VAISSEAUX
On distingue facilement les vaisseaux des fibres à leur longueur plus considérable, qui égale quelquefois celle du végétal tout entier. On peut, du reste, constater facilement leur existence en les faisant pénétrer par des liquides colorés; si l’on prend un fragment d’une certaine longueur, un fil très-fin ou un cheveu introduits à un bout sortent par l’autre; enfin, dans certains végétaux, dans Ja Vigne, par exemple, ils acquièrent un calibre si gros, qu’en appliquant l’œil à une extrémité on peut apercevoir le jour à l’autre.
Nous avons admis jusqu’à présent qu’un vaisseau tirait son origine d’une cellule considérablement allongée. D’autres botanistes pensent qu'ils proviennent de plusieurs cellules ou fibres placées bout à bout, et dont les cloisons intermédiaires se sont détruites; les étranglements qui leur correspondent sur certains vaisseaux ont fait donner à ceux-ci le nom de vaisseaux moniliformes ou en chapeler. :
On trouve, dans les différents ordres de vaisseaux, des faits qui semblent démontrer jusqu’à l’évidence l’une ou l’autre de ces origines; peut-être faut-il les adopter toutes les deux; mais, quelque opinion que l’on admette, on doit reconnaître que les vaisseaux sont des organes un peu plus compliqués dans leur organisation que les cellules et les fibres, et par conséquent ils méritent moins que ceux-ci le nom d'organes élémentaires. Si nous nous rappelons que les vaisseaux proviennent des cellules, nous devons nous attendre à trouver des vaisseaux ponctués, rayés, annulaires, spiraux, réticulés, etc., comme les cellules. Mais, tandis qu’il y a des cellules unies, nous ne trouvons jamais de vaisseaux présentant une surface semblable. C’est une preuve de plus que le vaisseau n’est pas un
organe parfaitement élémentaire, puisque les cellules ne présentent une surface unie que dans les premiers temps de leur existence. Ce n’est que plus tard qu’elles commencent à se couvrir de ponctuations, de rayures, d’anneaux, de spirales ou de réseaux, et c'est alors seulement qu'elles s’unis-
Fig. 11. — Vaisseau se formant de cellules.
sent pour former des organes plus compliqués, comme les vaisseaux, dont il nous reste à étudier les différentes catégories. ;
Vaisseaux spirauæ ou trachées. — Ces vaisseaux sont formés d'un cylindre membraneux dans l'intérieur duquel s’enroule un fil spiral. C'est ce fil que l’on aperçoit en cassant doucement de jeunes branches de Sureau, et écartant les deux fragments avec précaution. Le fil est quelquefois simple, d’autres fois double ou multiple; dans le Bananier, on en a compté jusquà vingt. Sa largeur est variable, ainsi que l’écartement des tours de spire et la direction de son enroulement. On compare ordinairement le fil des trachées déroulables ou vraies trachées à une élastique de bretelle, et cette comparaison en donne une idée assez juste.
On a cru pendant longtemps que les trachées étaient des organes respiratoires; nous verrons, en traitant de la structure des tiges et des feuilles, ce qui a pu causer cette erreur.
Fig. 12. — Trachée.
Vaisseaux annulaires et réliculés. — Îls sont composés d’un tube membraneux soutenu intérieurement par des anneaux ou cercles plus épais dont la distance relative est variable. La direction de ces anneaux, sensiblement horizontale, est quelquefois plus ou moins oblique, et il arrive assez souvent que plusieurs se tiennent de manière à former quelques tours d’une spirale continue.
En se croisant en réseau dans diverses directions, ils passent aux vaisseaux réticulés. On les appelle aussi fausses trachées, par opposition aux trachées déroulables ou vraies.
Fig. 13 — Vaisseau annulaire. Fig. 14. — Vaisseau réticulé.
Vaisseaux rayés. — Ils diffèrent des précédents en ce que les raies transversales, au lieu d'être complétement annulaires, n'embrassent qu'une partie de la circonférence. Quand, par suite de leur état serré, les vaisseaux se sont aplatis et ont pris une forme prismatique, les raies transversales figurent sur chacune de leurs faces les barreaux d'une échelle, d'où le nom de vaisseaux scalariformes. Souvent aussi les raies sont plus courtes, et figurent des sortes de boutonnières.
Vaisseaux ponctués. — Ils se présentent comme criblés de petits points disposés en lignes spirales; ce sont ces vaisseaux qui, dans Les plantes, acquièrent le volume le plus considérable, à ce point qu’on peut quelquefois voir le jour d’une extrémité à l’autre.
Vaisseaux propres ou laticifères. — On désigne sous ce nom un ensemble de vaisseaux contenant. un suc plus on moins coloré, et qui se trouvent principalement dans l'écorce. On les a appelés aussi réservoirs du suc propre. Leur surface est unie et n’offre jamais ces points, raies, lignes, etc., que nous venons d'étudier dans les vaisseaux précédents; aussi ne saurait-on les confondre. Leur structure et leurs fonctions sont imparfaitement connues. On peut, du reste, les observer facilement dans
les Euphorbes, les Chicorées, la Chélidoine, et généralement dans toutes les plantes à suc laiteux ou coloré.