‹ Encyclopédie d'histoire naturelle, ou, Traité complet de cette science (volume 2)Chapitre 36 sur 633 · RING · texte numérisé non relu

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nement et jouit, en outre, de la plupart des qualités que nous avons signalées dans les espèces précédentes. — Q. pubescens, Willd. (Chêne angoumois, tauzin.) Arbre de soixante à soixante-quinze pieds. Cette espèce, voisine du Chêne cerris et qui s’en distingue par ses cupules non hérissées, donne un bois dur, flexible, noueux, et très-estimé pour les constructions et le chauffage. Il vient très-bien dans les lieux arides. — Q. ileæ, L. (Chêne yeuse, Chêne vert.) Arbre atteignant environ quarante pieds, à feuilles coriaces, persistantes, pétiolées, ovales-lancéolées ou ovales arrondies, entières ou bordées de dents plus ou moins nombreuses, cotonneuses et blanchätres en dessous, et presque toujours lisses et luisantes en dessus. Le Chêne yeuse croît dans l'Europe méridionale et le nord de l'Afrique. En France, il s’avance jusqu'aux environs de Tours et d'Angers. C’est un arbre tortueux, très-rameux, et qui ne prend un notable accroissement qu'après un certain nombre d'années. Il aime les terrains sablonneux, aérés, et l’exposition du nord. Son bois est dur, pesant, compacte et d'une longue durée. On l'emploie pour fabriquer des.essieux, des poulies, ete. Son écorce est utilisée pour le tannage des cuirs. — Q. suber, L. (Chêne liége.) Cette espèce, haute de vingtcinq à trente pieds, est surtout caractérisée par son écorce crevassée, épaisse et spongieuse, connue vulgairement sous le nom de liége. Cette écorce, qui doit son épaisseur au développement considérable que prend le tissu cellulaire, se fend et se détache d'elle-même au bout d’un certain temps, lorsqu'on n’a pas soin de l’enlever, et est remplacée par une autre qui, plus tard, tombera à son tour. Il croit dans le sud de l'Europe et dans l'Afrique septentrionale. En France, il habite plus particulièrement la Provence, le Languedoc, le Gers, ete. Son bois, qui est surtout employé pour le chauffage dans le Midi, a l'inconvénient de pourrir promptement lorsqu'il subit des alternatives de sécheresse et d'humidité. Aussi doit-on s’en servir de suite après qu'il a été coupé, lorsqu'on veut le travailler ou s’en servir comme élément de construction. Le Liége a des usages nombreux. On en fait des bouchons, des semelles, des bouées, des chapelets pour les filets des pêcheurs, des malles, des caisses, des ruches pour les abeïlles, des espèces de ceintures pour la natation. Les gens de la campagne en façonnent des baquets, des cuillers, des assiettes, des gobelets, etc. En Espagne, on s’en sert même dans quelques provinces pour couvrir les chaumières. Brülé dans des vaisseaux fermés, il donne un noir connu dans les arts sous le nom de noir d'Espagne. La récolte du Liége se fait tous les huit, dix ou même douze ans, suivant la nature du sol et le développement des Chênes. Un même arbre peut donner ainsi douze à quinze récoltes, dont les six premières sont toujours les meilleures. Le bon Liége est souple, ployant, élastique, ni poreux, ni ligneux, et rougeûtre. Les glands de cet arbre ont généralement une saveur douce et agréable, et jouissent de la réputation de communiquer à la chair des pourceaux qui en sont nourris ce fumet délicieux que l’on recherche dans les jambons dits de Bayonne. On les mange en Espagne grillés comme les châtaignes. Ceux du Q. ballota, Desf (Chêne ballote), sont journellement employés comme aliments dans le nord de l'Afrique, le Portugal, ete., et Bosc assure en avoir vu vendre en très-grande quantité sur le marché de Burgos. — Q. coccifera, L. (Chêne au Kermès.) Arbrisseau à tronc ramifié en un nombre considérable de rameaux tortueux et diffus formant un buisson de quelques pieds de hauteur. Feuilles coriaces, ovales, persistantes. Gette espèce se plaît dans les terrains sablonneux, arides et pierreux du midi de la France, en Italie, en Espagne, dans le Levant et le nord de l'Afrique. Le Kermès, coccus ilicis, L., Lecanium ilicis, des entomologistes modernes, vit sur les feuilles de cet arbrisseau. Cet insecte, avant l'introduction de la cochenille en France, servait pour la teinture écarlate, et il était alors pour nos provinces méridionales un objet de commerce important bien diminué de nos jours. — Q. insectoria, L. (Chêne à noix de galle.) Cet arbre présente sur ses feuilles des excroissances tuberculenses et dures, dues à la piqüre d’un cynips. Ces productions, connues sous le nom de galles ou noix de galle, sont employées en médecine comme astringentes, et l’industrie s'en sert aussi pour la teinture, la préparation des cuirs, etc. Les plus estimées viennent de l'Anatolie, et l'espèce sur laquelle on les recueille habite l'Asie Mineure, la Syrie et l’Archipel. — Le Chène Velani (Q. ægylops, L.) croit spontanément dans l’Archipel et l'Asie Mineure. Ses larges cupules, appelées vélanèdes, ont les mêmes propriétés que la noix de galle et servent aux mêmes usages en Orient, en Angleterre et en Italie.

Parmi les espèces américaines, nous citerons les suivantes, toutes intéressantes au point de vue de l'industrie et de la sylviculture. — Q. tinctoria. (Chêne quercitron.) Grand arbre dont l'écorce remplace avantageusement la gaude et le bois jaune. On l'emploie pour teindre les cuirs, les laines, La

soie, etc. Cette espèce, qui croit aux États-Unis, a été introduite en 1818 dans le bois de Boulogne, près Paris. — Q. alba (Chêne blanc), à glands assez gros, édules. Le Chêne blanc croît très-vite, et son bois, très-dur, est préféré aux États-Unis, sa patrie, à celui des autres espèces. —Q. ruber (Chêne rouge), introduit dans la forêt de Fontainebleau. — Q. montana (Chène des montagnes), atteignant près de soixante pieds, et dont les feuilles ovales, cotonneuses en dessous, dentées, ressemblent à celles du Châtaignier. Cet arbre, qui donne un bois estimé, se plaît dans les terrains pierreux, sur les rochers, le sommet des montagnes. — (. coccinea. (Chêne écarlate.) — Q. macrocarpa. (Chêne à gros fruit.) Toutes ces espèces, dont les feuilles sont caduques, résistent très-bien aux rigueurs de nos hivers. —— Q. virescens. (Chêne vert de la Caroline.) Arbre de cinquante à soixante pieds, à feuilles persistantes. On pourrait cultiver avantageusement cette espèce, qui se recommande par son bois excellent, dans les lieux incultes de la France méridionale.

». FAGUS. Tournetort. (Têrne.)

Fleurs monoïques. Les mâles en chatons globuleux, pendants, pédoneulés. Écaille à six lobes peu profonds. Huit à douze étamines. Filaments longs et déliés. Fleurs femelles : deux ovaires placés dans un involucre quadrilobé. Deux styles trifides à stigmates réfléchis. Deux noix triangulaires, monospermes, renfermées dans linvolucre devenu coriace et hérissé d’épines molles, simples.

Ce genre, formé de grands arbres, comprend trois espèces propres aux contrées tempérées des deux continents. L'une d’entre elles surtout mérite d'attirer notre attention par sa beauté et son utilité. — Le. Faqus sylvatica, L. (Hêtre des forêts, Fayard, Foyard, Fau, Fouteau), est un arbre de quatre-vingts à quatre-vingt-dix pieds sur huit ou dix de circonférence. Son tronc droit est revêtu d’une écorce unie et grisâtre. Ses branches forment une cime touffue, ornée d’un feuillage épais. Cet arbre est commun dans une partie de l’Europe et de l'Amérique septentrionale. Il se plaît sur les montagnes, où il stationne à la même hauteur que le Sapin, sur les revers exposés au midi. Par son port majestueux et son élévation, le Hêtre, digne rival du Chêne, est l’ornement de nos forêts et produit même, lorsqu'il est isolé, un effet imposant. Il vient dans tous les terrains, excepté dans ceux qui sont marécageux, et il prospère surtout dans les sols profonds, un peu frais. Il acquiert son plus grand développement dans un espace de cent vingt ans, et croît assez rapidement lorsqu'il est placé dans un bon fonds. Le bois du Hêtre, sans élasticité, se fend facilement, est sujet à être attaqué par les vers et se pourrit promptement à l'air; mais, lorsqu'il est placé sous l’eau ou dans des endroits secs, il se conserve longtemps. Il convient peu aux constructions, donne un très-bon combustible, sans valoir cependant le Chêne sous ce rapport, et fournit un charbon assez estimé. On l’emploie pour la confection et la fabrication d’une foule d'objets et d'instruments divers. Débité en feuillets menus et minces, il a même servi, en guise de cartons, pour la reliure des livres. Le fruit du Hêtre, . appelé faine, renferme une amande contenant une forte proportion d'huile propre à servir à des usages alimentaires, à l'éclairage, à l’économie domestique en général et à la médecine. Les premières manufactures d'huile de faîne établies en France furent fondées dans les environs de Compiègne; et, en 1799, les faînes recueillies dans la forêt qui avoisine cette ville donnèrent une quantité d'huile plus grande que celle que les habitants du pays environnant auraient pu consommer en cinquante ans. Le Hètre a plusieurs variétés. Le Fagus ferruginea, Willd. (Hètre ferrugineux), des États-Unis, est un arbre d’un port superbe, à tronc très-gros, à feuilles cotonneuses en dessous, rougeätres en dessus. Le bois de cette espèce est incorruptible sous l’eau et fournit un très-bon combustible.

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