CIRCULATION
Le liquide qui pénètre dans le végétal et doit ensuite parcourir ses diverses parties a reçu le nom de séve. Tournefort le premier en a donné une définition assez exacte, quand il l’a appelée une humeur qui se trouve dans le corps des plantes et qui leur tient lieu de sang. Elle a trois mouvements principaux :
1° La séve commence par s'élever de bas en haut, comme on s’en est assuré en arrosant un végétal avec des injections colorées. Il n’est personne d’ailleurs qui n'ait eu occasion, au printemps, d’observer son écoulement sur une branche de Vigne fraichemenf coupée; on sait que ce phénomène est connu sous le nom de pleurs de la Vigne. Il s’observe à un bien plus haut degré dans des végétaux de la même famille, mais appartenant aux régions tropicales, dans les Cissus. Hales s’est livré à de longues et savantes recherches pour mesurer lintensité de la force qui pousse ainsi le liquide; il a employé pour cela le même appareil que Dutrochet employa plus tard pour mesurer l'intensité de l’action endosmique : c’est un tube à double courbure dont la branche descendante est adaptée au bout de la tige coupée que l’on soumet à l'expérience, et dont la courbure inférieure est remplie de mercure, qui, repoussé par la séve accumulée en montant dans les branches intérieures, monte luimême dans l’extérieure et indique par la hauteur de sa colonne la quantité cherchée. Hales à calculé ainsi que la force qui fait monter la séve dans la Vigne est cinq fois plus forte que celle qui pousse le sang dans une grosse artère de cheval.
Pour varier l'expérience, il adapta, à l'extrémité d’une racine de Poirier dont la pointe avait été coupée, un tube recourbé et rempli d’eau, dont la partie opposée à celle qui était réunie à la racine plongeait dans un bain de mercure. En quelques minutes, une partie de l’eau contenue dans le tube fut absorbée, et le mercure s’éleva de 0,22 au-dessus de la surface du bain.
Il importe de rechercher la voie que suit la séve dans son ascension. Coulomb, d’après des observations faites sur des Peupliers d'Italie, conjectura que la seule circulation qui ait lieu dans les arbres se fait par les parties qui avoisinent le canal central. Mais Dutrochet, ayant expérimenté sur des Ormes, des Chênes, etc., arriva à des résultats tout à fait opposés.
De ces expériences et des autres faites sur le même sujet, on peut conclure que, dans les arbres à bois tendre, la séve monte par tout le corps ligneux, mais en plus grande abondance vers le centre; dans les arbres à bois dur, tant que les parties centrales ne sont pas encroûtées et passées à l’état de duramen, la séve suit la même marche que chez les premiers, tandis que plus tard elle ne trouve plus d'issue qu'au travers des couches extérieures. Dans tous les cas, la moelle et l'écorce sont complétement étrangères à l’ascension.
Dutrochet expliquait de la sorte pourquoi, chez les arbres dont la couche d’aubier formée dans l’année se transforme à l'automne en duramen, la décortication est mortelle; cet effet est dû au desséchement de la moitié extérieure de la couche d’aubier qui sert seule au passage de la séve : c’est le cas pour le Rhus typhinum.
Mais par quels éléments anatomiques la séve monte-t-elle? La plus grande divergence d'opinions règne à ce sujet entre les auteurs. Toutefois, comme chacun d’eux à appuyé la sienne par des faits positifs, on peut en conclure que la séve de printemps monte par toutes les parties du corps ligneux (méats, cellules, fibres, vaisseaux). Mais, dans les vaisseaux, elle marche beaucoup plus vite, et par conséquent ces organes sont bien plus tôt vidés que les autres; le liquide y est alors remplacé par de l'air, de là l'erreur de plusieurs physiologistes, qui ont pris les trachées pour des organes respirafoires.
L’endosmose, qui préside exclusivement à l'absorption, sert aussi à la circulation des liquides dans certaines parties du végétal, formées de tissu cellulaire. Elle est même encore la seule force dans les plantes dont ce tissu compose en entier la substance. Mais, dans les végétaux vasculaires, elle est ordinairement aidée par des causes bien plus puissantes; telle est la capillarité. On sait que, lorsqu'on plonge dans l’eau le bout d’une branche nettement coupée, ce liquide monte dans l'intérieur des
vaisseaux, et c’est par ce moyen que nous entretenons les bouquets dans l’état de fraicheur pendant un certain temps.
Une troisième cause, mise en évidence par les observations de M. Gaudichaud sur les Cissus, est la succion des bourgeons, à laquelle on peut rattacher l’évaporation des feuilles. L'un de ces arbres, le Cissus hydrophora, vulgairement Liane à eau ou Liane du chasseur, renferme une grande quantité de séve, qui rend souvent des services éminents aux voyageurs. M. Gaudichaud a remarqué que, si l’on se contente de couper transversalement cette liane à une seule hauteur, il sort des deux surfaces de la section très-peu de liquide. Celui-ci continue à monter rapidement dans la partie supérieure, où l'on peut s'assurer que les vaisseaux se vident de bas en haut. Cette ascension ne peut être attribuée à l’action des racines, avec lesquelies la partie supérieure n’est plus continue, et ils sont d’un diamètre beaucoup trop gros pour que la capillarité ait iei quelque influence. Elle ne peut provenir d'une force située en bas ni latéralemeut, mais bien d’une cause ayant son siége au-dessus de la section et attirant d'en haut le liquide. Dans ce fait, comme dans la seconde expérience de Hales précédemment citée, il n’est pas difficile de reconnaitre la succion des bourgeons, produisant dans leur développement un vide qui est aussitôt rempli par le liquide inférieur.
Parmi les autres causes qui concourent plus ou moins à ce phénomène, 1l faut citer l'hygroscopicité, la dilatation et la raréfaction de l’air, les combinaisons qui s’opèrent dans l’intérieur des tissus, les changements qui s'effectuent dans la nature des liquides, l'électricité, la température, etc.
9° La séve à aussi un mouvement latéral. Si, comme l’a fait Duhamel, on enlève une bande circulaire d’écorce sur un arbre, et qu’on recouvre la décortication d’un manchon de verre parfaitement luté, on voit au bout de quelque temps la séve transsuder à la surface du bois dénudé et former de nouveaux tissus. Hales à opéré autour d'un arbre, mais à différentes hauteurs, quatre entailles embrassant chacune le quart de la circonférence; Link a enlevé un fragment de tissu disposé en spirale, et renfermant par conséquent aussi toute la circonférence. Dans les deux cas, l’incision pénétrait jusqu'à la moelle; l'arbre n’en a pas moins continué à vivre.
Dès que la séve a pénétré dans le végétal, et à mesure qu'elle s'élève, elle se modifie sans cesse dans sa composition, elle s’élabore en dissolvant les substances tenues en dépôt dans les divers organes qu’elle parcourt. On en a la preuve en faisant des perforations sur le tronc d’un arbre à diverses hauteurs, et recueillant la séve qui s’écoule de chacune d’elles. Le liquide est d'autant plus dense qu'il a été recueilli plus haut. Dès cette première partie de son trajet, la séve commence donc à fournir à la nutrition du végétal.
Elle arrive enfin dans l'écorce et dans les feuilles, et là, mise en rapport avec l'atmosphère, elle éprouve une dernière modification. Elle cède à l'air l'oxygène et l’eau qu'elle renfermait en excès, et reçoit en échange du carbone et quelquefois de l'azote. Nous énonçons ici le phénomène dans la forme la plus simple; nous l’examinerons plus en détail quand nous traiterons de la respiration.
5° Arrivée là, que devient la séve? Cette question, si simple en apparence, a profondément divisé les physiologistes. Selon le plus grand nombre, la séve descend entre le bois et l'écorce et forme les nouveaux tissus. D’autres, au contraire, n’admettent pas de séve descendante. Les partisans de la première doctrine citent plusieurs faits à l'appui de leur opinion, celui-ci entre autres : si l’on pratique une ligature bien serrée autour de la tige, on voit, au bout d’un certain temps, l'écorce se gonfler et former un bourrelet au-dessus de la ligature, et la tige au-dessous conserver son diamètre primitif. Il y a donc un flux de la séve du haut vers le bas, c’est-à-dire en sens inverse de la séve ascendante. Si on pratique la ligature sur la branche d'un Frêne ou d'un Sophora pleureur, ou de tout autre arbre dans ce genre, on voit le bourrelet se former au-dessous de la ligature et non audessus, preuve que la séve ne descend pas par l’action de la pesanteur. Mais ces faits sont aussi facilement expliqués dans une autre théorie. Il serait donc convenable, dans l’état actuel de la question, d'abandonner le nom de séve descendante, et de lui substituer celui de séve élaborée, qui ne préjuge rien sur sa direction et sa position dans le végétal.
Quelque opinion que l’on adopte relativement à la marche de la séve, on ne peut se refuser à admettre que le fluide ascendant a besoin de subir des modifications avant d’être complétement apte à nourrir les tissus, en un mot à être élaboré. On ne saurait non plus révoquer en doute la circulation du latex.
Sous ce nom, et quelquefois qussi sous celui de suc propre, on désigne un fluide ordinairement
coloré, renfermé dans des vaisseaux d’une nature particulière, occupant le plus souvent une place assez fixe dans le végétal, mais dont le rôle physiologique n’est pas encore bien connu. C’est qu’en effet la nature du latex, la structure des laticifères, sont au nombre des questions sur lesquelles la science possède le moins de notions positives; aussi ne doit-on pas être étonné de voir les physiologistes les plus remarquables de notre époque differer d'opinion sur presque tous les points principaux relatifs à ce sujet (1).
Considéré par les divers auteurs comme une sécrétion de la séve descendante ou du cambium, comme la séve descendante elle-même, comme un mélange d’une excrétion avec la séve ascendante, ete., le latex, bien visible dans les Euphorbes, la Chélidoine, les Chicoracées, etc., circule dans des cavités regardées par les uns comme des lacunes, par les autres comme des vaisseaux propres ou laticifères. Sa circulation présente une foule de directions diverses, mais elle est en définitive descendante. C’est elle que M. Schultz, qui l’a découverte, a proposé de désigner sous le nom de cyclose. Elle paraît avoir pour résultat, en prolongeant et multipliant les rapports du latex avec les tissus qu’il parcourt, d'aider l'effet qui résulte de la présence du suc nourricier.
Outre les mouvements que nous venons de décrire, il existe encore certaines plantes qui en offrent un bien évident dans l'intérieur des cellules. Telles sont les Chara, les Vallisnéries, les Naïades, etc... plantes aquatiques, et, parmi les végétaux terrestres, les Éphémères, les Nénuphars, le Prunier, etc. Tantôt il existe dans chaque cellule un seul courant dont la direction est déterminée et toujours la même, tantôt il en existe plusieurs, et leur marche n’a rien de fixe. On a donné le nom de rotation à ce mouvement intra-cellulaire.