‹ Encyclopédie d'histoire naturelle, ou, Traité complet de cette science (volume 2)Chapitre 29 sur 633 · BETULA. Tournefort. (Bouceat · texte numérisé non relu

BETULA. Tournefort. (Bouceat

Eleurs monoïques. Les mäles en chatons grêles, allongés, pendants. Six, huit ou douze étamincs. Chatons femelles oblongs, compactes. Nucule monosperme surmontée de deux styles persistants.

Les Bouleaux, dont on compte environ une quarantaine d'espèces, sont répandus en Europe, dans l'Asie boréale et centrale, et surtout dans l'Amérique du Nord, Parmi eux on distingue le Betula

alba, L. (Bouleau blanc ou Bouillard), arbre variant de hauteur suivant le terrain et le climat, et qui, en France, atteint communément cinquante à soixante pieds. Son tronc, marqué de gerçures à la base, est remarquable par le blanc de neige dont brille l’épiderme. Ses rameaux sont gréles, souples, effilés, pendants. Cette espèce a deux variétés d'ornement assez remarquables, le Betula pendula (Bouleau pleureur) et le B. variegata (Bouleau à feuilles panachées). Dans le Nord, où il s’avance jusqu’au soixante-dixième degré, et où il constitue seul les bois du Groënland, on ne l’observe plus que noueux, rabougri et présentant des proportions infimes. Il forme une partie des taillis de nos forêts. En Suède et dans la Laponie, on emploie l'écorce de cet arbre à couvrir les cabanes, à faire des corbeilles, des chaussures nattées, des cordes, des filets, des voiles, des bouteilles, des vases propres à contenir des liquides ou à faire cuire le poisson. Fraîchement enlevée de l'arbre, elle contient une certaine quantité de résine et on en fait des torches qui éclairent fort bien. Ses feuillets servent à fabriquer une espèce de papier assez estimé dans le Nord. Dans ces contrées où les arbres dont nous employons l’écorce pour le tannage ne croissent pas, celle du Bouleau la remplace et sert au même usage. On en retire aussi une huile ou goudron, avec laquelle on prépare les cuirs de Russie qui lui doivent, dit-on, leur bonne qualité et l'odeur qui les distingue. Au Kamtchatka, elle entre dans l'alimentation des naturels. Ces peuples trouvent dans la séve de cet arbre une boisson qu'ils trouvent délicieuse. Nos bergers s'en désaltèrent souvent, au printemps, époque où elle est si abondante, qu’une seule branche peut en distiller jusqu'à dix livres dans un jour. On dit que de toutes les substances végétales elle est la plus propre à imiter le vin de Champagne. Cette séve, qui est acide et n’est pas désagréable à boire, passe pour être vulnéraire, détersive, bonne contre la gale, le scorbut, la pierre, les graviers, les coliques néphrétiques, la jaunisse, et pour enlever les taches qui affectent le derme du visage. D’acide la séve du Bouleau devient vineuse et constitue alors une boisson susceptible de se garder près d’un an, et qui est en usage en Suède. En la concentrant, elle pourrait aussi donner du sucre, et, lorsqu'elle a fermenté, on en retire du vinaigre. Les feuilles ont aussi leur utilité. Dans les régions septentrionales, on en nourrit les troupeaux et la volaille. Elles renferment, comme celles du Bouleau noir, un principe colorant jaune propre à teindre les laines et qu'on pourraitemployer pour la peinture. Les Finlandais en font des infusions théiformes auxquelles ils attribuent une action sudorifique. Ses chatons transsudent une cire analogue à celle que donnent les baies du Myrica. Le bois de cette espèce, moins dur dans nos climats que dans les pays septentrionaux, peut servir à une foule d’usages. Il est d’un blanc rougeätre. On en fabrique des sabots et d’autres ustensiles. Le charronnage l’emploie à cause de sa flexibilité pour faire des jantes d’une seule pièce. [l'est aussi très-avantageux pour la petite charpente, la menuiserie et la tonnellerie. Dans le Nord, sa dureté et les nœuds rougeñtres marbrés qu'il présente le font rechercher des tourneurs, qui en façon-

nent de jolis meubles, des cuillers, des tasses et même des assiettes. Ses Jeunes tiges et ses rameaux, .

revêtus ou dépouillés de leur écorce, sont excellents pour faire des balais, des cercles de cuves et de futailles, et pour différents ouvrages de vannerie. Comme combustible, il donne assez de chaleur, mais il brûle rapidement, et, à cause de cette particularité, il convient surtout au chauffage des fours. Son charbon, qui est passable, sert à confectionner la poudre à canon et est susceptible d’être employé pour le dessin à défaut de fusain. s

Le Betula lenta (Bouleau merisier) est un bel arbre plus élevé que le B. alba, à rameaux liants, et dont les feuilles ont une certaine ressemblance avec celles du Cerisier sauvage. Son écorce et ses bourgeons ont le goût de l’amande. Son bois, assez dur et doué d'une odeur agréable, est employé en Amérique par l’ébénisterie. — Le Betula nigra, L. (Bouleau noir, Bouleau à canot), dépasse souvent quatre-vingt-dix pieds; il croit, comme le précédent, dans l'Amérique septentrionale. Son bois est dur et plus compacte que celui du Bouleau. Son écorce; remarquable par sa grande solidité, sert à construire des pirogues et des canots qui réunissent la légèreté et la durée, pèsent tout au plus soixante livres et peuvent contenir une demi-douzaine de personnes. Parmi les espèces américaines, on remarque encore le Betula populifolia, dont les feuilles, dentées, se terminent au sommet par de longues pointes; le Betula excelsa (Bouleau élevé); le Betula pumila (Bouleau à feuilles de Marceau), d’une taille de sept pieds environ; le Betula rubra (Bouleau rouge), qui aime le voisinage de l’eau, et le Betula lutea (Bouleau jaune), ressemblant au Bouleau merisier. Le Betula nana, L. (Bouleau nain), croît sur les montagnes, dans le nord de l'Europe, et se retrouve sur les sommités des Alpes. C’est un arbrisseau qui ne dépasse pas trois pieds.

Lt

+ "y avril

BOTANIQUE. 25 2. ALAUS. Tournefort. (Aune.)

Fleurs monoïques. Les mâles, en chatons grêles allongés. Quatre étamines, Chatons femelles ovoïdes, très-durs, lâches. Écaille cunéiforme évasée au sommet, contenant deux fleurs. Nucules comprimées, non membraneuses, à deux loges monospermes, surmontées de deux styles longs.

L’Alnus glutinosa, Gaert., Betula alnus, L. (Aune visqueux, vergne), est un arbre dont la hauteur varie, suivant les terrains, de cinquante-cinq à quatre-vingt-dix pieds. Son port élégant et agréable à l'œil lui assigne une place dans le jardin pittoresque. L’Aune, qui peut vivre quatre-vingts à cent ans, croit dans presque toute l'Europe, le nord de l'Afrique, et aime surtout Le bord des eaux, les terrains marécageux et les bois humides. Cet arbre s’exploite en taillis; on s’en sert pour consolider les berges des rivières, des étangs et des pièces d’eau, à l'aide de ses longues racines entrelacées. On l'emploie aussi pour faire des clôtures, parce que le bétail touche rarement à ses feuilles. Le bois de l'Aune est assez dur, pesant, élastique, d'un grain fin, blanc lorsqu'il est frais, et prenant par la dessiccation une teinte rougeàtre ou rose pâle. On peut lui donner un poli assez beau, mais sans éclat. 1l prend facilement le noir ou la couleur de lAcajou, et est recherché eu cet état des tourneurs et des ébénistes. Sa légèreté le rend propre à d’autres usages; on en fait des échelles, des sabots, des perches; on s'en sert pour échalasser les vignes. En Écosse, on emploie les racines, qui sont agréablement veinées, pour fabriquer des chaises. Ce bois, exposé aux vicissitudes atmosphériques, se décompose promptement et dure peu; mais, dans l'eau, il acquiert une consistance remarquable et peut rendre les plus grands services pour les constructions hydrauliques. Cette propriété de l’Aune n’était pas inconnue des anciens, car Pline et Vitruve rapportent que les pilotis qu’on en construit sont d'une éternelle durée et peuvent supporter des poids énormes. Elle a été également appliquée chez les modernes, et les édifices de la ville de Venise reposent, dit-on, sur le même bois. L’écorce de l'Aune est très-astringente; elle est propre au tannage, à la teinture des cuirs, et, pour la chapellerie, peut remplacer la noix de galle. Elle donne aussi une couleur jaune et a été renommée pour ses propriétés fébrifuges. On assure même qu'elle est un des meilleurs succédanés du quinquina, et sa décoction était autrefois réputée détersive. Au dire de Linné, les Lapons tirent du liber une teinture rouge pour leurs vêtements. L’Aune est un bon combustible qui brûle vite et presque sans fumée ; aussi, les boulangers, les pâtissiers et les verriers s'en servent pour leur industrie. Son charbon est très-estimé pour la fabrication de la poudre. Les cendres contiennent une grande quantité de potasse. Les fruits passent pour être rafraichissants, et les feuilles, appliquées fraîches sur les tumeurs et les parties enflammées, sont un excellent topique. On prétend que, bouillies dans l’eau, elles délassent les pieds fatigués par une longue marche.

L'Alnus incana, Willd., Betula incana, L. (Aune blanc), diffère du précédent par son écorce cendrée et par ses feuilles ovales, acuminées, glauques et un peu cotonneuses en dessous. Son bois, plus dur, plus blanc et d’un grain plus fin, est plus estimé. Il se rencontre dans le nord de l'Asie et de l'Europe. — L’Alnus serrulata, Willd. (Aune à feuilles dentelées), croit en buisson et ne dépasse pas douze pieds. Ses feuilles sont obtuses, pointues, denticulées. Il est originaire de la Pensylvanie. — L'Alnus cordifolia, Tenor (Aune à feuilles cordiformes), distingué pour son feuillage élégant, réussit et prospère dans les terrains arides. Get arbre, qui résiste aux hivers les plus rigoureux, habite les montagnes de l'Europe méridionale. — L’Alnus crispa (Aune frisé), remarquable par ses feuilles crépues, croît sur les bords de la baie d'Hudson. Nous mentionnerons encore les A. elongala, et maxime. Tous sont cultivés dans les pares et les jardins paysagers; on en forme des bosquets, des palissades élevées ou de belles allées.

51" FAMILLE. — SALICINÉES.

Arbres élevés ou arbrisseaux à rameaux alternes portant des feuilles simples, caduques et munies de stipules écailleuses ou foliacées. Fleurs unisexuées, réunies en chatons cylindriques ou ovoiïdes. Les 5° 4

mäles consistant chacune en une écaille simple portant à son aisselle ou sur sa face supérieure une à trente étamines. Fleurs femelles composées d’une écaille non dentée et parfois accompagnées à la base

ï o) d ‘ ji) 1 AT 1

KART ke Ÿ

US ÿ

À —————— SAPS AS - #.

Fig. 13, — Saule pleureur. n

d'un calice cupuliforme. Ovaire simple, sessile, à une ou deux loges multiovulées. Un ou deux styles $ courts, plus où moins soudés, terminés chacun par un ou deux stigmates. Ovules dressés et fixés au À

Pyrole à feuilles rondes

fond de la loge à la base de deux placentaires pariétaux. Le fruit est une capsule allongée, bivalve, unie ou biloculaire, polysperme. Les graines, dressées, petites et laineuses, sont dépourvues de périsperme et contiennent un embryon dressé.

Les Salicinées, qui forment aujourd’hui un groupe séparé des Amentacées, renferment un grand nombre d'espèces réparties en déux genres. Elles abondent surtout dans les régions tempérées et froides de l'hémisphère du nord, où elles stationnent de préférence au bord des eaux et dans les lieux humides. Plusieurs sont d’une très-grande utilité pour l'industrie en général et celle du vannier en particulier; d’autres se recommandent comme espèces forestières et par les produits qu’elles fournissent à la médecine; quelques-unes enfin sont recherchées pour la décoration des parcs.

Page 1