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RESPIRATION

L'existence de cette fonction chez les végétaux est aisée à démontrer par l'expérience. Si l'on met des plantes sous une cloche hermétiquement fermée à l’air extérieur, on constate au bout de quelque temps, par l'analyse, une modification dans la composition chimique de l'air renfermé dans la cloche, relativement à celle qu'il avait au commencement de l’expérience. Si l’on sème dans du sable ou du verre pilé, et qu’on arrose avec de l’eau distillée des graines dont le poids et la composition sont connues d'avance par l'analyse de graines semblables, on trouvera plus tard dans les plantes qui en proviendront une plus grande proportion de carbone; or celui-ci, n’ayant pu être fourni par le sol ni par l’eau, doit venir nécessairement de l’atmosphère.

Les feuilles, les jeunes écorces, les enveloppes florales, les péricarpes foliacés, sont les organes de la respiration; mais c’est surtout par les stomates qu’elle a lieu. Delile a pris pour ainsi dire la nature sur le fait; il a vu des bulles de gaz sortir par les stomates groupés au centre de la face supérieure des feuilles du Nélumbo. Nous savons que les anciens attribuaient aux trachées une grande part dans l'acte respiratoire; nous avons vu la cause de cette erreur. Ajoutons, pour la réfuter complétement, que les trachées se trouvent à la face supérieure de la feuille, les stomates surtout à la face inférieure, et qu'ils sont séparés conséquemment par toute l’épaisseur des tissus.

La respiration s’opère différemment dans les feuilles aériennes et aquatiques, conséquence inévitable de la structure diverse de ces feuilles. Dans les premières, on trouve au-dessous des stomates de grandes lacunes appelées pneumatiques, situées sous l’épiderme, et formant le réseau lacunaire sous-épidermique. L'air qui pénètre dans les stomates arrive ainsi par imbibition dans les tissus; on pourrait comparer jusqu’à un certain point cette respiration à celle des oiseaux ou des insectes.

La respiration des plantes submergées, au contraire, a été ingénieusement comparée par M. Ad. Brongniart à celle des poissons. Celles-ci, en effet, n’ont pas d’épiderme, partant pas de stomates, et les lacunes dont leur tissu est parsemé sont des espèces de vessies natatoires propres à diminuer leur densité et à les soutenir dans l’eau. L’air contenu en dissolution dans ce liquide pénètre dans le tissu du végétal et s’y décompose. Comme les branchies des poissons, ces feuilles, une fois hors de l’eau, se sèchent promptement et deviennent ainsi incapables de continuer à respirer. Cette dessicca-

(1) D. Cuos, Étude des Fluides végétaux. ee

tiun rapide est due au défaut de l’épiderme, qui, dans les végétaux aériens, en modérant l'évaporation, protége les cavités respiratoires et laisse en général aux liquides contenus dans l'intérieur de la plante le temps de venir remplacer celui qui se perd en s’évaporant.

Examinons maintenant les phénomènes chimiques de la respiration; ils sont différents dans les parties colorées et dans les parties vertes; dans celles-ci ils ne se passent pas de même à la lumière et dans l'obscurité.

Fig. 127. — Phlox triomphant.

Les parties vertes, à la lumière, dégagent de l'oxygène et absorbent de l'acide carbonique. On peut le démontrer facilement en mettant des plantes sous une cloche pleine d'eau et exposée aux rayons solaires; il se dégage une certaine quantité de gaz qui est de l'oxygène très-pur. C’est par les feuilles que s'effectue principalement le passage de l'acide carbonique de l'air dans l'organisme de la plante; la quantité de cet acide absorbée dans un temps donné est donc en raison directe de la surface des feuilles et de la quantité d’acide carbonique qui se trouve dans l’air. M. Boussingault a vu que des feuilles de Vigne renfermées dans un ballon enlevaient tout l'acide carbonique à l'air qu'on y faisait passer, quelque rapide qu’en fût le courant. Dans l'obscurité, le phénomène est inverse; ces mêmes parties absorbent de l'oxygène et dégagent de l'acide carbonique. C’est aussi de cette dernière manière que respirent les parties colorées et les graines en germination. Les organes sexuels sont, des organes colorés, ceux qui absorbent le plus d'oxygène.

Il semble que, puisque les végétaux respirent de deux manières tout à fait opposées, il devrait y

avoir à peu près compensation. Mais il n’en est pas ainsi; la perte en oxygène est beaucoup plus forte chez eux que le gain; la proportion de carbone fixée est au contraire plus grande que la quantité exbalée, et on peut en définitive formuler ainsi le résultat de cette fonction :

« Le végétal absorbe l'acide carbonique de l'air, fixe le carbone et dégage de l'oxygène. C'est précisément l'inverse de ce qui se passe chez les animaux. »

Les conséquences de ce fait si simple dans son énoncé sont aussi nombreuses que faciles à déduire. Il est à peine besoin d’insister sur cette admirable compensation établie entre la respiration des plantes et celle des animaux; sur les vents qui, mélangeant rapidement les diverses couches d’air, contribuent à donner à l'atmosphère cette composition uniforme, et on peut ajouter invariable; sur le danger qu’il y a d’accumuler des masses de fleurs dans un étroit espace; sur la nécessité de soustraire les graines à l’action de l’air pour les conserver en empêchant leur germination; sur le changement de saveur que présentent certaines plantes, qui, acides le matin, deviennent insipides a midi et amères le soir, etc., etc. Nous sommes forcés de nous borner à ce petit nombre d'exemples. Ajoutons-en néanmoins encore un seul, d’une portée immense, dans ses applications à l’agriculture. On peut dire d'une manière générale que. dans l’état normal de la végétation, les plantes n'épuisent pas le sol par rapport au carbone, mais qu’elles lui rendent au contraire par les feuilles plus de carbone qu'elles n’en ont reçu.

Nous n'avons parlé jusqu’à présent que du carbone. mais il est un autre élément qui joue un rôle très-important dans la respiration des plantes, c’est l'azote. M. Boussingault s’est assuré, par des expériences qu’il serait trop long de décrire, et qui d’ailleurs sont analogues à celles que nous avons exposées en tête de ce chapitre, que certaines plantes, les Légumineuses, par exemple, absorbaient l'azote directement dans l'air. Mais cet azote est-il emprunté à celui de l'air ou bien à l’ammoniaque qu'il renferme? C’est une question qui n’est pas encore parfaitement résolue.

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