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RAMIFICATION

C'est à la suite des bourgeons que la ramification du végétal doit trouver sa place, puisqu'elle résulte du développement de ces organes. Ceux-ci produisent des axes de divers ordres, distingués par les noms d’axe primaire (ou tige), secondaire, tertiaire, etc., ou, dans le langage usuel, par ceux de branches, rameaux et ramilles.

Si tous les bourgeons d’un végétal se développaient en rameaux, il est évident que la disposition de ceux-ci serait la même que celle des feuilles; nous y retrouverions les mêmes séries en spirale. Mais il n’en est pas ainsi, et l'avortement d'un certain nombre de bourgeons concourt avec Le développement des bourgeons adventifs à modifier cette disposition.

Assez souvent cet avortement se fait avec une certaine régularité, et par conséquent les rameaux présentent une série régulière, quoique différente de celle des feuilles.

Le développement relatif des divers axes est la principale cause de la forme et du port des végétaux. Occupons-nous d’abord du bourgeon terminal. Quelquefois il se développe seul, et alors il n’y a pas de ramification latérale; la tige est simple. Ce cas est assez rare pour les Dicotylées; mais il est fort commun dans les deux autres groupes. Nous savons, par exemple, que les Palmiers et les Fougères arborescentes présentent une tige en forme de colonne terminée par une couronne de feuilles. Quand ces arbres ne sont pas trop vieux, on peut connaître approximativement leur âge par le nombre de traces annulaires laissées par les pousses annuelles successives; mais au bout d’un certain temps elles finissent par s’effacer.

La tige est, au contraire, appelée composée, lorsque, par l'avortement du bourgeon terminal, les bourgeons axillaires se développent seuls; dans ce cas, le végétal ne s'accroît que latéralement. Mais ceue expression de tige composée n’est pas d’une exactitude rigoureuse, il existe toujours une tige simple; mais quelquefois elle est très-courte ou presque nulle.

(1) Aucusre pe Sant-Hizame, Mosphologie végétale. un

Il arrive, par exemple, dans les plantes dites vivaces, que la pousse du bourgeon terminal, achevant son existence dans la première année, la tige est continuée par un bourgeon latéral qui se développe au-dessous de la surface du sol. Ce bourgeon, nourri par la racine persistante, reste stationnaire pendant l'hiver et produit au printemps un nouvel axe, ordinairement épais et charnu, et qui s'allonge beaucoup avant de produire des feuilles; on le nomme turion; l’'Asperge en offre un

exemple. |

Fig. 63. — Aspergc.

On trouve dans certaines plantes, comme les Scirpes, les Iris, etc., une autre modification de la tige, appelée rhizome. C'est une souche souterraine ou superficielle, ordinairement allongée obliquement ou horizontalement, qui émet les radicelles dans ces plantes; c’est, à proprement parler, une véritable tige : Linné la nommait caudex descendens. Dans ce cas, toutes les racines sont adventives. Le rhizome peut acquérir une assez grande longueur, et la plante paraît ainsi changer de place tous les ans. Quelquefois les pousses successives annuelles laissent, en mourant, une série de cicatrices, comme dans le Convallaria polygonatum (Sceau de Salomon). s

Fig 64. — Rhizome du Scirpe des marais. Fig. 65. — Rhizome d’[ris.

Le bulbe, rangé autrefois à tort parmi les racines, est une autre modification de la tige des plantes

(1) Jussieu, Éléments de Botanique.

vivaces, qu'on remarque surtout dans les Endogènes. Il est constitué par des feuilles modifiées dans leur forme et leur structure, portées sur un axe court, épais et charnu. Ces feuilles sont généralement réduites à leur gaîne, qui prend la forme d'une écaille. Si ces gaines minces enveloppent chaeune complétement la base de la tige, comme dans l'Oignon, le bulbe est dit tuniqué. On l'appelle écailleux, si, au lieu de tuniques membraneuses, il est constitué par des écailles imbriquées, comme dans les Lis. Souvent enfin l'axe du bulbe se renfle considérablement, de manière à former la presque totalité de cet organe; il n’y a qu'un très-petit nombre de tuniques; on a alors un bulbe solide, comme dans le Colchique d'automne. Dans tous les bulbes, les écailles sont insérées sur un plateau, organe charnu et très-court, qui est la véritable tige.

Fig. 66, — Bulbe tuniqué.

Quand le développement vertical de la tige s'arrête, elle est remplacée par les branches latérales, qui s’étendent dans une direction horizontale au-dessus de la surface de la terre; elles forment alors ce qu'on appelle tige rampante. Ordinairement cette fausse tige est mince et peu consistante, tout à fait dépourvue de feuilles, ou n’en présentant que quelques-unes de distance en distance; celles-ci se groupent sur certains points en formant une rosette au-dessous de laquelle naissent des racines adventives. Ces axes latéraux constituent alors les coulants ou stolons. Bientôt ils meurent, et chacune des rosettes de feuilles qui s’est enracinée devient une plante distincte. C’est ce qu'on observe dans le Fraisier.

Si les feuilles pouvaient suffire pendant un certain temps à leur nutrition, il ne serait pas nécessaire d'attendre que les touffes qui se montrent sur les stolons eussent émis des racines adventives

pour les mettre en terre séparément. On aurait alors des propagules; les plantes grasses, telles que les Cactus, en offrent des exemples.

Fig. 67. — Tubercule de Topinambour,

Quelquefois le rameau souterrain s’épaissit, se raccourcit et devient charnu. C'est alors un vrai {ubercule; la Pomme de terre et le Topinambour en offrent des exemples bien connus. Ces tubercules,

longtemps confondus à tort avec les racines, sont donc de véritables rameaux. Plusieurs botanistes, M. Clos entre autres, ont démontré qu'il fallait rapporter à cette classe les prétendues racines tuberculeuses d'un certain nombre d'Orchidées.

Il y a aussi des bourgeons qui, au lieu de se développer à l'extérieur, croissent renfermés dans l'épaisseur du parenchyme cortical; ils produisent alors des sphéroïdes irréguliers de consistance ligneuse, formés par un certain nombre de couches annuelles; on les a nommés nodules ou loupes; ils sont communs sur le Cèdre, le Hêtre, le Charme. Un broussin est la réunion de plusieurs loupes irès-rapprochées. Les nodules, loupes et broussins sont ordinairement d’un tissu plus dur que le reste du bois; leur couleur est aussi plus foncée, et ils présentent souvent des veines et des marbrures qui les font rechercher pour l’ébénisterie et le placage. Cela est vrai même de ceux qui se développent sur les arbres à bois blanc, comme l’Aune.

On exploite quelquefois les arbres de manière à obtenir la production artificielle des loupes et des broussins.

Les rameaux peuvent aüssi se transformer en épines, comme dans le Prunellier ou Prunier épineux, J'Ajone, les Féviers, ete. Dans ce cas, ils sont souvent encore couverts de feuilles.

Dans la Vigne, le bourgeon terminal avorte (quand il ne produit pas une grappe) et se transforme en vrille en se rejetant sur le côté, tandis qu'un bourgeon axillaire continue la tige. Un cep de Vigne est done pas un axe unique chargé de ramifications latérales, mais une réunion en ligne droite d'un grand nombre d’axes successifs. Ceci est encore plus visible dans le Ricin ou le Phytolacca. Dans ces plantes, comme dans beaucoup d’autres, on a d’un côté de l'axe une feuille, de l’autre une vrille ou un bouquet de fleurs. Ces derniers organes, qui ne sont autres que les rameaux, paraissent donc opposés aux feuilles, au lieu de naître à leur aisselle; mais, d’après ce que nous venons de dire, on voit que cette anomalie n’est qu'apparente.

D'autres fois le rameau naît à une certaine distance de l’aisselle de la feuille; il est dit alors, comme le bourgeon qui lui a donné naissance, extra-aæillaire. Cette disposition peut tenir à plusieurs circonstances : 1° certaines feuilles peuvent avorter complétement; 2° la tige peut se souder dans une certaine longueur avec le pétiole, et alors le rameau paraît plus bas que la feuille, ou bien avec le rameau axillaire lui-même, qui paraît alors plus haut. La famille des Solanées présente de nombreux exemples de ces deux modifications.

Si l'avortement des bourgeons peut modifier la disposition des rameaux, celle-ci peut être modifiée aussi par une cause tout opposée, l'augmentation du nombre de ces mêmes bourgeons, soit qu'il y en ait plusieurs à l'aisselle d’une feuille, soit que des bourgeons latents ou adventifs se développent en dehors de cette même aisselle.

Toutes les causes que nous venons d'indiquer, et plusieurs autres encore, sans parler de l’action de l'homme, influent sur la forme extérieure et la dimension des végétaux. Celle-ci est susceptible de varier dans des limites très-étendues. Parmi les végétaux ligneux, on a distingué diverses classes d’après la grandeur. Ainsi on appelle arbre celui dont la tige est ligneuse, nue et simple par le bas, et élevée d'au moins trois fois la hauteur d’un homme: arbuste ou arbrisseau, la plante à tige ligneuse qui n'atteint pas trois fois cette hauteur et se ramifie près de sa base; sous-arbrisseau, une plante ligneuse dépourvue de bourgeons et qui n’a pas la longueur du bras; buisson, un arbrisseau bas et très-rameux dès sa base.

Nous venons de voir tout à l’heure l’origine et le mode de développement des prétendues tiges composées. Les végétaux qui en présentent de telles sont appelés multicaules, et alors les tiges prennent le nom de surgeons ou de drageons. On désigne aussi quelquefois par ce dernier terme les rejets qui naissent sur les racines traçantes de certains arbres, tels que l’Orme, le Robinier, l’Aylanthe, etc. >

La tige ne s'élève pas toujours dans une direction verticale. Trop faible dans bien des cas, elle rampe sur la terre, et est dite couchée; ou bien elle s'appuie sur un support vertical, et on l'appelle grimpante. Les tiges volubiles s’enroulent autour des corps voisins, tantôt de droite à gauche, tantôt de gauche à droite, mais toujours dans une direction invariable pour la même plante; on donne quelquefois le nom de hanes ou de sarments à ces tiges, dont le Chèvre-Feuille, la Clématite, etc., et surtout la Vigne, présentent des exemples remarquables. |

La direction des rameaux est variable; ils sont dressés dans le Peuplier d'Italie, étalés dans le Sapin,

pendants dans le Saule pleureur. La longueur relative des branches détermine aussi dans l'aspect général d’un arbre de notables différences. Selon que les supérieures, les moyennes ou les inférieures acquerront le plus de longueur, on aura la cime pyramidale du Sapin, ovoide ou en boule du Marronnier, en parasol du Pin pignon; trois formes extrêmes, entre lesquelles existent de nombreux intermédiaires.

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