FAMILLE. — PALMIERS
Grands arbres en général d'un port tout particulier, à tige simple, cylindrique, nue (stipe), couronnée au sommet par un faisceau de feuilles très-grandes, pétiolées, persistantes, pennées ou palmées; fleurs hermaphrodites ou plus souvent unisexuées, dioïques ou polygames, formant des chatons ou une grande grappe (régime) enveloppée avant l'anthèse dans une spathe coriace, quelquefois ligneuse; périanthe à six divisions disposées sur deux rangs, alternes, simulant un calice et une co-
(1) Poucuer, Botanique appliqués.
rolle; six étamines, rarement trois; pistil composé de trois carpelles distincts ou plus ou moins soydés; ovaire à trois loges contenant chacune un ovule; fruit drupacé, charnu ou fibreux, renfermant un endocarpe osseux et très-dur, à trois loges monospermes, dont deux avortent souvent; graine souvent très-volumineuse; embryon trés-petit, cylindrique, placé à l'extérieur d’un endosperme charnu ou corné.
Outre les caractères essentiels que nous venons d'exposer, les Palmiers sont remarquables par leurs racines adventives naissant au-dessus du sol et accumulées vers la base de la tige, autour de laquelle elles forment souvent un lacis qui l’épaissit en une sorte de cône. Les feuilles, qui atteignent des dimensions considérables, sont portées sur de longs et forts pétioles très-flexibles, auxquels leur limbe très-épais s’attache, non en ligne droite, mais sur une ligne brisée en zigzag, de manière à former une suite de plis qu'on ne peut mieux comparer qu'à ceux d’un éventail, et qui se déploient absolument de la même manière. Le limbe ainsi plié était continu dans le premier âge; mais 1l finit par se fendre tout le long des plis, et se partage ainsi plus ou moins profondément en une foule de lanières qui donnent à l’ensemble l'apparence penniséquée ou palmatiséquée (1).
Les Palmiers sont remarquables non-seulement par la beauté et la majesté de leur port, mais encore par leur utilité; aussi Linné, dans son langage métaphorique, les appelait-il les princes du règne végétal. Ils forment l'unique fortune de plusieurs peuples, et sont susceptibles de toutes sortes d’usages. Le bois de certaines espèces sert aux sauvages pour la charpente ou pour faire leurs flèches; d’autres renferment dans l’intérieur du tronc une fécule douce et extrêmement abondante connue sous le nom de sagou, ou bien une séve non moins abondante dont on peut obtenir du sucre, et qui, à l’aide de préparations fort simples, se transforme en une boisson vineuse susceptible de donner de l'alcool (vin de palme). La sommité fraîche et herbacée de quelques-uns offre un mets délicat connu sous le nom de chou palmiste; les feuilles sèches de quelques autres peuvent être tissées. et fournir des nattes, des tapis, etc. Il en est de même des péricarpes fibreux de plusieurs espèces. Dans certaines, les spathes sont d’un tissu si compacte, qu’on les transforme en vases pour contenir les aliments, et que l’on peut les soumettre à un feu doux. Enfin, un grand nombre fournissent des fruits et des amandes charnues, des émulsions laiteuses, des huiles, des cires, des substances médicinales, etc.
Ces végétaux se trouvent surtout dans les régions tropicales; cependant, quelques-uns s’avancent jusque dans le midi de l'Europe. Dans l'hémisphère austral, ils ne dépassent pas le trente-huitième degré de latitude. Le véritable climat des Palmiers, d'après M. De Humboldt, est celui dont la température moyenne s'élève entre dix-neuf et vingt degrés. En général, chaque espèce a ses limites fixes, qu’elle dépasse rarement; cependant, quelques-unes sont répandues sur un assez grand espace; tels sont les Cocotiers.
Les Palmiers sont très-nombreux à l’état fossile; on en a trouvé jusque vers le pôle. Ge sont des feuilles, des troncs ou des fruits que lon rencontre à cet état; mais, par une singularité remarquable, ces derniers appartiennent rarement aux espèces avec lesquelles ils sont enfouis.
La multiplication des Palmiers se fait ordinairement par semis, cependant il en est dont le trone fournit des pousses qui peuvent servir à les perpétuer. En Égypte, à l'époque du voyage d'Hérodote, on reproduisait les Palmiers, ou plutôt on les rajeunissait, en coupant leurs troncs à quelques pieds au-dessous du bourgeon terminal, et en plantant la partie excisée; Delile rapporte que ce mode est encore suivi actuellement, et qu'avec des soins il réussit. Ces arbres étant souvent dioïques, c’est aux vents et aux insectes que la fécondation des femelles se trouve confiée; les cultivateurs de Palmiers, au temps d'Alexandre, avaient remarqué qu'il fallait mêler quelques pieds improductifs (mâles) à ceux qui donnaient des fruits. Les nègres n’ignorèrent point l'utilité des Palmiers stériles, car, dans leurs guerres, forcés souvent d'abandonner leurs plantations, on les vit parfois en extirper seulement les pieds mâles, afin d'empêcher les autres de fructifier et de nourrir leurs vainqueurs. Pline rapporte que les Arabes vont couper les pieds mâles des plantations de leurs ennemis pour les affamer, et Desfontaines, pendant son séjour dans l'Atlas, eut occasion de s'assurer que cette coutume existait encore parmi ces peuples (2).
(1) Jussreu, Éléments de Botanique.
(2) Poucuer, Botanique appliquée.
PREMIÈRE TRIBU. ARÉCINÉES.
Spathe simple, multiple ou nulle; ovaire à trois loges; baie monosperme.