VINGT ET UNIEME FAMILLE
ATOPIENS. ATOPII. Castelnau, 1840.
Corps assez allongé, un peu bombé; tête dégagée; menton corné; lanquette grande, membraneuse; mächotres inermes, bilobées; mandibules courtes; antennes insérées immédiatement au-devant des yeux, de onxe articles; hanches antérieures et intermédiaires variables : les cavités cotyloïdes des premières ouvertes en arrière : postérieures transversales, canaliculées au bord postérieur; des trochanters diversement situés, rarement nuls; tarses pentamères en général; mésosternum et prosternum variables ; abdomen de cinq segments ventraux, tous distincts.
La famille des Aroriexs de M. de Castelnau devrait prendre, comme le proposent MM. Guérin- Méneville et Lacordaire, le nom de Dascyzunes, car le genre Dascyllus, de Latreille, synonyme d'Atopa, Paykuhl, a sur lui l'antériorité de deux années; mais, pour nous conformer à l'usage spécialement adopté, nous n'avons pas cru devoir adopter ce changement. Cette famille est loin d'être naturelle, et déjà on a voulu la subdiviser en plusieurs groupes, tels que ceux des Atopides, Cyphonides et Colobodérides, auxquels il faudrait peut-être même ajouter d’autres groupes primaires.
D'une manière générale les Atopiens sont des Coléoptères de taille moyenne ou petite, peu remarquables par leur système de coloration, de forme un peu oblongue, ovalaire, elliptique ou naviculaire, et dont les téguments, de consistance normale, ne sont pas minces et membraneux comme ceux des Lampyriens. Leur tête est au plus médiocre, libre, penchée et rétrécie au-devant des yeux en un museau plus ou moins court; les antennes sont trés-longues, très-grêles, semblables à celles des Élatériens; les yeux sont habituellement médiocres, arrondis; il y a toujours un écusson; la structure des pattes présente des différences assez notables suivant les genres. Ces Insectes sont phytophages, et se trouvent sur les plantes pour le plus grand nombre : presque tous dans les bois et dans les plaines, et quelques-uns au bord des eaux. Ils semblent exclusivement propres à l'Europe, à l'Afrique et à l'Amérique : une seule espèce provient de l'ile de Java.
Les larves de trois espèces sont connues, mais l’histoire de leurs métamorphoses ne l’est pas complétement. Une de ces larves, décrite par Érichson, est celle de l’Atopa cervina, surtout remarquable par sa forme courte et déprimée, et par sa tête pareille à celle des larves de Lamellicornes, mais plus grosse relativement au corps, et dépourvue d’un épistome distinet; elle viten terre etse nourrit probablement des racines des plantes que ses organes buccaux la rendent très-apte à ronger. Une autre larve, celle du Cyphon ou Elodes pallidus, qu'Érichson a également fait connaitre, est ovale, graduellement atténuée en arrière, et ressemble beaucoup à celles des Silpha : elle est aquatique, rampe lentement sur les pierres et les plantes, et se nourrit de matière végétale. Enfin la dernière larve connue de cette famille, celle de l'Eucinetus meridionalis, comme l’a montré M. Ed. Perris, est allongée, atténuée à ses deux extrémités, surtout en arrière, et assez convexe en dessus; elle se rapproche un peu de celle de l'Atopa; elle vit sous les écorces, les souches ou les pièces de bois gisant sur le sol, partout où se développent des Byssus et des Cryptogames inférieurs dont elle fait sa nourriture, et dans lesquels elle ne s'enfonce pas, bien qu’elle craigne la lumière; c’est dans les mêmes lieux que l’Insecte parfait dépose à l'automne des œufs qui n’éclosent qu'au printemps suivant : la nymphe est hérissée, sur presque tout son corps, de longues soies épaisses et charnues.
M. Guérin-Méneville (Rev. 001., 1845, et Species et Icon. des Anim. articulés) est le seul auteur qui ait publié un travail à peu près complet sur l'ensemble de cette famille; M. Le Conte a donné un travail important sur les espèces de l'Amérique du Nord.
M. Th. Lacordaire admet cinq tribus dans cette famille :
A. AnrÉmaropipes, à mésosternum disposé comme celui des Buprestiens : c’est-à-dire plan, recevant à poste fixe le prosternum. Un seul genre, celui des ARTEMATOPUS, Perty, Del. anim. Art. Bras., 1830, ayant pour synonymes les groupes des Brachymorphus, Chevrolat; Epicyrtus, Dej.,
et Lairus, Cast., propre à l'Amérique (4. longicornis, Perty), et dont le corps et les élytres, d'un fauve testacé, sont revêtus d'une villosité redressée et entremêlée de poils plus longs.
B. Arorives (Dascyllides vrais, Lac.), à mésostermum incliné, souvent concave, ne recevant pas où que très-imparfaitement le prosternum, de même que dans les deux tribus suivantes, à hanches postérieures de grandeur normale, et à avant-dernier article des tarses très-distinct. Ces Insectes sont plus ou moins oblongs et de taille moyenne, ou bien assez courts, ovalaires et de très-petite taille; on y distingue une quinzaine de genres, dont les trois principaux sont les : 4° ATOPA, Paykuhl (Faunasuecica, 1198) (axoro:, insolite)ou DASCYLLUS, Latreille (Précis des caract.des Crust. et des Ins., 1796) (Azsoudos, nom mythologique), ayant pour caractères : corps oblong, parallèle, un peu conveve; tête penchée; menton allongé, rétréci et tronqué en avant; languette large, quadrilobée; mächoires bilobées; palpes : labiaux à dernier article un peu sécuriforme : maæillaires légèrement triangulaires; mandibules assex saillantes, arquées, simples à l'extrémité; labre arrondi en avant; antennes de la longueur du corps, filiformes, dont les articles troisième à onxième ou dernier, allongés, égaux; corselet transversal, un peu rétréci en avant; écusson triangulaire; élytres oblonques, parallèles, arrondies en arrière; pattes médiocres. Les Atopa ne renferment qu'un petit nombre d'espèces répandues dans les parties froides et tempérées de l’ancien et du nouveau continent, de taille moyenne, ferrugineuses ou brunâtres, à téguments cachés par une fine pubescence couchée, grise ou fauve : le type est l'A. cinerea, Fabr., qui se trouve au printemps sur les fleurs dans une grande partie de l’Europe, quoique assez rarement; la seule espèce provenant de Java (fulvulus, Wied.), est le type du genre Petalon, Schœnherr. 2° CYPHON, Paykuhl (Fauna suecica, 1798) (zvev, bossu), ou ELODES, Latreille (Précis des caract. des Crust. et des Ins., 1796) (097, de marais), à corps ovale ou elliptique; tête courte, penchée, rétrécie en avant; menton en carré long; languette étroite; palpes assez robustes; mandibules simples; labre grand; yeux médiocres; antennes qréles, avec les articles quatrième à onzième à peu près équuæ, obconiques ou légèrement en scie; élytres plus larges que le corselet; pattes au plus moyennes. Insectes petits, à téguments minces, avec des teintes variant du noir brunâtre au jaune testacé, se trouvant sur le plantes qui eroissent au bord des eaux ou dans les prairies humides : surtout observés en Europe (C. palustris, Fabr.), en Afrique et en Amérique : c'est parmi ces dernières que M: Le Conte a cru devoir distinguer son genre Sacodes. 3° SCIRTES, Iliger (Mag., 1807) (œzp7n<, sauteur), différant surtout des Cyphons par leurs pattes postérieures disposées comme celles des Altica, ce qui leur permet de sauter avec force sur les plantes et les arbrisseaux; des mêmes pays que les Cyphons. — Les autres genres de la même tribu sont ceux des : Licuas, Westw., groupe singulier ayant de l'analogie avec les Cébrioniens et les Élatériens, ayant pour espèce unique le L. funebris, pris à Hong- Kong, sur un camellia; Srexocorus, Le Conte, du Sacramento; Ancuyransus, Guérin, une espèce de l'Amérique du Nord; Onoxronyx, Guérin, de Pensylvanie; Cnrocrossa, Guérin, de Colombie; Ocro- 6Lossa, Guérin, de la Nouvelle-Grenade; Tuenrus, Guérin (Therobius, Guérin), de l'Afrique australe, et peut-être Arorina, White, de la Nouvelle-Zélande.
Fig. 17. — Pislodactyla eluterina. Fig. 18 — Zucinetus hæwmorrhoidalis. Fig. 19.— Cyphon (Élodes) livicus.
C. PriLobaGTYLIDES, qui se distinguent surtout des Atopides par l’avant-dernier article des tarses ruimentaires. Le genre principal est celui des PTILODACTYLA, Dej., Latr., qui renferme de nom-
breuses espèces américaines, de couleurs sombres, et vivant sur les feuilles, à la surface desquelles elles marchent lentement, et d'où elles se laissent tomber à la moindre apparence de danger, mais pouvant voler facilement (type, N. nitida, de Géer), de Cayenne. — Les autres genres sont ceux des : Dæwox, Cast. (Colobodera, Klug), de Madagascar; ArLocLossa, Guérin, probablement synonyme de Brithycera, Erichson, de Colombie et de Guatimala; Brapyroma, Guérin, fondé sur l'Atopa aurita, Dej., Insecte assez grand, qui est répandu depuis Rio-Janéiro jusqu'aux rives de la Plata; CLanorom4, Westw. (Cladon, Dej.), de l'Amérique du Sud.
D. Évcnérines, séparés des Atopides et des Ptilodactylides particulièrement par leurs hanches postérieures extrémement grandes, prolongées en lamelles. Le genre unique de cette division, celui des EUCINETUS, Schüppel Gem, 1818 (Nycteus, Latr., 1825; Hamoxybium, Dufts., 1895), comprenant de petites espèces pour la plupart européennes (E. meridionalis, Cast., et hæmorrhoidalis, Germ.), mais dont quelques-unes ont été trouvées à Madère et dans l'Amérique du Nord, habitant sous les écorces, sur les haies, ete.
E. Eusrianes, dans lesquels le mésosternum est carré, plan, rejoint par le prosternum. Un seul genre bien authentique, celui des EUBRIA, Dahl., Germar, remarquable par ses palpes labiaux à second article très-grand et à dernier plus petit, par ses cuisses postérieures simples, et ses antennes à articles a;latis, en dents de scie, et ne comprenant qu’une seule espèce (E. palustris), qui vit sur les plantes aquatiques dans la plus grande partie de l'Europe, semblant rare partout. — Ne doit-on pas placer ici, en vutre, les deux genres Ectopria et Eurea, Le Conte, de l'Amérique du Nerd?