‹ Encyclopédie d'histoire naturelle; ou, traité complet de cette science d'après les travaux des naturalistes les plus éminents de tous les pays et de toutes les époques: Buffon, Daubenton, Lacépède, G. Cuvier, F. Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire, Latreille, De Jussieu, Brongniart, etcChapitre 27 sur 42 · TP PU SRE TP TT DIU PPES · texte numérisé non relu

TP PU SRE TP TT DIU PPES

g. 4. — Rhinosinus roboris.

& — Anthelytetla mutillariæ

Fig. 3 — Platypus oæyurus

Fig. 2

Opatrum sabulosum

se nourrissent de bois, et cela non-seulement parmi des Coléoptères des familles des Cureulioniens, Cérambyciens, ete., mais encore parmi un certain nombre d'Hyménoptères, de Lépidoptères et de Diptères. Recourant à une qualification qui n’exprime pas, comme cela devait être, un caractère exclusif, M. É. Blanchard a adopté le nom de Scolytiens, que nous conservons avec lui, et M. Redtenbacher, ceux de Bostrichi et de Hylesini (tirés des noms de Bostrichus, appliqué par Fabricius au genre Tomicus de la plupart des auteurs, et d'Hylesinus). Enfin, en dernier lieu, à l'exemple d'Erichson, dont on ne saurait contester ni l’étonnante sagacité ni l'esprit philosophique, on a tout réuni à la grande famille des Cureulioniens, ce que nous n’osons cependant pas faire.

En effet, les Scolytiens ressemblent, à beaucoup d’égards, aux Curculioniens : leur bouche a tout à fait la même structure, et ce sont encore les mêmes parties rudimentaires; mais, malgré ces ressemblances et quelques autres particularités sur lesquelles nous reviendrons, la forme des antennes et celle de la tête, qui n'est qu’à peine prolongée, doivent engager à séparer les Scolytiens des Cureulioniens, et cela d'autant plus qu'alors cette dernière famille perdrait ses limites si bien tranchées. Leurs mandibules sont fortes, courtes, dentelées; leur tête est solidement attachée au corselet; leurs antennes sont courtes, et peuvent se replier sous la tête; leur corselet est souvent pourvu d’aspérités qui en font une véritable ràpe; l'extrémité des élytres a le plus souvent des aspérités ou des dents, ou bien, comme chez certains Scolytes, le métasternum est armé d'une pointe; les pattes sont courtes, aplaties, souvent dentées ou faconnées en râteau; le corps est cylindrique ou à peu près. On voit, d'après cela, qu'il eût été difficile d'organiser d’une manière plus harmonique des Insectes destinés à perforer le bois et à creuser des galeries pour en rejeter au dehors les déblais. Ces Insectes sont des Coléoptères généralement de petite taille, et qui ne sont qu'exceptionnellement de grandeur moyenne. Leur système de coloration est loin d’être brillant; à peu près toutes les espèces présentent des teintes sombres, noiràtres ou brunâtres. Leur forme générale est un peu allongée, mais parfois aussi leur corps est légèrement renflé. Malgré la petite taille des Scolytiens, qui semblerait devoir faire mépriser ces Insectes, ce sont sans nul doute les plus redoutables de tous les Coléoptères pour les arbres de nos forêts et les bois qui servent aux travaux de l'Homme. En effet, ces Insectes sont essentiellement xylophages, et, par leur quantité innombrable, ils font autant de mal que s'ils étaient beaucoup plus gros, mais plus rares en individus. Les plus grands arbres sont détruits en peu d'années par ces Insectes, et l'on voit souvent dans nos forêts que les arbres en sont littéralement tatoués dans toute leur étendue. En France, Audouin, Feisthamel, MM. Guérin-Méneville, Édouard Perris, ete., ont longtemps discuté pour savoir si les Scolytiens n'attaquaient que les arbres malades, ou bien ceux d’abord pleins de vie, et qu'ils faisaient d'abord languir, puis périr. En Allemagne et dans le Nord de l'Europe, on s’est beaucoup plus occupé qu’en France de la question que nous venons d’énoncer : les principaux partisans de l'état de maladie préalable des arbres sont MM. Krutzseh, Bohutiosky, Liebich, Lincker, Thiersch et Wiegmann; à la tête des partisans de l’état de santé qui prétendent que les arbres ne périssent qu'à la suite de l'invasion des Insectes xylophages, se trouve surtout Ratzeburg, qui, à défaut de raisonnements, renvoie aux faits, déclare que des arbres sains sont attaqués par les Insectes, et dit même qu'on ne peut expliquer qu'ainsi la destruction, souvent très-prompte, de plusieurs milliers d'arbres; après Ratzeburg, on doit citer Gmelin, Illiger, antérieurs à lui, MM. Wilhem, Berg, Pfeil, Saxesen, ete., qui ont la même opinion. Les dégâts causés par les Scotyliens et autres xylophages sont parfois énormes; des faits surprenants ont été cités à ce sujet dans l'Europe moyenne et septentrionale : on a parlé de nuages d'Insectes qui envahissaient des forêts, et qui causaient la mort d'une quantité incommensurable d'arbres, et de quelques autres faits aussi étonnants. Sans en être venu à ce point en France, on a attribué au Pissodes notatus la perte d'une immense quantité de pins, qui couvraient, en 1855, cent quatre-vingt-dix hectares de la forêt de Rouvray; au Scolytus pygmæus, celle de cinquante mille pieds de chênes, qu'il a fallu abattre au bois de Vincennes; au Scolytus multistriatus, le dépérissement et la ruine des ormes des boulevards, des Champs-Élysées de Paris, ete. Il nous est impossible de nous étendre davantage sur ce sujet, car ce serait dépasser de beaucoup les limites qui nous sont tracées; nous renvoyons aux travaux spéciaux, et principalement au consciencieux résumé qu'en à publié M. Éd. Perris (Ann. Soc. ent. de France, 1852, page 5614, et 1856, page 232). Qu'il nous soit seulement permis de donner quelques passages des travaux du savant entomologiste de Mont-de-Marsan que nous venons de nommer. («Quant à moi, dit M. Éd. Perris, je ne puis ad-

mettre que les Insectes soient les premiers auteurs de la mort des arbres qu'ils attaquent, et, depuis quinze ans (nous pourrions dire aujourd’hui depuis plus de vingt) que j'étudie sans relâche leurs mœurs dans un des pays les plus boisés de France, j'ai observé assez de faits pour oser exprimer mon sentiment. Ce sentiment se formule ainsi : que les Insectes en général (je ne parle pas de ceux qui ne s’en prennent qu'au feuillage) n’attaquent pas les arbres en bonne santé, qu'ils ne s'adressent qu'à ceux dont le bien-être et les fonctions ont été altérés par une cause quelconque. Dans le département des Landes, où nous comptons les pins par millions, où les chênes, et surtout le chêne tauzin, couvrent de vastes étendues, où nous avons des ormeaux, des peupliers, des arbres fruitiers, en un mot les mêmes arbres que l’on voit ailleurs, je n'ai jamais été témoin, et la tradition n’a pas conservé le souvenir d’une de ces raxia forestières qui ont affligé d'autres contrées. Or le pin notamment a une foule d'ennemis, et le nombre d'individus des espèces les plus malfaisantes est incaleulable, et cependant il est assez rare qu’un de ces arbres périsse, et je suis encore à en trouver un seul qui ait été réellement tué par les Insectes. Cela vient, à mon avis, de ce que le pin maritime, étant ici dans sa véritable patrie, s'y développe avec vigueur, y vit en bonne santé, et brave ainsi les innombrables ennemis qui l'entourent. Mais, au milieu d'une jeune forêt de pins, se développe parfois une maladie particulière, dont la cause est inconnue, et qui attaque les racines. Elle se propage de proche en proche, et envahirait peut-être toute la forêt, si, par une tranchée circulaire, on n'arrétait la contagion. Ce que je viens de dire des pins, je pourrais le dire des autres arbres, et, si l'on apportait dans l'étude des faits une observation sérieuse et dégagée de toute idée préconcue, on verrait que cette mortalité qui, dans certaines forêts et à certaines époques, se manifeste sur des surfaces plus ou moins grandes, provient sans doute de ce que les arbres ne se trouvaient pas dans des conditions favorables, ou que quelque circonstance météorologique, ou autre, leur avait occasionné une maladie quelconque; que cet arbre fruitier, labouré par le Scolytus rugulosus, avait été frappé d’un coup de soleil, ou planté dans un terrain peu convenable, ou maltraité par la taille; que ces ormeaux de nos promenades et de nos routes, vivant sur un sol trop maigre ou trop compacte, habituellement couverts d’une poussière fine qui bouche leurs stomates ou orifices respiratoires, privés d’une partie de leurs racines par les travaux de pavage, par le récurage des fossés, et souvent entamés dans leur écorce par des malveillants ou des maladroits, avaient fini par se couronner de branches mortes, puis que le Cossus ligniperda était venu pondre ses œufs à la base, préparant ainsi les voies aux Xylophages; que ce chêne, perforé par les larves des Hammaticherus, avait débuté par quelque chancre, quelque ulcère, ou avait été frappé de la foudre; que cet olivier, envahi en totalité par le Phoiotribus oleæ, avait été ruiné par la taille, ou maltraité dans ses racines, où meurtri lors de la cueillette des olives. Je dis donc avec une entière conviction : les Insectes lignivores ne sont à craindre que pour les arbres malades; ils sont comme certaines mousses et certains lichens, qui ne s’attachent qu'aux arbres affaiblis, tandis que les arbres bien venants conservent une écorce lisse et repoussent ces végétaux parasites. Il y a d’ailleurs une raison pour que les Insectes respectent les arbres vigoureux; c'est que les blessures qu'ils leur feraienten y déposant leurs œufs, en y creusant leurs galeries, détermineraient presque instantanément des extravasations de séve qui emprisonneraient les œufs dans une couche gélatineuse ou résineuse, ou noieraient infailliblement leurs larves naissantes. C’est ce qui se voit, du reste, lorsque les Scolytiens se hâtent trop de pondre dans Ics arbres abattus au printemps et en pleine séve. Et, puisque cela est vrai pour des arbres à sues limpides, c'est vrai aussi, à fortiori, pour le pin, dont les sucs résineux opposent aux Insectes une barrière infranchissable, et menacent d’une destruction certaine les germes qu’ils auraient limprudence de lui confier. Or les Insectes, on le sait, ont assez de perspicacité et d’instinet pour ne pas s'opiniàtrer contre les mauvaises chances, pour ne pas exposer ainsi l'avenir de leur progéniture... Certes, il est bien heureux que les Insectes lignivores n’en veulent qu'aux arbres malades, car, s'ils attaquaient les arbres vigoureux avec toute la puissance que leur donne leur nombre inealculable et la rapidité de leur propagation, puisque certains ont deux générations par année, nul doute que toute culture forestière ne devint à peu près impossible. Nous n'en devons pas moins les considérer comme très-dangereux, puisque, par leur fait, beaucoup d'arbres malades, qui pourraient se remettre, sont frappés de mort. » Et nous pouvons ajouter que ces bois, qui, coupés sains, ont ane valeur considérable, en perdent une grande partie lorsqu'ils viennent à être attaqués par les Insectes.

On a cherché à concilier les opinions opposées de ceux qui veulent que les Xylophages attaquen les arbres vivants et de ceux qui assurent qu'ils ne s'en prennent qu'aux arbres déjà malades C’est ainsi que M. Émile Blanchard rapporte, dans l'ouvrage que nous avons cité, « qu'il paraît que les larves de Scolytiens ne sauraient vivre dans les arbres dont la séve a toute sa vigueur; mais qu'il paraît aussi certain, d’après les observations d’Audouin et de quelques autres naturalistes, que les arbres sont rendus malades, avant de recevoir les larves, par les Scolytiens euxmêmes, qui, pendant une année ou davantage, viennent y puiser leur nourriture. » Cette explication n’est pas admissible, et M. Éd. Perris le démontre d’une manière complète. «Je défie, ditl, que l’on cite un seul exemple d'un arbre bien portant dont les Scolytes et les Bostriches aient percé l’écorce et rongé le liber ou le bois pour se nourrir. Quel besoin ces Insectes auraient-ils d'attaquer, pour leur alimentation, des arbres sains, lorsqu'ils ont la faculté de s'adresser aux arbres morts où mourants qui peuvent suffire à eux et à leurs larves? Et puis, quel grand mal feraient-ils en perforant cà et là l'écorce, ce qui serait cependant pour ces Insectes le meilleur moven de rendre les arbres malades? Que signifie, au surplus, cette phrase : que les Scolytiens viennent, pendant une année ou davantage, y puiser leur nourriture? Est-ce que les Scolytiens sont là toute l’année à l'état d'Insecte parfait? »

Quoi qu'il en soit, il est certain qu'au moment de la ponte les femelles pénètrent entre l'écorce et l’aubier et forment une petite galerie tout le long de laquelle elles déposent leurs œufs. Les petites larves, venant à éclore, commencent à manger, et forment, de chaque côté, de nouvelles galeries partant à angle droit de celle qui a été creusée par la femelle. Ces sillons, produits par les larves, s’élargissent plus ils arrivent près de leur extrémité, ce qui s'explique par le développement que la larve acquiert successivement. Au bout de sa galerie, la larve creuse davantage et se construit une petite loge pour s’y métamorphoser. Lorsque l'nsecte parfait sort de ses enveloppes de nympbhe, il perce l'écorce d’un petit trou circulaire, et prend aussitôt son essor; dès lors, il n'a plus qu'un rôle à jouer : s'accoupler et placer ses œufs dans les conditions les meilleures à leur développement.

Fig. 254. — Tomicus stenographus. Fig. 255. — Tomicus stenog'aphus. Fig. 256. — Scolytus intricatus. {Larve.) (Nymphe.) (Larve.)

Quelle que soit l’action des Scolytiens sur les arbres, elle n’en est pas moins des plus désastreuses, soit que ces Insectes les tuent réellement, soit qu'ils tendent à les détruire lorsque déjà ils sont dans un état maladif plus ou moins grand. Aussi a-t-on dû chercher des moyens de les détruire; mais, encore ici, nous devons dire que l’on n'est arrivé à rien de bien satisfaisant, et que l'on est obligé de s'en rapporter à la nature, qui, sous certaines influences climatériques, par divers parasites qu’elle fait produire en grand nombre, ete. les détruit et ne leur permet parfois de se développer de nouveau que de temps en temps et en établissant une juste limite. (Malheureusement, dit M. Ed. Perris dans le travail que nous avons déjà cité, en ce qui concerne la destruction des Insectes, je suis obligé d’avouer que j'ai trouvé la science à peu près impuissante. Dans l'état actuel de nos connaissances, je ne vois pas le moyen de délivrer l’agriculture des ennemis nombreux qui se disputent ses produits, et je n'ose espérer pour l'avenir des chances plus heureuses, car lutter contre les Insectes, ce n'est pas seulement faire la guerre à ce qui est presque insaisissable, c’est aussi se mettre en état de révolte contre la nature, dont les efforts souverains tendent toujours à la conservation des espèces. » €

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Plusieurs moyens de destruction des Insectes ont été préconisés, puis rejetés, après une expérience de plusieurs années. C’est ainsi que, pour ne parler que de ce qui s'est passé à Paris il y a une vingtaine d'années, on a cherché, d’après les remarques de M. Eugène Robert, à empêcher les Scolytes de pénétrer dans les ormes de nos promenades, en enlevant à une certaine élévation, un large anneau d’écorce; et, malgré cela, la plupart des arbres séculaires des Champs-Élysées n’en ont pas moins péri. Ge moyen n’a done aucun avantage, et cependant on semble aujourd'hui l'avoir poussé à l'extrême, car l’on peut voir, à Paris au moins, que l'autorité fait enlever toute l'écorce de nos jeunes arbres. Cela est dans le but de les rendre plus sains et plus vigoureux, et dès lors moins accessibles à l’action des Insectes xylophages. Mais le remède n'est-il pas pire que le mal? surtout lorsque l'opération, comme nous l'avons plusieurs fois vu, est faite avec peu d'intelligence, et que les ouvriers employés à ce travail, probablement pour donner à l’arbre un plus bel aspect, enlèvent à la lois et l'écorce et une partie de l’aubier, et même du bois proprement dit? On a conseillé la destruction par le feu du bois mort, l'enlèvement des souches, la mise en œuvre, ou du moinsl'écorcage des arbres abattus, les arbres d’appât, dispersés dans la forêt pour recueillir les pontes des Insectes dont on peut détruire plustard les larves. Ces moyens peuvent être bons; mais quelle dépense n'occasionneraient-ils pas, el comment pourrait-on obtenir que, dans toute l'étendue d’un département, de plusieurs départements limitrophes, ces procédés fussent employés simultanément, c’est-à-dire par tout le monde et aux mêmes époques? Les résultats que l’on obtiendrait seraient-ils d’ailleurs bien appréciables, lorsqu'il y a, dans les parties supérieures et presque inaccessibles des arbres, tant de branches mortes ou malades? Au surplus, dans la pratique, il est complétement impossible de faire à ces Insectes une chasse réellement fructueuse, et cela est incontestable pour qui connaît l'aménagement et l'exploitation de nos forêts, l'insuffisance de la population agricole, l'indifférence qui naît de l'abondance et de la sécurité que donne l’ignorance de tout précédent fâcheux. « Ce qu'on à de mieux à faire, dit M. Éd. Perris, c’est d'effectuer les plantations et les semis dans de bonnes conditions et de bien soigner les arbres, car, ainsi que le prouve l'expérience, les arbres vigoureux bravent les Insectes. Il faut se souvenir aussi que des parasites nombreux et les phénomènes météorologiques maintiennent ou font bientôt rentrer dans de justes limites la multiplication des Insectes dévastateurs. » On a proposé aussi d’injecter dans les bois mis en œuvre par l’homme des matières chimiques, qui, tout en en prolongeant la durée, empoisonneraient les Insectes qui voudraient les détruire. Mais, encore ici, le remède, certes efficace, coûterait plus cher que le mal que l’on voudrait empêcher.

Les arbres détruits par les Scolytiens sont très-nombreux, et parfois le mal prend une extension énorme; aussi comprend-on qu'un tel fléau a dû attirer, depuis assez longtemps, l'attention de plusieurs observateurs. M. Ratzeburg (Die Forst Insecten, 1837), entre autres, s'en est occupé longuement, et a admirablement décrit les métamorphoses et les dégâts de ces Insectes, et, ce qui est très-remarquable, c’est de voir chaque espèce avoir son mode particulier de galeries si bien arrêté, qu'il est facile de reconnaître les espèces à la simple inspection des galeries. M. Éd. Perris (Ann. Soc. ent. de France, 1856) a savamment fait connaître les larves des Scolytiens, qui détruisent les arbres verts de nos landes, et nous aurons plusieurs fois l’occasion d'analyser ses travaux à ce su]et.

Ces Insectes se rencontrent dans toutes les parties du globe; mais c’est surtout en Europe eten Amérique qu’on en a signalé un plus grand nombre, ce qui n'est pas étonnant, quoiqu'il doive en exister aussi beaucoup en Afrique, en Asie et même en Australasie; mais, là, ils ont échappé à l'observation, car, peu remarquables par leurs couleurs, ils ne sont guère recherchés par la plupart des naturalistes voyageurs. Nous avons dit qu'ils étaient ordinairement assez petits; ce n'est qu'en Afrique et dans diverses parties de l’Amérique qu'on en rencontre d'assez grande taille. En parlant de l’étendue géographique de cette famille, Ratzeburg dit qu’elle est restreinte, par cette circonstance que ces Insectes ne se trouvent jamais sur les plantes herbacées. Cependant cela n’est pas aussi général que le disait le savant entomologiste et cisticulteur allemand; il est vrai que des doutes s'élèvent encore sur l'habitat de l'Hylesinus trifolit, qui, suivant Müller, et plus récemment M. Schmidt, vivrait dans les racines du trèfle, mais dont M. Ed. Perris n’a trouvé les pontes que sous l'écorce du genêt à balais; mais MM. Bach et Ed. Perris ont constaté d'une manière positive que les larves du Tomieus Kaltenbachii se développent dans les tiges du Teucrium scorodonia et de l'Origanum vul-

- COLEOPTÈRES. 267 gare, et, d'après le dernier auteur que nous avons nommé, les larves du 7. cuphorbiæ se trouvent dans les tiges de l'£uphorbia amygdaloides, dont elles se nourrissent. Il n'en est pas moins vrai que les végétaux ligneux ont, pour ainsi dire, le privilége presque exclusif de servir à la propagation des Scolytiens, et l'on sait combien ce privilége leur est fatal.

Nous devons revenir d’une manière générale sur les mœurs et l'histoire des métamorphoses des Scolytiens, car ce sujet est trop important pour que nous ne nous y étendions pas un peu plus que nous n'avons l'habitude de le faire. Les auteurs qui s’en sont le plus occupés, tant sous le point de vue entomologique que sous celui forestier, sont Rosier, Hass, Herbst, Latreille, Mac-Leay, Curtis, Kirby et Spence, MM. Bouché, de la Rue, Kollar, Westwood, Harris, Erichson, Guérin-Méneville, Noerdlinger, et surtout, dans ces derniers temps, MM. Ratzeburg, Éd. Perris et Candèze et Chapuis. Les larves sont formées sur le même type que celles des Curculioniens, et offrent entre elles peu de différences selon les genres; on peut leur assigner les caractères qui vont être indiqués. Tête arrondie, cornée, un peu rétrécie à sa partie antérieure, à front dirigé en avant, et à bouche légèrement en bas; pas d’ocelles; antennes représentées par un petittubereule caché dans un enfoncement, assez près de l'insertion des mandibules; plaque sus-céphalique présentant un chaperon bien distinct, assez allongé; lèvre supérieure arrondie, recouverte de poils et ciliée sur son bord antérieur; mandibules cornées, dentées, assez longues, un peu courbées; mächoires très-rapprochées de la lèvre inférieure, formées d'une pièce basilaire un peu allongée, prolongée en un lobe plus ou moins développé, cilié, et portant en dehors un palpe de deux ou trois articles; lèvre inférieure assez développée, occupant une grande partie de la plaque sous-céphalique : menton en losange, charnu : pièces palpigères soudées, non distinctes : palpes labiaux de un ou deux articles : languette représentée par un pelit tubercule charnu; segments thoraciques ordinairement un peu plus développés transversalement que les segments abdominaux, notamment le prothorax, dépourvus de pattes, qui sont remplacées par des bourrelets charnus constamment recouverts de quelques poils, mais non de soies; segments abdominaux au nombre de neuf, plus étroits que les segments thoraciques, recouverts, comme ceux-ci, de téguments mous, plissés transversalement : anus presque toujours en forme de X, et ne servant pas à la progression; stigmates au nombre de neuf paires : les thoraciques plus grands, situés à la partie externe du prothorax ou plutôt dans le pli qui le sépare du mésothorax : les autres sur les huit premiers segments abdominaux, sur un plan un peu supérieur aux extrémités latérales des bourrelets dorsaux. Ces larves sont de forme raccourcie, arquée, cylindrique, à téguments de consistance médiocre, d’un blane jaunâtre, sauf les organes ordinairement colorés, comme les parties de la bouche; les poils ne sont jamais aussi longs ni aussi nombreux que ceux des Cureulioniens. Ces larves, comme le fait remarquer M. Éd. Perris, dérivent toutes d'un type unique; à part les différences de taille, et sauf celle du Platypus, on les dirait faconnées sur le même patron, et c'est à peine si on peut les distinguer par la forme de leurs mandibules; elles sont, en résumé, courbées en are; leurs palpes maxillaires sont, comme les palpes labiaux, formés généralement de deux articles; elles n’ont pas d'yeux; et leurs antennes, que quelques auteurs ont cru manquer totalement, sont très-courtes, de deux articles au plus, et logées dans une cavité; les pattes manquent entièrement et sont remplacées par des mamelons sternaux et des bourrelets latéraux, et surtout par les très-petites aspérités dont tout le corps est couvert, et qui doivent favoriser considérablement les mouvements de progression dans l’intérieur des galeries.

D'après ce que nous venons de dire, on voit combien les Scolytiens se rapprochent, à l'état de larves, des Cureulioniens : aussi Erichson avait-il réuni sous un même titre les caractères des deux familles et de quelques autres groupes primaires que nous avons déjà fait connaitre ou dont nous nous occuperons bientôt. Pour nous, à l'exemple de MM. Ed. Perris, Chapuis et Candéze, ete., et, comme eux, pour nous conformer à l'usage généralement suivi, nous avons cru devoir en former des divisions particulières et d’égale valeur. Néanmoins les caractères qui différencient les larves des Scolytiens et des Cureulioniens sont peu nombreux et de valeur médiocre; ainsi la tête est en général plus allongée, plus forte que dans les Cureulioniens; les mandibules sont légèrement plus longues; les téguments plus fermés et toujours étiolés; le corps est cylindrique, et son extrémité postérieure est obtuse; les segments thoraciques sont plus grands; l’ouverture anale est en forme d'X, ete. Une autre différence, signalée par M. Ed. Perris, entre les larves des Scolytiens et celles des Cureulioniens, réside dans ce fait que les galeries creusées par les Scolytes et autres Insectes de

Ja même division sont régulières et tracées sur un plan déterminé, tandis que celles des Cureuliomens sont plus irrégulières et suivent indifféremment toutes les directions. A part ces légères différences, il y a presque identité entre les unes et les autres : les antennes, chez toutes deux, sont très-peu visibles; les palpes maxillaires et labiaux sont de deux articles; le menton est cordiforme; il n’y a pas de pattes; le corps est courbé en arc et presque toujours couvert d’aspérités dans les espèces qui creusent des galeries, ete. L'identité n’est sans doute pas aussi frappante pour toutes les espèces : l'on comprend que les diversités de mœurs doivent entrainer quelques variations dans les formes, et qu’une larve qui doit se mouvoir dans un cylindre vertical peut ne pas être moulée exactement sur celle qui vit dans l'épaisseur d’une feuille, ou à l'air libre, ou dans une graine; mais ces différences, qui n’affectent que le corps et non les caractères essentiels, sont beaucoup plus insignifiantes que celles que l’on observe entre les Insectes parfaits, et ne choquent pas plus que celles qui existent entre la larve du Platypus cylindrus et celle d'un Tomicus. Au point de vue de Ja structure des Insectes parfaits, il y a certainement plus de disparates entre beaucoup de genres de Gureulioniens qu'entre plusieurs genres de cette famille et les Scolytiens; l’Alticopus Galeaxzi et les Brachytarsus ressemblent plus à un Hylesinus qu'à un Rhynchites; les Rhynocyllus, les Mecinus, les Rhyncolus, les Phlæphagus et tant d’autres ressemblent plus à des Hylastes qu'à des Brenthus, des Balaninus, des Otiorhynchus, ete.

La rapidité du développement des larves de Scolytiens est bien digne de remarque, et il n'ya guère que des larves de Diptères et des chenilles qui puissent, comme elles, en accomplir toutes les phases en six semaines. Au surplus, cette particularité s'observe assez généralement dans les larves qui vivent du liber, de sorte qu’il est permis de penser que cette substance offre d’abondants matériaux d'assimilation, qui bâtent d'autant plus la croissance des larves que celles-ci, ne rencontrant aucun obstacle sérieux pour le creusement de leurs galeries, peuvent toujours manger à leur faim. - Cette hypothèse, à laquelle conduisent des faits nombreux, semble justifiée, en outre, par cette considération que les larves qui vivent dans l’intérieur du bois, c’est-à-dire dans une substance moins assimilable et dans un milieu plus résistant, ont une croissance plus lente. Les unes n’attaquent jamais que les arbres résineux, et c'est le plus grand nombre; les autres sont parasites d’autres familles naturelles. C'est ainsi que les Eccoptogaster, les Platypus, certains Hylesinus, recherchent surtout les Amentacées, les Cupulifères, les Amygdalées, ete., tandis que la masse des autres espèces se trouve presque exclusivement sur les arbres verts, tantôt sur les sapins, tantôt sur les pins. Mais, à une exception près, celle du Tomicus Saxesenii, qui, d'après Ratzeburg, se rencontrerait à la fois sur les Conifères et sur des Dycotylédons, comme l'aune et le chêne, aucune larve n'habiterait à la fois des arbres d’essences différentes, c’est-à-dire à la fois des vésétaux résineux et des végétaux d’autres familles. On ne connaît pas de Scolytiens qui attaquent indifféremment des plantes et des arbres; mais il en est qui se trouvent en même tem ps sur des arbrisseaux et des arbres : tels sont le Cryphalus Tiliæ, qui vit sur le tilleul et sur l'Hibiscus Syriacus, et l'Hylesinus oleiperda, que l’on prend sur le lilas, sur le frêne et sur l'olivier. Une seule espèce a été signalée jusqu'ici comme frugivore, c’est le Tomicus dactyliperda, dont la larve se nourrit des fruits du dattier et du palmier nain. Il existe d'autres nuances encore parmi ces Insectes, selon qu'ils recherchent les arbres jeunes, comme le Tomicus bidens, ou les arbres âgés, de même que le T. typographus, ou bien qu'ils attaquent indifféremment les uns ou les autres (T. laricis). D'après Ratzeburg, certaines espèces n'habitent pas indifféremment les arbres vigoureux ou languissants, les rameaux, les troncs ou les racines; quelques-unes vivent exclusivement sur une seule espèce d'arbres (T. typographus), d'autres se rencontrent dans plusieurs (T. lineatus). On observe même que certaines espèces voisines vivent dans des endroits spéciaux analogues, quoique sur des arbres d’espèces diverses, comme, par exemple, les nodules, l’aisselle des branches, des rameaux, ete. Enfin, si l’on étudie les parties constituantes des arbres en butte aux attaques de ces Insectes, on voit queles uns se tiennent dans les couches corticales, les autres dans les couches ligneuses : parmi les premières, certaines espèces habitent la couche corticale externe, d’autres, en beaucoup plus grand nombre, cette couche plus intérieure, située avant le bois proprement dit, et que l’on nomme le Liber. Il est à remarquer encore que ceux qui creusent leurs galeries sous les écorces d’une faible épaisseur n’entament généralement que l’aubier, et que leurs larves agissent de même, afin sans doute de ne pas compromettre le frêle abri que leur offre l'écorce.

On n’est pas parfaitement fixé sur le mode d'accouplement de ces Insectes; d’après Ratzeburg, l'Hylurgus piniperda et V Hylastes ater s’atcouplent sur le tronc des arbres, et le Tomicus typographus dans la chambre nuptiale, ditl. Selon d’autres auteurs, les Scolytes s’accouplent lorsque la femelle a déjà pénétré dans l'écorce; elle remonte à reculons, vient présenter à l’orifice du trou d'entrée la partie postérieure de son corps à l'organe du mâle, qui erre sur l’écorce, cherchant une occasion de remplir la mission pour laquelle il est né. Le seul fait positif dont M. Éd. Perris ait pu se prévaloir est celui de deux Hylurqus ligniperda qu'il a trouvés accouplés dans leur galerie, vers leur extrémité et à l'endroit où elles sont élargies, de manière à démontrer que le mâle et la femelle, pour s'unir, s'approchent l’un de l’autre à reculons; c’est probablement le mode le plus usité parmi les Coléoptères que nous étudions. L'accouplement a lieu à des époques diverses; le plus habituellement, il n'y a qu'une seule génération par an, mais diverses espèces en présentent deux.

On rencontre des Scolytus et des Hylesinus volant à toutes les heures du jour; mais les Tomicus, les Hylurgus et les Bostrichus, dont nous nous sommes occupé dans une famille précédente, ne se montrent guère qu'au déclin de la journée, et c’est principalement le soir, peut-être même la nuit, qu'ils se livrent à leurs ébats et qu’ils perforent les trous dans lesquels les femelles doivent déposer leurs œufs : ce qui doit le faire penser, c’est que l’on trouve souvent, le matin, criblés de trous d'entrée, des arbres qui, la veille au soir encore, n'offraient pas la moindre trace d'invasion.

Les galeries formées par les Scolytiens présentent des particularités des plus remarquables, aussi croyons-nous devoir donner quelques détails à ce sujet. L'extrémité des galeries présente, ainsi que nous l'avons dit, un élargissement assez considérable, une loge de forme et détendue variables, De ce point, comme centre, l’Insecte parfait creuse tantôt une seule galerie principale, tantôt plusieurs, qui sont ou de niveau (Hylesinus fraxini, minor) ou rayonnantes (Tomicus bidens, chalcographus). C'est dans ces galeries principales que la femelle dépose ses œufs, alternativement à droite et à gauche, dans de petits trous qu’elle a préalablement creusés. Les jeunes larves se forment des galeries disposées à angle droit ou aigu par rapport à la galerie principale. Chaque larve vit isolément dans la route qu'elle s’est tracée, respectant soigneusement la cloison qui la sépare de ses voisines. Les galeries restent ordinairement limitées à la couche où a été primitivement creusée la galerie principale (T°. villosus); d’autres fois, les jeunes larves pénètrent plus profondément (T. abietis). On observe habituellement la plus grande régularité dans les dessins tracés par ces larves dans les diverses couches de l'écorce, et l’on reconnaît au premier coup d'œil la loge centrale à sa forme et à sa position, les galeries principales à leur grandeur et à leur largeur uniformes, et les galeries accessoires à leur direction, ainsi qu’à leur développement successif en largeur. Mais 1l n’en est pas toujours ainsi, et il est quelquefois difficile de faire cette distinction : c’est ce qui a lieu notamment pour les espèces qui vivent dans la couche corticale externe, comme dans le Tomicus villosus. Presque tous vivent ainsi isolément; mais M. Saxesen a observé que chez plusieurs espèces (Hylesinus micans, cryptographus, ete.) les larves vivent en société, et creusent une seule galerie trèslarge; MM. Ratzeburg et Ed. Perris ont aussi trouvé des larves de Platypus, les unes à la suite des autres, et vivant dans de larges galeries à l’intérieur du bois. Tout ce que nous venons de dire s'applique spécialement aux espèces qui travaillent dans les écorces; les espèces qui creusent les parties ligneuses ont ordinairement des galeries très-courtes, dirigées en divers sens, et dans lesquelles les larves doivent plus tard subir leurs métamorphoses, tandis que les loges des espèces qui vivent dans les couches corticales sont, au contraire, placées dans l'écorce, dans le liber, ou tout à faitsuperficiellement dans l’aubier. Après la métamorphose en nymphe, qui ne présente rien de bien spécial, le nouvel Insecte sort en creusant une ouverture oblique ou droite par rapport à la direction de la sa lerie principale, tandis que ceux des parties ligneuses sortent en suivant les contours de cette dernière galerie. Ces perforations produisent souvent des dessins, des arborisations d'une grande élégance, et chaque espèce, nous le répétons, est tellement fidèle à son plan, qu'on peut presque toujours déterminer l'espèce par l'inspection seule des galeries, sauf à tenir compte des dimensions relatives pour celles d'espèces différentes qui ont la même direction. Par ce seul moyen, M. Éd. Perris est parvenu à distinguer, à priori, l'Hylesinus minor du piniperda, le Tomicus suturalis du laricis, ete., et il a donné un tableau assez complet des diverses sortes de galeries, avec la nomenclature des espèces correspondantes, tableau que nous lui empruntons, car il nous semble utile de le vulgariser, et, en même temps, il aura l'avantage de faire connaitre les diverses essences d'arbres

dont la plupart des larves de Scolytiens se nourrissent. — À. Galeries subcorticales : 4° Galeries de ponte longitudinales; galeries des larves transversales, mais pouvant devenir longitudinales, si le diamètre de l’arbre ne se prête pas à leur prolongement transversal; Tomicus typographus, dans le sapin; stenographus, laricis, acuminatus, cimbræ, rumulorum (pin); galeries de ponte souvent ramifiées à partir de la cellule nuptiale ou subétoilée; T. bispinus (clématite); galeries de ponte souvent en spirale; T. villosus (chêne); Crypturgus pusillus (pin); Scolytus destructor (bouleau); multistriatus, ulmi et pygmæus (orme); rugulosus (arbres fruitiers); pruni (pommier, prunier); Hylurgus ligniperda et piniperda (pin); Hylastes palliatus (pin); Hylesinus Thuyæ et Auber (Thuya); retamæ (Retama sphærocarpa). 2° Galeries de ponte transversales, ordinairement en accolade : galeries des larves longitudinales; Tomicus suturalis (pin, sapin); curvidens (sapin) : galeries obliques et non horizontales; bicolor (chêne); Cryphalus tiliæ (ülleul, hibisque de Syrie); Hypoborus ficus (figuief); Scolytus intricatus (chène); Polygraphus pubescens, Hylesinus oleiperda (olivier, frêne, lilas); crenatus et varius (frêne); spartit (genêt, ajonc); vüttatus (orme); Dendroctomus hederæ (lierre). 3° Galeries de ponte rayonnantes ou étoilées: galeries des larves perpendiculaires aux rayons; Tomicus bidens (pin); Saxesenii (aune, chêne, sapin); chalcographus (sapin). 4° Galeries de ponte irrégulières : galeries des larves enchevêtrées; Cryphalus pineæ et abietis (sapin); Dendroctonus micans (sapin). B. Galeries pénétrantes ou perpendiculaires à la base de l'arbre, ou formunt une circonférence comme la corde d’un arc de cercle : 1° Galeries des larves se détachant des deux côtés, et à angle droit, de la galerie de ponte : une galerie pour chaque larve; Xyloterus domesticus (sapin); lineatus (hêtre), Tomicus dispar (acacia, marronnier, ete.). 2° Galeries servant à plusieurs larves; Platypus cylindrus (chêne); Tomicus monographus (chêne, aune); dryographus (chêne); eurygraphus (pin).

On a décrit les métamorphoses d’un grand nombre d'espèces de Scolytiens se rapportant prineipalement aux genres : Platypus, Tomicus, Crypphalus, Crypturgus, Xyloteres, Scolytus, Polygraphus, Phlæotribus, Hylesinus, Dendroctonus, Hylurgus et Hylastes; nous présenterons quelques particularités à ce sujet en donnant l'histoire des espèces.

Après avoir indiqué d’une manière complète les généralités qui se rapportent à la famille des Scolytiens, nous devons actuellement faire connaitre les genres qui entrent dans cette division. D'après les travaux des entomologistes récents, et principalement d’après ceux d'Erichson, les genres qu'on y admet, et dont nous avons nommé les principaux en parlant des larves, sont au nombre d’une vingtaine.

On peut subdiviser les Scolytiens en deux tribus spéciales, représentées principalement par les anciens genres des Scolytus et des Platypus.

1" tribu, Scouvnnes, à tête arrondie, emboîlée dans le corselet, et à antennes plus ou moins longues, avec la massue articulée.

La grande majorité des espèces de la famille entrent dans cette tribu, qui peut, elle-même; être partagée en deux groupes : ce sont des Insectes d’une taille souvent très-petite, n'ayant que des couleurs sombres, brunes ou noirâtres.

A. Groupe des Scouvrires, à avant-dernier article des tarses bilobé. Ce sont les Scolytes proprement dits des auteurs modernes, ou les Hylesinus de Fabricius, Bostrichus de Paykull, Dermestes de Linné, et les groupes génériques qui en sont assez voisins.

Le genre principal est celui des SCOLYTES, Scolytus, Geoffroy (Eccoptogaster, Herbst, Erichson), à corps un peu aplati en dessus, petit; antennes à funicule de six articles; palpes : maæillaires petits, coniques, avec le premier article très-court, et le dernier en pointe obtuse : lubiaux ayant le premier article grand, épais, et le dernier petit, en pointe; jambes comprimées, munies d'un ongle à l'extrémité : tarses ayant les deux premiers articles longs, et le troisième court, bilobé; abdomen brusquement tronqué. Le genre Scolyte, qui jadis renfermait presque toutes les espèces de la famille que nous étudions, est encore spécifiquement nombreux et malheureusement répandu sur presque tout le globe, car toutes les espèces sont xylophages et nuisent beaucoup à une grande quantité d'arbres. C'est en Furope principalement qu’elles sont particulièrement abondantes, surtout en in-

Fig. 1 — Sylvanus elongalus {gross Fig, 2 — Ceuthorhynchus ovatus (gross

Fig. 5 et 4 — Malachius abbreviatus (grossis) (Mâle et femelle.

Fig, 5. — Galba marmorata Fig. 6 Tillus irculatus

OU CUT Vi1 TS N'ARON : : (LIN 17 AN Moines 5 | 12

dividus. Ce sont de petits Insectes à taille raccourcie, et de couleurs assez sombres, jamais brillantes. Les métamorphoses et les mœurs d’une douzaine d'espèces de Scolytus ont été plus où moins complétement étudiées par un grand nombre d'auteurs, sous les doubles points de vue entomologique et forestier; le S. intricatus, Koch, d'après Ratzeburg et M. Nœrdlinger, se trouve sous l'écorce des chênes, auxquels il nuit beaucoup; le S.multistriatus, Marsh., comme l'ont montré MM. Patzeburg, Letzner et Nœrdlinger, est parasite des ormes; le S. pygmæus, Fabr., dont ont parlé tous les auteurs qui se sont occupés des Insectes nuisibles aux forêts, principalement, dans ces dernierstemps, M. Letzner, et sur lequel ont longtemps discuté le baron Feisthamel, Audouin, ete, est l’un des Scolytiens les plus célèbres par la destruction qu’il cause parfois aux arbres et surtout aux chênes de nos bois; pour donner une idée du dégât qu'il peut causer, nous pouvons dire qu’en 1857 on se erut obligé d’abattre dans le bois de Vincennes vingt mille pieds de chênes, âgés de trente à quarante ans, entièrement perdus par cet Insecte; le S. destructor, Oliv., dont se sont occupés Kollar, Ratzeburg, Westwôod, MM. Guérin-Méneville, Nœrdlindger, ete, vit à l'état de larve dans les ormes, les pruniers, les poiriers et plusieurs autres arbres, surtout ceux de nos grandes routes et de nos jardins, aussi bien en France qu'en Allemagne et en Angleterre, et cause quelquefois des torts considérables; le S. pruni, Ratz., vu par Ratzeburg et M. Nœrdlinger dans les pruniers, les merisiers, les ormes, ete.; leS. hæmorrhous, Meg., parasite du prunier, d'aprés M. Kollar; les S. rugulosus, Koch, et earpini, Erichs., observés par M. Nœrdlinger, et dont le premier nuit aux merisiers; le S. amygdali, nouvelle espèce encore incomplétement connue, signalée par M. Guérin-Méneville, et dont la larve vit dans le tronc de l'amandier, les S. strobi et pyri, tous deux américains, tandis que les autres étaient propres à l’Europe, décrits par M. Peck, et dont les larves, signalées par le même entomologiste, et par M. Harris, au moins pour le dernier, sont nuisibles aux arbres à fruits, et surtout aux poiriers. — Parmi les espèces de Scolytes, nous nous bornerons à indiquer les deux suivantes, qui sont communes dans toute l'Europe, et surtout dans les environs de Paris : 1° Scolytus pygmæus (Hylesinus), Fabr. (Eccoptogaster pygmaæus, Merbst), long de 0,002 à 0,005, à corps d’un beau noir, brillant; élytres roussätres, très-finement striées; abdomen obtus; et 2 S. destructor, Oliv. (Hylesinus scolytus, Fabr.), du double plus grand que le précédent, à corps noir, brillant, ponctué; antennes, élytres et pattes d’un roux marron; tête revêtue en dessus d’un duvet jaunâtre, obseur; élvtres ayant chacune six ou sept stries distinctes, écartées, ponctuées.

Les autres genres sont les suivants :

Hycasres, Erichson, à corps allongé ou oblong; antennes de onxe articles, le huitième plus large que les précédents, et les trois derniers formant une grande massue ovale; tarses ayant le troisième article cordiforme ou dilaté, bilobé. Les Hylastes, dont on a signalé une dizaine d'espèces, presque toutes européennes, sont en général, sous leur état de larves, comme l'ont montré dans d'excellents travaux MM. Éd. Perris, Ratzeburg et Nœrdlinger, des parasites des pins, des sapins et des mélèzes, au moins en ce qui concerne les H. ater, Payk.; palliatus, Gyll.; cunicularius, Knoch; angustatus, Herbst; attenuatus, Erichs., et variolosus, Perris : tous semblent n'avoir qu'une seule génération annuelle, et se trouvent, dans la froide saison, hivernant sous les écorces, d’où ils sortent au printemps pour s’accoupler; d’après Ratzeburg, l'H. palliatus se rencontre dans la froide saison sous l'écorce des hêtres, préfère les sapins aux pins et aux mélèzes, et aime mieux les bois à l'ombre et les écorces humides. Une autre espèce, l'H. trifolii, Müller, comme cet auteur et dernièrement M. Schmidt l'ont vu, a un genre de vie tout différent de celui des autres, car ses larves se nourrissent des racines du trèfle commun (Trifolium pratense). — Le type est l'Hylastes ater (Bostrichus), Payk., long de 0",003, à corps allongé, noir; rostre caréné, imprimé à sa partie antérieure; corselet plus long que large, caréné; élytres cylindriques, striées ou peu pubescentes, commun dans toute l'Europe.

Hyzunçus, Latr., à corps linéaire, cylindrique; tête un peu avancée; antennes de onxe articles, le huitième, le plus grand de tous, formant avec les trois suivants une massue globuleuse; yeux longs, étroits; tarses courts, et à avant-dernier article cordiforme, bifide. Parmi les nombreuses espèces de ce groupe générique, les mœurs ainsi que les larves et nymphes de plusieurs espèces parasites de diverses espèces de pins ont été observées en Europe, principalement par MM. Éd. Perris, Ratzeburg, Nærdlinger, Kollar, Guérin-Méneville, Chevandier, Dagonnet, ete. : ce sont les Hylurgus ligniperda, Fabr.; piniperda, Linné; minor, Hartig : le premier parait de mars à mai, n’a qu'une seule

génération, et attaque uniquement les couches corticales; le second, qui, comme l'indique son nom, est véritablement, dans certaines circonstances, le fléau des pins, détruit l'arbre plus profondément que le ligniperda, n’a, quoi qu'on en ait dit, qu’une seule génération, se montre dans le midi de la France dès le mois de janvier, tandis que dans l'Europe moyenne, en Allemagne, il apparaît au mois de mai, hiverne dans le collet des racines des arbres résineux, et cause parfois la destruction de nombreux arbres verts, surtout dans le nord de l’Europe, et a donné lieu à beaucoup de remarques; le troisième est plus tardif que le précédent, et attaque plus volontiers les arbres debout, dédaignant les vieux, et ne s'adressant habituellement qu’à ceux de l’âge de quinze à vingt-cinq ou trente ans. En Amérique, M. Harris a signalé les larves de l'H. dentatus, Say, comme nuisibles à diverses espèces du genre Pinus. — Le type est l'Hylurgus piniperda, Fabr. (Hylesinus testaceus, Linné), long de 0,003 environ, à corps noir ou d'un brun marron, velu, ponctué; élytres au moins de la moitié plus longues que larges, très-finement rugueuses, striées et ponctuées, très velues : commun dans toute l’Europe, et peu rare auprès de Paris. — On y réunit parfois le genre Dexpnocronus, Erichs., à corps oblong, cylindrique; rostre très-court; antennes à funicule de cinq articles; tarses à troisième article dilaté, bilobé. Erichson y indiquait comme type le piniperda, que nous avons laissé avec les Hylurgus, er les auteurs modernes y laissent principalement les D. micans, Kugel, dont les larves, suivant MM. Ratzeburg et Nœrdlinger, vivent dans les pins; hederæ, nouvelle espèce signalée par M. Schmidt comme parasite des branches du licrre.

Deux genres, tous deux créés par Erichson, et moins connus que les précédents et les suivants, sont ceux des: 1° Pucæorrupes, à antennes de onze articles, ayant le huitième le plus grand de eous, formant avec les trois suivants une massue ovoide, et offrant des jambes aplaties, dentelées, dont les postérieures sont concaves en dedans : espèce unique, P. grandis, Erichs., espèce brésilienne, grande relativement, car elle peut attemdre à 0",04, robuste, noirâtre; 2° Pusæopocus, à antennes à funicule de six articles, et à jambes comprimées, denticulées antérieurement, légèrement ncadrées; également une assez grande espèce propre au Brésil (P. rudis, Erichs.).

Fig, 257, — Scolytus flavicornis. Fig. 258. — Phlæotribus oleæ Fig. 239. — Henar octonus (Hylargus) piniperda.

Hycesius, Fabr., à corps convexe; rostre très-court; antennes de onze articles distincts, à funicule de sept, et à massue ovoide, pointue, formée par les quatre derniers articles; élytres ayant leur bord antérieur relevé; jambes comprimées à leur partie antérieure, très-finement denticulées, tarses à troisième article dilaté, bilobé. Ce genre est nombreux en espèces, presque toutes de petite taille, et principalement particulières à l'Europe. Les mœurs, ainsi que les larves de plusieurs d'entre elles sont connues : l'Hylesinus oleiperda, Fabr., a été étudié sous le double point de vue que nous venons d'indiquer, par MM. Boyer de Fonscolombe et À. Costa, qui nous ont montré qu'il vit dans les branches de l'olivier, et que, certaines années, il fait beaucoup de mal à cet arbre utile; l'H. vittatus, Fabr., d'après M. Nœrdlinger, se nourrit aux dépens de l’orme; les Æ. crenatus, fraxint et varius, Fabr., sont, à leur état de larves, comme le rapportent MM. Ratzeburg, Nœrdlinger et Guérin-Méneville, parasites du frêne, et, comme le bois de cet arbre est très-dur, y taraudent des galeries qui ont beaucoup de netteté et de régularité; enfin l'H. spartü, décrit par M. Nœrdlinger, est, selon le même auteur, l'ennemi du genêt, car sa larve vit dans le tronc de cet arbrisseau entre le liber et l'aubier. — Les trois espèces principales sont les Hylesinus crenatus, Fabr., long de 0%,003 à 0%,00%, à corps glabre, d'un noir foncé; H. fraxiri, Fabr., petit, d’un gris cendré, varié de nuances plus foncées; et H. oleiperda, Fabr., qui atteint à peine 0%,001, et dont le corps est

brunâtre, couvert de duvet. — Parmi les genres formés à bon droit aux dépens des Hylésines, nous citerons les : PaLæorrimus, Latreille, à corps convexe, ovalaire; antennes ayant les trois derniers articles en lamelles allongées, plus longues que le reste de l'antenne et conniventes à leur extrémilé; tarses à troisième article échancré, non dilaté : type, P. oleæ, Fabr., long de 0,009, à corps noirâtre revêtu d'un duvet gristre, et à pattes brunes : habite le midi de l'Europe, et se trouve ?Z Provence; la larve de cette espèce, dont ont parlé MM. Boyer de Fonscolombe et Nœrdlinger, se trouve dans plusieurs végétaux; c'est principalement à l'angle des rameaux de l'olivier qu’elle se développe, mais on l’a aussi signalée sur l’orme.— Dramenus, Erichs., à corps court, convexe; antennes à massue longue, ovalaire, comprimée, à articulations peu distinctes; jambes crénelées : postérieures canaliculées : une petite espèce (Hylesinus hispida, Klug) de Madagascar. — Poryerapau, Erichs., à corps oblong, convexe; antennes à funicule de quatre articles; jambes comprimées, desticulées antérieurement; type, l'Hylesinus pubescens, Fabr., petit, à corps très-velu, noirûtre, dont la larve, d’après MM. Ratzeburg et Nœrdlinger, vivrait aux dépens des pins et des sapins, principalement en Allemagne. — Camprocerus, Latr., à corps ovalaire, très-convexe; antennes ciliées, avec le premier article long, aplati, les six suivants courts, globuleux : massue ovalaire, aplatie; jambes non crénelées, terminées en crochet : quelques espèèes de l'Amérique méridionale, dont le type est l’H. æneipennis, Fabr.

Des genres encore plus distincts de ceux des Hylesinus et des Scolytus sont les suivants : Xy1e- TERUS, Erichs., à corps oblong, convexe; antennes à funicule de quatre articles; palpes : maæillaires à premier article caché, le second et le troisième courts, et le dernier plus long, presque cylindrique : labiaux à deux premiers articles épais, à peu près égaux, troisième petit, en pointe obtuse; jambes aplaties à l'extrémité; ce groupe, exclusivement européen, renferme des espèces dont les larves, étudiées par MM. Ratzeburg et Nœrdlinger, sont très-nuisibles aux arbres de nos forêts : tels sont les : X. lineatus, GyIl., qui nuit à divers Conifères, comme les pins, sapins, mélèzes, ete., dans lesquels il se creuse des galeries plus ou moins profondes; domesticus, Linné, qui se trouve dans les hêtres, tilleuls, érables, etc., et Saxesenii, signalé dans les pins, les chênes, les tilleuls, les érables : ce qui, comme nous l'avons dit, fait une exception à cette règle générale, par suite de laquelle les Scolytiens n’attaquent habituellement pas des arbres d’essences très-différentes : le type est le Dermestes domesticus, Linné; Bostrichus domesticus, Gy1l., ou Apate Lambatris, Fabr., assez petit, à corps gibbeux, noir, et qui est commun en Aïlemagne. — Cnyrrureus, Erichs., à corps petit, cylindrique; antennes à funicule de deux articles; jambes aplaties, denticulées extérieure ment; MM. Ratzeburg et Nærdlinger ont signalé les larves de plusieurs espèces de ce genre; celles du C. fagi, Nærdl., dans les rameaux des hêtres; celles des pityographus, Ratz.; Lichtensteinii, Ratz., et cinereus, Hebst, dans plusieurs espèces de sapins, surtout en Allemagne, et celles du pusillus, Gyll., dans les pins, dans toute l'Europe; les larves de cette dernière espèce ont également donné lieu à l’intéressante observation de M. Éd. Perris, d'où il résulte qu'elles attaquent indistinetemént les pins et les sapins de moyenne grosseur, assez vieux, et pourvus d’écorce épaisse; elles travaillent souvent avec les Polygraphus pubescens et Hylastes palliatus, percent elles-mêmes leurs galeries, ce qu’elles font dans les couches corticales, et dans celles du liber, sans attaquer l'aubier : ces galeries sont très-embrouillées, et il est difficile d'en suivre l’inextricable réseau; il y a au moins deux générations par an, et les espèces de la seconde ou de la dernière génération passent l'hiver sous l'écorce, où on les rencontre souvent en nombre très-considérable. Le Crypturqus pusillus (Bostrichus), Gyll., est long d'à peu près 0,001, étroit, légèrement déprimé, noirâtre ou d’un brun ferrugmeux.— Cryruazus, Érichs., à corps petit, cylindrique; antennes à funicule de quatre articles; corselet très-relevé, rugueux à sa partie antérieure; tarses à trois premiers articles presque égaux; les auteurs que nous avons plusieurs fois nommés ont indiqué les larves des C. abietis, Ratz., dans les troncs des pins; piceæ, Ratz., dans les racines des mêmes Conifères, dans lesquelles elles se propagent parfois considérablement, et tilliæ, Fabr., qui vivent dans le liber du lilleul; ce dernier Insecte, que Fabricius rangeait dans le genre Apate, est très-petit, car il n'atteint pas 0,001; son corps est brun ou noirâtre, légèrement velu. — Hyrosonus, Erichs., à corps petit; antennes à funicule de cinq articles : le premier plus grand que les autres, en massue, te second conique, le troisième et le quatrième légèrement globuleux, et le cinquième avancé en dedans; jambes comprimées, ciliées, denticulées; tarses à troisième article plus long que les précédents;

type, HA. ficus, Erichs., petit, noir, dont les larves sont parasites du figuier, et qui se trouve dans diverses parties de l’Europe.

B. Groupe des Tomrcrres, à avant-dernier article des tarses entier. Division renfermant les genres européens des Tomicus et des Hypothenemus, et quelques groupes exotiques.

Genre principal, TOMIQUE, Tomicus, Latr., à corps cylindrique; antennes n'ayant que six articles bien distincts avant la massue : celle-ci tiarticulée, arrondie; palpes : maæillaires courts, coniques, ayant le premier article très-court, le quatrième en pointe obtuse : labiaux à deux premiers articles égaux, troisième petit, en pointe; labre petit, étroit, triangulaire; corselet élevé antérieurement; élytres souvent dentées à l'extrémité; jambes aplaties, denticulées; tarses à trois premiers articles égaux. Linné confondait les espèces de ce genre avec les Dermestes; c’est à Fabricius que l’on doit sa création, mais il eut le tort de lui appliquer la dénomination de Bostrichus, employée antérieurement par Geoffroy pour désigner un genre important que nous avons étudié dans une famille précédente, Latreille, à juste raison, remplaça le nom fabricien par une nouvelle dénomination, celle de Tomicus. Malgré cela, quoique le nom de Latreille doive être adopté en bonne zoologie, comme nous le faisons, ce groupe est encore assez souvent indiqué, en Allemagne surtout, et parfois même en France, sous la dénomination usurpée de Bostrichus. On comprend dans ce genre un assez grand nombre d'espèces de taille moyenne ou petite, à forme raccourcie et un peu élargie, brunâtres ou noiràtres, presque toutes européennes, et dont on connaît beaucoup de larves, vivant principalement aux dépens des arbres résineux, mais dont plusieurs se rencontrent dans d’autres arbres, et même dans une plante basse, et qui ont été étudiées par un grand nombre d'entomologistes, tant en Europe que dans les contrées étrangères. Ces Insectes font beaucoup de mal à la sylviculture, et l'on a cherché, nous l’avons dit, les moyens de les détruire; les prêtres ont même imploré dans les églises la clémence divine, pour mettre un terme à un si grand mal; c’est un véritable fléau pour les forêts du nord de l’Europe, et l’on rapporte qu’en 1783, dans la forêt de Hartz, on perdit un million et demi d'arbres. Les larves parasites des Conifères ont été observées par Gmelin, Herbst, MM. Éd. Perris, Ratzeburg, Nœrdlinger, Kollar, Heer, pour les espèces d'Europe, et par M. Harris pour deux espèces de l'Amérique septentrionale, et ont donné lieu à des remarques de la plus baute importance. L'espèce la plus répandue dans toute l’Europe méridionale, et surtout dans nos landes, ainsi que dans les Pyrénées, et que l'on trouve jusque dans nos environs, est le Tomicus stenographus, Duftsch ; à l'état parfait, l’Insecte a une longueur de 0,006 à 0,007, il est cylindrique, noirâtre, luisant, avec les élytres d’un brun ferrugineux; sa larve a la tête roussâtre, lisse, luisante, un peu cornée, parsemée de poils à peine roussâtres, très-fins, et le corps courbé en are, blanchâtre dans les adultes, et légèrement rosé dans les jeunes; sa nymphe n'offre rien de bien remarquable; le Tomique apparaît dès le mois de mars ou en avril et mai, suivant la rigueur de l'hiver; les larves croissent rapidement, et il y a positivement deux générations annuelles; c’est uniquement sur les pins qu'on les trouve, et ils attaquent de préférence les vieux arbres, dans lesquels ils font de larges galeries, et vivent exclusivement dans leurs écorces. Le T. typographus, Linné, moins grand que le précédent, à corps d’une couleur fauve testacée, poilu, à élytres striées, émoussées, dentées à l'extrémité, pattes jaunâtres, est plus particulier à l'Allemagne et au nord de l'Europe, et ses larves, qui semblent vivre de préférence dans les sapins, percent leurs galeries dans le liber et dans l’aubier. Le T. laricis, Fabr., plus petit que le stenographus, noirâtre, luisant, avec les élytres légèrement ferrugineuses, est excessivement commun dans le département des Landes, ainsi que dans une grande partie de l’Europe; il est funeste aux pins de toute espèce, et a été rencontré par M. Ed. Perris, non-seulement dans le pin maritime, qui lui offre une abondante pâture, mais, en outre, dans le pin de Riga, le pin laricio, le pin d’Alep, ete., et il semble, malgré son nom, qu'il ne s'en prend pas aux mélèzes; il attaque les arbres mourants ou récemment morts, de tous les âges, sans se laisser rebuter par les plus gros, et il reculerait plutôt devant les sujets trés-jeunes, qu'il abandonne au T. bidens; sa manière de vivre est analogue à celle du stenographus, et les galeries sont creusées dans le liber et l’aubier : une particularité remarquable est qu’il semble que ce soient les mâles seuls qui perforent les conduits destinés aux larves, et que les femelles se bornent à y déposer leurs œufs, quand elles sont formées. Le T, bidens, Fabr., qui se distingue surtout des précédents par sa coloration noirâtre, avec les élytres de la même teinte, à extrémité ferrugi-

neuse, parait rechercher exclusivement les pins : attaquant, dans le Nord, le Pinus sylvestris; dans les Pyrénées, le P. uncinata; dans le département des Landes, le P. maritima, ete.; il ne recherche que les jeunes arbres de cinq à dix ans, ou, s’il attaque des sujets plus âgés, c’est toujours dans les branches où parties supérieures, c’est-à-dire aux endroits où l'écorce est lisse ou à peine crevassée; il forme des galeries étoilées dans l'écorce et le liber; il a au moins deux générations annuelles et les larves se développent rapidement. Le T. ramulorum, nouvelle espèce décrite par M. Éd. Pérris, dévore, à l’état de larve, les brindilles terminales ou latérales et feuillues des rameaux morts des pins de tous les âges, depuis ceux de quatre ou cinq ans jusqu'aux plus vieux, et a été surtout trouvé dans les environs de Mont-de-Marsan. Le T. eurygraphus, Erichs., commun dans une grande partie de l’Europe, est au pin maritime ce que le T. monographus, le T. dryographus et le Platypus cylindrus sont au chêne, ce que les æylocerus sont au sapin, c’est-à-dire qu’au lieu de creuser ses galeries et de faire sa ponte sous l’écorce, comme toutes les espèces précédentes, il pénètre, comme une tarière, profondément dans le bois; il ne s'attaque guère qu'aux vieux pins, et il est toujours facile de deviner sa présence, car les petits tas de seiure qu'il rejette au dehors sont blancs ou de la eouleur de l’aubier, tandis que ceux que produisent les Tomiques exclusivement corticaux sont d’un brun ferrugineux, comme l'écorce elle-même; la galerie, assez petite, est parfaitement cylindrique, droite ou très-peu sinueuse, les larves sont lentes à se développer, aussi semble-t-il n’y avoir qu'une seule génération par an. D'autres Tomicus, également propres aux arbres verts, sont les : T. orthographus, Duft., qui habitent sous les écorces du sapin; cembræ, Heer; curvidens, Germ., qui vit entre le liber et l’aubier des pins et sapins; chalcographus, Linné, du liber du pin; autographus, Ullr., des pins, des sapins et du pin Weimouth; véllosus, Fabr., et acuminatus, Gyll., des sapins, ete., qui tous sont propres à l’Europe, tandis que les T. exesus, Harris; pini, Say; pinastri, Bechst., etc., attaquent également les pins et les sapins dans l'Amérique du Nord. — Quelques autres Tomicus, comme l'ont montré la plupart des auteurs que nous avons déjà cités, sont encore nuisibles pour l'Homme, par les dégâts qu'ils causent à divers arbres très-éloignés de ceux de la famille des Conifères. C’est ainsi que le T. bicolor, Herbst, a une larve qui vit dans l’écorce du hêtre, et, parfois, quoique plus rarement, dans celle du charme; que le B. monographus vit assez profondément dans le bois du chêne; que le T°. dispar, Helw., se trouve dans le hêtre, le charme, le chêne, l'érable, etc. Les larves du T. bispinus, Duft., perforent les tiges d’un arbrisseau souvent cultivé dans nos jardins, celles de la clématite. Celles du T. dactyliperda, Panz., espèce surtout propre au nord de l'Afrique, ont un habitat tout différent de celles précédemment indiquées, car, comme l'ont constaté MM. Letzner et H. Lucas, elles perforent les noyaux des dattiers et des fruits du Chamerops humilis, et causent parfois des pertes considérables en détruisant les dattes, si employées pour l'alimentation humaine dans certaines parties du globe. Enfin les larves du T. Kaltenbachii présentent, d'après M. Bach, cette particularité des plus curieuses, qu’elles sont les seules de toute la famille qui trouvent leur nourriture dans une plante basse; en effet, elles vivent dans les tiges du Teucrium scorodonia, et dans celles de l’Origanum vulgare.

Le genre Hyporaenemus, Westwood, se distingue surtout par son corps petit, oblong, presque cylindrique; par ses antennes n'ayant que quatre articles distincts à la massue; par ses tarses à trois premiers articles égaux, assez courts; et il ne renferme que le seul H. eruditus, Westw., à corps d’un brun noirätre, un peu soyeux, et propre à l’Angleterre.

Deux genres propres à l'Amérique méridionale, principalement au Brésil, et que nous ne placons qu'avec doute dans ce groupe, sont ceux des Aupuicranus, Erichs., à antennes dont le funicule est biarticulé, et à premier article épais, second petit : espèce, A. thoracinus. — Conruvzus, Erichs., à antennes à funicule d'un seul article; type unique, C. compressicornis.

2 tribu, PLarveines, à tête aussi large qae le corselet, coupée carrément; antennes très-courtes, à massue sans articulations.

Les Insectes de cette tribu sont peu nombreux, renfermés dans les deux genres Platypus et Tesserocerus, et, outre les caractères zoologiques importants qui les distinguent des Scolytides, offrent aussi dans leurs mœurs des particularités que l’on ne rencontre qu'excessivement rarement dans les autres Scolytiens : c’est que leurs larves vivent en société.

Le genre le plus connu est celui des PLATYPES, Platypus, Herbst., à corps cylindrique, «néaire; antennes plus courtes que la tête, insérées sur les côtés supérieurs de la tête, se replianr sous les yeux, à premier article très-gros, et les quatre suivants très-petits : massue sans articulations distinctes, très-grande, ovoide, comprimée; corselet long, linéaire, excavé de chaque côté pour recevoir les pattes antérieures; élytres un peu plus larges que le corselet, émoussées à extrémité; pattes comprimées : postérieures excessivement écartées des quatre premières; jambes antérieures divisées au bord postérieur par des arëtes transversales; tarses de quatre articles à toutes les pattes, longs, gréles, ayant le premier article très-long, le second et troisième courts, de la même largeur, ni dilatés ni bilobés.Ge genre, très-remarquable, parmi tous les Scolytiens, par la largeur de sa tête, par ses antennes courtes et la disposition de ses tarses, ainsi que nous l’avons dit dans notre caractéristique générique, ne renferme qu'un nombre assez peu considérable d'espèces, qui sont presque toutes propres à l’Europe. Le type est le Platypus cylindrus, Herbst, qui, pour Fabricius, était réuni à ses Bostrichus, et qu'Olivier désignait sous la dénomination de Scolytus cylindricus. Cet Insecte, long d’un peu moins de 0,02, a le corps d’un brun noirâtre, légèrement velu; les antennes et les pattes d’un brun roussâtre; la tête plane à sa partie antérieure, légèrement rugueuse; le corselet finement ponctué; les élytres ponctuées, profondément striées, avec les intervalles formant des côtes élevées, velues à la partie postérieure, et terminées, à la troisième série, par une dent aiguë, cuisses ayant inférieurement une dilatation dentiforme; jambes à peine dentelées, seulement terminées par une petite dent. Habite une grande partie de l’Europe, et se trouve, quoique rarement, auprès de Paris. Les métamorphoses de ce Platypus ont été étudiées avec soin par Ratzeburg (Die Forst. Insect., 1837), par M. Wesiwood (Introd. to the mod. class., 1839), nar M. Ed. Perris (Ann. des Sc. nal., 1840), et par M. Kollar (Sitzungsb. der kaiser. Akad. der Wissencn., 1849) : les larves présentent cette particularité curieuse, qu’elles vivent en société et qu'elles sont placées les unes à la suite des autres dans de larges galeries dans l’intérieur même du bois, où elles recherchent la partie ligneuse, dure et non encore décomposée du boïs : c'est dans les souches du chêne qu'elles vivent, et elles font parfois beaucoup de mal à cet arbre. Ce fait, très-rare dans les autres Scolytiens, qui ont presque constamment des galeries distinctes pour chaque larve, se retrouverait cependant, d'après M. Saxeven, dans le Dendroctonus micans et dans l'Hylesinus cryptographus, dont les larves vivraient aussi en société et se creuseraient une seule galerie trèslarge. Ces larves sont assez différentes organiquement de celles des Scolytides.

Un genre rapproché des Platypus, auquel il ressemble beaucoup par la forme de son corps, celle de ses palpes, de ses élytres, ete., mais dont il se distingue facilement par ses antennes de dix articles, le premier gros, coudé, formant vers le milieu un prolongement considérable, les quatre suivants pelits, et la massue grande, patelliforme, et surtout par ses tarses de cinq articles (ce qui vient de nouveau détruire la méthode artificielle de Latreille): Le premier aussi long que les quatre autres réunis, les trois suivants courts et allant en décroissant de longueur, et le cinquième beaucoup plus long que les trois précédents, un peu plus épais à l'extrémité, est le genre Tesserocerus, Saunders. La seule espèce connue est le T. insignis, joli petit Scolytien, découvert à Montévidéo ou Brésil.

240, — Platypus cylindrus. Fig. 241, — Tusserocerus insignis.

TRENTE-SIXIÈME FAMILLE PAUSSIENS. PAUSSII. Blanchard, 1845.

Corps déprimé, oblong, très-aplati antérieurement, petit; antennes tantôt, et dans le plus grand nombre des cas, de deux articles, dont le dernier très-grand, aplati, presque triangulaire ou ovoide, tantôt de six ou de dix articles, tous entièrement perfoliés; palpes grands, coniques; lèvre grande, cornée; élytres tronquées à l'extrémité, assez larges; tarses courts, avec leurs articles, au nombre de quatre à chaque patte, tous entiers; abdomen plus large que le corselet.

Cette famille singulière ne comprend qu’un nombre assez restreint d’Insectes exotiques, de trèsmédiocre dimension, à peu près complétement inconnus dans leurs métamorphoses et dans leurs habitudes, car tout ce que l’on en dit, c’est que ce sont des Coléoptères crépitants, nocturnes et ha bitant les nids de certaines Fourmis, et qui sont: surtout caractérisés par la difformité de leurs antennes. En effet, dans la plus grande majorité des cas, leurs antennes n’offrent que deux articles distinets, dont le dernier seul est très-développé, un peu aplati et de forme singulière.

Le genre typique de cette division, celui des Paussus de Linné, était placé par Fabricius auprès des Cantharis où Lytta et des Cerocoma; Latreille l’a fait entrer dans sa famille des Xylophages, et la plupart des entomologistes modernes, tout en en faisant un groupe primaire particulier, le laissent à peu près à la même place. Mais il n’en est pas ainsi pour tous les naturalistes : M. Burmeïster et quelques-uns de ses adeptes ont cherché à démontrer que, par quelques-uns de leurs caractères importants, les Paussiens sont de véritables Carnassiers. Le savant entomologiste allemand, dont nous croyons devoir exposer l’opinion avec quelques détails, établit qu'on ne peut classer les Coléoptères d’une manière naturelle en se servant exclusivement de la considération du nombre des articles des tarses : il cite beaucoup d’exceptions dans diverses familles des anciens Pentamères dans lesquelles on trouve des Insectes qui n’ont que trois ou quatre articles aux tarses antérieurs ou intermédiaires, et il conclut de ces faits, avec juste raison, que les caractères tirés du nombre des articles tarsiens ne sont pas propres aux familles, mais qu'ils doivent seulement être employés dans la distinction des genres ou des sections naturelles dans l’intérieur même des familles; il pense, et il est encore là dans de bons principes zoologiques, que plusieurs caractères doivent concourir à la formation des familles, et qu'on peut établir comme une loi générale qu'aucun de ces caractères n'est sans exception, et qu’il peut arriver qu'un Insecte appartienne certainement à telle ou telle famille, quoiqu'il soit privé d’un ou même de deux des caractères qui sont assignés à cette famille; ces principes posés, M. Burmeister dit que le meilleur caractère pour la formation des groupes primaires des Coléoptères, se trouve dans la composition de leurs ailes, composition qui, selon lui, offre les plus grandes ressemblances dans une même famille naturelle. Ces principes, appliqués par le naturaliste allemand à la famille des Paussiens, démontrent, selon lui, qu'ils ont un grand nombre d’affinités avec les Coléoptères carnassiers par la disposition de leurs organes masticateurs, par la forme de leurs pieds, par celle de leurs segments abdominaux, et, enfin, par la composition de leurs ‘iles, et il en conclut que ces Insectes sont aux Carabiques, après lesquels ils devraient être rangés, ce que les Gyriniens sont aux Dytisciens; car, ajoute-t-il, les Paussiens sont aux Carabiques ce que les Gyrinus sont aux Dytiscus, et, comme les Gyrius, ils offrent des antennes extraordinaires et présentent des différences avec les Carabiques d'une manière analogue aux différences qui existent antre les Dytiques et les Gyrius. Certes, les idées de M. Burmeister, qui ont été exposées avec soin 2t appuyées sur de nombreuses figures (Ann. Soc. ent., 1841, et Mag. de Zool.), ont quelque zhose de spécieux, et les différences qu'il y a entre les ailes des Paussiens et celles des Scolytus et des Cucujus sont beaucoup plus considérables que celles que l’on remarque entre ces premiers Insectes et les Carabiques; mais, selon nous, ce sont là des caractères secondaires, et les caractères

primaires rapprochent davantage les Coléoptères qui nous oceupent des Scolytiens et de la masse des anciens Xylophages. Cependant nous devons dire que l'aspect anomal des Paussiens et la forme insolite de leurs antennes les éloignent de tous les autres Coléoptères, quoique, néanmoins, la disposition antennaire des Platypus montre déjà une tendance vers la même forme; en outre, comme le fait remarquer M. Émile Blanchard, leurs mâchoires simples, à palpes courts et pointus, leur lèvre inférieure petite, conformée à peu près de la même manière que celle des Scolytus, montrent que les Paussiens doivent probablement être rapprochés des Scolytiens, et qu'ils s’éloignent beaucoup des Carabiques, dont les mâchoires et toutes les parties de la bouche sont si bien développées; nous ajouterons que leur habitat dans les nids de Fourmis ne prouverait pas qu'ils soient carnassiers; car l'on sait que plusieurs Coléoptères qui ont un genre de vie semblablen’'en sont pas moins xylophages, et, lors même qu'ils seraient carnassiers, cela ne serait pas une raison pour les rapprocher des Carabiques, puisque des Coléoptères bien réellement carnivores en sont naturellement éloignés. M. Léon Fairmaire pense que, par suite de plusieurs particularités importantes, tant organiques que de mœurs, les Paussiens doivent être rangés à la suite des Psélaphiens et après le genre Articerus : l'habitat de quelques-uns d’entre eux sous les pierres et en compagnie de petites Fourmis tend à faire adopter ce rapprochement.

Latreille indiquait les Insectes qui nous occupent sous le nom de Paussiles, comme tribu des Xylophages; mais e’est à M. Westwood que l’on doit la création de la famille qui nous occupe, à laquelle il donna le nom de Paussidæ, dénomination qui a été changée en celle de Paussiens par M. Émile Blanchard.

Erichson a décrit dans les Archives de Wiegmann (1847) une larve qu'il suppose appartenir à un Paussus, et qui a été recueillie à Mozambique par le docteur Peters; quoique la détermination de cette larve soit assez loin d’être démontrée, nous ne croyons pas moins devoir en reproduire la description, dans la pénurie où nous sommes sur les premiers états des Paussus. La tête est dirigée en avant, large et aplatie, presque carrée, à bouche paraissant formée comme chez les Carabiques, les Staphyliniens et les Histériens. La plaque sus-céphalique est déprimée, arrondie sur son bord antérieur entre les mandibules, sans chaperon ni lèvre inférieure. Il y a, de chaque côté, six ocelles arrondis, disposés en deux séries transversales, derrière l'insertion des antennes. Celles-ci ont quatre articles. Les mandibules sont fortes, filiformes, simples, acuminées, se recouvrant au repos. Les mâchoires présentent une pièce cardinale très-courte, annulaire : une pièce basilaire trèsépaisse, un peu amincie vers la base, coupée carrément à l'extrémité, portant un palpe et un lobe mobile, articulé. La lèvre inférieure est formée d’un petit menton charnu, tuberculiforme, de pièces palpigères développées, cornées. Les palpes labiaux ont deux artieles : premier assez court, épais : second plus long, plus grêle, styloïde. Il n’y a pas de languette. Les segments thoraciques sont assez semblables aux segments abdominaux. Les pattes sont assez courtes, coniques, formées d’une hanche dirigée en dedans, d’une cuisse plus longue que le trochanter, d’une jambe courte, et d’un tarse représenté par un ongle simple. Les segments abdominaux sont au nombre de neuf, très-courts, recouverts de téguments durs, coriacés, hérissés de poils : le segment terminal muni de deux appendices bien développés, coniques, recouverts de poils longs et portant à leur extrémité un petit ongle mobile. L’anus est petit, tubuleux, dirigé en arrière, ne servant probablement pas à la progression, à cause de la saillie des appendices dont la face inférieure de l’abdomen est munie. Cette larve, quoique desséchée et raccourcie, avait environ 0,012 de long sur 0,002 de largeur; son corps, court et ramassé, présentait la forme déprimée et cylindrique de la larve d’un Hister, la couleur était d’un noir brillant, avec le mésothorax et le métathorax d'un jaune orangé : la tête, Les deux derniers segments abdominaux, les appendices et les pattes, étaient d'un brun obscur et les poils noirs. Erichson fait suivre cette description des réflexions suivantes : « Si, dit], la détermination de cette larve était certaine, elle jetterait un grand jour sur les analogies des Paussiens, et il ne scrait plus douteux que l’on düt former une famille de ce groupe déjà assez riche en espèces. Elle “appelle beaucoup les larves de Carabiques par la conformation de la tête, et surtout des parties de la bouche et du nombre des ocelles; mais elle s'en éloigne d’abord par ses tarses munis d'ongles simples, ensuite par les appendices biarticulés du segment ierminal. Ces deux derniers caractères distinguent des Carabiques les larves des Staphyliniens, des Histériens, des Silphales, de sorte que nous ne pouvons mieux comparer la larve des Paussus qu’à ces groupes. Elle se rapproche des Silphales

par la dureté de ses téguments; mais la conformation de la bouche l'en sépare, puisque les Silpha.es ont une lèvre supérieure distincte et un lobe maxillaire soudé à la-pièce basilaire des mâchoires; le nombre des ocelles est le même dans les deux types que nous comparons, mais leur disposition est différente. La larve supposée des Paussus est plus voisine de celles des deux autres groupes, c'est-àdire des Staphyliniens et des Histériens, notamment par la composition de la bouche, quoique cheg elle le lobe maxillaire soit biarticulé, tandis qu'il est formé d’une seule pièce, mobile il est vrai, dans ces deux familles. Au reste, la larve du Paussus, aussi bien que l’Insecte parfait, se distingue par la grandeur remarquable du deuxième article des palpes maxillaires. » M. Westwood rapporte aussi que le capitaine Boys a décrit les métamorphoses du BAPE bifasciatus dans le Journal of the Asiatic Society of Bengal.

Nous avons pensé qu'il était utile d'entrer dans les détails qui précèdent sur la transformation des Paussiens, car cela nous a permis d'indiquer quelques remarques sur les affinités de cette famille, et appellera peut-être l'attention sur les premiers états de ces Coléoptères, principalement sur l’espêce que l’on trouve dans le nord de l’Afrique, et même dans le midi de l'Europe.

Au point de vue zoologique, ces Insectes sont assez bien connus, grâce aux savants travaux de M. Westwood (Trans. Linn. Soc., Lond., vol. XVI et XIX, et Trans. ent. Soc., Lond., vol. IT), qui les répartit en une dizaine de genres. On n’en connaît qu'un nombre assez restreint d'espèces, une soixantaine environ, propres pour la plupart aux régions les plus chaudes de l’ancien continent, tant en Afrique que dans les Indes, et aussi à la Nouvelle-Hollande; mais dont une espèce, Paussus Favieri, Fairmaire, serait propre à Tanger, à l'Algérie et même à l’Andalousie, et dont quelques autres proviennent de l'Amérique méridionale.

Malgré la petite quantité de genres et d'espèces qui entrent dans cette famille, on peut cependant, avec M. Émile Blanchard, la partager en deux tribus spéciales, d’après la conformation des pattes et le nombre des articles des antennes.

1 tribu, Paussrres, à pattes sans renflement; antennes n'ayant que deux ou six et peut-être sept articles.

La plupart des groupes génériques de la division entrent dans cette tribu.

Le genre principal est celui des PAUSSUS, Linné (Dissertatio Big. Ins., tome Le, fig. VI et X), genre adopté par Fabricius, Herbst, Latreille, Thunberg, ete., et restreint par M. Westwood aux espèces ayant jour caractères communs : Corps un peu déprimé; tête sans ocelles, plus étroite que le corselet, antennes grandes, de deux articles apparents : le premier petit, échancré, et le dernier grand, comprimé, avec l'angle interne quelquefois en dent; palpes :-maxillaires avancés jusqu'à la base des antennes, avec l'article basilaire petit, tuberculiforme, le second grand, comprimé, presque carré, le troisième beaucoup plis étroit, et le quatrième plus petit, conique : labiaux plus courts que les autres; corselet légèrement plus long que large, dilaté antérieurement; élytres tronquées à leur partie postérieure. Les Paussus sont de petits Coléoptères qui semblent vivre exclusivement sous les © pierres et en compagnie de petites espèces de Formica, au moins si l’on en juge d'après les habitudes du P. Favieri, et d'une autre espèce propre au Sénégal, les seuls dont on connaisse un peu les mœurs. Ils se trouvent habituellement dans le sud de l'Afrique, dans les Indes orientales, à l'île Maurice, à Madagascar, etc., mais un d’entre eux cependant, d'après MM. L. Fairmaire et Coquerel, le Paussus Favieri, que nous avons déjà nommé, se rencontrerait auprès de Tanger, à Mers-el-Kébir en Algérie, et en Andalousie, ainsi que dans diverses parties de l'Espagne. On en décrit au moins trente espèces, et le nombre en augmente chaque jour, en même temps qu’on recherche davantage à l'étranger les petits Coléoptères. L'espèce typique, ou plutôt la plus ancienne ment décrite, est le Paussus microcephalus, Linné, long de 0,002 environ, à corps d’un noir obseur ou d’un brun noirâtre, et à élytres plus claires ou d'un brun roussâtre : habite l'ile Bananas. Une autre espèce est le P. ruber, Thumb., un peu plus roussâtre que le précédent, plus petit que lui, et assez commun auprès du cap de Bonne-Espérance.

Parmi les autres genres démembrés des Paussus, nous citerons surtout les suivants : Hyroronts, Dalman, à corps assez déprimé, court, obtus; tête ayant deux ocelles; yeux yetits, oblongs; antennes de deux articles distincts : le premier large, échancré, et le dernier comprimé, lancéolé; corselet

très-élargi antérieurement; pattes courtes, robustes; ayant pour type le Paussus bucephalus, Gillenhal, découvert en Afrique, à Sierra-Leone. — Praryruorarus, Westw., à corps déprimé; tête presque carrée; yeux grands; antennes grandes, de deux articles : le premier comprimé, échancré obliquement à l'extrémité, et le dernier grand, plan, fortement déprimé, tronqué à la base; corselet court, et beaucoup moins large que les élytres; pattes assex courtes : une dizaine d'espèces, dont le type est le Paussus denticornis, Donovan, un peu plus grand que les précédents, d'un brun roussâtre, propre aux Indes orientales. — Penrabcatanrarus, Westw., à corps légèrement déprimé; tête petite, plus étroite que le corselet; antennes insérées vers le bord antérieur de la tête, entre la partie supérieure des yeux, un peu plus longues que la tête et le corselet, de six articles distincts, et allant en grossissant vers le haut; corselet presque carré; élytres en carré long, tronquées postérieurement; pattes courtes, très-comprimées; type, Pentaplatarthrus paussoides, Westw., assez grande espèce, provenant probablement de la partie méridionale de l'Afrique. — Ceraronerts, Westw., à corps oblong, déprimé; antennes de six articles : les quatre intermédiaires transverses, plans : le dernier semi-cireulaire; corselet à peine plus large que la tête, en cœur tronqué; élytres oblonques-ovalaires, déprimées; pattes très-courtes; une seule espèce, le Paussus bifasciatus, Kollar, des Indes orientales. — Lesionerus, Westw., à corps déprimé, très-large; tête plus large que le corselet; antennes semblant composées de sept articles; élytres larges, oblongues-carrées; pattes assez gréles, peu comprimées; ne renfermant que le Lebioderus Gory, à corps testacé, propre à l'ile de Java.

se.

Fig. 242, — Paussus cuvicorms. Fig. 245, — Plalyrhopalus Meller,

2e tribu, CÉRAPrÉRITES, à pattes très-renflées; antennes de dix articles.

Deux groupes seulement entrent dans cette subdivision, et le principal, le seul complétement connu, est le suivant :

Genre CERAPTERUS, Swed., à corps aplati; tête plus étroite que le corselet; antennes insérées sur le sommet de la tête, très-épaisses, pubescentes, de dix articles, un peu plus longues que la tète et le corselet réunis : premier article aplati, convexe à l'extrémité, petit, les suivants, de deux à

euf, égaux, aplatis, très-courts, très-larges : le dernier arrondi à l'extrémité et formant presque à lui seul le quart de l'antenne; labre, mandibules et müchoires très-petites; corselet plus dilaté sur les côtés, écusson triangulaire; élytres larges, tronquées postérieurement; pattes courtes, fortement aplaties, très-larges; tarses étroits, filiformes, courts, avec les trois premiers articles ciliés, et le dernier long, simple. Ce genre est particulier à la Nouvelle-Hollande, au Bengale, aux Indes orientales, à Java, et se trouve même au Brésil : il renferme une dizaine d'espèces assez grandes pour des Paussiens; le type est le Cerapterus latipes, Swederus, d’un noir ferrugineux, avec les antennes un peu plus brunâtres et velues; habite le Bengale. — Quoique peu nombreux en espèces, on à cru devoir former parmi les Cerapterus plusieurs sous-cenres particuliers; tels sont les Orthopterus et Arthrapterus, Mac-Leay, et les Phymatopterus, Homapterus et Pleurapterus, Westw.

On en a rapproché le genre Trocaoineus, Westwood, à corps convexe; tête à peu près triangulaire; antennes insérées sur le sommet de la tête, avec la massue, très-grande ; pas d’ocelles ; corselet plus large que long; élytres convexes; pattes courtes; mais ce genre semble plutôt devoir être rangé auprès des Endomychus. On en décrit cinq espèces de Madagascar, de l'ile Maurice, de la Colombie, etc.; le type est le Paussus cruciatus, Dalman, petite espèce découverte dans la gomme copale.

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Un dernier genre que l’on a egalement placé dans la famille des Paussiens, mais qui semble réellement ne pas y appartenir et devoir être rapproché des Malachius, est celui des Mecanenrerus, Westwood, à corps petit, villeux; antennes avec le premier article recourbé, allongé : deuxième plus grand, arrondi, comprimé : les autres articles courts, filiformes; élytres très-molles; tarses de cg articles à toutes les pattes. Deux espèces, le Paussus flavicornis, Fabr., de Java, etle Mega denterus Haworthii, Westwood, dont la patrie est inconnue.

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