‹ Encyclopédie d'histoire naturelle, ou, Traité complet de cette science (volume 2)Chapitre 37 sur 633 · CASTANEA. Tournefort. (CHATAIGNIER · texte numérisé non relu

CASTANEA. Tournefort. (CHATAIGNIER

Fleurs monoïques en chatons allongés, grêles. Les femelles, peu nombreuses, placées à la base. Fleurs mâles : périanthe à cinq divisions. Cinq à vingt étamines. Fleurs femelles : involuere à quatre lobes contenant deux ou trois fleurs, hérissé extérieurement d’épines roides et rameuses. Trois ovaires supères, dentés au sommet et terminés chacun par trois à huit styles. Péricarpe formé par l'involucre accru. Noix uniloculaire; une à trois graines.

Ce genre, fondé par Tournefort, réum ensuite par Linné aux Fagus et de nouveau séparé par la

plupart des botanistes qui ont suivi l'illustre Suédois, offre des caractères assez prononcés pour justilier son établissement. Il ne renferme que deux espèces dont une est propre à l'Europe, tandis que l'autre habite l'Amérique. — Le Castanea vulgaris, L. (Châtaignier commun), est un grand arbre dont les rameaux, longs et étalés, portent des feuilles alternes, pétiolées, oblongues-lancéolées, glabres, lisses en dessus, marquées de grandes dents aiguës. Le Châtaignier, qui croît communément dans presque toute l'Europe et une partie des États-Unis, aime les terrains légers, sablonneux, profonds, et stationne de préférence dans les bois montueux, sur les collines et les montagnes. Ses graines, connues de tout le monde sous le nom de châtaignes, sont farineuses, nutritives et faciles à digérer. Elles servent presque exclusivement à la nourriture des habitants des montagnes, et dans les Cévennes, l’ile de Gorse, le Limousin, etc., elles forment pour ainsi dire la base de l'alimentation des gens pauvres et besogneux. Pour cet usage, on les fait cuire dans l’eau ou sous la cendre, ou bien encore on les fait rôtir dans des poêles percées de trous. On en connait plusieurs variétés, parmi lesquelles nous citerons le marron, plus gros, plus arrondi et doué d'une saveur agréable qui le fait rechercher même dans les villes. L'art du confiseur en sait tirer parti et en façonne les marrons glacés. Sur nos tables, on le sert en purée justement renommée, mais plus ordinairement il se mange rôti comme la châtaigne. Ces graines renferment une grande quantité d’amidon, du gluten analogue à celui que contiennent les céréales, et une assez forte proportion de sucre. Pendant le blocus continental, alors que le sucre des colonies était à un prix très-élevé, divers essais furent tentés pour extraire cette substance des châtaignes. M. Guerrazzi, de Florence, par un procédé ingénieux, atteignit Le but qu’on se proposait, sans altérer la partie farineuse et nutritive des fruits sur lesquels il opérait, et on fut sur le point de fonder des établissements pour exploiter cette nouvelle industrie. Le Châtaignier, par son port majestueux, son ample feuillage et le développement qu’il est susceptible d'atteindre, tient une des premières places parmi nos espèces forestières. Sa grosseur est parfois phénoménale. Celui qui se voit sur le mont Etna, à une faible distance de la ville d'Aci-Reale, n’a pas moins de cent soixante pieds de circonférence, et dans l'intérieur du tronc, creusé par le temps, on a construit une maison qui sert d'habitation à un berger et de retraite à son troupeau. On le connaît sous le nom de Châtaignier aux cent chevaux. Son âge a été évalué approximativement à quatre mille ans au moins.

. En France nous possédons plusieurs Châtaigniers qui, sans approcher de celui dont nous venons de

parler, présentent déjà un volume considérable. Le plus remarquable est celui qui existe près de Sancerre, département du Cher, et qui a une circonférence de trente pieds à hauteur d'homme. Quoique âgé de plus de mille ans, son tronc est parfaitement sain, et il donne chaque année une grande quantité de fruits. Le Châtaignier ne fut pas ignoré de l'antiquité, et à Rome, du temps de Pline, on en connaissait déjà plusieurs variétés. Mais les maîtres du monde estimaient peu ces fruits, que le peuple seul employait pour sa nourriture. [ls tirèrent leurs premières châtaignes de Castane, ville de la Pouille, et les appelèrent castaneæ nuces. Le bois du Châtaignier, d'un grain fin et serré, pesant et élastique, est peu estimé comme combustible, mais il est très-bon pour la charpente et a été souvent employé pour la construction des maisons. On en fait aussi de bons meubles et des tonneaux qui ne communiquent aucun goût aux liquides qu'ils renferment et empêchent l'évaporation des parties spiritueuses. Plongé dans l’eau aussitôt qu'il est coupé, il devient presque incorruptible et peut servir pour établir des conduites qui ont une très-longue durée. Les jeunes branches et les tiges faibles sont utilisées pour la confection de lattes, de pieux, d'échalas, de cerceaux, de cuves et de tonneaux, etc. Enfin, en Amérique, on en retire un charbon excellent pour la forge.

Castanea pumila, Lam. (Châtaignier nain, Chincapin.) Fruits épineux, arrondis, ne renfermant qu'une châtaigne de la grosseur d’une noisette et d’une saveur douce. Cette espèce, qui croit aux États-Unis, varie pour la taille suivant les climats et les terrains. Son bois, supérieur par le grain, la pesanteur et la durée à celui du Châtaignier ordinaire, pourrait servir à une foule d’usages. Malneureusement on rencontre rarement des troncs assez gros pour être utilisés avec avantage.

55" FAMILLE, — JUGLANDÉES,

Arbres élevés, à feuilles alternes, pennées, avec ou sans impaire, odorantes et dépourvues de stipules. Fleurs unisexuées. Les mäles, disposées en chatons, présentent un calice adné, par la base, à une bractée écalleuse, simple ou trilobée, et divisée profondément de deux à six segments inégaux, étroits. Étamines eh nombre égal où double de celui des divisions du calice, ou indéfini. Anthères biloculaires, portées par des filets courts et dont les deux loges sont souvent surmontées d’un prolongement épaissi du connectif. Fleurs femelles ramassées en petit nombre ou en grappes lâches et consistant en un calice adhérent à l'ovaire, à quatre (rarement trois ou cinq) lobes avec lesquels alternent dans certains cas ceux d’une petite corolle caduque, et en outre présentant parfois à sa base un involucre cupuliforme. Ovaire uniloculaire, divisé par quatre cloisons incomplètes et renfermant un seul ovule droit et dressé. Style simple ou double, court, terminé par un stigmate discoïde quadrilobé ou par deux ou quatre grands stigmates papillifères. Le fruit est un drupe composé d’une couche charnue, coriace et fibreuse, appelée vulgairement bou, et sous laquelle est placée une noix ligneuse, indéhiscente ou se séparant en deux valves. La graine, quadrilobée, lisse ou sinueuse, renferme sous un test membraneux un embryon à cotylédons volumineux, bilobés.

Les Juglandées sont des végétaux qui croissent pour la plupart dans l'Amérique du Nord. Quelques espèces appartiennent encore aux parties médiane et australe de l'Asie, et aux îles de la Sonde. Cette petite famille, limitée à quelques genres, a une certaine importance par les usages économiques de quelques-unes de ses espèces.

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