VINGT-CINQUIÈME FAMILLE
EUCNÉMIENS. EUCNEMIL. Latreille.
Les genres Melasis et Eucnemis sont devenus les types de la famille des Eucnémides où Eucnémiens, qui tient à la fois des Buprestiens et des Élatériens, et à laquelle M. Th. Lacordaire, dans l'ouvrage le plus récent que nous ayons sur les Insectes de cette division, assigne les caractères suivants, qui sont à peu près semblables à ceux donnés précédemment par M. Guérin-Méneville : corps droit, assez allongé; tête verticale, comprimée, engagée dans le corselet jusqu'aux yeux; bouche inférieure; languette entière, sans paraglosses; mächoires bilobées; labre non distinct en général; antennes insérées sur le front, variables, de onxe articles; palpes épais à leur extrémité, terminés par un bouton ovoïde ou un article en hache; saillie prosternale plus ou moins recue dans la cavité mésosternale et pouvant y jouer librement, moins toutefois que dans les Élatériens; pattes non fouisseuses : à hanches des deux premières paires globuleuses et celles des postérieures lamelliformes, canaliculées, sans trochantins, à éperons des jambes très-petits ou nuls, à tarses de cinq articles avec ou sans lamelles; abdomen formé de cinq segments distincts.
D'après ce que nous venons de dire, on voit que si les Eucnémiens sont bien nettement séparés des Buprestiens, ils se rapprochent beaucoup des Élatériens dont ils ont le faciès, et dont ils ne se distinguent que par la position des antennes et par la forme de l’épistome, presque toujours trapézoïdale. Le corps est cylindrique et rarement conique. La tête est rarement cachée en partie dans le corselet. Les organes buccaux, dans beaucoup de cas, non visibles, sont constamment moins apparents que ceux des Élatériens. Les yeux sont peu développés. Les antennes ont des formes variées, et, dans le repos, peuvent souvent être placées dans des sillons du corselet. La pointe de celui-ci est un peu engagée dans la cavité du mésosternum, ce qui fait que, suivant M. Th. Lacordaire, ces Insectes ne sauteraient pas à la manière des Élaters, ou que, d'après d’autres entomologistes, si quelques espèces d’entre eux ont encore la faculté saltatoire, ils l’ont à un bien moindre degré. Les pattes, habituellement très-robustes et très-courtes, peuvent être parfois grêles. La livrée ne présente pas, excepté dans un genre, de teintes métalliques. La taille est moyenne. Toutes les parties du monde en renferment des espèces : la plupart des genres cependant sont américains, et un tiers seulement ont des représentants en Europe. C’est à l'entrée des galeries dans lesquelles ont vécu des larves ou dans le voisinage, qu'on rencontre habituellement les Eucnémiens, on ne les prend que très-rarement sur les feuilles et jamais sur les fleurs; il pourrait bien se faire, comme le re- “marque M. Th. Lacordaire, que ces Insectes fussent nocturnes, ce qui expliquerait leur rareté.
L'anatomie des Eucnémiens n’a pas encore été faite.
L'étude des métamorphoses d’une seule espèce de cette famille a été faite complétement; c’est celle de notre Melasis buprestoides, Linné (M. flabellicornis, Fabr.), qui a occupé successivement Erichson (Archives, 1841), et MM. Guérin-Méneville (Ann. Soc. ent. de Fr., 1844), Ed. Perris (même recueil, 4849), Noerdlinger (Zeit. entom. Stettin, 1848), et Candèze et Chapuis (Mém. de la Soc. des sc. de Liége, 1854). La larve, trés-différente de celles des Élatériens, est très-voisine de celles des Buprestiens, dont elle ne se distingue guère que par la structure des organes buccaux et par sa tête d'une seule pièce. Cette larve est allongée, linéaire, brusquement élargie antérieurement, avec la tête petite, à moitié cornée et cachée dans le premier segment du corselet. La bouche ne présente qu’un épistome, une paire de mandibules et une plaque cornée semblant représenter les mâchoires et le menton; les mandibules, profondément bidentées à l'extrémité, sont très-sensiblement arquées en dehors : le jeu de ces organes est horizontal comme dans les autres larves, mais c'est en s'écartant et non en serapprochant qu’elles rongent le bois. Le corselet est large, déprimé; les deux segments thoraciques suivants sont transversaux, et les segments abdominaux, au nombre de neuf, sont allongés, de même diamètre. Il y a neuf paires de stigmates. La larve du Melasis, qui est blanchâtre, creuse des galeries larges et irrégulières dans le bois récemment mort de divers arbres,
ct priueipalernent dans ceux du châtaignier, de l’aune et du bouleau; elle arrondit ensuite une partie de sa galerie dans le point où doit rester la nymphe, et une dizaine de jours semblent être suffisants à celle-ci pour la formation de l'Insecte à son état parfait; mais néanmoins celui-ci ne sort de sa prison que longtemps après. La nymphe est très-courte, épaisse, cylindroïde, à peine de la longueur du tiers de la larve, et déjà, chez elle, on peut facilement distinguer les antennes couchées le long du cerselet, les pattes, les élytres et les ailes.
Une autre larve, celle du Fornax Madagascariensis, a été décrite avec beaucoup de soin par M. le docteur Ch. Coquerel (Ann. Soc. ent. de Fr., 1856), et présente des particularités curieuses, très-dfférentes de celles qu'offre le Melasis. Cette larve est très-remarquable par sa forme comprimée et la configuration des parties de sa bouehe encore plus rudimentaire que dans la larve précédemment décrite: ele-se trouve assez communément dans le bois pourri à Sainte-Marie de Madagascar: sa rigidité ést extrême, rappelant sous ee rapport celle des Ténébrions, dont elle diffère organiquement beaucoup, et ses mouvements sont si lents qu'elle paraît privée de vie quand on ouvre les galeriès qu'elleereuse presqu'en ligne droite dans le bois. La longueur de la larve du Fornax est d'environ 0,020, tandis que celle de l'Insecte parfait n'excède pas 0®,014. L'ouverture buccale n'a pu être aperçue; les parties de Ja bouche sont immobiles et soudées ensemble : de chaque côté une pièee semble représenter les mandibules; il n°y a pas de traces ni d'yeux ni d'ocelles, et les antennes manquent tout à fait. On ne voit pas cet énorme segment céphalique signalé dans le Melasis, et qui rappelle celui des larves de Buprestiens. Le nombre des segments est detreize; leurs téguments sont solides et d'un jaune pâle, sauf le segment antérieur, qui est noir; le corselet porte en dessus deux taches triangulaires de même teinte. Les huit premiers segments abdominaux en ont deux de couleur grisâtre : la forme de ces divers segments est un peu différente suivant les régions du corps. La nymphe ne présente rien de remarquable; elle est d'un blanc jaunàtre, et offre déjà les formes principales de l'Insecte parfait. Celui-ci, qu'il est curieux de trouver seul, à Madagascar, au milieu d’un groupe exclusivement américain, est doué d'une grande rapidité : il court avec une extrême vitesse et cherche à se blottir dans quelques cavités où il demeure longtemps immobile en tenant ses antennes cachées dans les sillons du corselet; il ne saute pas à la manière des Élaters, ne vole pas, et c'est uniquement par la course qu'il cherche à échapper aux dangers qui le menacent.
Fig. 37. — Fornax madagascariensis. (Larve.)
Longtemps la famille des Eucnémiens n’a compris que les deux genres Melasis, Olivier, et Eucnemis, Ahrens, et Mannerheim, en 1825, a donné une monographie de ce dernier groupe. Puis ces Insectes, dont le nombre des genres et des espèces augmenta successivement, furent confondus avec les Cébrioniens, lés Buprestiens, et surtout avec les Élatériens, à tel point que quelques entomologistes modernes, comme Eschscholtz, et beaucoup plus récemment M. Redtenbacher, ne les séparent pas encore des derniers Coléoptères que nous venons de nommer. Toutefois Eschscholtz (Archiv. d'entom. de Thon, 1899, et Revue entom. de Silbermann, 1856), a créé plusieurs genres qui n'ont été malheureusement que très-succinctement caractérisés par lui, et dont il augmenta même le nombre d’après les types qu'il étudia dans la collection Dejean, mais ce qu'il fit dans un travail resté manuscrit. Latreille, dans ses divers ouvrages, tout en admettant successivement quelques groupes nouveaux formés aux dépens des Melasis et des Eucnemis, ou d'autres qui en sont voisins, n’en faisait pas une division spéciale, et les placait parmi les Sternoxes, tantôt intermédiairement entre les Buprestis et les Elaters, tantôt les uns avec les premiers et les autres avec les seconds, et ce n’est que dans un mémoire posthume, rédigé en 1859, et publié en 1854, dans les Annales de la Société entomologique de France, qu'il créa pour eux un groupe à part équivalent à ceux des Buprestiens et des Élatériens. M. le comte de Castelnau (Revue de Sülbermann, tome I, et Histoire naturelle des Insectes), adopta la famille spéciale des Eucnémiens, et crut devoir y former
un nombre assez considérable de genres fondés malheureusement pour la plupart sur des earactêres de peu.de valeur, et souvent mal vus. M. Guérin-Méneville (Ann. Soc. ent. de Fr., 1843), dans sa Revue critique de la tribu des Eucnémides, a revisé tout ce qu’avaient faitses prédécesseurs, eta posé les bases de la classification naturelle de ces Insectes : sans ce travail, élucidé encore par l'ouvrage de M. Th. Lacordaire, que nous citerons bientôt, la synonymie générique des Eucnémiens serait un véritable dédale. Depuis, quelques travaux que nous aurons occasion de citer ont été faits, plusieurs genres ont été formés; M. Le Conte (Trans. amer. Phil. soc. New-York, t. X) a donné la monographie des espèces des États-Unis, et M. Th. Lacordaire (Genera des Coléopt., t. IV, 1857) a fait connaître les trente et quelques genres admis dans cette famille, et, par suite de ne caractères importants, il les a partagés en trois tribus ou groupes que nous caractériserons, d’après lui, dans l'énumération des genres que nous allons donner.
4 tribu, Mérasires : tte verticale; épistome trapériforme, continué directement avec le front; carènes marginales du pronotum et sutures prosternales parallèles et largement séparées dans toute leur longueur. On ne connaît qu'un nombre très-restreint d'espèces de cette division, réparties en deux genres seulement, et particulières à l'hémisphère boréal dans les deux continents. Ces genres sont ceux des: Melusis, Olivier, dans lequel les jambes sont comprimées et larges, ayant pour type l'Elater buprestoides, Linné, plus connu sous le nom de Melasis flabellicornis, Fabr., et auquel on doit réunir, comme n’en étant qu'une simple variété, le M. elateroides, Gyllenhal : c’est un Insecte de taille moyenne, noir, avec les pattes pouvant passer au jaune ferrugineux, finement rugueux partout, et ayant les élytres régulièrement striées; les antennes sont fortement flabellées : ce Coléoptère se trouve dans le bois en décomposition et est répandu dans toute l'Europe, mais assez rare partout; deux autres espèces du même genre appartiennent au Mexique et à l'Amérique du Nord. — Tharops, Castelnau (Isorhipis, Lacord.), qui a les jambes gréles; espèce européenne unique, le T. melasoides, Cast. (1. Lepaigei, Lacord.), trouvé, mais très-rarement, en France et en Allemagne, variant du noir brunâtre au jaune ferrugineux : deux autres espèces appartiennent à l'Amérique septentrionale.
2 tribu, Evenémines: tête verticale; épistome trapéxiforme, continuant directement le front, carènes marginales du pronotum et sutures prosternales convergentes, réunies en avant. Cette tribu, qui renferme un assez grand nombre de genres et d'espèces propres à presque toutes les parties du monde, constitue presque à elle seule toute la famille que nous étudions. Ce sont des Insectes rares dans les collections, ayant souvent un faciès particulier, et qui peuvent être classés d’après la présence ou l'absence de sillons prothoraciques pour la réception des antennes pendant le repos, et par celle de lamelles sous les tarses. Les genres assez peu connus de cette division sont les suivants que nous nous bornerons à nommer pour la plupart: Pferotarsus, Eschs., groupe comprenant cinq à six espèces (type, P. histrio, Guérin, du Brésil), propres à l'Amérique du Sud, à livrée de couleurs vives, souvent variables. — Galbella, Westw., une espèce (violacea) propre aux Indes orientales, d’un beau violet brillant et couvert de points enfoncés. — Galba, Eschs., quelques espèces propres à l'Asie, dont les deux principales sont les G. marmorata, Guérin, des Indes orientales, et chrysocoma, Hope, de Chine. — Dendrocharis, Guérin, deux espèces semblant représenter en Amérique les Galba asiatiques. — Galbodema, Cast., une espèce d'Australie (Mannerheimi).— Gastraucalus, Guérin (Galba, Latr.), un petit nombre d'espèces américaines, toutes d’un noir profond peu brillant, à élytres striées et téguments rugueux. — Eucnemis, Ahrens, on connaît une quinzaine d'espèces de ce groupe répandues dans toutes les parties du monde, aussi bien dans les pays froids que dans les régions chaudes, de couleurs noires, brunes ou rougeûtres, et ayant une fine pubescence sur tout le corps : le type est l'E. capucinus, Ahrens, d'Europe. — Fornax, Cast. (Dirhagus, Eschs.), auquel on peut joindre les Onychodon, Newmann, et Isarthrus, Le Conte, une vingtaine d'espèces presque toutes propres à l'Amérique, mais dont une (Madagascariensis, Cast.), jaunâtre et assez grande, n’est pas rare à Madagascar, comme nous l'avons dit : il paraîtrait, d'après M. Th. Lacordaire, que plusieurs espèces inédites proviendraient de Java et du Sénégal. — Eucalosoma, Cast. (Rhygmaphorus, Dej.), une espèce brésilienne. — Microrhagus, Eschs., une dizaine d'espèces d'Europe et de l'Amérique du Nord; toutes petites, noires, variées de jaune ferrugineux.
— Hylochares, Latr. (Arhipis, Dej.), quelques espèces d'Europe, du Sénégal et des deux Amériques. — Calyptocerus, Guérin, une espèce (Leboucherü), de Cayenne. — Eudorus, Cast., une espèce, le Silenus javanicus, dont le nom indique la patrie. — Anelastes, Kirby (Silenus, Latr.) : genre placé parmi les Élatérides par la plupart des auteurs, et ne renfermant que quatre espèces : une inédite d'Espagne (Zanxti), une d'Algérie et deux de l'Amérique septentrionale. — Nematodes, Latr., une espèce (Elater filum, Fabr.), propre aux parties orientales de l’Europe, et à corps grêle. Hypocælus, Eschs., deux espèces assez rares, propres à la Finlande, et dont la plus connue, l'Eucmenis procerulus, Mann., se trouve également en Autriche. — Xylobius, Latr. (Xylophilus, Mann.; Xylæcus, Serv.): une seule espèce se trouvant, mais rarement, dans toute l’Europe froide et tempérée: c’est l’Elater alni, Fabr.— Harminius, L. Fairmaire, fondé sur une espèce (castaneus) découverte en Sicile. — Emathion, Cast. (Sphærocephalus, Eschs.), groupe comprenant une dizaine d'espèces américaines; on doit probablement y joindre les Piestocera, Perty. — Phlegon, Cast., auquel peut être réuni le groupe des Ewryptychus, Le Conte, deux espèces américaines. — Epiphanis, Eschs., une espèce (cornutus) de l’île de Sikha. — Phyllocerus, Dej., une espèce (flavivennis, Germ.), de l'Europe australe. — Cephalodendron, Latr., une espèce du cap de Bonne-Espérance. — Cryptostoma, Latr., ou Ceratogonys, Perty, auquel on doit probablement joindre les Basodonta, Westwood, renfermant trois espèces de l'Amérique du Sud, dont le type est l'Elater spinicornis, Fabr., qui a l'aspect d’une Chrysomèle, etque l’on range parfois avec les Cébrioniens. — Scython, Cast., groupe incomplétement connu, ne renfermant qu’une seule espèce : $. bicolor, de la Nouvelle-Grenade. .
Fig. 58.— l'ornax Madagascariensis. Fig, 59. — Pterotarsus tuberculatus. Fig. 40. — Galba chrysocoma.
5° tribu, Péroruorives : tête penchée; épistome inférieur au front; carènes marginales du pronotum et sulures postérieures convergentes, réunies antérieurement. Cette division ne renferme que le genre Perothops, Eschs:, dont la place dans la série naturelle n’est pas déterminée d’une manière positive, qui a pour type l'Elater mucidus, Gyllenhal, particulier aux États-Unis, et qui comprend, en outre, une espèce propre à la Californie.
Un genre que M. Le Conte fait rentrer dans la tribu des Eucnémiens, à côté même des Perothrops, mais que M. Th. Lacordaire, à l'exemple de plusieurs entomologistes, a considéré comme le type d'une famille spéciale, celle des Cénaropavrines, est celui des Ceratophytum, Latr. Ce genre, par ses caractères anormaux, est l'un des plus difficiles à classer; il se distingue principalement des Eucnémiens par sa léle petite, penchée, rétractile, et par ses antennes de onze articles, flabellées dans les mâles, dentées chez les femelles, et insérées sur une saillie du front entre les yeux. Ce sont des Insectes de taille assez petite, noirs, presque glabres, ponctués, avec les élytres rugueuses et strices régulièrement. Le type est le Ceratophytum elateroides, Latr., propre à l'Europe: il y entre également une autre espèce (pulsator), de l'Amérique septentrionale, dont M. Haldeman a fait son genre Chorea.
Intermédiairement entre les Buprestiens et les Euenémiens, qui, eux-mêmes, précèdent les Élatériens, M. Th. Lacordaire, dans son Genera des Coléoptères, place sa famille des Throscides. En effet, par les raisons assez plausibles que donne le savant zoologiste que nous venons de nommer, il semble que ces Insectes doivent être plutôt rapprochés des T'aupins et des Buprestes que des Byrrhes à côté desquels nous les avons mis (Voy tome Il, page 190 de l’Hästoire des Coléoptères de
Fig. 1. — Anthaxi gisas. Fig. 2. — Apatura auricollis.
Fig. 3. — Sternocera irregularis.
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Fig. 4. — Stigmodera coleoptera. Fig. 5. — Stiemodera amæna.
cette Encyclopédie), à l'exemple de la plupart des entomologistes. Les deux genres principaux do cette division sont ceux des Throscus et Lissomus.