, el en général ornés de teintes métalliques, mais uniformes.
Jusqu'à ces derniers temps, on avait compris dans la même tribu des genres qui, mieux étudiés, surtout par M. Th. Lacordaire, ont été reconnus devoir être rangés parmi les Piméliens. Ce sont les groupes des : Puywaropes, Dej., Blanch., à antennes un peu épaissies graduellement vers l'extrémité, à dernier article épais; corselet large, denté latéralement : quelques espèces de l'Amérique; Pro- BELLUS, Dej., Blanch., à antennes avec les articles élargis à partir du septième, et le dernier gros, ovoide; corselet plus large que long, à angles aigus : également d'Amérique, et Ononrorus, Silbermann, à antennes larges, comprimées, avec le dernier article plus grand que les premiers réunis et légèrement recourbé au bout; corselet assez large, arrondi sur les côtés : une espèce (cupreus, Fabr.) du Sénégal.
Fig. 106. — Stutira caraboides. Fig. 157. — Lagria gigas.
2° groupe, SratiiTEs, ayant surtout le corps moins épais que celui des Lagriites, allongé, gréle; antennes moins fortes, à dernier article plus long que les précédents; tête enfoncée dans le corselet; celui-ci très-cylindrique; élytres un peu moins molles.
Les Statirites, qui ne se distinguent réellement des Lagriites, auxquels on les réunit souvent, que par leur forme plus allongée, sont assez nombreux et répandus surtout en Amérique, quoique l’on en rencontre aussi en Afrique et en Australie.
Le genre typique est celui des STATIRA, Latr. (Arteromacra, Kirby), à antennes longues, trèsgrèles, presque filiformes, amincies vers l'extrémité : on en décrit une trentaine d’espèces, répandues en Amérique depuis le Canada jusqu’à Buénos-Ayres, toutes de forme élégante et gracieuse, et dont plusieurs, par leur faciès, leurs couleurs et la structure de leurs téguments, ressemblent à diverses espèces d'Agra. - On en rapproche les Eurrareza et Isoroma, Dej., Blanch., le premier propre à l'Afrique, tel que l'E. suturalis, Lucas, d’Alvérie, et à l'Australie, et le second renfermant
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une espèce du cap de Bonne-Espérance et une autre de Corientes, dans l'Amérique méridionale
COLÉOPTÈRES. 177 (emarginicollis, Blanch.). — Le genre Exauma, Bohem., d'Australie, en est probablement voisin; et
il en est de même des Mecarocera fondés par M. Hope sur une petite espèce (lateralis) trouvée dans de la résine animée.
3° groupe, TracnÉLosrÉmITES, à tête sans aucune trace de col en arrière; antennes à dernier article de longueur normale; tarses à avant-dernier article entier, tandis qu’il est un peu bilobé dans les Lagriites et Statirites.
Le seul genre TRACHELOSTEMUS, Sol., entre dans cette division, et ne renferme que le T. inæqualis, du Chili, qui, au premier aspect, ressemble beaucoup à un (Edéméride, notre Stenotrochelis æneus.
4° groupe, Scraprites, à tête saillante, penchée, brusquement rétrécie en col; antennes de onze articles, filiformes; corselet plus étroit que les élytres chez la plupart; élytres habituellement sans repli épipleural; pattes longues; hanches antérieures et postérieures contiqués; cavités cotyloïides largement ouvertes en arrière; abdomen composé de cinq, rarement de six segments, tous distincts.
Nos Scraptites, qui constituent la famille des Pédilides de M. Th. Lacordaire, et qui, pour divers auteurs, sont placés en partie avec les Mélandryites et en partie avec les Anthicites, ont pour type le genre Scraptia, à côté duquel viennent se ranger un assez grand nombre de genres, presque tous de récente création. Ce sont des Insectes de très-petite taille, vivant sur les fleurs ou se rencontrant sur les feuilles des arbres, et plus rarement sur les herbes basses ou dans les détritus végétaux; ils sont très-vifs dans leurs mouvements, et habitent l'Europe, l'Asie et les deux Amériques. On ne connaît ni leur régime ni leurs métamorphoses.
Les uns ont le vertex de la tête contiqu au corselet; tel est le genre SCRAPTIA, Latr., à antennes un peu élargies vers l'extrémité, à dernier article conique, un peu pointu, et à palpes longs, avec le dernier article sécuriforme, qui comprend quelques petites espèces propres à l'Europe (type, S. fusca, commun auprès de Paris), et à l'Amérique septentrionale, à téguments flexibles, testacés ou brunâtres, revêtus d'une fine pubescence; on y réunit le genre Calasia, Haldem., fondé sur une espèce de l'Amérique du Nord. — Parmi les genres qui en sont voisins, nous citerons les : Xvre- PxLus, Bonnelli, Latr., qui se trouvent dans les bois, sur les arbres et sous les écorces, que l’on & signalé en Europe, à Madère, dans l'Amérique du Nord, dans l'Australie, ete., et auxquels on doit réunir les Aderus, Westwood, et Phytobænus, Sahlberg. — Troromm1, Kiesenwetter, une espèce trouvée auprès de Perpignan et de Montpellier. — Tanarurus, Leconte, de l'Amérique du Nord.
Les autres ont le vertex de la tête distant du corselet; tel est surtout le genre PEDILUS, Fischer de Waldheim, créé pour un petit Insecte (fuscus) de l'Altaï et de la Sibérie, mais auquel on doit associer de nombreuses espèces de l'Amérique du Nord, dont quelques-unes se rapportent au genre Corphyra, Say. — D'autres coupes génériques sont celles des: Eurvéenius, la Ferté (Ichtydion, Dej.); Srerroraus, la Ferté; Macrarria, Newm.; Mirnæcagrus, Sol., tous presque exclusivement de l'Amérique du Nord; Srenopes, Steven. (Blastanus, Illig.), qui ne renferme qu'une espèce découverte exclusivement sur les bords de la mer Caspienne, et peut-être Nemaropcus, Leco 2te, fondé pour une seule espèce des rives du lac Michigan, en Amérique.
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Fix. 458. — Scraptia dubia. Fix. 159. — Anthicus fascialus. Fis. 460. — Melandria caraboïdes.
5° groupe, ANTHICITES, à tête penchée, entièrement dégagée du corselet, portée sur un étranglement ce 25
en forme de cou; antennes fiiformies ou grossissant peu à peu; yeux médiocres; corselet plus étroit à la base que les élytres; hanches antérieures cylindriques, saillantes, contiqués; cavités coxales peu ouvertes; pattes grèles, plus ou moins allongées; abdomen ayant cinq segments bien distincts.
Ces Insectes forment la famille des Anthicides de quelques auteurs, et l'on y réunit souvent les Scraptites, dont ils différent essentiellement par l’interposition d’une saillie intercoxale entre les hanches postérieures, et par leur forme plus courte. Pendant longtemps on les a tous compris dans les deux seuls genres Anthicus, Paykubl, et Notoxus, Geoffroy; mais il y a une dizaine d’années (1848), M. le marquis de la Ferté-Sénectère en a donné une bonne monographie dans le Species et Iconographie des Animaux articulés de M. Guérin-Méneville : il y a créé plusieurs genres, et, comme il arrive presque constamment pour les groupes d'Insectes de petite taille, par conséquent difficiles à étudier, il en a recueilli un grand nombre, et a décrit beaucoup d'espèces pour la plupart inédites jusqu'alors. De telle sorte que les Anthicites renferment aujourd'hui buit genres et près de quatre cents espèces, qui se trouvent dans toutes les parties du monde, et qui sont toutes génériquement représentées en Europe. Ce sont des Coléoptères de médiocre taille, se rencontrant ordinairement sur les bords des eaux douces ou de la mer, et se trouvant aussi sur les fleurs, sous les écorces et au pied des arbres : leur livrée est assez variée, mais les teintes métalliques n’y Ügurent jamais, et, sous ces rapports comme sous celui de leur vivacité, ils ressemblent assez d'une manière superficielle à diverses Fourmis. Pendant très-longtemps, on a eru que leur régime était exclusivement végétal; cependant, d’après des observations assez récentes, il paraîtrait qu'il se compose, au contraire, de matières animales. Leur petitesse n'a pas permis jusqu'ici de faire connaître leurs larves.
Nous ne pouvons en quelques mots faire connaître les divers genres d’Anthicites; aussi nous bornerons-nous à les signaler, et renverrons-nous, pour plus de détails, au travail de M. de la Ferté- Sénectère et au résumé qu’en a donné M. Th. Lacordaire dans son Genera.
On doit prendre pour division typique le genre ANTHICUS, Paykuhl, qui a pour caractère principal de présenter un corselet privé de corne ou d'excavation antérieurement, et dans lequel entrent plus des deux tiers des espèces du groupe entier, puisque M. de la Ferté en décrit plus de deux cents, presque toutes européennes, mais dont plusieurs sont répandues dans la plupart des régions du globe. M. de la Ferté subdivise les Anthicus en dix-huit groupes, parmi lesquels six sont pour lui des sous-genres; ce sont les: Acanthinus, Ischyropalpus, Stenidius, Liparoderus, Aulacoderus et Leptaleus : ce dernier, que M. Th. Lacordaire élève au rang de genre, tandis qu’il regarde les autres comme non suffisamment caractérisés. Plusieurs espèces se trouvent dans nos environs, et sont plus ou moins communes; nous nommerons seulement parmi elles l'Anthicus floralis, Fabr.
Un genre remarquable du groupe est celui que Geoffroy a nommé il y a longtemps NOTOXUS, nom qui sert aussi à désigner un autre genre de Coléoptères, et qui a été changé en ceux de Moxocerus, Dej., et Ceratodera, Blanch., parfois adoptés. Ces Insectes, surtout caractérisés par leur corselet muni d'une corne dirigée en avant, ont un aspect tout particulier; leurs couleurs sont assez variées, et leurs élytres habituellement ornées de bandes transversales noires sur un fond testacé ou jaunâtre. On en a décrit une quarantaine d'espèces propres à toutes les régions du globe, et dont le type est l'Anthicus monoceros, Linné, assez peu rare auprès de Paris, ainsi que dans une grande partie de l'Europe.
Les autres genres d’Anthicites que nous nous bornerons seulement à nommer sont ceux des : Mecincrarsus, la Ferté, d'Europe, d'Arabie et des Indes orientales, et Ausrvperus, la Ferté, d'Algérie et d'Égypte, tous deux intermédiaires entre les Notoæus et Anthicus. — Fonxicoma, la Ferté (Myrmecosoma, Mann.; Anthelephila, Hope, et Formicilla, Leconte), très-répandu en espèces dans les pays baignés par les mers dans le midi de l'Europe, le nord de l'Afrique, les Indes orientales et l'Amérique, et Tomonerus, la Ferté, qui renferme une dizaine d'espèces exotiques et une typique européenne, qui sont placés en tête de la division par M. Th. Lacordaire, tandis qu'il range à la fin celui des Ocurusnomts, Dej., Schmidt (Endemia, Cast.), les plus petits des Anthicites, particuliers à l'Europe, à l’Alvérie et aux Indes orientales, et dont le type est notre À. angustatus.
2e tribu, Pyrocunoïpes, à corps droit; tête médiocrement penchée, trigone, rétrécie à la base en un col dégagé du corselet; mandibules courtes; yeux assez grands, saillants; antennes de onxe ar-
ticles, pectinées ou flabellées; corselet plus étroit que les élytres; celles-c1 débordant un peu l'arrièrecorps; pattes peu allongées; hanches antérieures lonques, contiqués, intermédiaires également allongées, couchées, parcllèles, postérieures transversales, obliques; abdomen un peu membraneux, formé de cinq segments dans les femelles et de six dans les mûles.
Les Pyrochroïdes, qui forment une famille particulière pour certains entomologistes, répondent aux Pyrochroa, groupe générique assez anciennement créé et à quelques divisions qu’on y associe. ces Insectes sont pour la plupart d'assez grande taille; leur forme est déprimée et large; leurs élytres, toujours plus ou moins élargies en arrière, ont une grande ampleur, sont recourbées à la base et recouvrent des ailes qui sont bien développées. Ils fréquentent les feuilles des arbres, même parfois les fleurs, et les quatre genres qu'on y forme, quoique peu nombreux en espèces, ont des représentants aussi bien dans l’ancien que dans le nouveau continent.
Les métamorphoses des trois espèces de Pyrochres propres à l’Europe sont connues; les larves de la Pyrochroa coccinea ont été décrites par Ahrèns, M. Léon Dufour, qui est entré dans des détails anatomiques, et MM. Chapuis et Candèze, qui en ont donné une bonne figure; celles de la P. rubens ont été indiquées par M. Westwood, et enfin celles de la C. pectinicornis ont: occupé MM. Chapuis et Candèze. Ces larves ont la plus grande analogie avec celles du Pytho depressus, de telle sorte qu’Erichson réunit les Pyrochroa et les Pytho, malgré les différences qu'ils présentent à leur état parfait, dans une seule et même famille, et il en donne la description commune que nous allons brièvement faire connaître. Ces larves ont la tête aplatie, à bouche dirigée en avant; les ocelles sont au nombre de cinq de chaque côté; les antennes, articulées sur les côtés de la tête, sont allongées, de trois articles; la lèvre supérieure est cornée; les mandibules fortes, recourbées; les mächoires très-rapprochées du menton, qui, lui-même, est étroit, allongé; les segments thoraciques sont semblables aux abdominaux; les pattes sont assez courtes, dirigées en dehors; les segments abdominaux, au nombre de neuf, sont déprimés; il y a neuf paires de stigmates, ete. Ces larves, qui ne diffèrent guère de celles des Pytho, qu’en ce que leur tête, au lieu d'être enfoncée dans le corselet, est tout à fait libre, offrent une physionomie spéciale très-remarquable . elles sont excessivement minces, car leur épaisseur dépasse à peine celle d’une carte à jouer. D’après leur forme même, on doit comprendre qu'elles vivent sous les écorces d'arbres, et c’est ce qui a lieu. Arrivées à leur entier développement, ce qui n'arrive qu'au bout de deux ou trois ans, elles se construisent une loge pour y subir leurs transformations. Les nymphes sont hérissées, surtout sur l’abdomen et sur la tête, de poils épineux rangés symétriquement, et leur dernier segment est terminé par deux pièces coniques. Les différences spécifiques sont peu prononcées.
Le genre le plus anciennement connu est celui des PYROCHROA, Geoffroy, qui renferme des espèces anciennement placées par Linné avec les Cantharis, et par Gmelin avec les Lampyris, et qui ont principalement pour caractères : antennes ayant chaque article, à partir du troisième, prolongé en rameau. Ces Coléoptères, qui ont les élytres molles et assez élargies inférieurement, ont une livrée dans laquelle le rouge écarlate ou ferrugineux domine, et leurs élytres sont légèrement chagrinées et non ponctuées. C’est principalement sur les feuilles, dans les bois, qu'on les rencontre, et, comme beaucoup d'Insectes, lorsqu'on veut les prendre, ils font les morts, mais ils ne contractent pas dans cette action leurs antennes et leurs pattes. On en rencontre en Europe, en Asie, surtout aux Indes orientales et dans l'Amérique septentrionale. Sur les douze ou quinze espèces décrites, nous nommerons les P. coccinea, Linné, et rubens, Fabr., qui ne sont pas très-rares dans une assez grande partie de l'Europe.
Les autres genres de la tribu, beaucoup plus rares que celui que nous venons d’étudier, sont ceux des: Denproines, Latr., à antennes prolongées en filets très-longs; quelques espèces de l’Amérique du Nord, auquel on réunit, peut-être à tort, le Pogonocherus thoracicus, Fischer, de la Russie méridionale. — Scuizorus, Newm., une espèce des Etats-Unis. — Lrmopes, Bohem., groupe placé avec doute ici, et qui ne renferme qu'une seule espèce d'Australie.
3° tribu, Morpezuines, à corps très-gibbeux, avec la tête fortement inclinée; élytres plus ou moins allongées, assex étroites, acuminées, de consistance assez molle, et ne couvrant jamais l'extrémité de l'abdomen; antennes de onxe articles, simples ou flabellées.
Les Mordellides peuvent être caractérisés par le peu de mots que nous venons de dire, car ils constituent un groupe assez homogène, quoique l'on puisse facilement les partager en deux subdivisions qui présentent des particularités remarquables et chez les larves et chez les Insectes à l'état parfait. Ce sont des Insectes, souvent petits et ne s'élevant pas au-dessus de la taille moyenne, présentant tous un faciès assez particulier, et dont quelques-uns ont un peu l'aspect de certains Diptères. On en trouve partout, et les deux genres principaux des Mordella et Rhipiphorus constituent les deux groupes que nous y formerons : groupes considérés comme formant des familles spéciales par plusieurs auteurs. et surtout par M. Th. Lacordaire,
Fic. 461. — Pyrachroa coccinea Fis. 162. — Mordella picta Fig. 163. — Rhipiphorus rufipennis
ie groupe, Monsezurres, à palpes à dernier article cultriforme; mandibules courtes; tête verticale, courte; yeux grands, ovalaires; antennes simples ou très-légèrement dentées, insérées à découvert au-devant des yeux et au-dessus de la base des mandibules; corselet incliné, aussi large à la base que les élytres; celles-ci planes, arquées, laissant une partie de l'abdomen à découvert; pattes longues; abdomen de cinq segments.
Les Mordellites ont un faciès tout spécial; leur taille est médiocre et très-souvent petite; leur corps, plus ou moins allongé, est épais, régulièrement rétréei d'avant en arrière et arqué en dessus, avec le corselet et la tête inclinés : ce qui rend cette dernière à peu près invisible quand on regarde d’en haut. Les élytres ne recouvrent pas entièrement le corps. Les téguments sont solides, couverts d’une fine pubescence. Ils sont en général d'une coloration uniforme, non métallique; et, lorsqu'on remarque un dessin sur le corps, il se borne à des taches ou à des bandes blanches où jaunes. Ils fréquentent presque tous les fleurs, principalement celles des Ombellifères, et ce n’est que rarement qu'on en prend sur les trones ou dans l'intérieur des arbres. Essentiellement diurnes, ils ont des mouvements très-vifs, très-brusques, et consistant en petits sauts très-fréquemment répétés : aussi est-il difficile de les saisir, et échappent-ils facilement des mains de ceux qui cherchent à s'en emparer. Assez nombreux en espèces répandues dans presque toutes les régions du globe, ils ne comprennent qu'un petit nombre de genres, presque tous créés assez récemment, et dont les deux principaux, ceux des Mordella et Anaspis, peuvent être regardés comme types de deux subdivisions particulières.
On connait l'histoire des métamorphoses de Mordellu et d'Anaspis européens. Dans le premier genre, les larves de la M. fasciata ont été décrites par M. L. Dufour; celle de l'aculeata, par Erichson: celle de la maculata ou quttata, par M. Letzner, et celle de la pumilu a été figurée par Schelling. Dans le genre Anaspis, M. Ed. Perris a fait complétement connaitre les larves de l'A. maculata. Enfin M. Vallot a dit quelques mots de la larve de la Mordella parvula, qui présenterait des caraetères distinetifs importants : ce qui viendrait coïncider avee les caractères de l’Insecte parfait, qui ont fait faire de cette espèce le type d'un genre particulier, celui des Mordellistena. Les larves de Mordelles, d’une manière générale, ou plus spécialement celles de la Mordella aculeata, ont, d'après Erichson, les caractères suivants : corps charnu; tête arrondie, légèrement écailleuse, à bouche dirigée en bas et formée de parties cornées; deux ocelles; antennes de quatre petits articles diminuant graduellement de grosseur et insérées au-dessus des mandibules; chaperon coriacé, qua drangulaire; lèvre cornée; mandibules courtes, fortes, acuminées; mächoires formées d'une pièce cardinale, d’un petit lobe et de palpes maxillaires à trois articles; lèvre inférieure charnue; corselet recouvert en dessus par un écusson très-grand et très-dur; pattes extrêmement courtes, coniques; sesments abdominaux au nombre de neuf, charnus, cylindriques, le dernier rugueux et armé d’une
e COLÉOPTÈRES. 181
È pointe dirigée en arrière; neuf paires de stigmates. Les larves de l’Anaspis maculata diffèrent surtout des Mordelles par leur forme plus linéaire, leurs antennes plus longues, leurssegments thoraciques plus allongés que ceux de l'abdomen, le manque d'’ocelles, ete. Ces diverses larves, dont le régime semble être purement végétal, vivent dans les troncs et les tiges desséchées ou malades de divers arbres ou plantes basses, tels que le peuplier, le chêne, la vigne, l'armoise, le marrube, ete. Leurs pattes étant très-courtes, ces larves se meuvent avec lenteur, et tombent sur le côté lorsqu'on les retire de leurs retraites. Elles se transforment sans aucune préparation. Les nymphes n’offrent aucune particularité spéciale.
Les deux genres principaux, auxquels nous joindrons les subdivisions génériques formées à leurs dépens ou qui en sont voisines, sont les suivants :
Genre MORDELLE, Mordella, Linné, ayant surtout pour caractéristique : antennes pectinées; pygidium prolengé en une saillie conique; tarses à avant-dernier article entier. On en connait plus de cent espèces qui habitent le globe entier, mais qui sont particulièrement répandues en abondance en Europe et dans les deux Amériques, et qui, petites dans les régions tempérées ou froides, sont de taille moyenne dans les régions chaudes ou intertropicales. Ces Insectes sont presque tous d'un noir brillant, relevé par des bandes ou des taches d’un blanc argenté et d’un jaune plus ou moins
- vif, couverts d’une fine pubescence, et chagrinés par de petits points. Beaucoup d'espèces se trouvent en France, et parmi elles une surtout, la Mordella aculeata, Linné, n'est pas rare en été auprès de
27 Paris.
Re Les groupes formés aux dépens des Mordelles, et qui ne s’en distinguent que par de légers carac-
tères, sont ceux des : Touox14, Costa, qui ne comprend qu'une seule espèce (bucephala) répandue
en Europe depuis la Finlande jusqu’en Sicile, et qu'on retrouve en Algérie. — MorpELLISTENs,
Costa, auquel on doit joindre le genre Natrircica, Costa, qui ne s'en distingue pas, et peul-être
celui des Stenalia, Mulsant, qui ne renferme que la M. testacea, Fabr.; on y place un grand nombre
d'espèces pour la plupart européennes.
Genre ANASPE, Anaspis, Geoffroy, à antennes simples; pygidium en triangle curviligne; tarses
à avant-dernier article bilobé, ete., quoique moins combreux en espèces que le genre Mordella, on
en décrit encore un assez grand nombre qui paraissent être confinées dans l'hémisphère boréal des
deux continents; l’Europe en fournit beaucoup, et M. Mulsant en signale treize en France, dont les
Anaspis frontalis, Linné; ruficollis, Fabr., ete., sont les types. Ce sont des Insectes tous de très-
Pa petite taille, et à livrée entièrement noire ou ferrugineuse uniforme, ou bien qui présente un mé-
: lange de ces deux couleurs; on les trouve sur les plantes et sur les trones d'arbres.
On a cru devoir en séparer plusieurs groupes qui ne sont pas adoptés par tous les auteurs; tels
£ sont ceux des : PLesranaspis, Costa; Scaria, Muls.; Scapaa, Motsch., et Penraria, Muls., ce dernier
semblant plus distinct que les autres.
2e groupe, RusriPHorites, à corps léger, à aspect de Mouches en général; tête verticale; yeux
: grands, échancrés; palpes à dernier article non sécuriforme; antennes pectinées ou flabellées dans
à les mûles, souvent dentées en scie dans les femelles; corselet uussi large que les élytres à la base;
élytres aussi longues ou plus courtes que le corps; paltes plus ou moins longues; abdomen de cinq à huit segments.
Les Insectes qui forment ce groupe sont réumis par la plupart des auteurs aux Mordellites, avec re lesquels ils présentent la plus grande analogie à leur état parfait, mais M. Gerstæcher, qui en a pu- A blié une bonne monographie, suivi en cela par MM. Redtenbacher et Th. Lacordaire, en fait une famille particulière, surtout distinguée par les caractères que nous venons d'indiquer. | TS En outre les métamorphoses, bien incomplétement connues malheureusement, des Rhipiphorites, tendent probablement à en former une division spéciale. On ne connaît que les larves des Rhipi- > dius ou Symbius blattarum, décrites par M. Saudeval et indiquées par M. Westwood, et celles des
Rhipiphorus paradozus et Emenadia bimaculata, qu'ont fait connaître, la première, Ramdobr, et la seconde, M. Farines. Les larves du Rhipidius blattarum ressemblent tout à fait aux femelles, et n’en différent que par leurs antennes excessivement courtes, de deux articles, et par l'absence d'oviducte, c'est-à-dire que leur corps est aptère, allongé, graduellement rétréci en arrière; que leur tête est petite, transversale, formant un museau prononcé; que les yeux sont petits, latéraux, peu
saillants; que les antennes sont assez robustes, filiformes; que le corselet est rétréei en avant, et les segments thoraciques plus longs que les abdominaux. Le parasitisme apparaît dans ces larves, et elles se développent en entier dans l'intérieur des Blattes; mais l'on ignore comment a lieu le rapprochement des sexes; souvent la femelle dépose ses œufs sur les Blattes, et l’on n’a pas étudié complétement le développement des larves qui doit avoir de l’analogie avec celui que l'on remarque dans les Cantharidites et même dans les Rhipiptères. Les larves de Rhipiphorus paradoæus vivent aussi en parasites dans les nids de la Guêpe commune, et y subissent toutes ces transformations sans qu'on sache cependant si elles ont dévoré préalablement le propriétaire naturel. Enfin les larves de l'Emenadia bimaculata ont été trouvées dans les racines de l'Eryngium campestre, dont elles sortent, après avoir terminé leur croissance, pour se métamorphoser dans une coque, qu’elles attachent sur la tige ou à la base des rameaux de la plante; d’après M. Westwood, ces larves pourraient bien également être parasites et vivre aux dépens de quelques Insectes placés dans l’intérieur des tiges d’Eryngium. On voit, d'après le genre de vie de ces larves, que ces Insectes sont très-différents des précédents, et qu’ils doivent peut-être être rapprochés d’autres groupes également parasites; mais, comme on ne connait pas les métamorphoses de beaucoup de genres, il est possible qu’on y découvre un genre de vie différent.
Sous leur dernière forme, les Rhipiphorites ont les mêmes mœurs que les Mordellites, mais présentent encore des allurés plus vives pendant le vol. Quoique assez peu nombreux en espèces, on peut y former deux divisions et quatre subdivisions principales, et on en trouve des représentants dans presque toutes les régions du globe, mais plutôt dans les contrées chaudes que dans les tempérées.
Pig. 16%. — Myodites americinus. Fig. 165,— Ahaspus frontalis. Fig. 166.— Pelecotoma Fridualsu
À. Espèces chez lesquelles les élytres, non déhiscentes, recouvrent en entier l'abdomen.
Ce sont les espèces les plus voisines des Mordellites, et un genre, même celui des Greninra, Cast, ne renfermant qu'une seule espèce (mordelloides) de l'Afrique australe, en reproduit toutes les formes. :
Deux genres : PELECOTOMA, lisch., à antennes pectinées à partwr du troisième article, et à élytres longues, presque parallèles, et EVANIGCERA, Guérin (Ptilophorus, Dej., Gerst.), sont les seuls que l’on trouve en Europe; le premier ayant pour type le Rhipiphorus fennicus, Payk., qui vit dans les vieux bois dans les parties boréales, orientales et moyennes de l’Europe, et qui est rare partout, et le second le Pelecotoma Dufourii, Latr., également peu abondant, et répandu cependant dans toute l’Europe méridionale et dans l'Afrique septentrionale.
Les autres genres, tous créés par M. Gerstæcker, sont ceux des : Eucrexra, de l’Australie. — Axcuocæus, du Brésil — Czixors, une espèce du Cap.— Groscopus, une espèce de l'Afrique australe. — Tricononera (Pelecotoides, Cast.), groupe nombreux et exclusivement propre à l'Amérique du Sud, à l'Australie et à la Nouvelle-Guinée.
B. Espèces chex lesquelles les élytres sont déhiscentes et ne recouvrent qu'imparfaitement l'abdomen.
Dans les uns, comme dans les précédents, les organes buccaux sont complets.
Tantôt les hanches intermédiaires sont presque contiguës. Tel est le genre RHIPIPHORE, Rhipiphorus (Metæcus, Dej., Gerst.), à antennes pectinées à partir du deuxième article; élytres en pointe, presque aussi longues que l'abdomen : ce genre, qui renfermait jadis plusieurs espèces, n’en com-
nat à rnb à à
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prend plus aujourd'hui qu'une seule, le R. paradoxus (Mordella), Linné, qui habite toute l'Europe moyenne et méridionale, et n'est commun nulle part; le mâle est noir, avec une partie du corselet et l’abdomen ferrugineux, et la femelle présente plus de ferrugineux.—On en distingue les Enrnana, Cast., chez lesquels les élytres dépassent l'abdomen en longueur, et qui renferment plus de trente espèces répandues sur une grande partie du globe, mais surtout abondantes dans l'Amérique méridionale; leur livrée est composée de noir mélangé avec du rouge orangé, du jaune ferrugineux et du jaune testacé, et les dessins sont très-variables, même spécifiquement. — Macrostacox, Hentz, groupe ne différant que peu du précédent, et formé avec une seule espèce de l'Amérique septentrionale.
Taniôt les hanches intermédiaires sont très-largement séparées, comme dans le genre MYO- DITES, Latr. (Myodes, Latr.; Dorthesia, Say), qui, en outre, a des antennes pectinées à partir du quatrième article, et des élytres très-rudimentaires, ressemblant à de simples écailles; ce groupe, des plus remarquables par son faciès assez semblable à celui d’un Diptère, ne comprend que quatre espèces que l’on trouve en Europe (R. subdipterus, Fabr.), en Afrique et dans l'Amérique du Nord, et dont la livrée et Les mœurs sont semblables à celles des Rhipiphores.
Dans les autres, les organes buccaux sont atrophiés, sauf les palpes labiaux.
On n’y range que le seul genre RHIPIDIUS, Thunberg (Symbius, Saudeval), chez lequel les mâles et les femelles ne se ressemblent nullement. Les males ont les antennes insérées entre les yeux, de dix ou de onxe articles : premier cunéiforme, deuxième et troisième très-courts, transversaux : suivants émettant chacun un rameau grêle, très-long; et leurs élytres, assez lonques, sont déhiscentes dans toute leur longueur. Les femelles, comme nous l'avons dit, sont larviformes, à antennes insérées sous deux saillies du bas du front, assez robustes, filiformes, à articles grossissant un peu vers la terminaison, et l'oviducte est assez développé. Les Rhipidies, très-petits chez les mâles, et au moins doubles en grandeur chez les femelles, sont parasites à l'état de larve dans les mâles, et pendant toute leur vie dans les femelles. Trois espèces, actuellement vivantes, ont été décrites; la principale est le Rhapidius blattarum Sauderv. (R. pectinicornis, Thunb.), qui a été rencontré en Suède, en Autriche et en Angleterre; les deux autres, indiquées par M. Gerstæcher, sont, l'une du Portugal et l’autre de Natal. Dalman en a signalé deux autres trouvées dans la gomme copale, et qui ne se rapportent peut-être pas réellement à ce genre.
4° tribu, Mécaxorvies, à tête sans col en arrière, penchée, souvent invisible d'en haut; palpes maxillaires très-grands, à dernier article très-sécuriforme; mandibules courtes; yeux échancrés; antennes de dix ou onxe articles, filiformes ou un peu élargies vers le bout; corselet aussi large que les élytres à la base ; celles-ci couvrant l'abdomen; pattes de moyenne longueur; tarses à crochets simples; abdomen de cinq segments.
Les Mélandryides, qui ont pour types les genres fabriciens des Melandryia et Dircæa, sont des Insectes difficiles à classer, et dont M. Th. Lacordaire fait une famille, qu’il range entre les Pytho et les OEdemera. Is ne sont jamais très-grands, et la plupart d’entre eux sont très-petits et peu aisés à trouver. Ils ont une coloration assez sombre, et presque tous se rencontrent sous les écorces, dans les bois décomposés et dans l’intérieur de différents champignons, surtout de bolets. Très-peu d'espèces se rencontrent dans les pays chauds, et presque toutes semblent affectionner les régions tempérées et froides de l'hémisphère boréal; presque tous les genres ont des représentants en Europe. ;
Les larves de quelques espèces se rapportant au moins à cinq genres ont été décrites plus ou moins complétement; et, d’après Erichson, elles présentent les caractères communs suivants : Tête inclinée, arrondie, presque globuleuse, un peu écailleuse; pas d'ocelles; antennes petites, de quatre articles : premier court, gros, deuxième et troisième égaux, quatrième grêle, petit; chaperon corné; lèvre supérieure saillante; mandibules non saillantes, dures; mâchoires très-rapprochées de la lèvre inférieure; celle-ci formée d’un menton charnu, de pièces palpigères libres, de deux palpes labiaux de deux articles et d’une languette petite; thorax formé de segments peu différents; pattes médiocres; segments abdominaux au nombre de neuf; anus saillant; neuf paires de stigmates.
Ces Insectes peuvent être, avec M. Th. Lacordaire, partagés en huit petits groupes, ceux des
Mélandryites, Serropalpites, Nothites, Conopalpites, Mycetomites, Orchesiites, Synchroites et Tetratomites.
4er groupe, Mecanrvires, à antennes filiformes ou grossissant peu à peu à leur extrémité, de’
onxe articles; hanches antérieures saillantes, contiqués; tarses à crochets simples; tête penchée, en partie au moins.
Insectes à corps plus ou moins large, à coloration souvent assez variée, et dont on connaît les larves de deux espèces, celles de la Melandryia caraboides, Linné (serrata, Fabr.), décrite avec soin par M. Éd. Perris et par Erichson, et de l’Hypulus bifasiatus, qu'ont fait connaître MM. Letzner et Heeger. Ces larves sont presque cylindriques, atténuées aux deux extrémités, vivent dans les vieilles souches de peupliers et d’aunes, qu'elles perforent de leurs galeries, et leurs nymphes sont blanchâtres.
Le genre typique est celui des MELANDRYIA, Fabr., à antennes à dernier article ovalaire, à palpes à premier article conique et à second très-grand, et surtout à corps allongé, large, glabre, très-granulé : une dizaine d'espèces de taille assez grande et propres à l’Europe, à l'Asie et à l'Amérique septentrionale; leur livrée habituelle est ordinairement d'un noir brillant, et quelques-unes, comme notre M. caraboides, sont entièrement d'un bleu d'osier pouvant passer au verdâtre.
Les autres genres sont ceux des : Hypucus, Payk. (Mystaxus, Kügell.), quatre espèces de l’Europe et du nord de l’Amérique. — Marozra, Muls., ne renfermant que le Serropalpus variegatus, Bose, trouvé uniquement en France, et auquel on doit peut-être joindre le genre Emmesa, Newm.— Punyeanopirus, Sahl., formé avec la Dircæa ruficollis, Fabr., des parties boréales de l'Europe et des montagnes de l’Allemagne. — Scoropes, Eschs., une espèce de Livonie. — SrENOTRACHELUS, Latr., une espèce (Dryops ænea, Payk.), de l'Europe boréale, vivant sous les écorces d'arbres.
2° groupe, SerroPaLriTEs, à antennes filiformes ou grossissant un peu vers l'extrémité, de onxe articles; hanches antérieures contiqués, ovoides, peu saillantes; tarses à crochets simples; tête verticale, à peine ou non visible d'en haut, penchée, en partie au moins, allongée.
Ces Insectes, qui, par leur forme, rappellent assez les Élatériens, sont assez petits, et difficiles à à se procurer. ds larves de trois espèces ont été décrites, celles des: Direæa lævigata (discolor, Fabr.), par Erichson; celles du Phloïotrya rufipes (Serropalpus), par Mac Leay et M. Westwood, et celles de l'Abdera flexuosa, par M. Éd. Perris, qui l'indique sous la dénomination d'Hallomenus fleœuosus. La mieux connue de ces larves est la dernière, qui vit dans les champignons croissant sur les pins; elle est cylindrique; sa tête est un peu aplatie; le corselet peu allongé; le segment anal est entier, etc.
Genre typique, SERROPALPUS, Hellen, à antennes filiformes, très-gréles; palpes très-grands, avec les deuxième et troisième articles prolongés en dedans, et le dernier très-large; pattes trèsgréles; corps allongé : ce groupe ne renferme que deux très-rares espèces, l'une de toute l'Europe
(striatus, Hellen), assez grande, d'un brun clair, pubescente, et l’autre de l'Amérique du Nord.
(substriatus, Haldem.).
Les autres genres, à l’exception de celui des Direæa, Fabr., à antennes à articles coniques; palpes à premiers articles cylindriques; pattes gréles; tarses à dernier article bilobé, et ne renfermant que quelques petites espèces européennes et américaines, sont très-peu connus, et ont reçu les noms de : Xvura, Payk., deux espèces, l'une de presque toute l'Europe, et l’autre de Hongrie. — Z11ora, Muls., formé avec notre Xylita ferruginea, Payk.— Purororrya, Stéph., une espèce d'Europe et une du Brésil. — Axisoxia, Muls., une espèce, le Serropalpus fusculus, Illig., d'Europe. — Asnera, Stéph., auquel on réunit les Carida, formé d’un petit nombre d’espèces européennes.
3° groupe, Coxoratrites, à antennes filiformes, de dix articles; hanches antérieures contiqués, très-saillantes; tarses à avant dernier article un peu bilobé; tête penchée, peu visible d'en haut.
Le seul genre CONOPALPUS, Gyllenh., entre dans ce groupe; une espèce anciennement connue (testaceus, Oliv.) de toute l’Europe, mais rare partout, et une autre d'Allemagne décrite récemment par M. Kraatz.
4° groupe, Noruires, à antennes longues, très-gréles, de onxe articles; hanches antérieures et
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intermédiaires contiqués, très-allongées; tarses à avant-dernier article un peu bilobé, à crochets appendiculés ou dentés; tête penchée.
Un seul genre, NOTHUS, Ziegl., Oliv. (Osphyia et Pelicina, Illig.), qui ne renferme lui-même qu’une seule espèce (bipunctatus, Fabr.) propre à l'Europe orientale, mais rare partout, et qui, par plusieurs de ses caractères et par ses habitudes, se rapproche assez des Œdémérides.
5° groupe, Mycéronires, à antennes de onze articles; hanches antérieures non contiqués, ovoides transversalement : postérieures obliques; tarses à avant-dernier article entier; palpes maxillaires à dernier article ovaluire, tronqué; tête inclinée. ‘
Le seul genre MYCETOMA, Dej., Muls., dont l'espèce unique (Dryops suturalis, Panz.), brunâtre, est particulière, quoique rare, dans toute l'Europe moyenne.
6° groupe, Oncuésrres, à antennes robustes, de onxe articles; hanches antérieures non contigués, grosses; tarses à avant-dernier article des postérieurs entier; palpes maxillaires à dernier article sécuriforme ou cultriforme; tête verticale, à peine ou non visible d'en haut.
Ce groupe ne comprend qu’un nombre peu considérable d'espèces, toutes petites, brunâtres, vivant en général sur les feuilles des arbustes, propres à l'Europe et à l'Amérique, et réparties actuellement en trois genres. Les métamorphoses de deux types se rapportant à deux coupes génériques sont parfaitement connues. La larve de l'Orchesia micans, décrite par M. Guérin-Méneville, Waterhouse, Braselmann et surtout par MM. Chapuis et Candèze, est allongée, presque cylindrique, charnue, glabre; sa tête est arrondie, écailleuse, à antennes composées de quatre articles; ses segments sont tous à peu près semblables; elle est d’un rose pâle, avec la tête et les parties de la bouche brunes, et vit exclusivement dans les bolets. La larve de l'Hallomecus humeralis, qu'a fait connaître M. Éd. Perris, a son abdomen armé de deux crochets médiocreirent récourbés; sa couleur est d’un blane jaunâtre, avec le dernier segment abdominal roux, et elle a été trouvée dans un champignon qui pousse sur les vieilles souches des pins.
Les genres sont ceux des : ORCHESIA, Latr., à hanches postérieures non obliques, larges, parallélogrammiques; jambes à éperons très-longs : on en connaît une vingtaine d'espèces propres à l'Europe et à l'Amérique, tant dans les parties méridionales que dans les parties septentrionales; ce sont des Insectes brunâtres ou noirâtres, présentant parfois des taches ou lignes d'un rouge plus ou moins jaunâtre, et dont le type, l'O. micans, Panz., n’est pas rare aux environs de Paris, surtout sur le lierre à l’époque de sa floraison. — EUSTROPHUS, Illig., Latr., se distinguant surtout du genre précédent par ses hanches postérieures étroites, arrondies à l'angle externe : une seule espèce européenne (dermestoides, Fabr.) et quelques espèces de l'Amérique du Nord. — HALLOME- NUS, Hellw., Panz., à hanches postérieures obliques; jambes à éperons courts : quelques espèces européennes et américaines, et dont une (fuscus, Gyllenh., assez commune en France) est devenue le type du genre Dryula, Mulsant.
Fig. 167. — Serropalpus striatus. Fig. 168. — Eustrophus dermestoides.
7e groupe, Syxcurorres, à antennes longues, gréles, de onxe articles; hanches antérieures non contiqués, grosses; palpes maxillaires grèles, non en scie; tête légèrement penchée, visible en entier d'en haut.
Un seul genre, SYNCHROA, Newm. (Phaiona, Hald.), ne comprend que le S. punctata, Newm., très-petite espèce des États-Unis d'Amérique.
8° groupe, Terraromires, qui se distingue surtout des sept groupes précédents par ses antennes terminées par une grande massue de quatre articles; hanches antérieures cylindriques, transversales; tête fortement inclinée, ete.
Ce groupe ne renferme que le genre TETRATOMA, Hellw., Fabr., dont la place dans he série des Hétéromères n’est pas bien déterminée, et qui ne comprend que quatre espèces : trois d'Europe (type, fungorum, Fabr.) et une de l'Amérique septentrionale.
5etribu, Œpénénpes, à corps long, étroit, ayant cinq où six segments à l'abdomen; tête graduellement rétrécie en arrière, terminée par un museau de longueur variable ou en forme de rostre; mandibules souvent bifides au bout; antennes longues, filiformes, de onxe ou douxe articles; corselet plus étroit que les élytres, celles-ci embrassant rarement en entier l'abdomen; hanches antérieures allongées, presque cylindriques, contiguës, saillantes : intermédiaires de même forme, longitudinules : postérieures transversales, étroites, contiqués; tarses à crochets simples.
Cette tribu, qui constitue au moins une, sinon deux familles particulières pour les entomologistes modernes, et qui est souvent placée après les Cantharidites proprement dits, est, à l'exception peutêtre du genre Mycterus, l'une des mieux caractérisées de tous les Cantharidiens. Elle comprend des Insectes allongés, de forme svelte, à antennes et pattes grêles, et qui, pour le plus grand nombre, ont une analogie marquée avec les Cérambyciens, ce qui en avait fait placer par Fabricius les espèces alors connues dans cette division naturelle : les genres, assez nombreux aujourd'hui, ne se composaient guère, au temps d'Olivier et des premiers ouvrages de Latreille, que des deux genres des OEdemera et Mycterus, qui formeront pour nous deux types particuliers.
Ces Coléoptères fréquentent habituellement les fleurs, mais quelques-uns cependantse rencontrent parfois sur les bois morts dans lesquels ils ont subi leurs transformations, et s'y tiennent dans la même attitude que les Cérambyciens au repos; la plupart d’entre eux sont diurnes, mais il en est qui semblent exclusivement crépusculaires. Ils paraissent répandus sur toute la surface du globe, quoique la recherche des espèces exotiques ait été assez négligée jusqu'ici : d’après la remarque de M. Th. Lacordaire, on sait que les genres européens et asiatiques ne se retrouvent également que dans l'Amérique septentrionale, et que les espèces particulières aux autres pays constituent des coupes génériques spéciales.
Les points principaux de l’histoire des métamorphoses de plusieurs espèces de cette tribu, mais spécialement du groupe des Œdémérites, nous sont actuellement connus. C’est ainsi que les larves du Calopus serraticornis ont été décrites brièvement par Gyllenhal, et que M. Kawall a dit quelques mots sur la ponte de leurs œufs; les larves du Dytilus lævis ont été étudiées par M. Kolenati, et celles du Xanthochroa carniolica, par M. Éd. Perris; les larves de l'OEdemera dispar ont occupé M. Léon Dufour; celles du Nacerdes maritima, M. le docteur Coquerel; celles du Nacerdes melanora, M. Éd. Perris; celles de l'OEdemera ou Chrysanthia viridissima, M. Westwood; celles de l’Asclera cærulea, M. leeger; celles du Stenostoma cærulea ou rostrata, M. Éd. Perris, ete. Ces larves ressemblent assez à celles des Cérambyciens, principalement sous le rapport de la forme. Leur corps est allongé, charnu, à l'exception de la tête, couvert de poils plus ou moins abondants, élargi en avant, et plus ou moins rétréei en arrière; la tête est grosse, aplatie, écailleuse; ocelles visibles seulement chez quelques-unes; antennes articulées au bord antérieur de la tête, près des mandibules, dirigées en avant, de quatre articles; bouche antérieure; chaperon bien distinct, corné; lèvre supérieure cornée, saillante; mandibules saillantes, dures, dentées à l’extrémité; mâchoires charnues, développées, formées d’une pièce cardinale, large, transversale, rapprochée de la lèvre inférieure, d’une pièce basilaire à laquelle est soudée un lobe maxillaire finement cilié sur son bord interne, et d’un palpe de trois articles; lèvre inférieure charnue, composée d’un menton étroit, de deux pièces palpigères presque confondues, de deux palpes labiaux de deux articles, et d’une languette étroite, presque cylindrique; segments thoraciques larges, charnus; pattes assez courtes, composées d’une hanche petite, dirigée en dedans, légèrement sécuriforme, d’un trochanter, d'une cuisse et d'une jambe à peu près de même longueur, et d’un tarse offrant un pelit crochet simple; segments abdominaux au nombre de neuf : l’anal saillant à la terminaison et simulant un dixième segment, fente anale transversale; neuf paires de stigmates. Ces larves sont presque toutes lignivores et attaquent le bois
en décomposition dans lequel elles perforent des galeries plus ou moins profondes : celles des Nucerdes, déjà connues, ont le même genre de vie, mais les vieux troncs d'arbres dans lesquels elles se trouvent gisent souvent au bord de la mer et sont périodiquement immergés par la marée montante. Quand elles ont terminé leur croissance, elles se pratiquent, à l'extrémité de leurs galeries, une cellule dans laquelle elles se transforment. Les nymphes sont velues et portent, sur les côtés de l'abdomen, des saillies charnues, et on voit, tant en dessus qu’en dessous, sur divers segments du corps, des papilles ou des tubercules.
1 groupe, Œnéérires, présentant surtout un corps allongé à téguments en général moliusses; des hanches intermédiaires cylindriques, longitudinales, contiqués ou très faiblement séparées : antérieures très-longues chez presque toutes les espèces; saillie intercoxale très-étroite, aiqué, souvent presque nulle, ete.
Sauf un seul genre, tous les (ŒEdémérides entrent dans ce groupe, qui, lui-même, selon M. Th. Lacordaire, par suite de particularités tirées des antennes et des tarses, peut être partagé en deux divisions.
Une vingtaine de genres, propres à toutes les parties du monde, et dont ceux d'Europe surtout étudiés par M. Schmidt, entrent dans cette division.
Le groupe typique est celui des ŒDÉMÈRES, OEdemera, Oliv. (Necydalis, Fabr.; Stenelytra, Dillwyn), à antennes longues, très-gréles; palpes à dernier article cylindrique; cuisses postérieures très-renflées dans les mâles; élytres très-rétrécies vers l'extrémité. On en connaît une trentaine d'espèces répandues en Europe, en Asie et sur le littoral de la Méditerranée, et remarquables par leur corps assez svelte, leurs antennes longues et filiformes, et les couleurs de leur livrée; en effet, leur coloration est génériquement métallique, avec les élytres tantôt de la même teinte que le corps, tantôt autrement colorées, et constamment ornées de quelques lignes saillantes, costiformes. Les mâles diffèrent notablement des femelles par leurs cuisses très-renflées et arquées, tandis qu'elles ont la forme normale dans l’autre sexe; en outre, le pygidium, toujours saillant et emboîtant le dernier segment abdominal, est plus large et plus aigu dans les mâles, tandis que celui des femelles est arrondi, tronqué ou excavé au bout. Malgré la conformation des cuisses des mäles, ces Insectes ne peuvent pas sauter, ainsi que cela a lieu chez d’autres Coléoptères constitués comme eux sous le même rapport, et cela tient probablement à ce que leur corps est trop long et trop linéaire, tandis que dans les espèces auxquelles nous avons fait allusion, comme les Altica, le corps, au contraire, est court et ramassé. Parmi les espèces qui émaillent les fleurs de nos environs, nous citerons seulement les OEdemera podagrariæ et cærulea, Fabr. —On en distingue les Œnemenna, Costa, formé avec l'OEdemera lucida, Schmidt, d'Allemagne, dans laquelle les cuisses postérieures des mûles ne sont pas renflées : deux genres, Srexaxis et Curysanra, Schmidt, qui en diffèrent davantage, et ont pour types, le premier deux espèces, l’une de l’Europe orientale et l'autre de Madère, et le second également deux espèces, viridissima, Linné, et viridis, Schmidt, très-répandues dans toute l'Europe, et à coloration d’un beau vert doré.
D'autres genres plus distincts sont ceux des : Srenosroma, Latr., à tte prolongée en un long museau en forme de rostre, et ne comprenant plus qu’une seule espèce (Rhinomacer cæruleus, Petagna) d'un beau bleu passant parfois au vert bronzé, et qui est très-répandue dans le midi de l'Europe et en Algérie. — Carrona, Schmidt, deux espèces, la Leptura convexa, Fabr., d'un bronzé obseur, brillant, d’une partie de la France, et C. ornata, Küster, de Sardaigne. — Pnovosca, Ziegl., à yeux en partie engagés dans le corselet : quelques espèces de l'Europe méridionale.
. Quelques autres coupes génériques doivent aussi être signalées. Tel est surtout le genre Nacerpes, Steven, à antennes longues, très-gréles, avec le dernier article plus petit que l'avant-derner; palpes à dernier article un peu sécuriforme; cuisses postérieures grèles dans les deux sexes; on n’en indique plus que deux espèces, toutes deux d'Europe (Cantharis melanura, Linné, et Nacerdes sardea, Schmidt), et l’on en a séparé génériquement de nombreux types, aussi européens, sous la dénomination d'Anogcodes, Dej., Schmidt. — D'autres groupes génériques doivent en être rapprochés; ce sont ceux des : Lepronvuvs, Marseul, Schmidt, une rare espèce propre à la Turquie. —Pseunozveus, Guér'n, quelques espèces d'Australie et de Madagascar, à faciès de Lycus. — Cxcropenus et Mecorsezapuus, Solier, du Chili. —Ascrera, Dej., Schmidt, surtout de l'Europe et de l'Amé-
183 HISTOIRE NATURELLE, rique du Nord. — Pounia, Newm., une espèce exotique. — Dryors, Fabr. (Oncomera, Stéph.),
ne renfermant qu’une grande et rare espèce, qui a été prise de loin en loin, depuis la Turquie jusqu'en Angleterre Inelusivement, etc
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Fig. 169. — Stenostoma rostratum. Fig. 170. — OEdemera podagrariæ. Fig. 171. — Calopus serraticornis.
Certains genres intéressants sont ceux des : Gazopus, Fabr., à antennes en dents de scie; comprimées et à peu près aussi larges que le corps, qui ne renferment que deux espèces : le type, serraticornis, Linné, répandu dans les montagnes depuis le nord de l’Europe jusqu'en Italie, et augustus, Leconte, de l'Amérique septentrionale, qui ressemblent beaucoup à des Céramhyciens, et sont assez grandes. — Srareprus, Meg., Blanch., à antennes simples, avec les articles cylindriques; palpes à dernier article renflé : deux espèces, de médiocre taille, européennes, et dont le type est le C. testaceus, Andersh.— Drrycus, Fischer, à antennes filiformes, à dernier article plus long que le précédent, et à cuisses comprimées : sept espèces, quatre de l’Amérique du Nord et trois de l’ancien continent. — Xanrnocuroa, dont deux espèces d'Europe (carniolica, Gistl., et gracilis, Schmidt), ont été décrites. —SeLenorazus, White, quelques espèces de la Polynésie et de la Tasmanie, ne diffèrent guère de celles du genre précédent.
Un genre, qui entre encore dans la même division, est celui des Lopocrossa, Solier, qui ne renferme qu’une seule espèce (variipennis) du Chili, et qui différerait très-essentiellement de tous les autres par ses tarses offrant une lamelle à l'avant-dernier article.
Enfin deux derniers genres, qui, par leurs antennes dégagées des yeux et non insérées sur des saillies, ainsi que par leurs tarses cylindriques non tomenteux en dessous, avec l'avant-dernier article entier, peuvent être les types d’une division qui se distinguerait de celle des Œdémérites vraies, chez lesquelles l'insertion des antennes est variable, et dont les tarses ont l’avant-dernier article déprimé, presque ou tout à fait lobé et constamment tomenteux en dessous, sont ceux des : PromocHeiLus, Solier, du Chili, et Ruoparosracaium, Bohem., une espèce du Port-Famine, dans le détroit de Magellan.
2e groupe, MycrériTes, ayant pour caractéristique : corps court, ovalaire, pubescent, à téguments de consistance ordinaire; tête terminée par un museau formé en grande partie par l'épistome et habituellement en forme de rostre; hanches intermédiaires globuleuses, plus où moins séparées : antérieures médiocres, étroitement embrassées par leurs cavités cotyloïides; saillie intercoxale de l'abdomen très-large, arrondie en avant, ete.
Ce groupe ne renferme que le seul genre MYCTERUS, Clairville (Rhinomacer, Fabr.), qui, tout en ayant les mêmes mœurs et la disposition des organes de la bouche et des pattes des Œdémérites, s’en distingue par des particularités importantes et même par le faciès, qui est tout à fait différent. Aussi est-on loin d'être d'accord sur la place qu'on doit lui assigner dans la série des Hétéromères, et quelques auteurs le placent-ils, à juste raison probablement, à la fin de cette grande division, de manière qu'il vienne établir le passage aux Cureulioniens. On n’en connaît qu'un nombre assez restreint d'espèces, la plupart propres à l’ancien continent, surtout à la faune méditerranéenne, et dont une, que nous prendrons pour type (Mycterus curculioides, Fabr.), étend son habitat jusqu'en Angleterre, mais est rare partout; l'Amérique du Nord en a fourni deux espèces. Les Myctères ont une taille moyenne, assez variable; ils sont d’un bronzé obseur ou noiràtres, avec leurs téguments finement chagrinés; ils sont revêtus d'une abondante pubescence, et, en outre,
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comme les Larinus et autres Curculioniens, ils sont recouverts d’une efflorescence jaunâtre, qui se
renouvelle pendant la vie, après avoir été enlevée; on les rencontre principalement sur les fleurs d'Ombellifères.
6° tribu, Horupes, à corps long, assez large; élytres recouvrant en entier l'abdomen; antennes longues, filiformes, droites, de onxe articles; mächoires à lobes de forme normale; épistome tronqué, presque au niveau de l'insertion des antennes; labre petit; tarses à crochets dentelés.
Cette tribu, qui ne renferme qu'un nombre très-restreint d'espèces propres à l'Amérique du Sud et du Nord, aux Indes orientales et au Sénégal, a été créée par Latreille. Mais, comme le fait voir M. Th. Lacordaire, elle ne diffère pas trés-notablement des Cantharidides, et devra probablement y être réunie, à moins que la connaissance des larves ne vienne confirmer l'opinion du célèbre auteur de la partie entomologique du Règne animal. En effet, les métamorphoses de l'Horia maculata, décrites par Lansdown Guilding (Trans. Linn. Soc., XIV), doivent être revues, à présent que l'on possède les beaux travaux de MM. Newport et Fabre sur les Méloës et les Sitaris; et ce que M. Westermann (Revue de Silberman, t. 1°) dit des larves des Horia cephalotes et Cissites testacea est trop insuffisant pour compléter leur histoire.
Les Horiides sont de grands Insectes chez lesquels, dans le plus grand nombre des espèces au moins, la tête et les cuisses des mäles acquièrent un grand développement. On n’y range que deux genres : HORIA, Fabr., à téte aussi large que le corselet : cinq espèces, deux de l'Amérique du Sud (Cucujus maculatus, Sweder, et apicalis, Perty), une des Indes orientales (cephalotes, Oliv.), de grande taille, et deux de l'Amérique du Nord (sanquinipennis, Say, et Stansburii, Haldem.), de beaucoup plus petite dimension, et qui en diffèrent peut-être génériquement; la livrée est d’un testacé fauve ou rougeûtre, avec les parties de la bouche, les antennes et les pattes noires. — CIS- SITES, Latr., à téte beaucoup plus étroite que le corselet : deux espèces, l’une du Sénégal (Senegalensis, Cast.), et l’autre, typique (Horia testacea, Fabr.), propre aux Indes orientales, et offrant à peu près le même système de coloration que les Hories proprement dits.
Te tribu, CaNrHaRIDIDES, à corps généralement cylindrique, allongé; menton pédonculé; lanquette saillante; mächoires bilobées, cornes ou inermes; mandibules courtes; palpes fihformes; yeux plus ou moins grands, entiers ou échancrés; antennes de forme variable, insérées sur les côtés au devant des yeux, composées de onxe ou d'un moins grand nombre d'articles; tête souvent trigone, fortement penchée, offrant encore un col; corselet plus étroit que les élytres; celles-ci, commie l'abdomen, plus ou moins flexibles et minces, n'embrassant pas complétement l'abdomen et ne le recouvrant parfois même qu'en partie; des ailes inférieures ou pas d'ailes; pattes longues; tarses à crochets bifides; abdomen de cinq ou six segments distincts.
Linné comprenait dans son genre Meloe le petit nombre d'espèces qu’il connaissait de cette tribu, et la plupart des auteurs, quand ils en ont fait une division plus élevée dans la classification, l'ont désigné sous le nom de Méloides, que d’autres ont changé en ceux de Vésicants, qui rappellent la propriété épispastique dont jouissent un grand nombre de leurs espèces, et de Cantharidiens ou Cantharidites, tirée du genre typique Cantharis : c’est cette dénomination que nous avons eru devoir adopter. Latreille peut être regardé comme le créateur de cette tribu, cependant il en a éloigné les Horiides, qui, comme nous l'avons dit, devraient probablement en faire partie. Excepté celui de M. Th. Lacordaire, donné dans son Genera des Coléoptères, aucun travail général n'avait été publié sur ces Insectes, à l’exception toutefois des espèces européennes décrites par MM. Redtenbacher et Mulsant, et de celles de l'Amérique du Sud que M. Leconte a fait connaître.
Les Cantharidites sont des Coléoptères d'assez grande taille ou au moins de dimension moyenne, et leur livrée est parée de couleurs vives et variées, parfois même métalliques. Les mœurs de ces Insectes sont assez différentes suivant les genres; les Mylabres et les Cantharides vivent en familles et se trouvent parfoisen énorme quantité sur les végétaux dont ils se nourrissent, soit sur les fleurs, comme les premiers, soit sur les feuilles, comme les seconds; les Sitaris ne se voient guère que sur les plantes qui avoisinent les nids des Hyménoptères, berceaux de leurs larves; presque tous ont
une allure assez peu vive, et, lorsqu'on les prend, fléchissent leurs antennes et contractent un peu leurs pattes en simulant la mort : les Méloés, même, en raison de leur manque d'ailes proprement dites et du volume parfois énorme de leur abdomen, se trainent lourdement et avec difficulté sur le sol, ou grimpent avec lenteur sur les broussailles ou les plantes basses. Beaucoup d’entre eux ont des propriétés vésicantes plus ou moins énergiques : presque tous peuvent servir pour produire des vésicatoires, mais la Cantharis vesicatoria est presque exclusivement employée à cet usage en Europe, et, en en donnant la description, nous entrerons dans quelques détails à ce sujet, nous bornant à faire remarquer actuellement que, quand ces Insectes sont avalés, ils produisent aussi des effets très-énergiques sur les organes de la reproduction. La plupart des espèces vésicantes exhalent une odeur spéciale, pénétrante, et que l'on a comparée à celle que répandent les Souris; les Méloës ont une odeur plus douce, de toute autre nature, et qui est due à un fluide jaunâtre ou blanchâtre qu'ils exsudent par les articulations de leurs pattes lorsqu'on les tourmente. On en trouve, mais en petit nombre, en Europe, principalement dans les parties méridionales, mais l'Afrique, l'Asie, et surtout l'Amérique, tant méridionale que septentrionale, sont surtout riches en espèces, et, en outre, on en a à peine signalé jusqu'ici dans les Indes orientales et dans l'Australie.
Les métamorphoses des Cantharidides, qui n'ont été surtout bien étudiées que dans ces derniers temps, présentent des particularités des plus compliquées, des plus remarquables et tout à fait diffcrentes de celles que l'on observe chez les autres Coléoptères, car nous allons trouver ici des métamorphoses qui se composent de sept périodes bien marquées, et qui portent le nom d’hypermétamorphoses. L'hypermétamorphose, d’une manière générale, consiste en ce qu'une larve à métamorphose complète, au lieu de croître simplement sans perdre sa forme première jusqu’à sa transformation en nymphe, passe par des formes différentes, dont quelques-unes ne se ressemblent nullement. Ces formes, chez les Cantharidiens, sont au nombre de quatre, qui sont désignées par M. Fabre sous les dénominations de lurve primitive, seconde larve, pseudochrysalide et troisième larve. La première, pourvue de pieds, peut se mouvoir; les deuxième et quatrième sont apodes, vermiformes, et cette dernière se change directement en nymphe; enfin la troisième, ainsi qu’on le comprend par son nom même, est inerte. lei les larves seules sont parasites, et, parvenus à l’état parfait, les mâles et les femelles cessent de l'être; chez les Stylopides ou Rhipiptères, dont nous dirons bientôt quelques mots, l’état parasitaire persiste pour les femelles adultes et ne cesse que pour les mâles; ainsi, comme le rapporte M. Th. Lacordaire, les diverses phases du développement métamorphosique de ces Insectes est semblable à celui des Rhipiptères, mais toutefois leurs larves se nourrissent des œufs et du miel placés dans les nids des Hyménoptères dans lesquels ils se trouvent, et non pas des larves de ces derniers. L'importance et la nouveauté du sujet nous engagent à nous étendre à ce sujet plus que nous n'avons l'habitude de le faire dans nos généralités.
Pendant très-longtemps on n’a qu'entrevu plusieurs des points importants qui concernent les métamorphoses de plusieurs espèces de cette tribu, et il faut descendre jusqu'aux travaux de MM. Newport (On the Natural history, anatomy and developpement of the OÙ, Beethe, Meloe, more especialy Meloe cicatricosus Fabr.; in Trans. of the Linn. Soc., t. XX, p. 297 et 321, pl. XIV, et t. XXI, p. 167, pl. XX), et Fabre (Mémoire sur l'Hypermétamorphose et les mœurs des Méloides, in Annales des sciences naturelles, quatrième série, t. VIT, 1857, p. 299, pl. XVII), pour avoir des notions complètes sur les transformations des Meloe et des Sitaris. C’est d’après ces deux auteurs, et aussi d’après l’analyse de leurs mémoires donnés par M. Th. Lacordaire, que nous entrerons dans quelques détails; mais il nous semble utile auparavant, ne serait-ce que sous le point de vue historique, de dire quelques mots des observations sur le même sujet des anciens naturalistes, qui, souvent assez près de la vérité, ne l'ont jamais atteinte complétement, et ont parfois même commis quelques erreurs.
Les larves des Méloés sont connues partiellement depuis longtemps; Goedart (Métam. nat., 1700), Frisch (Beschreib. allerl. Insekt Deutschl., 1720), Loschye (Naturforsch., 1788), Geoffroy (Hist. nat. des Ins., 1798), Réaumur (Mém. sur les Ins.), de Géer (Mém. sur les Ins., t. NV), les ont déerites ou figurées, mais ils ne les avaient observées que dans leur très-jeune âge, et cependant déjà de Géer connaissait leur parasitisme. Plus tard, différents auteurs les décrivirent comme des Insectes aptères parasites, et leur donnèrent des noms en conséquence : c’est ainsi qu’elles furent désignées par Linné et Fabricius sous la dénomination de Pediculus apis, par Kirby (Monogr. Ap. angl. t. I)
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sous celle de Pediculus melittæ, et par M. L. Dufour (Ann. des sciences nat., 1898) sous celle de Triungulinus tricuspidatus. D'autres auteurs, comme Latreille, dans divers de ses ouvrages, Saint- Fargeau et Serville (Encycl. méth., 1. X), Nitzsch (Darstell. der Famil. und Gattung, der Thier- Insekt. in Mag: Germar, 1. M), Walekenaër (Mém. sur les Halictes), Brandt et Ratzeburg (Medic. Zool., Bd. 11, 1830), Brandt et Erichson (Nova acta Acad. nat. Curios., 1. XVI), Doubleday (The entom. Mag., t. H), Westwood (Introd. to the modern class. of Insects, t. 1), Siebold (Entom. Zeitung, 1841), et surtout MM. Newport et Fabre (locis citatis), en ont également parlé d'une manière générale. Réaumur et de Géer ont particulièrement vu les larves de la Meloe proscarabeus; M. Siebold, ces mêmes larves et celles de la M. scabrosus, et M. Newport, celles de la M. cicatricosus. Les larves de la Cantharis vesicatoria, sur lesquelles Loschye, Latreille, Audouin, Zier et M. Ratzeburg ont parlé, sont loin d’être suffisamment connues, et c’est par analogie zoologique qu'on leur attribue la même organisation qu'à celles des Méloés et Sitaris. Il en est de même des larves de l’Apalus bimaculatus, sur lesquelles Géné a donné un travail en 18514 dans les Annales des sciences naturelles. Enfin les métamorphoses du Sütaris humeralis, dont Latreille, Audouin et M. Westwood avaient dit quelques mots des larves, ont été décrites complétement par M. Fabre; et, comme ce sont les mieux connues, c’est principalement sur elles que nous insisterons.
Fig. 172 à 176. — Hypermétamorphose du Siaris humeralis. (Figures grossies.)
472. Larve primitive. — 473. Seconde larve. — 174. Pseudochrysalide. — 175. Troisième larve. — 176. Nymphe.
Les Sitaris humeralis mäle et femelle ne prennent aucune nourriture lorsqu'ils sont parvenus
à leur état parfait, et, quand la femelle est fécondée, elle dépose, à l'entrée des trous formés par l'Anthophora pilipes, un nombre énorme (deux à trois mille), d'œufs très-petits, blanchätres, ovalaires, agglutinés entre eux et formant une masse informe. Un mois après environ, il en sort de pelites larves, d'un noir verdàtre luisant, coriaces, de forme elliptique très-allongée, convexes en dessus et planes en dessous; leur tête, brusquement rétrécie en arrière en un col épais, est légèrement trapéziforme etarrondie en avant, et les diverses parties de leur organisme sontassezcompliquées. Ces larves, que l'on appelle primitives, restent immobiles et dans la position où étaient les œufs, et sans prendre de nourriture jusqu'au printemps de l’année suivante, époque à laquelle éclosent les Anthophores mâles, qui précèdent l'apparition des femelles d'environ un mois. À mesure que les Anthophores sortent de leur nid, une ou plusieurs larves de Sifaris s'attachent aux poils de leur corps, et passent sur les femelles des Hyménoptères quand leur accouplement a lieu. Lorsque ces dernières, après avoir formé une cellule et y avoir déposé du miel, y déposent un œuf, une des larves de Sitaris se glisse sur celui-ci, s'y fixe solidement, en déchire l'enveloppe et en dévore le contenu : ce qu’elle fait en quelques jours; alors la larve a acquis toute sa croissance, sa peau s'ouvre sur le dos et donne passage à la seconde larve. Celle-ci tombe dans le miel, dont elle se nourrit, et il lui faut environ un mois et demi pour arriver à tout son développement; elle se présente alors comme un Ver mou, blanc, elliptique, garni de stigmates sur le dos, et à région ventrale très-convexe, formée de treize segments y compris la tête, qui est très-petite et privée d’yeux. Peu
de jours après, cette seconde larve se contracte, et de sa surface extérieure se détache une pellicule transparente, qui laisse apparaître une masse oblongue, d'abord molle, bientôt assez dure et d'un fauve vif, qui est une sorte de nymphe que l’on nomme pseudochrysalide. Cette fausse chrysalide passe habituellement l'hiver sans éprouver aucun changement apparent; au printemps suivant, de triangulaire qu’elle était, elle devient ovoïde, son enveloppe cornée se détache, et il en sort une troisième larve tout à fait semblable à la seconde. Cette dernière larve ne prend pas de nourriture, ne peut se soutenir sur ses pattes, n'a que de lents mouvements, et peu après se change en une seconde nymphe, qui a beaucoup d'analogie avec celle des autres Coléoptères, et d’où sortira, au bout d'à peu près un mois, c’est-à-dire en août l'Insecte parfait.
Le développement des Meloe est analogue à celui des Sitaris, malyré quelques différences que nous pouvons appeler génériques. Les femelles font de deux à quatre pontes, et la premiére est composée de plusieurs milliers d'œufs d’un jaune orangé, et qui doivent éclore de trois à six semaines après, suivant la température : à chaque ponte, elles creusent dans le sol un trou dans lequel ces œufs, très-petits et agglutinés, ensemble sont platés et recouverts ou non de terre. Les larves primitives sont pédiculées, jaunes ou noires, selon les espèces, allongées, un peu déprimcées, à tête trianguliforme. Peu après leur éclosion ces larves restent immobiles, pressées les unes contre les autres, et, quand la chaleur survient, elles se mettent en mouvement, déploient une grande activité et se répandent sur diverses plantes, surtout sur les Chicoracés et Renonculacés; de là elles se jettent sur plusieurs espèces d'Hyménoptères et de Diptères, dont MM. Drewsen et Schiodte ont donné la liste, s’y attachent fortement et souvent en grand nombre aux poils que porte le corps de ces Insectes. Beaucoup de ces larves périssent parce qu’elles ne sont pas dans de bonnes conditions pour leur développement, et celles qui se trouvent transportées dans les nids des Hyménoptères se comportent absolument de la même manière que les premières larves du Sitaris humerulis; elles dévorent l'œuf de la cellule où elles se trouvent, se changent en seconde larve, puis vivent de la pâtée destinée à l'être qu’elles ont attaqué. Sous cette forme de seconde larve, elles ressemblent un peu aux larves des Scarabéiens; leur corps est cylindrique, légèrement arqué et revêtu d’une fine pubescence. La pseudochrysalide est inerte, de même que celle des Sitaris, mais elle s'en éloigne par sa forme arquée en dessus, atténuée à ses extrémités, etc. La troisième larve semble ne pas différer de la seconde. La chrysalide n'offre rien de particulier, et la durée de l’évolution comalète est, comme chez les Sitaris, de deux ans environ.
Déjà plusieurs espèces de Méloés ont été observées, mais assez incomplétement, sous le point de vue métamorphosique. Mais il est probable que ces faits se généraliseront pour toute la tribu, et déjà l’on assure que les petites larves jaunâtres qu'on remarque souvent dans les nids des Hyménoptéres se rapportent à des Méloiïites, tandis que d’autres larves noirâtres que l’on a vues sur des Osmia, sur les Andræna, ete., appartiennent vraisemblablement à d’autres groupes génériques de Cantharidides. C’est là un vaste champ d'observation ouvert aux entomologistes qui se livrent à l'étude des mœurs et des habitudes des Insectes, et nous ne pouvons que les engager à le parcourir.
Nous donnons, page 191, quelques figures qui se rapportent à l'hypermétamorphose des Cantharidites, que nous cherchons ainsi à faire connaître, en ce qu’elle diffère essentiellement des métamorphoses de la plupart des autres Coléoptères. Nous prenons pour exemple, d’après l'excellent Mémoire de M. Fabre, l'hypermétamorphose du Sitaris humeralis. Notre figure 172 représente la larve primitive, qui diffère considérablement de la seconde larve (fig. 173), et de la troisième larve (Big. 175); notre figure 176 montre la nymphe proprement dite, qui ne ressemble nullement à la pseudochrysalide (fig. 174).
Les Cantharidites peuvent être, comme le propose M. Th. Lacordaire, partagées en deux divisions, dont l'une est subdivisée en plusieurs groupes.
Dans la première, les CANTHARIDITES PROPREMENT DITES, le corps est presque toujours «ilé; l'écusson est au moins médiocre; les élytres ont des côtés laissant à découvert les parapleures; les hanches intermédiaires sont distantes des postérieures; le métasternum est allongé : ce sont les groupes des Canruanres, Siranires, Némocnarures et MyLageires; en outre, on y comprend aussi les Horures, dont nous avons déjà parlé.
1% groupe, CanruariTes, à mächoires ayant leurs lobes arrondis; antennes de forme variable, jamais en massue au bout, droites, de one articles; épistome dépassant assez fortement l'insertion des antennes; élytres longues, recouvrant l'abdomen en entier, peu ou pas déhiscentes.
Ce groupe, l’un des plus nombreux en espèces de la tribu, renferme quinze à vingt genres, qui sont répartis sur toute la surface du globe : il y en a beaucoup en Europe, et, de tous les Cantharidiens, c’est parmi lui seulement qu'on en trouve en Australie. Ce sont les Vésicants par excellence. et les caractères spéciaux des coupes génériques se trouvent dans des particularités qu'offrent les tarses, les antennes, les yeux, le corselet, les élytres, etc.
Le genre véritablement typique est celui des CANTHARIDES, Cantharis, Geoffroy, ayant surtout pour caractères : antennes plus courtes que le corps, plus ou moins épaissies vers l'extrémité, avec le troisième article beaucoup plus long que le précédent; palpes mazxillaires un peu plus gros à leur extrémité; élytres flexibles, de la lonqueur de l'abdomen, recouvrant les deux ailes inférieures, qui sont bien développées; tarses à avant-dernier article entier; mais qui, comme le fait remarquer M. Th. Lacordaire, ne présente réellement que des caractères négatifs. C’est ainsi que les Cantharis se distinguent de plusieurs genres, et surtout des Lydus, des Alasimus, etc., à crochets des tarses pectinés, par ces mêmes organes non pectinés, mais profondément bifides;des Phodoga, Tegrodera, par ses crochets tarsiens non dentés en dessous; des Tetraonyx et Elotica par l’avant-dernier article des tarses non bilobé; des Stastica par ce même article plus ou moins cylindrique, et non pas court, triangulaire; des OEnas par ses antennes jamais très-courtes ni en même temps robustes et fusiformes; des Phodoga, par ses yeux transversaux, non débordés par les côtés de la tête, etc.
Aïnsi que nous l'avons dit en parlant des Téléphoriens au commencement de ce volume (pages 2 et 3), Linné a appliqué le nom de Cantharis à des Coléoptères non vésicants, les Telephorus de Schæffer, de de Géer, etc., et, contrairement à l'opinion vulgaire ainsi qu'à celle des naturalistes anciens, il rangea les espèces du groupe que nous étudions actuellement avec ses Meloes, d'où Fabricius les tira pour en faire son genre Lytta, dont la dénomination a été adoptée à tort par la plupart des entomologistes. En effet, ces Insectes étaient connus des Grecs sous le nom de Kav9æpos, tt c'étaient les Cantharis des Latins, dénomination du reste qui a été étendue à plusieurs autres.
Fig. 1717. — Cantharis vesicatoria. Fig. 178. — Cantharis sulcifrons.
Les anciens ont connu les Cantharides et leurs propriétés médicinales; mais à quelle espèce ontils donné ce nom? C’est là une question qu'il est bien difficile de résoudre. Cependant il est certain que ce n'est pas notre Cantharide actuelle des pharmaciens, la Cantharis vesicatoria, Geoffroy; Meloe vesicatoria, Linné; Lytta vesicatoria, Fabr., ou Canthuris officinarum, des médecins; et, d’après un passage de Dioscoride, on peut supposer que ce doit être un Mylabris, parce qu'il indique qu’elle a un cercle jaune transversal sur les ailes, et dès lors c'était probablement le Mylabre de la chicorée (Mylabris cichorii). En effet, l'Insecte que nous venons de nommer a des bandes jaunes sur les élytres, est très-commun dans le pays qu'habitait Dioscoride, et est souvent employé encore aujourd'hui comme épispastique en ltalie, en Grèce et dans tout l'Orient. Du reste, on peut dire que le nom général de Cantharide sert à désigner en médecine plusieurs espèces jouissant de propriétés vésicantes, aussi bien notre Cantharis vesicatoria que les Mylabres usités en Ghine pour le même usage, et surtout le Mylabris pustulata, Olv., que les Cantharis vittata, Fabr., de l'Amérique du Nord, et spersa, Klug, commune à Montévidéo, employées comme épispastiques et excitatrices des
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organes génitaux en Amérique, comme l’ont montré pour la première M. Percheron, et pour la seconde M. Courbon et que certaines Méloés et quelques autres sont parfois usitées aussi en médecine vétérinaire. Quant à notre Cantharide des boutiques, on ignore à quelle époque positive son usage s’est introduit en France, mais il paraît qu'elle nous vient d'Espagne, car elle porte le nom de Mouche d'Espagne : le commerce l’a longtemps tirée de ce pays, et l'en tire souvent encore, quoiqu'on ait cherché dans ces derniers temps à la recueillir dans notre patrie. C’est à tort que l'on a quelquelois désigné également sous lenom de Cantharide, la Cétoine dorée, qui en diffère beaucoup, et qui, comme nous l'avons dit, semble jouir de propriétés qui seraient très-utilement employées en médecine.
Les Cantharides ont le corps allongé, presque cylindrique; la tête grosse, cordiforme; le corselet petit comparativement à la longueur du corps, presque carré, un peu plus étroit que la base: des élytres, qui sont linéaires, molles, et qui recouvrent entièrement l’abdomen. Outre les caractères qui les distinguent des genres du même groupe, quelques particularités les différencient encore des genres de la même division ou de tribus voisines et que l’on en a parfois rapprochés; leurs mandibules se terminent en une pointe entière, ce qui les sépare nettement des OEdemera; la forme de leurs antennes les éloigne des Méloës, Mylabres et Cérocomes; leurs palpes, gros à l’extrémité, les séparent des Zonites, Sitaris et Némognathes, chez lesquels ces palpes sont filiformes, ete.
Les métamorphoses des Cantharides sont très-imparfaitement connues. Quelques auteurs, comme nous l'avons dit. ont présenté certains détails relatifs aux larves, principalement à celles des Cantharis vesicatorix, et Olivier (Dict. d'Hist. nat., édité par Deterville), en donne la description comme s’il les avait vues. D’après lui, ces larves, blanchâtres, munies de pattes, d'antennes et de deux filets à l'extrémité du corps, vivraient dans la terre, sy nourriraient de racines et y subiraient leurs transformations, mais les particularités dans lesquelles il entre à cet égard n'offrent rien de précis, et peuvent s'appliquer à une foule de Coléoptères de divers genres. C’est une étude nouvelle à faire, et on est encore réduit, à l'égard de ces larves, à de simples conjectures : la plus probable, en raisonnant d'après ce qui a lieu pour les Méloés et Sitaris, et en faisant remarquer que leurs mandibules sont très-petites, c’est que les larves de Cantharides vivent en parasites, et n'entrent dans la terre que pour s’y changer en nymphes. Ce serait donc la troisième larve qu'aurait observée Olivier.
Audouin, dans sa Thèse pour le doctorat, s'étend beaucoup sur l’organisation tant extérieure qu'intérieure, et sur l’accouplement et la fécondation de la Cantharis vesicatoria, faits qui doivent ètre étendus au genre entier. Les préliminaires de l’accouplement durent au moins deux heures, et le mâle ne se détache de la femelle que quatre heures après s'être accouplé, en laisant son organe reproducteur principal engagé dans celui de la femelle. Pendant cet accouplement les mâles, au moyen de l’échancrure du premier article de leurs tarses, saisissent les femelles par les antennes pour se maintenir sur elies. Après l’accouplement, la femelle s'occupe de la ponte, qui consiste en une masse d'œufs assez dévéloppés, de forme cylindrique, jaunâtres, aplatis à leur extrémité et courbés dans leur longueur. Quant aux détails purement anatomiques, nous ne pouvons les indiquer ici, et nous renvoyons au travail d'Audouin, qui ne peut être analysé.
Il résulte de tout ce qui précède, comme le disait Duponchel il y a seize ans, et comme on peut le répéter encore aujourd’hui : « qu'on ne connait encore que très-imparfaitement l'histoire naturelle de la Cantharide des boutiques, bien qu'un Insecte aussi précieux*à l'humanité, et qui fournit à la médecine un des remèdes les plus énergiques, eût dù engager les entomologistes à l’observer dans toutes les phases de sa vie; mais il est vrai de dire que la plupart de ceux qui prennent ce titre s'occupent plus d'augmenter leur collection de quelques espèces nouvelles que de connaitre los mœurs de celles qui sont utiles ou nuisibles. » Ajoutons cependant que les belles observations de M. Fabre mettent aujourd'hui sur la voie de ce qui doit avoir lieu chez les Cantharides, et, pour être juste, ajoutons encore que, parmi les entomologistes, bien peu sont en position de pouvoir suivre les habitudes si intéressantes de la vie des Insectes.
Presque toutes les Cantharides jouissent probablement de propriétés vésicantes plus ou moins prononcées; mais en France et dans une grande partie de l'Europe, on ne fait usage que de la Can THARIDE À VÉSICATOIRE, Cantharis vesicatoria, paree qu’elle est plus commune que toutes les autres espèces, et que, vivant en sociétés nombreuses, sa récolte est plus facile et moins coûteuse que ne
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serait celle des autres, qui vivent isolément. Cette espèce, assez grande, mais de taille variable, est d'un beau vert doré, brillant, avee les antennes noires; les mâles sont toujours plus petits que les femelles : c’est vers les mois de mai et juin qu’elle apparaît à son état parfait, et elle se trouve presque toujours en très-grand nombre sur les frênes, les lilas et les troënes, dont elle dévore les feuilles; on la rencontre aussi, mais accidentellement et moins abondamment, sur le sureau et le chèvrefeuille. On récolte peu de Cantharides en France, quoiqu’elles y soient parfois trèscommunes, et la plupart de celles qu’on trouve dans le commerce nous viennent d'Espagne, car on leur attribue à ces dernières, certainement à tort, plus de vertu médicale qu'aux autres. La présence de ces Coléoptères se manifeste par l'odeur de Souris qu'ils répandent autour d'eux. Quand à l’aide de cette odeur on a découvert un arbre, ordinairement un frêne, sur lequel ils sont réunis en plus ou moins grand nombre, voici le procédé le plus simple et le moins dispendieux pour en tirer la récolte. Après avoir étendu au pied de ces arbres, et de très-grand matin, une toile d’un tissu clair, on secoue fortement les branches pour en faire tomber toutes les Cantharides, lesquelles, étant encore engourdies par le froid de la nuit, ne cherchent ni à s'enfuir ni à s'envoler; lorsqu'on juge
‘qu’elles sont à peu près toutes tombées sur la toile, on relève celle-ci par les quatre coins, avec son
contenu, et l’on plonge le tout dans un baquet rempli de vinaigre coupé d’eau. Cette immersion suffit pour faire périr les Insectes; on les transporte ensuite dans un grenier ou sous un hangar bien aéré pour les faire sécher sur des elaies recouvertes de toile ou de papier; de temps en temps on les secoue, soit avec un bâton, soit plutôt avec les mains garnies de gants, car, sans cette précaution, qu'il faut également employer dans la récolte, les personnes chargées de cette opération seraient exposées à éprouver soit des douleurs aiguës au col de la vessie, soit des ardeurs d'urine, soit même des ophthalmies. Après s'être assuré que les Cantharides sont bien sèches, on les renferme dans des vases de bois, de verre ou de faïence hermétiquement fermés, et qu’on doit metire à l'abri de l'humidité. Avec ces précautions, ces Insectes conservent très-longtemps leurs propriétés vésicantes, et M. G. Duméril en a employé qui, au bout de vingt-quatre ans d'existence en magasin, avaient encore toute leur énergie. Toutelois, malgré le principe corrosif très-actif qu'elles renferment, elles n'en sont pas moins attaquées, de même que toutes les matières animales desséchées, par les Anthrènes, les Dermestes et les Ptines, qui, à ce qu’on assure, n’en mangent que la partie non vésicante : fait que confirmerait l’assertion de M. Farines, qui prétend que le thorax et l'abdomen sont seuls épispastiques, tandis que, contrairement à cette opinion, Audovuin assure que toutes les parties de l’Insecte le sont également. Quoi qu'il en soit, les pharmaciens se servent de toutes les parties de l'Insecte, qu’ils réduisent en poudre. On sait que les Cantharides s'emploient en médecine, tant à l'extérieur qu’à l’intérieur. Arrétée, médecin qui florissait à Rome au premier siècle de notre ère, est regardé comme le premier qui en ait fait usage comme vésicatoire; quant à l'emploi à lintérieur, il remonte à une époque beaucoup plus reculée encore, car on voit, dans les ouvrages d'Hippocrate, qu'il les administrait dans l’hydropisie, l'apoplexie et la jaunisse. Enfin, ainsi que nous Pavons fait remarquer, elles sont usitées dans la médecine de peuples très-éloignés les uns des autres. Nous ne nous étendrons pas davantage à ce sujet, ce qui nous ferait sortir du but principal de cet ouvrage, et nous nous bornerons à renvoyer aux travaux spéciaux dans lesquels les Cantharides, surtout la Cantharis vesicatoria, ont été étudiées au double point de vue médical et chimique, et surtout à la Medicina soologica de MM. Brandt et Ratzeburg, à l'Histoire des Coléoptères vésicants de France de M. Mulsant, et à la Zoologie médicale de MM. P. Gervais et Van-Bénéden.
On connaît un très-grand nombre d'espèces, de cent soixante à deux cents, du genre Cantharis, surtout abondantes en Amérique, plutôt dans les parties septentrionales que dans les parties méridionales, en Afrique et en Asie, tandis qu’il en existe très-peu en Europe et dans les Indes orientales, et que jusqu'ici on n’en a pas signalé dans les archipels indiens, dans l'Australie et dans la Polynésie. Leur livrée est excessivement variée : les couleurs peuvent être métalliques et vives, ou bien sombres et noirâtres; elles sont uniformes ou offrent des pointes ou des dessins assez nombreux; quelques-unes sont glabres, d’autres revêtues d’une pubescence abondante, constamment couchée; la taille est parfois grande, et toujours au moins moyenne; toutes répandent une odeur particulière, beaucoup moins forte chez quelques-unes que dans notre espèce typique, ete. Nous avons déerit comme type la Cuntharis vesicatoria; nous dirons encore que la C. vittata, Fabr., em vlsyée aux États-Unis, où elle est três-commune, est noire, avec la tête, le corselet et cinq bandes
longitudinales sur les élytres, dont une suturale, ainsi que l'origine des fémurs, fauves; et que la næstus, également usitée, a, comme l'indique son nom, une livrée assez sombre.
Dans un genre aussi nombreux, on devra certainement former des subdivisions particulières : M. Th. Lacordaire, sans leur donner de noms spéciaux, en indique cinq, qui semblent naturelles, et quelques auteurs en ont créé d'autres, qui ont été rejetées, parce qu'elles ne portent que sur des caractères qui se trouvent bien dans certaines espèces, mais qui, quand on examine la longue série spécifique, se confondent graduellement avec d'autres caractères regardés aussi comme typiques. C'est ainsi que M. Brullé a proposé de réserver le nom de Canrsaris aux espèces dont les antennes grossissent plus ou moins à l'extrémité, et à corselet ovale ou carré, ayant pour type la C. vesicatoria de toute l'Europe, et renfermant une dizaine d’autres espèces du midi de la France, du nord de l'Afrique et du Bengale, et de donner celui de Lyrra aux espèces très-nombreuses à antennes filiformes ou sétacées, et à corselet généralement campanuliforme, tels que les Pyrota américains et Epicauta, Dejean, qui, parmi d’abondantes espèces de presque toutes les parties du monde, comprend surtout la C. dubia, Oliv., de toute l'Europe méridionale. Enfin Dejean a établi, sous le nom de Causima, un genre à corselet en carré transversal et à forme courte, ayant pour espèce unique la C. vidua, Klug, du Brésil, qui a le faciès d'un Tétraonyx.
Les genres suivants se rapprochent beaucoup des Cantharides : Spasrica, Dej. (Gnathium, Chevr.), à col très-court; tarses à articles courts : quelques espèces de l'Amérique méridionale. — Terropera, Leconte, à crochets tarsiens dentés : une grande espèce (erosa) de la Californie. — Puopaca, Leconte, à mandibules très-robustes, arquées, bifides au bout : également une espèce (alticeps) de Senora. — Ererica, Dej., différant beaucoup pra notablement des Cantharis, et ayant pour espèce unique (bipustulata, Fabr.) de la Guinée.
Les genres qui s'en séparent beaucoup plus, et qui, pour la plupart, ont été fondés depuis longtemps, sont ceux qui vont suivre.
Fig. 179.— Zonitis prœusta. (Femelle) Fig. 480, — Tetraonyx ventralis. Fig. A81. — Eucastes verticalts.
Genre TÉTRAONYX, Latr., qui a surtout des antennes lonques, filiformes; des élytres de lonqueur variable et de consistance normale, et des tarses à avant-dernier article bilobé. On en décrit une vingtaine d'espèces, toutes américaines, en général noires, avec des dessins rougeûtres : les unes (octomaculatus, Latr.) de grande taille et de forme robuste, et les autres (crusiatus, Cast.), petites, se rapprochant par le faciès des Némognathes. :
Genre ÆNAS, Latr., à antennes très-courtes, en forme de fuseau : ce caractère distinguant assez bien ces Insectes, qui sont parfois très-grands, et qui, quoique génériquement peu nombreux en espèces, sont cependant répandus dans plusieurs pays, et surtout en Afrique et en Asie; type, À. afer, Linné, du cap de Bonne-Espérance.
Genre LYDUS, Meg, Latr., à antennes plus lonques que le corselet, assez robustes, grossissant peu à peu et légèrement : premier article médiocre, en cône renversé, deuxième court, troisième bearrcoup plus long que le quatrième; celui-ci et les suivants, jusqu'au dixième, courts, peu à peu moniliformes, onxième ovoide, atténué au bout. Les Lydes sont des Insectes assez grands, noirs, avec les élytres testacées et offrant quelques taches plus foncées : six espèces de l'Europe méridionale, de
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l'Afrique septentrionale et des parties occidentales de l'Asie; le type est la Meloe Algirus, Linné, commune en Algérie, mais que l'on retrouve en Europe. — Le genre ALOSIMUS, Muls. (type, la Beloe syriacus, Linné, de l'Europe méridionale et de l'Asie occidentale), se rapproche beaucoup des Lydus, mais a les antennes plus longues et à articles de grandeur relativement différentes. — Un autre genre s'en rapproche encore un peu, c’est celui des SYBARIS, Stéph. (Prionotus, Kollar; Redt.), à antennes assez longues, gréles, légèrement sétacées, à articles presque coniques : quatre espèces; type, S. immunis, que l'on a trouvé une fois en Angleterre, mais qui est probablement originaire du Bengale, comme ses trois congénères.
Des genres qui entraient autrefois parmi les Œdémérites, et que l’on doit classer ici, sont ceux des : Cepnaroon, Newm. (Ichnodes, Dej.), à antennes un peu plus lonques que la tête : deux espèces du nord des États-Unis. — Paræsrra, Cast., à antennes un peu plus courtes que le corps : une seule espèce (rufipennis) d'Australie, qui a l'aspect d’un Lycus.—Paresrrina, White, à antennes élargies : groupe intermédiaire au précédent et au suivant. — Temesinera, Westw., à antennes semblables à celles des Zonitis, avec les autres caractères des Palæstra : une espèce (rufipennis) d'Australie.
Genre ZONITIS, Fabr., à antennes longues, gréles, filiformes; palpes à dernier article cylindrique; tarses à avant-dernier article entier, et dont on peut séparer, par suite de quelques caractères secondaires, quelques espèces pour en former un genre Stenodera, Eschs., ou Megatrachelus, Motsch. On en décrit une vingtaine d'espèces répandues sur toute la surface du globe, et à livrée assez variable : celles d'Europe (telles que les Z. prœusta, Fabr.: seæmaculata, Oliv., et fulvipennis, Fabr.) n’offrent jamais que le noir et le fauve pâle ou roussâtre diversement distribués; mais, parmi les exotiques, on voit des teintes plus belles et parfois métalliques.
Genre APALUS, Fabr., à antennes plus longues que le corps, avec les articles allongés, aplatis; élytres un peu atténuées de la base à l'extrémité, plus où moins déhiscentes à leur terminaison. Ces Insectes semblent établir le passage aux Sitarites, tout en présentant encore plusieurs partieularités, et surtout celles de la coloration, semblables à ce que l'on remarque chez les Zonitis : on n'en connaît qu'un nombre assez restreint d'espèces répandues en Asie, dans le midi de la France eten Afrique; comme type nous nommerons seulement notre À. bimaculatus, Linné.
2° groupe, Strarites, à mächoires ayant les labres normaux; antennes de onxe articles, droites, filiformes ou en scie; élytres recouvrant imparfaitement l'abdomen, plus ou moins raccourcies en arrière, et déhiscentes.
Les Insectes peu nombreux qui entrent dans ce groupe ont un aspect tout particulier ayant quelque chose de celui des Œdémérites, et qui offre aussi quelque ressemblance avec celui des Rhipiphorites parmi les Mordellides. On n'en connaît que très-peu, et pendant longtemps on ne les a compris que dans le seul genre SITARIS, Latr., qui a surtout les antennes assez courtes, filiformes, et les élytres très-rétrécies vers l'extrémité. La forme toute parueulière des élytres sert à distinguer ce genre, et permet aussi, comme l’a proposé M. Mulsant, d'y former deux coupes différentes : les Sitaris et les Stenoria; on n’en décrit qu’une dizaine d’espèces du midi de l'Europe et du nord de l'Afrique, toutes de couleurs sombres, et dont le type, qui a servi aux obsérvations sur l'hypermétamorphose de M. Fabre, est le Sitaris humeralis, Fabr., qui a été créé par Forster sous le nom de muralis, qui devrait être adopté comme ayant l'antériorité. Ces Insectes ont, dit-on, les mêmes propriétés vésicantes que les Cantharides.
Les autres genres que nous citerons seulement sont ceux des : Onxerexus, Lepell. et Serv., une espèce (Sonnerati) des Indes orientales. — Srrarrna, White, une espèce (Hopei) de l'Australie. — Crexorus, Fischer de Waldheim, une ou deux espèces, dont la place n'est pas bien déterminée parmi les Cantharidiens, et qui sont particulières à la Russie méridionale.
5° groupe, Némocxarires, à mächoires à lobe externe converti en un filet sétacé plus où moins ong, dépassant toujours fortement les mandibules; antennes droites, filiformes, de onze articles; élytres à peu près normales.
La forme seule des mächoires sépare ces Insectes des Cantharidites. On n’en décrit que deux genres : NEMOGNATHA, Illiger, à antennes filiformes : une quarantaine d'espèces, de taille moyenne, de plusieurs parties du monde, mais surtout de l'Amérique septentrionale, dont le type
est la Zonitis chrysimelina, Fabr., du midi de l'Europe et de l’Algérie; M. Guérin-Méneville a fait du Z. rostrata, Fabr., grande espèce algérienne, son genre Leptopalpus, qui ne diffère que légèrenent du type. — GNATHIUM, Kirby, à antennes renflées vers l'extrémité; corselet allongé, campanulé : une espèce (Francilloni) de la Géorgie américaine.
4° groupe, Myragrires, à mächoires à lobes de forme normale; antennes arquées, constamment en massue dans les femelles et parfois difformes dans les mäles, avec les articles dont le nombre varie de huit à onxe; élytres recouvrant en entier l'abdomen, non déhiscentes; tarses à crochets fendus, avec les divisions égales et la supérieure non pectinée.
Cette tribu, surtout caractérisée par la forme de ses antennes, renferme de nombreuses espèces, qui ne sont toutefois réparties que dans deux genres principaux.
Le plus connu est celui des MYLABRES, Mylabris, Fabr., à corps allongé, hérissé de poils redressés, peu abondants ou nuls; tête courte; yeux grands, faiblement échancrés; antennes renflées en bouton à l'extrémité, à nombre d'articles variable; corselet plus étroit que la tête et les élytres; écusson médiocre; élytres allongées, convexes, cylindriques, arrondies à leur extrénrité, coriaces; pattes longues. Le genre Mylabre est excessivement nombreux en espèces, car on en a la description de plus de deux cent cinquante, et toutes sont propres à l’ancien continent, mais principalement aux faunes méditerranéennes de l'Afrique et de l’Asie. Ces espèces fréquentent de préférence le pays des plaines, et c’est sous l’action seule du soleil qu’elles offrent quelque vivacité dans leurs mouvements, car ordinairement elles sont assez lourdes, de même que les Cantharides, et comme ces derniéres, vivent en troupes plus ou moins nombreuses, et ne se rencontrent que très-rarement isolément. Les espèces sont très-homogènes sous le rapport de la forme; et ce qui vient augmenter la difficulté de la détermination spécifique, c’est que les dessins que présentent leurs élytres varient infiniment dans la même espèçe, et peuvent même disparaître complétement dans quelques cas. Leur livrée générale consiste presque toujours en bandes ou taches jaunes ou rougeâtres sur un fond noir, où vice versa; le reste du corps étant noir ou exceptionnellement d’un bleu foncé assez brillant. La taille est variable, habituellement assez grande et ne descendant pas au-dessous d’une grandeur moyenne. Ces Insectes sont vésicants et employés comme épispastiques dans plusieurs pays, surtout en Chine, et nous avons dit qu'une espèce de ce genre était probablement la Cantharide des anciens.
Fix. 485. — Sitaris humeralis.
Dans un groupe générique aussi nombreux, on comprend qu’on a dû chercher, surtout d'après Ja tendance de l'époque actuelle, à fonder des genres spéciaux plus ou moins nombreux; et, comme l'ensemble des caractères est toujours le même dans toutes les espèces, on n’a pu prendre pour caractéristique que le nombre des articles des antennes, qui ne donnent cependant ici que des différences assez secondaires. C’est ainsi que les Mylabris proprement dits ont onze articles distincts aux antennes, et que la massue est allongée. On y range la grande majorité des espèces du genre, et beaucoup d'auteurs s'en sont occupés; mais la synonymie des espèces est excessivement embrouillée, et le seul travail monographique que l’on ait, celui de Billberg, publié en 1815, est trop ancien pour qu'il puisse être aujourd'hui d’une grande utilité. Comme nous l'avons déjà dit, l'Europe, l'Afrique et l’Asie en possèdent des espèces souvent abondantes et excessivement riches en individus dans beaucoup de cas. Nous ne citerons que le MyraBre pe La cuicorée, M. cichorit, Linné, assez commun en France, surtout dans le Midi, et s'étendant au loin en Europe, qui est de taille assez petite, tandis que les autres espèces sont, au contraire, grandes; noir, velu, avec une tache
jaunètre, grande, ronde, à la base de chaque élytre, et deux bandes de la même couleur, transverses et dentées, et qui est employé à la place de la Cantharide où mélangé avec elle, surtout en ltalie, de même que le M. pustulatus, Oliv., usité de même en Chine. Les Decatoma, Dej., n’ont plus que dix articles aux antennes, et la massue est également allongée : une douzaine d’espèces, surtout du cap de Bonne-Espérance (lunata, Pallas) et de Mozambique. Les Coryna, Billb., auxquels on doit joindre les Hyclæus, Latr., et Dices, Dej., ont des antennes courtes, de neuf articles, avec la massue arrondie : des espèces africaines, asiatiques et européennes, parmi lesquelles nous nommerons le M. Billbergii, Schœnh., de l'Europe méridionale. Enfin les Actenobia, Cast., qui n’ont que huit articles aux antennes, ayant pour type le M. decem-guttata, Billb., du cap de Bonne- Espérance, renfermant, en outre, quelques espèces d’Angola, et auxquels on peut joindre le genre Arithemema, Chevr.
Un genre très-distinet de celui des Mylabris, et qui en a été séparé depuis longtemps, est celui des CEROCOMA, Geoffr. (Meloides, Piller), surtout caractérisé par ses antennes de neuf articles, insérées immédiatement ai-dessous de la suture de l'épistome, robustes, courtes, pendantes, monstrueuses dans les mâles principalement, et dans ce sexe à deuxième article offrant une large expansion fohacée, et à dernier article plus grand que les autres, tandis que dans les femelles les articles, réniformes, qrossissent vers l'extrémité. Les Cérocomes ont les élytres flexibles, le corps villeux, et leurs antennes sont surtout remarquables par leur forme bizarre; ils sont de grandeur moyenne, et ornés de couleurs métalliques qui varient du bronzé au vert doré et au bleu brillant; les antennes, dans les mäles, les pattes en partie et parfois l'abdomen peuvent devenir un peu orangés. Les espèces, au nombre d’une dizaine, sont essentiellement asiatiques et méditerranéennes, mais on en trouve aussi en Europe; la plus connue est la C. Schæfferi, Fabr., qui est assez répandue dans l’Europe occidentale, et se trouve, mais rarement, auprès de Paris; elle est d'un beau vert bleuâtre, et, comme ses congénères, se rencontre sur les fleurs pendant la belle saison, et déploie une grande agilité dans ses mouvements lorsque le temps est chaud.
La seconde division des Cantharidites, qui ne renferme que le seul groupe des MÉLoïres, comprend des espèces de formes particulières et ayant pour caractères communs : corps aplère; antennes moniliformes; écusson très-petit ou nul; élytres courtes dans le plus grand nombre des cas, molles, à côtés recouvrant les parapleures mésothoraciques et métathoraciques; métasternum trèscourt; hanches intermédiaires atteignant les postérieures et les recouvrant en partie.
M. L. Dufour a donné quelques détails sur l'anatomie de ces Insectes, suivant lui, le jabot des Méloés peut être considéré comme un véritable gésier, étant garni intérieurement de plissures callcuses, comme anastomosées entre elles, et séparé de l'estomac ou ventricule chylifique par une valvule formée de quatre pièces principales, résultant chacune de l'adossement de deux cylindres creux, tridentés en arrière; l’estomac est formé de rubans musculaires, transversaux, bien prononcés.
Le genre principal, et longtemps le seul de ce groupe, estcelui des MÉLOÉS, Meloe, Linné, à corps privé d'ailes sous les élytres; tête en triangle curviligne, transversal; yeux médiocres, peu suillants; antennes médiocres, de forme variable, deuxième article toujours très-court, onzième et dernier en général allongé, cylindrique, acuminé au bout; corselet petit, plus étroit que lu tête et les élytres; pas d’écusson; élytres courtes, recouvrant plus ou moins l'abdomen, imbriquées, divergentes; pattes longues, robustes. Les Méloés, très-nombreuses en espèces, car on en décrit beau coup plus de cent, ont été étudiées par plusieurs auteurs : Meyer, Leach, MM. Brandt et Ratzeburg, et Brandt et Erichson en ont publié des monographies plus ou moins complètes, générales, ou ne se rapportant qu'aux espèces européennes. Les mâles sont habituellement beaucoup plus petits que les femelles, et s’en distinguent par leur dernier segment abdominal plus ou moins échancré, tandis qu’il est entier chez ces dernières : à part ces différences, les deux sexes, dans beaucoup d'espèces, ne différent l’un de l’autre par rien de bien saillant : tous deux ont des antennes filiformes, mais légérement plus longues dans. les mâles. Toutefois quelques individus de ce dernier sexe (M. violaceus, proscarabæus, ete.), ont les articles intermédiaires des antennes plus ou moins difformes, à peu près à la manière de ce qui a lieu dans les Cerocoma, et offrant aussi quelques caractères dans les tarses : c'est le genre Proscarabæus de Stéphens, qui n’a généralement pas
été adopté. Ces Insectes sont presque tous de grande taille où au moins de moyenne grandeur; ils sont d'un bleu plus ou moins foncé et assez rarement parés de teintes métalliques; ils sont ordinairement printaniers, vivent à terre dans les lieux couverts d'herbe, sont très-lents dans leurs mouvements, simulent la mort lorsqu'on veut les prendre, et exhalent alors par les articulations des pattes un fluide blanchätre ou jaunâtre, dont l'odeur, à la fois douce et pénétrante, n’a rien de désagréable et ne ressemble nullement à celle que répandent les Cantharides. Quelques-unes ont parfois été employées en médecine, et, dans quelques cantons de l'Espagne, on s’en sert à la place de la Cantharide ou on les mêle avec elle; les maréchaux en font aussi usage. On les regardait autrefois comme un spécifique contre la rage; c'est un fait qui devrait être aujourd'hui scientifiquement vérifié, car, en présence de ce qu'on a dit d'à peu près semblable pour la Cetonia aurata, il ne faut plus se borner simplement à regarder, ainsi qu’on le fait, comme inexactes, les opinions vulraires qui, au premier aspect, semblent les moins admissibles. Comme nous l'avons dit, leurs métamorphoses présentent des particularités excessivement remarquables. On eroit qu'ils sont nusibles aux animaux qui les mangent, et Latreille les regarde comme étant probablement ces Buprestes desanciens, qui décimaient parfois les bestiaux. Le genre esttrès-répandu dans la plus grande partie de l’ancien continent; l'Europe en renferme beaucoup, telles sont surtout les Meloe proscarabæus, Linné, assez grande, entièrement d’un brun foncé bleuâtre et ponctué; violaceus, Marsh., plus petite, violacée; scabrosus, Oliv., la plus grande des trois, à reflets métalliques, qui ne sont pas très-rares vers les mois d'avril et de mai dans les environs de Paris. L'Amérique en r nferme un assez grand nombre d'espèces, et, dans ce continent, celles qui se trouvent depuis le nouve u Mexique jusqu'au Chili, ont des élytres encore plus courtes que dans nos types européen. , divergentes vers la base, et, par suite de cela, non imbriquées, et possèdent en outre quelques autres caractères qui tendent, ainsi que l'observe M. Th. Lacordaire, à en faire un groupe particulier L'Asie méridionale, l'Australie et la Polynésie sont les seuls points du globe où l’on n'ait pas signalé iusqu'ici de Méloés.
Fig. 184. — Meloe prascarabeus Fig. 185, — Meloe Saulcyi.
Deux genres de la même division, genres exclusivement américains et peu connus en Europe, sont ceux des : Cysreonemus, Leconte, à élytres en cône, de consistance ordinaire, très-amples, ventrues, recouvrant en entier l'abdomen, réunies par une suture dreîte, conjointement échancrées et divergentes à leur extrémité : deux espèces, l’une des bords du Rio-Colorado, et l’autre du Nouveau Mexique. — Henous, Haldem., à élytres un peu plus courtes que l'abdomen, convexes, graduellement élargies en arrière, non imbriquées, obliquement tronquées à l'extrémité : une seule espèce, le Meloe conferta, Say, de l'Amérique du Nord.
A côté des Cantharidiens, M. Th. Lacordaire place ses Stylopides, qui offrent avec eux d’assez nombreux points de ressemblance, et sur lesquels nous devons dire quelques mots, quoique nous nous en soyons déjà occupés dans une autre partie de cet ouvrage (voir le volume consacré aux Annelés, page 21).
Les Stylopides sont plus connus sous Ic3 dénominations de Strepsiptères, Kirby, Rhipiptères, Latreille et Rhipidoptères de Lamarck, et ils forment, pour la plupart des auteurs, un ordre par-
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