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VIGUEUR

Les conférences dont nous avons fait l’historique dans l’article précédent, ne se sont guère occupées que du choléra, parce que c’est la maladie exotique qui menace aujourd’hui le plus directement l’Europe, et que les mesures de préservation qu’on lui oppose, s’appliquent au besoin aux deux autres.

Le choléra est endémique au Bengale et surtout dans le delta du Gange. Calcutta, avec ses 430,000 habitants, sa population entassée dans des huttes, ses mares infectes, en constitue le principal foyer; mais il s’en est formé de secondaires dans l’Indoustan, la Birmanie, l’Indo-Chine, la Chine et le Japon. Les épidémies qui s’y perpétuent depuis soixante ans, en sont la preuve ; mais le choléra n’est pas endémique en Perse, ni sur les bords de la Caspienne, ni dans le Hedjaz, ni à la Mecque. Lorsqu’il s’v montre, c’est qu’il y a été importé. Il s’attache aux pas des voyageurs, il suit les caravanes, les courants commerciaux, il marche le long des grands fleuves et jamais on ne le voit éclater dans une localité sans qu’elle ait reçu un malade du dehors. Il est donc possible de lui barrer le chemin.

Le choléra a fait dans ce siècle quatre apparitions en Europe : en 1830, en 1846, en 1863 et en 1884 (1). Chacune de ces apparitions a été une épidémie redoutable. Pour arriver dans nos contrées, il a suivi jusqu’ici deux routes différentes : la voie de terre par laquelle il nous est venu en 1830 et en 1846; la voie de mer qu'il a prise en 1865 et en 1884. Ces deux voies réclament une prophylaxie différente, et nous allons les étudier successivement.

§ Ier. — Défense contre l’invasion des épidémies par la voie de terre

Dans l’article précédent, nous avons retracé à grands traits la marche que la première épidémie de choléra suivit pour venir des bords du Gange jusqu’en Europe; la seconde prit la même route. Le fléau traversa la Perse et le Caucase d’un côté, de l’autre il franchit la mer Noire et entra par ces deux portes en Russie ; de là, il envahit de proche en proche les autres contrées d’Europe. C’est également par cette voie que la peste est entrée en Russie, lorsqu’au mois de janvier 1879, elle apparut sur les bords du Volga.

(1) L’épidémie de 1832-1855 ne peut pas être rattachée à une importation de l’Inde, c’est un simple réveil de celle de 1846 qui s’est prolongée pendant près de dix ans et a fait en France 250.000 victimes.

HYtUEÿJE

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I. Perse. — Il est un principe universellement admis aujourd’hui, en matière de police sanitaire, c’est qu’il faut établir les lignes de défense le plus près possible des foyers d’origine des fléaux épidémiques, en attendant qu’on puisse détruire ces foyers. Pour le choléra, c’est en Perse que les premières mesures de prophylaxie doivent s’établir, puisque c’est par là qu’il nous arrive. Pour entrer en Perse, il peut venir par l’est en traversant le Turkestan et l’Afghanistan, ou par le Sud, en venant du golfe Persique.

Dans le premier cas, il arrive par Kaboul où aboutissent les routes peu fréquentées qui traversent ces pays déserts, et il entre par Hérat. 11 gagne d’abord Mesched, lieu saint qui, lorsqu’il est envahi par les pèlerins persans, devient un foyer de renforcement et de dissémination de la maladie. De Mesched, il continue sa route à l’ouest, et longe la mer Caspienne, pour franchir le Caucase et entrer en Russie. Lorsqu’il vient du golfe Persique, il remonte le long du Tigre et de l’Euphrate et traverse la Mésopotamie pour atteindre la mer Noire.

Les points à défendre en Perse sont surtout : Mesched, dont nous avons parlé ; Kismanschah, où convergent les caravanes qui se rendent à Kerbellah, et enfin Tauris, centre commercial considérable d’où partent deux grandes voies qui se dirigent l’une vers les provinces russes transcaucasiennes, l’autre vers Trébizonde. Il ne faut pas compter sur la Perse pour établir un système de défense quelconque. L’esprit du pays n’a pas changé depuis mille ans. La religion enseigne la résignation et le mépris de la vie. L’hygiène y est inconnue ; les ressources pécuniaires sont nulles. Il serait indispensable que l’Europe prit en main la direction des mesures sanitaires et qu’elle instituât dans ce pays, comme l’a proposé la Conférence de Constantinople, une organisation analogue à celle de l’empire ottoman, avec un conseil de santé mi-partie européen, ayant sous sa direction des officiers sanitaires disséminés sur les points importants du pays et plus particulièrement dans les villes que nous avons signalées.

M. Tholozan, médecin français attaché depuis près de quarante ans à la personne du shah de Perse et très au courant de toutes les questions de prophylaxie sanitaire, pense qu’en cas de menace de choléra, il faudrait interrompre complètement les communications avec Jezd, d’où le choléra est venu en 1860 et en 1861. Il conseille également l’interruption complète des relations avec l’Afghanistan, et surtout la suppression des pèlerinages. On sait que l’épidémie meurtrière de 1845-1846 est venue de l’Afghanistan. Quant aux ports du golfe Persique, si le choléra se montrait à Basora ou à Maskat, M. Tholozan conseille de prescrire une quarantaine de quinze jours au moins à tous les navires venant de l’Inde (1).

fl) Tholozan, Rapport au roi de Perse, 1869.

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II. Russie. — Lorsque le choléra est en Perse, il faut défendre les frontières limitrophes, c'est-à-dire la Russie, la Turquie et la Boukharie.

Le premier de ces pays est de beaucoup le plus important. Plusieurs routes font communiquer la Russie et la Perse* l’une suit le littoral de la mer Caspienne ; une autre va de Tauris dans les provinces caucasiennes par Natchischevan. Jamais le choléra n’est allé de Perse en Russie par cette route ; une fois en 1847, il l’a suivie pour repasser d’Erivan en Perse; mais, la route la plus importante est celle qui suit le littoral de la mer Caspienne. C’est par elle qu’en 1823, en 1830, en 1847, le choléra a été de Perse jusqu’à Astrakan et a causé les épidémies les plus meurtrières qui aient ravagé l’Europe.

La protection de la Russie contre le choléra doit être organisée du côté de la terre et du côté de la mer.

La frontière de terre présente successivement en allant de l’ouest à l’est : 1° une série de montagnes au pied desquelles coule l’Araxe, qui sert de frontière ; 2° un terrain assez plat, mais encore nettement limité par l’Araxe ; 3° plus loin des steppes encore ; mais comme l’Araxe a continué son trajet vers le nord, la frontière est tout à fait artificielle. Ce sont les steppes du Mougan, parcourues par des nomades persans qui viennent camper l’hiver sur le territoire russe, en vertu d’un droit que leur assurent les traités ; une dernière partie est constituée par des montagnes très élevées qui, depuis Relasouvorx jusqu’à la frontière vers Astara, vont en se rapprochant de la mer. L’espace qui existe entre elle et ces montagnes est, au niveau de Lenkovan et d’ Astara, large de 12 à 15 verstes.

La première partie est facile à défendre. Les Russes ont établi des quarantaines à Scliarourx, Djoulfa, Natchischevan, sur la grande route qui va de Tébris à Tiflis, à Ordobat, à Djebrail. La seconde partie est plus difficile à garder ; on peut toutefois utiliser le cours de l’Araxe et les difficultés sérieuses n’existent que pour les steppes du Mougan ; mais l’espace n’est que de 40 à 50 verstes et les Russes ont des postes de cosaques sur toute cette frontière. Les excursions des nomades, du reste, n’ont lieu que pendant l’hiver, époque où le choléra s’assoupit en Perse.

La dernière partie, de Relasouvorx à Astara, est constituée par des montagnes couvertes de bois qui vont en s’abaissant jusqu’à la mer. L’espace qui les en sépare est facile à surveiller, parce qu’il n’y a que deux routes, l’une qui va de Lenkovan à Sahan et l’autre de Lenkovan à Belasouvorx (d’Astara à Lenkovan, il n’y a qu’une route). Le pays est marécageux, les montagnes sont d’un accès difficile. Les caravanes ne peuvent pas les franchir ; mais il n’en est pas de même des contrebandiers qu’il est très difficile d’arrêter. Pour toutes ces raisons, Belasouvorx est un point qui doit être attentivement surveillé. Les Russes y ont établi une quarantaine, ainsi qu’à Astara.

La protection de la Russie du côté de la mer doit se faire sur une assez

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grande étendue. Toute la navigation qui a pour origine le littoral persan, qu’elle vienne de la côte d’Asterabad, de l'île d’Aschouradey, de la ville de Sari, de Redit par Enselli, toute cette navigation a pour objectif forcé la côte occidentale de la mer Caspienne, c’est-à dire Astara, Lenkovan, Bakou, Derbent, Petrowskaja et enfin Astrakan. 11 est indispensable d’établir une surveillance sanitaire dans ces ports. Tous les établissements quarantenaires ne doivent pas avoir la même importance. Astara qui est, à la frontière de la Russie et de la Perse, l’aboutissant d’une partie des routes de terre et de mer, devrait avoir la première place ; mais il n’a pas un port sûr ; c’est un endroit très insalubre et on ne peut y placer qu’un établissement secondaire. Il en est de même de Lenkovan. Aussi le gouvernement russe a-t-il choisi, avec raison, Bakou pour le grand établissement quarantenaire de la mer Caspienne. Bakou possède un port commode, accessible par tous les temps, un excellent terrain permettant l'installation facile d’une quarantaine à une certaine distance de la ville.

Indépendamment de l’établissement général de Bakou, il est nécessaire d'avoir, dans tous les ports russes, un service sanitaire moins important, pour les navires qui ne pourraient pas subir à Bakou l'isolement nécessaire. Des établissements quarantenaires de second ordre sont indispensables à Astara, à Lenkovan, à Derbent, à Petrowskaja. Des médecins créés ad lioc n’y permettraient le débarquement qu’après avoir apprécié le visa de la patente, qu’il y ait ou non menace d’épidémie.

Il est plus indispensable encore de fonder un établissement et un service sanitaire à Astrakan, qui est l’aboutissant d’une grande partie de la navigation de la mer Caspienne et où beaucoup de navires se rendent sans avoir passé par les ports intermédiaires.

III. Turquie, Boukharie. — La ligne à défendre part de Bayazid au nord, au point de jonction des territoires russe, persan et turc. Un système continu de protection a été établi sur la frontière turco-persane ; mais il n’a produit que de bien médiocres résultats, pendant les épidémies d’Irak-Arabie, de Mésopotamie et de Perse de 1888-1890.

Quant à la Boukharie, c’est à la Russie qu’il appartient d’en diriger la défense. Maîtresse de Balk, dont la situation entre l’Afghanistan et le Khonat de Boukara en fait l’entrepôt du commerce des deux pays de Koundouz et de Badaschan, elle est aux portes de l’empire britannique et du bassin de l’indas. Elle commande la meilleure route qui puisse la conduire sur ce fleuve, celle qui d’Asterabad se dirige sur Meschel, Herat, Caboul et Peschaver. Toutes les voies de communication qui conduisent de la Sibérie en Perse et dans l’Afghanistan sont entre ses mains ; grâce à sa flotte, elle domine la mer Caspienne. C’est donc à elle qu’il appartient d’organiser la protection sur les points que nous avons indiqués, c’est-à-dire à Hérat et à Mesched.

Lorsque la frontière de la Russie est franchie, l’Europe est le plus

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souvent envahie ; il reste pourtant quelque chose à faire encore. 11 est possible en effet d’éteindre une épidémie sur place et de l’empêcher de se propager. La Russie en a donné la preuve en 1878, lorsque la peste apparut dans le district d’ Astrakan, au village de Vetlianka et se répandit de là dans le voisinage. Elle y régnait déjà depuis deux mois (1), lorsque le général Loris de Melikoff y arriva muni de pleins pouvoirs. Il fit établir un triple cordon sanitaire autour des villages infectés. Les habitants furent lavés, leurs vieilles toulouques furent brûlées, on leur donna des vêtements neufs. Le sol du cimetière de Vetlianka fut recouvert d’une couche de chaux vive sur laquelle on amoncela de la terre ; les maisons envahies furent nettoyées à fond et blanchies à la chaux ; quelques-unes d’entre elles furent brûlées. A partir de ce moment, l’épidémie commença à décroître; elle était éteinte au bout d’un mois.

11 n’est pas certain que de semblables mesures puissent réussir avec le choléra. Sa puissance de diffusion et la rapidité de sa marche sont trop grandes pour qu’on puisse l’affirmer. Il franchit les distances et les cordons sanitaires avec une promptitude désespérante. On devrait essayer cependant. Les grandes steppes de la Russie méridionale ou rien n’arrête le regard, rendent la surveillance facile. Des postes de Cosaques placés à un kilomètre de distanee, suffisent pour l’assurer. C’est le dernier rempart de l’Europe civilisée, car une fois ces déserts franchis, lorsque les populations denses des contrées de l’Ouest sont envahies, les cordons sanitaires ne servent plus qu’à propager les épidémies.

IV, Embouchure du Danube. — 11 reste encore un point à défendre, lorsque le choléra règne sur les versants méridional et oriental de la mer Noire, ce sont les bouches du Danube. On comprend en effet qu’un navire partant d’un point infecté de ce littoral peut, en remontant le fleuve, porter directement le choléra en Roumanie. Cette question intéresse particulièrement l’Autriche et les provinces danubiennes. Elle a été traitée comme nous l'avons dit à la Conférence de Dresde. L’annexe II de la Convention la règle de la manière suivante ;

1° Mesures à prendre à Soulina. — Les bateaux entrant en Roumanie par le Danube seront retenus jusqu'à la visite médicale et jusqu’à parachèvement des opérations de désinfection.

Les bateaux se présentant à Soulina devront subir, avant de pouvoir remonter le Danube, une ou plusieurs visites médicales sérieuses faites de jour. Chaque matin, à une heure indiquée, le médecin s’assurera de l’état de santé de tout le personnel du bateau et ne permettra l’entrée que s’il constate la santé parfaite de tout le personnel. 11 délivrera au capitaine ou au batelier un passeport sanitaire ou patente, ou certificat dont la production sera exigée aux garages ultérieurs.

(I) Le premier cas de peste eut lieu à Vertianka le 19 octobre 1878, et le général Loris de Mélikoff n’y arriva que le 19 décembre.

Encyclopédie d’Hygiène. — VT II .

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Il y aura une visite chaque jour. La durée de l’arrêt à Soulina des navires non infectés ne dépassera pas trois jours. La désinfection des linges contaminés sera effectuée dès l’arrivée.

Un substituera une eau potable de bonne qualité à l’eau douteuse qui pourrait être à bord.

L’eau de la cale sera désinfectée.

Les mesures qui viennent d’être indiquées ne seront applicables qu’aux provenances de ports qui sont le siège d’un foyer cholérique.

Il est bien entendu qu’un navire provenant d’un port non contaminé — c’est-à-dire d’un port qui n’est, pas le siège d’un foyer — pourra, s’il ne veut pas être soumis aux mesures restrictives précédemment indiquées, ne pas accepter les voyageurs venant d’un port contaminé.

11 y a lieu de perfectionner à Soulina l’établissement sanitaire, de le pourvoir de l’outillage moderne comme moyens de désinfection et de le compléter de façon qu’on puisse débarquer et isoler les malades provenant d’un navire infecté, ainsi que les autres passagers.

2° Mesures à prendre sur les bords du fleuve. — Des postes sanitaires de moindre importance devront être installés sur les bords du fleuve de façon à pouvoir débarquer des malades s’il s’en trouve à bord ; les postes devront être pourvus de bonne eau potable et des moyens de désinfection nécessaires. Une entente doit être établie à cet égard entre le gouvernement russe et le gouvernement roumain.

Un médecin sera attaché à chaque poste sanitaire ou à chaque point de relâche important.

Dans chaque station une chambre convenablement isolée devra être préparée.

Tous les bateaux subiront en passant devant ces postes la visite médicale. S’il y a des malades ou des suspects ils seront débarqués et isolés.

Les autres personnes devront être également débarquées et isolées pendant cinq jours.

Les cabines, dortoirs et autres endroits contaminés, le linge, les hardes et objets souillés seront désinfectés; il en sera de même de la cale ; une bonne eau potable sera substituée à l’eau douteuse du bord.

Pour les bateaux dans lesquels il n’y aura ni malades, ni suspects, on désinfectera les cabinets et la cale et on substituera une bonne eau potable à celle qui est à bord et qui pourrait être mauvaise.

Après la visite médicale on donnera au capitaine ou au chef de l’équipage un certificat indiquant les précautions qui ont été prises et les désinfections qui ont été effectuées ; ce certificat préciseraen outre le nombre des passagers et de l’équipage.

Ce certificat devra être présenté dans les différents postes.

Lorsque le bateau abordera une nouvelle circonscription, il subira une nouvelle visite médicale.

La cale sera de nouveau désinfectée à moins que l’eau ne renferme encore d’une façon non douteuse le mercure ou la chaux à l’état alcalin.

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§11. — Défense contre l’invasion des épidémies par la voie maritime

Les trois maladies pestilentielles peuvent s’introduire en Europe par la voie maritime et la fièvre jaune ne peut pas y entrer autrement. C’est donc de ce côté que doivent se porter surtout les efforts de la prophylaxie sanitaire et les précautions à prendre deviennent plus urgentes de jour en jour, en raison de l’intensité de plus en plus grande des relations maritimes et de la rapidité croissante des navires au moyen desquels ces communications s’établissent. Les mesures sanitaires ont été prises surtout en vue du choléra qui nous menace plus particulièrement aujourd’hui.

Le choléra venant de l’Inde peut, comme nous l’avons vu, pénètre en Europe par deux routes maritimes, par la mer Rouge et le golfe Persique. La première est de beaucoup la plus fréquentée et la plus menaçante. Les provenances de l’Inde qui traversent chaque année le canal de Suez varient de trois à quatre mille par an ; mais elles ne sont pas toutes dangereuses. Les paquebots postaux ou autres qui arrivent à Suez après une longue traversée n’y ont que très rarement importé le choléra. Ils sont dans de bonnes conditions d’hygiène, ils ont à bord un médecin responsable et sont fort bien tenus.

Les navires véritablement menaçants sont ceux qui amènent à la Mecque les pèlerins musulmans venant de l’Inde, et surtout ceux qui viennent de Bombay et font la traversée en quelques jours. De la Mecque, le choléra arrive promptement en Egypte, et dès lors l’Europe peut se considérer comme envahie. C’est ainsi qu’en 1865, nous vîmes le fléau fondre inopinément sur nous, tandis que la nouvelle de sa présence à la Mecque nous arrivait à peine. La surveillance de ce pèlerinage importe donc au premier chef.

A. Pèlerinage de la Mecque. — 1. Provenances des pèlerins de la mecque. — Parmi les pèlerins qui se rendent à la Mecque, venant les uns d’Asie, les autres d’Europe et d’Afrique, quatre classes doivent être distinguées :

La 'première, comprenant tous ceux qui, partis soit de l’Extrême- Orient, soit de l’Inde, soit de la mer d’Oman ou du golfe Persique, gagnent la mer Rouge par Aden. Ce sont les plus dangereux au point de vue de la transmission du choléra.

Ils comprennent les Malais et les Javanais, dont le nombre augmente chaque année ; les Indiens, qui autrefois ne se rendaient d’abord que jusqu’à Mascat et à Mokala en bateau et se formaient ensuite en caravane pour parvenir à la Mecque ; les Bokhariens ; les Chinois ; les pèlerins de l’Afghanistan ; les Persans, qui s’embarquent aux diverses échelles du

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golfe Persique : Mohammrali, Liréger, Bender Abbas, Bender Boucbir: les pèlerius des iles Bahreim ; les Arabes provenant de Bagdad et des rives de l’Euphrate et du Tigre, ils s’embarquent à Bassorah ; les Yemenis on les pèlerins provenant de la péninsule arabique, ils viennent sur de grands voiliers, sambouks, car les bateaux à vapeur ne touchent que rarement à Mascat et à Mokalla : ils se rendent également à Aden, où ils trouvent toute facilité pour leur voyage ; les pèlerins de Zanzibar.

Nous rangeons dans la seconde classe tous ceux qui, partis du bassin de la Méditerranée, gagnent la mer Bouge par Port-Saïd et Suez. Ce sont : les Egyptiens ; les Turcs ; les Maugrabinsou T ri poli tai ns ; les Marocains ; les Tunisiens : les Algériens ; les pèlerins venus de la Bosnie et de l’ Herzégovine. Un certain nombre d’Algériens se mêlent aux Egyptiens après avoir gagné la Régence de Tunis et de là Malte, pour débarquer à Alexandrie.

Bien que cette seconde classe soit beaucoup plus rarement à redouter, elle peut réclamer dans certaines circonstances des mesures prophylactiques sévères. Ainsi en 1873, la présence du choléra en Syrie inspirait de sérieuses inquiétudes; des germes cholériques pouvaient, importés par des pèlerins, apparaître à la Mecque au moment des fêtes et des sacrifices, et y rencontrant un terrain bien préparé pour leur éclosion, se multiplier et se disséminer dans toute l’Europe par le retour des hadjis. Justement préoccupé de ce danger, le Conseil d’Alexandrie s’est efforcé, par les difficultés imposées aux capitaines, de rendre impossible anx navires porteurs de pèlerins le trajet par le canal. Si les termes de répulsion et d’interdiction n’ont pas été prononcés, si le sultan et le khédive n’ont, pu s’opposer au départ des pèlerins, les formalités prescrites étaient telles qu’elles aboutissaient au môme résultat. Lavoie de mer ainsi fermée aux Syriens, il ne leur restait, pour se rendre à la Mecque, que la ressource des caravanes. Or, ici la seule durée du trajet constitue une garantie sérieuse. Aussi les fidèles, ceux de Damas, par exemple, qui, pour se rendre à la Mecque en caravane, ont de si grands déserts à traverser, peuvent n'exiger que des mesures d’observation peu sévères.

La troisisiême classe est formée par les pèlerins qui viennent du littoral oriental ou occidental de la mer Rouge. Ceux du littoral africain de Massouah et de Souakim, prennent passage sur les sambouks. Les pèlerins appartenant à Tune ou à l’autre de ces trois classes ont pour objectif Djeddah, qui est l’échelle de la Mecque, ou Yambo, qui est l’échelle de Médine.

Enfin, un quatrième et dernier groupe arrive par terre en caravanes.

Nous les suivrons du sud au nord. Les caravanes cle V Hadramout et du Yémen vont directement à la Mecque: elles sont parfois soumises en avant de Taïf (localité ou fut interné et où mourut Midhat Pacha) à une visite forcément sommaire. Elles sont composées principalement d’Hadramis, de Yémenis et des gens de l’Assyr.

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D’innombrables bandes dô Bédouins se rendent à la Mecque de tous les points du désert.

La caravane de Nedjed, qui traverse la péninsule dans sa plus faible largeur, se compose d’anciens Wahabites qui ne sont jamais devenus musulmans orthodoxes. Elle arrive directement à l’Arafat.

La caravane de Persans, venant de Bagdad, se grossit de nouveaux pèlerins dans son trajet à travers l’Irak Arabie pour aboutir au Nedj et déboucher sur la Mecque.

La caravane du Djebel Chamar se compose surtout de Bédouins d'Ybn Bacliid ; elle se forme dans sa capitale Haïl, et se rend tantôt à Médine, tantôt directement à l’Arafat.

Les caravanes de Chaldée partent l’une de Chaldée, l’autre de Soukech Chiok ; la première est composée de Schiites persans, l’autre d’Arabes du Chatt ; ces deux caravanes viennent rejoindre la route du Djebel Chamar.

La caravane de Syrie {caravane du Mahmal ou chameau sacré qui porte le tapis du sultan), ou grande caravane du Tapis (Sourreyi-humavoum), suit la route historique, Damas, Mècline, la Mecque. Elle est reçue à Médine par l’agent sanitaire qui l’accompagne à la Mecque.

Les changements d’itinéraire de ces caravanes, sans être absolument rares, ne sont pas fréquents, et les pèlerins reprennent en général au retour la route suivie à l’aller. Toutefois, si la saison est bonne, quelques Syriens venus par mer rentrent chez eux par terre. Au contraire, les Moukres, engagées à Damas pour le service des animaux dans la caravane du Tapis, rentrent habituellement par mer et obtiennent comme pauvres le passage gratuit. Les Persans venus par mer rentrent par terre afin de visiter les lieux saints de la Mésopotamie : Nedjeff et Kerbellah.

La tribu des Ouled-Ali, de l’oasis d’Ammon, vient de Kosseir, par mer, en sambouk : au Hedjaz, elle achète des chameaux et rentre par voie de terre.

Enfin, un groupe d’Algériens arrive, en petit nombre, jusqu’à la frontière de l’Egypte, traversant toute la Tripolitaine. Ces Algériens suivent le même trajet que l’ancienne caravane du Maroc.

Le chiffre des pèlerins venant par caravanes est impossible à préciser. On possède au contraire des données assez exactes sur le chiffre des arrivages par mer. Le tableau suivant montre que le nombre des pèlerins suivant la route de mer a progressivement augmenté de 1869 à 1893 (Guiot).

Pèlerins arrivés par mer ( 1808 à 1S93).

de l’hégire 1284.

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