‹ Encyclopédie d'histoire naturelle, ou, Traité complet de cette scienceChapitre 16 sur 430 · BOURGEONS · texte numérisé non relu

BOURGEONS

Les bourgeons sont des corps de forme, de nature et d'aspect variés, généralement formés d’écailles étroitement imbriquées les unes sur les autres et renfermant dans leur intérieur les rudiments des tiges, des branches, des feuilles et des organes de la fructification. Ils se développent ordinairement sur les branches, dans l’aisselle des feuilles ou à l'extrémité des rameaux. En général, il n’y en a qu'un seul à l’aisselle d’une feuille; plus rarement il y en a deux ou plusieurs; le Noyer en est un exemple.

Les bourgeors sont ovoïides, coniques ou arrondis, composées d’écailles superposées et imbriquées. souvent couvertes à l'extérieur, dans les arbres de nos climats, d’un enduit visqueux et résineux, et garnis à l’intérieur d’un tissu cotonneux et d’une sorte de bourre destinés à garantir les organes qu'ils renferment des rigueurs du froid; aussi n’observe-t-on point généralement d’enveloppe de cette sorte sur les arbres de la zone torride, ni sur ceux qu’on abrite dans nos serres; mais les végétaux exotiques qui en sont dépourvus ne peuvent pas en général résister au froid de nos hivers, et périraient immanquablement si on les y laissait exposés (1).

Il ne faudrait pas cependant établir ce fait comme une loi générale; beaucoup d'arbres des régions tropicales ont les bourgeons recouverts d’écailles qui servent à les protéger contre les ardeurs du soieil, qui produiraient le même effet que les gelées dans nos climats. Nous avons d’ailleurs des arbrisseaux indigènes à bourgeons nus, tels sont la Bourdaine et la Viorne mancienne.

Si l’on fend longitudinalement un bourgeon, on voit qu’il se compose d’un axe central sur lequel sont attachées et très-rapprochées les unes des autres les jeunes feuilles contenues dans le bourgeon. Cet axe est le rudiment de la jeune branche ou du scèon qui résulte du développement du bourgeon, et de son allongement viendra l’écartement des feuilles dont les intervalles ou mérithalles étaient d’abord comme confondus.

Fig. GI. — Bourgeons de Lilas,

Les bourgeons commencent à paraître à l’aisselle des feuilles à l’époque où la végétation est dans son plus grand état de vigueur et d’activité, c’est-à-dire en été; ils portent alors le nom d’yeuæ. Ils s’accroissent un peu en automne, constituent les boutons et restent stationnaires pendant l'hiver. Mais,

(1, Ruicnarn, Nouveauæ Éléments de Botanique.

au retour du printemps, ils suivent l'impulsion générale communiquée aux autres parties de la plante; ils se dilatent, se gonflent; leurs écailles s’écartent et laissent sortir les organes qu’elles protégeaient; c’est alors qu’on les appelle proprement des bourgeons.

Les bourgeons sont le plus souvent visibles à l'extérieur longtemps avant leur épanouissement. II est certains arbres, au contraire, dans lesquels ils sont comme engagés dans la substance même du bois, et ne se montrent qu’au moment où ils commencent à se développer; tel est le Robinier faux Acacia. Dans d’autres, tels que le Platane, le Virgilia lutea, le bourgeon est renfermé dans une petite cavité close de toutes parts, qui existe dans le renflement de la base du pétiole commun.

Les bourgeons sont simples ou composés, selon qu’ils donnent naissance à une seule branche, comme dans le Chêne, ou à plusieurs, comme dans les Pins.

On les distingue encore en florifères ou fructifères, folüfères et mixtes, selon qu'ils renferment des fleurs, des feuilles, ou bien des unes et des autres. Les cultivateurs les reconnaissent en général dans les arbres fruitiers, d’après leur forme; ainsi celui qui porte des fleurs est conique, gonflé; celui qui ne porte que des feuilles, au contraire, est effilé, allongé, pointu.

Nous avons déjà distingué les bourgeons en nus et écailleux. Les écailles qui forment la partie extérieure de ces derniers sont constamment des organes arrêtés dans leur développement. On dit que les bourgeons sont foliacés, quand leurs écailles ne sont que des feuilles avortées; pétiolacés, quand elles sont constituées par la base persistante des pétioles; stipulacés, quand elles le sont par les sti-

. pules; fulcracés, si c’est par des pétioles garnis de stipules.

Le bourgeon est dit sessile, quand les écailles naissent à la base même de son axe, ce qui est le cas le plus ordinaire; si cet axe s’allonge avant de produire des organes foliacés, comme dans l’Aune, on dit le bourgeon pétiolé; mais ce dernier terme est évidemment impropre; le prétendu pétiole n’est autre chose en effet que le premier entre-nœud d’un rameau.

Fig. 62. — Bourgeons pétiolés.

La forme des bourgeons est loin d’être la même dans tous les végétaux, et les différences qu’elle présente suffisent souvent pour permettre de reconnaitre les arbres lorsqu'ils sont dépouillés de feuilles. 5

D’après leur position, on distingue les bourgeons terminaux, qui naissent à l’extrémité d’un axe; axillaires, à l’aisselle des feuilles; adventifs, qui se montrent dispersés sans aucune régularité, en dehors des nœuds vitaux.

Quels que soient la forme et les autres caractères du bourgeon, les feuilles rudimentaires dont il se compose tendent à y occuper le moins de place possible; elles s’y pressent, s’y replient et se recouvrent les unes les autres; mais on sent que la manière dont elles s’emboîtent, ou leur préfoliation, doit nécessairement dépendre de la manière dont elles sont placées sur la tige, de la forme et de la disposition de leurs nervures. Gela est si vrai, que, quand on voit des feuilles sur un rameau, on pourrait souvent dire quelle a dû être leur préfoliation. Il est donc évident que les différences offertes par cette dernière peuvent avoir, pour la détermination des espèces et des genres, une grande impor-

tunce, puisqu'elles sont le résultat d'autres différences qui en ont généralement beaucoup. Ainsi, il y a bien plus d'uniformité dans la préfoliation des Monocotylées que dans celle des Dicotylées, parce qu'il y a aussi une plus grande uniformité chez les premières pour la disposition respective de leurs feuilles développées et celle de leurs nervures. La préfoliation des Dicotylées est susceptible d’une foule de modifications; cependant, comme l'a très-bien fait observer De Candolle, on peut les faire rentrer toutes dang les trois classes suivantes : ou les jeunes feuilles n'offrent ni courbures, ni plicatures sensibles, et sont uniquement appliquées les unes sur les autres; ou elles sont pliées ou courbées, de manière que leur sommet s'applique sur leur base; ou enfin elles sont pliées ou roulées sur leur nervure longitudinale, qui reste droite. C’est à cette dernière classe que se rapporte la préfoliation du plus grand nombre de plantes; c’est elle aussi qui offre Le plus de subdivisions (1).

Dupetit-Thouars a comparé les bourgeons à autant d’embryons, qu'il appelle embryons fixes, et dont l’évolution doit, comme celle de l'embryon contenu dans la graine, donner naissance à un individu pourvu d’un axe et d’appendices latéraux. Cette comparaison et cette dénomination sont surtout applicables à certaines formes de bourgeons, à celles qu’on à appelées caïeux et bulbilles. Ces organes paraissent en effet former le passage des embryons aux bourgeons.

On nomme bulbilles des espèces de petits bourgeons solides ou écailleux naissant sur différentes parties de la plante, et qui peuvent avoir une végétation à part, c’est-à-dire que, détachés de la plante mère, ils se développent et produisent un végétal parfaitement analogue à celui dont ils tirent leur origine. Les plantes qui offrent de semblables Hoirgéons portent le nom de vivipares.

Ils naissent, tantôt à l’aisselle des feuilles, auquel cas is sont dits axillaires, comme dans le Lis et la Dentaire bulbifères, tantôt à la place des fleurs, comme dans plusieurs espèces d’Ail. On désigne sous le nom de caieux ceux qui se développent à l’aisselle des feuilles radicales, qui sont alors modifiées en écaille, comme dans l'Ail commun.

Page 1