FAMILLE. — GRAMINÉES
Plantes herbacées, annuelles ou vivaces, rarement sous-frutescentes, à tige (chaume) généralement fistuleuse, munie de nœuds d’où partent des feuilles alternes et engaînantes; gaine fendue dans toute sa longueur, pouvant être considérée comme un pétiole dilaté, offrant à son point de jonction avec le limbe une ligule, sorte de petit collier membraneux ou formé de poils; fleurs disposées en épillets, qui eux-mêmes forment, par leur réunion, une panicule ou un épi composé. Chaque épillet est entouré de deux bractées qui constituent la glume (1); chaque fleur est accompagnée de deux autres bractées, dont l’ensemble est appelé glumelle ou vulgairement balle, et à l’intérieur desquelles on trouve le plus souvent deux organes foliacés rudimentaires, offrant la forme d’écailles (glumellules ou lodicules); fleurs généralement hermaphrodites; étamines hypogynes, le plus souvent au nombre de trois, rarement plus ou moins, à filets capillaires et anthères bifides; ovaire uniloculaire, monosperme, marqué d’un sillon longitudinal sur un des côtés, surmonté de deux styles que terminent deux stigmates plumeux; fruit (cariopse) à péricarpe très-mince, intimement soudé avec le tégument de la graine; embryon discoïde, appliqué sur la partie inférieure d’un endosperme farineux.
Les Graminées ont, par leur port et plusieurs de leurs caractères, la plus grande analogie avec les Cypéracées. Mais leur embryon a une structure plus compliquée; chaque fleur est protégée par deux écailles, et présente deux stigmates; dans les Cypéracées, au contraire, la fleur a une écaille et trois stigmates; enfin, la gaîne des feuilles, fendue dans les premières, est entière dans les secondes. Les parties qui constituent la fleur des Graminées s’éloignent beaucoup de la forme de celles des autres plantes; aussi les botanistes, les considérant à divers points de vue, leur ont donné des dénominations qui ont singulièrement varié.
La famille des Graminées est sans contredit la plus utile, soit à cause de ses graines farineuses qui servent à la nourriture de l’homme, soit parce que l'herbe peut nourrir les animaux domestiques. Linné, dans son langage allégorique, disait que les Graminées sont les plébéiens du règne végétal, et que, comme ceux-ci, robustes et d’un extérieur simple, elles font la force et le soutien d’un empire. Dans presque toutes les régions du globe, leur usage a été substitué à celui des fruits des arbres pour faire la base de la nourriture. C’est à la culture des Céréales, comme on les nomme vulgairement, que plusieurs philosophes attribuent la civilisation; les hommes n’ont pu en effet se livrer à l’agriculture sans se réunir en société. Aussi est-ce dans la Babylonie, où le Blé croissait spontanément, d'après Hérodote et Diodore de Sicile, qu’il faut sans doute placer le berceau de la civilisation (2).
Les Graminées étaient tellement en honneur à Rome, que l’on en couronnait ceux qui avaient rendu d'importants services à la patrie, et même les généraux et les empereurs. Les soldats possédaient seuls le droit de cette ovation, et ils en formaient les insignes avec l'herbe coupée sur le lieu témoin
(1) Nous appellerons indifféremment ces bractées glumes et glumelles, ou valves de la glume et de la glumelle. (2) Ducmarrre, Dictionnaire d'Histoire naturelle, article Graminées.
de Paction glorieuse; ces couronnes, que l'on nommait obsidiennes, formaient la plus haute distinction.
La substance muqueuse que renferment les semences des Graminées réside dans l'embryon, et la substance amylacée dans le périsperme. C’est pour cette raison que le riz du commerce ne peut servir, comme notre froment, à faire du pain : ce riz, dans l’état où nous le recevons, étant mondé et n'ayant plus de germe, ne contient qu’une matière farineuse, et presque point de substance muqueuse fermentescible; il en est de même de l’orge mondé, que l’on ne trouve, en cet état, si adoucissant, si pectoral, que parce que les graines qui le constituent n’ont plus de germe, et, par conséquent, plus de ferment.
Mais la fécule n’est pas le seul produit utile fourni par les Graminées; les tiges de plusieurs espèces renferment une grande quantité de sucre, et l’une d'elles est depuis longtemps célèbre sous ce rapport. Quelques-unes sont susceptibles de donner des boissons fermentées.
Les Graminées renferment aussi généralement de la silice qui se dépose dans ieur épiderme, et qui même se ramasse assez souvent dans les nœuds de quelques-unes en concrétions pierreuses; les tiges de plusieurs en renferment assez pour faire feu au briquet. Ses proportions augmentent avec l’âge; aussi faut-il cueillir jeunes les tiges qui doivent être employées à faire les ouvrages délicats, tels que ceux qu'on fait avec les pailles dites d'Italie. Cette quantité de silice contribue à rendre ces plantes incorruptibles et à les faire employer avec avantage pour couvrir les maisons et garnir les lits.
Relativement aux propriétés médicales, ces plantes offrent moins d'intérêt. Les tiges et les racines de toutes les espèces sont plus ou moins douces et sucrées; les fruits dépouillés de leurs enveloppes, ou mondés, servent à faire des décoctions adoucissantes et alimentaires. Il n’y a pas de plantes vénéneuses, sauf peut-être une espèce d'Ivraie.
Cette famille est très-nombreuse; elle renferme environ trois mille espèces; mais, par la multiplicité des individus surtout, elle surpasse toutes les autres. Beaucoup d’entre elles sont sociales, et souvent une seule espèce couvre une immense étendue de pays. On trouve des Graminées presque à toutes les latitudes et à toutes les hauteurs, sur tous les sols, et même dans les eaux douces, mais jamais dans celles des mers. La diffusion géographique de cette famille n’a presque pas d’autres limites que celles du règne végétal. Les Graminées des régions tropicales sont plus grandes, leurs feuilles plus larges, plus lancéolées, plus molles, plus velues. Les espèces à fleurs diclines y sont plus communes. Enfin, les Graminées y sont moins sociales; les prairies naturelles, communes dans le Nord, plus rares dans le Midi, manquent complétement sous les tropiques.
La distribution géographique des Graminées cultivées ou Céréales, bien que tenant principalement au climat, est souvent aussi influencée par les habitudes des peuples, par la civilisation ou par le commerce. Leur limite septentrionale est une ligne oblique qui atteint le soixante-dixième degré en Laponie, tandis qu’elle dépasse à peine le cinquantième dans le Kamtchatka; en Amérique, cette ligne passe à cinquante-six degrés sur la côte occidentale, à cinquante et un sur la côte orientale. Les Céréales qui s’avancent sur cette latitude sont l’Orge et l’Avoine; le premier grain qui vient se joindre à ceux-là, en allant vers le Midi, est le Seigle. A la culture du Seigle succède celle du Blé, d’abord exclusive, puis mêlée à celle du Maïs et du Riz. Enfin, dans les régions tropicales, on trouve le Dourra (Sorghum), l'Éleusine, le Teff (Poa Abyssinica), ete. Mais, dans cette zone, le rôle des Céréales perd beaucoup de son importance, et devient même quelquefois nul par suite de la présence d’autres matières alimentaires également féculentes et plus faciles à se procurer. Sur une montagne, on verrait se reproduire, de la base au sommet, à peu près la même succession de culture qu’en s’avançant de l’équateur au pôle.
PREMIÈRE TRIBU. — ORYZÉES.
Épillets uniflores, manquant souvent de glume par avortement, ou à deux ou trois fleurs; la fleur terminale seule fertile, les une ou deux inférieures neutres à une seule écaille; glumelles roideschartacées; fleurs souvent diclines, le plus souvent à six étamines.