‹ Encyclopédie d'histoire naturelle; ou, traité complet de cette science d'après les travaux des naturalistes les plus éminents de tous les pays et de toutes les époques: Buffon, Daubenton, Lacépède, G. Cuvier, F. Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire, Latreille, De Jussieu, Brongniart, etcChapitre 25 sur 42 · TRENTE=QUATRIÈME FAMILLE · texte numérisé non relu

TRENTE=QUATRIÈME FAMILLE

CISSIENS. CISSIDES. Lacordaire, 1857.

Corps cylindrique; tête habituellement courte, recouverte par le corselet, et rétractile vers ce dernier organe; menton carré; languette variable, sans paraglosses; mächoires bilobées, cihiées, en lamelles; antennes, composées de huit à onze articles, insérées au bord antérieur des yeux, terminées par une massue de trois et exceptionnellement de deux articles; pronotum séparé par une aréte tranchante des parapleures du corselet; pattes courtes, à hanches des antérieures et des intermédiaires globuleuses, enfouies, postérieures transversales, à jambes non terminées par des éperons, à tarses formés de quatre, très-rarement de cinq articles : le premier constamment trèspetit, très-distinct, dernier long; abdomen ayant cinq segments en dessous : le premier le plus long de tous.

Les Cissiens ou Cissides, que quelques auteurs réunissent dans la même famille que les Bostrichiens, sont de petits Coléoptères dont la forme est régulièrement cylindrique; ils sont criblés de petits points enfoncés sur les élytres, et glabres ou finement pubescents; leur coloration est uniferme et assez sombre, ne variant guère que du brun noirâtre au rouge ferrugineux. Leur tête est courte, large, arrondie et souvent rebordée en avant. Les mandibules sont assez robustes; le labre est toujours distinet. Les yeux sont médiocres, arrondis, assez saillants. Le corselet est très-régulièrement cylindrique, de la largeur des élytres à leur base. L’écusson est très-petit, distinet. Les élytres sont courtes ou peu allongées, fortement arrondies à leur extrémité. Les pattes sont courtes; les jambes souvent denticulées en dehors; la plupart des espèces ont des tarses de quatre articles : tous ou|au moins les trois premiers très-courts, presque égaux, finement villeux en dessous, et pris ensemble, n’égalant pas en longueur le cinquième, qui est muni de deux erochets simples; dans deux ou trois genres (Endecatomus, Lyctus, ete.), il y a cinq articles aux tarses, mais dans les mäles seulement. L'abdomen est court, à premier segment un peu plus long que le deuxième, qui lui-même est légèrement plus grand que chacun des deux suivants. Les différences sexuelles, contrairement à ce qui a lieu chez les Bostrichiens, sont communes dans les Cissiens; les mâles ont souvent sur la tête, ou à la partie antérieure du corselet, des saillies qui manquent, ou sont beaucoup moins prononcées dans les femelles; parfois on les reconnaît à la grandeur de leurs mandibules, etc.

Ces Insectes vivent en général dans les bolets; quelquefois ils se trouvent réunis en grand nombre, et sont cachés sous le chapeau des Dædalea et des Polyporus, dont ils rongent la substance membraneuse, sans cependant en attaquer la surface extérieure. On les rencontre dans nos climats, depuis le commencement du printemps jusqu'à l'entrée de l'hiver. Si on en prend sur le bois coupé ou mort, on reconnaît toujours, en faisant quelques recherches, qu'ils sont constamment attirés par les champignons qui croissent sous les écorces; toutefois on en a trouvé souvent sur les souches de divers arbres’abattus. [ls se multiplient parfois en très-grande quantité, et il n’est pas rare de rencontrer chez soi, au bout d'un an ou deux, des champignons que l’on avait rapportés, et qui en contenaient fort peu, entièrement mis en poussière par des centaines d'individus. D’après leur genre de vie, ils paraissent avoir pour fonction, dans l'économie générale de la nature, de détruire quelques-unes des espèces des champignons qui croissent sur les arbres.

Les larves d'une douzaine d'espèces de cette famille ont été décrites. Parmi les larves des Cissiens proprement dits, on connaît, dans le genre Cis, celles des boleti, décrites par Bouché, Westwood et Mellié; celles des Jacquemartii et laminatus, décrites par Mellié; celles du Melliei, décrite par A1. le docteur Coquerel, et celles de l’alni, indiquées sous la dénomination de punctulatus, décrites par M. H. Lucas; dans le genre Xylographus, celles Cu bostrichoides, qu'a fait connaitre M. Léon Dufour, et dans les genres Rhopalodontus et Ennea thron, celles des R. y rforatus, et E. cornu-

tum, les premières décrites par Mellié, et les secondes par ce même entomologiste, et plus complétement par M. Éd. Perris. D'après MM. Chapuis et Candèze (Cat. des larves de Col., 1855), ces larves peuvent être ainsi caractérisées d'une manière générale : tête arrondie, lisse, couverte de quelques poils rares; plaque sus-céphalique débordant le chaperon de chaque côté, et celui-ci soudé intimement à la tête; lèvre supérieure distincte, transversale; ocelles au nombre de cinq de chaque côté, dont quatre disposés en série transversale, derrière l'insertion des antennes, le cinquième placé plus en arrière; antennes courtes, de trois articles à peu près de même longueur, et le dernier terminé par une soie allongée; mandibules assez larges, dentées intérieurement; mâchoires formées d'une pièce cardinale et d’une pièce basilaire, charnues, d'un lobe petit, cilié en avant, de palpes maxillaires triarticulés, les deux premiers plus courts que le troisième; lèvre inférieure formée d'un menton large, charnu, joint avec la base des mâchoires; palpes labiaux biarticulés; segments thoraciques semblables aux abdominaux; le corselet plus grand que les deux autres; pattes courtes, sharnues, droites, ayant des hanches épaisses, des trochanters et des cuisses plus longues, des jambes très-courtes, terminées par un ongle aigu; segments abdominaux, au nombre de neuf, tous charnus, sauf le dernier qui est un peu coriacé, et qui porte deux appendices spiniformes relevés, arqués; neuf paires de stigmates, dont huit sur les huit premiers segments abdominaux, et la neuvième située dans le pli qui sépare le corselet du mésothorax. D'après ce que nous venons de dire, on voit que les larves des Cissiens sont très-différentes de celles des Anobiens et même des Bostrichiens, et que, tout en ayant quelques rapports avec celles des Cureulioniens, elles ressemblent surtout à celles des Cryptophagus. C'est dans les galeries où elles se développent que ces larves se métamorphosent; leurs nymphes ne présentent rien de particulier, si ce n’est deux papilles terminales ou semi-cornées.

n il

Ÿ lun < Fig. 251, — Endecatomus reticulus. Fig. 252. — Orophius (Cis) mandibulars. Fig. 253. — Rhopalodontus (Profil.) (Dessus.) perforatus. (Profil.)

Les Lyctus, genre assez difficile à classer, et que M. Th. Lacordaire range, quoique avec doute, dans la même famille que les Cts, ont des larves assez différentes des précédentes, comme l’a montré M. Heeger, qui les a fait connaître il y a cinq ou six ans. C'est la larve du L. pubescens, qui a été décrite : elle ne ressemble ni à celle des Colydides, parmi lesquels la plupart des auteurs plasent les Lyctus, mais plutôt à celle des Scolytiens, et même de certains Curculioniens, dont elle st si voisine, qu'à peine trouve-t-on quelques caractères pour les distinguer. Cette larve est charnue, cylindrique, arquée et dépourvue de pattes et d’ocelles; la tête est cornée, petite, à peine de la largeur de la moitié du corps, ovale et tronquée antérieurement; les antennes sont insérées près de la base des mandibules, très-courtes, de deux articles; les segments thoraciques et abdominaux sont semblables et séparés par des bourrelets de la partie inférieure du corps, qui est presque plane; le segment terminal de l'abdomen est plus petit que les autres, arrondi au bout. C'est dans des chênes abattus, dans lesquels elle perfore des galeries droites, creusées dans le bois même, que cette larve à été trouvée.

Les anciens entomologistes n'avaient pas distingué ces Insectes des Anobium, auxquels Fabricius, Olivier, Panzer, Illiger, Paykull, ete., les réunissaient. Latreille, qui, dès ses premiers ouvrages, les en avait séparés sous le nom de Cis, les a, de son côté, placés dans sa division peu naturelle des Xylophages, et, en dernier lieu, près des Apate et des Psoa. M. Redtenbacher, de son côté, les met dans la même famille que le Anobium et les Bostrichus. Enfin MM. Éd. Perris et Th. Lacor-

daire ne pensent pas que ces Insectes doivent être rapprochés des anciens Xylophages, et-ils sont portés à croire qu'ils seraient mieux à leur place près des Cryptophages et des Mycétophages.

Le genre Cis était resté intact jusqu'en 1848, époque où Mellié, dans les Annales de la Société entomologique de France, en à publié une bonne monographie, dans laquelle il l’a divisé en plusieurs genres, dont un avait déjà été signalé par Dejean. Presque en même temps que Mellié, mais postérieurement à lui, M. Redtenbacher (Fauna Austriaca) a décrit trois nouveaux genres, dont deux avaient déjà été indiqués par l’entomologiste français. M. Th. Lacordaire, en rapportant le travail de Mellié, ne l'a modifié qu’en regardant comme un genre spécial une de ses subdivisions sous-génériques. Enfin le genre Lyctus, que l’on associe aux Cis, mais avec quelque doute, est dà à Fabricius, et Stéphens a cherché à en démembrer un groupe peu naturel et non adopté par la plupart des auteurs.

Le genre typique de la famille est celui des CIS, Latr., à menton transversal, un peu rétréci et faiblement échancré; languette allongée; palpes : labiaux à dernier article allongé, conique : celui des maxillaires ovalaire, acuminé au bout; mandibules bidentées à l'extrémité; tête plus ou moins convexe, rebordée et arrondie en avant; antennes médiocres, de dix articles; corselet convexe, s'avancant au-dessus de la tête, marginé sur les côtés et parfois à la base; écusson triangulaire ou arrondi; élytres convexes, de longueur variable; pattes médiocres; cuisses comprimées, larges; jambes gréles, à angle apical externe souvent aigu; tarses de quatre articles, les trois premiers petits, égaux. Quoique considérablement restreint, le genre Cis renferme encore une centaine d’espèces, presque exclusivement propres à l’Europe et à l'Amérique boréale; car, en dehors de ces deux continents, deux ou trois espèces seulement ont été décrites. Ces Insectes sont petits, noirâtres, et varient beaucoup sous le rapport de la forme générale, de la structure et de la vestiture des téguments, ete. Les mâles se distinguent des femelles par la présence de deux tubereules sur le front, et parfois par leur corselet prolongé et bidenté en avant. Tous se trouvent habituellement dans les champignons. Comme types, nous citerons nos espèces européennes et même parisiennes des Cis boleti, Scop.; setiger, Mellié; flavipes, Lucas; alni, Gyll., ete.

Les genres démembrés de ce groupe sont les suivants : Ruoparononrus, Mellié, se distinguant surtout par ses jambes lamelliformes, graduellement élargies, dilatées à l'extrémité externe en une saillie arrondie, manifestement dentée : une seule espèce (perforatus, GyIl.) répandue dans une grande partie de l'Europe, mais plus commune dans les contrées boréales que partout ailleurs. — XyLocraraus, Dej., Mellié, à pattes robustes; jambes lamelliformes, tranchantes, arrondies, denticulées, au bord externe, et surtout à tarses contractiles, recus dans un sillon des jambes, tandis que ces derniers organes sont toujours libres au repos dans les autres groupes : une douzaine d'espèces, dont une seule (bostrichoides, L. Dufour; cribratus, Lucas) se trouve dans le midi de l’Europe et en Algérie, tandis que les autres sont propres à plusieurs provinces de l'Amérique et à Madagascar. — Expecaromus, Mellié (Dictalopus, Redt.), à antennes courtes, de onxe articles, tandis qu'il n’y en avait que dix dans les groupes précédents; massue de trois articles; tête recouverte; pattes médiocres : ces Insectes, grands pour des Gissiens, et à corps cylindrique, pubescent, sont remarquables en ce que, comme les Lyctus, leurs tarses ont cinq articles au moins dans les mäles: on n’en indique que deux espèces à élytres couvertes de tubercules disposés sans ordre : l'Anobium reticulatum, Herbst, assez commun en Autriche, plus rare dans l’Europe occidentale, et qui a été retrouvé aux États-Unis d'Amérique, et l'E. dorsalis, Mellié, du Texas.-—Ennearraron, Mellié (Entypus, Redt.),

à antennes de neuf articles; élytres plus ou moins courtes, convexes, pubescentes ow glabres; pattes médiocres; cuisses larges, comprimées; jambes étroites, sinuées en dehors : insectes très-petits, courts, et dont on connaît une douzaine d'espèces d'Europe, d'Amérique et de l’Afrique australe : type, E. cornutum, Gyll., pris aux environs de Paris. —Cerasis, Mellié, Lacord., à antennes de huit articles, comme dans les deux genres qui vont suivre; jambes inermes en dehors, et non denticulées, de même que chez les Orophius et Octotemnus : ce sont des Ennearthron ayant un article antennaire de moins; une dizaine d'espèces, toutes américaines. —- Orormus, Redt., à mandibules saillantes, une seule espèce (Cis mandibularis, Gyll.; C. insequidens, Chevr., Guérin), qui, quoique assez rare, est répandue depuis le nord de l'Europe jusqu’en Italie. — Ocroremus, Mellié, à mandibules courtes; pas d'armature sur la tête et le corselet dans les mâles : deux espèces seulement, l'une d'Europe (glabriculus, Gy1l.), et l’autre de Madère (opacus, Mellié).

Un dernier genre, placé dans la même famille, et qui différe beaucoup de tous les autres, est celui des LYCTUS, Fabr., à menton en triangle fortement transversal, aigu; languette non distincte, palpes maxillaires à dernier article ovalaire : celui des labiaux presque conique : tous acuminés au bout; mandibules assez larges, arquées; labre transversal; tête découverte, courte, transversale; yeux assez gros, «rrondis, saillants; antennes médiocres, de one articles: corselet Curré; ÉCUSSON punctiforme, à peine distinct; élytres presque pas plus larges que le corselet, allongées, à peu près cylindriques, arrondies en arrière; pattes médiocres. C’est avec le genre Endecatomus que ce groupe a le plus de rapport, par la disposition de ses tarses et par le nombre des articles antennaires; mais il s'en sépare aisément, en ce que la massue des antennes, au lieu d’être triarticulée, est biarticulée. Du reste, comme nous l'avons déjà dit, les Lyctus ont, à leur état parfait, une certaine analogie avec les Cryptophagus et les Bostrichus, et, à leur état de larves, se rapprochent assez des Scolytus. Chez ces Insectes, le corps est allongé, assez grand, un peu cylindrique, et presque tous ont une fossette bien marquée sur le corselet, et c'estsur une espèce qui en est dépourvue (brunneus) que Stéphens a établi son genre XYLOTROGUS, qui n'a pas été adopté. Leur genre de vie n’est pas semblable à celui des Cis proprement dits, et autres genres voisins, car ils sont ligniperdes, et non bolétophages. On en décrit une dizaine d'espèces, propres tant à l'Amérique du Sud et du Nord qu'à l'Europe; parmi ces dernières, nous citerons seulement les Lyctus canaliculatus, Fabr., et pulwscens, Panzer.

Page 1