pèlerins
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de l’hégire
pèlerins.
1880 (la fête est un vendredi)
1885 (la fête est un vendredi)
1888 (la fête est un vendredi)
1893 (la fête est un vendredi)
On prétend que les arrivages par caravanes sont aux arrivages par mer dans la proportion de 3 à 1. Si cette donnée est exacte, il y aurait eu en 1893 à l’Arafat environ 370.000 pèlerins, auxquels il faut ajouter la grande majorité de la population de la Mecque (soit 60.000 à 70.000 individus) se rendant aux fêtes par sentiment religieux ou dans un but de lucre (Guiot,).
Si maintenant on compare par nationalité le nombre des pèlerins arrivés par mer en 1892 et en 1893, on voit que ceux venant du sud étaient en 1893 en augmentation ou en diminution insignifiante sur l’année précédente (13.000 Javanais au lieu de 14.000, 14.800 Indiens au lieu de 15.100); au contraire les pèlerins venant du nord, Egyptiens, Syriens et Ottomans proprement dits, Maugrabins et les tribus arabes doublaient, triplaient, quadruplaient même (Maugrabins) les chiffres pour lesquels ils sont portés en 1892.
Pèlerinages Indous. — L’Inde est, avons-nous dit, la patrie du choléra, et rien ne contribue plus puissamment à sa propagation que les pèlerinages périodiques, à l’occasion desquels des multitudes se déplacent et convergent sur des points où se produit le plus formidable encombrement. Pour les Hindous, le Gange est le fleuve sacré; les principaux lieux de pèlerinage sont étagés sur ses bords. Un bain pris dans le Gange, là où ses eaux sont vénérées, purifie le pèlerin de toute souillure et le lave de tout péché. Le paradis est assuré aux bienheureux dont les corps y sont incinérés.
L’hindou est comme soudé à son village ; seuls les pèlerinages sont capables de l’en faire sortir ; ces réunions vers lesquelles affluent de tous côtés les fidèles sont les principaux entrepôts des épidémies ; elles s’y concentrent d’abord pour se disséminer ensuite,
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Hurdwar ou Gangachvara (les portes du Gange) est un lieu de pèlerinage et de foire fameux. La réunion a lieu tous les ans. Hurdwar est situé dans le point où le Gange pénètre dans l’Hindoustan : cette ville est plus que toutes les autres stations du fleuve visitée par les pèlerins.
La facilité que l’on a pour y arriver des différents points de l’Asie augmente encore le chiffre des fidèles. Les ablutions dans le Gange commencent dans le mois de chaïtra , quand le soleil entre dans le bélier. Chaque douzième année est célébrée avec des réjouissances particulières et appelée le Cumbh Mêla ; les ablutions à ces époques duodécimales sont considérées comme beaucoup plus efficaces. Le 10 avril est le dernier jour des purifications.
La foire qui a lieu à l’occasion de ce pèlerinage est l’objet d’un trafic très étendu ; elle était autrefois la plus considérable de l’Inde; il y venait des marchands du Pendjab, de la Tartarie, de Cachmir, du Badjpootanah. En 1796, la multitude réunie sur ce point s’élevait à deux millions et demi d’individus : douze ans après, Bœper estime encore à deux millions le nombre des pèlerins, et il s’en trouvait plus d’un million en 1783 lorsque le choléra y éclata et fit périr 20.000 hommes en huit jours. Le choléra se montre tous les ans à Hurdwar à l’époque de la foire.
Jugurnath , sur la côte d’Orissa, au nord ouest du golfe du Bengale, est aussi un lieu de pèlerinage des plus vénérés. Les cérémonies y ont lieu dans les mois de juin et de juillet. Nous citerons également Covjeveram, située à 45 milles au sud de Madras, et qui voit arriver chaque année, pendant le mois de mai, plus de 20. 0U0 pèlerins. Les phénomènes que l'on observe à Hurdwar, à Jugurnath, à Conjeveram, sont partout les mêmes et se montrent également dans toutes les autres localités qui sont le siège de foires et de pèlerinages. Les fidèles affluent de toutes parts dans ces lieux sacrés; ils arrivent épuisés par la fatigue et la misère, ayant souvent fait plusieurs centaines de lieues, presque toujours à pied, sous un soleil brûlant. Leur condition va s’aggraver encore; il y a partout des tanks dans lesquels des milliers d’hommes se baignent et dont ils boivent l’eau. La mauvaise nourriture, l’eau potable souillée, la débauche vont s’ajouter à l’encombrement pour devenir une nouvelle cause de développement épidémique. La maladie se trouve ainsi renforcée; la mortalité est considérable; puis quand cette multitude se disperse elle sème partout le choléra sur son passage et devient ainsi une cause très active de la propagation de la maladie. Après avoir été un agent de renforcement, elle devient un agent de dissémination.
Pettenkofer, s’appuyant sur un travail de Brydden, a essayé d'établir qu’à Jugurnath et aux environs le choléra est surtout fréquent au mois de juin, alors que les principaux pèlerinages ont lieu en mars et avril. La prédominance du choléra au mois de juin tient, d’après lui. suivant sa théorie célèbre, à ce que ce mois correspond au niveau le plus bas de la nappe souterraine. L’enquête de Koch aboutit à des résultats tout
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différents. Elle établit que la nappe d’eau souterraine se comporte exactement à Jugurnath comme à Calcutta. Dans les deux villes, la saison des pluies commence en mai et finit au début d’octobre. D’autre part, la fête du mois de mars n’est point la seule ; il y en a une beaucoup plus fréquentée au mois de juin et une autre moins importante en novembre ; cette dernière se traduit encore par une augmentation de décès cholériques.
Il est donc permis de penser qu’à Jugurnath, la manifestation du choléra est due, non à l'abaissement de la nappe souterraine, mais à l’arrivée des pèlerins. En revenant des lieux-saints, ils donnent encore naissance à des cas secondaires ; aussi dans toute la province les décès cholériques sont souvent fréquents pendant les mois de mars, de juin, de juillet et de novembre.
Cependant ces lieux de pèlerinage ne doivent pas être considérés comme des foyers d’endémie cholérique ; le choléra s’y éteint après le départ des pèlerins et il n’y reparaît plus au moins périodiquement qu’à l’occasion d’un nouveau pèlerinage. 11 est donc probable, que dans beaucoup de régions de l’Inde, comme ailleurs, l’importation du choléra est la condition nécessaire de son développement épidémique.
Le fait suivant établit bien que le rôle de X agglomération a plus d’importance que n’en a la localité. Les pèlerins de Bombay, pour aller à Jugurnath et en revenir, passaient par Ravpore et Sumbulpore où sévissait le choléra. Voulant préserver ces localités, Coates dirige les pèlerins par le Khond, région où la maladie était inconnue et qui était même considérée comme réfractaire au choléra. Or les pèlerins l’ont importé dans le Khond où il a causé de grands ravages (1).
Désirant arrêter la propagation du choléra dans l’Inde, Montgomery déjà en 1861, avait institué à Conjeveran des mesures d’hygiène applicables aux pèlerinages. Elles comprenaient : l’établissement de latrines temporaires, l’organisation d’un service de nettoyage et d’arrosement de la ville avec enlèvement des immondices, l’éloignement des bestiaux pendant les fêtes, l’approvisionnement de bonne eau potable. Grâce à ces moyens, il n’y a pas eu de choléra à Conjeveran en 1864 ni en 1865. Il résulte aussi du rapport de Leith, président de la commission sanitaire de Bombay (10 mars 1866) que la même tentative a eu un égal succès dans cette ville. Des mesures semblables avaient été appliquées : désinfection des matières cholériques, soit par la solution de permanganate de potasse, de chlorure de zinc, d’acide carbolique, soit par de la chaux vive. Le retour des pèlerins était aussi l'objet de précautions très sages : « Campement, interdiction pour les pèlerins d’entrer dans une ville ou station militaire, s’ils n’ont pas fourni la preuve qu’ils sont exempts d’infection cholérique : ils doivent établir qu’il n’y a parmi eux ni
(1) Report of the Sanitary Commission of Benyal, 1876.
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diarrhée, ni aucun indice de choléra, et que quarante-huit heures au moins se sont écoulées depuis qu’ils ont eu communication avec une personne malade de diarrhée ou de choléra. »
Malgré l’insuffisance de ces mesures, on constata cependant un progrès sérieux à la suite de leur application. Dans la présidence de Bombay, en 1864, sur 94 lieux de pèlerinage où s’étaient réunis de 2,000 à 50,000 pèlerins, le choléra se manifesta seulement sur deux points et sans y occasionner de grands ravages.
Dans la province de Madras, une surveillance attentive a pu prévenir tout danger imputable au pèlerinage. Pendant l’année 1884, il y eut 75,476 décès cholériques, et bien que 17 districts de la province aient fourni 70,368 décès cholériques et aient été le siège de 133 pèlerinages où se sont rendus plus de 2 millions d’hommes, on n’a noté dans ces pèlerinages que 27 décès cholériques.
En 1885, 1,094,676 pèlerins se sont rendus à 73 pèlerinages et il n’y a pas eu un seul cas de choléra. En 1887, 91 pèlerinages, et on ne constata un seul cas de choléra.
Le grand pèlerinage de Hudwar, le Kumbhmela, était annoncé pour le mois d’avril 1891. Des mesures très sérieuses furent prescrites afin d’éviter que ce Kumbhmela ne fut, comme en 1867 et en 1870, le point de départ d’une grande épidémie.
Le bras du Gange dans lequel ont lieu les ablutions fut curé. Une chasse d’eau permettant de rendre le courant plus rapide dans ce bras fut installée. Un étang « tank Bhim Godo », où se faisaient également les ablutions, fut mis à sec, fut curé, pavé, cimenté, et muni d’un siphon amenant l’eau du fleuve. Un personnel de 1,342 individus fut mis à la disposition du service d’hygiène : un certain nombre de sections ayant chacune leur hôpital furent créées. Les pèlerins étaient inspectés à l’arrivée ; les malades et les suspects isolés. L’exécution des mesures de salubrité pour la voie publique, les tentes et les maisons fut surveillée. L’alimentation de cette masse énorme fut l’objet des plus grands soins. Le sublimé fut employé comme désinfectant avec prodigalité ; 235 balayeurs étaient en service pendant toute la journée : 18 équipes formant 198 hommes avaient été réservées pour des travaux supplémentaires.
Grâce à ces mesures, le Kumbhmela de 1891 ne fut l’origine d’aucune expansion épidémique, bien qu’il fût aussi nombreux que le précédent et qu’on eût constaté parmi les pèlerins quelques cholériques. Deux ont été traités au lazaret. Les pèlerins remplissaient absolument le cours de ce bras du Gange et le courant emportait 400 à 500 Hindous à la minute. L’eau, limpide avant le bain, devenait immédiatement trouble et prenait une mauvaise odeur. Elle fourmillait de bactéries. Lors d'un pèlerinage antérieur, Cunningham y avait trouvé des bacilles virgules.
En 1892, les mêmes précautions n’ayant pas été prises, on a constaté
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de nombreuses importations du choléra dans plusieurs districts du Pendjab par des pèlerins revenus de Hurdwar.
La Conférence de Constantinople avait déjà insisté en 186b sur l’utilité de ces mesures sanitaires. Le Gouvernement anglais, qui ne s’était d’abord préoccupé que de l’hygiène de ses troupes, a depuis prescrit des travaux d’assainissement dans plusieurs villes de l’Inde et notamment à Calcutta.
Cette ville est aussi dangereuse pour l’expansion du choléra que les lieux de pèlerinages. A côté des palais qu’habite la colonie anglaise, s’entassent les cabanes des indigènes. « Le gros de la population, dit le Dr Payne, officier sanitaire à Calcutta, est dans une situation pire que des sauvages pour la saleté de la vie journalière. Bien que les principales voies de communication soient nettoyées, la ville, dans ses parties intérieures qui forment la plus grande étendue, a son sol saturé de matières infectes. Les habitudes des générations passées, qui l’ont, rendu ainsi, continuent à exister d'une façon aussi dégoûtante, aussi libre que si aucune idée d’hygiène publique n’avait pénétré jusque-là ».
Mais l’intérêt principal pour l’hygiéniste qui visite Calcutta consiste dans la grande quantité de tanks qu'il y rencontre. On donne ce nom à des flaques d’eau, réservoirs ou étangs. Leur nombre est extrêmement considérable. L’eau que contiennent ces mares est plus ou moins abondante suivant l’époque de l’année. Pendant la saison sèche, leur niveau baisse et, quand approche la saison des pluies, elles ne renferment plus qu’une boue noirâtre, fétide, ne différant guère du contenu de nos égouts. Pedler a analysé 200 échantillons d’eau des tandis ou des puits de Calcutta ; 44 fois sur 100 c’était du sewage pur, 22 fois du seicaye dilué, 20 fois de l’eau mélangée à une forte proportion do sewage, 9 fois l’eau était sale et 4 ou 5 fois seulement passable. Le bacille virgule a été trouvé par Koch (de Berlin) dans un de ces tanks.
L’eau de l’Hooghly sert également à la consommation des indigènes ; elle n’est pas bonne ; Koch et Gaffkÿ ont placé en tète de leur ouvrage la reproduction d’une photographie figurant une partie du fleuve où l’on vient puiser l’eau et qui montre bien son peu de profondeur. "Le grand nombre de bateaux amarrés, les diverses occupations et les coutumes malpropres des indigènes sont ainsi saisies sur le vif. Toutefois, depuis le 1er novembre 1869, Calcutta est approvisionnée d’eau filtrée, puisée à 16 milles en amont de la ville. L’eau passe d’abord dans des bassins destinés à laisser déposer les sédiments, puis dans d’autres dont le fond est couvert de sable qu’elle traverse. La commission allemande a étudié dans tous ses détails le château d’eau de Calcutta. L’eau qui en sort est purifiée. Elle ne renferme pas plus de bactéries que l’eau qui alimente Berlin (15 à 259 colonies par centimètre cube).
L’influence de cette nouvelle distribution d’eau sur la diminution du choléra à Calcutta parait nettement établie. A la fin de 1869, en effet, la
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ville commence à recevoir de l’eau filtrée : le chiffre des décès cholériques qui dépassait 4.000, tombe à 1.558. L’année suivante, il n’est plus que de 796. De 1870 à 1884, la moyenne n’est que de 1.488 décès, tandis que pendant les vingt-six années précédentes, le chiffre des décès cholériques a été seize fois supérieur à 4.000 et deux fois seulement inférieur à 3.000 (Macpherson, Macnamara). L’amélioration a donc succédé à la distribution de l’eau filtrée. .J’ajouterai que la banlieue de Calcutta qui, au début, ne recevait pas cette eau, présentait toujours une mortalité aussi forte que celle de la ville de Howrah, située en face de Calcutta, sur la rive gauche de l’Hooghly ; mais en 1892, la mortalité cholérique fut relativement très faible dans les faubourgs, tandis que Howrah présentait un chiffre de décès supérieur à celui qu’il avait chaque année depuis 1873. Howrah était pourtant considéré comme plus sain que Calcutta, mais ne récevait pas d’eau filtrée.
En dehors de ces travaux, la situation ne s’est pas modifiée. C’est ce que constatait M. Cosward Shakespeare, de Philadelphie, envoyé en mission aux Indes en 1886 par le gouvernement des Etats-Unis.
« Dans les bustees, dit-il, abondent des réservoirs d’eau stagnante, visqueuse, pleine de végétation putride et de matières animales en décomposition ; leur surface bouillonne sous le soleil indien et empoisonne l’atmosphère. Ce sont ces réservoirs qui fournissent aux habitants de l'eau pour tous les usages, et ce sont eux qui reçoivent les résidus de la vie domestique. Les mauvais drains qui courent le village y aboutissent, les alimentent, y portent le seioage des huttes : leur trajet est signalé par une végétation luxuriante. Les bustees les plus sales sont occupés par les laitiers. Outre les mares ordinaires qui ici fournissent l’eau dont on étend le lait livré à la consommation du public, il y a dans le quartier des laitiers de vastes étangs d’immondices. J’en ai vu un qui mesurait 150.000 pieds carrés. Les ordures se corrompent à la porte de chaque hutte. Les riches aussi bien que les pauvres défèquent sur le sol, tout près de leurs demeures. L’eau de boisson est portée des réservoirs dans les maisons au moyen d’outres en peau de mouton. La peau a un trou : c’est la place du cou de l’animal : ces outres ne peuvent jamais être lavées ; elles servent plusieurs années. Il n’existe nulle part un système régulier de drainage : les drains se vident dans des puisards ou sont directement absorbés par le sol des caves intérieures. »
La situation est pire encore dans le reste de la présidence, sur 47.242 villes ou villages de la présidence du Bengale, il y en a 46,603 qui n’ont aucune organisation pour l’enlèvement périodique des immondices. Quant aux autres, si elle existe réellement, elle est tout à fait rudimentaire.
L'attention du gouverneur des Indes est depuis longtemps fixée sur cet état de choses ; il est disposé à prendre toutes les mesures nécessaires pour y remédier, et sir Georges Favrer s’en est porté garant à la confé-.
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rence de Rome ; mais, en dépit de toute cette bonne volonté, il faut bien reconnaître que la mortalité générale et que la mortalité par le choléra vont toujours en augmentant dans l’Inde, et les statistiques le prouvent surabondamment. En présence de cet état de choses, il importe, comme le faisait observer le professeur Pagliani, rapporteur de la commission de la mer Rouge à la Conférence de Paris, il importe de se préoccuper d’autant plus vivement à l’avenir du danger de nouvelles invasions du choléra en Europe, que le nombre des pèlerins pauvres augmente chaque année, que les moyens de transport deviennent de plus en plus rapides, et que la spéculation s’abat de plus en plus sur ce flot humain qui, de toutes les parties du monde, se porte sur les côtes d’Arabie. Or, il ressort de toutes les enquêtes, comme de toutes les statistiques, que la mortalité considérable des différentes parties de l’Inde, réside bien moins dans l’insalubrité du climat que dans l’absence des mesures d’hygiène les plus élémentaires.
En attendant qu’on puisse assainir les grands foyers d’infection, il est indispensable de recourir aux mesures suivantes :
« 1° Restreindre les pèlerinages, arrêter le départ des pèlerins s’il n’est pas établi qu’il n’existe parmi eux aucun germe de maladies contagieuses ;
» 2° Faire appliquer dans les lieux de pèlerinage les mesures hygiéniques indispensables : désinfection des matières, nettoyage des villes, etc.:
» 3° Empêcher enfin la dissémination des pèlerins à moins que l'absence de tout accident cholérique n’ait été absolument prouvée. »
J’ajouterai que des mesures de précautions doivent être prises au départ et pendant la traversée de l lnde à la mer Rouge. Elles ont été réglées, comme nous allons le voir, à la Conférence de Paris en 1893.
II. Prophylaxie dans les ports de l’Inde. — La visite médicale
des pèlerins qui embarquent à bord des navires venant d’au-delà du détroit de Bab-el-Mandeb a été votée à l’unanimité par la Conférence de Paris et dans les termes suivants :
« Visite médicale, obligatoire, individuelle, faite de jour, à terre, au moment de l’embarquement, pendant le temps nécessaire, par un médecin délégué de l’autorité publique, de toute personne prenant passage à bord d’un navire à pèlerins. »
La désinfection des hardes et objets suspects a été également admise, et il a été reconnu que le moment le plus favorable pour faire cette opération devait précéder immédiatement l'embarquement ; en ne faisant pas la visite à bord, on évite le désordre qu’elle y occasionnerait infailliblement. Toutefois, si les moyens de désinfection du bord sont préférables à ceux qui existent à terre, si le navire par exemple, possède une étuve, on pourra l’utiliser sous la responsabilité du médecin délégué de l’autorité publique qui doit d’ailleurs, dans tous les cas. diriger lui-même les opérations.
Une autre question a dû être examinée : Déterminer les objets qui
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seront soumis à la désinfection et indiquer les moyens à employer. Ces points avaient été très complètement discutés aux Conférences de Venise et de Dresde, et on a pensé qu’il n’y avait qu'à maintenir les dispositions recommandées par la Convention sanitaire de Venise. Le texte suivant a été accepté sans discussion : Désinfection obligatoire et rigoureuse, faite à terre sous la surveillance. du médecin délégué de l’autorité publique, de tout objet contaminé ou suspect, dans les conditions de l’article 5 du premier règlement inséré dans l’annexe IV de la Convention sanitaire de Venise.
Si la science découvre de nouveaux procédés de désinfection, il ne sera pas difficile de s’entendre sur les modifications à faire à cette annexe. 11 serait bien plus périlleux de laisser actuellement au jugement du médecin du port le choix des moyens de désinfection.
L’interdiction d’ embarquement pour les passagers contaminés ou suspects , n’aurait donné lieu à aucune discussion, tout le monde étant d’accord sur le principe, s’il n’y avait pas de grandes difficultés à définir, ce que l’on entend par passagers contaminés ou suspects. On a laissé au médecin que l’autorité locale aura choisi et qui devra être compétent, toute liberté de diagnostic à cet égard et la formule suivante, un peu plus explicative que celle de la Convention sanitaire de Venise a été approuvée : Interdiction d’embarquement de toute personne atteinte de choléra, d’affection cholérique et de toute diarrhée suspecte.
La question qui a été le plus longtemps discutée au sein de la Conférence de Paris, est celle de X interdiction de V embarquement des pèlerins ne justifiant pas d'une somme d'argent suffisante pour le pèlerinage. Les mendiants en sont la plaie. Ce sont eux qui fournissent aux épidémies leur principal aliment et leur nombre va toujours croissant. Le Dr Mahé a adressé en 1889, au Conseil de santé de Constantinople, un mémoire sur la proportion toujours croissante des indigents parmi les pèlerins musulmans qui se rendent à la Mecque et sur les inconvénients qui en résultent. L’opinion du consul anglais à Djeddah est la même. Dans le rapport de l’officier sanitaire de Bombay pour 1892, on lit :
« Le Consul de Sa Majesté à Djeddah se plaint qu’un tiers des pèlerins indiens sont des pauvres. L’habitude qu’ont les Compagnies de navigation de compléter le chargement des navires, lors de leur départ de Bombay, avec des pèlerins pauvres, ne saurait être trop fortement condamnée. Les malheureux montent à bord au dernier moment sans vêtements et sans nourriture (Ij. Il n’est pas surprenant que, pendant un voyage, accompli dans de pareilles conditions, la mortalité des pèlerins s’élève à 33 p. 100 (2).
(1) Annual report of the lient officer of the port of Bombay for the year ending 3ist december 1891, § 43.
(2) De 1883 à 1892, sur 9L493 pèlerins venus de Bombay à Djeddah, 31.137 ne sont pas rentrés dans leurs foyers.
En 1891 et 1892, sur 32.518 venus de l’Est à Djeddah, 15.470 ont disparu.
La législation française exige que les pèlerins d’Algérie qui demandent à partir pour le Hedjaz prouvent qu’ils ont une somme de 1.000 fr. pour entreprendre le voyage. Cette disposition ne constitue pas l’interdiction de se rendre à la Mecque; elle ajourne seulement leur départ jusqu’à ce qu’ils soient en état cle faire le pèlerinage, ainsi que le prescrit la loi musulmane. L’administration de la Bosnie et de l’Herzégovine exige que les pèlerins justifient, avant leur départ, de la possession d’une somme de 500 florins. Le gouvernement Hollandais impose à ceux des Indes néerlandaises l’obligation d’avertir le chef du district qui examine s’ils possèdent l’argent nécessaire pour le voyage et l’entretien de leur famille. Ils doivent avoir disponible une somme d’au moins 1.000 fr. Cette mesure de précaution a paru nécessaire à la Conférence de Paris : aussi, malgré l’opposition de l’Angleterre et de la Turquie, elle a voté la résolution suivante :
« Les pèlerins sont tenus de justifier des moyens strictement nécessaires pour accomplir le pèlerinage à l’aller et au retour, et pour le séjour dans les lieux saints. »
Les délégués français avaient fait la proposition d’imposer une observation de cinq jours aux pèlerins avant leur embarquement. Cette mesure souleva une opposition assez vive ; toutefois elle fut approuvée par la Conférence, mais avec la restriction de ne l’appliquer que dans le cas où il existera des cas de choléra dans le port d’embarquement.
III. Les navires à pèlerins. — Nous avons dit comment se fait l’embarquement dans les ports de l’Inde et comment les capitaines des navires anglais embarquent des mendiants pour compléter leur chargement ; une surveillance rigoureuse s’impose donc pour réprimer de pareils abus. La Conférence de Paris en comprit la nécessité et, sur la proposition de l’un de nous (1), elle rédigea et vota un règlement pour les navires transportant des pèlerins ; mais elle crut devoir exclure de cette catégorie ceux qui sont affectés aux transports ordinaires de passagers et de. marchandises, qui embarquent exceptionnellement des pèlerins parmi leurs passagers des classes supérieures, même alors qu’ils en ont aussi de la dernière classe, pourvu que ceux-ci ne soient pas plus d’un par 100 tonneaux de jauge.
Aux termes de ce règlement, la déclaration du départ des navires à pèlerins doit se faire quelques jours à l’avance pour qu’il soit possible de procéder à une inspection rigoureuse et au mesurage du navire, de s’assurer de ses conditions de sécurité et de propreté.
Les prescriptions hygiéniques principales concernent Y approvisionnement de l’eau. Elle doit être fournie gratuitement et en quantité d’au moins huit litres par jour et par tête, puisée à une source à l’abri de
(1) Voyez les procès-verbaux de la Conférence de Paris, p. 274.
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toute contamination et emmagasinée de manière à ce qu’elle ne puisse pas être souillée d’aucune façon pendant le voyage : voulant parer à l’éventualité possible de manque d’eau, on a prescrit l’installation d’un appareil distillatoire capable de fournir la quantité nécessaire aux besoins du bord.
Les membres de la Commission ont insisté sur la nécessité de donner aux pèlerins sur les bateaux qui les transportent, un espace suffisant dans l’entrepont. 11 sera réservé à chaque pèlerin un espace d’un minimum de deux mètres carrés de surface, soit un mètre de largeur pour deux de longueur, l’entrepont ayant lm,80 de hauteur. Actuellement l’espace concédé est tellement restreint que le pèlerin ne peut pas se coucher, et il est d’autant plus insuffisant que le pèlerin ne veut jamais se séparer de ses bagages dont le volume vient encore diminuer l’espace qui lui est si parcimonieusement accordé.
La Conférence a pensé en outre que le pont devait toujours rester à la disposition des pèlerins ou autres passagers et qu’il ne devait pas être encombré par des marchandises.
Voulant assurer autant que possible le bien-être des pèlerins, elle a exigé que le navire fût pourvu d’une quantité suffisante de vivres , à un prix dont le tarif sera affiché dans un endroit visible à bord, afin d’éviter qu’on 11e commence pas sur le navire même à exploiter le malheureux pèlerin.'
Chaque navire devra avoir la liste des pèlerins que le capitaine est autorisé à embarquer, un livre ou journal du bord, et une patente de santé du navire.
Une surveillance directe sera exercée par un ou deux médecins que chaque navire doit avoir à bord, selon qu'il a chargé moins ou plus de 1 .000 pèlerins pour le voyage.
11 est stipulé que le médecin doit être commissionné par l’autorité supérieure du pays de départ.
Le médecin s’occupera de tout ce qui a trait à l’hygiène du navire en général et des pèlerins en particulier. Si le choléra se développe sur quelques-unes des personnes à bord, son premier soin doit être de les isoler, et à cet effet il a été prescrit qu’un compartiment spécial serait réservé pour les malades et contiendrait cinq places de trois mètres, pour cent pèlerins embarqués.
La Conférence a prescrit en outre que le navire sera pourvu des médicaments nécessaires et que ces médicaments et les soins médicaux seront fournis gratuitement.
Dans le cas de transports de pèlerins sur des navires faisant le petit cabotage , la Conférence a été beaucoup moins sévère, parce qu’il s’agit toujours de voyages très courts et d'un nombre très restreint de pèlerins. Il ne faut pas toutefois se dissimuler qu’un tel moyen de transport sera souvent très dangereux.
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Les amendes ont été calculées de façon à n’être ni trop exagérées, afin qu’elles puissent être exactement appliquées, ni trop insuffisantes, afin d’éviter que les agents des compagnies ne préfèrent les payer plutôt que d’obéir aux dispositions réglementaires. Si les autorités auxquelles est confiée l’application de ce Règlement veulent bien s'acquitter de leur tâche avec conscience, ce ne sera pas seulement la défense des lieux saints contre le choléra qui y gagnera, mais plus encore peut-être, ces croyants si éprouvés au moment même où leur âme s’élève avec plus d’enthousiasme et de ferveur vers l’idéal de leur foi.
Nous donnons ici ce règlement à cause de son importance.
Mesures à prendre à bord des navires à pèlerins RÈGLEMENT
Titre I. — Dispositions générales
Article 1". — Ce règlement est applicable aux navires à pèlerins qui transportent au Hedjaz ou qui en ramènent des pèlerins musulmans.
Art. 2. — N’est pas considéré comme navire à pèlerins, celui qui, outre ses passagers ordinaires, parmi lesquels peuvent être compris les pèlerins des classes supérieures, embarque des pèlerins de la dernière classe en proportion moindre d’un pèlerin par cent tonneaux de jauge brute.
Art. 3. — Tout navire à pèlerins, à l’entrée de la mer Rouge et à la sortie, doit se conformer aux prescriptions contenues dans le Règlement spécial applicable au pèlerinage du Hedjaz qui sera publié par le Conseil de santé de Constantinople conformément aux principes édictés dans la présente convention.
Art. 4. — Les navires à vapeur sont seuls admis à faire le transport des pèlerins au long-cours. Ce transport est interdit aux autres bateaux.
Les navires a pèlerins faisant le cabotage, destinés aux transports de courte durée dits « voyages au cabotage », sont soumis aux prescriptions contenues dans le règlement spécial mentionné à l’article 3.
Titre II. - Mesures à prendre avant le départ
Art. o. — Le capitaine ou, à défaut du capitaine, le propriétaire ou l’agent de tout navire à pèlerins est tenu de déclarer à l’autorité compétente (1) du port de départ son intention d’embarquer des pèlerins, au
(t) L’autorité compétente est actuellement : dans les Indes anglaises, un officer désigné à cet effet par le gouvernement local ( Nativer passenger ships Act , 1887, art. 7) ; — dans les Indes néerlandaises, le maître du port; — en Turquie, l’autorité sanitaire; — en Autriche-Hongrie, l’autorité sanitaire; — en Italie, le capitaine de port; — en France, en Tunisie et en Espagne (îles Philippines), l’autorité sanitaire.
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moins trois jours avant le départ. Cette déclaration doit indiquer le jour projeté pour le départ et la destination du navire.
Art. 6. — A la suite de cette déclaration, l’autorité compétente fait procéder, aux frais du capitaine, à l 'inspection et au mesurage du navire. L’autorité consulaire dont relève le navire peut assister à cette inspection.
Il est procédé seulement à l’inspection si le capitaine est déjà pourvu d'un certificat de mesurage délivré par l’autorité compétente de son pays, à moins qu’il n’y ait soupçon que le document ne répond plus à l’état actuel du navire.
Art. 7. — L’autorité compétente ne permet le départ d’un navire à pèlerins qu’après s’être assurée :
a). Que le navire a été mis en état de propreté parfaite et, au besoin, désinfecté ;
b J. Que le navire est en état d’entreprendre le voyage sans danger, qu’il est bien équipé, bien aménagé, bien aéré, pourvu d’un nombre suffisant d’embarcations, qu’il ne contient rien à bord qui soit ou puisse devenir nuisible à la santé ou à la sécurité des passagers, que le pont et l’entrepont sont en bois et pas en fer ;
c) . Qu’il existe à bord, en sus de l’approvisionnement de l’équipage, et convenablement arrimés, des vivres, ainsi que du combustible, le tout de bonne qualité et en quantité suffisante pour toute la durée déclarée du voyage.
d) . Que l’eau potable embarquée est de bonne qualité et a une origine à l’abri de toute contamination ; qu elle existe en quantité suffisante ; qu’à bord les réservoirs d’eau potable sont à l’abri de toute souillure et fermés de sorte que la distribution de l’eau ne puisse se faire que par les robinets ou les pompes ;
ej. Que le navire possède un appareil distillatoire pouvant produire une quantité d’eau de cinq litres au moins, par tête et par jour, pour toute personne embarquée, y compris l’équipage ;
fj Que le navire possède une étuve à désinfection pour laquelle il aura, été constaté qu’elle offre sécurité et efficacité;
gj. Que l’équipage comprend un médecin et que le navire possède des médicaments, conformément à ce qui sera dit aux articles 11 et 23;
h). Que le pont du navire est dégagé de toutes marchandises et objets encombrants ;
IJ. Que les dispositions du navire sont telles que les mesures prescrites par le titre III pourront être exécutées.
Art. 8. — Le capitaine est tenu de faire afficher à bord, dans un endroit apparent et accessible aux intéressés, des affiches rédigées dans les principales langues des pays habités par les pèlerins à embarquer, et indiquant :
1” La destination du navire ;
2° La ration journalière en eau et en vivres allouée à chaque pèlerin ;
3° Le tarif des vivres non compris dans la distribution journalière et devant être payés à part.
Art. 9. — Le capitaine ne peut partir qu’autant qu’il a en mains :
1° Une liste, visée par l’autorité compétente, et indiquant le nom, le sexe et le nombre total des pèlerins qu’il est autorisé à embarquer ;
Encyclopédie d’hygiène. — VIII.
HYGIENE INTERNATIONALE ET ADMINISTRATIVE
2° Une patente de santé constatant le nom, la nationalité et le tonnage du navire, le nom du navire, le nom du capitaine, celui du médecin, le nombre exact des personnes embarquées : équipages, pèlerins et autres passagers, la nature de la cargaison, le lieu du départ, celui de la destination, l’état de la santé publique dans le lieu du départ.
L’autorité compétente indiquera sur la patente si le chillre réglementaire des pèlerins est atteint ou non, et, dans le cas où il ne le serait pas, le nombre complémentaire des passagers que le navire est autorisé à embarquer, dans les escales subséquentes.
Art. 10. — L’autorité compétente est tenue de prendre des mesures efficaces pour empêcher l’embarquement de toute personne ou de tout objet suspect (1), suivant les prescriptions faites sur les précautions à prendre dans les ports.
Titre III. — Précautions à prendre pendant la traversée.
Art. 11. — Chaque navire embarquant 100 pèlerins ou plus doit avoir à bord un médecin réguPèrement diplômé et commissionné par le Gouvernement du pays auquel le navire appartient. Un second médecin doit être embarqué dès que le nombre des pèlerins portés par le navire dépasse 1,000.
Art. 12. — Le médecin visite les pèlerins, soigne les malades et veille à ce que, à bord, les règles de l’hygiène soient observées. Il doit notamment :
1° S’assurer que les vivres distribués aux pèlerins sont de bonne qualité, que leur quantité est conforme aux engagements pris, qu’ils sont convenablement préparés :
2" S'assurer que les prescriptions de l’article relatifs à la distribution de l’eau sont observées :
3“ S’il y a doute sur la qualité de l’eau potable, rappeler par écrit au capitaine les prescriptions de l’article 21 ci-dessous ;
4“ S’assurer que le navire est maintenu en état constant de propreté, et spécialement que les latrines sont nettoyées conformément aux prescriptions de l’article 18 ci-dessous :
o" S’assurer que les logements des pèlerins sont maintenus salubres, et que, en cas de maladie transmissible, la désinfection est faite comme il sera dit à l’article 19 ci-dessous ;
G" Tenir un journal de tous les incidents sanitaires survenus au cours du voyage et présenter ce journal à l’autorité compétente du port d’arrivée.
Art. 13. — Le navire doit pouvoir loger les pèlerins dans l’entrepont.
En dehors de l’équipage, le navire doit fournir à chaque individu, quel que soit son âge, une surface d’au moins deux mètres carrés, soit un mètre sur deux mètres, avec une hauteur d’entrepont d’au moins un mètre quatrevingts centimètres.
Pour les navires qui font le cabotage, chaque pèlerin doit disposer d’un espace d’au moins deux mètres de largeur dans le long des plats-bords du navire.
Art. 14. — Le pont doit, pendant la traversée, rester dégagé des objets
1) D’après la définition de l’Annexe V, I, 1°, de la Convention de Venise.
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encombrants ; il doit être réservé jour et nuit aux personnes embarquées et mis gratuitement à leur disposition,
Art. 15. — Les gros bagages des pèlerins sont enregistrés, numérotés et placés dans la cale. Les pèlerins ne peuvent garder avec eux que les objets strictement nécessaires. Les règlements faits pour ses navires par chaque Gouvernement en détermineront la nature, la quantité et les dimensions.
Art. 16. — Chaque jour, les entreponts doivent être nettoyés avec soin et frottés au sable sec avec lequel on mélangera des agents désinfectants convenables pendant que les pèlerins seront sur le pont.
Art. 17. — De chaque côté du navire, sur le pont, doit être réservé un endroit dérobé à la vue et pourvu d’une pompe à main de manière à fournir de l’eau de mer pour les besoins des pèlerins. Un local de cette nature doit être exclusivement affecté aux femmes.
Art. 18. — Le navire doit être pourvu, outre les lieux d’aisances à l'usage de l’équipage, de latrines à effet d’eau, dans la proportion d’au moins une latrine pour chaque centaine de personnes embarquées
Des latrines doivent être affectées exclusivement aux femmes.
Aucuns lieux d’aisances ne doivent exister dans les entreponts ni dans la cale.
Les latrines destinées aux passagers aussi bien que celles affectées à l’équipage doivent être tenues proprement, nettoyées et désinfectées trois fois par jour.
Art. 19. — La désinfection du navire doit être faite conformément aux prescriptions des paragraphes 5 et 6 de l’article 5 de l’annexe IV de la Convention de Venise (1).
Art. 20. — La quantité d’eau potable mise chaque jour à la disposition de chaque pèlerin doit être d’au moins cinq litres.
Art. 21. — S’il y a doute sur la qualité de l'eau potable ou sur la possibilité de sa contamination, soit à son origine, soit au cours du trajet, l’eau doit être bouillie et stérilisée, et le capitaine est tenu de la rejeter à la mer au premier port de relâche où il lui est possible de s’en procurer de meilleure.
Art. 22. — Le navire doit être muni de deux locaux alfectés à la cuisine personnelle des pèlerins. Il est interdit aux pèlerins de faire du feu ailleurs, notamment sur le pont.
Art. 23. — Chaque navire doit avoir à bord des médicaments et les objets nécessaires aux soins des malades. Les règlements faits pour ses navires
(1) On videra les cabines de toutes tes parties du bâtiment.
On désinfectera les parois à l’aide de la solution de sublimé additionné de 10 p. 100 d’alcool. La pulvérisation se fera en commençant par la partie supérieure de la paroi suivant une ligne horizontale ; on descendra successivement de telle sorte que toute la surface soit couverte d’une couche de liquide en fines goutelettes.
Les planchers seront lavés avec la môme solution.
Deux heures après, on frottera et on lavera les parois et le plancher à grande eau.
Pour désinfecter la cale d’un navire, on injectera d’abord, afin de neutraliser l’hydrogène sulfuré, une quantité suffisante de sulfate de fer, on videra l’eau de cale, on la lavera à l’eau de mer ; puis on injectera une certaine quantité de la solution de sublimé.
L’eau de la cale ne sera pas déversée dans un port.
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par chaque gouvernement détermineront la nature et les quantités des médicaments. Les soins et les remèdes sont fournis gratuitement aux pèlerins.
Art. 24. — Une infirmerie régulièrement installée, et offrant de bonnes conditions de sécurité et de salubrité, doit être réservée au logement des malades.
Elle doit pouvoir recevoir au moins 5 p. 100 des pèlerins embarqués, à raison de 2 mètres carrés par tête.
Art. 25. — Le navire doit être pourvu des moyens d'isoler les personnes atteintes du choléra ou d’accidents cholériformes.
Les personnes chargées de soigner de tels malades peuvent seules pénétrer auprès d’elles et n’auront aucun contact avec les autres personnes embarquées.
Les objets de literie, les tapis, les vêtements qui auront été en contact avec les malades doivent être immédiatement désinfectés. L'observation de cette règle est spécialement recommandée pour les vêtements des personnes qui approchent les malades et qui ont pu être souillés. Ceux des objets cidessus qui n’ont pas de valeur doivent être soit jetés à la mer si le navire n'est pas dans un port ni dans un canal, soit détruits par le feu. Les autres doivent être portés à l’étuve dans des sacs imperméables imprégnés d’une solution de sublimé.
Les déjections des malades doivent être recueillies dans des vases contenant une solution désinfectante. Ces vases sont vidés dans les latrines qui doivent être rigoureusement désinfectées après chaque projection de matières.
Les locaux occupés par les malades doivent être rigoureusement désinfectés .
Les opérations de désinfection doivent être faites conformément à l’art. 5 de l’annexe IV de la Convention de Venise.
Art. 26. — En cas de décès survenu pendant la traversée, le capitaine doit mentionner le décès en face du nom sur la liste visée par l’autorité du port de départ, et, en outre, inscrire sur son livre de bord le nom de la personne décédée, son âge, sa provenance, la cause présumée de la mort d’après le certificat du médecin, et la date du décès.
En cas de décès par maladie transmissible, le cadavre, préalablement enveloppé d’un suaire imprégné d’une solution de sublimé, sera jeté dans la mer (1).
Art. 27. — La patente délivrée au port du départ ne doit pas être changée au cours du voyage.
Elle est visée par l’autorité sanitaire de chaque port de relâche. Celle-ci y inscrit :
1° Le nombre des passagers débarqués ou embarqués à nouveau ;
2“ Les incidents survenus en mer et touchant à la santé ou à la vie des personnes embarquées ;
3“ L’état sanitaire du port de relâche.
Art. 28. — Dans chaque port de relâche, le capitaine doit faire viser par l’autorité compétente la liste dressée en exécution de l’article 7.
(1) Convention de Venise, annexe V, titre II, 6°.
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Dans le cas où un pèlerin est débarqué en cours de voyage, le capitaine doit mentionner sur cette liste le débarquement en face du nom du pèlerin.
En cas d’embarquement, les personnes embarquées doivent être mentionnées sur cette liste conformément à l’article 9 et préalablement au visa nouveau.
Art. 29. — Le capitaine doit veiller à ce que toutes les opérations prophylactiques exécutées pendant le voyage soient inscrites sur le livre de bord. Ce livre est présenté par lui à l’autorité compétente du port d’arrivée (1).
Art. 30. - Le capitaine est tenu de payer la totalité des taxes sanitaires qui doivent être comprises dans le prix du billet.
Titre IV. — Phiali'.és
Art. 31. — Tout capitaine convaincu de ne s’être pas conformé, pour la distribution de l’eau, des vivres ou du combustible, aux engagements pris par lui, sera passible d’une amende de 2 livres turques. Cette amende est perçue au profit du pèlerin qui aura été victime du manquement et qui établira qu’il a en vain réclamé l’exécution de l’engagement pris.
Art. 32. — Toute infraction à l’article 8 est punie d’une amende de 30 livres turques.
Art. 33. — Tout capitaine qui aurait commis ou qui aurait sciemment laissé commettre une fraude quelconque concernant la liste des pèlerins ou la patente sanitaire prévues à l’article 9, est passible d'une amende de 30 livres turques.
Art. 34. — Tout capitaine de navire arrivant sans patente sanitaire du port de départ, ou sans visa des ports de relâche, ou non muni de la liste réglementaire et régulièrement tenue suivant les articles 9, 27 et 28, est passible, dans chaque cas, d’une amende de 12 livres turques.
Art. 33. — Tout capitaine convaincu d’avoir ou d’avoir eu à bord plus de 100 pèlerins sans la présence d’un médecin commissionné, conformément aux prescriptions de l’article 11, est passible d’une amende de 300 livres turques.
Art. 36. — Tout capitaine convaincu d’avoir ou d’avoir eu à son bord un nombre de pèlerins supérieur à celui qu’il est autorisé à embarquer conformément aux prescriptions de l’article 9 est passible d’une amende de 3 livres turques par chaque pèlerin en surplus.
Le débarquement des pèlerins dépassant le nombre régulier est effectué à la première station où réside une autorité compétente, et le capitaine est tenu de fournir aux pèlerins débarqués l’argent nécessaire pour poursuivre leur voyage jusqu’à destination.
Art. 37. — Tout capitaine convaincu d’avoir débarqué des pèlerins dans un endroit autre que celui de destination, sauf leur consentement ou hors le cas de force majeure, est passible d’une amende de 20 livres turques par chaque pèlerin débarqué à tort.
Art. 38. — Toute infraction aux autres prescriptions du présent règlement est puni d’une amende de 10 à 100 livres turques.
(1) Convention de Venise, annexe V, titre 7°,
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Art. 39. — Toute contravention constatée en cours de voyage est annotée sur la patente de santé, ainsi que sur la liste des pèlerins. L’autorité compétente en dresse procès-verbal pour le remettre à qui de droit.
Art. 40. — Dans les ports ottomans la contravention est établie et l’amende imposée par l’autorité compétente, conformément aux dispositions de l’annexe 4 de la Convention.
Art. 41. — Tous les agents appelés à concourir à l’exécution de ce règlement sont passibles de punitions conformément aux lois de leurs pays respectifs, en cas de fautes commises par eux dans son application.
Art. 42. — Le présent règlement sera affiché dans la langue de la nationalité du navire et dans les principales langues des pays habités par les pèlerins embarqués, en un endroit apparent et accessible, à bord de chaque navire transportant des pèlerins.
IY. Prophylaxie dans la mer Rouge avant le pèlerinage. —
Les mesures prises dans l’Inde n’offrent qu’une sécurité relative. On est à la merci d’une fausse déclaration ; aussi faut-il, au cas où le choléra se déclarerait à bord d’un navire, après le départ, échelonner les obstacles sur son passage. La mer Rouge offre pour cela d’admirables ressources ; mais une fois franchie et le canal de Suez traversé, il se fait un rayonnement immense par des relations maritimes considérables avec tout le bassin de la Méditerranée. Il faut donc qu’avant d’arriver à la Mecque, le pèlerin soit soumis à une sanitation complète dans une station appropriée. Les conditions indispensables au fonctionnement d’un établissement semblable sont : 1° un emplacement convenable ; un mouillage sûr : 3° des garanties complètes de sécurité ; 4° de l’eau potable en quantité suffisante ; 3° un approvisionnement facile.
Trois commissions ont été successivement chargées de trouver l’emplacement convenable ; la première en 1867, la seconde en 1870, la troisième en 1884. Le résultat de toutes ces explorations a été de choisir Camaran comme étant le meilleur emplacement pour une station sanitaire.
Cette île, située à 150 milles du détroit de Rab el Mandeb, séparée du littoral arabique par un canal maritime, est, en outre, placée dans le voisinage de Hodeidah, ce qui lui assure, avec la facilité de l’isolement, l’approvisionnement des vivres ; on y trouve de l’eau en plus grande quantité et de moins mauvaise qualité que sur d'autres points de ces côtes arides. Sa distance de 300 milles environ de Djeddah, ce qui indique un voyage de deux à trois jours, permet une nouvelle observation très utile des pèlerins qui ont subi les mesures sanitaires à Camaran, sans aucune perte de temps pour les navires.
La formation géologique de l’ile de Camaran, sable et coraux, la rend impropre à la culture. Quelques palmiers, plantés près des sources, constituent la seule végétation. Le sol est généralement plat, avec quelques ondulations, le climat y est chaud. Six villages sont occupés par la population sédentaire,
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Il existe aussi dans le lazaret six divisions ou campements.; l'une de ces divisions détruite en 1890 après le départ des passagers du Dehkan auxquels elle avait été affectée, a été reconstituée en 1892. Elle a été réservée aux cholériques. Des cinq autres campements quatre sont situés sur le bord de la mer, le cinquième est à 100 mètres environ d’un cimetière.
La garde de la ligne frontière de chaque division est assurée par un cordon de gardiens. A cet effet la division est entourée sur trois côtés (le quatrième étant la mer) par sept guérites où les gardiens se tiennent en permanence. Une seconde ligne extérieure formée par des soldats enserre le premier cordon à 60 mètres de distance. Les divisions sont séparées par une zone neutre variant de 200 à 400 mètres environ. On conçoit combien la surveillance est difficile et l’isolement problématique. Sous la chaleur qui les accable, gardiens et soldats sommeillent à l’ombre de leur guérite, tandis que les villageois et les Samboukdjis (bateliers) communiquent librement avec les pèlerins.
Chaque ariche construite en poutrelles, roseaux, nattes et toit de chaume en surplomb, a 20 mètres de longueur, 5 de largeur et 5 de hauteur. Il n’y devrait être admis que 50 quarantenaires, mais ce nombre est habituellement dépassé.
Il y a dans chaque division de deux à quatre citernes en maçonnerie pouvant contenir chacune 20 tonnes d’eau au moins et recouvertes d’une toiture en chalet. La division d’Eir possède des réservoirs en tôle abrités sous une ariche.
La désinfection des pèlerins s’accomplissait encore, il y a trois ans à peine, d’une façon tout à fait primitive. Les ouvertures des ariches étaient bouchées tant bien que mal avec des nattes. On versait dans un seau un mélange d’acide phénique et de chlorure de chaux. Au bout de quelques minutes l’opération était terminée. Les gaz filtraient par toutes les fissures du toit, des murs, des fenêtres et des portes, la désinfection n’en était pas moins considérée comme faite, et les prescriptions des règlements sanitaires régulièrement et strictement observées. Le lazaret de Camaran possède depuis deux ans deux étuves à vapeur dans lesquelles on désinfecte les hardes, vêtements et objets de literie des pèlerins, lorsqu’on ne se borne pas à les passer au pulvérisateur.
Les pèlerins sont comptés et subissent la visite médicale (1), puis on leur donne une douche-lavage. Les navires à pèlerins ont habituellement à bord une moyenne de 900 personnes ; mais un grand nombre d’entre eux ne savent pas le compte exact de leurs passagers et il est impossible de les compter à bord ; il faut donc les faire descendre à terre et désin fecter le navire ; mais ces pèlerins parlent cinq ou six langues différentes et, quelque polyglotte que soit le médecin de service, toutes ces
(1) Les femmes peuvent s’y présenter vêtues.
344 HYGIENE INTERNATIONALE ET ADMINISTRATIVE
opérations sont fort longues. 11 faut compter trois jours pour opérer les débarquements, la visite médicale et la désinfection d’un navire à pèlerins. Il faut faire aussi la part de la paresse et de l’insouciance des agents subalternes.
Les enterrements sont également une cause d’embarras encore augmentée par le fanatisme religieux des mulsumans en tout ce qui touche aux corps de leurs coreligionnaires. Jusqu’en 1892, la désinfection officielle consistait à asperger le pont et les entreponts, avec un doigt d’acide phénique dans un seau d’eau. Depuis l’installation de Camaran, on y reçoit en moyenne 17,000 pèlerins par an. La taxe des pèlerins, malgré les nombreuses dispenses, a produit en dix ans (de 1881 à 1891) six millions de piastres et comme les frais ne se sont élevés qu’à cinq, cela fait un bénéfice net de 115,000 à 200,000 francs et pourtant l’administration n’améliore pas son service et le choléra s’est montré à la Mecque, pendant ces dernières années. Malgré le lazaret de Camaran, il y est plus souvent apparu qu’auparavant. Cela se comprend.
Le grand pèlerinage du Hedjaz présente, pour le service sanitaire, des difficultés de premier ordre. Il s’agit de visiter et de désinfecter de 20.000 à 50.000 pèlerins qui passent le détroit dans un intervalle de trois à quatre mois, avant les fêtes de la jÿlecque. Les installations à Camaran sont déplorables, le personnel insuffisant, incapable, apathique, et le sultan n’a ni la bonne volonté ni les ressources nécessaires pour faire les frais des établissements sanitaires de la mer Rouge et du golfe Persique dont il est chargé par les conventions internationales. Il faudrait que les puissances européennes prissent ce service à leur charge, et y fondassent des établissements modèles, en y plaçant un personnel européen, dévoué, compétent et souvent renouvelé.
La Conférence de Paris a reconnu cette nécessité en principe et elle a adopté, à l’unanimité, la proposition de créer une station sanitaire à Camaran. Les divergences se sont seulement produites sur le mode de fonctionnement de ce lazaret. Le système en vigueur consiste à traiter tous les pèlerins et tous les navires comme s’ils étaient contaminés. Une quarantaine de dix jours leur est infligée dans tous les cas et elle est prolongée lorsqu’il y a eu des cas de choléra à bord pendant la traversée. Nous avons déjà vu que cette mesure n'avait pas empêché l’apparition de nombreuses épidémies au Hedjaz ; aussi la Conférence a-t-elle été d’avis d’appliquer aux navires à pèlerins les principes adoptés à Venise et elle a admis que les mesures doivent être différentes, suivant qu’il s’agit de navires indemnes, de navires suspects et de navires infectés. Elle a reconnu toutefois qu’il serait imprudent, en présence des déclarations fausses que font si souvent les capitaines des navires, de donner libre pratique aux navires arrivant à Camaran avec patente nette et n’ayant pas eu d’accident cholérique pendant la traversée, et elle a fixé comme il suit les conditions sanitaires à leur imposer :
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Les navires reconnus indemnes auront libre pratique après que leurs passagers auront été débarqués, qu’ils auront pris une douche-lavage ou un bain de mer et qu’on aura désinfecté leurs effets. La durée de ces opérations, en y comprenant le débarquement et l’embarquement, ne devra pas dépasser quarante-huit heures (1). Si aucun cas de choléra, aucun accident cholériforme n’est constaté pendant leur durée, les pèlerins seront immédiatement rembarqués et le navire se dirigera vers le Hedjaz.
Les navires suspects, c’est-à-dire ceux à bord desquels il y a eu des cas de choléra au moment du départ, mais aucun cas nouveau depuis sept jours seront traités de la façon suivante : les pèlerins seront débarqués ; ils prendront une douche-lavage ou un bain de mer et leur linge sale, la partie de leurs effets à usages et de leurs bagages qui peut être suspecte, d’après l’appréciation de l’autorité sanitaire, seront désinfectés. La durée de ces opérations, en y comprenant le débarquement et l’embarquement ne devra pas dépasser quarante-huit heures (2). Si aucun cas de choléra ou d’accident cholériforme n’est constaté pendant ces opérations, les pèlerins seront rembarqués immédiatement et le navire sera dirigé sur Djeddah où une seconde visite médicale aura lieu à bord. Si son résultat est favorable, et sur le vu de la déclaration écrite des médecins du bord certifiant sous serment qu’il n’y a pas eu de cas pendant la traversée, les pèlerins seront immédiatement débarqués.
« Si au contraire le choléra ou des accidents cholériformes avaient été constatés pendant le voyage ou au moment de l’arrivée, le navire sera renvoyé à Camaran où il subira le régime des navires infectés. »
Les navires infectés , c’est-à-dire ayant à bord des cas de choléra ou des accidents cholériformes ou bien en ayant présenté depuis 7 jours, subiront le régime suivant :
« Les personnes atteintes de choléra ou d’accidents cholériformes seront débarquées et isolées à l’hôpital.
» La désinfection sera pratiquée d’une façon complète. Les autres passagers seront débarqués et isolés par groupes aussi peu nombreux que possible, de manière que l’ensemble ne soit pas solidaire d’un groupe particulier, si le choléra venait à s’y développer.
» Le linge sale, les objets à usage, les vêtements de l’équipage et des passagers seront désinfectés ainsi que le navire. L’autorité sanitaire lucale décidera si le déchargement des gros bagages et des marchandises est nécessaire, si le navire entier doit être désinfecté ou si une partie seulement du navire doit subir la désinfection. Les passagers resteront cinq jours à l’établissement de Camaran ; lorsque les cas de choléra remonteront à plusieurs jours, la durée de l’isolement pourra être dimi-
(1) Il sera peut-être nécessaire, comme on l’a vu plus haut, de porter ce délai à 72 heures.
(2) Ici encore, il faudra accorder 72 heures,
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nuée. Cette durée pourra varier selon l’époque de l’apparition du dernier cas et d’après la décision de l’autorité sanitaire.
» Le navire sera dirigé ensuite sur Djeddah où une visite médicale rigoureuse aura lieu à bord. Si son résultat est favorable, les pèlerins seront débarqués. Si au contraire, le choléra ou des accidents cholériformes s’étaient montrés à bord pendant la traversée ou au moment de l’arrivée, le navire sera renvoyé à Camaran où il subira de nouveau le régime des navires injectés. »
Les mesures qui précèdent sont rationnelles et basées sur des données scientifiques ; elles auront des conséquences très favorables relativement au nombre des pèlerins réunis à Camaran, qui sera ainsi beaucoup plus restreint ; le danger de l’agglomération sera donc notablement diminué. Cette station sanitaire servira surtout à appliquer convenablement des mesures de précaution contre des surprises possibles, à rétablir l’état sanitaire des navires infectés et à isoler les personnes susceptibles de propager le choléra.
La Conférence s’est également appliquée à préciser de quelle manière il convenait d’organiser la station de Camaran. Cette ile est bien située, son étendue est suffisante ; mais elle a deux défauts qu’il faudra faire disparaître. La population qui augmente sans cesse, attirée par les bénéfices à réaliser sur les pèlerins, est un grand danger pour la propagation du choléra. Elle sert d’intermédiaire entre eux et la population de la côte orientale de la mer Rouge. La première mesure qui s’impose consiste à faire évacuer l’île et le Conseil supérieur de Constantinople l’a déjà demandé.
Le second inconvénient de cette station, c’est que l’accès n’en est ni facile ni sûr. 11 faudra placer des bouées et des balises, construire un môle pour permettre aux navires d’accoster et de débarquer leurs pèlerins sans transbordement.
La Commission a insisté sur la nécessité d'assurer aux pèlerins au moins 25 litres par tête d’une eau potable, de bonne qualité, obtenue par la distillation de l’eau de mer ou par la stérilisation à l’aide de la chaleur, de l’eau prise dans l’ile. Elle leur sera distribuée gratuitement.
Pour les vidanges, on est convenu de ne pas les jeter à la mer où les germes du choléra résistent très longtemps, mais de les déverser sur les sables surchauffés par le soleil, en s’éloignant suffisamment des habitations.
Il faudra s’occuper également d’assurer aux pèlerins des vivres et du combustible à des prix raisonnables et fixés par un tarif, en créant des magasins bien approvisionnés, surveillés par les autorités sanitaires et inspectées chaque jour par le médecin de campement.
11 existe, près de Djeddah, trois îlots sur lesquels on a installé en 1887 une station secondaire sous le nom de lazaret de Djeddah , et pour laquelle le conseil de santé de Constantinople a déjà demandé une ins-
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tallation plus convenable. Cette station reste ouverte toute l’année, tandis que celle de Camaran ne fonctionne que pendant six mois, à l’époque du plus grand passage des pèlerins pour la Mecque (1). Elle reçoit, quand Camaran est fermé, les pèlerins de l’Extrême-Ürient, et toute l’année ceux qui sont transportés du Sud à bord des grands paquebots ainsi que ceux qui viennent des pays situés au nord de la mer Rouge. Cette station peut être organisée de manière que les hôpitaux, pour les deux sexes, affectés aux cholériques, soient placés sur un ilôt séparé, celui de Abou- Ali, et que les bâtiments destinés aux logements de 500 pèlerins et aux services, soient répartis sur les deux autres îlots. Les propositions suivantes ont été adoptées à l’unanimité :
1° Création de deux hôpitaux pour cholériques, hommes et femmes, à Abou-Ali ;
2° Création à Wasta d’un hôpital pour malades ordinaires ;
3° Installation à Abou-Saad et à Wasta de logements en pierre capables de contenir 500 personnes à raison de 25 personnes par logement:
4° Trois étuves à désinfection placées à Abou-Saad, à Wasta et à Abou- Ali avec buanderies et accessoires ;
4° Etablissement de douches-lavages à Abou-Saad et à Wasta.
Y. Prophylaxie en Arabie. — En quittant Camaran, les navires à pèlerins se dirigent vers Djeddah (la ville du genre humain , la grand ’ mère). L’accès en est difficile, et les navires de moyen tonnage préfèrent mouiller à deux milles au large que de s’aventurer au milieu des bancs de coraux. Du mouillage, on aperçoit la ville bâtie sur un banc de corail, sans écoulement pour les eaux, composée de maisons blanches de quatre à cinq étages, entre lesquelles circulent des rues étroites et tortueuses. Elle est entourée d’un mur en ruines, élevé au milieu d’un pays désolé, aride, sans verdure, sans cours d’eau, qu’une ceinture de montagnes borne à l’horizon .
Après les formalités sanitaires, le débarquement s’effectue dans des félouques, et les pèlerins, après avoir acquitté les innombrables dîmes qu’on leur impose, se dirigent les uns vers les Okels ou Khans, les autres vers les places publiques, les terrains vagues, où ils dressent des campements en plein air.
L’eau est apportée à Djeddah de sources situées à quelques heures de
(1) Le lazaret dit rie Djeddah est installé sur trois îlots connus sous les noms d 'Abou- Saad, Wasta et Abou-Ali. Ce dernier est très rarement occupé; il n’y a aucun bâtiment à Wasta.
A Abou-Saad, l’eau d’alimentation est apportée de terre dans des caisses en fer ; cette eau provient soit des citernes de Djeddah, soit de la source analysée par Osman-Pacha,
1 ancien gouverneur général. La source n’est pas assez abondante ; quant aux citernes, elles recueillent, avec les eaux de pluje, tous les détritus ou immondices laissés par les pèlerins autour des murs de Djeddah.
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la ville, dans des outres et à dos de chameau. Elle est distribuée aux habitants qui la conservent dans de petites citernes.
De cette eau de Djeddah je conserverai un souvenir éternel, dit le Dr Saleh Soubhy, envoyé au Hedjaz. Il faut vivre dans ce pays et se voir tourmenté par la soif que provoquent 40° de chaleur pour se résoudre à boire une eau puisée dans des citernes mal entretenues où pullulent des quantités énormes d’animalcules, et cependant le gouvernement turc avait donné une somme considérable pour la construction d'un aqueduc qui devait amener à la ville les eaux de la source Aïn Zibedah située à quelques kilomètres dans la montagne. Le canal fut creusé, mais on prétend que l’aqueduc a été détérioré, détruit en partie par ordre des propriétaires de citernes qui ne pouvaient plus vendre leur eau.
Le nettoyage de la ville est tout à fait primitif ; ce sont les pluies qui en sont chargées et il ne pleut à Djeddah qu’une ou deux fois par an. Le sol reste donc encombré d’épluchures de légumes, de fruits gâtés, de détritus de tout genre. Les chiens et les chèvres qui rôdent partout sont les seuls agents de la voirie. Les lieux d’aisance sont contigus aux appartements, placés à l’angle d’un corridor sans portes, sans rideaux même ; ils ne sont masqués que par l’obscurité du réduit. Les fosses en maçonnerie cimentées à la chaux hydraulique sont généralement bien tenues : mais elles ne tardent pas à se remplir de matières liquides, qui, par une infiltration rapide, vont contaminer les citernes voisines. Cette infection est encore aidée par le mode de vidange. On fait un trou à côté de la fosse, on y jette les matières, on le referme, et tout est fini. Et, je le répète, la citerne est à côté.
J’ajouterai qu’en 1892 les rues et les places de Djeddah étaient jonchées de malades et de cadavres ; autour des citernes situées à l’est, de la ville, des centaines de cholériques répandaient leurs déjections.
Les causes d’insalubrité sont donc multiples et l’on ne peut espérer quelque amélioration avant que l’influence européenne ne se soit développée à Djeddah, et que des amenées d’eau n’aient fait disparaître l’emploi des eaux de citernes si gravement contaminées.
Djeddah, pendant la quinzaine qui précède les fêtes, prend une physionomie toute particulière. Les lignes permanentes des compagnies de navigation desservant régulièrement cette escale, les agents et les affréteurs de navires envoyés au Hedjaz, à titre extraordinaire, s’installent au bazar dans de petites échoppes, clouent à l’auvent le pavillon de leur nation et font rabattre les pèlerins à leur guichet par des courtiers et des agents secondaires. Ce trafic, pour lequel tous les moyens sont bons, intéresse à certains égards nos compagnies. Leurs navires, n’ayant jamais au retour leur chargement complet d’aller et ce déficit s’explique en partie par la mortalité des hadjis, font leur plein avec des Tunisiens ou des Marocains, mais le gros des affaires se traite sur les pèlerins du sud : Indiens, Javanais, hadjis du golfe Persique, etc. Les billets de passage
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pour le retour ne doivent, d’après les règlements ottomans, être délivrés qu’à Djeddad, alors que le navire pour lequel le billet est distribué se trouve sur rade. Cette garantie est nécessaire pour les pèlerins, car trop souvent déjà on a abusé de leur crédulité et on leur a fait payer à la Mecque ou à Médine des billets d’embarquement pour des navires imaginaires.
Après le pèlerinage, lorsque une épidémie éclate au Hedjaz, les hadjis fuient dans toutes les directions. Ils se précipitent surtout en foule vers les voies d’échappement, que leur offrent les ports de la mer Rouge. C’est surtout à Djeddah et dans les criques qui avoisinent son port que les fuyards espèrent trouver le moyen de se soustraire à la quarantaine. Aussi à Djeddah où l’épouvante avait fait refluer la masse des pèlerins, le spectacle était en 1893 le même qu’à la Mecque.
On sait comment s’effectue la rentrée des pèlerins à Djeddah. A l’une des portes dites de la Mecque et à quelque distance des murs, un café est transformé en lazaret et, suivant les besoins, les cafés voisins servent d’annexe. Quelques médecins relevant de l’administration sanitaire ottomane font au fur et à mesure du passage des chameaux, le contrôle des morts et des moribonds. Il est d’usage que les consuls se rendent à l’arrivée de la première caravane pour organiser le service de reconnaissance de leurs morts et étudier le fonctionnement du lazaret. Les caravanes arrivent au lever du soleil : au fur et à mesure qu’ils passent une barrière dressée un peu en avant du café, les chameaux sont arrêtés et les choukdoufs ou litières, visitées. Les morts et les malades sont déchargés par les soins des gardiens sous le contrôle d'un médecin de la Santé. Les morts sont étendus à terre et les drogmans des consulats s’efforcent de reconnaître leurs ressortissants. Le plus souvent, ceux-ci ont été déjà dépouillés de leurs papiers, passeports ou billets de retour et de leur argent. On procède immédiatement à leur enterrement. Pendant des heures, c’est un défilé continuel de brancards portés sur les épaules au pas de course. Dans le cimetière, la porte, les allées sont encombrées de gens épuisés, infortunés qui ont trompé la surveillance au passage de la barrière et qui attendent la fin de leurs souffrances les yeux hagards, presque dans le coma. Le brancard mortuaire est basculé ; une femme est là près d’une table, qui lave les cadavres suivant les prescriptions de la loi musulmane ; puis, couverts ou non d’un suaire, les corps sont portés dans de longs caveaux rectangulaires où ils sont rangés par lits superposés, dont le dernier vient affleurer la terre. Quand le caveau est plein, on obstrue la porte avec quelques pierres enduites de mortier et l’on passe au caveau voisin. Voilà pour les morts ! Revenons aux malades.
Tous ceux qui n’ont pas pu tromper sur leur état les gens de garde à la barrière sont déposés près de la porte du café, puis transportés dans l’intérieur ou suivant les nécessités du moment, dirigés sur d’autres maisons ou hangars inhabités, à quelque distance de là. Rien n’est plus
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poignant que le spectacle de ces malheureux, râlant, étendus qui sur des lits de paille, qui sur des matelas ou des nattes sordides, qui sur la terre nue ; c'est un véritable dépôt de condamnés à mort ; car pour les agents du service, tout malade est a 'priori un cholérique.
Il y a là vraisemblablement des hommes qui ne sont qu’épuisés par l’âge, la fatigue et les privations, qui supplient de les faire sortir, de leur donner au moins de l’eau et quelque nourriture. Mais les aliments même sommaires, et l’eau ne sont distribués qu’aux malades qui ont sur eux de quoi payer. Or le pécule d’un grand nombre de ceux qui viennent échouer ici a déjà été épuisé ; et l’on devine comment les gardiens exploitent ceux qui ont réussi à conserver encore quelque pièce d’argent. D’ailleurs les derniers chameaux ont à peine passé la barrière que le médecin de service rentre en ville et laisse le gardien maître de la situation.
Pendant l’année 1893 qui a été, il est vrai, exceptionnelle, on a trouvé à de certains jours dans les litières jusqu’à 300 morts et 400 malades.
C’est là une esquisse à grands traits d’une situation devant laquelle on est, il faut bien l’avouer, à peu près impuissant.
11 est d’ailleurs presque impossible de se rendre compte d’une façon précise du nombre total des décès. Au lendemain des fêtes, la dislocation rendait encore l’appréciation plus difficile, puisque, pour avoir la mortalité du pèlerinage, il eût fallu tenir compte de trois données essentiellement variables : la fraction des pèlerins encore à la Mecque, celle des pèlerins en caravane, la fraction arrivée à Djeddah ou déjà embarquée et leurs mortalités respectives. Sur tous ces éléments, l’administration sanitaire ottomane ne paraît avoir aucun renseignement précis. J’ajouterai que beaucoup de morts sont cachés par leurs parents ou leurs amis et enterrés sans qu’il y ait possibilité d’intervenir et de constater.
Il faut avoir vu les embarquements à Djeddah pour se rendre compte de la difficulté d’un contrôle. Le navire est envahi de tous côtés, par l’avant et par l’arrière, par bâbord et par tribord. Là où il n’y a pas d’échelle, les pèlerins se hissent le long des cordes que leurs camarades déjà embarqués leur jettent du haut du bord. Tous les pèlerins veulent rester sur le pont, c’est à peine si l’on en fait descendre un dixième dans les faux-ponts. Pour les y contraindre on y envoie leurs bagages, mais les palanqués à peine descendus au treuil sont remontés en détail par les pèlerins. Il n’y a pour le capitaine qu’un moyen d’arrêter l’embarquement, c’est de faire couper les amarres des sambouks et de se mettre en route. Contre l’encombrement à bord, il n’y a rien à tenter. Les passagers ont le nombre et on a cité le fait d’un maître d’équipage roué de coups et mordu cruellement au bras pour avoir voulu faire dégager les emplacements réservés à la cuisine des pèlerins et à la préparation de leurs aliments.
Les navires destinés au transport des pèlerins français sont mesurés
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au départ d’Alger par une commission constituée suivant les termes de l’article 13 d’un règlement spécial et dont la base d’évaluation fixée par l’article 14 attribue à chaque pèlerin pour lui et pour ses bagages de route 2m2 au moins avec toute la hauteur de l’entrepont. 11 faudrait abandonner ces mesurages spéciaux pour le pèlerinage ainsi que le nombre qu’ils indiquent et leur préférer le chiffre des passagers inscrits sur le « permis de navigation » délivré par l’autorité maritime lors de l’armement du navire (Guiot).
En 1893, il était impossible, en partant de Djeddah, de prendre passage à bord d’un navire indemne. Tous les navires étaient contaminés. Le IHctavia parti le premier est arrivé à Yambo, qui est l’échelle de Médine comme Djeddah est l’échelle de la Mecque, avec 15 morts pour une cargaison de 1.200 passagers; Y Auvergne, 13 décès pour 1.000 pèlerins. Le Gergovin , que montaient 1.200 passagers a présenté avant de lever l’ancre, 3 décès : et après vingt-deux heures de traversée et douze heures consacrées au débarquement il y avait 30 morts. Je ne parle que pour mémoire des nombreux pèlerins qui ont été débarqués à Yambo agonisants.
J’ajouterai que le choléra de 1893 a été importé dans le lazaret de Tor. Il a gagné le personnel du camp, la ville de Tor, et ses environs, il a même été importé au camp de Ras Mallap, station sanitaire supplémentaire pour les pèlerins égyptiens et un cas a été constaté en rade de Suez. Les pèlerins ont même porté le choléra jusque dans la Méditerranée, aux lazarets de Beyrouth, de Smyrne, de Tripoli d’Afrique, et jusqu’au Maroc.
Les pèlerins choisissent à Djeddah un mattawaf ou guide qui dirigera un groupe, et aura soin de lui procurer des montures pour le voyage dans le désert, un logement à la Mecque, qui lui fera visiter aux époques voulues les lieux signalés à la vénération des fidèles, qui récitera enfin les prières conformes aux rites musulmans, prières que les pèlerins répéteront mot pour mot en le suivant. Cette charge de matawaf est très lucrative. Aussi le grand schérif de la Mecque s’est-il réservé comme bénéfice un droit de nomination. Les guides des pèlerins doivent être agréés par lui et ces places sont en quelque sorte mises aux enchères chaque année.
La distance de Djeddah à la Mecque est de 97 kilomètres. Le chemin court d’abord dans une plaine sablonneuse pendant 16 kilomètres environ. On entre ensuite dans une série de petits cirques volcaniques qui s’égrènent en chapelets les uns après les autres. On traverse ainsi tout un massif montagneux en s’élevant insensiblement jusqu’au grand plateau de Hadda. La route tracée par le passage séculaire des caravanes ressemble au lit desséché d’une rivière.
Un sable fin la couvre. Sa largeur est d'environ vingt mètres : ce ruban se déroule ainsi de Djeddah à la Mecque et même jusqu’à Mouna. Après avoir laissé à gauche les hautes montagnes de Hadda et avoir traversé le grand plateau du même nom, la route s’engage à nouveau dans une
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succession de cirques de même apparence que les premiers. C’est dans une étroite vallée de ce massif montagneux que se cache la Mecque. On n’aperçoit la ville qu’en y entrant et l’œil ne peut embrasser même à ce moment un ensemble quelconque. La mosquée est cachée au fond de cette cuvette de montagnes. Elle forme, avec la maison du prophète, le point le plus bas de la ville ; elle est au centre d’un bassin placé à deux ou trois mètres au-dessous du niveau des rues environnantes : il faut descendre plusieurs degrés pour -v pénétrer. Cette différence de niveau est due à ce que le vent projetant du sable, le sol s’élève graduellement autour du portique à colonnes qui entoure la mosquée et aussi à ce que chaque inondation dépose une certaine quantité de limon. Lorsque l’eau des pluies torrentielles descend en effet des flancs abrupts des monts qui enserrent la ville, tout est noyé, l’écoulement des eaux ne pouvant se faire ni du côté de Mouna, ni du côté opposé. La Mecque se trouve ainsi comme enterrée dans une vallée étroite, aride et sablonneuse, entourée de collines de cent cinquante mètres environ de hauteur, granitiques et absolument stériles. A l’est, l’une de ces éminences est couronnée d’un château fort occupé par une garnison turque. La l'orme de la ville est celle d’un ovale de un kilomètre et demi de longueur. Le sol se compose d’une couche de sable reposant sur un vaste lit d’argile. L’étroite vallée très resserrée dans laquelle s’étend la Mecque court à peu près du nord-est au sud-ouest.
A l’extrémité sud-ouest de la ville se trouve un village nègre composé de huttes pour la plupart construites en fer blanc provenant de bidons à pétrole. On peut évaluer à 3,000 ou 4,000 individus le chiffre de la malheureuse population de ce village.
On traverse ensuite une petite plaine qui sert de dépôt aux immondices de la Mecque. Un peu plus loin, à trois cents mètres environ, se trouve une vaste piscine longue de vingt mètres et large de dix d’où coulait encore en octobre dernier un véritable ruisseau servant à l’irrigation d’une petite oasis contiguë, qui mesurait quelques hectares et renfermait une maigre luzernière envahie de chiendent, quelques petits carrés de tomates, des piments, des pastèques, quelques pieds de maïs, une centaine de palmiers, et enfin quelques arbres épineux. Cette oasis est côtoyée par le chemin qui en passant par l’Assyr conduit dans l’Yémen. L’eau potable de la Mecque provient d’une source excellente ; elle est amenée de Taïef et de Mouna par une conduite couverte en maçonnerie étanche et bien entretenue. Malheureusement, à l’entrée dans la banlieue et le faubourg de la Mecque, des regards sont percés et on y puise avec des outres pour remplir les abreuvoirs voisins ou porter l’eau à domicile.
Le climat est très chaud mais sec et en réalité assez sain en temps ordinaire. Les rues sont assez larges, sans pavage, poussiéreuses ; il n’existe aucune trace de canalisation.
La physionomie de la Mecque n’a d’ailleurs guère changé d’aspect depuis le moment où elle a été visitée par Burckhardt. La Mecque la
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mère des villes , la noble , la ville de la foi , compterait actuellement 60.000 habitants. A l’époque du pèlerinage, cette population s'accroît d’environ 200.000 étrangers.
A la Mecque il y a environ 80 p. 100 d’indiens et de Javanais, 18 p. 100 seulement d’Arabes et 2 p. 100 de Turcs, garnison non comprise. Tout ce monde vit des pèlerins et on évalue à plusieurs millions la somme apportée chaque année à la Mecque par le pèlerinage. C’est l’Angleterre surtout qui profite de ce commerce. L’Allemagne cherche à y placer quelques articles de fabrication inférieure, marteaux, poêles à frire, quincaillerie. La France n’y vend qu’un peu de sucre.
Malgré les descriptions fournies par les historiens arabes (Azraki, Edrisi, etc.), qui n’étaient connues que des orientalistes, jusqu’au commencement de ce siècle, un véritable mystère planait sur les lieux saints de l’islamisme où les Européens ne pouvaient pénétrer sous peine de mort. Les circonstances du pèlerinage, le nombre des pèlerins, les ressources qu’offraient le Hedjaz et les villes saintes, étaient pour la plupart ignorés, même du monde musulman de Constantinople ; nous connaissions seulement les relations faites par Burkhardt en 1814 et plus tard par Burton, de leurs périlleux voyages. Dans ces dernières années, un médecin algérien Morslv a accompagné à la Mecque ses coreligionnaires. Il faut citer encore parmi les très rares Européens qui ont pu pénétrer à la Mecque, un Hollandais le D'- Snouck Hurgronje et un Français Léon Roche.
Roche avait été envoyé à la ville sainte par le maréchal Bugeaud. Il commença par faire une profession de foi musulmane et parvint à la Mecque au milieu de mille dangers. Dénoncé comme chrétien par des pèlerins d’Algérie, il eût été infailliblement mis à mort sans l’intervention de six nègres vigoureux, esclaves du schérif qui, au premier soupçon, feignirent de se charger de l’exécution. Ils le bâillonnèrent, le garottèrent et le hissèrent chargé de liens sur un chameau qui dans une course folle l’emmena en sept heures à Djeddah.
Le pèlerinage doit s’effectuer pendant les trois derniers mois de l’année. Le voyage a lieu sous un soleil brûlant ; l’eau contenue dans les outres des chameaux constitue la seule boisson des pèlerins. L’eau fraîche des oasis est vendue à prix d’or par les soldats et les Arabes vagabonds qui campent à l’entour. Le simoun se fait cruellement sentir. A l'approche de la ville sainte, les pèlerins sont astreints à des pratiques qui rendent leurs fatigues plus pénibles encore. Le barbier rase leur tête, coupe leurs ongles et taille leur moustache. En même temps, ils revêtent le costume spécial du pèlerinage qui protège assez bien le tronc et les épaules, mais qui laisse la tête complètement à nu. « Plus tôt le pèlerin revêt ce costume inconfortable, dit le lieutenant Burton, témoin oculaire de ces pratiques, plus grand est son zèle religieux. » Toute coiffure étant défendue, on ne s’étonnera pas que les insolations fassent à chaque voyage un certain nombre de victimes. La température monte parfois sur Encyclopédie d'hygiène. — VIII. 23
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cette roule jusqu’à 46 degrés. Toutefois, dans ces dernières années, le trajet s’est effectué dans des conditions moins pénibles que par le passé. II a lieu en deux nuits et les pèlerins tout à fait pauvres sont les seuls qui fassent la route à pied. Les autres la font à dos de chameau et il n’est pas rare de voir des caravanes comptant un millier de chameaux réunis.
A la Mecque, les pèlerins séjournent un temps variable suivant leur piété, leurs moyens ou leurs affaires. Certains y passent des mois, arrivés avant le Ramadan (carême des musulmans), ou même une ou plusieurs années. Le plus grand nombre ne viennent que plus tard, pour les fêtes du pèlerinage proprement dit, qui durent douze jours : les douze premiers jours du mois de dhoul hidji (le mois du pèlerinage) ; pendant les sept premiers, les pèlerins doivent faire leurs visites à la grande mosquée, accomplir la cérémonie du Saaï et pour quelques-uns plus zélés se rendre à Omra. Le huitième jour, ils vont le soir, en caravane solennelle, au mont Arafat , à six heures de la Mecque, en passant, sans s’y arrêter, à Mouna et à Mouzdelifat. Le neuvième jour a lieu la grande prière et le sermon de l’Arafat. A six heures du soir ils retournent par la même route, mais au bout de deux heures s’arrêtent à Mouzdelifat, où ils achèvent la nuit en prières. A l’aube, après un sermon semblable à celui de la veille, ils reviennent à Mouna placé à une heure de distance; on y passe les dixième, onzième et douzième jours pendant lesquels il faut lancer 21 pierres contre le Diable : le Grand Sacrifice (Courban Baïran) a lieu le dixième jour, après la première lapidation. Pour rentrer à la Mecque, il n’y a que 6 kilomètres. Le pèlerinage est alors terminé.
C’est pendant le séjour des pèlerins dans la vallée de Mouna qu’ont lieu les sacrifices du Courban-Baïram. Le sacrificateur tourne la tête des moutons ou des bœufs vers la Kaaba, en prononçant les paroles sacrées. En 1893 plus de 120.000 moutons ont été égorgés. Le jour des sacrifices est la journée critique, car la vallée est étroite, dépourvue d’eau, encaissée et continuellement surchauffée par les rayons d’un soleil ardent. Burton raconte que jusqu’en 1850 aucune précaution n’avait été prise contre les accidents pouvant succéder à cette putréfaction. Les cadavres des animaux sacrifiés étaient enfouis à une profondeur dérisoire. Quelques-uns se putréfiaient à l’air libre. Cette vallée, où depuis des siècles, des victimes innombrables ont été immolées par les pèlerins, n’offre pas l’aspect sinistre qu’on pourrait supposer. En dehors des fêtes, elle a plutôt un air riant et pittoresque. On ne voit ni ossement, ni aucune trace d’immondices.
Autrefois la chair de la presque totalité des victimes devait être consommée par les pèlerins, soit sur place, soit à la Mecque ; mais depuis que les facilités de communication, l’ouverture des voies maritimes, la navigation à vapeur ont si considérablement augmenté le nombre des pèlerins, que la chair des animaux sacrifiés ne peut plus être consommée en entier, on l’enfouit ou bien on l’abandonne sur place ; et cependant,
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deux ou trois mois après le pèlerinage, on ne peut constater aucun débri d’animal, ni aucune trace d’ossements. Les restes ont été mêlés au sable et dispersés par le vent ou entraînés par les eaux fluviales.
D’après le Coran, rien de ce qui se fait à Mouna ne peut être un péché. Aussi après le sacrifice, voit-on commencer de véritables saturnales qui sont le désespoir des bons musulmans. Beaucoup de pèlerins venus aux lieux saints par curiosité, par intérêt ou par vanité, plutôt que par dévotion, se livrent au dévergondage et aux excès de toute nature. Il y a là des marchands d’esclaves, des vendeurs de haschisch, des marchands et des marchandises de toutes les nations et de toutes les espèces. Les pèlerins vident leur bourse, et pour beaucoup, la misère commence. Et l’on voit réunis pendant ces fêtes une foule d’hommes de toute race, de toute provenance, depuis le riche musulman de Constantinople jusqu’à l’Hindou déguenillé. Danseurs, psylles, charmeurs de serpents, musiciens chanteurs, aimées de bas étage, transforment ce terrain sacré en champ de foire ; la foule se pousse, s’agite, lance de violentes clameurs.
L’hygiène du pèlerinage doit être envisagée au point de vue de l’individu et à celui de la santé générale. Plus on fera pour l’hygiène individuelle, moins on aura à réglementer l’autre. Malheureusement, l’hvgiène individuelle des pèlerins est déplorable. Ils arrivent à Djeddah, épuisés déjà par un long voyage accompli dans des conditions détestables d’encombrement à bord des navires. Une fois débarqués et en route pour la Mecque, ils sont brûlés par le soleil pendant le jour et exposés, pendant les nuits très froides du désert à de brusques changements de température. Un grand nombre dort à la belle étoile, sur la terre nue, s’imprégnant de miasmes paludéens très souvent pernicieux. La nourriture est mauvaise, hors de prix. L’eau enfin, nous l’avons déjà dit, vendue partout fort cher, est souvent saumâtre et exposée à toutes les souillures (1).
Avec le concours du refroidissement, de la misère, de l’encombrement, cette eau détermine bientôt la dysenterie, et ces diarrhées d’épuisement, qui font tant de victimes et préparent singulièrement l’explosion du choléra. Si des germes ont été importés, nul doute que l’eau des puits, des citernes, souillée par les ablutions, les infiltrations, les outres dont la surface velue et visqueuse est souvent couverte d’immondices, nul doute que cette eau ne devienne la traînée qui généralisera en un instant le fléau.
Je dirai quelques mots du pèlerinage de 1893 qui était particulièrement
(1) Il existe à l’Arafat un grand bassin (liod) de forme carrée, assez spacieux, rempli d’eau provenant de la fontaiue « Eïn-Zobeïda » ; il est divisé en cinq parties séparées l’une de l’autre par une construction en maçonnerie. Ces bassins secondaires servent indistinctement soit à la boisson des liadjis, soit à l'abreuvage des chameaux, des chevaux, des ânes et des mulets. Ils servent également pour le bain des Hadjis et comme lavoir pour leurs vêtements.
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sacré. Les cérémonies commençaient un vendredi, jour de fête des musulmans. Ce coup d’œil jeté sur ce pèlerinage montrera le péril que court l’Europe chaque année et la nécessité de nouvelles mesures sanitaires.
On n’avait jamais vu au Hedjaz une semblable affluence de pèlerins. On a parlé de 260.000 à 280.000. 45.000 sont venus par le nord de la mer Rouge, à peu près autant par le sud. La statistique nous apprend en effet que le nombre de ceux qui sont débarqués à Djeddah s’est élevé à 92.625. C’est le chiffre de beaucoup le plus élevé qui ait été enregistré dans un espace de 25 ans. Depuis 1868, le plus grand nombre de pèlerins passés à Djeddah a été de 59.659, en 1880 ; le plus faible, 23.393 en 1868. Sur les 92.625 pèlerins passés à Djeddah en 1893, les Égyptiens figurent pour 16.325.
On a parlé de 40.000 décès, chiffre bien difficile à vérifier ; des témoins oculaires ont parlé « de collines de cadavres, restant trois ou quatre jours sans sépulture, en juillet sous le tropique ! de fosses de 25 mètres de longsur 15 de large et 5 de profondeur comblées en une demi-journée ». Une femme de Suez a dit au D1' Legrand « qu’à la Mecque l’horreur était si grande que, passant dans les rues, il fallait regarder en l’air devant soi pour ne pas voir les morts et les mourants entassés de chaque côté. Malheur à qui tombait en route, on le prenait par les pieds pour le traîner au monceau. »
L’encombrement et la mortalité ont été moindres les années suivantes, mais les mesures d’hygiène n’en étaient pas moins défectueuses. La commission d’assainissement de la Mecque, sous la présidence du haut commissaire ottoman, est formée du médecin de Médine, d’un médecin de la Mecque, du second médecin de Djeddah et du médecin musulman de Camaran. Une somme de 50.000 piastres (environ 11.500 francs) est mise par le gouvernement à la disposition de la commission qui doit, avec ces maigres ressources, nettoyer une ville de plus de 60.000 âmes, où se sont pressés en 1893 plus de 300.000 pèlerins, approprier la vallée de Mouna où se sont réunis 350.000 ou 400.000 individus et préparer les fosses où l’on enfouira les animaux sacrifiés, celles enfin où l’on enterre les pèlerins morts, dont le nombre, prétend-on, a été, en 1893, de 35.000.
Malgré la bonne volonté du gouvernement ottoman, rien n’a été fait pour l’hygiène ni à la Mecque ni à Djeddah. Les Turcs sont impuissants à en faire observer les règles : ils s’exposeraient à une révolte comme celle qui a sévi dans l’Yémen il y a deux ans. Une étuve transportée à grands frais à la Mecque a failli révolutionner le pays. Pour calmer la population, il a fallu la remiser sans l’enlever même du chariot qui l’avait transportée et les Bédouins ont fini par la démolir à moitié pour empêcher les Turcs de s’en servir.
Dans l’impossibilité où l’on se trouve de rien faire de sérieux à la Mecque, les gouvernements européens doivent donc veiller à ce que les
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pèlerins soient placés, à l’aller et au retour, dans les meilleures conditions possibles. En les rendant plus forts, on les rendra plus aptes à résister aux maladies qu’ils ne nous rapporteront plus.
VI. Pèlerinage de Médine. — Médine, la ville du prophète, est dans une situation admirable, entourée de jardins et de vergers, au pied des rochers d’Ohod. Elle compte cinq mosquées dont une renferme le tombeau de Mahomet. La visite à ce tombeau est très méritoire mais elle n’est pas d’obligation canonique. De la Mecque à Médine on compte 413 kilomètres par le désert; on met douze à quinze jours pour accomplir ce trajet. Une coutume qui n’est justifiée par rien veut que les Maugrabins arrivent d’abord à Djeddah, de là à la Mecque, et ensuite à Médine et se réembarquent à Yambo ; c’est l’itinéraire suivi jusqu'à ce jour. 11 a été presque imposé par les moutawafs et par le chérif dans l’intérêt des Bédouins qui louent leurs chameaux à un prix exagéré et n’en pillent pas moins les caravanes. Ce sont les maîtres du désert : le sultan leur alloue chaque année un fort subside en espèces ; l’Égypte leur envoie un tribut annuel en grains ; mais tout cela arrive rarement à sa destination et les Bédouins s’en dédommagent par le pillage.
M. Cabosse, ancien consul de France à Djeddah, a émis l’idée de conduire d’abord les pèlerins Algériens et Tunisiens à Yambo et à Médine, avant de les débarquer à Djeddah. On leur épargnerait ainsi le trajet de la Mecque à Médine à travers le désert et il suffirait de partir une vingtaine de jours plus tôt. En 1893, plus du dixième des pèlerins a suivi cet itinéraire et la proportion s’en serait élevée au cinquième, si nos 7.000 pèlerins algériens étaient partis en temps utile.
Vil. Surveillance des caravanes. — Les caravanes qui se rendent chaque année à la Mecque traversent l’Arabie pour s’y rendre ; le choléra sévit souvent en Mésopotamie et dans l’Yémen ; les milliers de pèlerins qui en proviennent peuvent l'apporter dans les lieux saints, aussi bien que ceux qui viennent de l’Inde. La Conférence de Paris s’est occupée de ce danger ; mais les délégués ottomans ont fait un tel tableau de la perfection avec laquelle fonctionnent les postes d’observation échelonnés sur la route des caravanes, que la Conférence, sans être bien convaincue de l’excellence de ce service, a dû s’en rapporter au gouvernement turc qui a seul accès dans ces régions et s’est bornée à émettre le vœu que les mesures prises en Orient sur les voies de terre soient conformes aux principes sanitaires acceptés à Venise et à Dresde, et qu’aux longues quarantaines de terre soient substituées les pratiques modernes de la désinfection.
Dans ce but, des étuves et d’autres outillages de désinfection seraient disposés dans des points bien choisis sur les routes suivies par les pèlerins. Les mêmes moyens seraient employés sur lés lignes de chemin de fer créées ou à créer.
VIII. Retour des pèlerins par voie maritime. — Tous les efforts des administrations sanitaires doivent se concentrer sur le retour des pèlerins.
L’origine du pèlerinage de la Mecque se perd dans la nuit des temps ; mais il n’a constitué un danger que depuis que la navigation à vapeur a modifié les conditions dans lesquelles il s’opère.
Autrefois, les hadjis (c’est le titre donné à ceux qui ont accompli le pèlerinage de la Mecque) retournaient dans leur [pays par les caravanes, ceux de l’Inde par des navires à voiles et dans les deux cas ils passaient assez de temps en route pour que le choléra eût le temps de s’éteindre. Les cadavres restaient semés sur le sable du désert dans le premier cas, ils étaient jetés à la mer dans le second ; caravanes et navires arrivaient indemnes à leur destination. Aujourd’hui les chemins de fer et les navires à vapeur les ramènent en quelques jours et transportent le choléra avec eux.
Lorsque les fêtes sont terminées, les hadjis se précipitent en foule vers Djeddah. Ils veulent tous embarquer à la fois et prennent les navires d’assaut, malgré la résistance des autorités souvent impuissantes à triompher de l’indiscipline de ces musulmans.
L’entassement est prodigieux à bord des navires ; on ne peut mettre le pied nulle part sur le pont sans marcher sur une véritable litière humaine. Il y a même des capitaines qui dissimulent des pèlerins en les enfermant dans la cale.
Les navires qui se dirigent vers le sud, du côté d’Aden n’intéressent pas l’Europe et notre attention doit se concentrer sur ceux qui remontent vers Suez, en partant de Djeddah. C’est de ce côté que les précautions doivent être prises pour arrêter une maladie épidémique, si elle avait éclaté à la Mecque. Dans ce but, une observation doit être prescrite aux pèlerins qui, prenant la route de mer, veulent revenir par Suez. Elle a été accomplie quelquefois à El-Wesch, localité placée sur le littoral oriental de la mer Rouge, à peu près à égale distance entre Djeddah et Suez, à 300 milles de Suez. Dans ces dernières années, elle a été exécutée à Djebel-Tor, point situé plus au nord, placé à 60 milles de Suez. Nous ne parlons pas des Sources de Moïse, point beaucoup trop rapproché de cette ville, et où la quarantaine pour les pèlerins deviendrait tout à fait illusoire. L’observation prescrite à El-Wesch ou à Djebel-Tor a été habituellement de 3 à S jours. Quant à la quarantaine de rigueur elle a été au moins de 10 jours, et a pu dépasser ce temps lorsque l’étal sanitaire le commandait. En 1890 et 1891 elle a été de 20 jours (1).
Le récit de quelques incidents mettra en évidence les abus des capitaines et des agents des navires. A la suite du pèlerinage de 1873, trois
(1) Ces années dernières, un navire de la compagnie du Lloyd austro-hongrois n'a pas lait moins de 70 jours de quarantaine.
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navires anglais Mullah, Raffaello etPionono ', chargés de pèlerins affamés, restèrent, faute de combustible, plusieurs jours en détresse dans la mer Rouge, par le fait d’une spéculation de leur capitaine. A leur arrivée àDjeddah, ils avaient un approvisionnement suffisant de charbon, mais les capitaines en avaient vendu une forte quantité. Ils complaient pour leur retour à Suez, se remorquer réciproquement. Ils prirent en effet la mer, mais, à moitié chemin, le combustible manqua : l’un d’eux, qui put être remorqué, arriva à Suez avec ses pèlerins mourant de faim et de soif. Un autre capitaine, redoutant la colère des 400 passagers qu’il avait à bord, gagna la terre dans une barque avec ses officiers, abandonnant le navire à la grâce de Dieu. Unjvapeur égyptien survint et put ramener jusqu’à Suez ces malheureux, dont plusieurs avaient déjà succombé. A la fin du pèlerinage de 1876, un courtier, se disant envoyé par une compagnie siégeant à Alexandrie, s’engagea à transporter au Maroc 2.000 pèlerins. Il perçut d’eux la totalité du passage leur promettant de leur faire traverser l’Egypte en chemin de fer, et de les embarquer sur des navires qui, disait-il, attendaient leur arrivée à Alexandrie. A Suez, ce courtier disparut et les 2.000 pèlerins, abandonnés dans le dénuement le plus complet, durent être ramenés à Alexandrie, puis nourris pendant plusieurs semaines et expédiés à leur destination aux frais du gouvernement égyptien. Huit sont morts entre Suez et Alexandrie et douze ont succombé à Gabarri, où on les avait logés.
Souvent les capitaines transforment les cales de leurs navires en entreponts improvisés pour charger un plus grand nombre de pèlerins.
La malpropreté de ces navires n’est dépassée que par l’incurie et la mauvaise foi de leurs capitaines. Ce sont pour la plupart des bâtiments anglais déclassés qui n’ont, aucun souci de leurs passagers. Les navires français qui ramènent des pèlerins du Hedjaz sont supérieurs à tous les autres, comme tenue, aspect, installation, désinfection et état sanitaire. La plupart ont des étuves à désinfection à bord, et en font usage, malgré la difficulté qu’opposent à cette pratique l’encombrement du bord et la résistance des passagers. Quelques-uns ont été obligés d’y renoncer, et pourtant il faut continuer à exiger la présence des étuves à bord et assurer leur fonctionnement régulier.
Un progrès considérable, réalisé pour la première fois en 1893 à bord des navires français venant d’Algérie, consiste à assurer la nourriture des pèlerins pendant leur voyage de retour. Ils sont divisés en groupes provenant du même douar ; le chef de ce groupe est porteur d’une carte nominale indiquant le nombre d’individus dont il a la charge et cette carte comprend la liste des denrées qu’on peut distribuer aux passagers. On leur donne aussi du charbon pour faire1 cuire leurs aliments. Cela permet de leur défendre d’en embarquer avec leurs effets. Au moment de la désinfection à Djebel-Tor, les paquets et les ballots sont ouverts et on les débarrasse de toutes les substances susceptibles de
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conserver les germes vivants, et en particulier des morceaux de viande plus ou moins desséchée provenant des animaux sacrifiés à Mouna et qui sont pieusement emportés par les Somalis, les Soudanais, les Arabes et même les Maugrabins (1).
L’eau nécessaire à un si grand nombre de passagers et dont chaque navire consomme de trois à quatre tonnes par jour, mérite au plus haut degré l’attention. Celle qu’on embarque laisse beaucoup à désirer. En 1893, on contraignit les capitaines à jeter leurs provisions à la mer pour prendre de l’eau à Suez. Or l’eau y est amenée par un canal qui traverse toute la Basse-Egypte, plusieurs villes ou villages ; elle est chargée, outre son limon, de matières organiques. Le dépôt qu’elle laisse sur le filtre Chamberland est, après dessiccation, de 17 à 20 centigrammes par litre. La numération des bactéries est impossible, tant elles sont nombreuses, et pourtant cette eau est considérée comme filtrée ; mais les filtres en cailloux et sables n’ont que 25 centimètres d’épaisseur.
L’eau fournie aux navires en Egypte ne vaut pas mieux. Elle est prise à Alexandrie dans le canal Mahmoudié qui n’est qu'un égout. En 1893, quelques navires avaient des machines distillatoires. C’est le système le plus recommandable. Tous les navires devraient en être munis ou posséder au moins un des appareils nouveaux dont on se sert pour stériliser l’eau par la chaleur.
Les outres des pèlerins doivent être aussi l’objet d’une réforme radicale. On ne peut les désinfecter ni à l’étuve, ni avec les solutions antiseptiques, surtout à l’intérieur. A Tor, on se contente de les placer sur des claies et de les arroser à l’extérieur avec de l’eau phéniquée. Les pèlerins les traînent partout avec eux. Ils les remplissent en les couchant sous les robinets, ou en les plongeant dans les puits. L’intérieur n’est jamais nettoyé et une outre contaminée peut propager le choléra par ello-même ou par les germes qu’elle laisse dans les puits ou les réservoirs. Il faudrait en empêcher l’embarquement et les remplacer par des tonnelets de bois ou mieux encore par des bidons métalliques. L’usage de ces derniers se répand déjà 'parmi les pèlerins; leur substitution serait peut-être plus facile à obtenir, car ici il faut le moins possible s’éloigner de l'usage. Chaque navire emporterait un nombre de bidons proportionné à celui de ses passagers et la distribution se ferait à l’embarquement à A’ambo ou à la sortie du lazaret de Ujebel-Tor.
On ne verrait plus ainsi à fond de cale, ces outres infectes, suspendues, suintant le long des parois et transformant les ponts en marécages dans lesquels grouillent les pèlerins et pourrissent les bagages au grand avantage d’une infection possible.
Le régime à imposer aux pèlerins partant des ports du Hedjaz pour
(1) Il y a deux ans, le choléra parait avoir été importé à Alassaouoh et en Abyssinie par des Sambouks chargés de cette denrée et cela presque aussitôt après le pèlerinage.
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rentrer chez eux, soit en Europe, soit en Extrême-Orient, ainsi que les règles applicables aux provenances du Nord descendant vers les ports du Hedjaz ont été réglées par la Conférence de Paris.
Pour les provenances du Nord où le choléra n’est pas endémique, et qui ont subi une inspection sérieuse au port de départ, on peut leur donner la libre pratique à l’arrivée, à moins que le choléra ne règne dans le port d’où ils sont partis ou qu’il n’ait éclaté en route. Dans ce cas, les navires doivent être soumis aux mesures édictées pour les navires suspects ou ir.fectês arrivant de l’Extrême-Orient.
Quant aux navires partant de Djeddah et de Yambo pour le Sud, les mesures à leur imposer sont les mêmes que celles édictées pour le départ des ports situés au-delà du détroit de Bab-el-Mandeb, en ce qui concerne la visite médicale et la désinfection, c’est-à-dire :
1° Visite médicale obligatoire, individuelle, faite de jour, à terre, au moment de l’embarquement, pendant le temps nécessaire, par des médecins délégués de l’autorité sanitaire, de toute personne prenant passage à bord d’un navire ;
2° Désinfection obligatoire et rigoureuse, faite à terre, sous la surveillance du médecin délégué de l’autorité publique, de tout objet contaminé ou suspect, dans les conditions de l’article 5 du premier règlement de la Convention sanitaire de Venise.
Les pèlerins partant de Djeddah ou de Yambo pour le nord devront subir la visite et la désinfection à Djebel-Tor ; toutefois, lorsque le choléra règne au Hedjaz, les mesures indiquées ci-dessus seront appliquées aux navires à Djeddah et à Yambo.
IX. Campement de Djebel-Tor. — Le choléra, comme nous l'avons vu, peut toujours éclater à la Mecque, et les mesures qu’on peut prendre à Djeddah au milieu du tumulte de l’embarquement des pèlerins sont trop illusoires pour qu’on puisse s’y fier. Il fallait donc créer une station intermédiaire pour protéger l’Egypte et les puissances qui bordent la Méditerranée contre les pèlerins qui rentrent par le canal de Suez, au Maroc, en Algérie, en Tunisie, en Tripolitaine, en Syrie, en Bosnie et en Turquie. Le gouvernement égyptien, pour donner à l’Europe cette garantie, a institué une station sanitaire à Djebel-Tor, localité située sur la côte arabique de la mer Rouge, au pied du mont Sinaï. Cet établissement a pris, sur le champ, une importance considérable. En 1893, le nombre des pèlerins qui y ont fait quarantaine s’est élevé à 31.000 et on a vu une flotte de 23 navires mouillée devant le campement. Cependant rien n’est plus élémentaire que cette station. Tout est à faire et à organiser et c’est aux puissances européennes à prendre l’initiative. Il faudrait élever à Djebel-Tor les constructions convenables, y créer un double appontement, l’un pour l’embarquement, et l’autre pour le débarquement, avec des tourniquets pour permettre de compter les pèlerins. Deux chalands
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avec un remorqueur serviraient au transport des passagers à bord. On supprimerait ainsi presque toutes les barques qui sont difficiles à désinfecter. Un petit chemin de fer Decauville permettrait de supprimer les portefaix, les chameaux et leurs conducteurs paresseux, encombrants et malpropres. Il faudrait placer un personnel exercé, honnête, composé d’Européens suffisamment rétribués, et placé [sous les ordres d'un capitaine de port. La première mise de fonds coûtera peut-être un peu cher ; mais la dette sera amortie par les économies réalisées les années suivantes (1). On se heurtera à des difficultés de plus d’un genre et au mauvais vouloir des gens du pays qui vivent du pèlerinage et des abus qui s’y commettent. Les fraudes y sont nombreuses. Tantôt ce sont des pèlerins qui entassent leurs morts sous le sable de leurs tentes, pour ne pas voir allonger leur quarantaine ; tantôt ce sont des pèlerins riches qui se substituent, moyennant finance, à des compatriotes pauvres ayant terminé leur quarantaine et repartent à leur place ; d’autres, moyennant bacchich, gagnent un port du sud, Aden principalement, d'où ils s’embarquent sur les paquebots des grandes compagnies et rentrent ainsi, à titre de passagers ordinaires, soit en Egypte, soit en Turquie, soit en Afrique.
Enfin, depuis une dizaine d’années, les transformations politiques survenues dans Taire de la mer Rouge, ont développé la contrebande entre la côte arabique et la côte africaine dans des proportions inquiétantes. Grâce aux échanges, aux trafics, à la vente des esclaves, les ports des deux rives de cette mer sont mis en communication journalière. Cette situation nouvelle favorise les évasions et les débarquements clandestins.
Cependant il sera toujours possible, surtout après la réorganisation du lazaret de Djebel-Tor, et en faisant rigoureusement exécuter des mesures sanitaires rationnelles, de préserver l’Egypte et l’Europe de l’importation du choléra, si cette maladie venait à se montrer parmi les pèlerins de la Mecque. Nous avons même à cet égard des expériences décisives, en particulier celles de 1882, de 1890 et de 1893.
Les désinfections, à terre comme à bord, sont absolument «insuffisantes à cause du mauvais état de l’outillage et de l'inhabileté du personnel. A terre, les trois étuves sont mal installées, deux sont hors de service et l’autre fonctionne mal (2). Tous les pulvérisateurs sont hors de service et ont été remplacés par des pompes de jardin. A bord, la désinfection est tout aussi illusoire.
En présence de ces desiderata , la Conférence de Paris a dû se demander
(1) La seule distribution d’eau par outres portées à chameau a coûté, en 1893, 2.000 livres turques, soit plus de 60.000 francs.
(2) Bitter a reconnu que la chaleur développée dans cette étuve ne s'élevait pas à plus de 86 degrés dans un tapis. Karlunki a constaté qu’elles ne détruisaient ni les germes du choléra ni ceux du charbon.
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tout d’abord s’il y avait lieu de conserver le campement de Djebel-Tor, où rien n’est encore fait, ou bien de choisir un autre poste pour la station sanitaire. Le gouvernement ottoman avait annoncé l’intention de fonder à El-Wesch un grand établissement sanitaire semblable à celui de Camaran et susceptible de recevoir 6.000 pèlerins. El-Wesch est un point situé sur la côte arabique de la mer Rouge, au sud de Djebel-Tor, et dans lequel plusieurs convois de pèlerins ont déjà purgé leur quarantaine, notamment en 1872 et en 1877 ; toutefois, la Conférence de Paris a préféré conserver Djebel-Tor, d’abord parce que cette station avait été adoptée par la Conférence de Vienne, et ensuite parce que l’installation d’un lazaret à El-Wesch présentait de grandes difficultés. Il lui a semblé préférable d’améliorer Djebel-Tor et elle a proposé les mesures suivantes :
1° L’installation de machines à distiller l’eau de mer et en plus d’appareils à stériliser par la chaleur l’eau impure du campement ;
2° La désinfection des vivres apportées par les pèlerins, ou leur destruction quand il y a du choléra au Hedjaz ;
3° Le remplacement des outres par des vases en terre cuite ou des bidons métalliques :
4° La création d’un corps de médecins diplômés et compétents, de désinfecteurs et de mécaniciens bien exercés, de gardes sanitaires recrutés parmi les personnes ayant fait leur service militaire comme sous-officiers ;
5° Qu'un capitaine de port soit nommé à Djebel-Tor pour y diriger les embarquements et les débarquements, et pour faire observer les règlements par les capitaines de navires et par les sansboukdji.